Bonjour à tous ! Je suis ravie de voir que cela vous plaît toujours autant de voir John essayer de lutter contre son attraction (et échouer lamentablement, précisons-le xD), et que vous aimez le clan des M ! (Je les adore. Et je veux dire, le Molly-Mike, ça n'existe que chez moi, hein ? Et vous aimez quand même ! Alors merci !) (et une spéciale Kassdédi à Ostokar, parce que voila)

Je vous laisse avec la suite des courses entre Molly et John... Et l'anniversaire de Mike qui arrive ! Je suis sûre que vous savez ce que ça signifie ;p

Bonne lecture ! :)

RAR Anonymes :

Morgane-bzh : John et Sherlock dans un labo, ça arrivera bientôt et ça va faire des étincelles xD Et oui, ce sera pas simple. C'est pas drôle quand c'est simple ;p Merci pour la review ! ;)

Kbi : en fait, même juste "j'aime" ou juste "merci pour le partage", ça me met en joie, alors oui, ça suffit, et c'est merveilleux, et je serais comblée si tu avais envie de le dire :) Un grand merci pour ta review :)

Azra-sama (chap 7-8-9) : tes questions ne trouveront pas tout de suite leur réponse, en fait ;p Par contre, l'arrivée de Greg est imminente ! En revanche, je préfère te le dire maintenant pour ne pas que tu sois déçue, mais Moriarty et le passé de Mary ne seront pas présents... J'avais déjà fort à écrire sans me rajouter des sous-intrigues qui auraient pris encore plus de temps xD Mais merci pour les reviews ;)

Deuda Cariosa : Eh bien ravie d'être une fic non finie que tu suis :) Je te rassure, la fin est écrite et uploadée, je peux même avoir un accident demain que vous auriez encore la fin, on la publiera pour moi xD Et merci pour tes compliments, cela me met en joie de savoir que ça te plaît :D Par contre, comme je suis une sadique, je suis au regret de t'annoncer que ton coeur sera bientôt en miettes :D Merci pour la review ! :)

CHAPITRE 10

– Je suis quand même surprise d'un truc...

Molly ne regardait pas John, mais considérant qu'il était la seule autre personne présente dans la pièce, ce dernier devina qu'elle s'adressait à lui. Ils avaient fini par arriver à Saint Bart, et Molly avait marché à travers les couloirs en conquérante, jusqu'à arriver à « son » bloc mortuaire réservé. De toute manière, personne d'autre qu'elle ne voulait s'en approcher. Tous les légistes finissaient par traiter un jour ou l'autre dans leur carrière un enfant, mais le faire volontairement quand ceux-ci étaient des victimes de crime, c'était différent.

Cette fois, Molly était en train de s'affairer autour d'une fillette blonde d'environ huit ans, ce qui avait donné des haut-le-cœur à John. D'après la légiste en revanche, c'était un cas tranquille. Presque normal. Des bleus et des coups donnés par un beau-père violent et une mère qui se taisait parce qu'elle ne savait plus rien faire d'autre, une rate qui explosait et une hémorragie interne, le beau-père qui refusait d'emmener l'enfant à l'hôpital, une mère qui abdiquait et se rebellait finalement mais trop tard, et la mort.

En comparaison des corps éviscérés par des pervers, des maniaques et des pédophiles, la violence domestique était presque tranquille pour la légiste.

Mais passé son premier réflexe de dégoût, de colère et de mépris envers ses semblables, John avait fini par accepter la proposition de Molly de lui filer un coup de main. Et sans la moindre difficulté, ses doigts avaient retrouvé les réflexes de son art, capable d'inciser avec précision, de recoudre par des points invisibles pour offrir un cadavre décent à la famille. John avait réalisé, un fil et une aiguille à la main, à quel point la médecine lui manquait. Discourir trois heures durant sur le rôle du pancréas dans le corps humain n'était pas être médecin. Il l'avait oublié au profit de sa colère. Et à cause de la douloureuse pensée qu'au final, médecin, il ne l'était pas à part entière.

– Quel truc ? demanda-t-il finalement.

– Pourquoi tu m'as demandé à moi de t'accompagner acheter un cadeau à Mike.

– Parce que tu es sa meilleure amie ? proposa John en réponse, et son ton ironique en disait long sur ce qu'il pensait de la question.

Molly leva les yeux au ciel, lâchant son cadavre un instant.

– Pourquoi moi, et pas Mary. Elle aurait très bien pu te renseigner, et tu aurais pu passer du temps avec elle...

Les joues de John s'embrasèrent. Il y avait songé, il devait le reconnaître. Mais bizarrement la sophistication de Mary, ainsi que son âge, l'intimidaient plus que la simplicité de Molly... et son amour évident pour Mike.

– Aha, je vois que j'ai mis le doigt sur un point sensible ! s'amusa la jeune femme qui avait relevé la tête de son ouvrage.

– Pas du tout ! se défendit John. Il n'y a rien du tout.

– Quand les hommes disent qu'il n'y a rien du tout, c'est qu'il y a toujours quelque chose ! répliqua-t-elle d'un ton mélodramatique. Oh allez, elle est belle Mary, ce n'est pas un secret !

– Bien sûr qu'elle est belle, ce n'est pas le sujet !

– Donc il y a bien un autre sujet !

John eut la désagréable sensation de s'être fait avoir comme un débutant.

– Ça ne sert à rien d'en parler, marmonna-t-il.

Molly haussa les épaules en posant sa petite scie et en relevant ses lunettes de protection.

– Ça ne fait pas de mal d'en parler. Ça ne te coûte rien...

Certes, Molly n'avait pas tort. Cela ne coûtait rien à John de parler de la jolie Mary, de ses yeux bleus et de ses cheveux blonds, de son sourire mutin et du soutien qu'elle représentait. Mais s'il laissait trop ses pensées dériver et en arriver à quelques nuits plus tôt, à son rêve et à des yeux bleus d'une nuance beaucoup plus profonde et complexe, il aurait pu laisser échapper des choses qu'il ne devait divulguer sous aucun prétexte.

– Je ne préfère pas en parler, réaffirma-t-il fermement.

– À ta guise, céda Molly. Je suis là si tu as envie d'en parler un jour. Mais sache quand même que tu n'es pas le seul à être intéressé. J'ai bientôt fini, on va pouvoir y aller.

John acquiesça. L'information donnée par Molly était intéressante. Et changeait beaucoup de choses. Parce que si les yeux bleus de Mary étaient intéressés, peut être pourraient-ils faire disparaître ceux qui hantaient l'esprit de John...


Ils étaient dans un magasin de thé et de spiritueux quand Molly revint à la charge, mais pas sur le sujet auquel John pensait.

– Au fait, de quoi tu parlais à midi ? Avant qu'on ne t'invite pour ce soir ?

– Mmmh ?

John était en train d'examiner une étiquette attentivement. Molly affirmait, et John voulait bien la croire, que rien ne saurait faire plus plaisir à Mike qu'un cadeau « consommable ». Et c'était un grand buveur de thé et un grand amateur de whisky, d'où leur présence dans ce magasin. Et d'où le fait que John regardait les étiquettes avec beaucoup d'attention. L'alcool, tout comme le thé, pouvait coûter vraiment cher. Même si Molly avait eu la décence de l'emmener dans un magasin classique et aux prix pas si élevés que ça.

– À midi, tu as dit que quelque chose te travaillait, et on t'a interrompu avant que tu puisses nous en parler.

– Ah ! Non, ce n'était rien ! Un étudiant qui m'a demandé un truc...

– Regarde celui-là, conseilla Molly en lui désignant un produit au fond du magasin. Quel truc ?

– Ils sont vraiment spécialisés dans les coffret whisky et thé en même temps ? C'est quand même un drôle de mélange. Rien d'important, un truc qui doit t'arriver tout le temps, être maître de thèse d'un élève.

– Oui, et je suis bien d'accord, l'association est immonde, mais Mike adore ça. Attends, quoi ?

Elle se redressa, cessant d'observer le coffret sur lequel ils étaient penchés et stoppa leur double conversation absurde.

– Être maître de thèse ? Mais de qui ? Tu n'as que des premières années !

John fut heureux qu'au moins, elle ne trouve pas cela absurde que John soit maître de thèse, et qu'elle ne souligne pas le fait qu'il n'était pas titulaire de son poste ni de son diplôme de médecine.

– Oui, mais j'ai un étudiant un peu spécial qui n'est pas qu'en première année. Je crois que je vais prendre celle-là.

Il récupéra le coffret qu'il venait de désigner et se dirigea vers le comptoir pour régler, mais Molly n'entendait pas le lâcher de sitôt.

– Ne me dis pas que tu parles de Sherlock, John.

Elle l'appelait par son prénom, ne put s'empêcher de remarquer John. Mais au niveau de la légiste, c'était normal. La plupart de ses étudiants étaient des futurs collègues, plus des élèves, et elle entretenait avec eux des relations de travail qui justifiaient l'emploi de cette familiarité.

Mais John ne put s'empêcher d'en être jaloux. De cette manière et cette facilité dont elle prononçait les syllabes. Alors que lui culpabilisait à chaque fois que son esprit formait les lettres du prénom du jeune homme, et qu'il corrigeait à peine une fois sur deux en « Monsieur Holmes ».

– Eh bien si, pourquoi pas ?

– Tu ne connais pas Sherlock, John.

– Parce que toi oui ?

– D'une certaine manière, oui. Tu nous as déjà entendu parler de Greg ?

– L'ami de Mike ? Le flic ? essaya de se souvenir John.

Ils avaient déjà mentionné plusieurs fois ce nom-là, Mike étant manifestement très lié à lui. John subodorait qu'une partie du secret de Mike était lié à ce mec, mais il ne savait pas comment.

– Oui. Greg ne connaît pas Sherlock, du moins je ne crois pas, mais il connaît son frère. Ils ont travaillé ensemble cet été. À propos de Sherlock, justement. Je n'en sais pas plus. Mais j'ai déjà eu l'occasion d'avoir Sherlock dans mes cours, et il est particulier John. Vraiment particulier.

– Je sais. Je crois. Mais...

– John, tu ne comprends pas. Il peut être infect à un point que tu n'imagines même pas. Tu vois qui est le professeur Flemming ?

– Le prof de chimie moléculaire ?

John avait une profonde antipathie pour cet homme, qui faisait partie des piliers de l'université, à tous les niveaux : il avait au moins soixante-dix ans (ou du moins les paraissait) et avait toujours enseigné ici. Et il avait regardé John d'un mauvais œil à son arrivée.

– Sherlock l'a fait pleurer. Réellement pleurer. Devant toute sa classe, en moins de trois semaines après la rentrée. Il n'était pas d'accord avec son point de vue sur l'utilisation de je ne sais plus quel produit dans les réactions d'oxydoréduction, un truc pourtant de base, si j'ose dire.

John eut un léger sourire. Même s'il n'était pas bon en chimie, il en avait eu les cours classiques nécessaires pour comprendre le dosage des médicaments, et il avait compris la blague.

– Il s'est montré tellement assassin, n'admettant aucune réplique, il a été d'une violence... reprit Molly.

– Mais il avait tort ?

John voulait bien la croire. Il avait passé suffisamment de temps avec le jeune génie pour comprendre que sa personnalité asociale et son intelligence poussée à son paroxysme pouvaient faire des malheurs, et détruire n'importe qui. Ses talents d'observation, dont il avait pour l'instant peu fait montre mais que John devinait, venaient servir cette personnalité encore plus brillante, et John devinait sans le moindre mal que Sherlock n'avait aucun problème à plier quelqu'un rien qu'en parlant.

Sauf qu'il était également sûr d'une autre chose : Sherlock n'avait jamais tort.

– Euh... hésita Molly.

– Parce que s'il avait raison de reprendre le professeur Flemming, ce n'est plus vraiment la même chose.

– Je ne sais pas, reconnut la légiste. C'est Flemming qui me l'a raconté, et il ne m'a pas vraiment expliqué de quoi il s'agissait. Mais quand bien même, il y a l'art et la manière de dire les choses.

– Tu détestes Flemming autant que moi, Molly. Ce vieux croûton s'est fait moucher par un étudiant, il ne l'a pas supporté, et a exacerbé l'incident pour se faire plaindre.

Elle soupira, le regard sévère.

– Je n'apprécie pas Flemming, mais je ne me permettrais pas de dire des choses comme ça de mes collègues.

– Ça ne t'empêche pas de les penser. Et moi je m'en fiche, je ne suis pas un vrai professeur, donc ce n'est pas un vrai collègue.

Il y eut un demi sourire fugace sur les lèvres de Molly, prouvant à John qu'il avait raison.

– En ce qui me concerne, je ne connais que de monsieur Holmes que son exceptionnelle intelligence qui cherche un référent tuteur et qui m'a proposé le poste. Je ne pense pas sérieusement qu'il a besoin d'un professeur pour conduire ses travaux, mais il doit penser que je suis celui qui l'embêtera le moins.

– Mouais... Fais attention à toi quand même. Il est intelligent, ça c'est sûr. Mais il sait aussi être cruel. Sherlock n'est pas un étudiant classique.

John avait réussi à se débarrasser de Molly, finalement, en esquivant toutes ses remarques et était parvenu à rentrer chez lui avec une adresse, un horaire, et un cadeau pour ce soir. Et des questions plein la tête.


Il n'avait pas besoin qu'on lui dise que Sherlock Holmes n'était pas un étudiant classique. Cela exsudait par tous les pores de sa peau, qu'il était spécial. Dans son regard, dans son maintien, dans ses mains, dans sa manière de respirer, de penser, de parler, tout en Sherlock Holmes hurlait son génie.

Mais ce n'était pas la seule chose qui faisait que John s'intéressait à lui, et c'était pourtant la seule chose à laquelle il aurait dû penser.

– John, tu es un crétin ! s'insulta-t-il à voix haute.

Il se força ensuite à éradiquer l'étudiant aux yeux trop bleus de son esprit, préparant le prochain test pour ses élèves de lundi matin. Tout le ramenait néanmoins à Sherlock dans cette entreprise, se demandant s'il ne pouvait pas lui préparer un questionnaire spécifique. En plus du test classique, cela allait de soi. John l'avait bien observé, ces dernières semaines, et il avait bien vu la main pâle qui tenait le stylo voltiger au-dessus du papier à une vitesse qui défiait toute concurrence. Sherlock faisait le test en deux fois moins de temps que ses camarades.

Fort heureusement pour la santé mentale de John, qui se torturait bien trop l'esprit, le soir finit par arriver, et le jeune homme se changea pour la soirée, s'observant dans la glace. C'était quelque chose qu'il avait perdu l'habitude de faire. Comme tous les ados, John avait miré sa silhouette dans la glace pour chercher ce qui pouvait plaire ou non en lui chez les filles. À l'armée, une fois habitué à organiser sa mise à la perfection du bout des doigts, le miroir avait perdu de son intérêt. Ils n'avaient pas de glace en pied à Kandahar, simplement les petits miroirs pour se raser, se brosser les dents, et autres ablutions matinales. Leurs vêtements, de toute manière, étaient constitués de l'uniforme réglementaire et si John voulait voir à quoi il ressemblait, il lui suffisait d'observer un de ses camarades.

Brun, blond, roux, grand ou petit, maigre ou plus épais, cela n'avait aucune importance. Leur physique n'était pas défini par ce type de caractéristiques, mais par le treillis, la mâchoire carrée, les épaules tendues, le dos parfaitement droit. Ainsi, ils se ressemblaient tous, et John avait des tas de doubles à sa disposition pour avoir une idée de son reflet.

Le retour à la vie civile avait changé cela, et John avait fui le miroir comme la peste. Ses muscles qui fondaient, à force d'être si peu utilisés, son corps qui maigrissait, sa peau qui se flétrissait, tout cela le répugnait au plus haut point. La cicatrice de son épaule, si blanche sur sa peau bronzée, et la marque sur son genou, pas vraiment une cicatrice mais se détachant quand même clairement, n'aidaient en rien.

Son visage n'était guère mieux, entre les cernes liés à ses cauchemars et sa bouche serrée en une grimace de colère la plupart du temps. Il avait récemment réalisé qu'il ne se détendait qu'en présence du jeune étudiant auquel il ne devait surtout pas penser.

Mais ce soir, Mike fêtait son anniversaire, et John réalisait l'honneur qui lui était fait que d'être invité, alors qu'il ne connaissait le trio que depuis deux mois. Et qu'il serait assurément le plus jeune des convives. À même pas vingt-cinq ans, alors que Mike fêtait ses vingt-neuf, presque trente, John était plus proche de l'âge de leurs étudiants que des amis de Mike, dont certains, d'après Molly, étaient déjà mariés et bientôt parents. John se sentait si loin de tout cela, et en même temps la balle qui s'était enfoncée dans son épaule le convainquait qu'il avait plus de maturité que ces gens-là.

Le jeune professeur voulait être à son avantage. Pour plaire, pour paraître adulte, pour s'intégrer. Pour plaire à Mary ? souffla une petite voix dans son esprit qui ressemblait à s'y méprendre à celle de Molly. Il repoussa la pensée au loin.

Mais le miroir ne lui renvoyait que l'image de ce qu'il était : un pauvre môme paumé et abandonné. Même ses vêtements les plus chics paraissaient miteux. Ils n'étaient pas neufs, il n'avait pas les moyens pour ça, et il s'agissait donc d'une chemise et d'un pantalon qui dataient de la fin de son adolescence, quatre ans auparavant, lorsqu'il était encore en formation en Angleterre, même s'il avait déjà rejoint l'armée. Sauf que la mode changeait vite, impitoyable, et même lui qui ne se tenait pas forcément au courant des derniers courants savait que ses vêtements étaient datés.

Il soupira profondément. Il n'avait rien d'autre à se mettre, de toute manière.


Il s'avéra qu'en fait, John était parfaitement bien habillé pour la soirée. Lui qui s'était attendu à rencontrer des éminents professeurs et autres sommités dans le monde scientifique, qui discourraient sur l'avenir de la médecine et de l'environnement en rajustant leurs lunettes sur leur nez tomba de haut : les amis de Mike étaient jeunes, buvaient des bières, riaient trop fort et se déhanchaient comme des adolescents sur de la musique trop forte que personne n'écoutait. Les bâtonnets de carottes du buffet n'intéressaient personne et les paquets de chips se vidaient bien plus rapidement. Les hommes faisaient des commentaires salaces et les femmes se repoudraient le nez dans la salle de bains.

Ils étaient une quinzaine, et finalement, ça ne changeait pas beaucoup John de ce qu'il avait connu avec ses camarades militaires.

Il venait de récupérer à boire au buffet après avoir discuté avec une jeune femme avocate absolument adorable lorsqu'il manqua de renverser la moitié de sa bière sur un autre convive, le bousculant sans faire attention.

– Oups ! Pardon ! Je suis vraiment désolé, vous n'avez rien ? s'excusa-t-il aussitôt.

– Quand bien même tu aurais tout renversé, cela aurait été bien plus dramatique pour la perte de ta Leffe que pour mon T-shirt ! sourit l'autre, manifestement pas traumatisé.

– Mouais, bof, je préfère la Guiness quand même !

– Uniquement lorsqu'elle est brassée à Édimbourg ! Celle qu'on importe parfois...

– On est bien d'accord !

Ils rirent de concert, heureux de tomber sur un connaisseur de bières, et l'autre offrit sa main tendue.

– Greg Lestrade, enchanté !

Pour un peu, John en aurait laissé tomber la bière qu'il s'apprêtait à tendre à l'inconnu pour aller la partager et discuter tranquillement.

– Celui qui connaît Sherlock ? Sherlock Holmes ?

Les mots étaient sortis de sa bouche tout seul sans qu'il n'ait eu le temps de réaliser que c'était vraiment très impoli de sa part. Greg, d'ailleurs, fronça les sourcils.

– Je m'appelle John Watson. Je suis un collègue de Mike à l'Imperial, et j'ai Sherlock Holmes parmi mes étudiants, Mike m'a dit que tu le connaissais, s'expliqua-t-il.

Se présenter comme une collègue de l'Imperial lui souleva le cœur de dégoût de sa propre personne, mais il n'avait ni le temps ni l'envie d'expliquer sa situation à un parfait inconnu.

– Ah d'accord ! Oui, je connais un peu Sherlock, mais c'est surtout son frère Mycroft que je fréquente ! Enfin, je le croise régulièrement dans le cadre de mon boulot !

John retint le prénom, aussi atypique que celui de son étudiant. Connaître son frère pourrait peut-être l'aider dans ses relations avec Sherlock. Et il préféra faire taire la voix dans sa tête qui lui murmurait que ses relations avec Sherlock n'avaient jamais été compliquées, et qu'il n'aurait absolument pas dû vouloir les améliorer davantage.

– Et tu fais quoi comme boulot ? demanda John l'air de rien, cachant au mieux son envie désespérée d'en apprendre plus sur son élève.

Greg le dirigea vers un canapé pour qu'ils s'installent tranquillement pour discuter, une bière à la main chacun.

– Je suis flic. Enfin, je suis affecté à Scotland Yard, à la brigade anti-criminalité, je ne fais pas la circulation !

– Rien à voir avec Mike alors ! Tu le connais d'où ? sourit John.

Cela faisait partie des qualités de John, essentielle à son travail de médecin (enfin, s'il était médecin un jour, ce qui semblait de plus en plus compromis), être capable de faire parler les gens. Et obtenir les informations désirées. La psychologie représentait une plus grande part de ses études à l'armée qu'en médecine de manière classique : ils étaient censés soigner aussi bien les militaires que les civils innocents, et pouvaient être déployés dans des villages ravagés où des enfants avaient subi les pires sévices. John avait appris aux côtés de son mentor comment faire raconter à une fillette ou un garçonnet un viol ou des attouchements en projetant les soins et les douleurs par le biais d'une peluche ou d'une poupée, par exemple.

En ce qui concernait les bien-portants, John avait appris une chose : les gens aimaient parler d'eux-mêmes.

– Du lycée ! répondit Greg. Mike, Dave et moi, on était ensemble, même si moi mes parents se saignaient pour m'offrir ce lycée de bourges, alors que Mike, c'était pas vraiment la même chose !

– Ah bon ?

– Ben oui ! Et Molly au lycée de filles en face, qu'on n'avait pas le droit de fréquenter ! C'était le bon temps ! Qu'est-ce qu'on a pu faire comme conneries avec Mike et Dave !

Son regard se voila soudainement, et John nota le détail, perplexe. Il fallait qu'il demande à Mike ou Molly de lui raconter l'adolescence de l'éminent professeur, et ses fameuses conneries avec le fameux Dave. Cela avait l'air intéressant.

– Je ne savais pas que Mike avait suivi une scolarité dans un lycée pour garçons.

– Pas toujours, expliqua Greg. Il connaît Molly depuis sa naissance, ils habitaient dans la même rue, et ils ont fait leur scolarité ensemble. C'est quand la mère de Molly a légèrement pété les plombs et qu'elle a exigé que sa fille aille dans un lycée pour filles que Mike a choisi, en miroir, celui pour garçons. Et qu'on s'est rencontrés.

Ce Greg était décidément une mine d'information pour John, à propos de la vie passée de ces trois amis. Il était manifestement légèrement ivre, ayant descendu beaucoup plus de bières que John, et il parlait légèrement, se méprenant sur les infos dont John disposait par lui-même.

John aurait volontiers aimé creuser le terrain de la mère de Molly (il ignorait parfaitement les relations de celle-ci avec sa génitrice), mais il n'en oubliait pas son objectif initial. Greg venait de finir sa bière (il avait une descente plutôt impressionnante), et il paraissait d'excellente humeur. C'était lâche, mais John comptait bien en profiter.

– Donc c'est dans quel cadre que tu as rencontré Sherlock Holmes et son frère ?

Le visage de Greg changea alors immédiatement, se fermant rapidement.

– C'est compliqué, finit-il par soupirer. Mycroft et Sherlock, ils sont compliqués tous les deux. Je n'aime pas trop en parler. Je connais Mycroft depuis quelques années, il est – ou était, je n'arrive jamais à suivre – affecté au Ministère de la Défense, à un poste qui justifiait qu'il vienne aux formations de Scotland Yard régulièrement. C'est comme ça que je l'ai rencontré. J'ai jamais trop bien suivi son job, et j'avais la sensation qu'il avait changé de département, même s'il bosse toujours pour le gouvernement, mais il venait toujours me voir régulièrement à NSY... Mais quand l'été dernier, quand il m'a demandé de l'aide et que j'ai rencontré son frère, je ne m'attendais pas vraiment à ça.

John décela dans son discours que si Greg se fermait à la mention des frères Holmes, ce n'était assurément pas à cause de Sherlock. La volubilité dont le jeune flic faisait preuve à propos du dénommé Mycroft, incapable de s'en empêcher, était très révélatrice de l'intérêt qu'il semblait lui porter.

– De l'aide ? demanda John.

– T'es son prof c'est ça, à Sherlock ?

John hocha la tête.

– Alors peut-être que c'est dans son dossier médical d'inscription à la fac, et que tu peux le savoir, mais moi j'ai pas le droit de t'en parler. Secret professionnel, t'es médecin, tu dois bien connaître ça ! Même si je n'étais pas tout en fait dans le cadre de mes fonctions...

– Bien sûr, le rassura John d'un sourire.

L'interrogatoire de Greg ne donnerait aucune information de plus, mais John en avait déjà appris beaucoup : que Sherlock avait un frère, qu'il avait eu des problèmes médicaux avant d'entrer à la fac. Liés à sa maigreur et au fait qu'il ne mangeait jamais beaucoup peut-être ?

Malgré le fait qu'il n'en tirerait rien de plus, John trouvait quand même le fameux Greg éminemment sympathique. Il était droit, honnête, franc et souriant.

– Qu'est-ce que tu penses du dernier Tournoi des six Nations ? demanda-t-il innocemment.

Greg s'enflamma aussitôt, et John comprit qu'il venait peut-être de se faire un ami supplémentaire. Et ils passèrent toute la soirée ainsi, à descendre des bières et parler rugby, se découvrant une franche complicité et une multiplicité de points communs avec ravissement.


John s'éveilla le lendemain matin avec une nuée de piverts au fond de la tête.

– Aïe, grommela-t-il en ouvrant les paupières et en les refermant aussi sec, agressé par la luminosité ambiante.

Il se frotta les tempes et les yeux, se rappelant avec douleur le nombre de bières qu'il avait descendues hier soir, au point d'en avoir une sacrée gueule de bois. Il ne savait même pas comment il avait bien pu rentrer chez lui hier soir (ou plus probablement très tôt ce matin), parce qu'il était bien dans son lit (et heureusement, il y était seul), mais il n'avait pas vraiment le souvenir d'avoir été en état de marcher, hier soir.

– Merde, le rendez-vous avec Ella, marmonna-t-il lorsqu'il vit l'heure (avancée) de la journée.

Comme tous les alcooliques ponctuels et leur gueule de bois du vendredi ou du samedi matin, il se traîna sous la douche et alluma l'eau chaude à fond, et laissa la chaleur et la buée faire leur travail sur ses muscles et son mal de crâne.

Les piverts finirent par refluer, ses paupières se décollèrent, et lorsqu'il eut épuisé tout le ballon d'eau chaude ou presque, il était prêt à aller rejoindre sa psy, enfin. Ce qui tombait bien, puisque c'était l'heure, et il se précipita dehors, habillé à la va-vite. L'avantage d'avoir quelque chose à faire, c'était d'éviter de penser et de se pencher sur ses problèmes.

Le désavantage d'une psy, c'était qu'elle essayait de l'obliger à se pencher sur ses problèmes et en parler.

– Bonjour, John, le salua-t-elle.

Ella était presque aussi inefficace qu'on pouvait s'y attendre depuis ces trois derniers mois, et John n'appréciait pas outre mesure ces rendez-vous bimensuels. Il avait pris l'habitude de lui répondre les choses les plus banales et qui la contentaient, surtout quand elle glissait sur le terrain de l'armée, et des sentiments de John vis-à-vis de sa réformation.

Son deuxième sujet de prédilection était la canne de John, son PTSD, le tremblement de son épaule gauche, la qualité des tissus cicatriciels de sa blessure, la mobilité qu'il retrouvait.

Aujourd'hui était un jour à propos de son troisième sujet préféré : l'Imperial.

– Comment se passent vos cours, en ce moment ? Vous appréciez cela davantage qu'au début, maintenant que l'appréhension des premières semaines est passée ?

John se retint à grand peine de lever les yeux au ciel. Il n'avait jamais eu de difficultés à parler en public, et ce n'était définitivement pas ça qui lui posait problème dans le fait d'être professeur à l'université. Mais Ella était Ella. Et il fallait lui répondre pour la contenter. Alors il respira et réfléchit à sa prochaine réponse, laquelle ne devait surtout pas inclure l'élève Sherlock Holmes, ni de près ni de loin. Plus de deux mois que John jouait à ce petit jeu. Il n'avait encore jamais perdu. Et la psychothérapeute ne se doutait absolument pas que son patient allait déjeuner toutes les semaines avec un de ses étudiants.


Et voilà, vous avez rencontré Greg... et avec lui, vous avez la solution au "secret" de Mike, si vous êtes VRAIMENT attentifs ! (j'aime être sadique. C'est tellement drôle de vous voir chercher ce point de détail de la fic qui vous tient à coeur xD)

Prochain chapitre : 25 avril ! Une review, si le coeur vous en dit ? :)