Δ Chapitre 9 : La note au triangle
Mes deux journées de liberté étaient passées beaucoup plus vite que prévu. Becker était revenue dès le jeudi matin et je n'étais pas parvenue à avancer sur mon enquête depuis mon passage à Saint-Mangouste. J'avais l'affreux sentiment d'être impuissante et inutile. Totalement inutile même. Après tout, c'était grâce à Harry que j'avais découvert l'existence des tatouages, grâce à Harry que j'avais pu en savoir plus sur le retour de Denis Crivey, grâce à Harry que j'avais pu prendre connaissance de ces masques blancs... Mais moi, je ne servais à rien. Le pire, c'était que Denis Crivey n'avait rien dit de plus, rien révélé. Tout ce qu'Harry et moi avions, c'était de gros doutes à son sujet.
- Vous êtes sûr que vous souhaitez devenir chef du magenmagot un jour ? Me demanda soudain Becker de l'autre bout du bureau.
- Oui, enfin...ce serait super, mais... je suis jeune...et puis vous êtes là. Enfin, ce n'est pas que... Mais pourquoi vous me demandez si...
- Détendez-vous Mlle Granger, je disais juste ça comme ça. Parce qu'il va falloir vous accrocher, ce métier est épuisant, dit-elle en poussant un profond soupire.
Elle se leva de sa chaise et s'avança jusqu'à mon bureau.
- Cela fait trois mois que vous êtes là, trois mois que je vous ais confié les dossiers rouges et je pense qu'il est temps que vous me fassiez un compte rendu de ce que vous avez trouvé, dit-elle avec sérieux.
J'ouvris la bouche, mais le refermai presque aussitôt. Lui faire un compte rendu ? D'accord, je n'avais pas vraiment le choix, mais devais-je tout lui dire ? Pouvais-je réellement lui faire confiance ? Douter de son propre chef était un sentiment particulièrement désagréable.
- Mlle Granger ? Insista Becker en m'adressant un regard impatient.
- Je n'ai pas découvert grand-chose, finis-je par dire. Les disparitions et les meurtres n'ont aucuns réels liens entre eux, il n'y a pas d'histoire de statut du sang, pas de concordance dans les âges et...
- Vous voulez dire que vous n'avez rien trouvé en trois mois ? Me coupa-t-elle en m'adressant un regard appuyé.
Il fallait que je lui donne quelque chose à se mettre sous la dent. Au moins une chose. Une toute petite chose.
- J'allais y venir, dis-je. Les personnes qui commettent des meurtres portent des masques blancs. Enfin, je n'en suis pas sûr à cent pour cent, mais des Aurors ont été attaqués par des sorciers portant ces masques il y a deux jours, alors qu'ils venaient de retrouver Denis Crivey.
- Ah ! S'exclama-t-elle. Ca c'est quelque chose d'intéressant dont je n'avais aucune idée. Autre chose ?
- Malheureusement rien, mentis-je. Crivey assure qu'il n'a jamais eu affaire à ces sorciers avant, ce qui est très étrange... Mais je vais m'en occuper. Je vous promets que je me donne vraiment du mal pour essayer de...
- Ne vous en faites pas, si je n'ai pas trouvé grand-chose moi-même, je ne m'attendais pas à ce que vous fassiez des miracles, répondit-elle d'un air compatissant. Néanmoins...
Becker s'arrêta quelques secondes d'un air pensif, avant de poursuivre.
- Que pensez-vous de Drago Malefoy. Vous le connaissez ? C'est un Auror.
Je ne pus retenir une grimace.
- Oui je le connais, nous étions ensemble à Poudlard. Nous sommes de la même année.
- Et vous êtes amis ? S'enquit-elle avec insistance.
- Pas vraiment, non, répliquai-je d'un ton plus froid que je ne l'aurais voulu.
- Eh bien il va falloir que vous fassiez des efforts de ce côté-là. Je vous avoue que je le soupçonne de quelque chose.
- C'est-à-dire ?
- Je ne sais pas... Il est souvent là au bon moment. Ou au mauvais moment, cela dépend de quel point de vu on se place. Mais il n'est pas là à tout les coups, comme s'il faisant en sorte de se dédouaner.
Je ne pus m'empêcher d'observer Becker d'un air septique.
- Ecoutez... Je suis la première à ne pas apprécier Malefoy, mais il a reçu un sort en pleine figure il y a deux jours. Il gardera certainement des cicatrices à vie et vu comme il tient à son visage, ajoutai-je en levant les yeux au ciel, je l'imagine mal avoir manigancé sa propre défiguration.
- Essayez tout de même d'en savoir plus à son sujet.
Je serrai les mâchoires mais consentis à hocher la tête, en signe d'accord.
- Vous connaissez M Robards ? Ajouta Becker tout en rejoignant son bureau à l'autre bout de la pièce.
- Oui, c'est le chef des Aurors. Pourquoi ?
- Essayez d'être plus discrète à l'avenir. Je me doute que vous vous êtes rendus à Saint-Mangouste pour en savoir plus au sujet de Crivey, mais vous n'aviez rien à faire là-bas. Je me fiche des méthodes que vous utilisez pour enquêter et je suis même ravie de votre initiative, mais si cela m'est arrivé aux oreilles, c'est que Robards en a peut-être parlé à d'autres gens. Il faut que vous soyez prudente Mlle Granger. Nous avons à faire à des meurtres et des disparitions. Vous êtes un très bon élément, je ne voudrais pas qu'il vous arrive quelque chose. Mais plus important encore, je ne veux pas qu'on sache ce que nous faisons, nous n'avons pas autorité en la matière.
Je me contentai une nouvelle fois d'hocher la tête et Becker se rassit sur son fauteuil pour se remettre au travail. Que signifiait exactement ce qu'elle venait de dire ? Se pourrait-il que ce soit une menace déguisée ? Ou étais-je en train de devenir paranoïaque ? Je secouai la tête pour chasser cette idée et me remis au travail.
Je ne fus interrompue qu'une heure plus tard, lorsque la porte du bureau s'ouvrit pour laisser entrer le courrier de la journée. Les enveloppes allèrent se poser sur nos deux bureaux et la porte se referma. J'apposai une dernière signature sur le parchemin que j'avais sous les yeux, le classai dans un dossier et attrapai mon courrier pour le trier. Il y avait des dates d'audiences, des résumés d'enquêtes d'Aurors, des mandats de perquisition que je devais approuver et une petite enveloppe blanche sans signature. Je l'ouvris aussitôt pour en sortir un petit parchemin qui n'était pas signé lui non plus.
Δ pas de sangs-mêlés
Mon cœur fit un bon dans ma poitrine et je levai aussitôt les yeux vers Becker, pour voir si elle me regardait. Cependant, elle semblait concentrée sur son propre courrier et je posai de nouveau mes yeux sur le mot que j'avais reçu. Harry prenait vraiment des risques en m'envoyant ainsi une note ! Cependant, je devais bien avouer qu'à aucun moment je ne lui avais fais part des doutes que j'avais concernant ma chef. Mais même sans ça, c'était dangereux... D'un, je n'avais pas le droit de parler de ma mission à qui que ce soit, de deux, n'importe qui aurait pu intercepter ce courrier et de trois... Je n'avais malheureusement pas confiance en ma chef. Dans tous les cas, ce n'était vraiment pas malin de sa part... Et d'ailleurs que voulait dire ce mot ? Mon cœur fit un nouveau bon. Les morts qui avaient le tatouage étaient soit des sangs purs, soit des sorciers d'ascendance moldu, mais jamais de sangs-mêlés ! Jamais ! C'était donc un indice, quelque chose qui me permettait d'avancer dans mon enquête. Encore une fois, c'était à Harry que je devais ce nouvel élément et je me sentis encore plus inutile si c'était possible.
Je me levai aussitôt de ma chaise et sortis du bureau, après avoir discrètement mis le mot dans ma poche. Je me ruai à l'étage inférieur pour rejoindre le bureau des Aurors, mais Harry n'était pas là. Alors que je faisais demi-tour, les bras ballants, je tombai sur Malefoy à l'angle d'un couloir.
- Granger, me salua-t-il d'un ton froid.
Je ne répondis pas, surprise par son ton, mais surtout par son visage que je fixai avec intérêt. Il avait eu le visage couvert de bandages deux jours auparavant et là, il n'avait plus rien. Pas la moindre cicatrice, pas la moindre marque.
- Je préférerais que tu te montres plus discrète quand tu m'admires, lâcha Drago d'un ton las. En fait, poursuivit-il après quelques secondes, je préférais que tu ne m'admires pas tout court.
- Je ne t'admire pas Malefoy ! M'exclamai-je.
- Pourquoi tu me fixes dans ce cas-là ?
- Ton visage n'a rien...
- Et pourquoi voudrais-tu que mon visage ait quoi que ce soit ? Demanda Drago d'un ton désagréable.
- Tu étais à Saint-Mangouste il y a tout juste deux jours.
- Oh, tu parles de ça...dit-il en se radoucissant et en penchant la tête sur le côté. Tu sais Granger, j'ai peut-être un peu perdu de ma superbe et de ma richesse pendant la guerre, mais je n'en reste pas moins Drago Malefoy. Rien ne pourra jamais entacher ma beauté, dit-il en faisant glisser un doigt de son front jusqu'à son menton dans un arc de cercle.
Je roulai des yeux, exaspérée par son comportement.
- Comment va Denis Crivey ? Demandai-je.
- En quoi ça te regarde ? Demanda Drago en arquant un sourcil interrogateur.
- Il a été retrouvé après avoir disparu, donc s'il y a un jugement de prévu, cela me regarde.
- Eh bien tu en seras avertie en temps utile alors. Maintenant, tu m'excuseras Granger, mais j'ai des choses plus intéressantes à faire que de parler de Crivey ou de mon beau visage.
Sans me laisser le temps de répondre, Drago me contourna et disparu. Quant à moi, je restai totalement immobile dans le couloir. Les médicomages de Saint-Mangouste étaient vraiment doués, mais le plus intriguant était le comportement que Malefoy avait eu. Avait-il passé une mauvaise journée pour être aussi désagréable et différent de celui à qui j'avais parlé à Saint-Mangouste ? Où avait-il simplement agit ainsi la dernière fois pour me faire enrager ? Je laissai échapper un petit rire nerveux. M'intéresser aux états d'âmes de Malefoy n'avait jamais été dans mes projets mais là... c'était intriguant.
Ce ne fut que tard le soir, que je parvins enfin à mettre la main sur Harry qui revenait tout juste d'une mission.
- Franchement Hermione tu devrais rentrer chez toi, me signala Harry en me voyant entrer dans le bureau des Aurors. Tu vas encore te disputer avec...
- Oh Blaise n'a pas le moindre commentaire à faire ! Répliquai-je vivement. Il me doit bien ça, tu ne crois pas ?
Après tout ce qu'il m'avait fait endurer depuis que nous étions rentrés à Londres, je pouvais bien lui faire un peu payer son comportement. Harry leva les bras devant lui, comme pour signifier qu'après tout, je faisais bien comme je voulais. Je profitai de ce silence pour mettre le mot qu'il m'avait envoyé ce matin, sur la table devant lui.
- Il ne faut plus jamais que tu me fasses parvenir quoi que ce soit au bureau, déclarai-je. Cependant, si c'est bien ce que j'ai compris...
- « Triangle, pas de sangs mêlés », lut Harry à voix haute en me coupant. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
Mon visage se décomposa.
- Cela ne vient pas de toi ? Demandai-je d'une voix tremblante. J'ai reçu ce mot dans mon courrier ce matin.
- Non... répondit Harry en levant lentement les yeux vers moi.
Je me laissai tomber sur la chaise près du bureau, le regard perdu dans le vide.
- Cela veut donc dire que quelqu'un est au courant pour nos recherches. C'est la catastrophe...
- C'est peut-être quelqu'un qui veut nous aider, suggéra Harry qui semblait tout de même peu à l'aise avec l'idée. Qu'est-ce que ça veut dire à ton avis ?
- Qu'aucun de ceux qui avaient le triangle tatoué n'avait un sang mêlé. C'était soit des sorciers d'ascendance moldu, soit des sangs-purs.
- Mais oui, c'est vrai ! S'exclama Harry après quelques secondes.
- Tu m'excuseras, mais je ne vais pas me réjouir avec toi, répliquai-je. Quelqu'un est au courant ! Ce qui veut dire que nous sommes tout sauf discret ! Quoi que... c'est moi qui ai reçu le mot, donc au moins, cette personne ne sait peut-être pas que tu m'aides. Mince ! Et si c'était Becker elle-même qui testait ma loyauté ? M'exclamai-je en portant une main à ma bouche. Elle m'a demandé de lui faire un compte rendu de mes recherches ce matin et je lui ai caché pas mal de choses...
- Pourquoi ça ? S'enquit Harry surpris.
- Je ne sais pas... je... je n'arrive pas à lui faire confiance je crois.
- Eh bien si c'est elle qui a envoyé le mot on est mal, lâcha Harry dans une grimace.
- Dans tous les cas on est mal ! M'exclamai-je. Qu'importe qui a envoyé le mot ! M'écriai-je. Qu'est-ce qu'on va faire ?
Harry resta totalement silencieux.
- Harry ! Insistai-je.
- Je ne sais pas...
Ce fut avec une affreuse boule au ventre que je rentrai chez moi le soir. Harry et moi, avions convenu que je garderais le contenu de la lettre secret et si jamais elle venait de Becker, je pourrais toujours lui dire que j'avais voulu démasquer le coupable sans lui en faire part, de peur qu'elle me juge inapte à la mission. C'était loin d'être parfait, mais c'était la seule solution, car même si j'avais eu une totale confiance en ma chef, j'aurais été incroyablement gênée de lui dire que je m'étais fait démasquer. Cela collait donc plutôt bien.
Malgré l'heure tardive, Blaise ne me fit aucun commentaire lorsque je passai la porte d'entrée de notre appartement et je pus donc passer ma soirée à me ronger les sangs, sans que Blaise ne me pose de questions trop intrusives. Lui dire que j'étais stressée par le travail lui avait suffit comme explication à mon état de nervosité.
Ma journée du vendredi fut particulièrement stressante et je me retins de jeter des coups d'œil à Becker toutes les cinq minutes, pour qu'elle ne soupçonne pas mon état de stress. Dans tous les cas, il fallait absolument que je détermine l'identité de l'informateur secret, tout en me tenant à carreau. Harry et moi ne devions plus nous voir au travail, il fallait qu'on se retrouve à l'extérieur. Quand à mes recherches, je devais les mettre en pause pour le moment, je n'avais pas le choix. Que la lettre vienne de Becker ou non, j'étais dans de beaux draps !
Δ
- Et si c'était Robards ? Proposai-je comme énième nom à Harry. Après tout, il a dit à ma chef qu'il trouvait mon comportement suspect.
Harry me lança un regard interrogateur.
- Il sait que je me suis rendu à Saint-Mangouste pour voir Crivey et je suis certaine que ma présence là-bas était l'élément déclencheur de la lettre.
- Robards a beaucoup de défauts, mais c'est quelqu'un de bien. Et puis, beaucoup de gens aurait put te voir à Saint-Mangouste. Après tout, si cela lui est revenu aux oreilles, c'est que quelqu'un qui était sur place lui à dit.
- Et si... Et si c'était Malefoy qui lui en avait parlé ?
- Malefoy est loin d'être le genre de personne à faire des commérages, signala Harry en levant les yeux au ciel.
- Vraiment ? Répliquai-je en partant dans les aigus. Il adorait ça pourtant à Poudlard !
- Nous avons tous grandit Hermione, nous ne sommes plus à Poudlard ! Pendant que tu y es, accuse-le de t'avoir envoyé la fameuse note !
- Eh bien pourquoi pas ! Quand j'étais à Saint-Mangouste, il a fait preuve d'une avenance très étrange à mon égard et lorsque je l'ai recroisé deux jours plus tard, il était aussi exécrable que d'habitude ! Tu ne trouves pas ça étrange ?
- Tu es venu l'embêter dans sa chambre alors qu'il était blessé. Moi aussi je l'ai trouvé mou et avec les nombreux calmants qu'on lui avait donnés, ce n'était pas étonnant.
- Parlons-en de ses blessures, il n'a plus rien, insistai-je.
- J'en ai marre ! S'exclama Harry en se levant de mon canapé. C'est à Ron que tu aurais dû demander de l'aide dans ton enquête, je suis sûr qu'il aurait été d'accord avec tes accusations à l'encontre de Malefoy !
- Je ne l'accuse pas, me défendis-je. Je dis juste qu'il est un potentiel suspect. Même Becker m'a dit qu'elle le soupçonnait de quelque chose !
- Je croyais que tu ne lui faisais pas confiance ?
J'ouvris la bouche, mais aucun son de sortir.
- Tu ne lui fais pas confiance, mais quand il s'agit de Malefoy, tu...
- Quand elle m'a parlé de ses soupçons à son encontre, je lui ai dis que je ne croyais pas à son implication, le coupai-je. Mais maintenant... avec le recul...
Harry secoua la tête d'un air excédé au moment même où la porte d'entrée de mon appartement s'ouvrit sur Blaise. Ce dernier parut surpris de trouver Harry dans le salon, mais il se reprit presqu'aussitôt. Il nous rejoignit, serra la main d'Harry et repartit en direction de la cuisine pour déposer les courses qu'il venait de faire.
- Un bon Auror ne laisse aucun suspect de côté, signalai-je à Harry à voix basse.
- Un bon Auror sait reconnaître une vendetta personnelle, contrattaqua-t-il.
- Où veux-tu en venir ?
- Au fait que Malefoy a voulu te séparer de Blaise. Oui je suis au courant, Ginny m'en a parlé.
Je retins un cri offusqué en voyant Blaise revenir vers nous. Visiblement, je ne pouvais vraiment faire confiance à personne. Pas même à ma soi-disant meilleure amie.
- Tout va bien ? Les préparatifs du mariage doivent vous prendre beaucoup de temps non ? S'enquit Blaise sur le ton de la conversation. Vous voulez qu'on vous aide d'ailleurs ? On peut peut-être vous conseiller pour...
- Oh Harry n'a pas besoin des conseils ou de l'avis de qui que ce soit ! M'exclamai-je. Contente-toi d'être serviable envers tes amis et non envers les miens Blaise.
Harry m'adressa un regard blasé et nous salua d'un bref signe de la main. Lorsque la porte d'entrée claqua derrière lui, le regard bienveillant de Blaise changea aussitôt.
- Tu comptes me le faire payer encore combien de temps ?
- Pardon ?
- Tu as vu comme tu me parles ? Un jour tu veux que je m'entende avec tes amis et après je ne dois plus m'occuper d'eux ? Je sais que tu m'en veux pour l'histoire ave Drago, mais je ne compte pas passer un an à me faire pardonner !
- D'un, la manière dont je t'ai parlé ne t'était pas à proprement destiné, c'était à Harry que j'en voulais. Et de deux, je te rassure Blaise, nous sommes bien loin des un an, puisque cela fait seulement quelques jours que tu as enfin compris que c'était à MOI que tu devais faire confiance. Donc pour ce qui est du pardon, tu as encore du chemin à faire, répliquai-je avec humeur.
Δ
Le début de la semaine suivante fut particulièrement éprouvant. Je me méfiais de chaque personne que je croisais au ministère, de chaque regard et l'ambiance lorsque je rentrais chez moi, était loin d'être réconfortante. Rien ne s'arrangerait entre Blaise et moi sans que nous ayons une nouvelle conversation, mais j'avais beaucoup plus urgent à faire. Démasquer la personne qui m'avait envoyé cette note ! Etrangement, je n'avais pas recroisé une seule fois Malefoy dans les couloirs du ministère ce qui me faisait encore plus douter de lui. J'aurais voulu questionner Harry au sujet de son absence, mais étant donné notre relation actuelle à cause de Malefoy, il n'était pas judicieux d'en reparler pour le moment. J'étais seule sur ce coup là.
- Une nouvelle disparition ! S'exclama Becker en entrant dans notre bureau comme une furie.
Je lâchai aussitôt ce que j'étais en train de faire pour l'écouter.
- Il s'agit de Justin Finch-Fletchley.
- C'était un élève de Poudlard !
- Vous le connaissiez ?
- Pas plus que ça. Il était de la même année que nous mais il était dans une autre maison.
- Quel était son caractère ?
Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas l'intérêt d'une telle question.
- Nous n'avons trouvé aucuns liens entre les disparitions et les meurtres. Peut-être faut-il s'intéresser aux personnalités des victimes, insista Becker.
- Eh bien, de ce que je me souviens, c'était un vrai Poufsouffle, répondis-je. Il était particulièrement amical, gentil et dévoué à ses amis. Il était cependant très influençable et impressionnable, ajoutai-je en me souvenant de la facilité avec la quelle il avait cru qu'Harry était celui qui avait ouvert la chambre des secrets ou encore lorsqu'en quatrième année, certains avaient tourné le dos à Harry lors du tournois des trois sorciers. Mais je ne suis pas sûr que cela puisse aider en quoi que ce soit, insistai-je. Il faudrait demander à l'un de ses proches.
- Les Aurors sont en train d'interroger sa fiancée. C'est elle qui a déclaré sa disparition. Ils vivaient ensemble. Dès que j'en apprends plus, je vous tiens au courant, mais pour l'instant, concentrez-vous sur l'audience de ce soir.
J'acquiesçai d'un signe de tête, tout en serrant les mâchoires. Je n'avais aucune envie de rester là à ne rien faire, à attendre que Becker me cache peut-être des informations. Cependant, il fallait que je sois prudente.
Ce ne fut donc qu'en fin d'après-midi, que je pus sortir de mon bureau, prétextant vouloir faire une recherche pour notre audience qui n'allait pas tarder à commencer. Je voulais juste aller jeter un petit coup un œil au dossier de Justin dans les archives.
Alors que je marchai d'une démarche assurée à travers les couloirs du ministère, je me stoppai nette à l'angle d'un couloir et me cachai. Malefoy avait enfin refait surface et semblait se disputer avec Astoria Greengrass qui me tournait le dos.
- Tu n'as rien à faire ici. Dégage.
- C'est à cause de toi ! S'exclama la belle brune.
- On règlera ça plus tard, gronda Malefoy d'un ton particulièrement impatient.
- MAIS REGARDE ! Hurla Greengrass. Regarde mon visage !
SPLAF
Je risquai un discret coup d'œil dans leur direction et vis Astoria se tenir la joue d'une main tremblante. Malefoy lui avait visiblement adressé une gifle magistrale.
- Ferme-là maintenant, tu risques bien pire, siffla-t-il. Ce n'est ni le lieu, ni le moment. Et d'ailleurs tu n'as que ce que tu mérites.
J'entendis des pas approcher dans ma direction et avant que je n'ais pu réaliser ce qu'il se passait, Malefoy déboula face à moi. La dureté de son regard changea lorsqu'il plongea ses yeux dans les miens. Il me fixa avec une telle intensité que c'en était troublant. Greengrass, arriva presque aussitôt à sa suite et je retins un hoquet de stupeur. Une immense balafre rouge vif traversait de part en part le visage de la jeune fille.
- Tu as besoin d'aide Granger ? Tu t'es perdu ? Me lança finalement Malefoy d'un ton menaçant, contrastant parfaitement avec notre échange de regards.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Enchaina Greengrass avec un mélange de cruauté et de peur dans la voix.
- Toi, ferme-là, lui lança aussitôt Malefoy d'un ton sec.
Il me contourna sans me laisser le temps de dire quoi que ce soit, tout en m'adressant un regard appuyé. Greengrass le suivit et le couple disparu de mon champ de vision.
Que venait-il de se passer ?... Quand j'avais entendu Astoria dire que c'était de la faute de Malefoy, parlait-elle de l'affreuse cicatrice qui traversait son visage ? Pourquoi lui avait-il dit qu'elle risquait bien pire ? Et comment déchiffrer le comportement de Malefoy à mon égard ? A la fois, dur et indéchiffrable d'une seconde à l'autre... J'eu soudain une horrible envie de vomir. Je ne m'étais surement pas trompée au sujet de Malefoy et Becker non plus ! Il trainait dans quelque chose de louche et cela avait peut-être un lien avec mon enquête ! Cela expliquerait l'agacement de Malefoy de voir débouler la jeune fille au ministère. Et si elle aussi, faisait partie de tout ça ? Mais dans ce cas là, pourquoi avait-elle été défigurée ?
J'étais restée un bon moment dans le couloir vide à essayer de faire le tri dans mon esprit, mais malheureusement rien n'était clair et ce fut Becker qui me sortit de mon mutisme.
- Mlle Granger ? Mais qu'est-ce que vous faites-là ? Vous devriez déjà être dans la salle d'audience depuis dix minutes !
- Je réfléchissais...je...
Ma chef me fixa d'un air presque soupçonneux, avant de m'ordonner de la suivre d'un signe de tête. Nous passâmes par la salle des archives où elle récupéra quelques dossiers, nous descendîmes au bureau des Aurors pour prendre le compte rendu de l'enquête que nous allions juger, puis nous descendîmes encore de quelques étages pour rejoindre la salle d'audience, le tout sans un mot.
Lorsque l'audience se termina et que la salle fut totalement vide Becker s'interposa entre moi et la sortie.
- Vous avez des problèmes Mlle Granger ?
- Non pas du tout, mentis-je.
- Mlle Granger, insista-t-elle d'un air impatient.
- Je suis désolée, marmonnai-je la mort dans l'âme. J'ai juste quelques problèmes personnels, mais je vais régler tout ça au plus vite.
- Oui, faites donc, répliqua-t-elle avec sévérité.
Il fallait absolument que je me reprenne en main. Je devais me contrôler devant Becker, je devais mettre la main sur Harry sans attirer l'attention et il fallait que j'enquête davantage sur Malefoy. Et pourquoi pas sur Greengrass au passage ! Cependant, ma journée était loin d'être finis et je le compris si tôt que j'eus passé le pas de ma porte d'entrée. Blaise et Greengrass se faisaient face dans le hall d'entrée et une certaine tension semblait émaner d'eux. Je m'immobilisai pour les fixer, le cœur battant. Que se passait-il encore ?
- Je ne sais pas si tu as remarqué Blaise, mais il ne te reste plus beaucoup d'amis, je te conseille de faire le tri dans les personnes qui te portent préjudice, lâcha Greengrass sans m'accorder la moindre importance.
- Astoria, arrête de faire des histoires s'il te plait, répondit Blaise d'un ton las.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demandai-je avec humeur.
- Ce qu'il se passe ? S'exclama Greengrass en se tournant vivement vers moi. Il se passe, Granger, que tu essayes de me piquer Drago !
- N'importe quoi, répliquai-je en levant les yeux au ciel.
- Alors pourquoi es-tu allée lui rendre visite dans sa chambre à Saint-Mangouste ? Pourquoi tu espionnes mes conversations avec lui au ministère ? Tu le suis c'est ça ? Blaise ne te suffit plus, hein ?
J'ouvris la bouche d'un air totalement ébahit. Elle se fichait de moi, n'est-ce pas ? Elle ne pouvait tout de même pas croire que... Une étrange lueur passa dans le regard de la jeune fille et je compris ce qui était vraiment en train de se passer. Elle n'était pas véritablement jalouse, elle voulait juste que je le crois. Et pourquoi ? Parce qu'elle avait quelque chose à cacher ! Par Merlin... Je ne pouvais pas être certaine à cent pour cent que Malefoy et elle étaient impliqués dans mon enquête, mais dans tous les cas, ils trempaient dans quelque chose de louche. Greengrass sembla satisfaite de mon étonnement et en profita pour sortir de notre appartement. Lorsque la porte claqua derrière elle, un silence pesant s'installa entre Blaise et moi.
- Je pense qu'il n'est pas nécessaire que je te dise que ton amie est folle, n'est-ce pas ? Lançai-je à Blaise, le mettant au défi de me contredire.
- Non, ne t'en fais pas, répondit-il d'un air peut convaincu.
- Je déteste Malefoy, insistai-je. Tu le sais !
- Oui... Mais qu'est-ce que tu faisais dans sa chambre à Saint-Mangouste du coup ? Finit-il par ajouter d'un air hésitant.
- Non mais attends Blaise, tu ne crois tout de même pas que j'ai de l'attirance pour ce crétin ?
- Non.
- Alors quoi ? M'exclamai-je. A quoi tu penses ? Parles, qu'on en finisse !
- Vous avez arrêté de vouloir vous en prendre l'un à l'autre, n'est-ce pas ? Lâcha-t-il finalement.
Ma mâchoire se décrocha. Ne pouvait-il pas tout simplement pas me faire confiance ? C'était trop lui demander ? Je ne pouvais pas lui parler de mon enquête et de mes soupçons à l'encontre de Malefoy ! Je ne pouvais pas...
- Blaise, il faut que tu me fasses confiance, tentai-je d'une voix suppliante.
- Oui, je te fais confiance, répondit Blaise.
Nous nous toisâmes pendant quelques secondes dans un silence complet. Non, il ne me faisait pas confiance et malheureusement je ne pouvais rien faire pour y remédier. Rien dans l'immédiat. Astoria Greengrass était une sacrée garce, à moins que ce soit encore un coup de Malefoy lui-même !
