Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 10

Les Slytherins se targuaient d'avoir de meilleures manières que le reste de l'école. C'était sans doute parfois un peu exagéré, mais ils maintenaient bien l'illusion et cela commençait dès le trajet en train vers Poudlard.

Le quai était étrangement calme, mais les directives données dans la lettre de la rentrée étaient claires : seuls les parents ou tuteurs étaient admis, alors fini les ribambelles de frères et sœurs, de gamins chahutant et se chamaillant. Comme les élèves en âge d'avoir leur licence d'apparition préféraient jouer les adultes et mettaient un point d'honneur à venir seuls (sur le quai 9 ¾ tout du moins), cela restreignait encore le nombre de parents qui arpentaient le quai. Il y avait quand même moins d'élèves, c'était indéniable. L'exclusion des enfants issus de Moldus, les enquêtes qui pesaient sur certains, le départ de plusieurs familles sous d'autres cieux, tout cela réuni expliquait l'aspect désolé des alentours.

Le wagon des Slytherins commençait à se remplir dans le calme. L'avant-dernière voiture avait toujours été occupée par les membres de cette maison, sans qu'on arrive à vraiment comprendre par quel phénomène. Certains allaient plutôt dans des compartiments, mais Theodore Nott préférait éviter un huis-clos embarrassant et avait opté depuis un an déjà pour l'une des banquettes du wagon commun. Il avait déposé un sac à dos sur le siège à côté de lui, et seule la politesse, fermement ancrée en lui, l'empêchait d'étendre les jambes et de poser les pieds sur le siège face à lui.

Zabini était passé avec un sourire un peu crispé, puis Pansy Parkinson et Daphné Greengrass avaient fait leur apparition, la seconde faisant l'effort d'engager une discussion un peu creuse avec un garçon dont elle était censée faire une connaissance plus poussée depuis déjà plusieurs années. Theodore avait joué le jeu, et noté avec une petite morgue désapprobatrice que cette chère Pansy paraissait se tenir de plus en plus droite depuis que Voldemort refaisait surface. Elle avait rejoint Milicent Bulstrode et depuis, les deux filles passaient leur temps dans des conciliabules impliquant force rires et moues dédaigneuses. Pansy était trop arrogante et décidée pour vraiment plaire, mais elle faisait des efforts, même Theodore s'en rendait compte. Bizarre comme les filles paraissaient s'être données le mot pour se lancer dans les grands ravalements cet été… La pauvre Milicent avait eu beau suivre le mouvement, sa silhouette de milieu de terrain faisait toujours ressembler ses vêtements à des sacs de pommes-de-terre.

Accoudé au petit rebord contre la vitre, le garçon arborait son plus beau regard de myope, celui qu'il avait mis des années à peaufiner, au point d'arriver à tromper son père. Malgré lui, il égrenait le compte des absents. La nouvelle de l'exclusion des enfants issus de Moldus s'était propagée, sans que La Gazette du sorcier n'ait pourtant ébruité l'affaire. Son propre père avait jubilé à la lecture des convocations pour interrogatoire de plusieurs membres éminents de la société sorcière. Rockwood avait relaté l'un des procès expéditifs que l'on réservait à ces « imposteurs », comme ils nommaient les Sangs-de-bourbe les plus influents. Ce que Theodore ne savait pas, c'était ce qu'ils devenaient ensuite. Les rendait-on à la vie moldue ? Quelque chose lui disait que non. Mais dans ce cas, qu'en faisait-on ? Azkaban ? Il était parfois plus facile de ne pas chercher à connaître la vérité.

Il distingua bientôt sur le quai la longue silhouette de Ginny Weasley. Puis Seamus Finnigan. Un groupe de Gryffondors suivait, mais il n'y trouva ni Ronald Weasley, ni, évidemment Potter, tous deux étant activement recherchés, ainsi que Granger. Londubat s'avançait lui aussi et Theodore s'écarta un tout petit peu de la fenêtre : il n'avait pas tellement apprécié d'être stupéfixé par l'un des élèves les moins brillants de l'école. Que savait Londubat ? Gabelli n'avait pas dû trop en dire, c'était un Slytherin, mais on ne pouvait pas exclure qu'un Gryffondor puisse se mettre à réfléchir tout seul, de temps en temps. Dans ce cas, il lui faudrait soit espérer que Londubat se tairait, soit provoquer une explication, ce qui reviendrait au même que de trahir sa véritable position.

Theodore soupira et salua Vincent Crabbe qui se frayait un chemin dans le couloir central. Heureusement, il n'avait pas montré le désir de s'assoir dans son carré. Un peu plus loin, il devinait la présence de Barrier, Tosnay, Gabelli et Oriana Blegounovsky. L'Italien n'avait pas l'air très enjoué et la vision fugitive de Tosnay et Blegounovsky en grande conversation avec force sourires lui fournit une explication plausible au mécontentement de son voisin de dortoir. Barrier arborait avec un certain cran une expression insouciante, mais irradiait la tension à cinq mètres à la ronde.

Il retourna son attention à l'activité sur le quai. Les petits nouveaux avaient l'air encore plus perdus que les années précédentes et leurs parents arboraient un visage fermé tout en les guidant vers un wagon comportant encore de la place. Les adieux restaient sobres, avec des instructions et recommandations murmurées en lieu et place des exclamations bruyantes habituelles. L'accueil par les Carrow en tête de quai avait dû refroidir les enthousiasmes.

Un troupeau de Poufsouffles avec quelques Serdaigles apparut, avançant d'un bon pas, visages sérieux et décidés. Au milieu, Theodore repéra enfin Emilie Snape qui échangeait quelques paroles avec un garçon pas très grand et aux cheveux châtains soigneusement peignés en arrière. Haffner, pensa le Slytherin en ressentant malgré lui un pincement au cœur désagréable. A leur hauteur se trouvaient une voisine de dortoir d'Emilie, Lucrezia Blackwell. Theodore eut un regard appréciateur (il s'agissait tout de même de l'un des plus jolis morceaux de Serdaigle), puis observa encore quelques secondes Emilie avant qu'elle ne sorte de son champ de vision.

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Bercés par le mouvement du wagon, abrutis par la cadence implacable des roues sur les rails, les élèves commençaient à s'endormir. Passés les premiers voyages et la découverte du Poudlard Express, le trajet devenait d'une monotonie et d'une longueur affligeante. De temps à autre, le sifflement puissant de la vapeur relâchée par la locomotive tirait les voyageurs de leur torpeur. La lumière commençait à prendre des teintes mordorées mais on n'arriverait pas encore avant plusieurs heures, à la nuit tombée.

« Je vais avoir du mal à vous rejoindre sans attirer l'attention, avec Beaufort dans les pattes…

-Qu'est-ce que vous êtes sensés faire ? demanda Emilie en fronçant les sourcils.

-Aucune idée, déclara Lucrezia en haussant les épaules : j'ai appris que j'étais déléguée en recevant la lettre et que, attends… la jeune fille sortit le feuillet de parchemin de sa poche et déclama d'une voix théâtrale : « Cette disposition sera susceptible d'être révoquée à tout moment en cas de manquement de votre part à la discipline ».

-Est-ce qu'on garde les mêmes préfets ? interrogea Jonathan en avançant un peu au hasard une pièce du jeu d'échecs flottant au milieu du compartiment et destiné à donner le change aux élèves passant dans le couloir.

-Je pense, en tous les cas pour Serdaigle : j'ai croisé Lisa et Roger en arrivant, et ils avaient leurs insignes.

-C'est déjà ça, soupira Peter.

-Bon, reprenons, interrompit Ann, un crayon dans une main et une copie double moldue dans l'autre : Melinda Bobbin ?

-Oui, répondirent en même temps Lucrezia, Emilie et Peter.

-Wilfried Brody ?

-Je pense… réfléchit Jonathan.

-Oui, je crois qu'on peut le compter, mais on demandera un peu avant », intervint un troisième garçon qui n'avait pas encore revêtu son uniforme et copiait chaque nom retenu sur une feuille de parchemin, mettant dans une colonne à part les noms de ceux qu'il faudrait sonder avant de prendre une décision.

Le train fit une petite embardée et repartit à toute vitesse dans un grand virage qui tassa tout le monde contre la fenêtre. A l'abri d'un Silencio, les élèves reprirent leur examen des éventuels adhérents à un mouvement de résistance au sein de Poudlard. Après avoir débattu par courrier pendant une partie de l'été, le noyau dur du groupe miroir des Conjurés Slytherins accélérait le processus, conscient de ce que la direction de Snape rendrait les échanges beaucoup plus difficiles qu'ils ne l'étaient déjà. Peter sortit un sandwich de son sac, son second du voyage, et commença à mastiquer allègrement, avalant tout rond une bouchée pour répondre de temps en temps aux questions d'Ann et d'Owen Cauldwell, le Poufsouffle qui mettait à jour les listes.

Emilie déplaça une pièce au hasard sur l'échiquier et, pour passer le temps, entreprit de grignoter des biscuits au chocolat dans lesquels se mit aussi à puiser Lucrezia. Jonathan avait naturellement prit la tête du volet Poufsouffle de l'entreprise. Pour les Serdaigles, Ann et Lucrezia s'étaient demandé si la direction ne revenait pas à Emilie qui avait jeté les bases de l'organisation et proposé le serment élaboré à partir du Fidelius qui garantissait leur discrétion. La Française avait cependant refusé en jugeant qu'un tel choix serait une grave erreur : d'une part cela paraîtrait trop évident pour ceux qui avaient eu vent du petit groupe clandestin de Potions qu'elle avait dirigé l'année précédente et dont la publicité avait franchi les limites de leur maison à cause de l'affaire des ingrédients volés. Plus ennuyeux encore, nommer la fille de Snape à la tête d'une organisation de résistance inviterait les doutes et la défiance. Le choix de Lucrezia s'imposa donc comme une évidence, d'autant qu'elle avait un esprit pratique et une autorité naturelle qui la distinguaient d'office. Seule Emilie connaissait l'existence du groupe parallèle des Slytherins et la question des Gryffondors restait une grande inconnue. Jonathan était persuadé qu'ils rééditeraient l'expérience de l'Armée de Dumbledore, mais on remit l'enquête à plus tard.

Ann se releva un peu pour avancer un cavalier. Jonathan examina l'échiquier et eut une moue agacée. Peter se leva bientôt pour y ajouter son grain de sel.

« Hum, comment allons-nous nous appeler ?

-Hein ?

-Ben, les Gryffondors avaient l'Armée de Dumbledore, ça sonnait bien, non ? remarqua Owen.

-Les Guerriers de Rowena ?

-Et les Poufsouffles ? » remarqua Jonathan quand l'hilarité fut retombée.

Si on devait ménager les susceptibilités des deux maisons, on n'était pas prêt de s'en sortir, jugea Emilie qui observa les efforts de Peter pour donner un sens à leur partie d'échecs.

-L'aigle et le blaireau ? proposa Ann.

-T'es gentille avec ton blaireau, marmonna Jonathan, venant en aide à Peter.

-Checkmate ! cria Peter après avoir déplacé plusieurs pièces de façon on ne peut plus irrégulière.

-Hé, c'est pas mal, ça !

-Quoi, demanda Lucrezia, entre deux bouchées.

-Checkmate ! » répliqua Owen.

Il y eu un silence. Bientôt, les lampes crépitèrent et éclairèrent d'une lueur blafarde le compartiment assombri par le crépuscule.

« Checkmate ? prononça Ann, en essayant les syllabes dans ce nouveau contexte.

-Echec et mat dans ta sale tronche, Snape ! » cria Owen.

Emilie passa une main sur son visage, incapable de rire avec les autres.

ooooo

Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas été dans cette partie du château, mais ses jambes retrouvèrent le chemin sans difficulté. Elle se souvenait des soirées passées au plus près de la grande cheminée et avait pris la précaution de porter un pull alors que la température à l'extérieur était encore clémente.

Il ne restait que deux heures avant l'arrivée des élèves et elle tenait à inspecter les lieux avant, afin de graver dans sa mémoire l'emplacement des dortoirs des uns et des autres, de vérifier les pièces communes, les endroits connus des seuls Slytherins et qui pouvaient constituer des cachettes, et d'examiner les salles de cours et les couloirs des cachots afin de se familiariser avec les changements.

Aurora Sinistra avait été admise à Slytherin en 1968 et n'avait pas vraiment connu Snape, un tout petit peu plus jeune, qui gravitait dans des cercles strictement masculins et qui lui étaient par conséquent fermés. Avec le recul, elle ne le regrettait pas. Elle-même était devenue professeur en 1987 et n'avait pas dû échanger plus de dix mots avec le chef des Slytherins dont elle connaissait les grandes lignes du parcours, comme tous les autres employés de Poudlard.

Sa propre nomination à la tête des Slytherins n'avait aucun sens, si l'on s'en tenait aux questions de compétences, d'expérience ou même de scolarité, tout du moins. En bonne Slytherin toutefois, Aurora Sinistra avait examiné la chose sous tous les angles et conçu quelques soupçons. Le fait était qu'elle n'était pas la seule Slytherin parmi les professeurs, ni même les plus anciens (ce qui excluait donc les Carrow) : Templum était issu de cette maison et était là depuis les années 1970, pour ne rien dire d'Horace Slughorn. Elle ne s'était jamais impliquée plus que nécessaire dans la vie de l'école, la notion de « bien commun » étant un peu étrangère à sa psychologie. Sa matière n'était pas considérée comme « indispensable », ce qui était le cas des Potions par exemple. Elle n'était pas non plus liée à Snape ni aux cercles qu'il fréquentait. Alors, pourquoi pas les autres ? Slughorn était un choix évident, pour tous les non Slytherins, mais Sinistra méprisait le Potionneur autant que Snape et tous les Slytherins réunis. Pourquoi pas Templum ? Pourquoi pas les Carrow ? Des Mangemorts, tout juste promus professeurs, et pas des moindres pour Amycus qui prenait le poste de Défense contre les Forces du mal. Rien que d'y penser, la Slytherin avait la chair de poule. Pourquoi elle ?

Sinistra parcourut un à un les dortoirs, plusieurs parchemins à la main, contrôlant et apprenant le nom des nouveaux élèves. Il y avait quelques réunions problématiques : Malefoy, Crabbe, Goyle et Zabini. Hum. Trois gros problèmes et un garçon qui se laissait emporter au gré du vent. Pas la meilleure combinaison. Ailleurs c'était l'inverse : trois filles dont les familles avaient été contre Voldemort quinze ans auparavant et, au milieu de tout cela, Pansy Parkinson. Ces trois là allaient devoir surveiller leurs arrières… Elle nota une petite fuite d'eau dans une salle de bain et convoqua un Elfe qui effectua la réparation sur le champ. La salle commune était en ordre, comme les salles secondaires.

Revenue dans le couloir d'accès, elle se mit en devoir d'ouvrir les portes une à une, les condamna toutes, par principe, utilisant ses nouveaux privilèges de chef de maison. A un coude du couloir elle nota la porte donnant accès aux quartiers de Snape. Il y résidait déjà lorsqu'il était devenu professeur. Curieuse, elle s'approcha. Elle savait qu'il vivait désormais dans la tour du directeur, mais cela ne voulait pas dire qu'il avait abandonné ces pièces. La porte resta close et chef de maison ou pas, elle ne put y pénétrer. Manifestement, le directeur avait limité ses pouvoirs. Les bras croisés, elle rebroussa chemin et se dirigea vers l'escalier.

« Horace ?

-Ah… Aurora ! »

Slughorn lui faisait presque pitié. La baleine, comme l'avaient surnommé les élèves, n'avait rien perdu de son embonpoint, mais sa jovialité et son insouciance avaient disparu.

« Il a refusé, tu sais… soupira-t-il.

-Quoi ?

-J'ai donné ma démission, Aurora, mais il a refusé », éclaircit Slughorn en chuchotant.

Sinistra nota l'inquiétude dans le regard du Potionneur. Il paraissait craindre Snape plus que Voldemort.

« Il n'y a personne d'autre de qualifié pour les Potions, Horace.

-Je ne veux pas faire partie de tout ça. Je suis vieux, commença à geindre le professeur : il a toujours été obsédé par les Potions, il aurait pu… Al-Albus a continué d'enseigner quand il est devenu professeur. »

Pas la meilleure comparaison, pensa Sinistra, sans relever la gaffe, pourtant.

« Evidemment, Albus savait déléguer. Snape, lui, ne veut pas partager la moindre parcelle de pouvoir… continua Slughorn tandis que le professeur d'Astronomie écoutait de toutes ses oreilles, très intéressée, et l'encourageait d'un œil compatissant : il ne nommera pas de directeur-adjoint. Et bien je lui souhaite bien du courage, je ne lui donne pas trois mois avant de capituler. »

Sinistra digéra l'information et prêta une oreille distraite aux plaintes et récriminations du Slytherin. Elle additionna cet élément à l'analyse qu'elle avait déjà faite de la situation. Que Snape n'ait pas désiré travailler avec Minerva McGonagall ne la surprenait pas, elle ne pensait pas que la Gryffondor aurait accepté, de toutes manières, mais l'abolition pure et simple du poste de directeur-adjoint était étonnante et renforçait le sentiment qu'elle avait depuis quelque temps, celui d'un délicat et étonnant équilibre des rapports de force. Dans cette perspective, sa soudaine promotion et la tâche particulière que lui avait confié Snape plusieurs heures auparavant prenaient tout leur sens.

Enfin, Slughorn quitta les lieux et remonta vers le rez-de-chaussée aussi vite que le lui permettaient ses petites jambes. A côté de la salle de classe, le bureau dévolu au professeur de Potions n'était pas fermé. Les ingrédients qui y avaient été entreposés du temps de Snape avaient été depuis longtemps mis à l'abri par leur propriétaire jaloux. Le Maître des Potions avait indiqué au nouveau chef de maison qu'il ne voulait pas la contraindre à vivre dans les cachots, mais qu'il désirait qu'elle y ait un bureau et qu'elle soit à l'écoute des Slytherins. Cette pièce, familière aux élèves, était tout indiquée, n'ayant jamais eu les faveurs d'Horace Slughorn.

Aurora Sinistra passa sa main sur le bureau sans âge, promena son regard sur les étagères vides et avisa un gros meuble dans un coin. C'était un classeur en noyer comportant sept tiroirs. La Slytherin ouvrit un compartiment au hasard et constata avec surprise qu'il était plein. Le cœur battant, elle prit un dossier au hasard et lut : « Baddock, Malcolm. 5 février 1983, Nottingham. Elève médiocre en tout ». L'intérieur de la chemise comportait des bulletins de notes, des devoirs de Potions et de Défense contre les Forces du mal, et différentes annotations intercalées sans ordre apparent. Un second dossier, celui d'un première année, seconde année à la rentrée, était plus mince. La petite montre accrochée à son cou par une chaîne d'or sonna la demie de sept heures. Aurora Sinistra referma le tiroir à regret et sortit en sécurisant la porte derrière elle.

ooooo

C'était sans doute la plus triste rentrée que Poudlard eut connu depuis des centaines d'années, peut-être même depuis l'ouverture de l'école. Emilie n'en vit pas grand-chose, trop occupée à garder les yeux rivés sur le sol dallé, puis sur la table des Serdaigles. Elle n'avait tout simplement pas le cran de lever le nez pour faire face aux élèves et elle ne voulait pas prendre le risque de croiser le regard de son père.

Il était là cependant : il avait pris la parole une bonne demi-heure après leur entrée dans la salle, avant qu'ils se fussent installés. La voix n'avait pas changé : grave, mélodieuse, l'élocution précise, le ton sec et froid. Le discours bref du directeur ajouta à la consternation : obligation d'aller d'un cours à l'autre en compagnie des délégués, obligation de prévenir les délégués lorsque l'on se rendait à la bibliothèque avant les cours du matin, ou après le dîner, couloirs interdits, entrainement de Quidditch limité à une heure le samedi matin, le terrain devenant inaccessible le reste du temps… Chaque infraction au règlement (qui serait communiqué après le repas et qui devrait être su pour le lendemain) devrait être rapportée aux Carrow. La salle était brillamment éclairée mais, on ne savait par quel étrange phénomène, paraissait plus sombre qu'à l'accoutumée. Plus troublant : les grandes tables n'étaient occupées qu'aux trois-quarts. L'exclusion des élèves issus de familles moldues avait réduit les effectifs, tout comme la décision de certains parents de retirer leur enfant de l'école. Toutes les maisons étaient touchées. A la table des Serdaigles, l'absence de Belinda qui avait toujours partagé les repas en compagnie de ses voisines de dortoir se faisait tristement sentir.

Quand Snape eut introduit les nouveaux professeurs, que tous avaient déjà croisé en tête du quai 9 ¾, qu'il eut expliqué que leur professeur d'Astronomie devenait chef de la maison des Slytherins (à la surprise de tous, y compris des principaux intéressés, à s'en fier aux murmures émanant de la table voisine), un silence gêné s'installa. Plusieurs se demandèrent ce que l'on attendait, quand les portes se rouvrirent et retentit le pas cadencé des premières années menés par Minerva McGonagall. Pomona Chourave apporta le petit tabouret, souleva le vieux Choixpeau et adressa un sourire timide aux plus petits. Les enfants avaient les yeux braqués sur le chapeau pointu quand il parut se ratatiner et arbora une expression courroucée. Les premiers rangs n'en menaient pas large et reculèrent d'un pas, bientôt bloqués par les autres placés sur leurs talons. Les élèves déjà attablés s'avancèrent un peu, pour mieux voir. Le Choixpeau restait muet. Minerva McGonagall allait s'approcher de l'objet lorsque Snape se leva lentement de sa chaise et, enfin, une voix courroucée et éraillée jaillit du Choixpeau.

Gryffondors ! Slytherins !

Poufsouffles ! Serdaigles !

La différence est minime,

Mais je répartis les enfants, c'est la règle.

Sang-pur et sang-mêlé,

Sang-de-bourbe ne sont que des mots

Récupérés par de faux idéaux.

Depuis cinq cents ans, on cherche mon conseil.

Je suis vieux et las, aussi

Je vous parlerai pour la dernière fois

Car les enfants, une fois grands, ne m'écoutent pas.

Gryffondors ! Slytherins !

Poufsouffles ! Serdaigles !

La différence est minime,

Mais je répartis les enfants, c'est la règle.

Le Choixpeau se tut et ne reprit la parole que le temps de la sélection. Pas d'applaudissements, aucun murmure ne vint déranger la cérémonie. Quand le dernier eut rejoint la tablée de sa maison, on remporta le Choixpeau et Snape se rassit. Sans un mot, il donna le signal du repas.


Note de l'auteur : Hello, Fishina ! Oui, bah oui, ils sauront, mais en attendant, c'est pas évident.

hum, ne tirez pas, siouplait, la poésie et moi, ça fait 3, je suis tout juste capable de faire rimer deux mots.