12.
Ghour s'inclina profondément devant le jeune homme tandis que Sylvarande dansait d'un pied sur l'autre.
- C'est quoi cette histoire, je ne comprends rien… Déjà que je n'ai jamais accepté que notre Protectrice se soit sacrifiée pour un humain, mais alors, que ce soit pour toi ! ?
- Je pense que Saharya avait assez de sagesse que pour savoir ce qu'elle faisait, grinça en retour Aldéran. Et comme me l'a récemment dit un ami : c'est le passé ! Tu devrais plutôt te réjouir, mauvaise herbe, ce Sanctuaire va reprendre vie et on va stopper ces végétaux que tu as rendus fous !
- Comment ? fit la sylvidre en se calmant légèrement.
- Je ne sais pas. Le Sanctuaire m'ensevelit sous les informations le concernant, je dois d'abord trier pour voir ce qui m'est utile.
- Tu peux vraiment influer sur lui ? insista encore Sylvarande.
- Je vais vite le savoir, marmonna-t-il Sur quoi je pourrais bien tester cette énergie débordante et dont je ne sais que faire, pour le moment… ?
Aldéran sourit soudain alors qu'une liane venait de s'enrouler autour du corps de Sylvarande, l'immobilisant totalement.
- Pas de raison que je sois le seul à devoir faire face à un arbre-liane ! Ca va, c'est confortable ?
- Mets ton ironie de côté, aboya la sylvidre, et libère-moi !
Non sans dissimuler qu'il le faisait à regret, Aldéran fit se retirer la liane.
- Je crois que je commence à saisir comment cela fonctionne…
- C'est très simple, intervint Ghour. Tu ne fais plus qu'un avec le Sanctuaire de ta génitrice. Que tu le penses ou que tu le prononces, ton ordre sera aussitôt exécuté. Inutile de cibler un interlocuteur, le Cœur sera bien plus rapide que ta réflexion et saura instantanément agir en ton sens. Exerce-toi sur ces végétaux ou autres si ça peut t'aider à contrôler cet environnement, mais je t'assure que tout viendra spontanément le moment venu !
Aldéran frissonna.
- C'est moi qui ai fait ça ? !
Ghour opina positivement de la tête.
- Tu as certainement songé à revenir au temple… et c'est arrivé !
- Je ne l'ai pas vraiment voulu… Cela risque d'être dangereux si les événements se produisent alors que je n'y ai pas réfléchi !
- Fais confiance au Cœur, il sait parfaitement faire la part des choses ! insista encore le Gardien.
- Pourquoi souhaitais-tu revenir ici ? grommela encore Sylvarande qui ne digérait toujours pas qu'il se soit fait la main sur elle !
- Tu es la fille d'un Reine guerrière mais il semble que tu n'aies jamais eu le moindre cours de stratégie ! Rien ne vaut une position en hauteur !
- Je ne pense pas que ce sera suffisant.
Le trio se retourna d'un bloc pour découvrir celui qui venait de parler !
- Velkar… murmura Ghour.
- Pourquoi je ne suis pas surpris… ? ajouta Aldéran entre ses dents.
- Tu devrais surtout t'inquiéter, minable humain ! Les bouleversements qui agitent ce Sanctuaire ne m'empêcheront pas de m'en emparer.
- Il y a une heure cela n'aurait pas fait un pli. Maintenant, le Cœur a repris sa place, il est en harmonie avec chaque être vivant, et tous vont te repousser, grogna Aldéran en faisant la grimace devant l'être velu au faciès de peau dure, une étrange crinière bleue mettant une tache claire au milieu du noir du pelage. Il se défendra tout seul, c'était là la seule intervention nécessaire.
- On va bien voir s'il va vous protéger, gronda Velkar.
Aldéran sentit un souffle brûlant le traverser, mais nulle douleur ne s'éveilla en lui.
- Comment est-ce possible ? aboya encore le dénommé Velkar. Tu aurais dû être balayé, comme eux, ajouta-t-il en désignant Sylvarande et Ghour, propulsés à plusieurs mètres et qui geignaient en tentant de se relever.
- J'ai eu, en plus, un petit coup de pouce sourit le jeune homme en tournant la tête vers celle qui se tenait à sa gauche, diaphane mais bien présente, d'une lumineuse blondeur.
- Saharya, tu es revenue dans ton Sanctuaire !
- Ma déesse, fit le Gardien, un infini respect dans la voix, un genou au sol, volontairement cette fois.
- Ce Sanctuaire ou ailleurs, déclara la Magicienne Blanche de son timbre mélodieux. Ma place est uniquement celle où se trouve l'enfant que j'ai mis au monde, quand il a besoin de moi !
Velkar en bavait presque de rage.
- On va voir si l'Ombre que tu es sera suffisante pour repousser mes Essaims !
De lumineux, le ciel du Sanctuaire devint noir, envahi par des espèces de frelons de la taille d'un veau, des centaines, tous fonçant droit sur le temple.
Saharya prit la main d'Aldéran.
- Je suis effectivement une Ombre, tu vas me servir de relais car bien que tu n'ignores désormais rien de ce lieu, ce genre de bataille t'est totalement incongru !
- Décidément, c'est une manie… Mais, c'est pour la bonne cause ! Allons-y, renvoyons ce gros poilu chez lui !
Et canalisée par le corps du jeune homme, l'énergie du Sanctuaire se projeta contre les assaillants qui furent proprement vaporisés – Velkar ne demandant pas son reste et disparaissant avant d'être pris pour cible !
13.
Aldéran se régalait d'une coupe de nectar quand Sylvarande s'approcha du bassin, dans le parc entourant le temple. Ghour se leva pour la saluer.
- Et, pour ces végétaux que j'ai développé jusqu'à leur paroxysme, pour en perdre ensuite le contrôle ? questionna aussitôt la sylvidre.
- Ils vont régresser, redevenir inoffensifs. Et comme il s'agissait de plantes, les immeubles qui en ont été enveloppés étaient dans une véritable bulle d'oxygène et les habitants de ma galactopole sont saufs !
Sylvarande s'assit.
- Qui a fait cela ? Ma Grande Protectrice… ou toi ?
- Les deux, intervint alors Ghour. La Magicienne a maîtrisé et inversé le processus, et le guidera jusqu'à ce que tout soit redevenu normal, dans la cité d'Aldéran en tous cas – pour les autres galactopoles de la planète tropicale, il est trop tard. Ensuite, vu qu'Aldéran est relié à ce Sanctuaire, il percevra si jamais il y avait une autre tentative d'envahissement de tes guerrières, Reine Sylvarande.
Sylvarande tressaillit violemment.
- Quoi, tu sauras tout de ce qui agite mon peuple, Aldéran ?
- Oui ! asséna le jeune homme, non sans satisfaction. N'essaye plus jamais de t'en prendre à des cités. Je le saurais et tu peux compter que Saharya interviendra à nouveau, et ce éternellement !
Sylvarande fit la grimace et ne rétorqua rien.
- Ce n'était pas exactement ce que tu envisageais en venant ici, mais c'est le meilleur, et le seul, moyen pour préserver les autres races, de ton espèce, siffla encore Aldéran. Tu peux donc repartir d'où tu es venue… Talvérya ?
- Elle a toujours vécu à RadCity. Elle restera dans ton Unité, à moins que…
- Je n'ai encore rien décidé.
- Comment rentre-t-on ? reprit la sylvidre.
- Je te dépose, avec Talvérya et tes soldates au premier relais de transport. Moi, j'ai envie de poursuivre mon voyage dans les étoiles. Ghour ?
- Je vous renvoie sur le Lightshadow. Adieu, et merci Aldéran pour avoir ramené la Magicienne dans son Sanctuaire !
- Oh, elle a trouvé toute seule le chemin du retour, sourit-il encore.
Cette fois, le Non-Temps n'avait pas joué et c'étaient deux jours entiers qui s'étaient écoulés depuis que Ghour s'était matérialisé sur la passerelle du Lightshadow.
Aldéran n'était pas fâché d'avoir repris l'entier contrôle, de son vaisseau et de la situation, et toute son assurance revenue – bien que supérieures en nombre – les sylvidres s'étaient rassemblées sans un mot, attendant juste son bon vouloir de les débarquer et il voulait d'ailleurs s'en débarrasser au plus vite !
- Ton vœux est exaucé, Aldie : durant ton absence, j'ai été contacté par ma mémoire d'origine, sur l'Arcadia. Ton père demande que tu le rejoignes au plus vite.
- Il a des ennuis ?
- Aucune idée, il n'a rien enregistré de plus. Le message ne comporte aucun code d'urgence, donc tu n'as pas à te précipiter !
- Je n'ai pas non plus envie de perdre du temps. Dès qu'on se sera débarrassé des sylvidres, tu pousses les réacteurs !
- Je crois qu'il se doute que c'était ce que tu ferais et donc il n'avait nul besoin d'insister pour que tu passes au plus vite en vol subliminal ! remarqua Toshiro.
- Je vais composer un message à Doc, à son bar, pour Maji. Tu pourras le faire suivre, je veux m'excuser pour être parti sans lui… mais qu'on ne m'a pas vraiment laissé le choix !
- Il comprendra.
- J'espère… Tu t'es connecté aux Journaux d'Infos ? reprit le jeune homme.
- Les végétaux régressent. Les immeubles sont libérés et leurs habitants peuvent enfin en sortir ! Félicitations, Aldéran !
- J'ai bien été aidé.
Et il se détendit alors que le Sanctuaire de marbre se volatilisait et que le Lightshadow se dirigeait vers la station spatiale la plus proche afin de débarquer les indésirables passagères !
