Hello à toutes et à tous, voici un nouveau long chapitre. J'espère qu'il vous plaira. N'hésitez pas à reviewer, enfin en vacances, j'y répondrais cette fois ;)
Playlist : Skylar Grey : Word - Stephen : Outro - Joe Hisaishi : Fragile Dream
Résumé des chapitres précédents : Albus et James se sont rendus en France pour obtenir des réponses dans la légendaire bibliothèque de Carcassonne, cependant, ils sont interrompu par un étrange homme et son chien, tout deux prêts à les tuer. Al et J blessés, prennent la fuite, bien conscients que l'histoire ne s'en arrêtera pas là. Lily, elle, continue d'essayer de se fondre dans la masse des serpentards en se trouvant de plus en plus à la merci de certains d'entre eux.
Il était le dernier d'une espèce : trop bizarre pour vivre mais trop rare pour mourir
Las Vegas Parano
Il faisait froid de l'avis de James. Albus s'en fichait. Il réécrivait comme un forcené toutes les formules qu'il avait apprises quelques jours plus tôt. Pour ne pas les oublier et surtout les comprendre.
Tout était allé si vite et tout était si confus, il avait du mal à retenir autre chose de son passage de la bibliothèque que les yeux jaunes et fous de l'énorme chien. Il en rêvait la nuit, quand il arrivait à s'endormir. Les flammes étaient devenues son seul refuge. Il allumait toujours la cheminée et regardait danser les braises contre l'âtre défraichi de la cabane avec fascination, protégé par leur clarté indolente.
C'était beau.
Loin de la terreur qui l'habitait désormais.
Il s'était mit à neiger.
Dehors, James vérifiait les protections de la cabane et devait sûrement sous sa forme de loup gambader joyeusement dans les bois alentour. Al se réconfortait ainsi, si James pouvait se transformer en loup, il en avait l'odorat, et assurément pourrait détecter tout danger potentiel.
Un chien de la taille d'un poney par exemple. Il enleva ses lunettes et approcha d'aussi près que sa myopie sévère le lui permettait son nez du parchemin qu'il recouvrait d'inscriptions aussi petites que des pattes de mouches. Une fois son raisonnement mit à plat avec ce qu'il avait appris, il essayait de donner un sens à ces informations et à celles que James avait traduit. Ensuite, il irait voir Dumbledore. Al se sentait intimidé en la personne du vieil homme, il lui semblait ne pas être à la hauteur de la tâche qui lui avait été incombée. Celle de retourner dans leur époque en faisant le moins de dégâts possible. Il était dur d'être à la hauteur d'un génie.
Al posa sa plume lorsque dehors James jappa. Il sortit sa baguette avant de précautionneusement regarder par les carreaux crasseux. Le loup filait vers Pré-au-lard comme un dératé.
Le cadet sortit à son tour, plus étonné qu'effrayé, James n'aurait pas foncé aussi spontanément si un danger avait été là. Il le regarda descendre la colline tapissée d'une fine poudreuse vers le village qui pointait en contrebas. Le village était plein d'élèves de Poudlard. Et dans la mêlée, Albus y reconnut la chevelure blond-roux de Lily. Accompagnée d'un garçon blond qu'il ne put identifier, sa sœur sursauta quand la forme gigantesque et famélique de J' fonça vers elle. Excentrés du village, un peu loin des autres élèves, le blond s'agita devant l'animagus. Effaré que son frère attire ainsi l'attention sur eux, Al jeta un sort pour entendre ce qu'il se disait, préparé à intervenir.
—Oh bon sang Pieters barre toi, t'as vu ce loup !? Rep-
Lily tint le bras du blond pour l'empêcher de jeter un sort sur James. Dommage, songea Al.
— Ne l'attaque pas ! Ce n'est rien, il ne me fera pas de mal Antonin. Je dois m'absenter. Je te rejoins plus tard chez Honeydukes, okay ?
—Tu-tu es sûre ?
—Oui, oui, oups !
Manifestement James en avait eu assez de l'attendre avait tiré entre ses babines la robe de sorcière amidonnée de sa petite sœur, qu'il emmena à sa suite sous le couvert des arbres le temps que l'attention du jeune sorcier blond se détourne, chose qui prit un certain temps, pour remonter vers les protections de la cabane. À peine tout deux eurent-ils passés le dôme que James se retransforma et serra violemment sa sœur contre lui.
—Tu m'as tellement manquée ! Oh Merlin, vous allez bien ?
Lily se détacha de son aîné et tourna la tête vers lui, puis regarda sa jambe en atèle. Elle ouvrit la bouche, choquée.
—C'est pas grave ! C'est rien, répondit aussitôt Albus en abandonnant l'idée de s'expliquer sur ce fait. Je te jure.
Il mit ses mains devant lui en guise de protection, puis s'arrêta en voyant son petit menton trembler. Bon sang. Il passa sa main sur son visage en vint serrer en boitillant sa sœur contre lui. James en voyant ça, se rebiffa et rentra dans la cabane puis sauta sur le lit d'où il s'enroula dans les draps à la manière d'un burrito. Gamin.
Lily loin de ces considérations, tendit son épaule pour l'aider à retourner à sa place, le fauteuil plein d'œufs de doxys. Elle s'assit par terre et releva aussitôt un morceau de l'atèle.
—C'est une morsure, mais c'est pas James, la rassura-t-il aussitôt. Et encore moins un loup garou !
L'intéressé grogna depuis son domaine de burrito, de vieux mégots et de flasques vides.
—Je ne peux pas vous laisser seule, ce, ce n'est pas possible… C'est horrible !
—Non Li. Tout va bien. Je t'en prie. Les choses se sont compliquées, c'est tout, mais rien de grave.
Il se persuadait à nouveau lui même tant la possibilité d'un danger lui serrait la gorge. Lily parut le croire en se mordant les lèvres. Elle lui saisit la main en insufflant entre ses doigts brûlants un peu de chaleur à son aîné.
—Tu n'aurais pas dû sortir, tu es brûlante.
—J'en avais besoin, j'arrête pas de penser à vous, ça me rend folle d'inquiétude et au fond c'est fondé, dit-elle accusatrice.
—On a déjà eu cette discussion Li, fit James aussitôt.
—Je sais, murmura-t-elle d'une petite voix. Je sais… Pourquoi est-ce que vous ne m'avez pas prévenue de votre retour ?
—On était occupés…
Ce n'était certainement pas une excuse. Mais Lily ne sembla pas s'en soucier. En soufflant sur ses mains gantées pour se donner un peu de chaleur, elle observa le reste de l'habitacle moisi et usé, du feu de cheminé ronflant doucement dans l'âtre, à James fumant dans son coin, aux feuilles de travail éparpillées partout par terre. Elle en ramassa une, en tentant de décrypter ses pattes de mouches.
—Vous-vous… avez appris des choses intéressantes ? Je ne vois aucun livre, juste tes notes…
Li' détestait autant qu'eux cette époque, elle bouillait de ne rien savoir et de ne pouvoir aider dans leur entreprise. Mais au fond de lui Albus se demandait s'il était réellement possible de trouver quelque chose dans ce fourbi.
—Plus ou moins, je suis en train de mettre en ordre ce qu'on a appris. C'est plutôt dense. J'imagine qu'il va me falloir ensuite pas mal d'ouvrage d'arithmancie pour arriver à un résultat…
—Je les emprunterais pour toi ! bondit aussitôt sa sœur en lui serrant encore plus la main.
Devant ses grands yeux couleur miel, Albus abdiqua. Et rassembla les papiers entre les mains de sa sœur pour leur donner une forme en tassant la liasse sur ses genoux.
—De quoi ça parle ?
—De Caligula(1). Un empereur romain.
—Caligula ? Quel est le rapport avec un voyage dans le temps ?
—C'est assez évasif, Caligula a été un empereur atteint de folie, cruel, capable de tuer sa mère, et nombre de ses sujets sur une très courte période avant d'être lui même tué. Il a déclaré la guerre aux différents dieux moldus en s'enfonçant un peu plus dans une folie dévastatrice. Pourtant, Suétone(2), un historien romain affirme avec aplomb qu'il aurait pu gouverner différemment.
—Et alors ?
—Le problème est que Suétone est né plus de trente ans après la mort de Caligula. Dans le livre que j'ai trouvé, les paroles de Suétone sont affirmées clairement sans qu'il ne soit un admirateur de ce Caligula ou un fou. Il semblait étonnement proche de ce Caligula dans ses récits, alors qu'il ne pouvait pas le connaître. C'est alors qu'intervient une des théories les plus intéressantes de Chronus Pocus, un des sorciers les plus érudits de la fin de l'ère romain, tué par les persécutions chrétiennes. Il met en avant l'hypothèse que ce Suétone était un sorcier et a bien rencontré Caligula dans le but de l'empêcher de devenir fou et l'aider à régner. Il avait en sa possession trop d'informations que quelqu'un né trente ans après un dictateur, ne pouvait posséder.
—Mais ça n'a pas fonctionné, contra Lily puisque toi même tu rappelles qu'il a été un fou cruel.
—Justement, Pocus, explique alors ça comme le Complexe de Cassandre. Tu sais qui est Cassandre ?
—Non, fit Lily en jetant un coup d'œil en coin à James faisant semblant de dormir sur le lit.
—Cassandre était la fille d'un roi Troyen. On raconte que charmé par sa beauté, le dieu Apollon lui offrit le don de voyance en échange d'une nuit avec elle. Elle accepta le don, mais se refusa à lui. Pour se venger, Apollon lui cracha au fond de la gorge en la maudissant. Cassandre fut capable de voir le futur et toutes les choses à venir, mais personne ne voulut la croire. Elle fut le témoin impuissant de la célèbre guerre de Troie avant de finalement être tuée par une femme jalouse en ayant prédit sa mort à l'avance.
—Joyeux, commenta finalement James.
—Pocus pense que Suétone est parvenu à revenir dans le passé, mais est retourné finalement dans son époque car la mission qu'il s'était donné n'a pas fonctionné. Suétone aurait été en mesure de prédire le destin funeste de Caligula, sans se faire croire. Il l'aurait approché, et aurait voulu l'aider en vain. Le temps ne se manipule pas à tout va. C'est quelque chose de dangereux. Pocus montre qu'il y a différents dangers à voyager dans le temps, et plus particulièrement, retourner dans le passé, le Complexe de Cassandre, ou le Complexe de Cassandre inversé, c'est-à-dire être cru, et utilisé à des fins malveillantes pour maîtriser le temps. Ou, si l'on sait que quelqu'un va mourir à tel moment, on est tenté de lui dire pour qu'il fasse en sorte de ne pas être à l'endroit de sa mort au jour de celle-ci, et ce minuscule détail, peut tout changer. Non seulement, cela crée une distorsion, mais en plus, on ne serait peut-être plus à même de reconnaître l'époque qu'on a quitté.
—Alors tuer une petite Gutters… commença James en sortant des draps d'un coup.
—Oui, il y a une possibilité que cela nous fasse plus de mal que de bien. Qu'on soit bouleversés si jamais on rentre dans notre époque. Ce n'est qu'une hypothèse avancée par ce sorcier, mais elle est plausible. On peut disparaître. On peut être utilisés, aussi, d'où l'utilité de faire confiance à Dumbledore.
Lily et James grimacèrent. Albus lui, se demanda s'ils avaient envisagé sérieusement de tuer un bébé pour sauver leur vie. Il pouvait se venger de la vieille femme, mais un enfant ?
—Je sais que vous n'aimez pas Dumbledore. Mais il peut nous aider.
—Et qui te dit qu'il ne nous utilise pas ? grogna James. Il aurait toutes les raisons de le faire après tout. S'il est le génie que papa ventait, il pourrait utiliser ce savoir !
—Il est le génie que papa ventait, et il sait bien qu'il ne vaut mieux pas savoir le futur. On ne gagne rien si ce n'est en folie à le connaître. Seuls des êtres dénués de morale sont intéressés par la maîtrise du temps ! Le temps ne peut se maîtriser et on en est de foutus exemple.
—Que veux-tu raconter encore ?
—Rien.
James plissa les yeux puis contracta sa mâchoire. L'idée de devoir abandonner sa vengeance sur une personne qui n'existait peut-être pas encore l'horrifiait semblait-il. Ils étaient perdus. Perdus depuis tellement de temps, que Lily elle-même en sécurité dans le château était la seule à encore prétendre à sortir la tête de l'eau. Il tritura les draps miteux entre ses longs doigts et releva la tête violemment.
—On s'en fiche, on ne sait même pas comment revenir chez nous de toute façon.
Le cœur d'Albus manqua un battement, il raffermit sa prise sur la main de sa sœur qui ne dit rien.
—Je-je-vais continuer à y travailler. La solution est quelque part.
—J'espère bien, grogna son aîné, furieusement.
Albus décida d'abandonner et s'intéressa à sa petite sœur qui se mordait les lèvres.
—Et toi, comment vas-tu ? Qui c'était ce type avec toi ?
—Bien, murmura-t-elle du bout des lèvres. Je vais en cours et travaille correctement si ça t'intéresse, et ce garçon c'est un ami.
Elle avait été un peu sèche et parut s'en rendre compte en adoucissant le tout d'une petite moue à son intention.
—Je sais que la situation… n'est pas facile. Je sais tout ça, on fait de notre mieux. Fais de ton mieux de ton côté. Intègre-toi. Essaye de ne pas trop penser à nous, on se débrouille okay ?
—Vous vous moquez de moi ? C'est mon rôle de m'inquiéter pour vous.
—Lily ça suffit.
L'éclat de James ferma la bouche de la rousse qui fusilla le plancher dégoûtant. Leur aîné, ensuite retourna dans la neige, les laissant tous les deux, seuls dans la cabane de cette façon bipolaire qui le caractérisait depuis quelques temps.
—Pourquoi ? Pourquoi ça ne s'arrange pas entre vous ? Vous, vous entraidez, vous passez vos journées ensembles. Pourquoi vous ne pouvez pas être comme n'importe quels frères ?
—Je ne sais pas…
Quelque chose, de la colère, de la haine ou un autre sentiment qu'il ne voulait pas découvrir était enfoui si profondément entre eux que l'arracher paraissait aussi invraisemblable qu'impossible. Ils ne se supportaient pas, et s'adressaient la parole le moins possible durant ces moments qu'ils partageaient. Ils étaient comme des inconnus, des étrangers, coincés dans le compartiment d'un train de façon prolongé. Une barrière comme celle du langage les bloquait. Ils n'étaient jamais parvenus à communiquer plus de quelques minutes ces sept dernières années et avançaient maintenant sur des chardons ardents.
—J'ai peur Al ! Combien de temps la situation va perdurer comme ça ? Vous vous faites du mal…
—Je sais. Ne t'inquiète pas Li. Ne t'inquiète pas. Ça va s'arranger.
Il n'y croyait pas une seconde. Sa sœur s'était levée dans son éclat de colère, éparpillant de nouvelles feuilles dans sa rebuffade. Malgré sa douleur à la jambe, Al se força à se lever pour poser sa main sur sa tête dans un geste conciliant. Ils restèrent ainsi, les yeux fermés, dans le silence, comme pour méditer. Lily et lui n'avaient pas besoin de parler. Ils se comprenaient naturellement dans le silence et dans la douceur qui les caractérisait tous les deux. James, il y avait encore quelques mois était un beau parleur, et n'avait certainement pas sa langue dans sa poche, qui était pour ainsi dire sa meilleure alliée. Il pouvait tenir des heures, des discussions exaltées aux plus grandes bêtises. Le silence était quelque chose qu'ils maîtrisaient plutôt bien tous les trois, désormais.
Et ils auraient pu tenir des heures ainsi dans ce silence maintenant infiniment réconfortant, si Al n'avait pas senti quelque chose d'étrange autour de Lily. Les protections d'occlumancie qu'il lui avait appliqué avant de partir avaient été endommagées, comme si quelqu'un avait essayé de pénétrer dans sa tête. Or, il ne connaissait qu'un spécialiste legilimens à Poudlard, à savoir Dumbledore. Il chassa cette idée aussi vite qu'elle était apparue. Non, l'explication était autre part.
—Tu es sûre que tout va bien à Poudlard, Li ?
—Oui, oui…
—Tu n'as rencontré personne d'étrange, ou trop curieux, n'est-ce pas ?
—Non, non…
Au ton qu'elle avait prit dans ses deux réponses, Al sût que la situation était plus complexe qu'elle y paraissait, mais comme toujours et comme c'était ce qu'il faisait de mieux, il n'insista pas.
—Et vous, vous n'avez pas trop froid ? Je peux vous trouver des couvertures en plus de livres d'arithmancie.
—On se débrouille Li.
—Laissez-moi au moins faire ça pour vous, s'il vous plait.
Al abdiqua en souriant. Il la serra de nouveau dans ses bras et la regarda sortir accompagner James dans la construction d'un bonhomme de neige.
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Voir Lily ensuite retourner à Poudlard fut quelque chose d'étrange. Il ne savait pas exactement quand il la reverrait, quand il en aurait à nouveau l'occasion et cette sensation lui procura un étrange sentiment de malaise. Il ne sut expliquer pourquoi ni comment il eut un mauvais pressentiment.
Il regarda alors le petit point roux et noir de sa sœur s'éloigner dans la colline, rejoindre tant de petits points noirs d'élèves insouciants avec un pincement au cœur.
James ne tarda pas à rentrer dans la cabane, en s'ébrouant à la manière des chiens, et de là, il fonça vers lui.
—Arrête de raconter toutes nos recherches à Lily.
—Pourquoi ? Jusqu'à preuve du contraire, si on repart dans notre époque, elle repartira avec nous. Elle a le droit de savoir.
—Ça l'inquiète inutilement.
—Je sais mais… comment ne pas être inquiet ? Je suis inquiet, tu es inquiet, on est tous inquiets ou terrifiés. Et c'est normal ! Elle a le droit de l'être !
—On a assez impliqué Lily dans nos problèmes. Je l'ai assez impliquée. Laisse-là souffler, vivre normalement pendant un temps. Laisse-là être normale. C'est ce à quoi elle a droit.
Albus resta sot devant la tirade de son frère. Il ouvrit la bouche pour protester, mais ne trouva rien à répondre. Ils avaient ces dernières années oppressé Li avec leurs histoires, leurs problèmes et la haine qu'ils se vouaient l'un à l'autre. Vouloir laisser Lily était normal. Loin de leurs nouveaux ennuis, elle méritait un peu de repos.
—Je suis d'accord pour laisser Lily loin de tout ça, mais elle continuera à s'inquiéter quoi qu'on fasse, continua Al méfiant envers son frère ennemi.
—Je sais, soupira son frère en se détournant de lui d'un coup.
L'ancien serpentard le vit ensuite faire les cent pas devant l'âtre, soucieux. Il se mordit la langue pour chercher quoi dire, car il devait dire quelque chose. Après ce que Lily avait dit, il y avait forcément quelque chose à dire entre eux. Il se força tellement à faire le premier pas que dès que les mots eurent franchis la barrière de ses lèvres, il se gifla mentalement.
—Okay, laissons Lily tranquille, mais je t'en prie, je t'en supplie, ne refaisons plus les erreurs qu'on a fait en France.
—C'est-à-dire ?
Être soudé et d'autres conneries du même ordre ? Non merci.
—C'est-à-dire, mettons au point nos règles. Des règles qui nous serons nécessaires pour survivre et pour ne pas altérer plus que ça le temps par notre passage.
—Voilà qu'il s'met à parler comme un politicien, je t'en prie Onc'Percy, vas-y.
Albus laissa en plan la moquerie et leva les yeux vers les deux prunelles bleues glacées de James. Il fallait tenir bon.
—Laisser Lily en dehors de ça, ne pas impliquer de moldus comme on l'a fait en France, ne pas impliquer plus de sorciers qu'il n'en faut pour les raisons que j'ai expliqué, faire confiance à Dumbledore…
—Je ne supporte pas ce vieil homme !
—Je sais, mais c'est lui qui nous a donné la bourse de Lily, qui nous a permit de survivre, nous a aiguillé et nous protège désormais. Tu peux lui en vouloir pour n'importe quelle raison si ça te chante, mais ne viens pas me dire que tu ne lui fais pas confiance après tout ce qu'il a fait !
—Je la bouclerais, finit par obtempérer lentement son aîné et c'était déjà une grande victoire.
—OK, et autre chose…
—Quoi encore ?
—Aide moi à devenir animagus.
James écarquilla les yeux comme si c'était la chose la plus absurde qu'on ait jamais pu lui dire.
—Tu n'es pas sérieux ?
—Bien sûr que si. Si on est à nouveau en danger, je veux être capable de me protéger autrement qu'avec des sorts.
Et son frère repartit dans un grand éclat de rire. Déçu, Al n'abandonnerait pas pour autant. Les yeux jaunes du chien noir, insensible à tous ses sortilèges le hanteraient encore des nuits et des nuits…
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28 Décembre 2024,
—Legilimens !
Et ce legilimens sonna comme un Avada Kedavra sur la pauvre petite Lily Potter.
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—Hey Pieters, où tu étais passée avec cette bestiole !? Je me suis inquiété.
Dolohov sortait d'Honeydukes les mains chargées de confiseries comme s'il l'avait guettée à la fenêtre du magasin pendant longtemps. Lily sur le moment ne trouva rien à lui dire. Elle était gelée, comme toujours et le froid engourdissait son esprit sans lui permettre de dire quelque chose. Son esprit gercé était de toute façon quelque part perdu dans les brumes glacées de la conversation qu'elle avait eut avec ses frères.
Il fallut encore une fois que l'on interrompe sa rêverie, d'une main sur l'épaule. Dolohov lui adressa une moue amicale.
—Prend une plume en sucre, tu es livide. Tu es sûre que ça va ?
Pas vraiment, mais elle prit la friandise.
—Je vais te rembourser.
—Non tu n'es pas obligée, Pieters, répondit aussitôt le blond en mettant ses mains devant lui comme pour se protéger des deux noises qu'elle allait lui tendre.
Lily hocha la tête et remisa les pièces dans sa robe de sorcière. Elle jeta ensuite un autre coup d'œil vers la cabane hurlante qui pointait au loin aussi sinistre que si elle était inoccupée. Ses frères étaient là. Elle aurait voulu passer des heures avec eux, mais la sortie s'achevait sur un goût de trop peu, et les incitations d'Antonin à se dépêcher pour ne pas être sujet aux récriminations d'Apollon Pickett, le concierge.
Pour autant, Lily s'estimait heureuse de les avoir vu, quand bien même eût-elle été sevrée trop tôt. Elle ne s'était pas attendue à tomber sur eux. La rousse ignorait à vrai dire pourquoi elle avait accepté d'accompagner Antonin à Pré-au-lard. Se changer les idées ? Maintenant ses idées étaient encore plus confuses, comme à chaque fois qu'elle voyait ses frères. Il lui avait demandé si elle pouvait venir, avec des yeux de chiens battus auxquels elle n'avait pas été capable de résister. Puis elle l'avait abandonné.
La jeune fille au moment où ils franchirent le Grand Hall, se dit qu'elle devait vraiment faire amende honorable.
—Je suis désolée de t'avoir laissé. Ce n'était pas très sympa de ma part. Mais je… devais y aller. C'était une… vieille connaissance et j'avais vraiment besoin de la voir.
—Non pas très. Je ne commenterais pas le fait que tu parles avec un loup, hein ? Mais bon, j'ai rejoint Anthony et les autres ensuite, on s'est bien amusés quand même.
—Jedusor était là aussi ? demanda Lily en empruntant l'escalier menant vers les cachots un peu surprise que le terme amusement soit assimilé avec une personne aussi étrange que Tom.
Dolohov vérifia qu'aucune oreille indiscrète pouvant trahir sa future révélation, ne trainait dans le couloir. S'il cherchait Jedusor et les autres ceux-ci étaient retournés directement dans leur dortoir. Lily les avait vu disparaître devant eux plusieurs minutes plus tôt.
—Oui. Normalement il n'a pas le droit d'aller à Pré-au-lard, son orphelinat moldu ne lui en donne pas l'autorisation, mais va savoir comment il se débrouille, il vient toujours. Je suis admiratif. Une autre plume en sucre ?
—Non merci, c'est gentil. Tu es souvent admiratif de lui.
—Il faut bien, c'est une, voir la personne la plus intelligente que je connaisse et j'aime beaucoup ses idées sur les moldus. C'est un renouveau.
—Comment ça ?
Antonin l'attira à l'écart, dans un couloir sombre contre la statue de Gunildha de Gorsemoor et commença à chuchoter survolté. Tout ce qu'il avait à déblatérer, semblait être quelque chose auquel il réfléchissait depuis des semaines, une équation à laquelle il venait enfin d'ôter les inconnues pour approcher le résultat. Devant tant d'excitation, la suçacide qu'il avait encore en bouche tremblait à la manière d'une gelée de groseille contre ses lèvres fines.
—Les vieilles familles Sang Pur se sont empâtées. Elles n'ont plus de quoi être fières, et beaucoup de notre génération pensent ça. Nos parents chérissent plus leur or que des gobelins, ils s'arrangent pour nous marier le plus tôt possible pour avoir la main mise sur nous pendant le plus de temps possible. Tu savais par exemple que le père de Wally l'a eut à quinze ans à peine ? C'est triste, on vit dans une sorte de prison, d'héritage dilapidé. Nous ne pouvons plus prétendre à occuper des postes que notre statut de sang nous donne, car d'autres les briguent à notre place. Nous sommes les premiers sorciers, nos ancêtres ont crée notre société et ses lois. C'est notre héritage et des nés moldus et des sang mêlés, ne le prend pas personnellement nous le volent. Les moldus nous ont persécutés, ont tués des nôtres, nous ont forcé à vivre dans l'ombre et on devrait s'ouvrir à eux ? Non, c'est injuste. Ce n'est pas pour ça qu'on est nés, pas pour ça qu'on va à Poudlard.
—Mais non… tu confonds tout…
—Non ? Tu ne comprends pas. Tom propose de nous libérer. Il nous traite comme des personnes et pas comme les possesseurs d'un héritage. Il voit du potentiel en chacun de nous. C'est fantastique !
—Antonin, tu es un garçon génial, tu n'as pas besoin de Tom pour t'en rendre compte.
Le blond rougit.
—Son avis compte, c'était mon ami, avant que je ne le sois avec toi. Il s'intéresse à tout le monde mais ne fréquente que ceux qu'il trouve réellement biens. C'est un chic type et je fais parti de ceux qui le connaissent le mieux.
Lily se mordit la langue. Entre ses frères et ce garçon gentil mais naïf, elle était bien marrie. Tom Jedusor avait peut-être effectivement vu en ces personnes un potentiel, mais ne pouvaient-ils pas le développer eux-mêmes ? Étaient-ils trop effrayés par leur avenir pour ça ?
— Quand bien même, je ne vous comprends pas. Je ne le comprends pas. C'est un sang mêlé. Ses idées sont contradictoires.
—Je t'ai déjà dit qu'il vaut mieux avoir Tom comme ami.
—Je m'entends mieux avec lui.
—Tant mieux, je n'ai pas envie d'avoir un autre Xavier Plutarque sur les bras.
—Qui ça ?
Antonin jeta de nouveau un coup d'œil dans le couloir. Deux élèves passèrent les mains chargées de friandises et de bierraubeurres. Lily se calla contre la Sorcière Borgne, les bras en croix contre sa poitrine pour écouter son camarade. Le blond shoota dans un cailloux invisible en s'agitant encore.
—Quand on était en première année, Tom n'était pas aimé des Serpentards comme il l'est maintenant. C'était un garçon tout maigre, pauvre, portant un nom moldu, et venant de chez les moldus. Ni Anthony, ni Rolf, ni Avery ni moi ne lui parlions beaucoup. On était indifférents. Un troisième année, Xavier Plutarque s'était donné comme mission de lui en faire baver le plus possible, car il était relié au monde moldu. Ce qu'il a fait, pendant un temps sans que Tom ne bronche. Jusqu'au jour où il s'est réellement moqué de son sang et de son ascendance. C'était la chose à ne pas faire. Dès lors qu'il est arrivé à Poudlard, Tom est devenu obsédé par son ascendance. Ce qu'il recherche à la bibliothèque c'est la moitié du temps des livres de généalogie. Se moquer de son sang c'était se mettre à mort. Du jour au lendemain, tous les Serpentards ont vu Plutarque devenir… bizarre. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, ni comment l'expliquer, mais Tom lui a fait quelque chose. C'était flippant et fascinant. En une quinzaine de jour, Plutarque n'était plus que l'ombre de lui même et il n'a plus jamais adressé la parole à Tom. Personne n'a su ce qu'il lui a fait, et donc personne n'a pu l'accuser. Il ne l'a jamais touché. C'est le garçon blême, toujours au fond de la salle dans tes cours de Potions et Métamorphose. Tu es plus intelligente que Plutarque, hein Pieters ? Si Tom te laisse montrer ton potentiel, ne gâche pas tout. C'est une des meilleures personnes que tu pourras rencontrer mais n'oublie pas de quoi il est capable, car il n'a jamais été pris pour ce qu'il a fait à Plutarque.
Lily accusa le coup. Elle se mit à imaginer un Tom Jedusor encore plus jeune, capable de pousser dans ses ultimes retranchements un élève plus âgé que lui. La rousse avait déjà croisé ce Plutarque, réflexion faite. Il semblait encore plus blême qu'elle et ce, en chaque occasion. Pour autant, à s'imaginer Jedusor enfant, elle eût un pincement au cœur. Était-il comme ça parce que ce Plutarque ne lui avait pas donné le choix ? Regrettait-il son geste ? Elle ne parvenait pas à comprendre ce garçon, encore moins qu'Antonin. Et tout ce monde qu'il brassait autour de lui, il les dirigeait… Pour le meilleur ou pour le pire ? S'il était capable d'aider autant de personnes à se sentir mieux comme Dolohov l'affirmait, peut-être qu'il avait une solution nuancée à ses problèmes ?
Elle souffla un bon coup et sourit à son ami, alors qu'ils sortaient de leur cachette. Antonin lui proposa de nouvelles friandises qu'elle refusa. Ils retournèrent dans leur salle commune dans un silence concentré, puis arrivé devant le mur d'entrée, le garçon souffla le mot de passe, Aconit, et Lily se tourna vers lui. James et Albus allaient avoir besoin d'elle quoi qu'ils puissent en penser.
—Sinon, tu ne saurais pas où trouver des couvertures ?
Antonin la regarda de nouveau très étrangement et Lily fit quelque chose de plus étrange encore, elle éclata de rire. Elle continuait de rire alors qu'elle dépassait Tom Jedusor pour retourner vers son dortoir.
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Les jours passant Lily eut bien du mal à se concentrer. En cours de métamorphose par exemple, elle pouvait passer l'heure les yeux rivés sur la large fenêtre donnant sur Pré-au-lard comme si cela pouvait la rapprocher de ses frères. À cela, elle avait écopé d'un triste Désolant quand le professeur Dumbledore lui avait demandé de transformer son tabouret en chaton. Walburga lui avait fait la tête toute la journée pour cet échec et la perte de dix points qu'avait occasionné son manque d'attention. Difficile de lui en vouloir.
Le problème résidait dans le fait que ses frères avaient changé de stratégie ces derniers temps. Ils ne répondaient à ses lettres que par des banalités. Plusieurs fois, Lily avait songé à rejoindre la cabane sans en avoir encore eut l'occasion. Elle bouillait encore plus d'avoir à tester ce nouveau comportement. James et sa fichue manie d'être trop protecteur, et Albus trop distrait !
Elle quitta la salle de sortilège avec des devoirs supplémentaires du professeur Nell pour à peu près les mêmes raisons que le D de Dumbledore et se mit en route vers les potions, Tabatha Crabbe sur les talons. Cette dernière plaisanta.
—Ce que tu peux être distraite parfois Lina. Ne t'inquiète pas, ne j'ai rien de prévu ce soir et Cordelia non plus. On va t'aider.
—Hey, ne me mêle pas à ça. Je suis en cours, moi, gémit la jeune Bulstrode.
Walburga se contenta de rigoler en attrapant la blonde par l'épaule.
—Tu n'avais pas l'intention de régler son compte à Sally Parkinson aux échecs ce soir, Tabatha ?
—Mais oui ! Je vais recadrer cette pimbêche. Dès que j'en ai fini avec Miss Prétention, je t'aide, okay Lina ?
—Tu-t-tu n'es pas obligée.
Tabatha lui décocha une œillade noire. Quoi que l'on semblât en penser, les Serpentards entre eux étaient soudés, ils ne supportaient pas l'échec de l'un d'entre eux et le poussaient quoi que cela puisse coûter, à remonter la pente. Les Poufsouffles de son époque étaient beaucoup moins liés par ce sentiment de réussite. La discussion qu'elle avait eut avec Antonin lui revint en mémoire. Réussir à l'école, ensemble était-ce un moyen de se libérer pour ces sang purs et ces héritiers de la tâche qui leur incomberait dès lors qu'ils seraient adultes ? Peut-être bien.
Ou bien était-elle enfin intégrée.
Et dès qu'elle parvint à ce raisonnement, elle tomba nez à nez avec la petite clique de Jedusor discutant avec Slughorn à la sortie de leur propre cours de potion. Avery en tête de peloton et pressé de partir, manqua de peu de lui rentrer dedans. En la reconnaissant, il grogna et se décala pour la lorgner une dernière fois, avant de partir dans le couloir.
L'animosité d'Avery et de Nott envers elle n'avait pas faibli, et tantôt elle était sujet de moquerie, tantôt quelqu'un à éviter le plus possible. Walburga se contenta à nouveau de ricaner et lui flanqua une droite dans le dos pour lui signifier de ne pas s'en faire. Tom Jedusor lui adressa une drôle d'œillade, et la rousse s'intéressa à Dolohov, dans un coin dans l'ombre de ses « amis ».
—Ah mesdemoiselles, nous n'allons pas retarder plus longtemps le bonheur que vous éprouvez à l'apprentissage des potions. Vous avez un devoir à me rendre, miss Black, non ? Encore excellent, je parie malgré le petit retard occasionné. Ne vous en faites donc pas, j'ai été jeune moi aussi, je connais les affres de l'adolescence et je comprends ce petit oubli. J'étais justement en train de féliciter ces jeunes gens pour l'excellence dont ils font preuve en toute occasion. De tels talents devraient être exploités vous ne pensez pas mesdemoiselles ? J'étais en train de les inviter à une petite soirée qui se tiendra dans mes appartements le Soir de Noël. Quelques connaissances et quelques amis devraient passer pour partager leur expérience avec ces jeunes talents. Vous serez des nôtres Miss Black ?
—J'en serais honorée, minauda Walburga.
Nott ricana, conscient de l'hypocrisie de son amie, Lestrange le suivit, et même derrière Lily, Tabatha et Cordelia suivirent le mouvement. Slughorn lui sourit naïvement, persuadé d'avoir amené la bonne humeur par son invitation au sein du petit groupe. Le vieil homme frappa dans ses mains et sa moustache de morse frémit, les garçons commencèrent à prendre congé.
—Oh, parfait, parfait, je compte sur vous jeunes gens. Oh, et messieurs, venez accompagnés d'une cavalière. Vous aussi Miss Black.
Le visage des garçons se figea. Lily eut la surprise de voir même le visage de Jedusor se contracter, contrarié au plus au point. La nouvelle ne parut pas leur plaire. Aussitôt, Antonin embraya avec ce même air de chien battu qui l'avait convaincue de venir avec lui à Pré-au-lard.
—P-P-Pieters, t-t-tu veux y aller avec moi ?
Lily rougit et derrière elle, Cordelia se mit à glousser vers Tabatha en disant quelque chose du genre « on aurait dû le parier ». La jeune fille acquiesça vaguement. Elle n'aurait pas sut dire quelque chose d'autre tellement elle était prise de court. C'était gênant au possible. Avant qu'il n'ait pu se passer autre chose, Antonin avait déjà quitté la salle, le rouge aux oreilles, moqués par ses amis, Jedusor fermant le peloton.
Et aussitôt Charlus Potter entra rapidement en déballant ses affaires, insouciant de ces petites réunions. Il n'entendit pas plus que Lily le commentaire en aparté sur la jeunesse que Slughorn proféra à Tabatha et Walburga.
La jeune fille alla à sa place, alors que les autres élèves arrivaient, et quelques uns d'entre eux furent pris à partis pour être à leur tour invités. À sa paillasse Charlus Potter rigolait.
—Qu'est-ce qui te fait rire comme ça ? demanda-t-elle doucement.
Le jeune homme la regarda comme si elle était particulièrement stupide.
—Rien, je trouve juste ça hilarant que vous soyez prêt à sacrifier votre réveillon pour ce vieux croulant.
… Le…
Le réveillon.
Le 24 décembre. Elle aurait pu le passer avec Al et James. Ils n'auraient pas pu l'éloigner ce soir là ! Elle se traita d'imbécile.
…
…
…
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Les vacances de noël sonnèrent comme un glas pas seulement pour Lily, mais aussi pour de nombreux sorciers. Les festivités avaient en effet été ternies outre manche par une attaque de moldus massive en Allemagne. Et cette tuerie portait l'emblème de Grindelwald.
—Lina viens voir ça, l'interpella Walburga à peine eût-elle mit un pied dans la Grande Salle, mal réveillée.
Elle se servit d'un verre de jus de citrouille et parcourut l'article en écarquillant un peu plus les yeux.
—Merlin…
—Il se rapproche, c'est ce qui ressort de tout ça. Grindelwald a quitté Nurmengard et s'est rapproché de la frontière française pour cette attaque. Tu penses qu'on devrait s'inquiéter ?
—Aucune idée.
—Il a attaqué des moldus après tout. Nous, nous sommes sorciers comme lui, il n'a aucune raison de nous attaquer.
—Tu oublies que c'est un fou dangereux. Que l'on soit sorcier ou non n'a aucune espèce d'importance, tu es sur son chemin, tu es mort, Wally, grogna Cordelia d'un ton aigre.
—Tu es de bon poil ce matin.
—Oh je t'en prie. Je n'ai aucune raison de sourire. Mulciber m'a invitée à la soirée de Slughorn hier soir en me coinçant dans un couloir empli de monde. Je voulais tellement y échapper ! C'est pas vrai !
—Et tu as pensé… à lui dire, non ?
—Bien sûr que j'y ai pensé, mais ça ne se fait pas en public ! Me voilà donc coincée à jouer les godiches auprès de cet idiot. Bon sang, bon sang, bon sang. Si mes parents me choisissent Mulciber comme fiancé, je m'enfuis avec un moldu.
La blonde secoua ses boucles comme si l'idée était aussi tordue qu'amusante et elle s'assit auprès d'elles et se saisit du journal à son tour pour le feuilleter.
—Bref, revenons à Grindelwald. C'est toujours plus joyeux que m'imaginer finir mes jours avec Mulciber. Le ministre Parkinson assure que tout va bien, mais il y a une possibilité pour qu'il finisse pas s'attaquer à l'Angleterre.
—Mais il ne craint pas Dumbledore ? questionna Lily.
Les trois jeunes filles regardèrent à la table des professeurs le Directeur de Griffondor discuter avec le professeur Galacteros d'un air contrarié. Pour l'occasion, la Grande Salle avait été décorée de nombreux sapins et guirlandes, mais les rares élèves présents dans le château en cette période de l'année, étaient bien trop survoltés par ce qu'ils lisaient dans la gazette pour faire mine d'allégresse. Dippet faisait tâche en cette occasion par un air excessivement joyeux sur ses traits usés.
—S'il s'aventure de plus en plus à l'ouest de l'Europe c'est qu'il est devenu plus fort. J'imagine qu'à un moment il faudra bien le rejoindre… ou mourir.
Walburga grimaça.
—Je préfère me dire qu'il n'est pas là tout compte fait, et qu'il ne viendra pas jusqu'à nous. Il a d'autres choses à conquérir avant l'Angleterre. Concentrons-nous sur des choses un peu plus joyeuses, comme la soirée de Slughorn.
Lily et Cordelia grognèrent de concert. La première aurait largement préféré passer ce jour là avec ses frères qui ne lui avaient plus envoyé une lettre, et l'autre n'importe où sauf avec le dénommé Mulciber.
—Comme Orion m'accompagne, je lui ai demandé de commander trois robes différentes que je choisisse ma préférée parmi elles, une sorte de test en gros. Si tu te questionnais sur quoi mettre Lina, j'ai la réponse.
—Euh merci. C'est… gentil.
Était-elle une horrible égoïste pour ne pas vouloir passer cette soirée avec Antonin ? Il était tellement gentil avec elle depuis le début, l'avait aidé à s'intégrer, était patient, et ne se fâchait pas de ses comportements bizarres. Elle ne comprenait pas d'où venait une telle compréhension de la part de son ami, mais lui en était reconnaissante quelque part. Car si cette époque n'était pas la sienne et elle n'aspirait qu'à retourner dans la sienne, il adoucissait son quotidien. La période de Noël lui rappelait qu'elle n'avait plus que deux personnes avec qui le fêter. Ses parents étaient morts et tous les noël qu'elle avait passé à Poudlard sonnaient désormais comme un terrible gâchis. Ce qu'elle voulait étaient ses frères. Seulement eux. Pourtant, ils ne répondaient pas à ses lettres et Antonin était là lui.
Elle décida d'essayer de les voir ce soir après la soirée de Slughorn, avec des couvertures.
Lily suivit ses camarades en pliant le journal. Et pourtant, même plié, les yeux fous de Grindelwald sur son avis de recherche international continuaient à donner des frissons à la rousse.
…
…
.
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Lily fut rejointe à l'entrée de la salle commune des Serpentards par Antonin, habillé d'une robe de soirée couleur prune. Ce dernier regarda sa robe rose pâle descendant jusqu'aux mollets en un ourlet blanc et classique avec un rougissement aux joues que la jeune fille ne remarqua qu'à peine. Il lui tendit son bras qu'elle saisit délicatement. Walburga drapée dans une robe de soirée complexe et bleue faisait fière allure, éclipsant juste par sa présence son fiancé et cavalier, Orion. Plus loin, Cordelia dans un fourreau noir, faisait grise mine au bras musclé de Mulciber. Le petit groupe se mit en marche dans un silence plutôt inconfortable.
Personne n'avait vraiment envie de se retrouver chez Slughorn ce soir. Lily se surprit à surveiller le cadran de la montre de Dolohov pour voir quelle heure il était. Ça promettait.
Arrivés devant le bureau de Slughorn ils eurent cependant la surprise de voir tous les élèves invités patienter devant. De Jedusor, manifestement seul, à Yaxley accompagné d'une belle brune pulpeuse, à Avery discutant avec Sally Parkinson, une fille de cinquième année, en passant par Nott et Rosier préférant discuter entre eux plutôt que s'intéresser aux jeunes filles qu'ils avaient ramenés. Joyeux rassemblement.
—Jedusor ? On n'entre pas ? demanda Mulciber.
—Aucune idée, quand je toque, personne ne répond, répondit lentement Jedusor en adressant un sourire aimable à Lily.
Elle baissa les yeux.
—Professeur Slughorn ? Vous êtes là ? toqua doucement Antonin à la porte.
—Vous croyez qu'il a un problème ? demanda Lily à Walburga et Orion.
Le plus jeune haussa les épaules. Un bruit se fit cependant entendre à l'intérieur du bureau et la voix reconnaissable de Slughorn se fit entendre.
—Euh… Il n'y a personne, je ne suis pas là.
Un sourire discret fit son apparition sur les lèvres de Lily et celles de Cordelia, alléchées à l'idée de finir cette soirée plus tôt que prévu. Avec l'attaque de Grindelwald peut-être qu'aucuns sorciers n'avaient eu envie de venir qui sait ?
—Nous sommes tous là professeur, fit remarquer Silas Yaxley. Ce serait triste de ne pas passer la soirée comme nous l'avions prévu.
Les deux jeunes filles lui jetèrent un discret regard outré, et elles eurent la surprise de voir la cavalière de ce dernier lui jeter à peu près la même mine. En se rendant compte de ça, la blonde, la rousse et la brune échangèrent un clin d'œil complice. La soirée n'avait d'intérêt que si elle permettait de créer des réseaux auprès des sorciers prévus ce soir là, du moins cela semblait être l'opinion de bon nombre de jeunes sorciers devant la porte. La porte finit par s'ouvrir sur un Slughorn un peu échevelé, en habit de soirée. Il avait bu, remarqua la jeune sorcière. Il les regarda tous un par un, comme s'il ne s'attendait pas à ce que l'on insistât pour passer la soirée avec lui, et cela flatta son orgueil. Il sourit de toutes ses dents, étirant sa moustache de morse comme un trapéziste particulièrement poilu en plein effort.
—Dumbledore a convaincu le Directeur de fermer le château aux étrangers ce soir. Tout ça à cause d'un fou à plusieurs centaines de kilomètres de notre paisible pays. Aucun de mes invités n'a pu entrer, se dédouana-t-il aussitôt avant de reprendre sur un ton voulu plus assuré. Mais peut-être êtes vous tous déçus comme Mr Yaxley ? Oooooh tant pis, ce sera pour une prochaine fois. Venez mesdemoiselles et messieurs. Entrez, je vais sommer des elfes pour qu'ils apportent le repas.
Lily cacha sa déception quand Antonin la poussa à l'intérieur. Ils s'installèrent autour d'une large table ronde. Pour l'occasion, certes manquée, le bureau avait été réaménagé en une sorte de tente dans un enchevêtrement de tenture vert sombre. Une nappe couleur olive venait d'apparaître sur la table avec des couverts délicatement ouvragés. Lily regarda tour à tour les gens attablés autour d'elle, à sa gauche Antonin, à sa droite Nott et sa compagne, en face d'elle Avery qui lui fit l'air le plus hautain possible. Yaxley se mit à table en discutant avec Jedusor à sa droite, délaissant la belle brune qui l'accompagnait. Mulciber en fit de même essayant lui de capturer l'attention de Cordelia qui préférait discuter avec Walburga. Ses deux camarades étaient cependant trop loin pour créer le moindre contact. Lily soupira, ainsi coincée, seul Antonin pourrait un peu égayer la soirée.
—Eh bien mon cher Tom, vous êtes tout seul ? Aucune jeune demoiselle n'a répondu à votre invitation ?
—En effet professeur, fit Tom Jedusor avec une moue charmeuse et faussement contrariée.
Lily doutait qu'il ait juste fait la démarche d'inviter quelqu'un. Vu comment il était solitaire, il n'avait sûrement rien fait pour être accompagné, voir peut-être refusé quelques demandes. Elle trouva cette éventualité très triste.
—Alors ces jeunes filles ne savent pas ce qu'elles ratent, asséna le vieux professeur. J'ai toujours pensé que vous irez loin Tom. Vous atteindrez des sommets, avec votre talent.
Le jeune garçon hocha la tête remerciant par ce geste le compliment. Slughorn passa ensuite aussitôt à Yaxley faisant un tour de table en ventant leur qualité, autant que sa langue un peu pâteuse d'alcool le lui permettait.
Lily en triturant ses côtelettes de porc du bout de la fourchette se mit à espérer qu'il l'oublierait au moment où il passerait sur elle, comme il avait pratiquement oublié son existence dans son époque tant elle n'attirait pas l'attention. Et ses prières furent comblées, puisqu'aussitôt après avoir parlé des affaires familiales d'Antonin il s'intéressa à Nott.
—Professeur, vous avez oublié Pieters ? feignit de s'étonner Nott à ce propos.
—Oh oui, bien sûr, ou avais-je la tête ? Je suis sûre que vous devez avoir des choses merveilleusement intéressantes à nous raconter, se reprit aussitôt le vieux professeur.
La rousse fusilla Anthony du regard, elle vit ensuite aux côtés d'Orion, Walburga se pincer discrètement l'arête du nez, désabusée par l'idiotie de son camarade. Avery, lui eut un énorme sourire qu'il ne dissimula même pas. Jedusor leva le nez de son assiette, un sourcil levé d'intérêt. Lily ouvrit la bouche, gênée.
—Oh, il n'y a pas grand chose à dire sur moi, vous savez professeur.
—Je suis sûr que Pieters est trop modeste, reprit aussitôt Nott. Antonin ne tarit pas d'éloge à son propos.
L'intéressé rougit autant que Lily en regardant tout comme elle ses genoux. Elle sentit le vieux professeur s'agiter de sa chaise. Il devait chercher quelque chose à dire à son propos puisqu'elle ne brillait pas par ses notes. Elle ferma les yeux comme une condamnée en savant ce qui allait atterrir sur le tapis.
—J'ai appris par Albus que vous êtes orpheline chère enfant. Mes condoléances. Que faisaient vos parents en Hollande ?
—Mon père était auror, et ma mère journaliste.
—Je vois. Une sombre époque pour être auror. Où vivez-vous en dehors de Poudlard ?
—Avec mes frères, à Pré-au-lard. Ils sont chercheurs en sortilèges, rajouta-t-elle aussitôt en sachant que la question allait évidemment venir.
Walburga lui adressa un regard compatissant. Elle savait qu'elle n'aimait pas parler de sa famille pour en avoir fait les frais. Nott et Avery interceptèrent l'échange et sourirent de concert.
—Comment sont morts tes parents Pieters ?
Et là, la situation dérapa et Slughorn s'en rendit compte trop tard.
—Ça ne se demande pas, 'Tony, claqua Walburga.
—J'ai le droit de poser la question, elle se la joue mystérieuse depuis le début et ne se mêle pas à nous.
—Anthony arrête, ordonna Antonin sèchement.
Lily serra ses poings sous la table et se mordit la lèvre inférieure, les yeux dissimulés sous sa frange.
—C'est juste de la curiosité, enfin Antonin, reprit Avery d'une voix doucereuse et Parkinson gloussa. On s'intéresse juste à notre camarade tout comme toi.
—Ton intérêt est déplacé, Nott, toi aussi Avery, murmura la rousse. Arrêtez s'il-vous-plait.
Les deux compères ricanèrent et dès le moment où Slughorn voulut reprendre le contrôle de la conversation, Nott enchaîna sardonique :
—Je dis juste Pieters que tu es étrangement distante, tu reçois des lettres bizarres de tes frères, et dès que le sujet vient sur la table tu te rétractes. Excuse donc notre curiosité.
—Et ça te fait rire ? demanda Lily en relevant la tête avec une expression froide vers son voisin de table. Je suis un sujet de curiosité pour toi et tes petits camarades ? Je t'amuse ? Tu veux savoir comment mes parents sont morts ? Ça t'avancera à quoi de le savoir ? Tu veux que je te le dise ? Mes parents ont été assassinés sauvagement par une personne qui en voulait à mon père. Ils ont disparu comme ça d'un coup, ça te fait peut-être rire, mais tu n'oses même pas imaginer ce que c'est de voir sa mère tomber d'un coup. D'un rayon elle passe de la vie à la mort, mon père s'est vidé de son sang devant moi sans que je puisse rien faire. Je me suis réfugiée dans une cave avec un de mes frères couverte du sang de mon père pendant toute une journée à pleurer pour mon existence que des gens voulaient me ravir. Puis je suis ressortie pour me battre, pour ma vie alors que les cadavres de mes parents étaient encore chauds.
Durant sa tirade Lily, avait agrippé la nappe verte si fort qu'à sa place elle ne ressemblait plus à rien. Nott s'était tut, son sourire avait déserté son visage pour être remplacé par une grimace. La rousse ferma la bouche en tremblant. Les jeunes gens la regardaient avec de gros yeux entre horreur et stupéfaction. Avery était l'un des seuls à garder un air serein sur le visage, sans doute persuadé qu'elle mentait. Slughorn n'en menait pas large de son côté, son verre de liqueur d'ananas s'était renversé sous le choc. Lily croisa ensuite le regard noir de Tom, calme comme s'il avait eu la réponse à ses questions. La jeune fille se dit qu'il ne risquerait plus de l'embêter à l'avenir. Antonin posa sa main sur son poignet. Elle eut envie de pleurer.
Non, il ne fallait pas pleurer.
—Surmonter un deuil est la chose la plus difficile qui soit. Je parle en connaissance de cause. Le tien doit être récent.
Lily releva la tête vers la belle brune accompagnant Yaxley. Ses boucles sombres se balancèrent en même temps que son visage exprimant une douce compassion. Elle avait parlé avec un accent que Lily ne connaissait pas, et la jeune fille se souvint qu'elle faisait parti des élèves transférés à Poudlard en cours de cycle.
—Ma famille est une famille de peintre à Florence, c'est une vocation de père en fils. Malheureusement, avec l'arrivée des fidèles de Grindelwald, il semble que pratiquer ce métier d'expression ne soit plus en vogue. J'ai vu aussi mon père et ma mère mourir devant moi, je te comprends. Et beaucoup des étrangers ont vécu la même chose. La petite Ullah Sevisky qui est à Serpentard a vécu la même chose que toi. N'hésite pas à aller la voir. On te comprend.
—M-M-Merci.
Les yeux verts de la jeune fille papillonnèrent vers elle.
—Morgini Véronèse, enchantée.
—L-L-Li…na P-P-Pieters.
—Bien ! reprit aussitôt Slughorn très mal-à-l'aise. Restons sur des choses joyeuses voulez-vous. Nous sommes le soir de Noël ! Le soir de Noël restons concentrés sur le po-si-tif. Vous prendrez bien un peu de bûche Miss Parkinson, Miss Bulstrode, Miss McNair et Miss Rodriguez ? Les bûches de Poudlard sont les meilleures que l'on puisse manger, j'en parlais justement avec le rédacteur en chef de la Gazette du Sorcier, Barnabeus Squib pas plus tard que le mois dernier...
Mais Slughorn avait déjà perdu la plupart de ses élèves. Lily était déjà replongé dans son assiette en cherchant à disparaître derrière sa frange. Elle ne vit pas les regards que les garçons s'échangeaient entre eux, ni non plus celui malsain de Jedusor braqué sur elle depuis la fin de sa tirade.
…
…
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—Quel talent Pieters, je suis foudroyé par ta capacité à ruiner une fête, lâcha Avery aussitôt après que la porte du bureau ait claqué.
Slughorn avait, suite à son éclat but plus que de raison, là où il en était déjà à plusieurs grammes d'alcool dans le sang. À la fin de la soirée, ses propos étaient devenus tellement incohérents que Walburga avait proposé d'un commun accord que tous se retirent pour ne pas assister plus longtemps à la déchéance de leur professeur. Si les propos avaient été dits en ces termes, Lily doutait cependant beaucoup que le Maître des Potions s'en souvienne le lendemain.
—Laisse-moi.
—Oui laisse-là Avery, t'as assez fait de conneries pour ce soir, fit Antonin en se mettant entre Lily et le serpentard.
—Qu'est-ce que tu es galant ! Tu ne vois pas que cette fille n'en vaut pas la peine, Antonin ? Tu perds ton temps, d'ici un ou deux ans tu seras fiancé, ce que tu es en train de faire c'est gaspiller ton temps.
—Laisse-moi ! Et laisse-là aussi, je fais ce que je veux ! grogna le blond.
—Oh arrêtez, si Picott ou un professeur passe, murmura Parkinson approuvée par Ramona Rodriguez.
—La ferme Parkinson, vous aussi McNair et Rodriguez, fit sèchement Nott. Retournez dans vos dortoirs.
Les filles l'insultèrent copieusement, suivies de Cordelia.
—Vous êtes ridicules. Tu savais que Lina n'aime pas parler de sa famille. Ça t'a fait plaisir de la pousser comme ça ?
Cachée derrière sa frange, Lily ne vit pas Nott échanger un coup d'œil vers Jedusor mais Walburga le remarqua et se rapprocha de son amie dans un geste protecteur. Morgini Véronèse haussa un sourcil parfaitement épilé et Cordelia soupira. Mulciber, Yaxley et Rosier les mains dans les poches de leur robe de soirée observaient l'affrontement avec une petite moue de satisfaction comme si cela apportait une touche agréable à cette fin de soirée.
—Oh ça va, elle va s'en remettre.
—T'es qu'un con, cracha Antonin à son ami d'enfance.
—Non ! Il a raison, je vais m'en remettre. Mais, si je vois l'un de vous deux s'approcher de moi ou m'adresser la parole durant les prochaines semaines, je vous jure que je vous noie dans le lac, dit-elle d'un ton féroce.
Sur ce commentaire, elle se détourna rapidement.
—Pieters la salle commune n'est pas dans ce sens ! l'apostropha Ramona Rodriguez.
Mais Lily commençait déjà à s'éloigner le cœur lourd et les mains tremblantes, stupéfiée par son audace et par la colère qui l'avait submergée. Elle contrôlait d'habitude sa colère en toute occasion, toujours, tout le temps.
Elle élevait un peu la voix, mais ne se permettait jamais d'être aussi mordante et mauvaise. On l'avait déjà provoquée par le passé, mais elle s'était toujours retenue. Était-ce parler de la mort de ses parents ou bien le fait qu'elle ait changé comme le Choixpeau le prédisait qui l'avait conduite à se lâcher comme ça ? Au lieu de sentir mieux, Lily était dévastée. Elle dévala l'escalier en tremblant, de peur, de honte, et surtout de froid vers les cuisines.
Il lui fallait retrouver ses frères, sinon elle allait s'effondrer en larme. Ses mauvais pressentiments quant à cette soirée avaient été fondés. Elle se gifla mentalement d'avoir été aussi odieuse, d'avoir embarrassé Antonin.
Surtout que les insinuations des amis du blond envers elle, avaient dévoilé une affection que Lily avaient préféré taire de la part de Dolohov.
Elle se dépêcha dans les cuisines et demanda des couvertures et des restes de dîner aux elfes de maison avant de monter quatre à quatre les escaliers vers le septième étage.
La rousse se faufila dans la Salle sur Demande puis dans le passage secret de déboucha toute tremblante dans La Tête de Sanglier. Le vieux Barman grogna en le voyant passer. Elle bouscula deux ivrognes avant de se jeter comme une folle vers la cabane hurlante dans les courants glacés de Décembre.
Et il faisait tellement froid. La claque fut si brutale que la jeune fille en resta sonnée. Lily claqua des dents et serrant les couvertures contre elle. Les restes de gâteaux se balançaient au rythme de sa démarche pressée. Elle passa les protections de la cabane sans encombre, mais en pénétrant dans l'habitacle, elle fut surprise de le trouver vide.
James et Albus n'avaient rien dit à propos d'un voyage. Elle laissa tomber son chargement et lança un lumos. Un pot d'encre avait été renversé, des feuillets éparpillés, un reste de ragoût du Deux Balais à peine entamé. Ses frères étaient partis… précipitamment. S'étaient-ils battus ? La gorge de Lily se serra en pensant à cette éventualité.
—James ? Al ?
Évidemment personne ne lui répondit. Elle laissa en plan son chargement et fit demi tour à reculons, frigorifiée et horrifiée rien qu'à imaginer ses frères se battre. Elle se força à rebrousser chemin, les bras autour de sa poitrine pour se protéger. Au moment où elle quitta la barrière magique deux ombres s'avancèrent vers elle.
—Jamesie ? Al ?
—Alors ma jolie, on vient s'encanailler à la Cabane Hurlante ?
Quelque chose d'encore plus froid lui gela l'estomac et tomba comme un poids mort dans son corps. C'était les deux ivrognes qu'elle avait bousculé en sortant du bar. Ils avançaient vers elle en puant la vinasse malgré le vent fort de ce soir là.
Et à part eux il n'y avait personne dans les rues de Pré-au-lard. À minuit, les rues étaient aussi sinistres que désertes. Elle fit un pas sur le côté pour les éviter.
—Laissez-moi. Je dois retourner à l'école.
—Allons pitchoune, viens boire un coup avec nous.
Les deux types se jetèrent un coup d'œil avant d'avancer vers elle clopin-clopant d'un air torve qui lui donna des frissons. Les intentions de ces types n'étaient en aucun cas bonnes. Pas besoin d'être un génie pour le deviner. Lily sortit sa baguette et marcha à reculons en les contournant le bras tendu, la bouche prête à dire un sort.
—Dégagez. Repulso ! dit-elle au moment où les deux hommes sortirent leur baguette.
Le premier bondit en l'air pour atterrir plus loin. Et l'autre lui jeta un sort qu'elle esquiva avec de bons réflexes.
Pas question que ces types ne l'approchent.
Jamais.
La rousse esquiva un autre sort et répondit d'un autre en cherchant à rejoindre la rue principale. De là, elle pourrait peut-être alerter les habitants en criant. Elle se décala sur le côté, retrouvant des réflexes de cours qu'elle n'avait pas eu…
Qu'elle n'avait pas eu le jour de l'assassinat de ses parents. Aussitôt la pensée arrivée à son terme elle se figea.
Son assaillant en profita et lui envoya un maléfice cuisant qui la projeta contre un tronc d'arbre. Elle fut sonnée, transie, mouillée par le froid et la sueur glacée et connue de la peur. Ses mains ne répondaient plus à ses ordres. Le visage enfoncé dans la neige et la boue glaciale, elle sentit une main se poser sur sa jambe et ouvrit les yeux avant de bourrer l'ivrogne de coups de pieds mue par une volonté folle.
—Dégage ! Dégage ! Dégage ! hurla-t-elle hystérique en cherchant sa baguette à tâtons dans la neige.
—Mais tu t'défends Tigresse !
L'un des sorciers lui saisit les bras la tirant en arrière. Lily hoqueta de douleur, effrayée, terrorisée, elle ne pouvait plus bouger. Non. Non, pas ça. Elle voulut hurler, cependant aucun sort ne voulut sortir de sa gorge, comme s'ils étaient bloqués à la barrière de ses lèvres exsangues et gelées. Les tremblements de son corps ne voulaient pas s'arrêter tant elle avait peur, alors que les deux hommes ricanaient fiers de leur prise.
Au moment où elle pensa sa situation totalement désespérée et que des ivrognes lui posait la main sur la poitrine, un sortilège rouge atteint celui qui la tenait de plein fouet.
Elle asséna aussitôt un nouveau coup de pied à son agresseur qui partit en arrière déchirant un morceau de sa robe.
Il fut aussitôt atteint d'un maléfice qui l'empêcha de bouger. Lily tomba dans la neige glacée, le souffle erratique, les yeux rivés vers ses assaillants désormais battus. Elle serra ses bras contre son corps en cherchant à toucher le plus possible le tissu froid et humide de sa robe.
Ne l'aurait-elle senti elle aurait été persuadée d'avoir été nue tant elle était transie de froid et de peur, les yeux écarquillés et le visage tiré en une expression d'horreur pure.
La jeune fille récupéra sa baguette et osa regarder la personne qui l'avait sauvée. Jedusor.
—Tu vas bien ? demanda-t-il en se baissant vers elle.
—T-t-t-tu m'as suivie ? murmura-t-elle d'une toute petite voix après qu'il l'ait libérée du sort de mutisme.
—Oui.
La jeune fille refusa sa main et prit de l'élan dans la neige pour se remettre debout. Il lui fallut s'y reprendre à deux fois, car ses jambes refusèrent momentanément de la porter. Elle s'épousseta et s'essuya le visage, trempée et transie de froid. Elle plongea ses yeux marrons dans ceux noirs du brun, honteuse. Elle ne lisait rien sur son visage d'albâtre et c'était bien ça le plus troublant. Aucune sollicitude, aucune joie à l'idée de l'avoir sauvée d'un mauvais pas. Rien. Elle rassembla le tissu de sa robe déchirée pour l'essorer et à peine eût-elle amorcé ce mouvement sous les prunelles sombres du garçon, qu'elle ne tint plus et éclata en sanglots contre lui en l'entraînant dans sa chute. Il se figea nettement, pourtant la jeune fille était tellement perturbée qu'elle n'en tint pas compte en se cramponnant à lui, éreintée.
—Oh Merlin ! Merlin, q-q-q-qu'est-ce qui ne tourne p-p-p-pas rond chez moi ? Je suis d-d-désolée de tout ce que j'ai dit… Nott et Avery m'ont tellement mise en colère… Je suis désolée, désolée. Je ne voulais pas p-p-parler c-comme ça. Antonin doit être mortifié, t-t-tout est d-d-de ma faute… t-t-tu m'as sauvée, merci… Merci. Merci. Merci.
—C'est normal. Qu'est-ce que tu faisais ici ce soir ?
Lily ne songea pas une seconde à mentir, elle était tellement affaiblie, tellement désespérée, qu'il fallait qu'elle se confie. Les attaques de Nott et Avery l'avaient dévastée encore plus qu'elle ne le pensait et Tom se trouvait là, en épaule bienveillante comme il l'avait promis des jours plus tôt.
—Je voulais rejoindre mes frères. On habite dans la c-c-cabane hurlante p-parce qu'on a nulle p-p-part où aller. Mais ils ont d-d-d-disparus, chuchota-elle transie de froid. Je suis terrifiée à l'idée qu'il leur soit arrivé quelque chose… ou qu'ils se soient battus.
—Il fait froid, tu es trempée. Tu peux te lever ? demanda calmement le brun. Pourquoi tes frères se battraient ?
—Oui… Ils se d-d-détestent d-d-depuis des années.
Tom sembla analyser l'information dans un très léger sourire que Lily ne remarqua pas encore une fois trop occupée à sangloter contre lui. Elle était peut-être pathétique, mais elle avait trop mal. Tellement mal, elle voulait hurler le nom de ses parents comme pour se soulager, refermer l'abcès ouvert par les deux Serpentards.
Elle ne vit même pas qu'ils étaient de nouveau entrés dans le bar et qu'ils avaient prit le passage secret pour déboucher dans la salle sur demande.
—Quel est cet endroit ? demanda le brun aussitôt qu'ils eurent mit un pied dans la salle.
—La salle sur d-d-d-d-demande. Ou la salle v-v-v-va et v-v-vient. Elle ap-p-pparait quand on a vraiment b-b-b-b-besoin de q-q-q-quelque chose.
À peine la phrase eut-elle été formulée qu'un pull apparut. Elle se dit qu'elle aurait dû chercher les couvertures ici directement au lieu de demander aux Elfes. La rousse lâcha Jedusor d'un coup comme s'il l'avait électrocutée et enfila ce pull toujours suivie par le regard du jeune sorcier. Elle s'assit sur un pouf avec l'intention d'y disparaître tandis que Tom laissa un fauteuil de velours sombre apparaître pour y siéger aussi fier que s'il y régnait.
—M-merci v-v-vraiment merci pour ce que tu as fait.
—Je t'ai dit que c'était normal.
—J-je sais… Mais j'ai été méfiante envers toi, alors que t-t-t-tu ne m'as jamais attaquée c-c-c-comme l'ont fait Nott et Avery. T-t-tu es un peu trop curieux certes, mais tu n'es p-p-pas comme eux.
—En effet.
Lily se balança d'avant en arrière concentrée sur lui et sur ce qu'elle cherchait à lui dire. Jedusor choisit ce moment pour sourire ce qui la mit doucement en confiance. La rousse lui sourit de gratitude.
—Antonin et toi êtes différents de ces crétins. Comment peuvent-ils être vos amis ?
—C'est ainsi, dit-il avec un sarcasme imperceptible pour la jeune fille.
Ils restèrent ainsi silencieux, Lily les yeux fixés sur les flammes qu'elle avait fait apparaître dans l'âtre d'une cheminée et Jedusor regardant soit elle, soit la pièce d'un air intrigué. Elle frissonna et serra le pull contre elle en se levant.
—Merci.
—Tu l'as déjà dit.
—Non, merci de m'avoir écoutée, tu n'étais pas obligé. Mais tu as raison, tu es une oreille attentive et quand tu ne cherches pas à être curieux ou intrusif… tu es étrangement apaisant. Je ne comprends pas ce que vous trouvez à Nott et Avery, Antonin et toi, mais je sais ce qu'ils te trouvent. Tu sais écouter les gens. Merci. Est-ce… que tu voudras encore me parler même en ayant trouvé satisfaction à ta curiosité à cause de tes amis ?
Jedusor se releva, les mains coincées dans les poches de son habit de soirée et lui sourit.
—Il n'y a pas de raison, bonne nuit Pieters.
Lily le laissa prendre de l'avance, le cœur un peu moins lourd. Pourtant, aucun des deux sorciers n'avaient vu près de la Cabane Hurlante qu'ils avaient quitté deux formes sombres présages de malheur. Des dents et des yeux jaunes luisant dans la nuit glacée de Noël.
oOo
(1) Caligula régna du 16 mars 37 au 24 janvier 41, il mourut à 28 ans, assassiné. Il est connu à ce jour pour faire parti des pires Empereur que l'histoire romaine ait compté. (l'anecdote qui tue : sur la majorité des bustes le représentant, il ressemble beaucoup à Jack Glesson, l'acteur qui joue Jeoffrey Baratheon dans Game of Thrones, ah, ah... comment ça c'est pas drôle ?)
(2) Suétone est né en 70 et mort vers 122, parmi le peu d'oeuvres conservées de ce biographe latin, on note La Vie des Douze Césars qui retrace la vie des premiers empereurs. Il s'intéressera peu à la politique de ces hommes pour rechercher des informations sur leur personnalités et leurs caractéristiques. Il fera un portrait particulièrement repoussant de Caligula dans le chapitre qui lui est consacré, et s'attardera beaucoup sur sa folie.
Voilà, voilà, j'espère que ce chapitre vous aura plu :) On se retrouve le mois prochain pour le chapitre suivant.
Les reviews sont mon petit salaire à moi ._.
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Hugs,
La chauve souris requin transgénique.
