Bonsoir cher(s) lecteur(s) !
Comme toujours, ça prend du temps, et comme toujours, je vous dois des excuses (pour la longueur aussi qui peut paraître décevante). Mais cependant et toutefois, je n'ai toujours pas laissé tomber, et voici la suite des aventures !
Ai-je des reviews à commenter ? Pas vraiment en fait. Seulement un lecteur, Soyso, à remercier pour son soutien via PM. J'espère que ce chapitre te plaira !
Bonne lecture à tous, sauf à ceux qui croiraient encore que Diablo m'appartient. A ceux-là, je n'ai pas besoin de souhaiter quoi que ce soit par écrit puisque visiblement ils ne savent pas lire.
Chapitre 9 :
La poursuite continue
Elle ne se souvenait pas de s'être endormie. Toujours était-il qu'elle se réveilla d'un sommeil sans rêves allongée sur le flanc, la main sur son arc, indemne. Elle cligna des yeux pour en chasser la torpeur et se releva d'un bond, évaluant la situation à la lumière de sa baguette qui n'avait de façon surprenante pas cessé de faire effet. Vraiment, songea-t-elle, les assassins devaient être extrêmement riches pour procurer un objet pareil à la personne la plus basse sur l'échelle. Cela l'effrayait.
Rien ne semblait avoir bougé. Pas même l'assassin qui avait conservé sa position de la veille, assis sur son bloc de marbre, les yeux fermés et la respiration silencieuse. Le mouvement brusque de la rogue ne l'avait pas fait réagir le moins du monde, sans doute savait-il - encore ! - exactement ce qui était en train de se passer. Natalya maudit à nouveau ses facultés psi, elles lui donnaient l'impression d'être complètement inutile et pas qu'un peu simple d'esprit. Et puis l'idée que ce psychopathe en herbe puisse rentrer dans sa tête n'arrangeait rien.
Par ailleurs, elle se disait qu'il était sans doute à l'origine de son sommeil et de son oubli des événements qui l'avaient conduite jusque-là. Cela acheva de la mettre dans des dispositions peu favorables.
Elle se glissa jusqu'à lui avec la ferme intention de lui dire deux mots. Son visage blafard à la lumière étrange du bâtonnet enchanté exprimait cependant un tel calme que la rogue se radoucit un peu. Voilà ce à quoi il aurait dû ressembler s'il avait eu une enfance normale…elle s'en voudrait de perturber l'instant de paix dont semblait profiter le garçon.
Puis elle se souvint qu'il était probablement réveillé et encore en train de jouer avec ses émotions. Immédiatement toute trace de compassion s'évanouit de son coeur et elle le secoua par l'épaule.
« Damian, debout ! ordonna-t-elle d'un ton coupant. »
Mais à son grand étonnement il ne réagit pas. Pas un muscle contracté, pas un tic, pas un mouvement, rien. Elle fronça les sourcils.
« Damian ? répéta-t-elle. »
Pas davantage de résultat. L'inquiétude de l'archère recommença à pointer son nez. Elle le voyait respirer, donc il vivait, mais…
Elle baissa les yeux et découvrit avec horreur qu'une traînée rouge sombre s'était dessinée sur le marbre en-dessous de lui, pour ramper lentement entre les dalles vers la sortie de l'alcôve. Du sang ! Comment avait-il fait son coup ? Il avait dit s'être bandé les plaies, et il n'avait pas bougé du tout ! Et l'imbécile osait prétendre être indépendant ! Il n'avait effectivement besoin de personne pour se laisser mourir bêtement.
Natalya remonta la piste de la blessure ouverte. Celle-ci menait au travers du vêtement noir de l'assassin, ce qui constitua un obstacle pendant environ une seconde, le temps qu'il fallut à l'archère pour considérer la possibilité que le garçon aux penchants paranoïaques avait pensé à piéger son propre manteau.
L'habit écarté sans avoir réveillé le mourant, elle put retracer l'origine du saignement à un éclat de pierre logé dans la poitrine de Damian désormais couverte de liquide écarlate. Où avait-il dégotté ça ? Ca ne pouvait pas dater de l'effondrement du plafond causé par Siliane, si ?
En tous cas il fallait s'en occuper et rapidement. Les questions viendraient après. Farfouillant dans son sac, la rogue en sortit de l'eau, une potion violette de la magicienne, un elixir coagulant qu'ils avaient acheté à Lysander et des bandages. Elle se nettoya les mains et se mit à nettoyer les alentours de la blessure pour y voir plus clair. Elle approcha sa lumière par la même occasion, coinçant le bâtonnet dans son gantelet d'archer. Le sang ne s'échappait pas trop vite, simplement il le faisait continûment.
Natalya put déterminer un angle optimal par lequel s'attaquer à l'éclat. Elle se positionna donc pour se faciliter la tâche au maximum, main droite prête à saisir la pierre et main gauche tenant le flacon de coagulant décapsulé. Elle jeta un dernier coup d'oeil au visage toujours impassible de Damian, comme pour vérifier qu'il n'était pas en train de la faire marcher, puis elle se lança.
La sortie de la pierre tira de l'assassin un glapissement étouffé. Ses paupières s'ouvrirent d'un coup, son corps fut agité d'un soubresaut involontaire. Mais la rogue ne s'en formalisa pas pour l'instant : il fallait absolument arrêter l'hémorragie. Elle fut soulagée quand le garçon ne s'agita pas davantage après le premier choc. Elle put donc verser l'élixir de coagulation sur la plaie béante sans perdre beaucoup d'aucun des précieux liquides. Rapidement une croûte peu engageante mais néanmoins efficace se forma, et la blessure était traitée. Elle espéra que Lysander n'avait pas menti quant aux propriétés désinfectantes de sa création, mais enfin elle n'avait pas beaucoup de choix dans l'affaire : il fallait lui faire confiance.
Elle fit boire au patient la potion violette.
Pour appliquer les bandages, elle devrait cependant retirer manteau et tunique de l'assassin. Elle leva les yeux vers l'intéressé, afin d'avoir son approbation maintenant qu'il était réveillé…mais elle se heurta à un regard vide ne fixant rien de particulier de sous des paupières mi-closes. Mal à l'aise, elle repoussa les pensées inquiètes qui l'assaillaient et reporta son attention sur sa tâche. Le manteau pouvait cacher beaucoup de mauvaises surprises, aussi procéda-t-elle avec une infinie précaution…et elle eut raison. Le manteau était couvert de poches et de ceinturons de l'intérieur, contenant (ou respectivement supportant) nombre d'objets tantôt effilés tantôt intrigants, généralement métalliques, qu'il vaudrait mieux ne pas toucher de peur de se couper - et qui savait de quoi ils pouvaient être enduits ?
Elle sentit à travers la matière que les manches aussi contenaient quelque chose, cependant ce n'était pas la priorité pour l'instant. Elle remarqua la déchirure de la manche gauche, ainsi que les nombreux points de suture du vêtement. Qu'est-ce qu'il avait pris ! Là encore elle remit ces réflexions à plus tard. L'habit une fois libéré de l'humain, il était relativement lourd quand on y pensait, même en prenant en compte l'arsenal à l'intérieur…il serait doublé d'une chemise de mailles que cela n'étonnerait pas Natalya. Elle le posa à côté d'elle. Restait une veste de cuir au-dessus d'une tunique légère, toutes deux de couleur sombre et tachées de sang, percées sur la poitrine bien entendu, et que la rogue avait dû ouvrir pour atteindre la blessure. Elle prit un bandage et entreprit de l'envelopper autour des maigres côtes du garçon. Elle remarqua en passant qu'il avait assez peu de cicatrices, en tous cas à cet endroit-là, si on prenait en compte la quantité de trous rafistolés de ses vêtements. Elle-même en avait plusieurs, surtout depuis le siège du Monastère…elle archiva cette information pour plus tard, elle lui poserait la question.
Mue par une impulsion soudaine elle décida d'assurer le coup et de forcer un peu plus de potions dans le blessé. Elle réussit à lui faire avaler l'équivalent d'une potion rouge de soins mais en deux flacons : entre les crises de toux et ce qui fut perdu quand la rogue n'arrivait pas à le faire boire, il y en avait bien pour un flacon de gaspillage.
Enfin elle laissa échapper un soupir et se laissa aller en arrière, repoussant une mèche de cheveux hors de son visage avec le dos de la main. Elle avait terminé ! Et à en juger par le pouls de l'assassin, il avait survécu. Elle posa son manteau sur ses épaules, afin qu'il n'attrape pas froid, et reprit sa respiration pour se calmer. C'avait été moins une, si elle s'était réveillée ne serait-ce qu'une heure plus tard…
Elle baissa les yeux sur ses doigts tachés d'hémoglobine. Pas du sang de démon cette fois…comme les quantités de fois où elle avait aidé Akara, où elle avait administré les premiers soins à ses Soeurs, où elle était restée avec l'une ou l'autre dans ses derniers moments…
Elle frissonna. Ce n'était pas le moment. Ce n'était jamais le moment de toutes façons. Elle avait fait son deuil, elle devrait être en paix à présent ! Mais ces regards vitreux, ces phrases mal articulées, ces mots vides qui soudainement, prononcés quelques instants avant la mort, se chargeaient d'importance. Cela lui faisait tourner la tête. Ou peut-être était-ce le mauvais air dans ce maudit souterrain !
Elle ferma les yeux et recommença à prier. Son dieu au moins était là pour elle. Si Damian mourait maintenant…elle ne serait pas seule n'est-ce pas ? Elle ne serait jamais seule. Les mots familiers des oraisons la rassuraient à mesure qu'elle les disait, une douce chaleur se répandait dans ses membres frigorifiés. Elle ignorait combien de temps elle resta ainsi, en tous cas assez longtemps pour réciter quatorze prières et fredonner cinq psaumes, quand elle entendit du mouvement. Par réflexe elle saisit son sabre et se redressa, tous ses sens en alerte. Pas de danger. C'était Damian qui avait bougé, la main en l'occurrence. Ses sourcils s'étaient légèrement froncés, mais ses paupières demeuraient closes.
« Damian ! chuchota-t-elle en se glissant près de lui. Damian ! Tu m'entends ? »
Un tic nerveux agita le coin de ses lèvres et ses yeux bougèrent derrière ses paupières, un sursaut agita un sourcil. Natalya prit sa main qui bougeait lentement et maladroitement. Elle était glacée.
« Damian ! insista-t-elle. Ce n'est pas le moment ! »
A nouveau ce tic, mais rien d'autre. L'archère sentait le faible effort qu'il faisait pour dégager sa main. Il allait de soi qu'il était insuffisant.
« T'as un démon à tuer, tu te souviens ? siffla-t-elle. Tu vas laisser Diablo t'échapper, Monsieur l'assassin dont la renommée fait trembler les plus puissants de ce monde ? »
Elle commençait à perdre patience. Mais sa dernière pique semblait avoir provoqué une réaction, puisque Damian fronça davantage les sourcils et son geste de dégagement fut plus affirmé. Il esquissa un mouvement pour fermer le poing gauche, actionnant ses griffes amovibles en même temps.
« Allez ! fit-elle en grinçant des dents. Tu vas laisser gagner ton père, tu vas le laisser vivre plus longtemps que toi ? Tu vas abandonner Thali comme ça ? »
Il poussa un semi grondement furieux et ses muscles se raidirent, comme quand il se ramassait sur lui-même pour bondir à la gorge d'un adversaire.
« Réveille-toi ! »
Natalya accompagna cet ordre d'une gifle plus symbolique que forte.
L'instant d'après son champ de vision se résumait aux yeux flamboyants de rage de l'assassin, juste au-dessus de sa main qui lui enserrait le cou situant ainsi la jugulaire de la jeune femme sur le fil de sa lame de poignet. Un genou appuyé sur sa cage thoracique lui coupait la respiration et elle sentait les quatre pointes des griffes du garçon prêtes à s'enfoncer dans son ventre, orientées vers son coeur.
Le souffle de l'assassin était court et son regard légèrement fou, tandis que Natalya n'osait pas respirer et le dévisageait avec sans doute une expression terrifiée. Quelques secondes s'écoulèrent ainsi, chacun prenant la mesure de la situation. Damian cligna des yeux, son visage se décrispa un peu et il recula, un soupçon d'étonnement dans l'iris. L'air revint aux poumons de la rogue et elle inspira prudemment, levant lentement une main pour se masser les côtes.
Le garçon se retira entièrement et s'assit, pliant les genoux devant lui et ramenant ses bras sur son ventre, armes vers l'extérieur. Un éclair de douleur passa sur ses traits et sa main dotée de griffes se porta vers sa poitrine.
« Que s'est-il passé ? demanda-t-il dans un souffle.
-Tu as failli mourir, répondit-elle en se redressant. Comme l'imbécile que tu es, ajouta-t-elle avec une irritation fatiguée. »
Il retroussa la lèvre mais ne dit rien, sondant sa blessure avec ses doigts. Natalya croisa les bras et le dévisagea d'un air inquisiteur. Il avait froncé un sourcil. Il jeta un oeil aux mains de l'archère et vit ses doigts tachés de sang. Puis ses iris suivirent les traces d'hémoglobine pour trouver l'éclat de pierre. Son expression bougea un peu mais l'archère ne put rien y lire.
Il la fixa de son regard pénétrant.
« Tu m'as sauvé la vie, constata-t-il.
-Finement observé, ricana-t-elle.
-Malgré le danger que je représente, poursuivit-il d'un air légèrement confus.
-Ce n'est pas vraiment à ça que je pensais sur le coup, fit-elle en haussant les épaules.
-Evidemment, marmonna-t-il. A court terme je peux encore servir ta cause après tout…malgré mon caractère de malotru, ajouta-t-il avec l'ombre d'un rictus moqueur.
-Je ne suis pas à ce point calculatrice ! se défendit-elle. Je n'allais quand même pas te laisser mourir, n'importe qui aurait fait pareil ! Enfin, amenda-t-elle en voyant l'assassin ouvrir la bouche pour protester, n'importe qui avec un gramme de conscience.
-Si tu le dis, dit-il avec indifférence. Combien ai-je coûté ?
-Que…quoi ?
-En ressources ! Potions, bandages, temps…?
-Euh, un élixir de coagulation, une potion violette, deux potions de soins et le bandage que tu portes, répondit-elle d'une voix hésitante. Pourquoi ?
-Curiosité. »
Elle ne le crut absolument pas mais il ne semblait pas s'en soucier. Il se leva rapidement et réajusta son manteau.
« Il faut partir, déclara-t-il. Ils vont nous distancer.
-Tu devrais te reposer, objecta l'archère. Et puis tu me dois au moins une explication.
-Nous avons assez perdu de temps ! gronda l'autre.
-Tu veux vraiment aller au combat sans tes capacités optimales ? fit-elle remarquer d'un ton de défi. Où est ton sang-froid, ô assassin qui ne se laisse prétendument jamais emporter par ses émotions ?
-Je vais bien ! s'entêta-t-il. Nous n'avons que peu de marge de manoeuvre !
-Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Tu peux sentir les autres ? Tu sais où ils sont ? Pourquoi ne pas leur faire savoir où nous sommes alors ? Nous n'aurions qu'à les attendre !
-Ce n'est pas aussi simple !
-Ah non ? Ou tu ne veux pas le faire parce que tu n'y as pas pensé en premier ? »
Elle reçut un regard furieux en réponse mais elle ne s'en formalisa pas. Il avait l'air beaucoup plus effrayant quand il s'était réveillé, et il s'était retenu de lui faire du mal alors. Elle ne risquait rien.
Elle se campa solidement sur ses pieds et lui jeta un regard incrédule, accentué par les quelques centimètres supplémentaires de sa taille. Il ferma brièvement les yeux et soupira.
« A supposer que Derek et Aïsha prêtent attention à mon avertissement, murmura-t-il avec lassitude, Siliane sera un problème.
-Comment ça ? demanda-t-elle avec perplexité. J'aurais cru qu'au contraire ce serait plus simple, puisqu'elle est directement liée à toi par lien empathique.
-Elle oublie, rappela-t-il. Par moments, elle me rejette. Et… »
Il s'interrompit et détourna le regard. La curiosité de l'archère était piquée.
« Et ? l'encouragea-t-elle. »
Le tic nerveux était de retour.
« Il lui est arrivé quelque chose ? devina-t-elle. Quoi ? Damian, si elle est en danger…!
-C'est passé maintenant, la coupa-t-il. Elle récupère…lentement.
-Que lui est-il arrivé ? voulut-elle savoir. C'était l'effondrement ? Le plafond lui est tombé sur la tête ? »
Il la regarda avec incompréhension.
« Non. C'était le contrecoup.
-Tu veux dire qu'elle a dépensé trop d'énergie ? Son sort était trop puissant ? »
Il haussa les épaules et fit un pas décidé vers la sortie. Natalya l'attrapa par le bras.
« C'est pas fini ! siffla-t-elle.
-Quoi encore !
-Eh bien c'est pas la gratitude qui t'étouffe, commenta-t-elle. Je me disais que puisque j'ai eu le rare privilège de bander des plaies que tu as joyeusement laissées ouvertes tu pourrais au moins me dire d'où elles sortaient ?
-L'éclat provient du plafond de la grande salle, répondit-il sèchement.
-Et tu ne t'en es pas occupé avant ?! s'exclama-t-elle. Bravo pour le sens pratique, espèce de masochiste !
-C'était cicatrisé, déclara-t-il.
-Et ça s'est réouvert après une série de combats, comme c'est bizarre ! ironisa-t-elle.
-Hm. »
Honnêtement elle s'était attendue à une réponse plus élaborée, peut-être un coup d'oeil assassin. Mais rien. Elle était un peu déçue.
« C'est tout ? interrogea-t-il d'un ton coupant. »
Elle n'eut que le temps d'acquiescer sous le coup de la surprise et il avait disparu dans la sortie. De toute évidence il en avait assez de parler. Avec une imprécation l'archère lui emboîta le pas.
Elle soupçonnait Damian d'avoir si peu envie de parler qu'il fonçait un peu trop tête baissée dans les combats. Il ne s'arrêtait quasiment plus à l'entrée d'une pièce pour évaluer le danger et pour l'avertir à mi-voix de ce qu'ils allaient rencontrer.
A la place, il demeurait à l'orée de la lumière que portait Natalya quand il n'y avait pas de conflit, et disparaissait de vue dans le cas contraire. Il ne réapparaissait qu'après les faits, généralement en prenant à revers les morts-vivants qui avaient pris l'archère pour cible, et ne lui accordait qu'un coup d'oeil rapide pour vérifier si elle avait été gravement blessée avant de tourner les talons et de repartir à une vitesse impatiente sans un regard en arrière.
Ca commençait à lui taper sur les nerfs pour être honnête. Il avait tellement de chance qu'ils soient pressés, qu'elle ait besoin de lui !
Et à en juger par le ricanement qu'elle crut entendre devant elle, il le savait pertinemment.
Un grognement vers sa droite lui fit reporter son attention vers le danger. Elle décocha sans vraiment réfléchir une flèche de feu vers la source du bruit. Le trait fit mouche et enflamma le corps embaumé d'un guerrier qui avançait vers eux, suivi d'une bonne dizaine d'autres.
La rogue, qui en avait vu d'autres à présent, ne s'en étonna même plus et enchaîna les tirs avec la régularité de l'habitude. Ces morts-vivants n'étaient pas très solides de toutes façons, pas quand ils étaient confrontés aux flammes. La troupe fut décimée avant d'arriver à elle. Avec un sourire satisfait elle se retourna vers le couloir par lequel l'assassin avait disparu. Elle espérait sincèrement qu'il l'avait attendue, ç'aurait été la moindre des choses tout de même !
Elle avança prudemment et se réfréna de tirer sur la silhouette qui se dessina dans sa lumière : c'était effectivement le garçon. Voilà qu'elle se faisait des frayeurs toute seule ! Vivement qu'elle sorte de ce trou.
Damian ne bougeait pas. Le nez en l'air, il semblait tendre l'oreille pour entendre…quoi ? La rogue vit ensuite son regard vitreux. Elle fronça les sourcils.
« Damian ? »
Pas de réponse. Mais pas de blessures apparentes non plus, pas d'ennemis à proximité. Que faisait-il encore ? Il avait l'air dans le même état de choc que lorsqu'il était en train de se vider de son sang - blessure mise à part. Peut-être cherchait-il leurs compagnons avec ses facultés psi ? Après tout il semblait très au courant de l'état de Siliane quand elle l'avait remis sur pied, et peut-être que l'intensité de l'effort l'avait empêché de se réveiller pour constater son état ? Oui, cela correspondait !
Avec un sentiment de triomphe, même pour une victoire aussi dérisoire, elle résolut de monter la garde jusqu'à ce qu'il se réveille. Et à lui demander de la prévenir la prochaine fois. C'était vrai à la fin, et si elle avait compté sur lui pour l'aider au combat ? Ne pas communiquer dans une équipe, c'était extrêmement mal avisé.
Enfin le garçon recommença à bouger. Il endura les reproches de la rogue avec son indifférence hostile habituelle, mais la jeune femme n'en attendait pas moins et ignora son ton mordant. Elle insista encore un peu, puis abandonna la querelle.
« Par où maintenant ? demanda-t-elle. »
A sa grande surprise l'assassin se mordit la lèvre, l'air penaud.
« Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiéta l'archère. Il lui est arrivé quelque chose ?
-Je ne sais pas, avoua-t-il lentement. Je n'arrive plus à la percevoir.
-Comment est-ce possible ? »
Il haussa les épaules avec confusion.
« Elle n'est pas…? hésita-t-elle.
-Je ne pense pas, répondit-il.
-Alors il faut la retrouver au plus vite, conclut-elle d'un air déterminé. Par où allions-nous avant qu'elle ne disparaisse ? »
Il montra un des couloirs qui se présentaient à eux. Elle haussa les épaules.
« Alors continuons. »
L'ombre d'un sourire passa sur les lèvres de l'assassin, et il s'élança dans la direction indiquée, Natalya sur ses talons.
« Elle était là. »
Il n'y avait pas de doute possible effectivement. Le sol jonché de cendres et de corps oblitérés portait encore des traces sans doute indélébiles des sortilèges de foudre et de feu déclenchés par la mage de bataille étaient assez caractéristiques. Une grande statue au visage sévère dominait la pièce au plafond haut et voûté; à ses pieds la rogue distingua grâce à la répartition des restes d'ennemis un cercle dans lequel l'ensorceleuse avait dû se défendre. En s'approchant elle y vit plusieurs taches de sang, ce qui ne faisait que confirmer son hypothèse.
« Je suis d'accord, répondit-elle à Damian. C'est là-bas qu'elle s'est battue.
-Hm. »
L'assassin faisait le tour de la pièce, examinant avec minutie les couloirs qui en sortaient, ses sens aussi tendus que ses muscles. Natalya, elle, s'intéressa davantage aux fresques de batailles qui ornaient les murs et aux bas-reliefs à la mémoire de guerriers disparus. Tout ce tombeau était grandiose, bâti avec des proportions titanesques pour ce qui semblait être une troupe entièrement constituée de héros d'un tout autre temps. Et pourtant…ils n'avaient pas tous des expressions sévères ou inquisitrices. Elle remarqua un visage qui se démarquait par…son sourire ordinaire, l'espèce de timidité de ses traits, l'imperfection de ses proportions, son armement éprouvé mais sa posture digne malgré tout le rendaient…exceptionnel. Crédible. Proche.
Et celui-là était farceur, celui-ci dépressif, derrière c'en était un trop jeune et enthousiaste…des portraits aussi humains, c'était un art perdu depuis longtemps, il fallait croire.
« Cesse de rêver, siffla Damian. Il faut trouver Siliane !
-Je me disais juste que…laisse tomber, tu ne comprendrais pas.
-Hm, fit l'autre avec indifférence. Par où maintenant ?
-Tu ne la perçois toujours pas ?
-Non, mais elle n'est pas morte. Soit elle me rejette, soit autre chose le fait pour elle.
-Tu n'as pas trouvé d'autres indices ?
-Rien de concluant, annonça-t-il en secouant légèrement la tête. »
Natalya soupira et se passa la main sur le visage. Ils leur faudrait prendre une décision à l'aveuglette. Et si ce n'était pas la bonne, ils pourraient prendre un retard irrattrapable.
Elle jeta un oeil vers Damian, et remarqua qu'il scrutait à nouveau tous les recoins de la pièce en faisant cliqueter ses griffes avec impatience. Ou était-ce autre chose ?
« Ne t'inquiète pas, on va la retrouver, dit-elle doucement. »
L'assassin lui accorda un bref regard pour cette remarque, qu'elle interpréta comme de la surprise passagère, avant de le rediriger vers le sol.
« Tu as une idée ? demanda-t-il d'une voix gardée.
-Eh bien, hésita-t-elle, pas vraiment, il n'y a pas grand-chose pour nous aider à choisir, mais l'Oeil Aveugle veille sur nous. Je pense qu'il nous guidera. »
Damian renifla avec mépris et sa main alla à sa poche.
« On tire au sort donc, conclut-il en sortant une pièce d'argent. Pile, gauche; face, droite. »
La rogue acquiesça, les bras croisés et du reste un peu froissée par le dédain de l'assassin pour son dieu. Ca ne l'étonnait pas, mais cela ne voulait pas dire que ça lui plaisait.
Elle suivit du regard la pièce, vit le garçon la saisir au vol et la retourner sur son poignet avant de révéler le résultat.
« Face. »
Ils s'engouffrèrent donc dans le couloir de droite.
Ils avançaient vite, curieusement personne ne venait leur chercher des noises. Mais peut-être cela signifiait-il simplement que ce couloir était complètement vide.
Puis Damian s'arrêta net.
« Un nouvel embranchement ? demanda l'archère.
-Non. Des traces. »
Il pointait les restes fumants d'une poignée de revenants en travers du couloir. Malgré elle, la rogue frissonna. Elle ne s'était pas rendu compte à quel point ce qu'ils laissaient derrière eux après un combat était morbide. Cela paraissait évident à dire - après tout c'étaient des cadavres ! - mais pour une fois que ce n'était pas elle qui les avait combattus…
Elle se recentra sur leurs priorités et sourit faiblement.
« Alors nous sommes sur la bonne voie, déclara-t-elle. Je te l'avais dit ! L'Oeil Aveugle veille sur nous ! »
Le grognement de l'assassin disait tout son scepticisme quant à cette affirmation. Il s'élança en avant avec un regain d'énergie, la rogue sur ses talons. Cette dernière ne put s'empêcher de remarquer néanmoins que certains des cadavres ne semblaient pas avoir été détruits par magie élémentaire. Certaines blessures avaient ressemblé à des coups physiques. Peut-être Siliane avait-elle été réduite à se battre au bâton ? Mais dans ce cas elle cachait bien ses capacités : Natalya ne se souvenait pas d'avoir jamais vu la magicienne vaincre qui que ce soit au corps-à-corps martial.
Ou peut-être Derek l'avait-il retrouvée ?
Tous deux couraient à présent. Ils se dirigeaient en suivant les cadavres ou ce qu'il en restait.
Le vacarme d'une déflagration retentit en détour d'un coin. Ils y étaient presque ! Et effectivement, dans la salle suivante, Natalya repéra immédiatement la magicienne livrant bataille. Entourée de son bouclier de glace, le bâton pointé sur sa droite et son bras gauche tendu dans l'autre direction, elle se tenait face à une escouade de goules avançant dans sa direction à qui elle faisait subir les pleins feux d'un sortilège d'Inferno projeté en éventail devant elle. L'odeur était atroce, mais le moyen efficace.
Immédiatement Damian lança son boomerang affilé dans la mêlée avant de se ruer au combat.
« On arrive Siliane ! cria Natalya. Tiens bon ! »
L'ensorceleuse ne répondit rien, concentrée sur son sortilège. La rogue ouvrit le feu. Le combat semblait inévitablement converger vers une conclusion rapide. Sauf que tout à coup, les ennemis ne tombaient plus aussi vite du côté de l'assassin, au-delà de l'Inferno de Siliane. Le rythme avait changé pour une raison obscure. Natalya ne distinguait rien, mais devait par contre faire face aux conséquences : un afflux plus important d'ennemis de leur côté. Des squelettes, semblait-il. Armés comme tous les autres de lances courtes et de boucliers.
Natalya les accueillit avec des flèches explosives, ce qui couvrit la retraite de la magicienne. Celle-ci parut surprise de voir la rogue, lui dit très poliment bonjour, et sur le ton de la conversation fit remarquer que c'était une drôle de coïncidence de la voir là.
Si la rogue n'était pas occupée à tirer aussi vite qu'elle le pouvait elle se serait frotté l'arête du nez avec consternation.
La petite Kentanim prit place un peu en retrait de l'archère et ses mains s'illuminèrent en bleu pâle. Le rubis qui ornait son bâton se teignit en violet alors que la lumière se répandait le long du bois, puis un épieu de glace jaillit de l'arme et pourfendit trois guerriers squelettes qui se fissurèrent puis se fracassèrent. Elle recommença l'opération plusieurs fois, et, appuyée de Natalya, les deux femmes arrivèrent au bout de leurs ennemis.
Mais cela ne signifiait pas la fin des hostilités.
« Que…?! s'étrangla Natalya. »
Elle avait vu en effet deux silhouettes humaines en train de se battre à mains nues avec tant d'ardeur qu'elles constituaient, vues de loin, un sorte de pelote qui bondissait de-ci de-là de long en large de la pièce. L'une d'elles protestait par cris intermittents, l'autre grondait comme un chien enragé. L'une était toute de noir vêtue, l'autre portait des habits clairs.
L'une était inconnue, l'autre était Damian.
« Eh bien Natalya, dit tranquillement la magicienne, comment te portes-tu ? Pas de difficultés particulières jusque-là ?
-Ils vont s'entre-tuer ! s'exclama la rogue avec effarement.
-Ce n'est pas ce que je t'ai demandé, dit l'autre en fronçant les sourcils avec confusion. N'ai-je pas posé la question correctement ?
-Je…si mais on s'en fiche ! Il faut faire quelque chose !
-Hm ? fit la magicienne en haussant un sourcil et en suivant le regard de la rogue. Oh, quelle violence ! Connais-tu ces deux jeunes gens ? »
Natalya soupira et s'élança vers les deux combattants, sans avoir réellement décidé de ce qu'elle allait faire mais néanmoins déterminée.
Elle n'avait pas fait la moitié du parcours que soudainement tout s'arrêta. Les deux personnes ne bougeaient plus. L'archère s'arrêta net, tant physiquement que mentalement. Immédiatement elle craignit le pire, elle voyait déjà un nouveau cadavre, les yeux voilés par la torpeur éternelle, une victime inutile…elle ne s'aperçut qu'elle tremblait de tout son corps que lorsqu'elle sentit la main stable et tiède de Siliane sur son épaule.
Elle cligna des yeux et remarqua que quelque chose bougeait dans la pelote. Du mouvement lent, mesuré.
De sous l'assassin amorphe se dégagea un homme dont le visage laissa Natalya bouche bée. Des yeux bruns, une peau bronzée comme les gens de Lut Gholein, une stature moyenne, un regard perplexe…mais c'étaient ses traits qui avaient arrêté la rogue.
Elle avait vu ce même visage quelques instants auparavant, c'étaient ceux de la statue qu'elle avait aperçue dans la pièce où la piste psionique de Siliane s'était estompée.
Ce n'était tout simplement pas possible.
L'homme ne sembla trouver rien à dire, se limitant à jeter un regard interrogateur à la magicienne qui tapota l'épaule de l'archère avant de s'avancer vers lui et le garçon tombé. Elle s'accroupit auprès de Damian après avoir glissé un mot à son adversaire. Celui-ci opina imperceptiblement et s'éloigna un peu, se passant distraitement la main sur la mâchoire.
Natalya l'observa avec la vigilance d'un aigle, épiant le moindre de ses gestes, listant son armement - un cimeterre à la ceinture, une cuirasse de bonne facture, des vêtements couleur crème un peu salis par les combats -, répertoriant les moindres détails. Elle ne voyait pas comment un humain vivant pouvait bien se trouver ici, enfermé parmi tous ces morts-vivants, vêtu comme eux, et même si on admettait cette possibilité, elle doutait fort que sa rencontre avec Siliane ait été fortuite. Comme coïncidence, c'était vraiment gros à avaler.
Et puis Damian, comme tout prédateur qui se respectait, n'attaquait que ce qu'il considérait dangereux. Pour cela au moins, elle pensait pouvoir lui faire confiance. Alors peut-être que sa paranoïa le poussait à considérer facilement les gens comme un danger, mais quand même, il y avait de quoi s'inquiéter.
Puis son regard soupçonneux rencontra celui, désarmant dans sa candeur, de l'objet de ses doutes. Il détourna rapidement les yeux d'un air gêné. Il ne semblait pas trop savoir quoi faire avec soi-même. Il jetait des coups d'oeil nerveux vers Siliane et autour de la pièce.
La rogue s'aperçut alors qu'il ne paraissait pas beaucoup plus âgé qu'elle. Une vingtaine d'années sans doute, même si son comportement le rajeunissait peut-être un peu. Vingt-deux ? Vingt-trois ?
Elle prit sa décision et, les bras croisés et les yeux légèrement plissés, l'interpella :
« Qui êtes-vous ? »
Il sursauta un peu et se retourna vers elle, une expression surprise peinte sur le visage.
« Moi ? demanda-t-il d'une petite voix. Qu-quasiment personne mademoiselle. J-je m'appelle Yann, Yann Mordoq…enfin, en principe c'est S-Sire Yann, m-mais j-juste Yann, c'est b-bien s-suffisant. »
Il parlait doucement, d'un ténor hésitant mais agréable. Il paraissait de plus en plus tendu à mesure qu'il parlait, son bégaiement s'aggravait et il commençait à se tordre les mains avec nervosité.
La rogue songea avec une pointe de cynisme que, s'ils avaient réussi à récolter une magicienne amnésique, il suivait logiquement que s'ils récupéraient un chevalier, il serait timide et peu sûr de soi. Peureux peut-être même, mais enfin elle se refusa à l'étiqueter immédiatement sur ce point.
Il lui jeta un regard interrogateur, la bouche entrouverte comme s'il se demandait s'il pouvait poser la question qui visiblement lui brûlait les lèvres ou non. Par compassion, Natalya lui offrit un sourire encourageant. Mais il n'atteignit pas ses yeux.
« Très bien, Yann, dit-elle aussi chaleureusement qu'elle le put en la circonstance. Mon nom est Natalya.
-R-ravi de faire votre c-connaissance N-Natalya, dit-il en s'inclinant légèrement.
-Comment vous êtes-vous retrouvé ici ? interrogea-t-elle d'un ton un peu plus coupant qu'elle ne l'avait souhaité. Ce n'est pas exactement le meilleur endroit pour passer ses vacances. »
Il laissa échapper un rire nerveux avant de se passer une main sur le visage.
« J-je s-suis ici depuis b-bien avant vous, je le c-crains, répondit-il d'un air penaud.
-Vous étiez enfermé ici ? s'étonna l'archère. Depuis combien de temps ? Des semaines ? Des mois ?
-J-je ne saurais d-dire mademoiselle N-Natalya, avoua-t-il avec un air d'excuse. Des… »
Il baissa la voix si bien que la rogue dut tendre l'oreille pour surprendre le murmure à peine audible :
« Des s-siècles je d-dirais. »
Juste au moment où l'archère s'apprêtait à lui demander le comment du pourquoi, une dispute éclata entre Damian et Siliane.
« E shassk ! Hân'tel zarush ! siffla Damian en lançant un regard accusateur vers Yann.
-E'tel ! répliqua Siliane. Kolân'tel uth sto ûl !
-Xa io ! cracha-t-il. Geo knash ûl !
-Cha'garr ! ordonna-t-elle. Sek eitan Damian !
-Thâ yunn xereg Siliane ! Hol daz-
-Sek eitan ! l'interrompit-elle d'une voix dangereuse.
-Jodfrê zey !
-Toï'san, de tresh !
-Fê. »
Visiblement, l'assassin avait perdu le débat. A nouveau debout et avec un peu plus de couleur sur les joues, la tension qui se lisait dans sa posture était cette fois due à la colère qu'il contenait avec grand-peine. La magicienne ne se laissa pas démonter pour autant, posa une main conciliatrice sur son épaule et lui murmura quelques mots sans doute dans le but de le calmer.
Natalya jeta un regard à Yann, dont l'attention était résolument fixée sur la pointe de ses chaussures.
« Je déteste quand ils font ça, lui confia-t-elle. J'ai l'impression qu'il se passe des choses fondamentales juste sous mon nez sans en comprendre un traître mot.
-Ils se d-disputaient à c-cause de moi, murmura-t-il avec une sorte d'abattement.
-Tu parles leur langue ? s'étonna-t-elle. »
Il hocha la tête en signe d'assentiment. Natalya était impressionnée, et ravie de l'apprendre.
« Alors, ils ont dit quoi ? le pressa-t-elle.
-Que tu devrais t'éloigner de cette créature pendant qu'il est encore temps, siffla l'assassin à son oreille, la faisant violemment sursauter.
-DAMIAN ! s'écria-t-elle avec fureur. Je t'ai dit d'arrêter ça !
-J'ai le même égard pour tes ordres que celui que tu portes aux miens, répliqua-t-il d'un ton doucereux.
-Ce n'est pas vrai !
-Ta mémoire flanche Natalya, persifla-t-il.
-Ah oui ? Et comment, peut-on savoir ?
-La légendaire mauvaise foi des Citoyens ! ricana-t-il. Très bien, dernier rappel : mêle-toi de ce qui te regarde, rogue ! »
Natalya rougit avec embarras : stricto sensu il n'avait pas tort. Un rictus moqueur se dessina sur les lèvres de l'assassin.
« Et éloigne-toi de cette créature ! ajouta-t-il en pointant Yann du doigt. C'est un conseil. »
Ensuite il s'éloigna à grands pas, disparaissant dans l'ombre sous le regard noir de l'archère.
Cette dernière se retourna ensuite vers Yann.
« Je suis désolée, il n'est pas très bien élevé, lui dit-elle avec une certaine contrition. Il se méfie de tout et de tout le monde, ne le prenez pas sur vous.
-Il n'a p-pas tort de s-se méfier, fit remarquer l'intéressé. Le mal peut p-parfois prendre des f-formes b-bien trompeuses.
-Dans ce cas vous ne m'en voudrez pas si je vous demande d'où vous venez et ce que vous faites ici ? reprit la rogue.
-Il est un des lieutenants enterrés ici, répondit Siliane comme si de rien n'était.
-Un mort-vivant ?! glapit l'archère en faisant un bond en arrière ce qui sembla peiner grandement Yann.
-Pas exactement, la corrigea la magicienne. Il n'est pas mort techniquement, il a été plongé dans un sommeil magique qui le maintenait à l'abri du temps. A ce que j'ai pu voir, il était un des rares spécimens qui n'ont pas été corrompus par la magie noire de Diablo. Tous ceux que nous avons combattus sont ses anciens compagnons d'armes qui n'ont pas eu sa chance…ou sa force morale, je l'ignore. Je voudrais étudier la question de plus près si l'occasion se présente.
-Je…vois, dit lentement la jeune femme. D'accord, je veux bien avaler ça. Mais pourquoi Damian est-il aussi froissé par tout ça ?
-Damian qui ? fit Siliane en fronçant les sourcils. »
Natalya maugréa des imprécations en se pinçant l'arête du nez. Elle n'avait pas la patience pour ça maintenant !
« D-Damian, le j-jeune homme avec qui vous vous d-disputiez tout à l'h-l'heure, suggéra timidement Yann. Il est… »
Il s'interrompit en scrutant les ténèbres où l'assassin avait disparu.
« …parti par là, termina-t-il avec hésitation. »
La magicienne envoya une boule de lumière dans la direction indiquée. Pas de Damian.
« Il est vraiment parti cet idiot ? gronda Natalya. Ce n'est pas possible d'avoir un caractère aussi buté !
-Il n-n'ira pas loin dans cette d-direction, affirma Yann. C'est une impasse.
-Vous connaissez ces souterrains ? interrogea l'archère avec un regain d'intérêt.
-B-bien sûr, j'ai étudié les p-plans avec m-minutie au cas où il y aurait une invasion, répondit-il sur le ton de l'évidence.
-Mais c'est parfait ! s'exclama l'archère. Savez-vous où se trouve le Cube Horadrim ?
-Le C-Cube Horadrim ? fit-il en fronçant les sourcils. N-Non, qu'est-ce que c'est ?
-Un artefact ancien et très puissant, caché ici par les membres de l'Ordre Horadrim, le renseigna-t-elle. Auriez-vous une idée de l'endroit où on pourrait mettre une telle cachette ?
-J-je pense que n-nous pourrions essayer la ch-chapelle, dit-il d'un air songeur. Elle est au c-coeur du complexe.
-Alors allons-y dès que nous aurons retrouvé Derek et Aïsha, conclut la rogue. Damian…ah non, il n'est pas là c'est vrai.
-Il l'est maintenant, la corrigea la voix glacée de l'assassin. Suivez-moi. »
Ils le virent s'engager dans un autre couloir, à la droite de celui dont il était revenu. Natalya lança un regard interrogateur à Yann. Celui-ci hocha la tête pour confirmer que la direction était plausible.
Ils emboîtèrent le pas au garçon psionique.
