Chapitre 10 : Embarassement

C'est la boule au ventre que je partis le lundi matin pour le lycée. Je m'étais tellement concentrée sur mon apparence pour éviter de penser à lui et son air tourmenté depuis notre dernier baiser..
Hum, arête ça tout de suite Eléa ! vas l'ignorer le plus possible, retrouver Louis et les filles et tout ira bien vous allez même finir par oublier tous les deux cet incident gênant, et redevenir bon amis...
Je tirais sur les pointe de mes cheveux parfaitement lissés dans un soupir angoissé. Je retrouvais les filles sur le bord du quai du tram, et leur fit un sourire crispé, espérant les tromper. Pourtant je vis au regard de Sandy que celle-ci n'était pas dupe, et me glissa un ''Il faut qu'on parle toutes les deux à ce que je vois plus tard'' discret dans mon oreille alors que je lui faisais la bise.
Génial, comment je vais pouvoir lui avouer ce qu'il s'est passé ce week end ? Pensais-je horrifiée. Elles va me prendre pour une espèce de chaudasse sans cœur..

Je n'eus pas le loisir d'y penser davantage qu'Océane m'embarquait dans une discussion sur son cours de danse moderne de samedi. Pour une fois, je fus ravie de la capacité de mon amie à monologuer indifférent, me permettant de penser à autre chose que mes problèmes actuels. Valentine, elle, me fixait, et Sandy textotait nonchalamment.

- A qui tu écris Sandy ? Je ne pus m'empêcher de demander, car la conversation d'Océane ne me distrayait pas tant que ça au final et s'avérait même ennnuyante (c'est vrai quoi, qu'est-ce que j'avais à faire de bon matin de savoir qu'elle devait s'entrainer plus sur un pas chassé ou que sa prof de danse leur avait fait un goûter , sérieux ? ).
-Ohh..A personne ! s'empressa-t-elle de rougir. Rougir ! C'est historique chez Sandy ! Il se passait réellement quelque chose de pas net..
-Ouuuuh Sandy a un nouveau chériiii ! cria Océane moqueuse. Peut-être que celui ne va pas finalement pas être aussi ''ennuyant'' que les précédents qui sait, ahah !

Ah, au vu de Sandy roulant les yeux et poussant un soupir exaspéré, je la retrouvais bien, je m'étais peut-être fait une idée. Je ne pus m'empêcher de rigoler doucement.

Je perdis rapidement ma contenance quand on arriva devant le portail du lycée et que je me retrouvais en face de Louis. Une vague de culpabilité m'envahit alors qu'il m'embrassait et j'inspirais fortement. Mon petit ami me lança un regard moqueur :
-Eh bien, je te fais tant d'effet dès le matin ? Ahah ! Et il me pinça les fesses doucement. J'étais cramoisie. Il – venait – juste - de – me – pincer – les – fesses ...– sérieusement !

-Ouuuh.. trouvez-vous une chambre les amoureux ! S'exclama Océane.

Purée, c'est juste moi ou elle est particulièrement énervante ce matin ? J'étais partagée entre la colère et l'embarras. Je rentrais en trombe dans ma salle de cours, suivie de Valentine tandis que les autres partaient dans une autre.
Je m'assis brutalement sur ma chaise, attirant le regard de curieux. Ils n'avaient en effet pas l'habitude de voir Eléa-la-fille-timide-et-discrète faire une entrée remarquée. Pour une fois, je m'en fichait royalement, j'en avais par-dessus la tête de tout. Peeta arriva et je virai au rouge brique encore une fois -non de colère cette fois, mais de pure embarras. Comme nous avions été assignés à des places précises la semaine dernière, j'étais coincée à côté de lui, à mon plus grand désarroi. Valentine était rentrée dans la salle à ma suite, en me jetant un coup d'oeil perplexe quand à ma brusquerie de tout à l'heure, et s'était installée à sa place, loin de moi. Je gardai les yeux baissés, fixant avec un soudain intérêt mes chaussures alors que le parfum de cannelle de Peeta se faisait désormais sentir à côté de moi. Grâce à un coup d'oeil de biais, je pus voir que Peeta me fixait intensément de ses yeux bleu glacier. Je m'empressais de baisser le regard une nouvelle fois alors que je voyais une expression peinée sur son visage apparaître. Aussi égoïste que ça puisse paraître, je ne pouvais pas le voir souffrir à cause de moi, c'était juste intolérable. Je lui murmurais un 'Slut' bredouillant, presque inaudible. Du moins, j'espèrais qu'il l'avait entendu, car je ne pouvais pas faire plus. J'étais tellement gênée et perdue dans mes pensées tristes que je sursautais quand une voix forte m'apostropha :

-Eh bien Mademoiselle Beauté qui récidive et ne reste pas debout derrière sa chaise comme tout le monde ! Je vois que l'heure de colle n'a pas assez servie ! LEVEZ-VOUS jeune insolente !

Merde, qu'est-ce qui me prenait d'oublier de me lever ? J'observais rapidement les autres et vis qu'en effet, j'étais la seule avachie sur ma chaise et que tous me fixiaent d'un air de terreur et de compassion. Je n'avais pas choisie le meilleur moment pour faire ma rebelle – Mr Carter quoi !

Je me levais prestement, les rouges cramoisies. Je me sentais tellement mal avec tous ces regards sur moi et finis de me ridiculiser avec en bredouillant un gargouillis d'excuse. MINABLE.

Mr Carter me fixait d'un air haineux.
-Pour votre insolence, vous resterez dix minutes de plus après la sonnerie en ma compagnie, vous écourtant ainsi votre récréation à dix heures.

Ca aurait pu être pire, me forçais-je à penser, à la limite des larmes. Non mais je n'allais pas pleurer quand même, merde ! Je ravalais le peu de dignité qui me restait et restait stoïque durant tout le cours, en concentrant mon regard sur ma feuille et le tableau devant moi. Surtout, ne pas tourner la tête sur ma gauche pour voir Peeta, surtout ne pas touner la tête, ne tourne pas la tête Eléa... Je sentais son regard bleu acier m'observait de biais, et je n'arrivais pas à me concentrer sur le cours. Je jouais avec mon stylo et attendait péniblement la fin de l'heure. Le pire, c'est que vu mon état d'entente actuelle avec Mr Carter, je ne pouvait pas lui demander de changer de place sans finir en heure de colle jusqu'à la fin de ma vie. Quand enfin la sonnerie retentit au bout des 2h de ce cours interminable, je soupirai intérieurement de soulagement.
Peeta, comme les autres élèves, ne demandèrent pas leur reste et filèrent à toute vitesse hors de la classe. Moi je restais là à endurer le regard sadique – et satisfait – de Mr Carter. Seule Valentine me fit un sourire de compassion et d'encouragement avant de sortir.

Finalement, ces dix minutes de plus encours me furent étrangement bénéfiques. Alors que Mr Carter était sur son ordinateur à faire je-ne-sais-quoi avec toujours le même air horripilant sur le visage, je prenais de rapides et discrètes inspirations pour évacuer le stress que m'avaient procurées ces deux heures. Au moins, ça me permettait de me rendre directement à mon prochain cours sans avoir à endurer les questions de mes amis pendant 15 bonnes longues minutes sur mon emportement d'avant les cours et 'lincident de la chaise' si inhabituel pour l'élève sérieuse dans laquelle tout le monde me voit.
Ça ne permit pas cependant de les éviter à la fin des deux heures suivantes quand on se dirigea tous vers la cantine du lycée. Personne ne disait rien -pas même Océane ! - et me fixait bizarrement. Je pouvais même sentir le regard scrutateur de cette même personne au regard bleu acier sur ma nuque. Au bout d'un moment, je n'en pouvait plus et j'explosai, tapant brutalement les points sur la table :
-Bon, posez vos putains de question qu'on en finisse, je vois bien que vous en mourrez d'envie là !

A voir leur têtes choquées, je me rendis compte de la stupidité de mon comportement. Mes pauvres amies – et mon copain- me fixaient la bouche et les yeux grand ouverts, rendus sans voix par ma soudaine agressivité. Un silence étrangement calme pour la cantine habituellement si animée retentit et une centaine d'yeux me fixaient. Je ne m'étais jamais sentie aussi mal – et ridiculisée toute seule – ainsi de toute ma vie qu'en une seule matinée. Je me sentis soudainement mal, la culpabilité montant (mes pauvres amis n'avaient rien fait après tout!) et je m'entendis pitoyablement bredouiller :

-Je – je suis dé-désolée.. Je ne sais pas ce qui m'a pris heu... On se voit plus tard !

Et sur ce je partais en trombe de la cantine, honteuse au plus haut point. Bravo, maintenant tout le lycée pesait que j'étais folle à lier, et je devais une explication solide à tous mes amis !
Pff en plus je n'avais rien mangé et je mourrai de faim.
Je m'assis au pied de mon arbre favori à l'abri des regards, et respirait fortement, la tête entre les jambes, retenant mes larmes. Décidément, une super journée..