Voici le dernier chapitre de cette histoire. Je suis très heureuse d'avoir pu la partager avec vous.

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Chapitre 10

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John Sheppard applaudit jusqu'à ce que ses mains lui fassent mal. Il n'était pas le seul. Le théâtre était une fois de plus plein à craquer. Le personnel d'Atlantis avide de divertissements était tellement reconnaissant de n'importe quelle distraction que même un adepte de C&W (1) comme lui était prêt à admettre que tous ces trucs intellectuels classiques n'étaient pas si mauvais à petites doses. Bien sûr, la présence de son compagnon contribuait beaucoup à son plaisir.

Il jeta un coup d'œil à l'homme à ses côtés. Rodney avait un grand sourire sur le visage et applaudissait aussi frénétiquement que n'importe qui d'autre. Mais cela ne signifiait pas qu'il était très impressionné par la performance. Il avait gardé le même sourire béat sur le visage la plus grande partie de la soirée.

John pouvait compatir. C'était la première fois depuis deux mois qu'il se sentait à peu près normal et il avait été celui qui avait décidé de refroidir les choses entre eux. Il imaginait sans mal ce que Rodney pouvait ressentir.

S'il n'avait pas eu un indice avant, le petit déjeuner de mardi lui avait montré à quel point Rodney souffrait de leur séparation. D'accord, il était tout le temps nerveux et émotif, mais il avait presque fondu en larmes quand John lui avait demandé à se joindre à lui pour ce soir. Simplement parce qu'il lui avait proposé de faire quelque chose ensemble. Cela l'avait plus secoué qu'il ne l'admettait lui-même.

La standing ovation mourut et les lumières s'éclairèrent dans la salle.

-C'était un spectacle merveilleux, n'est-ce pas ? S'exclama Elisabeth à leur droite.

-Pour du classique, c'était assez supportable, admit John. Oh, voilà Bishop !

Le responsable des loisirs, rouge de plaisir, se dépêchait vers la seconde rangée de sièges. Ses boucles noires dansaient autour de son visage.

-Bien, bonsoir, John, Rodney, déclara Elisabeth en se déplaçant pour féliciter le Dr Bishop.

La foule se dispersait autour d'eux.

-Bonsoir Colonel Sheppard, Docteur McKay ! Leur lança Teyla de l'autre rangée tandis qu'elle se dirigeait avec Ronon vers le bas-côté noir de monde.

-Salut ! Répondit John. Il fit un signe à Carson et Laura happés dans le courant des gens qui sortaient.

-Ils ont assez bien joué ce soir, non ? Questionna John tandis que Rodney et lui quittaient leurs sièges pour rejoindre la foule en partance. Il ne connaissait pas grand chose à la musique classique mais Rodney avait semblé apprécier chaque fois qu'il lui avait jeté un coup d'œil. Pour dire la vérité, John ne s'était pas occupé de quel genre de musique ils jouaient. C'était juste fichtrement bon de se trouver assis près de Rodney et de voler des bouffées du parfum de son peut-être ex-amant.

-Ils étaient assez bons, concéda Rodney.

Le volume de la foule en mouvement les empêchèrent de discuter jusqu'à ce qu'ils soient totalement sortis du théâtre dans le corridor. La queue pour le transporteur était plus longue que celle des boissons pendant l'entracte. Ils s'arrêtèrent devant les portes et se tinrent sur les cotés, attendant que la file s'éclaircisse.

-Une bonne chose qu'il n'y ait pas un capitaine des pompiers ici, ils débarqueraient en force, commenta John.

Rodney gloussa. Son visage était encore rouge d'excitation, ses lèvres humides et brillantes sous les lumières. Il portait ce pull bleu éclatant qui rendaient ses yeux encore plus lumineux. John ne pouvait pas s'arrêter de le regarder.

Comme leurs regards se croisèrent, le sourire de Rodney se fana.

-J'ai vraiment passé un très bon moment ce soir. Merci de m'avoir invité.

John remua, mal à l'aise. C'était une des choses qui rendaient toute cette situation si dure. Etant donné la personnalité de Rodney, quand John avait rompu avec lui, il s'était attendu à ce que son amoureux le pousse sans arrêt pour qu'ils se remettent ensemble ou qu'il prenne une résolution. La patience n'était tout simplement pas une qualité qu'il avait associée à Rodney McKay. Mais après qu'il ait rendu clair à quel point il était en colère contre lui, il ne l'avait pas poussé du tout. Peut-être un peu quand Rodney avait exprimé son mécontentement le soir dont John se souvenait désormais comme celui de la « Bataille des Surfs », mais même là Rodney s'était contenu.

Il lui avait fallu du temps pour réaliser que la retenue de Rodney témoignait de l'importance qu'il avait pour l'homme.. Même en ce moment Rodney était si heureux de ce contact limité que cela faisait mal.

-J'ai passé un bon moment moi aussi, admit John. Un coup d'œil à la foule bruyante qui attendait le transporteur lui indiqua que la file n'avait pas diminué. Il est encore tôt. Tu veux faire une balade sur la jetée en attendant que la foule s'éclaircisse ?

John ne comprit pas le cri étranglé que Rodney laissa échapper ni pourquoi il sembla si peu enthousiaste quand il donna son accord.

-Bien sûr.

Alors, au lieu de se joindre à la foule compacte, ils prirent une autre direction et franchirent les portes de la jetée dans la nuit sombre.

Les étoiles reflétaient sur l'eau et une légère brise salée soufflait dans les vagues, plus bas. L'air frais était agréable après la chaleur de l'auditorium.

Ils marchèrent cote à cote vers l'extrémité de la jetée Ouest, écoutant les vagues s'écraser en dessous. Il n'y avait pas âme qui vive à part eux. La cité miroitait comme un château de contes de fées. La mer sombre s'étirait à l'infini. John se sentait en harmonie avec la nuit et l'homme à ses cotés. C'était un bon sentiment parce que pendant un bon moment, il n'avait pas été certain de pouvoir pardonner à Rodney.

Pas qu'il soit certain de lui avoir complètement pardonné, mais la colère avait maintenant pratiquement disparue.

Ils dépassèrent une des stations kéronique qu'ils avaient désactivé lors de cette tempête destructrice l'année dernière. La station était maintenant de nouveau en service. Une fois la volumineuse machine dans leur dos, ils perdirent de vue l'endroit où ils étaient entrés sur la plate-forme. Cette partie de la cité n'était pas habitée et rarement visitée. La jetée sombre n'était pas exactement une plage déserte mais elle s'en rapprochait.

Lorsque près de dix minutes s'écoulèrent sans que Rodney ne dise un mot, John s'arrêta près de la balustrade de la jetée.

-Tu es très calme ce soir, commenta t-il doucement.

Il observa le profil de son compagnon qui contemplait la mer.

-Il n'y a pas grand chose à dire, tu ne crois pas ?

-Comment ça ? Questionna John.

-Peut-être ne devrions-nous pas parler de cela.

-Ça ne marchait pas quand nous étions des étrangers, dit John. J'aimerai vraiment savoir.

Il laissa Rodney décider, ne voulant pas le pousser trop fort.

Au bout d'un moment Rodney soupira.

-Il y a un million d'années de cela, ça aurait été plaisant. Maintenant, cela …ne fait qu'accentuer ce que nous avons perdu.

John fut surpris. Il ne l'avait pas du tout ressenti de cette façon. Il avait été réellement heureux de passer un moment tranquille seul avec Rodney. Avec le recul, il reconnut qu'il aurait dû réaliser à quel point une promenade romantique sous les étoiles pouvait être douloureuse pour l'autre homme dans les circonstances présentes.

-Je suis désolé. Je n'y avais pas pensé.

Soudain, se trouver seul ici avec Rodney loin de quiconque ne paraissait plus aussi agréable que cela l'avait été l'instant d'avant.

-Ce n'est pas de ta faute, dit Rodney rapidement. Rien de tout ça n'est de ta faute. Je suis celui qui a tout fait foirer et je sais que j'ai de la chance que tu essaies de reconstruire des ponts. C'est juste…que ça fait mal. Tu me manques tout le temps, John, tellement.

John ne pouvait ignorer l'abattement total dans la voix de Rodney. Il tendit le bras pour poser une main rassurante sur le bras de l'autre homme, mais ce dernier se déroba et recula comme s'il l'avait brûlé.

-Ne fais pas cela, s'il te plait, à moins que tu sois sérieux. Rodney passa la main sur ses cheveux fins dans lesquels la brise soufflait. C'était certainement une erreur. Je vais rentrer maintenant. Je suis…désolé de ne pouvoir pas mieux gérer cela. J'ai passé un bon moment ce soir…et j'espère sincèrement que ce sera la première de beaucoup d'autres soirées comme celle-là. Bonsoir.

On aurait dit que Rodney pouvait à peine prononcer ces paroles, mais comme il se détournait pour s'éloigner, ses épaules étaient fermement dressées.

John le regarda faire cinq pas et l'appela doucement.

-Rodney, tu me manques aussi.

Rodney se figea et se retourna lentement pour lui faire face de nouveau.

-Ce qui ne change rien, cependant, n'est-ce pas ?

John chercha une réponse mais il y avait seulement la même plaie béante. Deux mois avaient été suffisants pour balayer son ressentiment mais pas tout à fait assez pour guérir la confiance endommagée. Il avait peur de faire de nouveau totalement confiance à Rodney, peur de ce qui pourrait arriver la prochaine fois que son cœur prendrait le pas sur la raison.

Mais même avec toute cette crainte, il réalisa que c'était un de ces moments à la croisée des chemins qui changeait la vie des gens. Vous ne pouviez blesser éternellement une personne sans qu'elle ne commence à vous murer hors de son cœur. Chaque instinct qu'il possédait lui disait que Rodney en était là. S'il le laissait s'en aller ce soir, ils pourraient réussir à sauver quelque anémique apparence de ce qu'ils avaient perdu, mais cela ne pourrait jamais plus être pareil parce que tous deux lécheraient leurs blessures.

-Je veux que les choses changent. Ne t'en va pas. S'il te plait ?

-John ?

John tendit sa main ouverte.

-Reviens-ici. S'il te plait ?

Cela paraissait presque indécent de voir le jeu des émotions traverser le visage de Rodney. Même à la lumière des étoiles, John pouvait voir que l'autre homme était presque trop terrifié pour venir vers lui. Il y avait eu tellement de douleur des deux côtés.

John ne savait franchement pas quel choix Rodney ferait.

Après un moment d'attente atroce, Rodney chancela vers lui.

Ils se regardèrent dans la lumière des étoiles, chacun d'eux trop effrayé pour faire le premier pas. John se rendit compte que Rodney ne le pouvait en raison de la situation alors que lui-même ne l'avait pas voulu…jusqu'à présent. Si les choses devaient changer entre eux, c'était lui qui allait devoir prendre l'initiative de ces changements. Seulement il ne savait pas ce qu'il devait faire ni dans quelle mesure il devait prendre cela. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il ne voulait pas les blesser tous les deux une fois de plus.

Heureusement les bras de John se sont rappelés à quoi ils servaient et il recueillit son compagnon tremblant sans plus attendre.

La tension raidit les muscles de Rodney alors que John l'attirait dans l'étreinte, mais comme leurs corps réagissaient l'un à l'autre et se blottissaient l'un contre l'autre avec une familiarité longtemps absente, la rigidité le quitta. Avec un sanglot étouffé, il fondit contre John.

La sensation de Rodney dans ses bras était comme un premier souffle d'air après une plongée prolongée sous l'eau. John savourait la chaleur et l'odeur familière. Il lui semblait que cela faisait une éternité qu'il ne s'était pas senti aussi bien.

Les mains de Rodney caressaient son dos. Sa respiration était encore entrecoupée de sanglots et John pouvait sentir son dos trembler mais aucun son n'émergea et Rodney garda le visage enfoui dans la chemise noire à fermeture éclair de John.

John frotta sa paume contre la laine douce couvrant le dos de Rodney et posa sa joue contre le coté de la tête de ce dernier.

Ils restèrent accrochés l'un à l'autre ce qui semblait une éternité. John ne savait pas vraiment qui réconfortait qui. Tout ce qu'il savait était que ce contact était ce que son âme réclamait.

Un long moment plus tard, Rodney leva la tête pour rencontrer son regard.

John respectait le fait que Rodney ne fasse aucun effort pour cacher ses joues humides et ses yeux brillants de larmes. Même à la lumière des étoiles il pouvait voir la vulnérabilité de Rodney et à quel point il serait aisé de le blesser à tous les niveaux.

Sa conscience le travaillait.

-Je suis désolé, Rodney, vraiment désolé, dit-il doucement.

-Pourquoi ? Demanda le scientifique en desserrant les mains tout en reculant, la résignation peinte sur son visage. Visiblement il s'attendait au pire.

Se rendant compte que ses excuses pouvaient avoir été interprétées comme un nouveau rejet, John posa les mains sur les bras de Rodney avant que ce dernier ne puisse mettre de la distance entre eux.

-Pour t'avoir fait souffrir si longtemps.

Il vit que ses paroles déconcertaient l'autre homme. Il lui sembla que tout d'abord ce dernier ne savait pas comment réagir.

-Ce n'est pas comme si je ne l'avais pas mérité. J'ai failli nous faire tuer.

John n'avait pas besoin de chercher bien loin pour voir combien cette vérité hantait Rodney. La réaction venait deux mois en retard mais au moins Rodney était conscient d'à quel point il avait été près de les faire tuer tous les deux.

-Oui, c'est vrai. Mais ce que tu as fait sur Doranda ce jour-là, tu ne l'a pas fait avec préméditation. Tu n'avais pas l'intention de me faire du mal. Je ne peux pas en dire autant au sujet de mon propre comportement ces deux derniers mois et j'en suis désolé.

Le déglutissement de Rodney était audible par-dessus le bruit des vagues.

-John, c'est toi la partie blessée ici. Tu n'as pas à t'excuser.

-Je crois que nous avons tous les deux été blessés. Je…je ne veux plus te faire souffrir de nouveau.

-Qu'est-ce que tu veux ? Demanda Rodney toujours prudent, le regardant encore comme s'il s'attendait que son cœur soit arraché de sa poitrine et qu'il lui soit servi sur un plateau.

-En ce moment ? T'embrasser et voir où cela va nous mener, déclara John en remarquant un long frisson parcourir le corps de Rodney. Songeant qu'un retournement de situation était possible, il demanda :

-Et toi ? Qu'est-ce que tu veux ?

Considérant combien Rodney avait été favorable à chaque suggestion, John ne pensait pas qu'il refuserait d'essayer de nouveau, mais c'était possible. Il avait fait tout ce qu'il pouvait pour faire souffrir Rodney à chaque occasion possible pendant presque six semaines. Un autre homme aurait pu lui en tenir rancune et ne plus vouloir avoir à faire avec lui. Mais ce genre d'homme ne serait pas là avec lui en ce moment.

-Plus que tout au monde ? Une machine à remonter le temps. Et si ce n'est pas possible…tout ce que tu veux me donner, répondit Rodney. Un baiser serait merveilleux.

Le cœur de John se serra devant ce souhait désespéré que Rodney n'essayait même pas de cacher. Sa gorge était si nouée qu'il ne pouvait pas prononcer un mot. Il passa les mains dans les cheveux doux de Rodney et se pencha vers les lèvres brillantes.

Si l'étreinte précédente avait été comme respirer pour empêcher la noyade, ce premier baiser après une si longue séparation était comme revenir à soi après avoir été assommé par un Stunner Wraith. Tandis que leurs lèvres se réunissaient et s'ouvraient l'une à l'autre, John avait l'impression que son corps sortait d'une horrible paralysie et commençait de nouveau à ressentir des sensations.

Tous ses sens grondaient de plaisir. La peau et les cheveux de Rodney étaient les textures les plus enivrantes qu'il ait jamais rencontrées. Sa chaleur était incroyable. Elle filtrait à travers chaque endroit où ils étaient reliés, les réchauffant là où ils avaient eu si froid ces deux derniers mois. Toute la soirée il avait été au bord de l'overdose en humant l'odeur fraîche du savon de Rodney, mais maintenant la proximité de l'autre homme l'enivrait presque. Le rythme familier du souffle de Rodney dans son oreille le réconfortait de manière viscérale. John ne s'était pas rendu compte à quel point le bruit d'une autre personne respirant la nuit lui avait manqué.

Quant au goût…Rodney avait un goût fantastique. Une légère trace du café qu'il avait bu pendant l'entracte mais sinon la saveur de Rodney était du pur Rodney McKay. Il s'abreuvait à cette douce fontaine comme s'il avait passé ces deux derniers mois dans un désert. Ce qu'il avait fait, d'une certaine manière.

Les mains du scientifique agrippaient ses épaules, ses doigts creusaient douloureusement à travers la chemise à manches longues comme pour l'empêcher de s'échapper.

Un surprenant flot de liquide chaud toucha la joue et le menton de John. Cela prit à son cerveau dérouté et concentré sur le plaisir quelques instants pour comprendre que Rodney pleurait silencieusement en l'embrassant.

Inquiet, il recula. Ses doigts s'élevèrent pour suivre la traînée argentée sur la joue de Rodney.

Les yeux de l'autre homme étaient fermés. Au bout d'un moment il les ouvrit.

John n'osait pas demander. Il ne désirait pas embarrasser Rodney mais il voulait savoir ce qui se passait. Bien que Rodney soit nerveux et émotif, il ne pensait pas l'avoir jamais vu vraiment pleurer avant ce soir.

Ils fonctionnaient à peu près tous les deux du pareil au même. Ils ne pleuraient pas publiquement. Malgré les horribles choses qui leur étaient arrivées ces derniers dix-huit mois, Rodney l'avait seulement vu s'effondrer la nuit où il lui avait parlé de Robbie. Quant à voir Rodney pleurer…il en avait été assez près une fois ou deux, peut-être même au point d'avoir les larmes aux yeux, mais elles n'étaient jamais tombées. Le fait que cela arrive maintenant quand les choses semblaient s'arranger était déroutant et alarmant.

-Ça va ? Chuchota John.

Rodney déglutit bruyamment.

-Je, euh, je suis désolé. Je ne voulais pas gâcher l'instant présent. C'est que…je pensais que tu ne voudrais plus jamais faire cela de nouveau.

Maintenant c'était au tour de John de déglutir bruyamment. Rodney n'avait assurément pas perdu son talent pour le dévaster avec une simple phrase.

Lisant le doute et l'inquiétude traverser le regard expressif de Rodney, il se força à retrouver sa voix..

-Je n'en étais pas sûr, mais…maintenant je sais que je le veux vraiment, admit-il d'un ton bourru.

Les mots semblèrent manquer à Rodney.

-C'est…

-Ouais, le coupa John sachant exactement ce qu'il ressentait et il se pencha pour l'embrasser de nouveau.

La dernière chose à laquelle il s'attendait fut la main de Rodney interceptant sa joue pour le stopper.

-Quoi ? Questionna John se demandant ce qui n'allait pas maintenant. Rodney semblait de nouveau véritablement nerveux et inquiet, ce qui n'avait aucun sens.

-Je sais que ça va te sembler totalement paranoïaque vu que nous sommes seuls dehors dans l'obscurité au milieu de nulle part mais…cela peut s'avérer dangereux. Peut-être pourrions-nous continuer cette conversation à l'intérieur derrière des portes fermées ? Suggéra t-il.

Son attitude paraissait indiquer qu'il craignait que son objection puisse ruiner la fragile connexion qu'ils étaient en train de rétablir.

Même en redoutant que cela le prive de ce qu'il désirait le plus depuis deux mois, le premier souci de son compagnon était encore de protéger la position de son amoureux. John savait à quel point Rodney voulait qu'il revienne et ce Rodney là mettrait cela en péril simplement pour le protéger…Il avait presque du mal à le comprendre.

Commençant à se rendre compte de ce qu'il avait presque perdu, John répondit doucement.

-Ça a l'air d'être une excellente idée.

Rodney paraissait aussi bouleversé que soulagé.

-C'est vrai ?

-Ouais.

Ne voulant pas perdre le contact, John posa une main sur le dos de l'autre homme tandis qu'ils se dirigeaient vers la station kéronique et l'amphithéâtre.

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Le voyage retour prit considérablement moins de temps qu'ils avaient mis pour sortir. Quand ils franchirent l'entrée près de l'amphithéâtre et la salle du transporteur, il n'y avait personne dans le couloir et les portes de l'auditorium étaient fermées. En un rien de temps, ils furent de retour sur la plate-forme des quartiers habités.

John retira la main du dos de Rodney un moment avant que le transporteur ne les dépose à destination.

-Tu veux que nous allions chez toi ou … ? Proposa Rodney tandis qu'ils sortaient du transporteur.

Se trouver sur son territoire offrait l'avantage dans les situations difficiles. Seulement il ne se sentait toujours pas bien dans ses propres quartiers. Il était sensible au fait que Rodney s'évertue à lui offrir chaque avantage possible.

-Ça a peut-être l'air masochiste mais la roche que tu appelles un lit m'a manqué. Nous allons chez toi, d'accord ?

-Bien sûr, convint immédiatement Rodney.

Les quartiers de Rodney n'avaient pas changé. John regarda longuement autour de lui en entrant. Tout ceci lui avait tellement manqué ! Le lit où ils avaient fait l'amour, le clavier électronique sur lequel Rodney jouait pour lui. Merde ! Même la photo du chat lui avait manqué.

John sourit en apercevant les habits en désordre sur le sol. L'uniforme de la journée était enchevêtré en tas avec les chaussettes et les sous-vêtements. Visiblement Rodney s'était dépêché pour le rendez-vous de ce soir.

-Cet endroit m'a manqué, commenta John voyant que Rodney l'observait.

-Il m'a semblé très étrange ces deux derniers mois…trop grand et vide. Je pense que tu lui as manqué aussi. Rodney fit une pause et admit doucement : Je suis conscient de ce que j'ai fait et je n'arrive toujours pas à croire que tu es ici.

John s'approcha tout près de lui et l'instant d'après leurs lèvres étaient de nouveau scellées. Il avait toujours entendu dire à quel point une réconciliation sur l'oreiller était torride, mais jusqu'à présent il ne l'avait jamais expérimenté. Avant même qu'ils ne se séparent pour respirer, ils tremblaient tous les deux de façon incontrôlable.

Rodney le regardait avec ce même air désespéré comme si, même maintenant il s'attendait à être largué.

-Lit ? Suggéra John d'un ton bourru.

C'était le bon mot. L'inquiétude disparut du visage de Rodney tandis que son amoureux se penchait pour passer son chandail par-dessus sa tête.

John se dépouilla de ses vêtements à une vitesse record. Quand il se retourna vers son compagnon, Rodney ne portait plus que son pantalon.

-Mon dieu, comme tu es bronzé ! Murmura Rodney d'une voix tremblante comme il jetait un premier regard sur le corps nu de son compagnon.

John voyait que Rodney appréciait son allure rien qu'à voir l'air sidéré de ce dernier.

-Ouais, nous avons surfé et nous nous sommes entraînés avec les bâtons au soleil deux ou trois fois ce mois-ci.

Le propre regard de John était occupé à se régaler de toute cette chair blanche laiteuse révélée par l'absence de vêtement. Le visage de Rodney, son cou et ses bras étaient un peu plus foncés à cause de leur rare exposition au soleil, mais partout ailleurs John pouvait apercevoir les veines bleues sillonner la peau presque translucide. C'était curieux à quel point cette peau douce et pale était belle.

Son regard descendit un peu plus bas. Surpris, il remarqua que la courbe de l'estomac de Rodney au dessus de la taille de son pantalon noir n'était plus aussi prononcée qu'il y avait deux mois de cela.

-Tu as perdu du poids, dit John doucement. À la différence de son propre bronzage et de la musculature qu'il s'était construit durant ses interminables courses à pieds et entraînements, il savait que le changement physique de Rodney n'était pas intentionnel ni le résultat d'occupations agréables.

-Je suppose, répondit le scientifique en haussant les épaules. C'est une bonne chose, non ?

John s'avança et fit courir sa main sur sa poitrine et son ventre beaucoup plus plat, faisant haleter Rodney. C'était…différent. Rodney avait toujours été très très doux à cet endroit, et rembourré. À quelque part, l'estomac plus ferme n'était pas une bonne chose.

-Heu ? Rodney cligna des yeux, essayant de se contrôler comme son corps frissonnait visiblement au contact de l'autre homme.

-Je sais que c'est bizarre, mais, euh…j'aimais vraiment ton ventre comme il était, admit John prudemment, essayant avec peine que cela ne ressemblât pas à une insulte.

-Tu me préférais flasque ? Rodney ne semblait pas offensé, juste déconcerté.

John haussa les épaules.

-Je sais que tu n'as pas essayé de perdre du poids. Je veux dire que si tu en avais eu envie, cela aurait été bien, mais…j'aimais vraiment comme tu étais compact et…doux.

-Aucun de ces traits n'est considéré comme attirant, John, remarqua Rodney regardant son estomac pale d'un air curieux.

-Peut-être pas, mais…ils étaient toi, et…j'aimais ça. John se demanda s'il avait l'air d'être aussi idiot qu'il se sentait. Non que tu ne sois pas super comme ça maintenant, ajouta t-il.

Rodney ne le regarda pas comme s'il était devenu fou. Un plaisir surpris chauffait son regard précédemment incertain.

John déboutonna le bouton du pantalon de Rodney et descendit la braguette doucement. Il entendait la respiration de l'autre homme s'accélérer et pouvait sentir le bombement impressionnant sous ses doigts tenant la petite tirette se contracter et grossir de plus en plus.

John agrippa l'élastique du boxer bleu et blanc et le fit descendre le long des jambes de Rodney avec le pantalon.

Il avait presque oublié combien le sexe de Rodney était beau. Pale, rouge à son extrémité, s'élevant de cette parcelle de légères boucles brunes au-dessus des lourdes boules roses. Il avait de la peine à ce concentrer sur ce que faisaient ses mains tant il était focalisé sur cette hampe.

Quand son pantalon passa ses genoux, Rodney s'assit sur le lit qui se trouvait derrière lui et laissa John enlever son pantalon, ses chaussures et chaussettes. Il passa les doigts dans les cheveux de son amoureux.

Une fois la dernière chaussette disparue il fit basculer ses jambes étonnamment musclées sur le lit et s'allongea sur le dos.

John prit un moment pour admirer cette chaire laiteuse déployée sur l'édredon bleu clair. Cela faisait fichtrement longtemps. Il avait encore de la peine à croire qu'il se trouvait de nouveau ici.

Rodney tendit la main pour caresser la cuisse bronzée et velue. Le plaisir qui éclata à travers lui à cette caresse inattendue rompit l'immobilité de John. Il glissa dans le lit et s'installa partiellement au-dessus de Rodney.

Le soupir presque identique qu'ils poussèrent tous les deux quand leurs corps nus s'emboîtèrent familièrement ensemble les fit rire.

-Mon dieu, tu es fantastique, murmura John.

-C'est plutôt toi. Ton bronzage est…vraiment chaud, déclara Rodney en portant le regard sur le dos bruni par le soleil de soleil de John à son postérieur étonnamment blanc.

John gloussa.

-Je suis comme cette gosse sur l'affiche de Coppertone. (2)

-Dieu merci, tu ne lui ressemble pas, dit Rodney, puis ils s'embrassèrent longtemps et profondément.

Leurs mains se déplacèrent avec un besoin frénétique de caresser et toucher tout ce qu'elles pouvaient atteindre. Aucun des deux ne semblait pouvoir être rassasié de l'autre.

Quand un long moment plus tard ils se séparèrent pour respirer, la main gauche de Rodney abandonna le corps de John. Sans le quitter du regard, il ouvrit le tiroir de la table de nuit pour repêcher à l'aveuglette le tube blanc familier de crème faite maison et le lui passa.

Normalement, à ce moment-là, Rodney se retournait car il semblait préférer être pris sur le ventre ou les genoux mais ce soir il tira ses genoux vers le haut pour les serrer des deux côtés de la poitrine de John.

S'adaptant sans problème, John se mit à genou et ouvrit la crème en tâtonnant.

Le postérieur de Rodney plus appétissant que jamais. Avant de sortir la crème du tube, il passa un moment à faire courir ses mains ses mains et sa langue sur ces belles fesses rondes pendant que Rodney tenait ses genoux pressés sur sa poitrine. Il fut soulagé que son amant n'ait pas perdu de poids à cet endroit-là. Ces monticules bien proportionnés étaient exactement comme il se les rappelait. C'était un des endroits qu'il ne voulait voir changer en aucune façon.

Parce que cela avait duré si longtemps, et parce qu'il désirait vraiment faire quelque chose d'extraordinaire pour compenser la peine qu'il avait sciemment causée à son amoureux, John lui écarta soigneusement les fesses et pressa son visage entre elles.

Rodney poussa un cri de pur plaisir.

La langue de John trouva son objectif. Bien qu'ils n'aient pas fait ceci très souvent, il y avait longtemps qu'il avait perdu ses inhibitions. Sa langue trouva le bourgeon serré du muscle et passa les cinq minutes suivantes à faire tout oublier à Rodney.

Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas touché son amoureux si intimement qu'il avait l'impression qu'il pourrait jouir rien qu'en le léchant. Les gémissements décousus que poussait Rodney, l'odeur, le goût, la sueur, la chaleur humide de la position…C'était presque trop pour ses sens affamés de contacts.

Quand John en eut terminé, le corps de Rodney était comme de la gelée.

John injecta une partie de la crème sur sa paume gauche, la chauffa une minute ou deux et la transféra sur ses doigts.

Le gémissement de Rodney quand son majeur entra en lui titillèrent les nerfs de John comme un lèchement en bas de sa colonne vertébrale. Frissonnant à cette réaction, il déplaça son doigt autour de l'ouverture étroite. Il fut choqué de voir à quel point Rodney était serré de nouveau. Il supposa que cela avait un rapport avec le temps écoulé depuis la dernière fois. C'était presque comme si c'était de nouveau la première fois alors qu'il s'activait patiemment à étirer Rodney pour lui.

Il sentait le regard de l'autre homme fixé sur lui, observant chaque mouvement avec avidité.

Finalement le canal luisant fut assez détendu pour l'accepter. John étala un peu de crème dans sa paume, donna à son propre sexe avide quelques va et vient pour l'enduire. Il se mordit les lèvres pour s'empêcher de jouir et se positionna avec soin.

Il passa les jambes de Rodney par-dessus ses épaules et le pénétra avec un soupir. Le corps de Rodney se tendit momentanément à l'intrusion, mais l'accepta progressivement. John s'enfonça lentement plutôt que de pousser et de forcer son admission tandis que la chair relâchée s'adaptait à lui,.

Il savait que se trouver sur le dos était plus pénible pour Rodney. Ses problèmes dorsaux mis à part, la position permettait une pénétration plus profonde, mais Rodney semblait vouloir un contact visuel et John ne pouvait pas lui en vouloir pour cela, pas après leur douloureuse séparation. C'était électrisant de voir le jeu des émotions sur le beau visage familier de l'autre homme tandis qu'il glissait en lui, s'enfonçant profondément, plus loin qu'il n'était jamais allé auparavant.

La bouche de Rodney était ouverte dans un O silencieux, ses yeux vitreux comme il se concentrait manifestement sur les sensations qui le parcouraient.

Chez lui. Il se sentait comme chez lui. Il n'avait jamais était aussi bienvenu ou désiré nulle part dans sa vie. Les yeux de Rodney brillaient d'une lueur incandescente comme il le regardait le pénétrer. Son visage rougeoyait agréablement, ses lèvres rouges et gonflées de baisers luisaient de manière engageante.

John s'enfonça complètement dans le corps de son amant puis s'arrêta au summum de la perfection aussi longtemps qu'ils pouvaient tenir tous les deux. Quand l'impérieux besoin de bouger devint irrésistible il prit dans sa main le pénis tendu de Rodney et commença à effectuer des va et vient. Sa main et ses hanches tombèrent dans un rythme incroyablement satisfaisant.

La réalité fut chassée par l'extase brûlante. Il était en feu. Rodney alimentait et soulageait à la fois cette brûlure tandis qu'ils se mouvaient ensemble dans la plus primitive des danses. De plus en plus profondément, encore et encore, chaque poussée les faisait s'unir et se rapprocher de plus en plus l'un de l'autre.

John ne savait plus où il s'arrêtait et où Rodney commençait, comme leurs chairs se fondaient dans cette passion torride. Alors qu'en prenant Rodney il le faisait sien, chaque va et vient semblait le lier à cet homme incroyable. Ce plaisir redoutable arrachait tout artifice, toutes barrières, marquant l'âme de John comme celle de Rodney.

Le monde éclata autour de lui alors que des explosions de plaisir transcendantal le déchiraient. Tout son être en fusion jaillit profondément dans le corps de Rodney comme celui brûlant de l'autre homme se pulvérisait sur leurs poitrines.

Immolation, implosion, explosion…John ne savait pas comment classifier l'expérience. Tout ce dont il avait conscience était que ses centres de plaisir avaient atteint la masse critique, la surchargeant comme cette arme Ancienne sur Doranda. Puis le tissu de l'univers se décala et se déchira autour de lui.

C'était si intense que cela en était effrayant. Il ne pouvait qu'essayer de surmonter sa crainte.

Une éternité sembla passer avant que finalement cela se termine, et une autre avant que le pénis dégonflé de John glisse hors de Rodney.

Il réalisa vaguement qu'être tordu vers le haut comme un Bretzel humain n'était certainement bon pour le dos de son amoureux. Il déplaça les jambes de l'autre homme et le soulagea à plat sur le dos.

Le gémissement que Rodney émit lui indiqua que ce dernier allait payer pour cela plus tard mais les bras de son amoureux se refermèrent autour de lui et l'attirèrent sur lui. Cela n'était sûrement pas confortable mais cette chair chaude et luisante de transpiration sous lui était trop bonne pour que John ne proteste. Posant sa joue sur le duvet clairsemé et perlé de sueur de la poitrine de Rodney, il huma le parfum qui lui avait si longtemps manqué.

-C'était…Commença Rodney, puis il s'arrêta, parce qu'après tout, que pouvait-il dire au sujet du monde éclatant en supernova autour d'eux ?

-Ouais, convint John.

Normalement, à cet instant il se serait écroulé, mais il pouvait sentir que Rodney était aussi sur les nerfs que lui.

-Je croyais que nous ne ferions plus jamais cela de nouveau, murmura le scientifique d'une petite voix, après un silence prolongé.

-Moi non plus, répondit John, mais je suis heureux.

Il pouvait sentir le cerveau de Rodney travailler comme il restait allongé là, se délectant des douces caresses que son amant prodiguait à son dos.

Le corps de Rodney se tendit, ce qui lui indiqua que les prochains mots de ce dernier n'allaient pas être faciles. Comme d'habitude, il ne s'était pas trompé.

-Est-ce nous sommes ensemble…ou était-ce seulement…tu sais…pour soulager la tension entre nous ? Demanda t-il d'une voix calme qui résonnait comme s'il avait déjà été écrasé.

John soupira. Rodney ne pouvait jamais prendre la voie facile. Il devait toujours pousser plus loin et analyser à mort. Bien que John supposât qu'après avoir fait l'amour de façon si intense, il avait le droit de demander.

Ce Rodney exposé et nu qui lui avait tout donné sans savoir si c'était un nouveau commencement pour eux ou juste en souvenir du bon vieux temps ébranla John au plus profond de lui.

-D'une façon ou d'une autre c'est d'accord. Je voudrais juste savoir, se dépêcha de dire le scientifique avant qu'il ne réponde.

John lui souleva la tête jusqu'à ce qu'il puisse le regarder dans les yeux.

Le sexe avait laissé Rodney sans défenses protectrices. John pouvait voir qu'il attendait là, attendant de se faire jeter de nouveau.

Cherchant en lui-même, John lui dit la vérité.

-Nous sommes…solides.

Rodney lâcha un souffle précaire.

-C'est bon…c'est…merci. Je…

John passa les doigts sur sa pommette.

-Tu n'as pas à me remercier. J'ai besoin de toi, moi aussi.

Sa confession sembla bouleverser Rodney. Ses mains se crispèrent de manière spasmodique sur son dos pendant un moment avant de le caresser de nouveau.

Ils se regardèrent longtemps dans les yeux. Rodney passa la langue avec nervosité sur sa lèvre inférieure.

-Je, euh…j'ai pas mal réfléchi à tout ce que tu m'as dit ce jour-là, dans la salle d'entraînement.

John se figea. Ce jour-là il était furieux et avait déchiré Rodney sans pitié.

-Je…euh…j'étais vraiment en colère contre toi. Je…

John souhaitait pouvoir dire qu'il n'avait pas pensé ce qu'il disait. Mais c'était faux. Cette facette de Rodney lui faisait une peur de tous les diables parce que, autant heureux et amoureux qu'ils étaient en ce moment, il savait que tout pouvait s'écrouler la prochaine fois qu'ils tomberaient sur un dispositif Ancien aussi prometteur que le projet Arcturus l'avait été.

-Tu n'as rien dit qui n'était pas vrai. Je sais…je suis comme ça. Je souhaite ne pas l'être, mais…tu as raison. Je crois que je sais ce qui est le mieux et je n'écoute personne. La plupart du temps je sais ce qui est le mieux, mais…

-Ouais, dit John. C'était ce « mais » qui le terrifiait.

Rodney resta un moment silencieux.

-Je ne veux plus faire exploser de planètes. Jamais. Mais, plus que ça, je ne veux pas te perdre de nouveau, John.

-Je sais, répondit John en caressant son épaule pour tenter de le calmer, souhaitant qu'il existe un moyen de chasser cette ombre pour de bon. Mais il ne le pouvait pas. L'arrogance de Rodney avait eu la capacité de les détruire comme aucune autre force extérieure à laquelle ils pouvaient se heurter.

-Autant je le voudrais, je ne peux pas changer cette partie de moi, mais…je pense avoir trouvé quelque chose qui pourrait aider à la contrôler, dit Rodney d'un ton hésitant.

John se demanda à quel point cela lui coûtait de discuter de ce sujet. Il ne pouvait imaginer comment il se sentirait s'il avait fait exploser cinq planètes par simple obstination.

-De quoi s'agit-il ?

-Si jamais nous nous retrouvions de nouveau dans une situation comme celle-là, ou bien que je cesse d'écouter quelque chose d'important, je veux que tu me dises le mot « Doranda ». Je te donne ma parole solennelle que j'arrêterai ce qui m'obsède et ferai ce que tu me diras dans cette situation. Seulement n'en abuse pas, d'accord ? Garde cela pour des choses importantes…comme faire sauter des systèmes solaires.

Le cœur de John se serra en regarda ces yeux implorants. Il se rendait compte à quel point Rodney était terriblement sérieux et combien il avait manifestement réfléchi longtemps et durement à une solution pour ce qui était aux yeux de John un problème insurmontable. Il appréciait également que son amant qui aimait tout contrôler lui donne ce pouvoir sur lui. Il avala la boule coincée dans sa gorge et fit courir ses doigts dans les cheveux trempés de sueur.

-Tu penses sérieusement que tu m'écouteras à temps, comme ça ?

Rodney prit un moment pour considérer cela.

-Non, je ne t'écouterai certainement pas, mais je promets que je m'arrêterai et que je ferai ce que tu me diras de faire, même si ça va à l'encontre de mon bon sens. Je ne veux pas être un savant fou de bande dessinée, je ne veux plus faire exploser de planète ni voir encore un membre de mon personnel tué. Je veux juste être encore ton Supergeek.

-Avec ton superego superpuissant, continua John avec un sourire tendre en se penchant pour embrasser les sourcils froncés de Rodney.

-Je sais que je ne peux pas changer cette part de moi-même, mais je peux te faire confiance pour la contrôler, ajouta Rodney tandis qu'ils se séparaient. Il n'y a personne d'autre à qui je donnerai ce genre de pouvoir sur moi, mais je promets, quoi que je fasse, que je m'arrêterai si tu me dis ce mot. Tu penses que ça sera assez ?

-Assez ? John se sentait confondu car Rodney avait prononcé ce mot comme s'il avait exigé quelque chose de lui.

Rodney déglutit.

-Ce jour-là, dans la salle d'entraînement, tu as dit que tu ne savais pas si tu pouvais vivre avec ce côté de ma personnalité. Je…honnêtement je ne pense pas pouvoir l'éradiquer de mon caractère. Je dois vraiment croire en moi-même, considérer que j'ai raison pour faire la moitié de ces trucs que je dois faire pour essayer de maintenir cette cité debout. Si je commence à douter de moi-même à chaque crise…

-Nous serions morts en cinq minutes, le coupa John en faisant courir son pouce sur la fossette du menton de Rodney. J'ai toujours…admiré ta confiance en tes capacités. Je ne veux pas que tu doutes de toi-même.

-Un mot d'arrêt suffira ? Le questionna Rodney, tu penses que ça peut marcher ?

John se sentit touché par cette anxiété que Rodney ne pouvait cacher.

-C'est une chose à laquelle je n'aurais même pas pensé. Pour être franc, je suis un peu choqué que tu ais même suggéré quelque chose comme ça.

-Ces deux mois ont été… vraiment horribles. Je t'avais perdu. Plus personne ne me parlait. Et…j'ai fait sauter cinq planètes. Je n'arrive toujours pas à le croire. Tout cela est arrivé à cause de cette partie de moi qui veut toujours avoir raison. Je souhaiterai disposer d'un interrupteur qui me permette de faire l'obscurité sur ce que j'ai fait sur Doranda mais je n'en ai pas. J'ai pensé que si je te donnais un interrupteur, ça pourrait aider. Est-ce que tu penses que ça marchera ?

Rodney était si plein d'espoir que cela en était poignant. John passa les doigts dans ses cheveux emmêlés, déglutit avec peine et essaya d'être honnête.

-Ça marchera si tu écoutes suffisamment pour entendre le mot d'arrêt.

-Il n'y a rien à négocier, John, répliqua Rodney le visage sérieux et déterminé. Tu n'as qu'à dire le mot et j'arrêterai ce que je suis en train de faire. Je ne veux jamais plus que ce qui s'est passé sur Doranda arrive de nouveau. J'ai besoin de savoir si tu peux encore me faire confiance, comme tu le faisais avant.

Personne n'avait jamais travaillé si dur pour rentrer dans ses bonnes grâces. John savait que simplement admettre l'erreur qu'il avait faite sur Doranda avait été une torture pour Rodney. Que cette faute l'ait tourmenté au point qu'il en arrive à cette solution était incroyable. John n'aurait jamais cru que son amoureux souvent arrogant pouvait être assez honnête pour assumer la responsabilité de ce qui était arrivé. Pour que Rodney promette qu'il se plierait au jugement de quelqu'un d'autre sans argumenter…cela signifiait beaucoup.

Le cœur de nouveau serré, John prit les joues de Rodney en coupe entre ses mains.

-Je te fais confiance. Il lut le doute dans les yeux de l'autre homme et ajouta : Je ne pourrais pas me trouver là, avec toi, si je ne te faisais pas confiance. Même quand j'étais en rage contre toi, je…je n'ai jamais cessé de t'aimer.

Les mains de Rodney étaient restées posées sur ses épaules. Ses doigts s'enfoncèrent douloureusement dans sa peau une seconde ou deux tandis que tout le corps sous lui frémissait.

-Je n'ai jamais aimé personne autant que toi, avoua Rodney en hésitant.

John fut surpris de réaliser que c'était la première fois que Rodney lui disait vraiment ces mots.

-Moi non plus, dit-il et, après un moment passé à fixer le regard heureux de Rodney, il continua : Merci pour ce mot d'arrêt. Je me rends compte à quel point cela a dû être dur pour toi.

-Ce n'était pas aussi dur que de te perdre, confessa Rodney. Je n'arrive toujours pas à croire que tu es vraiment là, que je ne vais pas me réveiller seul et découvrir que ce n'était qu'un rêve.

-Tu ne vas pas te réveiller seul, je te le promets. Tout ira bien pour nous maintenant, murmura John, se penchant pour déposer un baiser sur le front plissé de Rodney. Il se renversa sur l'oreiller.

Leurs bras et leurs jambes toujours emmêlés, ils restèrent là, à simplement à se dévisager jusqu'à ce que Rodney pousse un énorme bâillement.

-Nous devrions dormir, suggéra t-il visiblement à contrecœur.

-Ouais, convint John.

Ils se déplacèrent dans le lit jusqu'à ce qu'ils retrouvent leur ancienne position pour la nuit. John à plat sur le dos avec la tête de Rodney posée sur sa poitrine. Bien qu'épuisés, ils restèrent allongés là se délectant de la proximité de l'autre pendant un long moment.

Finalement Rodney chuchota un « je t'aime » ensommeillé avant de sombrer dans le sommeil profond que réclamait son corps.

Il se passa un long moment avant que John ne succombe lui-même au sommeil. Sa dernière pensée consciente de la nuit fut que désormais tout irait bien pour eux. Puis le rythme attrayant des légers ronflements de Rodney eut un effet magique sur lui et il s'endormit.

FIN

1) C&W : Country and Western.

2 ) Célèbre affiche de 1953 qui représente une petite fille bronzée ( Little miss Coppertone) dont le bikini est tiré par un petit chien.