Le temps d'en finir est venu. Tout comme celui du renouveau.

Bonne lecture ^^


Guren reposa doucement la tête de Ferid Bathory sur le sol. Puis elle se leva, dos à l'ennemi.

« Allons-y. Tous ensemble cette fois. » dit-elle.

Les séraphins échangèrent un regard, puis acquiescèrent. À l'instant où ils s'élancèrent, la jeune femme courut vers la sortie. Son équipe venait enfin de soumettre le reste de l'armée. Shinya qui guettait un signe, fut le premier à l'apercevoir. Guren lui fit de la rejoindre. L'homme s'avoua soulagé de la savoir intacte, posant les mains sur ses épaules. Guren le prit par la main et le conduisit sur le lieu de l'affrontement.

« Tire-lui dessus. Ça devrait le distraire pour que les autres puissent l'atteindre. » dit-elle en désignant Shikamadoji.

Shinya épaula immédiatement, attendit une ouverture puis tira. Les tigres blancs manquèrent de peu le démon. Toujours est-il que Kimizuki et Yuuichiro profitèrent de la diversion fournie. Shikama encaissa des pieux de sel et de pierre. Le démon de Mirai abattit ensuite une grosse patte, envoyant le démon s'écraser contre un immeuble. Crowley l'y rejoignit ensuite, pour coller un crochet monumental au démon. Mika lui lança un coup de pied qui l'envoya au milieu de Cavaliers de l'Apocalypse. Les bêtes se jetèrent sur Skikama. Ce dernier usa de ses chaînes pour trancher tout ce beau monde. Il eut ensuite droit à une attaque de Yoichi qui le fit à nouveau voler là où se trouvait Guren et le reste des humains.

Un puissant éclair doré accueillit la créature qui glissa sur le sol. En se relevant Shikama découvrit le reste de l'escouade Shinoa ainsi que celle de Guren plus Kureto et Aoi.

« Hé. Je dois bien avouer que vous y mettez les formes. Mais vous savez, depuis le temps que j'essaie de mourir sans y parvenir … » dit-il.

Guren fronça les sourcils. Shikama tourna ses yeux vers Shinoa.

« Réveille-toi. » dit-il.

Guren écarta aussitôt Shinya et hurla aux autres de faire de même. Du reste, les prunelles noisette prirent une teinte vermeille, et deux cornes pointèrent.

« Shinoa ?! » appela Mitsuba d'une voix choquée.

« Ouuuaaaaiiis ? » répondit celle-ci avec une expression de folie sur le visage.

« Son démon a pris le dessus, méfiez-vous ! » lança Guren.

Shinoa disparut dans la seconde, pour réapparaître derrière Mitsuba, la faux levée. L'instrument siffla. Un clong retentit. Aoi Sangu venait de bloquer la lame mortelle. Shinoa ne chercha même pas à répliquer. L'adolescente changea de cible, arrivant cette fois devant Sayuri qui eut tout juste l'occasion de se protéger.

« Quoi qu'il arrive surtout ne la tuez pas ! » s'écria Guren en se précipitant.

Sa lame ébène entra en contact avec la faux. Shinoa l'abattit à plusieurs reprises avec une force inattendue de sa part. Faisant tournoyer sa faux autour d'elle elle maintenait tous les autres à distance. Ceci permit à son démon de se relever. À présent il pouvait atteindre la Flûtiste Céleste. Cependant, il n'en oubliait pas les autres séraphins. Mais la brune d'abord, ils étaient trop loin pour la protéger et ce n'était pas ces petits humains qui le pourraient. Shikama se matérialisa juste derrière elle.

« GUREN ! » hurla Shinya en épaulant.

L'avant-bras du démon vola sous le sabre de Kureto. Shinya tira au même instant, éloignant la créature.

« Je croyais t'avoir dit de ne pas t'en mêler. » sourit Guren.

Elle érigea un bouclier contre le bouquet de chaînes.

« Et depuis quand je suis tous tes ordres ? » rétorqua Kureto.

« Eh bien, ça va être comique ta vie de retraité. »

« Oh toi tu … »

« Oui oui, je sais tu m'adores. »

Kureto n'émit qu'un vague grognement qui la fit sourire. Et elle vit bien que lui aussi était amusé par la réplique. Shinya leur darda un regard oblique. Depuis quand étaient-ils aussi complices ces deux-là ? Le jeune homme n'eut pas l'occasion de se focaliser là-dessus. En effet, Shinoa venait d'éjecter son fusil de ses mains. Guren envoya aussitôt ses chaînes qui emprisonnèrent la jeune fille.


« Bon, tout ça c'est bien joli mais comment la maintient-on hors d'état de nuire ? » questionna Goshi.

« Je l'ignore. Shikama a réveillé son côté démoniaque et je ne sais même si on peut inverser cela. » dit tristement Guren.

« Et ta flûte n'y peut rien ? » questionna Shinya.

« J'en doute, c'est fait pour les séraphins à la base pas les démons. »

En attendant, ledit démon se débattait comme un poisson hors de l'eau en poussant des cris de rage. Guren se demanda s'il n'allait pas lui venir la bave aux lèvres pendant qu'elle y était. Kureto s'approcha et toucha l'épaule de Shinoa avec son sabre. La lame dora un instant. Le corps de Shinoa se cabra un instant puis se relâcha.

« Euh … tu lui as fait quoi ? » questionna Guren.

« J'ai simplement paralysé son corps. C'est de la foudre de démon après tout que j'ai là. » répondit Kureto en ôtant son sabre.

Un problème de réglé donc. De leur côté les séraphins finirent par immobiliser Shikama Doji, ainsi qu'un grand bruit de fracas en informa tout le monde. Guren s'avança alors vers lui pendant que les anges le maintenaient au sol. La jeune femme sortit son poignard. Le démon faillit se libérer quand la Flûtiste lança son couteau qui fila en parfaite ligne droite. Droit sur la poitrine, à l'emplacement du cœur. Le démon arrondit les yeux.

« Ah … »

Il baissa la tête pour découvrir l'ustensile dans sa poitrine.

« Gah … arrgh … HACK OUAH ! »

Shikama donnait l'impression d'étouffer. Crowley et Mika qui lui tenaient les bras le lâchèrent. Un bruit de pétillement se fit entendre, le poignard tomba dans un bruit métallique. Shikama roula sur le dos. Lentement, son corps commença à s'évaporer. La créature en ressentit du soulagement et un peu de frustration pour ne pas être arrivé à accomplir son dessein. Guren l'observa se décomposer sans la moindre émotion. Un sourire se dessina sur le visage de Shikama. Deux minutes plus tard, il n'en restait plus rien. Guren lâcha une expiration. Et voilà. Le marionnettiste de la famille Hiiragi venait enfin de périr, conformément à la prophétie. Les séraphins pour leur part, reprirent une apparence humaine.

« Hé Guren, pourquoi tu tiens Shinoa enchaînée comme ça ? » questionna Yuuichiro.

« Parce que Shikama a réveillé son côté démon. » répondit la brunette.

« Son côté démon ? » reprirent les trois ados.

« Ses cornes ont disparu. » remarqua Shinya.

Guren la regarda, puis s'approcha. S'accroupissant près de Shinoa, elle souleva une paupière.

« Ses yeux sont de nouveau marron. Est-ce à dire qu'une fois Shikama mort elle n'a plus de démon ? » dit-elle.

« Ce serait une explication possible. Nous n'avons rien fait pour inverser son état si ce n'est tuer le responsable. » dit Kureto.

Il fut néanmoins décidé de la garder en observation, par précaution. Kureto jeta un regard en coin à Guren. Elle avait réussi. Celui qui tirait les ficelles dans l'ombre n'était plus et grâce à elle. D'ailleurs, elle lui offrait un regard montrant qu'elle attendait qu'il honore sa part de marché. Kureto leva les yeux vers le groupe de six séraphins. Avec ça, Guren était invincible. Sans doute n'aurait-il rien pu faire contre Shikamadoji. Le démon aurait même pu le posséder lui. Et puis … l'heure de sa liberté était là, toute proche. S'il abdiquait en faveur de Guren, il le pourrait. C'était tout simple. Kureto ferma les yeux, se débattant avec son habitude de diriger et sa discipline de fer ainsi que la dette qu'il avait envers la brune. Ce fut celui de l'honneur qui l'emporta.

« Très bien Guren. Tu as tenu parole et je dois donc tenir la mienne. Je te cède donc ma place d'héritier et te passe le pouvoir. » déclara-t-il en rengainant.

L'annonce suscita la stupeur dans l'assemblée.

« Je veux bien te croire sur parole, mais j'aime aussi que les choses soient officielles. » répondit la brune.

« Ce sera le cas, crois-moi. Je vais d'ailleurs m'y mettre dès maintenant. »

Makoto et Shusaku tentèrent de contenir leur joie, qui transparut un peu. Guren les tempéra en leur demandant d'attendre que tout soit bien officiel. Se tournant ensuite vers les séraphins, elle reprit la parole.

« Je vous ai promis de vous rendre humains dès notre ennemi vaincu. Je vais tenir parole, si vous voulez bien patienter pour la passation de pouvoir. J'aurais une dernière chose à vous demander. Je vous invite aussi à réfléchir afin d'être sûr que c'est bien ce que vous désirez tous. »

Son regard améthyste passa notamment sur Crowley. Étant le plus âgé, le retour à la vie humaine ne s'annonçait pas évidente pour lui. Le roux hocha la tête. Il souhaitait en effet prendre le temps de la réflexion, assimiler ce qui venait de se produire. Guren remercia ensuite tout le monde l'avoir assistée dans cette mission. Elle s'excusa aussi auprès de ses amis qui firent de même envers elle. Shinya fut soulagé que tout rentre dans l'ordre. Il couvait la jeune femme du regard.


Plus tard dans la journée, annonce et cérémonie furent tenues pour introniser Guren. Seishirou en tomba des nues, et protesta. Protestation bien vite calmée par Kureto, qui l'enjoignit à profiter de sa liberté. Pour sa part, il avait du mal à croire qu'il était libre de toute responsabilité militaire et même familiale, ou presque. Il se rendit dans son bureau où il avait demandé à la brunette de le retrouver pour qu'il lui présente l'acte destiné à entériner cette décision. Guren arriva la première. Kureto la trouva assise sur son bureau, vêtue d'une jupe rouge et d'une chemise en satin noire, lisant le dossier du traité. Figé sur le pas de la porte et le regard perdu sur ces longues jambes, une pensée saugrenue le traversa : arrêter la création de femmes comme Guren était-il vraiment une bonne idée ?

« Kureto Hiiragi, si tu ne lèves pas immédiatement les yeux je te rase le crâne et n'y laisserait qu'un ticket de métro.» fit sereinement Guren en levant les yeux à la fin de sa phrase.

« Bon sang ce que tu es susceptible depuis que tu es une femme. » lança Kureto en fermant la porte derrière lui.

« C'est surtout que je me rends compte des travers de la gent masculine. Et toi très cher, je trouve que tu te dévergonde. » répliqua Guren, ironique.

Elle descendit du bureau.

« Je me dévergonde ? Non mais tu ne manques pas d'air, tu n'avais qu'à pas t'asseoir sur mon bureau aussi ! » riposta Kureto.

« Eh ben, tu aurais fait un fameux humoriste tu sais. » reprit-elle.

« Tu as un drôle d'humour toi aussi. »

Guren sourit à nouveau. Kureto la laissa reprendre sa lecture et attendit son aval.

« Alors ? »

« Ton écriture est toujours aussi tarabiscotée, mais je pense avoir compris l'essentiel. »

Il leva la tête au ciel.

« Mais tu vas arrêter de te payer ma tête oui ? » s'exclama-t-il.

« La payer ? Je n'en donnerais pas un centime. »

« Mggrrrou. Bon c'est bon ou pas ? »

« Oui oui c'est bon. On peut officialiser ta mise au placard puisque tu es si pressé. » lança Guren en lui rendant le dossier.

Un nerf battit au front de Kureto. Finalement c'était très bien, il n'aurait plus à l'entendre et aurait enfin la paix. Pourtant, il ne put s'empêcher de sourire face à sa mine espiègle. Une heure plus tard donc, l'acte fut cosigné en présence de Shinya et Aoi comme témoins. Kureto n'eut plus qu'à faire une annonce pour le reste des têtes pensantes.

« Tu crois qu'il va fêter ça ? » demanda Shinya, amusé par l'air mi-perdu mi-incrédule de Kureto.

« Qui sait. J'aimerais bien le voir se saouler, ce serait vraiment drôle. » dit-elle.

« Et moi donc ! Peut-être qu'on devrait lui forcer la main, qu'en dis-tu ? » proposa Shinya, espiègle.

« Là, tu me tentes. Je suis sûre qu'en chatouillant son ego ça marchera. » continua Guren.

« Alors chiche. »

« Vendu. Après que je me sois occupée des séraphins. » sourit Guren.

Ainsi, la jeune femme prit donc la tête des humains du Japon. Et bien sûr, il fallut qu'elle le fasse sur une bonne note. Aussi quand Kureto sortit en dernier en compagnie d'Aoi … Guren le salua à sa manière :

« Bonne retraite le vieux ! »

Kureto se frappa le front contre la porte, pendant qu'Aoi affichait un air choqué. Shinya se contenta de rire.

« Vous ne dites rien ? » s'étonna Aoi en se tournant vers celui qu'elle avait servi depuis son enfance.

Mais Kureto ne l'écoutait pas. La blonde remarqua alors son air amusé et … et … une certaine affection sur son visage. Voilà qui lui serra le cœur. Déjà que la laisser seule avec lui avant la cérémonie ne lui avait pas plu …

De leur côté, les séraphins étaient allés négocier la paix avec les vampires locaux. Conscients qu'ils avaient besoin de sang pour survivre, une collecte avait été décidée avec l'aval de la Flûtiste Céleste. Une fois le traité signé, Guren les retrouva pour la dernière partie de son offre.


« Bon : les plus jeunes sont ok mais l'ancien ? » dit Guren.

« Je le suis aussi. Je n'ai jamais voulu être vampire, puis je n'ai guère envie d'être le seul de mon espèce non plus. » annonça-t-il.

« Très bien. Je serais là pour t'accompagner dans cette épreuve, ne t'inquiètes pas. » sourit Guren.

« Nous aussi, on sera là pour te soutenir. » assura Yuuichiro.

« Merci beaucoup. »

« Bien ! Si tout le monde est d'accord nous allons commencer. Comme pour le reste ça va me demander de l'énergie, donc quelques pauses. » prévient Guren.

Honneur aux plus jeunes, Mirai fut donc la première à tenter l'expérience. Guren entama la partition censée renvoyer le séraphin. Mirai sentit bientôt comme une présence qui sortait d'elle. Cela fut désagréable et devint même douloureux. Guren ne s'arrêta pas malgré les gémissements de la petite. Kimizuki fut partagé entre l'envie d'arrêter tout et le fait que sa sœur devait aller jusqu'au bout pour redevenir elle-même. En tout cas, ils virent tous le séraphin en transparence quitter son corps, puis disparaître. Mirai chuta en avant, son frère et Yoichi la rattrapèrent de justesse. Guren pour sa part, était légèrement essoufflée. Néanmoins, elle demanda le séraphin suivant. Yuuichiro fut désigné à l'unanimité. L'ado s'avança donc face à la flûtiste.

La partition résonna à nouveau, opérant le retour à l'humanité. Shinya s'approcha de Guren pour lui préconiser le repos. La jeune femme accepta, mais simplement une heure.

« Crowley, Mika, il faut que vous soyez les suivants. Vous pourrez ainsi entrer dans la forteresse pour que je me repose. » dit-elle une heure plus tard.

Crowley ne répondit rien. Le vampire avait du mal à réaliser qu'il allait redevenir un être humain après huit siècles. Le doute l'assaillit de nouveau : était-ce le bon choix ? Encore une fois, quelle autre alternative possédait-il ? Il ne sentait plus tellement vampire depuis que sa nature de séraphin s'était activée. Or il serait visiblement le seul désormais. Eusford songea que de toute manière, il ne reprendrait pas sa vie là où elle s'était arrêtée. L'époque était bien trop différente pour cela. Ses croyances également. Enfin, s'il croyait encore à quelque chose. Ce serait donc un tout nouveau départ. Et puis qui sait, avec de la chance il pourrait fonder une famille.

Plongé dans ces réflexions, il laissa donc la priorité à Mika. Crowley observa cependant avec un intérêt accru : comment cela allait-il se passer ? De fait, le séraphin fut le premier à quitter le corps de l'adolescent blond. Après quoi, Guren utilisa autre chose : de la lumière pure, qui au passage contraignit les spectateurs à pratiquement fermer les yeux. Eusford songea qu'utilisé en arme anti-vampire, ce pouvoir serait encore plus efficace que les armes démoniaques. Toujours est-il que la souffrance fut aussi intense que lorsque Mika avait reçu le sang vampirique. Yuu le récupéra évanoui. Et il fallut deux heures et demi à Guren pour reprendre des forces. Quoique Shinya fit remarquer qu'elle aurait sans doute besoin de davantage.

« Je sais. Mais il le faut. »

« Mais Guren … »

La jeune femme se releva, écartant les mains du sniper pour marcher vers le rouquin. Celui-ci fut d'accord avec le Major, il pouvait attendre encore un peu. En vain. Quand Guren avait une idée en tête elle ne l'avait pas dans les fesses. Les notes reprirent, le séraphin disparut et le vampire fut purifié. Tout comme pour Mika cela causa une vive souffrance ainsi qu'un évanouissement. Sauf que …

« Ouargh ! Mais il pèse super lourd ! » s'exclama Yuu qui le reçu avec Kimizuki.

Shinya vint en renfort, craignant que les ados ne s'écroulent sous le poids du grand roux. Guren pour sa part, était assise par terre épuisée. Shinya fit appel à Goshi et Mito. Avec les deux ados ils prirent Crowley en charge. Shinya se chargea de Guren, Yoichi s'occupa de Mika. C'est ainsi que tous entrèrent dans la forteresse. Mirai fut logée avec son frère, qui lui offrit un journal de bord relatant toutes ses aventures. Mika fut déposé chez Yuuichiro à sa demande, et Crowley trouva refuge dans l'ancien logement de Guren. L'ex-vampire ne reprit connaissance que vers le soir. L'entendant gémir, l'équipe de Guren se pencha sur lui. Eusford ouvrit les yeux. Sa vue était trouble, ce qui l'interpella. Il n'avait jamais la vision brouillée.

« Crowley ? Comment tu te sens ? » questionna Guren.

« Lourd. » fit ce dernier.

Il se redressa. C'est vrai qu'il se sentait différent. Soudain, au bout de quelques secondes tout lui revint. Il était … le rouquin arrondit les yeux.

« Je … je suis humain ? » demanda-t-il en relevant la tête.

Guren acquiesça avec un sourire. Crowley expira. Puis il posa la main sur la poitrine. Le battement qu'il perçut le fit sursauter. Puis il passa la langue sur ses canines. Normales. Ses mains vinrent tâtonner ses oreilles. Rondes et bien plus courtes.

« Pendant que tu étais inconscient, j'ai lancé une recherche de logement. Là, tu es dans mon ancien foyer. Tu peux y rester le temps qu'on trouve à te caser. » annonça Guren.

Eusford hocha distraitement la tête, encore sous le choc. Il repoussa la couverture, puis se leva.


Un peu plus tard dans la soirée, pendant que les hommes étaient entre eux dans l'appartement de Shinya, les filles sortaient de leur côté.

« Alors Guren ? Tu t'es finalement bien faite à ta nouvelle nature. » lança Mito.

« Maintenant oui, mais bon dieu que ça été dur. » répondit la brune.

« Et pensez-vous revenir habiter avec nous Guren-sama ? » demanda Sayuri.

« Inutile. Je garde ma demeure actuelle, et vous débarrasse de ma présence. D'autant que vous trois ferez partie de mon conseil, on se verra donc quasiment tous les jours. » répondit Guren.

La nouvelle enchanta les jeunes femmes. Mito demanda aussi si Guren allait garder son prénom ou en prendre un plus en accord avec ce qu'elle était. Ce à quoi la concernée répondit que rien ne changerait : elle ne voulait pas effacer totalement celui qu'elle avait été durant toutes ces années. La conversation roula ensuite sur la transformation des séraphins en humains. Guren laissa parler : elle avait encore une dernière tâche à accomplir, pour laquelle elle avait demandé l'aide des séraphins. Tous lui avaient ainsi offert un peu de leur pouvoir. La brune avait restitué ce don en partie dans les boissons que sirotaient ses amies lorsqu'elle leur avait apporté leur verre.

Restaient encore Shinya et Goshi. Et elle aurait ainsi sauvé la vie de ses amis. Pour de bon cette fois. Plus tard dans la soirée, le quatuor féminin se rendit donc chez le Major afin de leur faire un petit coucou et pourquoi pas, passer du temps avec eux. Mais lorsque Mito toqua, le ton de voix sur lequel on lui répondit l'étonna. Elle regarda les autres.

« C'est moi ou on dirait la voix de quelqu'un de saoul ? » dit-elle.

« Non en effet. » répondit Guren.

La jeune femme ouvrit donc la porte, pour trouver messieurs ces hommes … les uns par-dessus les autres dans des positions parfois compromettantes. Ses yeux violets remarquèrent un rectangle blanc parsemé de ronds de couleur en dessous.

« Woh c'est Rugen ! » sourit Goshi.

Le blond se trouvait étalé au sol sur le dos, torse nu, avec sur lui Shinya qui avait la tête entre les jambes dénudées de Kureto. Guren fronça les sourcils. Les autres filles entrèrent. Kureto se redressa, une bouteille dans la main.

« J'ai gagné ! Encore à boire ! » clama-t-il.

« Rien du tou-hic ! T'es même pas debout d'abord ! » protesta Shinya.

Guren pouffa de rire, retenant tant bien que mal le fou rire qui menaçait d'éclater.

« Quelqu'un pourrait me dire comment Kureto-sama a-t-il pu enfiler une de mes jupes militaires ? » lança Shigure, le visage impassible.

« Mon dieu Lord Shinya ! Mais il est maquillé comme un camion volé ! » s'exclama Mito.

Guren éclata alors de rire, n'en pouvant plus. Après un instant, alors qu'elle s'essuyait les yeux elle remarqua Crowley Eusford, sagement assis à une table. La jeune femme s'approcha de lui.

« Puisque visiblement tu es le seul à être sobre, tu veux bien nous expliquer s'il te plaît ? » demanda Guren.

« Je crois que c'est pourtant simple : ils sont ronds comme des queues de pelle. Je crois que l'idée vient de … euh … l'argenté là. » commença Crowley.

« Shinya. Je crois que je comprends. » fit Guren, avec une mine espiègle.

« Voilà. Il semble s'être mis en tête de bien imbiber l'homme en jupe avec son comparse. Au début avec du saké, puis voyant que ça ne marchait pas il est passé au cognac. L'ivresse et un jeu de cartes aidant, ils ont changé d'apparence. » continua Eusford.

« Ah ! Et tu ne t'en es pas mêlé ? » demanda Guren.

« Non, je l'ai vu venir et je ne suis pas idiot à ce point. » sourit Crowley.

L'ex-vampire renouait aussi avec ses habitudes solitaires d'autrefois. En attendant, Shinya et Kureto se disputaient pour s'attribuer la victoire au dernier jeu. Côte à côte, chacun engueulant la coupe à fruits posée sur la table de la salle à manger.

« Bon : ben va falloir aller coucher tout ce beau monde. Mais avant, est-ce que quelqu'un a un appareil photo ? » clama Guren.

« Tu plaisantes ? » s'exclama Mito.

« Oh. Que. Non. »

Guren se mit à farfouiller. Monsieur Shinya ne s'était pas gêné pour le photographier du temps de sa masculinité, et ce dans des situations peu glorieuses pour Guren. Alors elle allait lui rendre la monnaie de sa pièce. Trouvant son appareil la jeune femme afficha un sourire satanique. Puis elle prit des clichés des deux ivrognes qui donnaient l'impression de faire la leçon à une coupe à fruits. Goshi surgit non loin, criant qu'il avait chaud et le pantalon dans une main. Lui, il avait ses initiales sur le torse jusqu'au ventre, sans doute faites avec du rouge à lèvres. Tout comme la peinture de guerre au visage. Sayuri lui hurla de se rhabiller. Shinya finit par se saisir d'une orange qu'il jeta contre un mur, s'écriant que jamais plus il ne prêterait son maquillage à Kureto. Guren ricana : si seulement il y avait un caméscope aussi … une seconde. L'appareil était moderne : on pouvait y enregistrer des vidéos. Allez hop ! Moteur, action, ça tourne !

« M'en fous de ton maqui-hips bas de gamme ! Le mien est hoc ! plus beau ! » rétorqua Kureto.

« Même pô vrai d'abord ! Toi tu t'es mis hic ! du parfum sur les fesses ! »

« Wahahaha ! » fit Guren.

Mito aussi commençait à perdre de son impassibilité.

« Et alors-hic ! Toi tu t'es bien mis du gel-hoc sur les parties ! » riposta Kureto.

Guren crut qu'elle allait mourir de rire.

« Et toi, un élast-hic nœud papill-hoc autour du machin ! » continua Shinya.

« Bon, pourrait-on y aller maintenant ? » demanda Crowley, qui s'était approché d'une Guren écroulée sur la table.

« Oh je ne sais pas ! C'est vraiment trop drôle. » répondit la brune, brandissant l'appareil photo.

« Attends. Tu les as filmés aussi ? » remarqua Crowley.

« Tant qu'à faire. Best souvenir ever. »

« Guren ! Là je crois qu'il faut qu'on intervienne. » dit Mito, sérieusement mal à l'aise.

Goshi s'était mis à chanter en courant dans l'appartement. Guren soupira. Très bien, de toute façon elle avait un dossier en béton. Mito attrapa donc Goshi, qui lui souffla son haleine de lampe à brûler au visage, comme quoi elle lui aurait pourri son groove. Ce à quoi à la rouquine répondit en l'assommant. Guren approcha de Shinya pour le conduire à sa chambre.

« Ma Guren ! Tu es enfin rentrée ! » lança l'homme.

Il s'affala sur elle, dans son dos et la jeune femme faillit basculer en avant. Crowley la retint. Shinya ricana avant de coller un bisou sonore sur la joue de Guren.

« Allons bon v'là autre chose ! » commenta celle-ci.

« Ça n'a rien de surprenant. Tu n'as pas remarqué comme il te couve du regard ? » lança finement Crowley.

« Shinya ? »

Le roux acquiesça. Songeuse, Guren traîna donc son ami dans sa chambre. Mais une fois devant son lit, Shinya s'arrangea pour se laisser choir dessus avec la brune.

« T'en as mis du temps ! » reprocha Mito, dehors.

« Shinya ne voulait pas me laisser partir, et il a de la poigne quand il s'y met. Allons-y. » expliqua Guren.

Le groupe se mit en route. Crowley portait Kureto pendant que Guren et Mito se chargeaient de Goshi. Sayuri et Shigure s'assuraient que la voie était libre. Tant bien que mal, les deux autres poivrots furent ramenés et couchés chez eux.