Chapitre corrigé le 09/11/2018

Yo mina ! Donc ouais, le chapitre 8 arrive très rapidement car je suis assez contente de moi et ... j'en avais simplement envie (aussi pour donner du courage car c'est bientôt la fin ... des haricots SBAAAF des vacances T_T) Je veux juste faire quelques rappels -ou pas- avant :

- Ça se déroule à la fin de la Winter Cup, peut-être même quelque mois après -oui je le reprécise, même si ça doit sans doute servir à rien-.

- Normalement, dans la véritable histoire, Kyoshi, Kasamatsu, Imayoshi bref les senpai -oui, j'ai enfin appris à écrire ce mot correctement, joie !- en troisième année sont parti dans d'autres Universités. Mais comme vous pouvez le constater, je ne suis absolument pas cette trame et je me fou de ceux ou celles qui rechigneront :P

- Akashi appelle normalement les autres par leur nom, mais à part Kagami, Himuro et Takao, il continuera d'appeler les membres de la Génération des Miracles -oui, j'ai aussi appris à enfin bien les écrire !- par leur prénom, c'est plus simple pour le reconnaître -et aussi parce que ça lui apporte une petite touche en plus- malgré qu'il ait ses deux yeux rouges.

Alors oui, moi aussi je trouve ça complètement crétin de le préciser AU BOUT DU HUITIÈME CHAPITRE mais ça me stressait donc bah voilà ^^' Si vous avez besoin d'autres précisions, dites-le moi dans les commentaires !

J'ai aussi décidé -c'est la grande journée des décisions !- de mettre des "précédemment" afin de rappeler le dernier chapitre pour que vous n'aillez pas à aller le relire, ce sera une perte de temps en moins -et aussi parce que c'est juste trop classe des "précédemment" ça me rappelle les séries comme Teen Wolf et puis j'ai toujours rêvé de faire ça-.

Bonne lecture !


Précédemment dans Traqués : La relation entre Midorima et Takao se dégrade petit à petit, le vert ne voulant pas être confronté au brun pour une raison obscure. Alors que le faucon le cherche, il surprend malgré lui une conversation entre Shin-chan et son père qui lui fait froid dans le dos. Comment se fait-il que son ami est l'air aussi tendu ? Pendant ce temps, Kise sombre dans une sorte de brouillard où il peine à reprendre goût à la vie suite au rejet de Kasamatsu. Kuroko vient donc à lui mais ne parvint pas à le faire sortir de sa léthargie. Le capitaine est, quant à lui, perdu et ne sait pas quel décision prendre : accepter Kise ou s'éloigner le plus possible de lui ? Un nouveau souvenir hante Akashi et ce dernier perd de nouveau le contrôle de lui-même. Aomine tente d'ignorer le manque provoqué par Kagami mais cela s'avère plus dur que prévu. Ce dernier a bien remarqué que le métis l'évite et l'associe tout de suite à sa fierté. Alors qu'il apprend que Kuroko à l'impression d'être suivi, Naoki fait son apparition et le défit dans un one-on-one. Mais à la fin, il pousse accidentellement Kagami contre le grillage et ce dernier se blesse. Ne croyant pas du tout à un accident, Kagami se réfugie très vite chez lui en cachant sa blessure déjà refermée avant que son aura dominante ne se déclenche et ne le démasque. Himuro, quant à lui, à finalement décidé de rompre avec Murasakibara. Mais alors qu'il broie du noir, il tombe sur une personne qu'il ne s'attendait pas à revoir de sitôt : Lexy, son ex petit-amie qui s'était servie de lui.


Chapitre VIII

Dépérissement

Ne pouvant en croire ses yeux, Himuro ne parvenait pas à détacher ses argents aux cobalts justes devant lui. D'un bleu limpide hors du commun, les pupilles de la jeune fille en face de lui ne le lâchaient pas. Elle semblait étonnée d'être tombée sur lui. Étant plus petite que lui, elle lui arrivait aux épaules mais ne manquait pas de présence. Son visage découvrait des traits fins, tout de même vieillis par ses sourcils froncés. Sa peau diaphane semblait presque translucide à la lumière du lampadaire, lui donnant un aspect surnaturel. Sa longue chevelure d'un noire de jais semblait avoir encore poussée, elle lui arrivait au niveau des hanches. Malgré les vêtements lâches qu'elle portait, Himuro savait qu'une taille fine se cachait en-dessous et une masse musculaire moins importante que lui mais tout de même assez conséquente pour une femme -il fallait tout de même qu'elle les suive au basket-.

Aucun des deux ne semblait décidé à parler. Himuro avait presque l'impression que le regard de Lexy tentait de percer son âme et de deviner tous ses secrets. Un malaise naquit en lui. Ce n'était franchement pas le moment de la recroiser. Il venait de rompre avec celui qu'il aimait, ce n'était pas pour être confronté tout de suite après à son ancien amour.

À cette réalisation, son cœur se serra. Lexy... il l'avait tellement aimé, elle aussi. Et sa trahison avait agi comme un coup de poignard. Heureusement qu'Alex et Taiga avaient été là, sinon, il aurait définitivement sombré. Il se trouvait pathétique d'en arriver à penser comme ça juste pour une fille. Mais il n'avait pas envie de lui parler.

Taiga et Alex...

« Tatsuya, tu... commença finalement Lexy. »

Mais il ne lui laissa pas le loisir de continuer. Baissant la tête, il se mit à courir. Il la dépassa, entendant clairement son exclamation de surprise mais il ne s'arrêta pas. Il prenait la fuite, comme un lâche. Mais là, il n'avait absolument pas la tête à ça. Et puis, que pourraient-ils se dire ? « Coucou ! C'est Lexy, tu te rappelles, ton ex qui t'as trahi en essayant de vendre ton frère ? » Non, il ne pourrait définitivement pas le supporter.

Étrangement, Lexy ne le retint pas, de même qu'elle ne cria pas son nom. Il sentait encore son regard lui brûler le dos tandis que la pluie lui cinglait le visage, alors il accéléra. Il voulait se soustraire à cette pression, ce malaise qu'elle provoquait en lui. Et pour cela, il n'avait qu'une destination en tête. Il prit donc le premier train en direction de Tokyo, retenant du mieux qu'il pouvait ses larmes. Une fois descendu du moyen de transport, il se remit à courir.

Haletant, il arriva finalement à l'endroit qu'il souhaitait atteindre. Trempé de la tête aux pieds, les larmes aux yeux, il appuya sur la sonnette, posant son front contre la porte. Mauvaise idée puisque l'instant d'après, elle s'ouvrit et il manqua chuter si deux bras forts ne l'avaient pas rattrapés.

« Tatsuya ! retentit la voix brusque et pressée de son frère, qu'est-ce que tu as ?

- T... Taiga... murmura-t-il. »

Il crut que Kagami allait ouvrir une fois de plus la bouche mais il se figea en regardant à sa droite. Bien que désintéressé, Himuro tourna les yeux dans la même direction et croisa le regard amusé d'une dame. Elle avait un sourire qu'il pourrait qualifier de coquin sur les lèvres. Aussitôt, le grand rouge devint de la même couleur que le dessus de ses cheveux. Il s'exclama, de la gêne évidente dans la voix :

« B... Boryiama-san ! Je... je suis désolé du dérangement ! Mon frère et moi allons rentrer, passez une bonne soirée ! »

Entraînant un Himuro encore essoufflé à sa suite qui ne comprenait pas pourquoi il avait autant insisté sur le mot « frère », Kagami referma la porte derrière eux, presque effrayé. Il murmura alors, comme pour lui-même :

« C'te voisine, c'est pas vrai... toujours là quand il faut pas et à penser des trucs bizarres... 'tain. »

Le rougissement sur ses joues finit par s'atténuer lorsqu'il se rappela l'état de Himuro qui gisait presque par terre, tant il avait couru et sous la pluie, peut-être même avait-il attrapé une maladie ? Des pas se firent entendre et une blonde seulement vêtue d'une culotte fit son apparition. Constatant ça, Kagami redevint rouge pivoine et lui cria dessus, furieux :

« Holy shit Alex ! Je sais bien que c'est que Tatsuya mais mets au moins un haut !

- Ça va Taiga je vais le faire ! Mais est-ce une façon de respecter son maître ?! répliqua-t-elle hargneusement.

- Je te respecterai lorsque tu seras habillée ! »

Grommelant toujours, elle finit par aller couvrir sa poitrine, avant de revenir, la mine inquiète quant à l'état de son deuxième protégé qui semblait avoir vu un être surnaturel tant sa peau était blafarde. Ayant beaucoup de mal à se calmer, Himuro restait plié en deux. Une forte quinte de toux le prit.

« Tatsuya, qu'est-ce qui s'est passé ? demanda doucement Alex.

- Tu aurais dû te couvrir, le réprimanda Kagami, j'arrive à sentir tes microbes.

- Tu es bien placé pour dire ça, répliqua Alex à sa place tandis qu'elle aidait le brun à se relever.

- Sauf que moi ça durera maximum deux jours, on peut presque dire que je suis immunisé, rappela le grand rouge. »

Alex ne répondit pas, occupée à installer Himuro sur un canapé avant de partir lui faire une tasse de thé. Manquait plus qu'il couvre une maladie. Il s'en doutait de toute façon et puis au moins, s'il avait de la fièvre, ça l'empêchera de voir Murasakibara. Son humeur s'assombrit encore un peu en pensant au violet. Quelque chose de doux lui atterrit en pleine figure. Surpris, il contempla la couverture que venait de lui lancer Taiga.

« Réchauffes-toi au moins, ça permettra de limiter les dégâts, se justifia le tigre, regardant ailleurs. »

Il le remercia d'un regard, n'ayant pas la force de sourire. Finalement, Alex revint, lui plaçant une tasse fumante entre les mains. Puis ils s'assirent de part et d'autre du brun, attendant qu'il se décide à parler. Himuro prit tout d'abord une gorgée du liquide et se brûla légèrement. Puis il démarra son récit, se disant qu'il devait au moins justifier sa présence :

« J'ai rompu avec Atsushi. »

Entendant ça, Alex pressa une main réconfortante sur son genou tandis que Kagami grimaçait. Bon sang ! Déjà que de parler relation amoureuse le gênait affreusement, alors si en plus il devait jouer le rôle de celui qui réconforte après une peine de cœur, il n'allait pas s'en sortir.

« Je suis désolé, parvint seulement à dire Kagami, se dandinant sur le canapé.

- Tu lui as expliqué pourquoi au moins ? demanda la blonde. »

Agrandissant les yeux, Tatsuya se rendit compte qu'il était parti comme un voleur, sans rien justifier. Un ricanement amer sortit de sa bouche tandis qu'il couvrait son œil visible de sa main, une larme franchissant finalement la barrière de ses cils. Il se sentait très idiot.

« Non... je suis complètement stupide, se fustigea-t-il.

- T'auras le temps de lui expliquer après. Je suppose, ajouta Kagami en voyant le regard d'Alex.

- Ce que veut dire Taiga, soupira la blonde, c'est qu'une fois passée les émotions fortes, tu pourras t'expliquer avec lui, au calme et les idées claires.

- Ouais voilà, c'est exactement ce que j'ai voulu dire, essaya de se rattraper Kagami. »

Alex lui renvoya un regard blasé, si bien que le rouquin se sentit mal-à-l'aise et stupide de s'enfoncer tout seul. Il prit donc l'initiative de se lever afin de faire à manger au brun qui avait fait tout ce chemin pour venir les voir et qui n'avait sans doute rien mangé. Et même s'il n'avait pas faim, il allait le forcer. Déjà qu'il tombait malade, ce n'était pas le moment de se relâcher.

« C'est pas tout, avoua à mi-voix Himuro.

- Il y a autre chose ? questionna Alex. »

Tatsuya mit beaucoup de temps à répondre. Si bien que cela permit à Taiga de faire la moitié de son curry. Curry qui avait un volume assez impressionnant. Cuisiner lui donnait toujours faim de toute façon, et il était sûr que son maître n'allait pas rester indifférente face à ce fumet délicieux -non, il ne s'envoyait pas de fleurs, il savait juste que tout le monde adorait son curry-.

« Je suis tombé sur Lexy. »

Cette phrase eut l'effet d'une bombe. Alex stoppa ses frottements sur son genou qui se voulaient rassurant, les yeux s'agrandissant sous le choc. Kagami arrêta toute activité et posa sa main sur la plaque chauffante. Mais il avait oublié qu'elle était toujours allumée, si bien qu'il se brûla. Avec un cri à moitié étouffé, il se précipita vers l'évier, inondant sa main d'eau. Mais entre temps, il se rappela que son curry cuisait toujours, si bien qu'il tenta d'atteindre la plaque afin de l'éteindre pour éviter qu'il ne crame, tout en voulant laisser sa main sous l'eau. Le spectacle pourrait paraître comique si la tension n'était pas montée d'un cran. Y arrivant enfin au bout de plusieurs minutes de lutte, le roux se tourna finalement vers ses invités qui n'avaient toujours pas prononcés un mot. Il se racla alors la gorge, demandant d'une voix étranglée :

« Et, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Rien. On s'est regardés dans les yeux, puis je me suis enfui comme un lâche, avoua Himuro. »

Alex poussa un soupir de soulagement. Elle devinait comment son élève avait dû se sentir. Retrouver un amour passé juste après avoir cessé le récent, elle connaissait Himuro et savait que s'il était resté avec elle, il aurait pu faire n'importe quoi -comme faire des choses douteuses avec elle pour oublier sa peine, et s'il l'avait fait, elle n'imaginait même pas dans quel état il se serait retrouvé après-.

« Tu as bien fait, lâcha-t-elle.

- Mais qu'est-ce qu'elle foutait à Akita ? Elle n'était pas censée prendre le même avion que toi qui atterrissait à Tokyo ? souleva Kagami.

- … bonne question, répondit sombrement Alex.

- Bordel, c'est pas bon, blêmit Taiga. »

En effet. Ils comprenaient tous que si elle s'était retrouvée à Akita, c'était certainement car elle avait fait des recherches pour les retrouver. Donc, elle venait bien pour eux. Il restait donc à savoir pour quelle raison elle manifestait de nouveau de l'intérêt pour eux. L'hypothèse la plus probable était qu'elle venait finir ce qu'elle avait commencé. Cette pensée fit frissonner Kagami.

« Si ça se trouve, elle t'observait aux Etats-Unis, c'est pour ça qu'elle s'est retrouvée dans le même avion que toi... réfléchit-il à voix haute.

- Taiga ! Ne dis pas des choses comme ça ou je vais vraiment m'inquiéter, s'écria Alex.

- Pardon. »

Himuro semblait plongé dans un brouillard, ne faisant pas attention à ce qui l'entourait. Kagami sentait les émotions négatives émanées de son frère, si bien qu'il prit la décision d'arrêter là cette conversation et plutôt la reprendre plus tard. Il amena donc son curry sur la table qu'il avait miraculeusement sauvé et positionna trois assiettes ainsi que des baguettes.

« Bon, c'est pas tout ça mais moi j'ai faim ! dit-il en s'asseyant lourdement sur le canapé.

- Moi aussi, j'imagine que c'est pareil pour toi, Tatsuya ? »

Himuro sentait clairement les menaces dans la voix de son mentor. Il hocha simplement la tête, ne voulant pas tergiverser des heures. Il souhaitait simplement se rouler en boule dans une couverture et pleurer toutes les larmes de son corps, son esprit ayant déjà chassé Lexy, maintenant monopolisé par Murasakibara.

Kagami alluma la télé afin de laisser un fond sonore et précisa tout de même qu'Himuro allait rester ici parce qu'il était hors de question qu'il retourne chez lui en pleine nuit et sous la pluie. Et si jamais il était malade -ce qui était fort probable-, il pouvait aussi très bien le loger le temps qu'il se remette, comme ça il ferait des économies de train. Il passa sous silence le fait que comme ça, il ne verrait pas non plus Atsushi. Himuro le remercia silencieusement, reconnaissant.

Malgré ses sombres pensées, une petite lumière se frayait un chemin tandis qu'il pensait qu'il était vraiment heureux de les avoir à ses côtés.


Prostré dans son lit, Akashi gardait les yeux grands ouverts. Il refusait de s'endormir. Il refusait que les souvenirs aient encore accès à ses rêves. Il était hors de question que sa mère revienne le hanter encore une fois. Il ne laisserait pas un bonheur passée revenir, et détruire tout le contrôle qu'il avait acquis jusque là.

Il refusait de voir son self-control s'effondrer aussi facilement.

Il ne laisserait rien ni personne détruire tout ce pour quoi il avait travaillé si dur. Il se souvenait de toutes ces heures passées à lutter contre son instinct de bête qui se manifestait pour tout ravager sur son passage. De toutes les blessures qu'il avait dû supporter afin qu'il ait un total contrôle de lui-même. De toutes ces privations qu'il avait dû subir afin de connaître ses limites et de ne pas craquer.

Il refusait que toutes ces années à batailler soient perdues à cause d'un fantôme.

Alors il luttait contre le sommeil qui tentait de s'emparer de son être. Il savait qu'il allait être beaucoup plus fatigué que d'habitude le lendemain, mais si c'était le prix à payer, alors il le ferait. Si bien que pour éviter de sombrer, il s'obligea à réfléchir afin que ça le tienne éveillé toute la nuit.

Il réfléchit une nouvelle fois à propos des chasseurs mais ne s'en trouva pas plus avancé. Ils en étaient toujours au même point et pour le moment, il n'y avait rien d'inquiétant. Il repensa à Naoki et à la menace qu'il représentait. Il n'avait toujours rien de nouveau sur lui, à part qu'après avoir fait ses petites recherches, il s'avère que le jeune homme était présent lorsque l'afflux de voyageurs avait augmenté lors d'une période non-touristique. Mais cela ne prouvait rien sans piste. Il pensa à la Génération des Miracles, aux dangers auxquels ils étaient exposés, à l'intégration de Kagami dans leur groupe, à sa résolution de les protéger coûte que coûte.

Il pensa à Tetsuya.

Il n'y avait que du bleu turquoise qui envahissait son esprit. Il imaginait la douceur de ses cheveux sous son toucher. Son prénom murmuré par le plus petit d'une façon intime, qui le réchauffait et lui faisait oublier momentanément les problèmes. Sa peau diaphane en contact avec la sienne. Ses yeux plongés dans les siens, l'hypnotisant. Du rosé étendu sur ses joues, le rendant adorable. Ses minuscules gémissements, dotés de sa discrétion habituelle.

Ce n'était pas l'amour dont parlait sa mère, Akashi en était persuadé. Il voulait juste posséder le petit bleu. Qu'il soit complètement à lui. Qu'il lui appartienne, corps et âme.

Sans s'en rendre compte, le turquoise envahit son esprit jusqu'au petit matin, le maintenant éveillé.


Takao fixait la place vide devant lui depuis le début du cours.

Midorima était absent.

Seulement penser ça était inconcevable. Jamais le grand vert n'avait loupé un cours, étant méticuleux quand cela concernait son avenir. Après tout, ne devient pas médecin qui veut. C'est pour cela que Takao était si inquiet. Lorsque ce matin, il avait enfourché son vélo très tôt comme tous les matins afin d'aller chercher son camarade pour qu'ils puissent aller acheter son objet du jour, il avait reçu un message.

« Je ne suis pas apte à aller en cours. »

Court, clair et concis : aucun doute c'était bien Shin-chan qui avait marqué ça. Il était resté perplexe durant une bonne dizaine de minutes, pesant le pour et le contre. Devait-il tout de même se pointer devant chez lui ? Mais il en avait conclu que c'était une mauvaise idée. Après tout, s'il lui avait envoyé ce message, c'était bien pour que le faucon ne vienne pas.

Cependant, cela le démangeait d'aller chez lui pour s'acquérir de son état. C'est pourquoi ses yeux ne quittaient pas sa place vide un seul instant, jusqu'à réduire son champ de vision -ce qui était un exploit-. Il ne cessait de revoir la conversation qu'il avait surpris pas plus tard qu'hier.

Il trouvait cela oh combien étrange que le lendemain, Shin-chan ne se montre pas pour une raison inconnue. Il repensa à la froideur que dégageait le père du jeune homme aux yeux de jade. Une telle personne qui dégageait une aura aussi glaciale que même Takao pouvait discerner était hors du commun. Mais il ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Et vu sa position, Kazunari pencherait plutôt du côté du mal.

Il secoua la tête, réprimant le rire nerveux qui le prenait. Comment pouvait-il penser ainsi ? Il n'avait vu cet homme que pendant deux secondes, il ne pouvait pas déjà se faire sa propre idée ! En réalité, ce qui le dérangeait vraiment, était bien d'avoir vu Shin-chan aussi désemparé.

Son Shin-chan, le type le plus orgueilleux et fier qu'il connaisse, ne se serait pas laisser écraser par n'importe qui. Il était même presque sûr que seul Akashi y arrivait. Et pourtant, même son propre père possédait une autorité hors norme. Ce n'était pas ça qui était anormal, après tout, heureusement qu'il obéissait à son père.

Mais justement, il lui avait paru beaucoup trop docile, et c'est ce qui inquiétait Takao.

Ses épaules n'auraient pas dû être aussi tendues, de même que le reste de son corps n'aurait pas dû être aussi crispé. Ses yeux n'étaient jamais fuyards comme hier soir, et ses pas n'étaient jamais hésitants. Et surtout, jamais il ne l'aurait regardé de cette manière, l'implorant de l'aider tout en lui dictant de rester cacher, ces deux sentiments se battant en duel.

Takao n'était pas du genre à émettre des jugements sans savoir mais il en était presque sûr : quelque chose clochait chez les Midorima.


« Kurokocchi... qu'est-ce que tu fais ? murmura faiblement Kise. »

C'était la deuxième fois qu'il revenait. La première fois, il s'était contenté de dormir avec lui. Et inconsciemment, Kise avait senti son aura bienfaitrice l'envelopper, le rassurant sur le fait de ne pas être seul. Ils s'étaient ensuite réveillés, Kuroko pressé contre son dos, deux petites oreilles argentés tirant sur le noir sur le crâne, et une queue touffue pendant sur le matelas tandis que lui-même sentait ses oreilles caresser l'oreiller et sa propre queue rousse reposée sur son ami. Une bouffée d'allégresse l'avait envahie, si vite envolée lorsque Tetsuya avait dû partir à l'école.

Aujourd'hui, il était revenu après les cours et avait usé de toute sa force pour redresser le blond et le tirer vers la salle de bain. Kise se laissait mollement pousser, n'ayant pas le cœur à lutter. De toute façon, avec les yeux déterminés qu'il lui faisait, il savait d'avance qu'il n'arriverait pas à lui refuser quoi que ce soit.

« Je ne suis pas patient lorsqu'il s'agit des milk-shakes à la vanille, dit simplement le turquoise. »

Saisissant la référence, Kise soupira, se laissant entraîner dans la salle d'eau. Une fois à l'intérieur, Kuroko disparut pour revenir avec des fringues qu'il jeta à la tête du blond juste avant de fermer la porte, lui recommandant silencieusement de se laver.

« Je sens si mauvais que ça ? s'interrogea-t-il à voix haute.

- Oui, répondit la voix étouffée de Tetsuya derrière la porte.

- Kurokocchi ! répliqua-t-il, indigné. »

Il s'interrompit, agrandissant les yeux. Sans le vouloir, il commençait peu à peu à redevenir le Kise d'avant. Un micro-sourire vint effleurer ses lèvres. Vraiment, le passeur pouvait accomplir des miracles. Prenant mollement sa douche, il devait avouer que sentir une bonne odeur ravivait quelque peu son odorat qui s'était comme volatilisé.

Enfin habillé au bout d'interminables minutes, Kise sortit, découvrant le plus petit assit sagement sur son lit, regardant curieusement des magasines où il posait. Clignant des yeux, le blond se demanda depuis quand Kuroko s'intéressait-il à ce genre de chose, mais il comprit que c'était seulement pour passer le temps.

« On dirait que tu t'es amélioré, Kise-kun, commenta Tetsuya en reposant le magasine.

- Que … ? Comment tu peux savoir ? Tu t'y intéresses ? demanda Kise, les yeux ronds.

- Non, j'ai seulement fait une supposition. »

Puis il se leva, mettant fin à la discussion, et enfila son manteau. Évidemment, Kuroko en avait fait exprès pour rappeler implicitement au blond les choses qu'il aimait. Ce dernier haussa les épaules, puis sortit de la pièce d'un pas traînant. Une fois en bas, Tessa lui sourit puis lui frotta vigoureusement les oreilles, comme pour lui rappeler qu'elles ne devraient pas se trouver là.

« Amusez-vous bien ! recommanda sa sœur. »

Kuroko répondit poliment et Ryota se contenta d'un grognement. La route jusqu'au Maji Burger se passa dans le silence. C'était habituel de la part du passeur, mais pas du blond. Au vue de l'heure tardive, il n'y avait pas beaucoup de monde et donc, aucun fan du mannequin ne se précipita vers eux dans le but d'obtenir un autographe, ce qui le soulageait grandement. Il n'aurait pas réussi à calquer un sourire faux sur son visage.

Une fois dans le restaurant, Kise alla, comme prévu, acheter le milk-shake de Kuroko tandis que ce dernier partait s'installer à une table. Étrangement, son instinct le poussa directement vers la table qu'il partageait habituellement avec Kagami. Cela le fit sourire.

Le blond revint, n'ayant rien pris pour lui. Testuya lui envoya un regard de reproche qu'il ignora royalement. Il s'assit en face de lui, les épaules rentrées. Bon sang, il avait l'air tellement misérable ! Lui-même se faisait honte. Sans réelle conviction, il regarda le jeune homme aux cheveux turquoise siroter sa boisson favorite, ses aigues-marines plantées dans ses topazes dorées.

« Que comptes-tu faire au sujet de Kasamatsu senpai ? demanda finalement le plus petit.

- … Que veux-tu que je fasse ? Il n'y a rien à faire, il a peur de moi, avoua Kise, baissant la tête. »

Il l'entendit reprendre une nouvelle gorgée de son milk-shake. Il renifla, se trouvant décidément vraiment pathétique. Il se demanda comment Kuroko pouvait supporter d'être avec lui. Il devait sentir l'abattement et la solitude à des kilomètres. Même si la présence de son ami l'allégeait un tout petit peu. Ce dernier ouvrit la bouche :

« Je pense que tu te trompes. »

Un léger ricanement sortit de la bouche de Kise. Se tromper ? Il pensait plutôt que c'était le contraire.

« Tu n'as pas vu son visage ce soir-là. Et tu as encore moins senti les émotions qui le traversaient. C'était … vraiment... un rejet, déglutit-il.

- Et moi, je pense toujours que tu te trompes, martela Kuroko. Comment peux-tu être sûr de ses sentiments maintenant ? Tu sais, les hommes comme les Homanis ont tendance à réagir instinctivement. Et là, Kasamatsu senpai a vu quelque chose qui le dépassait complètement. Sa première réaction a eu d'avoir peur et de s'éloigner le plus possible de l'objet de cette peur. Car les hommes ont toujours rejetés ce qui leur était différent à cause de la peur. »

Kise ne comprenait pas tout. Ce qu'il lui disait, c'est que son aîné l'avait rejeté par peur ? Mais alors il l'avait bien rejeté, il ne voyait pas où il se trompait. Prenant une énième gorgée, Kuroko continua, imperturbable :

« Mais une fois passé le moment, il a sans doute dû réfléchir. C'est même certain. À tête froide, on trouve souvent des solutions. Et Kasamatsu senpai a dû s'interroger bon nombre de fois, même encore aujourd'hui. Mais je suis sûr qu'au fond, il ne t'a pas rejeté.

- Comment pourrais-tu le savoir ? Tu n'es pas dans sa tête, objecta sombrement Kise.

- Parce que mon instinct me le dit.

- Ce n'est pas parce qu'il est infaillible qu'il faut toujours l'utiliser comme excuse ! s'emporta Ryota. »

Les yeux flamboyants, il semblait reprendre du poil de la bête et fusillait son ami du regard, une aura furieuse émanant de lui. Comment est-ce que l'ombre pourrait savoir ? Comment son instinct pourrait le savoir ? C'était impossible ! Il ne devrait pas abuser de son état bancal pour lui faire avaler n'importe quoi !

« Tu as raison Kise-kun, j'ai menti sur ce dernier point et ce dans l'unique but de te faire réagir. »

Bouche bée et ne sachant pas comment rebondir, Kise se contenta de le dévisager. Le plus petit continua, imperturbable :

« Mais je reste campé sur mes positions, je suis persuadé que tout ce que je t'ai dit est vrai.

- Je ne pense pas... commença Kise avant de se faire interrompre par son ami.

- Pourquoi tu ne lui demanderais pas directement ?

- Quoi ? murmura-t-il faiblement. »

D'un regard insistant, Kuroko lui fit comprendre qu'il devait se retourner. Ce qu'il fit, appréhendant la suite. Le choc le laissa pantois et incertain. Il ne bougeait plus, figé comme une statue. La pensée, fugace, que Kuroko venait de le trahir s'insinua dans son esprit.

Son capitaine se tenait à quelques pas de leur table, le regard braqué sur eux.

Lorsqu'il remarqua que le blond le dévisageait, il détourna les yeux, mal-à-l'aise. Puis, il soupira, résigné et se dirigea vers eux. Le blond se crispa complètement et se retourna vers Kuroko, le fusillant de son regard le plus noir. Le temps que son aîné arrive, il parla à voix basse :

« Qu'est-ce que tu as fait Kurokocchi ?

- Ce que tu aurais dû faire par toi-même, répliqua le plus petit.

- Mais... tu n'as pas à décider ça tout seul ! se révolta le blond dont la peur commençait à grimper tandis qu'il entendait Kasamatsu s'approcher de plus en plus, le pas hésitant.

- Je n'ai pas décidé tout seul, j'ai demandé à Kasamatsu senpai s'il voulait te parler, et il a convenu seul d'une date. »

Kise ne put répliquer que Kasamatsu les avait rejoints, se balançant de droite à gauche, clairement gêné. Kise aussi commençait à se sentir mal-à-l'aise et une certaine appréhension mêlée d'angoisse l'envahissait. Qu'est-ce que son capitaine lui voulait ? Kuroko se leva de sa chaise, son milk-shake maintenant vide entre les mains, et déclara :

« Il faut que je rentre. Passez une bonne soirée. »

Puis il s'inclina et partit, échangeant un dernier regard avec Kise qui se faisait implorant. S'il-te-plait, ne me laisse pas seul devant ma douleur, semblait-il dire. Pour une fois, il parvint à déchiffrer le regard de Kuroko qui exprimait ses excuses, mais aussi sa conviction que cette discussion était nécessaire. Il avait certainement raison, mais Kise ne voulait pas l'admettre, ni même l'envisager.

Maintenant, il se retrouvait seul avec Kasamatsu.


Akashi était perturbé. Ce qui était alarmant, étant donné que c'était très rare, quasiment inexistant chez lui. Mais quelque chose d'incroyable, autant pour lui que pour ceux qui l'entouraient, s'était passé aujourd'hui. En pleine salle de classe, entouré d'élèves et assistant au cours d'un professeur compétent, Akashi avait commis une erreur.

Akashi Seijuro, le président des élèves, celui qui était un modèle de sérieux et un exemple à suivre, s'était endormi en plein cours.

Jamais, au grand jamais, ça ne lui était arrivé. Il avait habitué tous ceux qui l'entouraient à sa droiture et son sérieux à toute épreuve, ainsi que son calme et son sang-froid inébranlable. Et il s'était laissé aller sans même s'en rendre compte. Déjà que de le voir avec des cernes apparentes avaient été un choc, si en plus il s'endormait en cours, tous commençaient à penser que le capitaine et son bateau commençaient à couler.

Il était chez lui, et fixait son reflet dans le miroir. Il détaillait chaque parcelle de peau laiteuse, chaque mèche de cheveux d'un rouge flamboyant, son nez aquilin, ses lèvres fines. Ses deux pupilles reptiliennes d'un rouge carmin saisissant encadrées de cils noirs le fixaient d'un air accusateur, tentant de percer sa propre âme.

Il regarda le changement s'opérer. Il vit deux oreilles rondes velues d'un doré flamboyant se dessiner sur le haut de son crâne, de même qu'une fine queue de la même couleur se terminant par une touffe de poils noirs faisait son apparition derrière lui.

Ses pupilles, d'ordinaire fendues, s'arrondirent, caractérisant son appartenance à la race féline. Il laissa ses ongles pousser, jusqu'à devenir de puissantes et tranchantes griffes. Il resta plusieurs minutes debout, à contempler son propre reflet.

Devant lui, son image se désintégrait, donnant l'apparence d'un homme qui n'avait plus rien de tel. Possédant les mêmes traits et les mêmes attributs animaux, quelque chose dans son attitude, dans son regard, lui donnait l'apparence d'une bête sauvage.

Le toisant de toute sa prestance, ses yeux bicolores, une pupille rouge et l'autre doré, semblait le défier. Un sourire dangereux était présent sur ses lèvres. Il semblait prêt à le déchiqueter. Ses bras croisés sur son torse faisaient gonfler ses biceps tandis que sa queue fouettait l'air derrière lui.

À côté de son autre lui, Akashi passait pour un faible.

« Laisse-moi le contrôle, parla son autre lui.

- Non, murmura-t-il mollement. »

Un ricanement retentit dans l'air. Il pouvait voir ses oreilles bouger de manière agacée et entendait parfaitement le claquement de sa queue fouetter l'air. L'autre lui jeta un regard enflammé tout en lançant :

« Abandonnes-toi à moi, tout serait tellement plus simple. Tu perds déjà le contrôle, de toute façon. Dans quelques temps, tu ressembleras à un déchet, comme tous ceux qui t'entourent.

- La ferme... »

Son autre lui afficha un air vil. Il pouvait presque sentir son souffle sur sa joue.

« Tu sais déjà que tout est perdu, laisse-moi le contrôle.

- Non...

- Tu pourras retrouver ce que tu avais par le passé. Le contrôle, le pouvoir.

- Je les ai déjà. C'est beaucoup mieux quand tu n'es pas là.

- Tu es un menteur, Seijuro.

- Je sais ce que je vaux. Et toi, tu es une erreur de la nature. »

Un autre ricanement malsain s'éleva dans les airs. Son reflet semblait se rapprocher de lui, pour lui murmurer à l'oreille :

« Vraiment ? Tu as déjà tout ? Tu as le contrôle ? Mais dis-moi, qui a commis ce crime, toi ou moi ?

- Ce … ça ne veut rien dire, faiblit Akashi.

- Combien de temps crois-tu encore tenir ? Moi, je parierais bien une journée.

- N... non, je vaux mieux que ça, chuchota-t-il.

- Alors Seijuro ? Combien de temps encore avant que tu ne blesses quelqu'un ?

- Je... ça n'arrivera pas.

- Qui ce sera cette fois ? Un des membres de ta précieuse Génération des Miracles ?

- Je ne laisserai pas ça arriver...

- Ou bien... ton cher Tetsuya ?

- NON ! »

Perdant son sang-froid, il poussa un rugissement à faire trembler la terre entière et se rua sur son autre lui, le lacérant de ses griffes tandis que son ricanement retentissait encore dans les airs. Une sourde douleur le fit revenir à la réalité et il s'aperçut que des éclats de verre étaient incrustés dans sa peau et jonchaient le sol de sa chambre. Du sang s'égouttait de ses griffes.

Il venait de frapper son reflet.

Des tremblements le prirent et il s'éloigna le plus possible de cet endroit. Ne faisant pas attention à ses blessures, il se recroquevilla dans un coin de sa chambre plongée dans le noir, sa queue s'enroulant autour de lui dans un geste qui se voulait défensif.

Un gémissement plaintif sortit de sa gorge et il resta prostré dans le noir, refusant une nouvelle fois que le sommeil vienne le gagner.


À peine eut-il pressé son doigt sur la sonnette qu'il regretta d'être venu. Qu'est-ce qu'il lui a pris de s'être précipité ici dès la fin des cours ? Un jour, son inquiétude -ou sa curiosité, les deux se confondant étrangement- le tuera. Avant même qu'il ne puisse se détourner pour s'enfuir, la porte s'ouvrit.

Il se retrouva confronté à deux pupilles extrêmement froides. Son sang se glaça immédiatement dans ses veines et il fut incapable de bouger, tétanisé. Ses yeux gris confrontés à ceux menthes claires ne parvenaient pas à se détourner, hypnotisés. Il avait l'impression que s'il osait ne serait-ce que cligner des yeux, il mourrait.

« C'est pourquoi ? »

La voix, grave et dénuée de chaleur, lui procura un frisson déplaisant dans le bas du dos. Il mit un certain temps avant de comprendre le sens de la question, et prit encore plus de temps à formuler une réponse correct. Il bégaya :

« Bon... bonjour monsieur. Je … je suis Takao Kazunari, un camarade de Shin-c... Midorima-kun et je m'inqui... je suis venu lui donner les cours qu'il a manqué. »

Il déglutit en sentant le regard inquisiteur du père de Midorima posé sur lui. Il était à deux doigts de se pisser dessus -littéralement-. Il n'avait jamais été aussi effrayé de sa vie et pour cause, lui qui était d'ordinaire très sociable, manquait s'enfuir en courant alors que l'homme en face de lui ne faisait rien de vraiment effrayant. Juste que son regard intransigeant et son aspect froid déclenchait un sentiment intense de terreur effroyable.

« Très bien, je lui transmettrai.

- Est-ce que je peux … le voir ? »

Il sursauta de sa propre audace. L'effroi le prit lorsqu'il vit la couleur des yeux de son interlocuteur s'assombrir. Son cœur se mit à battre plus fort d'appréhension. Il ne comprenait pas ses propres réactions et ne parvenait pas à les contrôler. Si bien que lorsque son homologue reprit la parole, il manqua reculer tant sa voix s'était faite glaciale :

« Il n'est pas en état de recevoir quelqu'un. »

Il avait l'impression qu'une sourde menace se cachait derrière ces paroles. Une boule dans la gorge, Takao fit de son mieux pour lui dire bonsoir poliment et s'éloigna en essayant d'avoir l'air le plus normal possible, une terreur glacée le suivant à la trace.

Une fois sûr qu'il était hors de portée de vue, Kazunari courut le plus vite possible vers son vélo, l'enfourcha et s'enfuit le plus loin possible d'ici, voulant échapper à l'incroyable tension qui était montée en lui.


Un certain malaise régnait entre eux. Il était certain qu'aucun des deux ne savaient par quoi commencer et ils se contentaient de fixer la table, attendant qu'un miracle se produise, sans doute. Kasamatsu se racla la gorge et finit par poser son regard d'acier sur le blond. Ce dernier sembla le sentir puisqu'il releva automatiquement ses orbes oculaires. Le brun détourna les siens, gêné. Toussotant, il finit par démarrer la conversation, indécis :

« Hum... tu... tu vas bien ? »

A cette question, les poils sur la nuque de Kise se hérissèrent. Bon sang, il commençait déjà par les questions difficiles. Comment devait-il répondre ? Mentir ? Avec franchise ? Ou rester évasif ? Il opta pour la dernière solution, voyant que son capitaine commençait à s'impatienter :

« Je... j'ai connu mieux. Et … et toi ?

- … pareil. »

La conversation n'aboutissait à rien, ils en étaient bien conscient tout les deux. Mais ils continuèrent sur les banalités, c'était à celui qui craquerait en premier. Alors que Kasamatsu l'informait des devoirs que lui avaient communiqués des gens de sa classe, le silence revint. La gêne monta encore d'un cran et ils n'osaient plus se regarder dans les yeux.

C'était peut-être ce qui fit exploser Kasamatsu.

« Bon sang ! Regarde-nous, on a l'air de deux gros abrutis incapables de dire une phrase complète !

- C'est vrai, on fait un peu pitié... »

Ils se regardèrent une nouvelle fois, mais un détail avait changé. Un micro-sourire ornait les lèvres de l'un et de l'autre. Finalement, Kasamatsu soupira et se gratta l'arrière de la tête, les joues rougies et fermant les yeux, il déclara :

« Kise, Kuroko m'a plus ou moins informé de ton état depuis... tu vois. »

La gorge nouée, Ryota se contenta d'acquiescer de la tête. Le brun continua, plantant cette fois un regard déterminé dans celui de son cadet :

« Et je peux d'ores et déjà dire que tu es un idiot fini.

- Kasamatsu senpai, c'est méchant ! s'insurgea Kise, comme un réflexe.

- Tu le mérites imbécile ! »

Il lui administra un coup sur la tête qui le fit gémir de douleur. La larme à l'œil et la main pressée sur le haut de son crâne, Kise regarda, médusé, son capitaine continuer :

« Comment est-ce que tu as pu croire un seul instant que je puisse te rejeter ? On a trop besoin de toi dans l'équipe et si l'on n'avait pas de bonne relation, comment veux-tu que cela marche ? »

Ces phrases s'apparentaient fortement à une déclaration d'amitié venant de Kasamatsu. Kise ne pipa mot, buvant les paroles de son capitaine :

« Mais j'imagine que je dois tout de même m'excuser pour mon comportement, ce soir-là. Je tiens juste à te dire que... j'ai juste réagi sous le coup. Et aujourd'hui, je suis toujours perdu alors... t'as intérêt à me donner de bonnes explications. »

Encore sous le choc, Kise ne réagissait pas. Il fixait inlassablement son capitaine. Comprenant lentement mais sûrement ce que cela signifiait, une joie immense s'empara de tout son être. Pour un peu et il en aura jappé de bonheur. Il se contenta de faire un grand sourire, qui rappela les sourires étranges des loups. Mais le regard incrédule de Kasamatsu sur lui fit naître une pointe de questionnement.

« Heu... Kise ? »

Il semblait indécis et regardait un point sur sa tête. Ne comprenant pas, c'est lorsque quelque chose lui effleura le mollet qu'il tilta. Dans sa joie incommensurable de retrouver son capitaine, ses attributs animaux avaient fini par se montrer. Regardant autour de lui, inquiet, Kise les fit disparaître toujours sous le regard médusé de son aîné. Affichant un sourire penaud, Kise déclara :

« C'est une longue histoire. Longue et compliquée.

- J'ai tout mon temps, répliqua farouchement Kasamatsu. »


« Aomine-kun ? Est-ce que ça va ? s'écria Momoi.

- Lâche-moi Satsu, grogna-t-il en retour. »

La rose répliqua farouchement, n'appréciant pas d'être ainsi traitée. Pour cause, son meilleur ami semblait bien mal en point. Il parvenait à peine à suivre l'entraînement et avait manqué tourner de l'œil cinq minutes avant la fin. Tous l'avaient regardé rejoindre les vestiaires d'un pas traînant, inquiets.

Momoi l'avait suivi, se doutant que quelque chose n'allait pas. Elle l'avait trouvé affalé sur le sol, adossé contre les casiers. Elle ne l'avait jamais vu comme ça. Son teint était si blafard que s'en était à mourir de rire vu sa couleur de peau. Des poches plus foncées se voyaient à peine sous ses yeux. Ces derniers semblaient plus fatigués que d'habitude.

Il était clairement en manque de force. Lui-même s'en rendait compte, mais ne faisait rien pour y remédier. Il ne pipait mot et gardait la tête baissée. S'il avait laissé ses oreilles de panthère sortir, elles seraient certainement basses. Il avait le souffle court, comme s'il venait de faire un effort important. Une minute de plus et il était sûr qu'il finissait par terre, inconscient.

Très inquiète concernant son état, Satsuki l'observa. Elle ne comprenait pas ce qu'il se passait, elle supposait juste qu'il manquait de nutriment et de sommeil. Elle savait bien sûr que sa mère ne voulait plus entendre parler de son fils, mais elle se demandait si autre chose n'était pas arrivée entre temps... ? Chassant ses questionnements, elle vint s'asseoir à côté de son ami d'enfance. Ce dernier posa directement sa tête sur son épaule, s'avachissant un peu plus. Elle le regarda avec étonnement, son inquiétude se renforçant.

« Aomine-kun ?

- J'ai pas le courage... de tout affronter, murmura-t-il. »

Satsuki devinait qu'il parlait de plusieurs choses. Mais elle ne voyait que sa mère, le mystère de son père et la menace des chasseurs. Y avait-il autre chose ? Avant même qu'elle ne puisse l'interroger, le métis se fit un peu plus lourd et sa respiration se fit plus profonde. Il s'était assoupi.

« Dai-chan...murmura-t-elle, attristée. »

Elle ne pouvait pas l'aider, elle en prenait maintenant conscience.


Kuroko sentit l'air se rafraîchir tandis qu'il sortait du Maji Burger, jetant son gobelet dans la poubelle prévue à cet effet. Il mit ses mains dans ses poches et commença à marcher, s'éloignant de l'enceinte illuminée. Il savait que tout allait s'arranger entre son ami et son capitaine, il se sentait étonnement confiant par rapport à ça.

Mais alors qu'il avançait seul dans l'obscurité de la nuit seulement éclairée par les lampadaires qui croisaient sa route, il ne put s'empêcher d'être nerveux. La sensation d'être suivi à la trace le prit encore une fois et le sentiment d'angoisse devenu presque habituel revint au pas de charge.

Déglutissant, il s'efforça de regarder droit devant lui, dressant tout de même les oreilles pour capter le moindre son suspect. Le haut de son corps était extrêmement tendu, si bien qu'il avait l'impression qu'il bondirait pour n'importe quel bruit qui retentirait un peu trop près de lui.

Il constata à quel point la rue était étonnement calme et silencieuse et surtout, vide de monde. Cela ne le surprenait pas vraiment étant donné l'heure tardive mais cela n'avait pour effet que d'augmenter son angoisse et son appréhension. Il regrettait la présence de Kagami.

Soudain, il s'arrêta, ses oreilles ayant captées un son étrange. Ses mains tremblaient nerveusement et il tendit l'oreille au maximum. C'est lorsqu'il entendit une sorte de bruit de pas rapide que la panique le gagna complètement. Avec effroi, il démarra au quart de tour, courant le plus vite possible.

Il passa par des petits chemins afin de rentrer au plus vite chez lui et peut-être, semer son poursuiveur. Il entendait clairement des pas le courser, son traqueur ayant sans doute laissé tomber l'idée d'être discret. Mais rapidement, il se sentit essoufflé.

Son cœur battait anormalement vite, mais il se força à continuer, ne voulant pas être confronté à celui ou celle qui le terrifiait depuis plusieurs jours déjà. Il allait tourner au coin d'une rue lorsqu'il sentit ses épaules se faire brusquement happées par une puissante poigne.

Un gémissement de douleur lui échappa lorsqu'il heurta violemment le mur contre lequel il venait d'être balancé. Il se releva, prêt à fuir de nouveau, lorsqu'il fut de nouveau plaqué contre la surface dure, deux mains le maintenant fermement. Avec beaucoup d'effort, il parvint à conserver une expression impassible, masquant sa terreur à l'extérieur. Cette situation lui rappelait beaucoup une autre.

Sauf que cette fois-ci, c'était lui la victime, et non Kise.

« Ku-ro-ko, tu ne devrais pas t'échapper lorsque l'on veut te parler, c'est malpoli tu sais, susurra une voix à son oreille. »

Il frissonna d'appréhension et se mordit la lèvre. Évidemment, il aurait dû se douter de l'identité de son suiveur. Il leva courageusement un regard neutre vers lui, le défiant du regard. Un ricanement sortit de la bouche de l'autre, comme s'il était amusé par la situation.

« Ça ne sert à rien de me regarder avec ces yeux là, je peux parfaitement sentir ta peur. »

Et Kuroko était parfaitement au courant. Mais il voulait tout de même tenter, même si ça ne servait pas à grand chose. Les aigues-marines confrontées aux ambres. Kuroko prit finalement la parole :

« Naoki-kun, qu'est-ce que tu veux ?

- Je sais ce que tu es, révéla-t-il dans le creux de son oreille. »

Son souffle sur sa peau lui arracha un frisson. Le fait qu'il ait détaché chaque mot rendait la phrase plus intime. Kuroko en frissonna une deuxième fois. Que cherchait-il à faire ? Mais plus que son ton étrange, c'est le sens de la phrase qui le fit agrandir ses yeux.

Parlait-il de son état d'hybride ?

« Et je sais que tu sais pour moi. Par contre, j'ignore comment tu l'as su. »

La tournure de ses phrases rappelait un mauvais comique à Kuroko, ce qui ne rendit la situation que plus inquiétante. Qu'allait-il faire ? Qu'attendait-il ? Pourquoi faisait-il ça ? Qu'avait-il à y gagner ?

« Qu'est-ce que tu me veux ?

- Je vois que tu n'as toujours pas trouvé cette partie. C'est bien, c'est très bien, sourit-il. »

Son sourire avait quelque chose de malsain. Interloqué, Kuroko sentit une sorte de caresse sur son bras. Non, plus exactement, cela ressemblait à des lames qui couraient sur sa peau, remontant jusqu'à la base de son cou. Ses griffes étaient de sorties et agissaient comme une pression.

« Alors Kuroko, quelle sorte d'animal es-tu ? »

Avec horreur, Kuroko sentit une aura dévastatrice émaner du jeune homme. Il avait l'air totalement différent. L'air un peu niais et jovial avait complètement disparu, remplacé par un air dangereux et machiavélique. Il sentait le mâle dominant par tous les pores de sa peau.

« Soumets-toi à moi, grogna bestialement Naoki. »

Sa dominance l'entoura, obligeant ses attributs animaux à sortir d'eux-mêmes. Il lutta de toutes ses forces, en vain. Si bien que deux oreilles velues firent leur apparition et une queue touffue essaya de s'échapper de son pantalon, se dévoilant à moitié. Ça s'annonçait très mal, au vu du regard que lui lançait Naoki. Ce n'était pas suffisant.

Il augmenta la pression. Il voulait que Kuroko sente ses oreilles se plaquer contre son crâne, qu'un gémissement plaintif sorte de sa bouche et qu'il se mette sur le dos en position de totale soumission. Mais Kuroko n'était pas de cet avis. Alors il lutta contre sa propre nature de subordonné, lui envoyant un regard enflammé.

Naoki s'énerva et montra les dents tandis que sous les yeux de Kuroko, des oreilles dorées se finissant en pointes noires firent leur apparition, de même qu'il nota la présence d'une toute petite queue de la même couleur tachetée de noire, finissant avec le bout entièrement noir.

Il voyait donc sa véritable forme. Naoki leva la main et l'attaqua. Kuroko parvint de justesse à esquiver le coup, mais un deuxième le toucha à la joue, si bien qu'il fut propulsé contre le sol, une douleur sourde au niveau des cinq griffures sur sa joue. Cette partie de son anatomie le brûlait et il sentait les gouttes de sang perler sur la peau pâle de son cou.

Naoki le surplombait entièrement, le toisant méchamment. La pression était telle que Tetsuya la sentait presque l'écraser. Mais il refusait de se soumettre à lui. Il refusait de reconnaître sa dominance. Il acceptait volontiers de se faire dominer par Kagami, Akashi ou même Aomine parce qu'il les reconnaissait supérieurs à lui en terme de force, mais lui, il ne le laisserait jamais faire une chose pareille.

Animé d'une volonté inégalable, Kuroko se releva rapidement en montrant les crocs lui aussi. Poussant une sorte d'aboiement agressif et menaçant, il s'élança à l'encontre de son adversaire, une drôle de lueur dans les yeux. Surpris, Naoki ne réagit pas assez vite. Le turquoise lui planta ses griffes dans le thorax et le mordit à la clavicule, déclenchant un cri mêlant étonnement et douleur chez l'autre hybride.

Puis, tout aussi rapidement, il s'enfuit, utilisant sa discrétion légendaire pour disparaître, laissant là un Naoki confus et déboussolé.


Il serait pas badass notre Kuroko s'il était comme ça ? T'sais tout mimi avec ses oreilles et sa petite queue et TOUT A COUP FONCE SUR TOI POUR TE MORDRE MOTHERFUCKER YEEAAAAH ! Je peux juste dire que Naoki à vite-fait été remis à sa place xD D'ailleurs, qui avait deviné que c'était lui ? Et surtout, à votre avis, quel est son animal ? (J'ai tout mis car c'est une question importante pour moi -oui, il m'en faut peu- je suis très curieuse de savoir qui va trouver. Faut dire que c'est pas vraiment difficile x))

Je m'excuse sincèrement pour la dernière annonce que j'avais faite dans le précédent chapitre -sur le AkaKuro- il viendra dans le prochain chapitre et c'est promis ALORS BAISSEZ-MOI CES PATATES ! D'ailleurs l'action va VRAIMENT -enfin- se commencer dans le prochain, ça va bouger, moi je vous le dis :P

Et y aura aussi un petit retour du AoKaga, pour les autres je sais pas, mais là je suis sûr -tout le monde sent la joie là- surtout que Aomine prend v'la cher. Mais moins que Akashi. Je suis en train de le transformer en taré dépressif, pauvre Aka-chin T_T

Première apparition de Lexy ! On en apprend quasi rien sur elle, mais est-ce que c'est comme ça que vous l'imaginiez ? A votre avis, elle vient pour quoi ?

Personnellement, j'ai adoré écrire les passages avec Akashi et celui avec Kuroko à la fin -BADAAAAASS-.

Sinon joyeux Halloween même si ce chapitre ne fait absolument pas peur hein. Je sais pas quoi dire d'autre et pourtant j'ai la désagréable impression d'oublier quelque chose.

Encore merci pour toutes vos reviews. N'hésitez pas à laisser votre avis, déjà parce que ça me fait plaisir, et on est tout pareil, ça nous fait plaisir de faire plaisir à l'auteur, et aussi parce que ça m'aide beaucoup à progresser, et aussi parce que je suis curieuse et que j'aime tout simplement interagir avec mes lecteurs, savoir ce qu'ils pensent ^^

Réponse à laura : Ouh une sadique, tope-là ! Muhahaha ! Merci de m'encourager :)

Réponse à emimie : Là, tu vas pas me dire que tu as attendu très longtemps :P C'est justement pour ça que j'ai mis le "précédemment". Ah bah, on ne sait toujours pas pourquoi Midorima était tendu x)

x Heaven