10.
De la main, Torien retint Pouchy qui se débattait.
- Tu veux bien rester ici, Pouch' ! ?
- Mais Alguérande a besoin de moi. Il ne peut pas se défendre !
- Et toi tu as le cœur trop pur que pour attaquer, objectèrent d'une voix la projection de l'Arbre de Vie et la Sorcière d'Orsishmir.
- Je ne peux pas laisser Algie, geignit le garçonnet alors que ses prunelles marron s'emplissaient de larmes. Il doit bien y avoir quelque chose à faire.
La Sorcière au teint citron pâle sourit à Pouchy, alors que ses trois aînés se tenaient à quelques pas, la mine toute aussi catastrophée, la scène se déroulant dans la Grande Cité des Carsinoés répercutée sur le tronc de l'Arbre de Vie.
- Mais il y a bien un coup de pouce que tu puisses donner à Alguérande. En revanche, c'est moi qui irai !
- Je ferai ce que tu me diras, renifla Pouchy, de l'espoir dans le regard.
- J'ai besoin que tu me donnes tes larmes justement. Unies à mon pouvoir bienfaisant, je pourrai donner un peu plus de temps à Alguérande, repoussant le poison qui incendie ses veines. Mais ce ne sera qu'ici, quand tu le ramèneras une fois sa mission accomplie que tu pourras vraiment l'aider !
- Oui, je sais ce que j'ai à faire… Mais ce sera vraiment dur !
- Nous serons là, assura Torien. Nous ferons le maximum, mais il n'y aura pas de victoire totale.
- L'essentiel est de sauver, Alguérande ! insista Pouchy qui versa alors quelques larmes de bonheur.
- C'est ça, le Cristal d'Éternité… ?
- A quoi donc t'attendais-tu ? interrogea Talmaïdès.
- Je ne sais pas… Un cabochon de taille normale… Mais ce bazar est plus grand que mon Deathbird ! Je suis bien incapable de détruire ce truc !
Tershwine avait retiré le lambeau d'aile du Thanatos, dévoilant les profondes incisions qui avaient viré au noir, et avait versé dessus le contenu de l'ampoule contenant les larmes de Pouchy avant de poser ses lèvres sur les blessures.
- Ça va te donner quelques minutes de plus, ne les gaspille pas, pria-t-elle avant de disparaître.
Non sans peine, Alguérande se remit debout, sous le colossal cristal bleu foncé qui le surplombait. Son cœur battait à tout rompre, il avait le souffle court et pénible, sifflant, l'épiderme ruisselant de sueur.
- Je ne peux pas abattre ça…
- Il faut utiliser la puissance de tes ennemis, glissa Talmaïdès en pivotant sur elle-même alors que Dambale était apparue dans le ciel, au-dessus du piton où se trouvait le Cristal.
- Ouais, je vais me la prendre en pleine tronche cette puissance, plutôt, grinça le jeune homme alors qu'une silhouette avait jeté sa grande ombre sur lui.
Il observa du coin de l'œil la carcasse massive de Balkendorf, avec ses airs de minotaure, tout aussi hideux que la harpie qui menait les Carsinoés ! Le Seigneur des Carsinoés ouvrit à son tour ses ailes, prenant position dans le ciel.
- A toi de jouer, à toi de briser le Cristal, siffla Queldann, ma participation dans ton entreprise est terminée !
- Tu parles d'une aide, aboya Alguérande en mobilisant ses forces pour user de ses ailes de dragon pour s'envoler.
Balayé comme un fétu de paille, Alguérande s'écrasa à nouveau au sol.
- Comment veux-tu que je me débarrasse de Dambale et de ce gigantesque épouvantail ? glapit-il à l'adresse de Talmaïdès. Et ne parlons même pas de ton cabochon auquel mes frappes ne provoquent même pas une éraflure !
- Je t'ai dit ce que tu avais à faire ! rétorqua sèchement Talmaïdès.
- Tu pourrais aussi me filer un coup d'aile ! râla encore le jeune homme qui avait repris son vol pour faire face à Balkendorf, évitant de peu une rafale d'énergie, projetant une réplique que bloqua le pourpoint de métal de ce dernier.
- J'ai fait tout ce que je devais, à toi de te bouger un peu le cul !
- Ah oui, et je fais quoi, à part me faire atomiser, protesta Alguérande retombé une fois de plus au pied du cristal, complètement à bout de forces.
Il haleta, à la recherche d'air.
- Tu aurais pu me dire que je n'avais aucune chance de réussite, aboya-t-il à l'adresse de Talmaïdès.
- Dépêche-toi, il ne te reste pratiquement plus de temps ! l'enjoignit la Carsinoé.
- Ça, j'en étais parfaitement conscient, grommela Alguérande en reprenant l'air pour son dernier envol, remontant le long du cristal, pris entre les feux de Dambal et de Balkendorf qui opérèrent des tirs synchronisés dans sa direction.
