CHAPITRE 10

LE CALME AVANT LA TEMPETE

Zender et Dabora pénétrèrent dans la salle de commandement de l'alliance rebelle. Vu le peu de temps dont disposait les rebelles pour se préparer à l'attaque de l'empire, le quartier général de l'alliance avait été installé dans les immeubles civils de la cité blanche. Il se trouvait au sommet d'une tour, au toit ouvert, d'où l'on pouvait avoir une vision globale de la plaine aride d'Odysia qui deviendrait dés le lendemain un champ de bataille. La grande salle était circulaire et en son centre se trouvait un immense hologramme de la cité et des zones alentour. Regardant autour de lui, Zender fut surpris du faible nombre de personnes rassemblées. Il ne devait y avoir qu'une vingtaine de Jedi et seules six personnes représentaient les forces de l'alliance. L'une d'elles se tourna vers eux à leur arrivée. C'était un homme aux longs cheveux bruns teintés de blanc. Il avait le visage marqué par de longues années de guerre, deux cicatrices profondes parcouraient son visage et il avait perdu son oeil droit, remplacé à présent par une prothèse métallique d'un bleu glacial. Son oeil restant était rouge, tout comme la longue robe qu'il portait.

-La réunion a commencée depuis plusieurs minutes, jeunes gens, dit t-il d'un ton sec. Étant donné son importance, il me semble que le minimum serait de ne pas être en retard.

-Ça va aller, général Meliak, intervint Tendor lui aussi présent avec les autres chevaliers.

-Non, je ne crois pas, répliqua le général avec fureur. J'ai souvent combattu aux côtés des Jedi et je n'ai jusqu'alors jamais été déçu. A l'heure où la menace de l'empire n'a jamais été aussi proche, ce n'est pas le moment que cela arrive. Même si le plus grand avantage des impériaux semble être leur nombre, c'est principalement le temps qui nous est compté. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ne serait ce que quelques minutes.

Zender s'apprêtait à lancer une réplique cinglante mais il sentit Dabora lui serrer la main et préféra se taire et rejoindre avec elle les Jedi installés autour de l'hologramme. Le général Meliak se tourna également vers le centre de la pièce.

-Comme je le disais avant cette interruption, si l'on en croit les schémas tactiques des dernières batailles menées par l'empire ainsi que les rapports envoyés par nos espions au sein de leur flotte, le plan d'attaque des impériaux sera vraisemblablement d'une simplicité presque puérile. Leur objectif semble tout simplement de nous submerger sous le nombre en fonçant tête la première dans la gueule du loup. Habituellement, une telle stratégie serait irrémédiablement vouée à l'échec mais la différence de force est toutefois tellement grande que l'empire a déjà gagné de nombreuses batailles en usant d'une tactique si primitive. L'empire disposait autrefois d'excellents stratèges de guerre mais sa supériorité numérique est désormais telle qu'il n'en a plus besoin. L'armée impériale s'est tellement confinée dans la brutalité et la violence que si une armée, disposant de fins stratèges, pouvait rivaliser en terme de puissance avec elle, la défaite des impériaux ne ferait aucun doute. Mais ce n'est malheureusement pas notre cas.

Zender vit la main du général se serrer sur l'épée accrochée à sa ceinture. Sans doute devait t-il se remémorer d'amères défaites remportées par l'empire uniquement en raison du nombre écrasant des adversaires. Son visage sembla un instant inquiétant à la lueur dorée de l'hologramme puis il retrouva rapidement ses esprits.

-Nous sommes au moins sûrs d'une chose, poursuivit le général, l'empire veut conquérir Odysia à tout prix. Il est prêt pour cela à sacrifier autant d'hommes qu'il sera nécessaire du moment que cela lui assure la victoire. Et nous pouvons utiliser cet élément à notre avantage. La soif de conquête de l'empire et la simplicité de ces plans d'attaque pourront se retourner contre lui, et nous serons ainsi en mesure, non pas de remporter la victoire bien sûr, mais de sauver un grand nombre d'habitants d'Odysia, bien plus que nous n'aurions pu l'espérer si l'empire agissait de manière rusée.

-Et quel est votre plan pour cela, général? demanda un Jedi à la droite de Zender.

-L'atout unique de l'empire réside dans l'avantage du nombre. Si nous parvenons à réduire cette supériorité numérique, alors les impériaux perdront leur force. Et je crains qu'il n'y ait qu'un seul moyen pour cela.

Le général activa alors un bouton de l'hologramme et celui ci devint entièrement noir. Zender réalisa avec stupéfaction qu'il s'agissait en réalité de l'armée impériale qui s'était matérialisée en petits noirs sur l'écran. Ils étaient si nombreux que seul le dôme d'or de la cité restait visible à présent. Il avait beau s'y préparer, il savait qu'il ne pourrait s'empêcher de trembler quand il aurait véritablement l'armée impériale face à lui. Dabora se serra un peu plus contre lui.

-Il faut contraindre l'armée impériale à combattre dans un lieu où elle ne bénéficiera plus de sa supériorité numérique. Un espace serré où le combat aura lieu au corps à corps et où ainsi, l'efficacité de sa puissance de feu sera amoindri. Et l'endroit qui me paraît le plus propice à un tel plan d'attaque est la partie ouest de la cité.

-Attendez une minute, intervint Tendor. Vous comptez les laisser pénétrer dans la cité blanche?

-Réfléchissez un peu, Jedi! répliqua Meliak. Vous aurez beau faire preuve de tout le courage dont vous êtes capables, vos chevaliers comme mes soldats ne tiendront pas une minute si nous affrontons l'empire sur la plaine d'Odysia! Nous serions immédiatement engloutis par la puissance de feu des impériaux. Mais si vous parvenez à vous rapprocher des troupes impériales sans qu'elles s'y attendent, alors vous vous apercevrez que les soldats impériaux sont en réalité de piètres combattants et vous pourrez avoir le dessus. Mon plan consiste à affaiblir volontairement la partie ouest du bouclier qui entoure la cité, de telle sorte que les tirs des impériaux parviennent à y créer une brèche permettant à l'armée impériale de s'engouffrer dans la cité. Nous laisserons l'armée impériale pénétrer dans nos murs pendant quelques instants, puis nos troupes surgiront des immeubles avoisinants et attaqueront les troupes impériales. Les bâtiments de la partie ouest de la cité blanche sont peu espacés, ce qui laissera une faible marge de manoeuvre aux impériaux. Si cette attaque éclair réussit, nous pourrons parvenir à éliminer rapidement un grand nombre de soldats de l'empire. Néanmoins, il nous faudra ensuite affronter tout le reste de l'armée qui s'engouffrera par la brèche, mais dans cet espace restreint, nous serions bien plus avantagés que si nous combattions à l'air libre dans la plaine, à la merci des tirs impériaux.

Il y eut un moment de silence où les Jedi et les généraux rebelles méditèrent sur ces paroles. Un vieux Jedi, à la peau si ridée qu'il semblait avoir vécu des siècles, et au regard bleu étincelant, prit la parole.

-Vous êtes bien sûr conscient que c'est un plan extrêmement risqué. Les impériaux ne risquent t-ils pas de se douter de quelque sorte en voyant les défenses de la cité s'écrouler si soudainement et sans aucune armée visible pour la protéger?

-Comme je vous l'ai déjà expliqué, les impériaux ont régulièrement agi de manière stupide dans leurs batailles, envoyant leurs soldats à la mort en attendant que les résistances adverses finissent par céder. Leur confiance en leur supériorité et leur pouvoir est telle qu'ils penseront probablement que nous avons décider de livrer la cité sans opposer de résistance. Nous allons devoir compter sur la stupidité des impériaux pour pouvoir survivre.

-Je ne sais pas, dit Tendor d'un air pensif. Cela ne me plaît pas vraiment. Nous sommes censés protéger la cité blanche, et non lui ouvrir ses portes aux troupes impériales.

-Bien sûr que cela ne vous plaît pas! s'exclama Meliak. A moi non plus, et à personne d'autre. Mais nous sommes dans une situation désespérée. Il ne s'agit même pas de remporter la victoire, simplement de permettre à un peuple de survivre! Je n'aurais jamais élaboré une telle stratégie en temps normal mais nous avons passé le cap des vraisemblances, jeune Jedi. Si vous avez une meilleure idée pour tenir tête à cette armée colossale plus de quelques minutes, je serais ravi de l'entendre.

-Mais nous allons ainsi courir le risque de rapprocher les civils de l'armée impériale, n'est ce pas?

C'était Dabora qui venait de parler. Le général Meliak se tourna vivement vers elle, mais lorsqu'il croisa le regard aux yeux argentés, il sembla se calmer.

-En effet, jeune fille. Mais nous devons malheureusement accepter l'idée que quoique nous fassions, bien des habitants d'Odysia commenceront à mourir dés demain. Nous n'avons même pas assez de transports pour permettre à tous les civils de quitter la planète et la plupart d'entre eux seront certainement détruits par la flotte de l'empire. Selon mes estimations, il est fort possible que seule la moitié du peuple d'Odysia parvienne à survivre après la bataille. L'empire n'est pas connu pour faire preuve de pitié pendant le combat ni de faire respecter la justice après sa victoire. Les morts vont sans doute se chiffrer en milliards, et nous ne parlons même pas des souffrances qu'endurera le peuple sous le régime de l'empire. Quant au nombre de personnes qui pourront fuir Odysia et échapper à la flotte impériale, il est impossible de le dire. Quelques évacuations ont bien sûr déjà commencées, mais nous manquons de temps et de moyens pour mettre en sécurité la plupart des civils.

Le général se tût et les Jedi méditèrent sur ses paroles. Quelques instants passèrent avant qu'une voix ne rompt le silence.

-S'il s'agit vraiment de la meilleure stratégie possible, alors seuls les Jedi devront participer à la bataille.

Zender tourna plusieurs fois la tête avant de trouver la personne qui venait de parler. Adossé contre un mur dans un coin reculé de la salle, Kurnez avait été si silencieux et immobile que tout le monde semblait avoir oublié sa présence. Tandis que tous les regards étaient fixés sur lui, ces yeux bleus continuaient à contempler le ciel doré d'Odysia. Il avait une étrange expression sur son visage, comme s'il était soudain nostalgique.

-Et pourquoi cela? demanda le général Meliak d'un ton sec. Mes hommes ne maîtrisent peut être pas la Force mais leur courage est égal au votre, jeune Jedi.

-Je ne remets pas en cause la bravoure de vos soldats, dit Kurnez en tournant finalement son regard vers le général. Mais il me semble qu'ils pourront être davantage utiles ailleurs. Vous l'avez dit vous mêmes, notre but n'est pas la victoire, seulement d'évacuer le plus grand nombre possible d'habitants d'Odysia. Et plus il y aura de vaisseaux pour protéger les transports qui quitteront la planète, plus grandes seront les chances de traverser le blocus qu'instaurera la flotte impériale. Les Jedi font de bons pilotes mais nos talents sont davantage exploités dans des batailles terrestres. De plus, la partie ouest de la cité où aura lieu la bataille est un espace très réduit, où nos sabres lasers feront davantage de dégâts que les tirs de blasters.

-Il a raison, général, dit Tendor. Nous pouvons repousser l'empire dans un combat au corps à corps, nous n'avons pas besoin de puissance de feu supplémentaire. Nous renverrons la majeure partie des tirs de l'empire contre lui et lorsque leurs soldats seront à portée de sabre, ils ne feront pas le poids face à nous. Vos hommes seront davantage utiles dans l'espace pour protéger les transports et de notre coté, nous pourrons peut être parvenir à repousser l'armée impériale.

Le général semblait toujours perplexe.

-Selon vous, combien de chevaliers Jedi pourront participer à la bataille?

-Un millier de Jedi est parti de notre académie et plusieurs centaines d'autres sont venus de tout l'univers, répondit Tendor. Mais nous sommes un ordre de chevalerie dispersé à travers l'univers, ses membres ne cessent de parcourir la galaxie pour apporter paix et justice. Nous ne formons pas réellement une armée définie et étant donné le peu de temps que nous disposons pour rassembler nos troupes...Je pense qu'au moins trois milles Jedi seront prêts à affronter l'empire dans la bataille finale.

-Même dans une situation normale, ce serait un nombre ridiculement faible de combattants pour mener une bataille, répliqua le général. J'ai peine à imaginer que vous puissiez vraiment tenir tête à l'immense fléau qui va s'abattre sur nous, même avec la Force à vos côtés.

-Sauf votre respect, mon général, intervint un autre chef rebelle, je crains que les Jedi aient raison,

-Et pourquoi cela?

-Nos propres troupes sont ridiculement faibles. Nous n'arriverons pas déjà à mener l'évacuation de tous les civils alors si nous devons, en plus de cela, combattre l'armée impériale dans le même temps, je crains que ce ne soit impossible. Seule la moitié des soldats de Bespin et de Utapau sont venus, quant aux bases situées sur Hoth et Naboo...Elles...Elles n'ont envoyées aucune aide, mon général.

-Hum...nous disposons moins du tiers des forces que j'espérais, soupira Meliak. La supériorité numérique de l'empire n'en est que plus forte, beaucoup d'éléments jouent décidément contre nous. Mais je n'arrive pas à leur en vouloir. La peur et le désespoir les ont saisis et moi même, qui ai vécu trop de batailles, je dois lutter pour ne pas perdre courage. Je devrais plutôt être heureux que malgré cette immense menace, il y ait encore des jeunes hommes qui soient prêts à sacrifier leur vie pour combattre le mal. Le fait que vous soyez protégés par la Force et disposiez de pouvoirs supérieurs aux autres humains, n'enlève rien au danger que vous courez en affrontant l'empire seuls. Je pense qu'il est inutile de vous rappeler que vous aurez droit à une mort certaine.

-Nous en sommes tous conscients, général , assura Tendor.

-Alors je ne peux que vous remercier de cette offre que les circonstances m'obligent à accepter. Votre courage figurera sans doute dans les annales de votre ordre, s'il reste des survivants pour raconter cette bataille.

Là dessus, le général tendit la main et Tendor la serra. Zender regarda autour de lui et vit que tous avaient le même regard résolu. Lui même ne ressentait étrangement plus aucune peur, maintenant que l'ultime décision venait d'être prise.

-Cela ne va pas faire plaisir à mes hommes, dit Meliak avec un sourire sans joie. Beaucoup espéraient faire payer à l'empire tous ses crimes, et j'aurais moi même aimé combattre aux côtés des Jedi une dernière fois, mais notre priorité est de sauver le plus grand nombre de vies. Les transports ont déjà commencé à arriver. Quant aux civils qui ne pourront pas tous être évacués, ils iront se réfugier dans les profondeurs de la terre. Le sol d'Odysia est robuste, peut être les habitants pourront t-ils se cacher des impériaux et survivre au déluge de feu dans les grottes souterraines. Ils sont malheureusement tellement nombreux qu'un grand nombre d'entre eux restera exposé à la violence des impériaux. Nous ne pouvons rien y faire.

Il lâcha la main de Tendor et contempla toutes les personnes rassemblées. Son oeil rouge s'attarda un moment sur Dabora et l'expression de son visage se fit mélancolique.

-Plusieurs d'entre vous ont vu trop de souffrances et auraient mérité de vivre les dernières années de leurs vies en paix. Mais les trop jeunes sont encore plus nombreux. Ceux qui n'ont découvert qu'une faible partie de ce que la vie a à offrir, et dont le chemin était encore à tracer. Votre sacrifice à vous, jeunes gens, est bien plus cruel que le nôtre car avec votre mort, ce sont tous vos espoirs et vos rêves envers l'avenir qui s'en iront avec vous. C'est pourquoi, si à l'approche de la bataille, vous ressentez cette envie égoïste et pourtant humaine de vivre avant tout et que vous ne pouvez y résister...Sachez que je ne vous en voudrais pas, il est naturel d'aimer la vie et de vouloir en profiter. Mais si malgré cela, vous continuez à vous dresser face à l'empire, vous avez mon estime éternelle et celle du peuple d'Odysia pour lequel nous allons nous battre et sans doute mourir. Allez, à présent, et profitez des derniers instants de paix avant le chaos.

Le général Meliak sortit alors de la salle, suivi des autres commandants rebelles, mais les Jedi restèrent immobiles, certains échangeant des regards furtifs, d'autres silencieux et solitaires. Kurnez marcha à l'autre bout de la salle vers une estrade où l'on pouvait admirer toute la cité blanche et le désert environnant. Dabora prit la main de Zender et l'entraîna vers l'estrade à son tour. Peu de temps après, Tendor les y rejoint.

Au début, ils restèrent immobiles, les quatre compagnons qui avaient vécu tant d'expériences ensemble, parcouru l'univers entre les joies et les peines, et dont le parcours semblait devoir s'arrêter ici, sur le sol doré de la planète. Leurs pensées convergeaient tous vers leurs amis qui n'étaient pas présents à leurs côtés. Sélène, toujours dans le coma après la bataille de Tatooine, Bastila et Kraten qui avaient rejoint les rangs des Sith, et Ben qui avait voulu les ramener et qui n'avait pu se douter que d'ici là, les Jedi seraient partis affronter l'empire dans une bataille désespérée. Seuls Dabora et Zender savaient à quel point Ben était en danger, mais tous avaient conscience qu'ils n'avaient pas pu lui dire au revoir et que si jamais il revenait de Sekura, ils ne seraient plus là pour l'accueillir. Zender croisa le regard de Tendor et celui ci lui tendit la main. Zender la serra et ils s'étreignirent. Puis Zender prit Dabora dans ses bras et enfin Kurnez. Il ne trouvait pas les mots pour exprimer ses sentiments à l'idée que leurs vies allaient s'achever tandis qu'il se rendait véritablement compte de l'importance de tout ce qu'ils avaient vécu ensemble...Et de tout ce qu'ils allaient perdre.

Il se contenta de regarder avec eux, une dernière fois, le ciel doré d'Odysia et ses plaines de lumière avant la venue des ténèbres.


Les flammes vertes enfermées dans les sphères de cristal étaient la seule source de lumière dans l'obscurité de Sekura. En les contemplant, Ben pensait irrésistiblement aux yeux de Bastila, dont l'éclat vert étincelant avait été si accentué par les ténèbres. Mais cette source de lumière était partie elle aussi. Elle était allée rejoindre les Sith dans leur croisade folle pour détruire l'empire au prix de milliards de vies innocentes. Elle était partie en lui disant que s'il tentait d'empêcher cette folie, il prendrait le risque de l'affronter.

Pourtant, malgré la douleur qui étreignait son coeur et son âme à cette pensée, sa décision était prise. C'était irréversible. A première vue, tout semblait se dresser contre lui, mais pourtant il savait ce qu'il devait faire. Sa conviction n'avait jamais été aussi grande, il lui semblait que toutes ces épreuves, toutes ses souffrances n'avaient existé que pour l'amener à cet instant, en ce lieu de noirceur.

Même s'il était pris au piège, il voulait encore se dire que lui seul avait le contrôle de sa vie. Il pouvait encore tout changer ou bien rester dans l'ombre en ne risquant rien. Mais il savait quelle voie il allait prendre. Il sentait une formidable énergie circuler dans sa chair, une flamme qui faisait brûler son sang d'impatience, la même puissance qu'il avait ressenti dans son affrontement contre le Seigneur Sith. Ses mains ne semblaient qu'attendre de tenir à nouveau les sabres lasers et il se demanda pourquoi il ne les avait pas encore ramenés à lui alors qu'il sentait en permanence la présence de ces armes Jedi à l'autre bout du temple.

Non, il devait attendre. Attendre que l'immense plaine s'ouvre pour laisser s'envoler la Lune de Sekura. A ce moment, il pourrait pénétrer dans le vaisseau dans les quelques instants où le vaisseau serait encore assez proche du sol pour qu'il puisse l'atteindre. S'il parvenait à y pénétrer avant que la Lune de Sekura n'atteigne le ciel, il aurait une chance. Les Sith ne pourraient plus faire marche arrière car ils devraient rejoindre Odysia rapidement avant que la flotte impériale n'enlève le blocus autour de la planète. Il pourrait alors agir.

Il avait déjà réfléchi au moyen de détruire la Lune de Sekura. S'il tentait d'utiliser la Force de loin, caché dans un lieu sûr, tous les Sith présents dans le vaisseau le sentiraient et feraient obstacle à ces pouvoirs. Mais s'il parvenait à s'approcher suffisamment du générateur principal, il serait assez proche pour utiliser ses pouvoirs avant que les Sith aient le temps de lui barrer la route. Et si malgré tout, il ne parvenait pas à atteindre le générateur, alors il pourrait tenter de détruire l'une des trois tiges métalliques du vaisseau. Cela empêcherait certainement la Lune de Sekura d'utiliser sa puissance de feu. Il y avait énormément de risques dans ce plan, et Ben avait conscience qu'il lui faudrait agir en fonction des évènements mais il savait qu'il devait le faire. La véritable question était: aurait t-il la force nécessaire?

Il aurait aimé dire qu'il n'avait pas peur, qu'il était un chevalier Jedi ayant le contrôle de ses émotions. Mais à l'idée d'affronter ces anciens compagnons Jedi ainsi que les Sith qui l'avaient accueilli dans leur demeure...Et surtout l'être qu'il aimait le plus dans l'univers, il sentait son coeur battre de façon incontrôlable malgré la conviction qu'il devrait prendre les armes. Comment pourrait t-il se battre avec une telle terreur en lui? Il lui était impossible de fermer les yeux sur le massacre que les Sith allaient faire, mais il lui serait aussi impossible de sauver Odysia s'il ne se débarrassait pas de ces scrupules. Face à la mort de milliards de personnes, ses sentiments personnels n'avaient pas lieu d'être, il devait agir en parfait Jedi, sans émotions.

Ben avait toujours cru en ces sentiments, ils avaient fait sa force. Sans sa foi en l'humanité, il n'aurait pas survécu sur Sekura, mais ces émotions se retournaient maintenant contre lui. Mais même si ces sentiments l'empêchaient de vaincre les Sith, alors il mourrait au moins en ayant essayé d'empêcher l'univers de basculer davantage dans la folie.

Non, je ne peux pas raisonner comme ça. Si je meurs en laissant des dizaines de cadavres de Sith derrière moi, et sans être parvenu à sauver Odysia, j'aurais tout perdu pour rien. La vie de Bastila et des autres Sith...Tout ce que j'aurais pu encore vivre et découvrir...Je ne peux pas sacrifier tout cela si je n'arrive pas à empêcher la destruction d'Odysia. Ce serait un gâchis total, mieux voudrait ne pas combattre alors. Je dois le faire ou ne pas le faire. Mais il ne peut y avoir d'essai.

Perdu dans ses pensées, Ben n'avait pas remarqué qu'une personne venait d'entrer dans la pièce. Ce n'est qu'en tournant le regard vers la vitre qui délimitait sa prison, qu'il vit Kraten de l'autre côté du mur de verre. Ses yeux étaient embrouillés et son visage fatigué, comme s'il n'avait que peu dormi ces derniers temps. Il était vêtu d'une robe entièrement noire, à la fois élégante et imposante. Il portait également une longue cape maintenue par une broche faite en argent, tout comme sa ceinture sur laquelle était fixé son sabre laser. Ben comprit qu'il devait s'agir d'une tenue de guerrier Sith qu'ils ne devaient revêtir que dans les batailles importantes à livrer. Ainsi, tous s'apprêtaient déjà à partir en guerre contre l'empire.

Seulement, si tout se déroulait comme le plan prévu par l'empereur des ténèbres, ils n'auraient pas à combattre un seul vaisseau de la flotte impériale pour remporter la victoire. Il leur suffirait de tirer leur rayon mortel à une distance suffisante pour ne pas être touché par l'explosion d'Odysia et alors toute la puissance invincible de l'armée impériale serait balayée en quelques secondes. En réalité, le seul adversaire qu'ils auraient peut être à combattre serait seulement Ben.

-Si je me fie à l'expression de ton visage, je ne suis pas le seul à passer de mauvaises nuits dans ce temple, remarqua Ben avec ironie.

-Ce que j'éprouve n'a pas d'importance, répliqua Kraten. Ce qui compte, c'est ce que tu ressens, toi, Ben.

Celui ci émit un rire sans joie. Il n'avait pas parlé avec Kraten depuis longtemps, depuis lors, il s'était déroulé tellement de choses. Dans son état de grande inquiétude, Ben ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la colère envers Kraten, qui, comme tous les autres Sith, ne lui avait rien dit sur la Lune de Sekura alors qu'il avait passé beaucoup plus de temps avec lui qu'avec Bastila.

-Et bien, je te laisse deviner, mon ami.

-Les Sith pensent que tu ne feras rien, dit Kraten. Ils ont beau te craindre, aucun d'eux ne semble penser que tu auras le courage de t'opposer à eux. Même maître Venkar ne veut pas admettre que nous courons vers l'affrontement. Mais au fond, je crois que les Sith veulent seulement se donner l'illusion que tout se passera bien. Mais ils ne te connaissent pas aussi bien que moi et Bastila. J'ai parlé avec elle et elle est convaincue que tu vas agir...Et moi aussi.

-Tu as oublié une troisième personne, ton grand Maître. L'empereur des ténèbres est sans doute persuadé lui aussi que je vais agir. Il ne m'aurait pas laissé la vie sauve s'il n'était pas sûr de ce que cela entraînerait.

-Même les plus fidèles partisans de notre ordre ne comprennent pas ces agissements, Ben et je n'ai moi même aucune envie de le défendre.

-Mais cela ne va pas t'empêcher de le suivre! s'exclama Ben. De le laisser tuer des milliards d'êtres humains! Tu trouves que c'est anormal ce que l'on me fait mais dans le même temps, tu ne protestes pas quand on te parle de génocide!

-Bastila m'avait dit que c'était peine perdue mais j'espérais quand même te faire entendre raison.

-Tu parles comme si c'était moi qui était dans le faux! Je n'arrive pas à croire que même toi qui as toujours été si lucide, tu t'apprêtes à commettre cette folie! Tout comme je n'arrive pas à croire que tu m'ai caché la vérité pendant si longtemps!

-Et qu'aurais tu voulu que je fasse? demanda Kraten qui commençait à s'énerver à son tour. Que je t'ignore comme Bastila, c'est ça?

-Non, que tu me dises la vérité, répliqua Ben les poings serrés. Que tu me fasses confiance comme si j'étais un ami que tu connaissais depuis toujours! Et pas que tu me laisses apprendre la nouvelle de la bouche de l'empereur des ténèbres au moment où il serait trop tard! Si tu me l'avais dit avant, j'aurais pu essayer de convaincre les Sith dés le départ de renoncer à ce massacre! Mais maintenant...Il est trop tard pour cela.

-Je suis désolé, Ben, dit Kraten qui semblait déboussolé.

-Être désolé ne suffit plus, répliqua sèchement Ben. Bastila a au moins compris cela, elle.

Kraten baissa la tête et son visage était presque invisible dans les ténèbres. A la faible lueur des flammes vertes, Ben put voir la tristesse sur son visage.

-Mais je n'ai pas la même force que vous deux, dit Kraten d'une voix faible. Je n'ai jamais été aussi lié à la Force que vous l'êtes, mais c'est principalement la force morale qui m'a toujours fait défaut. Si Bastila ne m'avait pas aidé sur Tatooine, jamais je n'en serais revenu vivant. Peut être ai je rejoint le côté obscur pour cela? Car j'étais faible. Néanmoins, même si mes pouvoirs sont décuplés, je n'ai pas assez de courage pour combattre mes amis. Bastila et toi, vous l'avez mais moi, c'est quelque chose dont je serais incapable. C'est étrange...J'ai accepté l'idée du sacrifice de milliards de personnes pour sauver l'univers mais devoir te tuer pour cela, Ben, cela m'est impossible, même si tu n'es qu'une seule personne.

Il releva la tête et son visage était ferme et résolu.

-Beaucoup parmi les nôtres savent que nous sommes amis. Et si tu choisis de prendre les armes, on me demandera certainement de te combattre. Mais sache que je refuserais. Cela m'attirera sans doute des ennuis mais c'est quelque chose que je ne pourrais pas faire. Mais tu sais que ce n'est pas le cas de Bastila car elle possède cette même force qui est en toi, Ben.

Kraten se détourna et commença à marcher vers la sortie. Ben ne savait pas quoi lui dire et préféra garder le silence. Mais arrivé à quelques mètres de la porte, Kraten s'arrêta.

-Depuis que je suis venu sur ces terres, il ne s'est pas passé un seul instant sans que j'éprouve l'envie de revoir la lumière. De contempler à nouveau les soleils de Yavin IV où tout était si paisible loin de la guerre et des tourments. Les ténèbres qui nous entourent m'oppressent autant qu'à toi, Ben. Je ne me complais pas dans le côté obscur, dans la haine et la violence, et c'est le cas de beaucoup d'entre nous comme tu l'as déjà vu. Moi aussi, j'aimerais quitter ce monde et trouver un endroit en paix où vivre loin de tout conflit. Mais même si j'ai oublié la dernière fois où j'ai été heureux, même si l'empereur des ténèbres m'effraie autant que toi, je sais que ce n'est qu'ainsi que nous pourrons sauver l'univers. Nous sommes les seuls à pouvoir le faire, aussi quand tu tenteras de nous en empêcher, je te demanderais une chose, Ben. Une faveur personnelle, en tant qu'ami. Celle de te souvenir de ce que tu as appris en ces lieux. Souviens toi que nous n'étions pas des monstres de haine mais de simples êtres humains qui se sont tournés vers la part de ténèbres qui existe en chacun de nous afin de survivre. Et si malgré tout ce qui est arrivé, tu parviens à ne pas oublier cela...Alors je pense que ton voyage vers Sekura n'aura pas été vain. A présent, je te dis adieu car il est fort possible que nous ne nous revoyions plus jamais. Adieu, mon vieil ami et...J'aimerais te dire "Que la Force soit avec toi" mais elle ne l'a été pour aucun d'entre nous.

Et il sortit de la pièce sans rajouter un mot. Ben savait au fond de lui qu'il ne reverrait sans doute jamais son ami mais son esprit était trop tourmenté pour qu'il trouve les mots à dire. Il se contenta de le regarder partir avant de tourner son regard vers la plaine de Sekura et ses ténèbres éternelles. Son coeur semblait peser comme une pierre dans sa poitrine mais pas en raison de la noirceur qui l'entourait. Il savait que la Lune de Sekura pouvait décoller à tout moment et qu'il lui faudrait alors enfin agir et arrêter cette folie.


Zender marchait dans les rues de la cité blanche comme un fantôme. Il avait à peine conscience des milliers de gens qui couraient autour de lui, se précipitant vers les vaisseaux de transports afin de quitter au plus vite leur monde natal. Tout son esprit était entièrement focalisé sur les ténèbres qui obstruaient le ciel. L'empire était enfin arrivé.

Ces innombrables vaisseaux avaient jailli de l'espace en un instant, et tous les Jedi présents sur Odysia avaient ressenti la puissance terrifiante qui se dégageait de l'armée impériale. Lorsque les vaisseaux avaient été si nombreux qu'ils étaient visibles dans le ciel, les habitants de la cité blanche avaient hurlé de terreur et la panique s'était répandue parmi eux. Leurs hurlements terrifiés combinés à l'aura oppressante de l'empire étaient comme des coups de poignards à travers la Force. Zender sentait à chaque instant la peur qui l'entourait et l'ambition de conquête et de sang qui planait au dessus de lui. Et face à une telle folie, il devait lutter de toute son âme pour ne pas imiter les habitants d'Odysia et s'enfuir lui aussi, le plus loin possible de tout ce chaos. Comment pourrait t-il se battre le moment venu lorsque la peur aurait été décuplée?

Mais cela devait être bien pire pour Dabora. Elle devait ressentir chaque cri de terreur poussé sur Odysia avec une intensité telle que Zender n'aurait sans doute jamais pu supporter. Il réalisa avec plus de clarté que jamais à quel point les pouvoirs de Dabora avaient été un fardeau. Ce qu'il éprouvait actuellement face à la proximité de l'empire, elle l'avait éternellement ressentie. Depuis le début de la guerre, elle avait fait face à la folie et le chaos propagés par l'empire comme si l'armée impériale se dressait devant elle, même si elle se trouvait à des millions de kilomètres. Et malgré cet immense poids, elle continuait de se battre et elle était partie attendre l'arrivée de l'empire avec les autres Jedi.

Je n'ai pas le droit de faiblir maintenant. C'est pour elle que je suis venu sur cette planète, pour l'aider dans cette bataille. Mes souffrances ne sont rien comparer aux siennes. Pour la dernière fois, je dois être fort.

Et il continua ainsi à avancer, poussé par la volonté de rejoindre Debora. Dans son trouble, il ne remarqua même pas qu'un jeune garçon avait jailli de la foule, courant à toutes jambes vers lui.

-Monsieur!

Zender regarda l'enfant qui l'avait interpellé. Il ne devait avoir que sept ou huit ans. Malgré la terreur qui les entourait, le garçon ne semblait pas avoir peur à la grande surprise de Zender. Son visage était étrangement émerveillé et ses yeux brillaient tandis qu'il regardait le Jedi.

-Ils disent tous que l'empire va arriver, dit le garçon avec une drôle d'excitation dans la voix. Ma maman dit qu'il faut partir avant qu'ils nous attrapent. Mais vous allez nous sauver, n'est ce pas? Parce que vous êtes des Jedi, hein?

Zender comprit alors que c'était de l'espoir qui brillait dans les yeux de l'enfant. Sans doute avait t-il été bercé durant son enfance par les contes qui glorifiaient le mythe des Jedi. C'était peut être la première fois de sa vie qu'il voyait des Jedi de ses propres yeux et il était certainement persuadé qu'ils avaient le pouvoir de vaincre l'empire, que comme les héros des contes ils pouvaient vaincre n'importe quel obstacle. Face à une telle admiration, Zender se sentit faible et il éprouva le sentiment de ne pas mériter son titre de chevalier.

-Vous êtes bien un Jedi, non? insista l'enfant devant le silence de Zender. Vous avez un sabre laser alors vous en êtes forcément un! Vous allez nous sauver, n'est ce pas?

-Je ne sais pas..., répondit Zender.

Il aurait voulu mentir. Dire à ce jeune garçon rempli d'espoir qu'il n'avait rien à craindre, que l'empire ne l'attraperait jamais. Mais avec le chaos qui les entourait, et cette assurance qu'ils ne pouvaient tenir tête à l'empire, il lui était impossible de prétendre le contraire. Son désespoir était si grand qu'afficher de l'optimisme devant cet enfant lui semblait relever de la pure hypocrisie.

L'enfant sembla déboussolé par cette réponse. La lueur qui brillait dans ses yeux avait disparu et il regardait Zender sans avoir l'air de comprendre. Une femme arriva vers eux en courant. Elle s'arrêta devant le garçon en reprenant son souffle.

-Où étais tu passé, bon sang? Je t'ai pourtant dit qu'il fallait partir tout de suite!

-Maman, est ce que c'est un Jedi? demanda l'enfant en désignant Zender du doigt.

La mère du garçon avait l'air épuisée et Zender sentait à travers la Force qu'elle était sur le point de s'évanouir. Elle devait sans doute lutter pour ne pas céder à la panique avec la menace si proche de l'empire. Elle n'avait peut être même pas entendue la question de son fils, ni remarquer la présence de Zender, car elle prit le jeune garçon par la main et l'entraîna vivement vers la foule qui fuyait en courant pour atteindre les vaisseaux de transports. L'enfant tourna la tête une dernière fois en direction de Zender et le Jedi put voir que son visage était crispé, comme s'il était sur le point de pleurer.

Il resta un moment seul et immobile alors que les habitants d'Odysia couraient autour de lui, en espérant fuir l'empire, certains le bousculant sans demander pardon. Il sentait un vide en lui, un vide qui fut petit à petit remplacer par autre chose. Zender comprit qu'il s'agissait de la colère. La colère face à un empire sans pitié qui n'hésitait pas à tuer des enfants comme ce jeune garçon. Un jeune garçon qui vivait peut être ses dernières heures car il y avait de grandes chances que son vaisseau de transport soit détruit par la flotte impériale. Il se demanda quelles seraient les dernières pensées de l'enfant si jamais son corps était anéanti par un vaisseau impérial. Aurait t-il en lui l'image de Zender, du Jedi impuissant qui n'avait pas pu le protéger?

Il laissa la colère se déverser en lui car elle lui faisait du bien. Elle chassait sa peur et il avait presque envie de combattre l'empire, de lui faire payer tous ses crimes. Il reprit sa marche mais son pas était beaucoup plus rapide et il percevait avec plus de clarté ce qui l'entourait, et ce à quoi il devrait faire face. Plus que jamais, il comprenait pourquoi Bastila et Kraten avaient rejoint les rangs des Sith, pourquoi ils avaient choisi de céder à la haine pour combattre l'empire. Sans doute avaient t-ils dû faire face sur Tatooine à une armée aussi colossale et sans aucun espoir de victoire, même si Zender ne comprenait pas comment ils auraient pu survivre à une telle bataille. Zender savait que s'il avait été présent à leurs côtés sur Tatooine ou s'il n'y avait pas eu Dabora pour l'empêcher de quitter l'ordre Jedi, il porterait lui aussi la tenue des Sith. Zender était persuadé qu'il n'était pas le seul Jedi à éprouver ce sentiment, mais il se demanda ce qu'il en était de ses amis. Dabora n'aurait jamais rejoint le côté obscur, il en était persuadé, elle ne succomberait jamais à la haine. Tendor était sans doute trop fier ou trop imprégné des codes Jedi pour les abandonner. Kurnez avait une force mentale trop grande pour laisser ses émotions l'envahir. Mais Zender ne put s'empêcher de se demander ce que Ben aurait ressenti s'il avait été à sa place.

Zender marcha encore pendant quelques minutes, croisant sans cesse des habitants terrifiés sur son chemin, avant de parvenir à l'extrémité nord ouest de la cité, là où le général Meliak avait décidé de baisser volontairement les défenses du dôme doré et de laisser l'empire s'engouffrer dans la capitale d'Odysia. Les rues y étaient étroites et au dehors d'une grande place de marbre blanc où une fontaine se dressait au centre, il serait difficile pour une armée d'y manoeuvrer. Kurnez avait eu raison en pensant que les Jedi seraient mieux exploités dans cette bataille. Zender pensa au nombre de soldats impériaux qu'il pourrait terrasser avec son sabre laser dans cet espace réduit où ses adversaires pourraient à peine bouger, gênés par leur trop grand nombre. L'empire allait s'emparer d'Odysia, c'était un fait indéniable, mais il allait le payer cher. Bientôt, la cité blanche serait éclaboussé du sang impérial et les Jedi seraient les premiers à faire couler le sang.

Voilà de bien sombres pensées pour un Jedi, songea Zender. Peut être cet enfant avait t-il raison de douter? Je n'ai plus grand chose en commun avec les Jedi.

Zender regarda autour de lui. Des centaines de Jedi étaient déjà rassemblés sur la grande place et Zender sentait la présence de milliers d'autres chevaliers, positionnés dans les immeubles aux alentours ou se dirigeant également vers le lieu de la bataille. Tendor avait vu juste, il devait y avoir trois mille chevaliers sur la planète. Même sur Yavin IV, Zender n'avait jamais vu un tel rassemblement de chevaliers Jedi. En temps normal, une telle concentration de la Force l'aurait sans doute apaisée mais il ne percevait pas ni la paix ni le calme chez les chevaliers. Beaucoup de jeunes Jedi dégageaient un sentiment grandissant de colère, certains ne cherchaient même pas à la cacher, cette émotion leur évitait d'avoir peur et de craindre la bataille à venir. Les violents sentiments qui émanaient des Jedi à travers la Force ne faisait qu'accroître la propre rage de Zender. D'autres Jedi, les plus âgés, affichaient un profond mutisme et semblaient méditer sur leur existence qui allait bientôt prendre fin. Le vieil homme qui avait pris la parole lors du conseil de guerre gardait les yeux constamment baissés sur le sol, comme s'il ne pouvait plus relever la tête. Ce n'était guère une vision réconfortante et Zender était ébahi en pensant au nombre de chevaliers Jedi qui allaient mourir pour ralentir la progression de l'empire. C'était un grand sacrifice et il se demanda si celui ci en valait vraiment la peine.

Et puis il vit Dabora. Assisse sur la fontaine, en retrait des autres Jedi, elle avait elle aussi les yeux fixés sur le sol. Elle était aussi immobile qu'une statue, mais Zender la connaissait suffisamment bien pour savoir que son esprit devait être en proie à une véritable tempête. Passant entre les Jedi qui ne lui accordèrent pas un regard, Zender se rapprocha d'elle. Lorsqu'il arriva devant elle, Dabora leva les yeux vers lui. Malgré le sourire rassurant qu'elle voulut afficher, Zender vit dans ses yeux argentés qu'elle était à bout de forces. Alors que la bataille était éminente et que les ténèbres n'avaient jamais été aussi proches, Zender trouva que de simples mots offriraient un bien maigre réconfort. Il la prit alors dans ses bras et la serra contre lui avec toute la force de son amour. Il était trop tard pour faire marche arrière, tout allait bientôt s'achever. Son propre sort lui importait peu, mais plus que jamais il pensa qu'elle n'aurait jamais dû se trouver au milieu de ce chaos.

-Et pourtant je suis là moi aussi, remarqua Dabora avec un léger rire. Et il est aussi trop tard pour avoir des regrets.

-Je suis désolé, dit Zender en soupirant, c'est juste que...

-Je sais ce que tu penses, l'interrompit Dabora, et malgré tout ton désespoir, tu es toujours là pour moi.

Elle resserra brièvement son étreinte, puis se dégagea et lui adressa un sourire illuminé. Ses yeux argentés semblaient moins troublés comme si la présence de Zender parvenait à l'apaiser. Le Jedi s'aperçut soudain que sa colère qui n'avait cessée de croître s'était estompée, et tandis que son esprit était focalisée sur Dabora, oubliant presque la menace qui planait au dessus d'eux, il éprouva une vive mélancolie.

-Si seulement...si seulement nous avions une chance de survivre, une infime chance de vaincre l'empire. Attendre la bataille en étant persuadé que nous mourrons tôt ou tard, c'est...C'est inhumain.

-Nous n'aurions jamais pu nous préparer à cela, dit Dabora d'un ton apaisant. C'est impossible d'être prêt pour ce qui nous attend.

-J'ai...j'ai raté tellement de choses, dit Zender avec un rire amer. Tellement d'occasions... j'ai l'impression que je n'ai jamais profité de la vie autant que j'aurais pu le faire. Je ne m'en étais jamais autant aperçu.

-Et tu crois que je ne pense pas la même chose en cet instant? demanda Dabora avec son air malicieux.

-Le général Meliak avait raison...Il nous reste tellement de choses à vivre. Durant notre formation de Jedi, on nous a enseignés sans relâche qu'un Jedi ne doit pas craindre la mort mais accepter que tôt ou tard, nos esprits partiront un jour rejoindre la Force. Pourtant, je n'aurais jamais imaginer mourir si jeune.

-C'est un immense sacrifice pour nous tous, dit Dabora. Et je sais que c'est encore plus dur pour toi parce que tu n'es pas convaincu que cela en vaut la peine. Tu n'es là que pour me protéger sinon tu serais sans doute parti rejoindre les Sith, comme Bastila et Kraten.

Même s'il la connaissait depuis toujours, Zender fut une fois de plus impressionné de la facilité avec laquelle Dabora lisait dans son esprit. Mais pourtant, cela ne le dérangeait pas. D'un certain point de vue, c'était réconfortant d'avoir au moins une personne à ses côtés qui le comprenait si bien. Les pouvoirs de Dabora n'avaient pas vraiment été un fardeau pour Zender, c'était peut être même grâce à eux qu'il était tombé si amoureux de cette Jedi aux cheveux blancs, aux yeux argentés et au visage si jeune.

-Tu sais, j'aimerais vraiment que tu comprennes mieux les Jedi, poursuivit Dabora. Les valeurs que nous défendons, en tant que chevaliers, sont primordiales pour l'avenir. Ce n'est qu'avec cette foi dans la paix et la justice que la terreur de l'empire pourra un jour s'estomper. Penses à ce jeune garçon que tu as croisé en venant ici. Si même nous les Jedi, nous n'arrivons plus à défendre l'espoir et l'amour, qui le fera pour lui? Où trouvera t-il la lumière dans un univers en proie au chaos?

-Tu as sans doute raison, admit Zender. Au fond de moi, je sais que ce que nous faisons n'est pas inutile, et que notre sacrifice ne sera pas vain. C'est davantage une question de volonté, il semble tellement facile de baisser les bras. Je ne suis même pas sûr que Ben, qui était le plus puissant d'entre nous, aurait gardé sa foi inébranlable en l'humanité face à une telle armée de ténèbres. J'aimerais en avoir la certitude mais je ne l'ai pas.

Pour la première fois, il tourna ses yeux vers le ciel qui était presque entièrement noir. La puissance colossale de l'empire l'accabla plus que jamais.

-Quand on pense à tout ce que nous avons vécu dans notre apprentissage de Jedi. Nous avons maintes fois risqués nos vies mais jamais nous n'avons affrontés un tel ennemi. Rien dans notre formation ne nous y avait préparé. Cela fait tellement longtemps que l'empire renforce sa domination sur l'univers. Avec un tel chaos dans la galaxie, très peu de gens doivent croire en cet amour invisible que l'ordre Jedi défend...Très peu de gens...

-Et toi, tu n'y crois pas?

Sa voix semblait tellement brisée que Zender détacha son regard du ciel et regarda à nouveau Dabora. Ses yeux argentés ne brillaient plus et malgré ses cheveux blancs, jamais son visage n'avait paru aussi jeune, aussi fragile.

-Bien sûr que oui, j'y crois! s'empressa de rajouter Zender. Tu le sais bien, non?

-Oui, je le sais, dit Dabora en détournant les yeux.

Il l'avait blessée avec ses propos et il se sentit confus et misérable.

-Je suis vraiment désolé. Je ne suis présent sur cette planète que pour te soutenir, et je passe mon temps à me plaindre et me lamenter. Même avec toi, je suis vraiment un piètre chevalier Jedi...

-Non ce n'est pas vrai, répliqua Dabora en se levant. A mes yeux, tu es un vrai Jedi.

-C'est vrai? demanda Zender, surpris.

-Tu traverses avec moi la galaxie, tout cela pour venir m'aider en plein coeur de l'enfer. Que pourrais je souhaiter de plus?

Elle lui adressa à nouveau un sourire qui semblait aussi étincelant que ses yeux argentés.

-Tu es mon chevalier Jedi...

Et en cet instant, Zender se sentit plus heureux que jamais. C'était presque comme si les ténèbres au dessus d'eux n'avaient jamais existé. Il avait l'impression qu'un soleil brûlait dans sa poitrine. Dabora lui faisait maintenant face.

-Alors, c'est tout ce qui compte pour moi, dit Zender. Je ne suis pas en enfer car tu es là toi aussi. Je suis là uniquement pour toi, Dabora. Uniquement pour toi...

Et sans se soucier des centaines de Jedi qui les entouraient, il l'embrassa pour la deuxième fois avec tout l'amour qu'il éprouvait pour elle, et Dabora répondit à son baiser avec la même force. Ils restèrent entrelacés durant un long moment, car ils savaient tous les deux que c'était la dernière fois qu'ils n'étaient pas oppressés par la terreur qui planait dans le ciel. Puis, lentement, leurs lèvres se séparèrent mais ils ne se dégagèrent pas de leur étreinte. Zender avait l'impression qu'il pouvait passer l'éternité à contempler ses yeux argentés. Ce ne fut qu'après un moment qu'il se rendit compte en même temps que Dabora de la présence de Tendor à leurs côtés.

Ils s'écartèrent l'un de l'autre, un peu gênés mais Tendor affichait un sourire amusé. Zender ne lui avait pas vu depuis longtemps une expression aussi joyeuse.

-Bastila et Sélène étaient persuadées que cela arriverait un jour, dit Tendor en riant. Et cela aurait beaucoup amusé Ben et Kraten.

Puis son sourire s'effaça et il leva les yeux vers le ciel avant de se tourner à nouveau vers Zender et Dabora. Son visage s'était assombri et son regard avait retrouvé la gravité qui lui était devenue habituelle.

-Nous n'avons plus beaucoup de temps, les troupes de l'empire ont atterri sur la planète. Ce n'est qu'une question de minutes avant que les premiers tirs n'atteignent la cité. Si tout se passe comme le général Meliak l'a prévu, cette partie du dôme devrait s'effondrer -il désigna du doigt le mur doré derrière eux- et l'empire mènera ses troupes par cette brèche. La moitié des Jedi vont se positionner dans les immeubles autour de la grande place et l'autre moitié plus loin dans les rues de la cité. Nous allons laisser l'empire amener autant de troupes que possible dans la cité et le moment venu, les Jedi présents sur le sol mèneront une attaque de front sur l'armée impériale tandis que les autres chevaliers jailliront des immeubles pour prendre l'empire à revers. Pris entre deux assauts, les soldats impériaux seront déroutés et leur faible liberté de mouvement devrait d'autant plus les gêner. Nous pourrons ainsi abattre un grand nombre de soldats de l'empire sans subir trop de pertes. Malheureusement, cet effet de surprise ne pourra pas durer et les Jedi devront se rassembler dans la grande place pour affronter le flux continu des soldats de l'empire. Mais si nous leur faisons subir de trop grandes pertes, il est possible que l'empire prenne peur et décide de se replier temporairement. Cela nous laissera davantage de temps pour évacuer les citoyens.

Il posa une main sur l'épaule de Zender et l'autre sur l'épaule de Dabora. Jamais son visage n'avait été aussi déterminé.

-L'empire va s'emparer de cette planète mais nous allons lui faire regretter durement cette bataille. Ce sera la plus belle résistance auquel l'empire aura été confronté. Il ne sera pas dit qu'Odysia sera tombée sans que le sang ait abondamment coulé. Surtout n'abandonnez pas! Promettez moi de ne pas cesser le combat avant que l'empire soit vaincu ou que nous partions rejoindre la Force!

Malgré les différents qu'ils avaient eu, Zender admirait la volonté de Tendor, qui, en dépit de la mort certaine qui les attendait, ne se laissait pas envahir par le désespoir et affichait au contraire une volonté farouche de combattre. Sa détermination était communicative et Zender comprenait mieux pourquoi Tendor avait été élu membre du conseil des Jedi, malgré son jeune âge.

-Il est indéniable que l'empire va subir de très lourdes pertes, lança une voix à leur droite.

C'était Kurnez qui venait de parler. Il avait dit cela sur le ton de la conversation et il semblait d'ailleurs être le seul Jedi à conserver un calme impassible. A l'inverse des autres chevaliers qui avaient les yeux rivés sur le sol, Kurnez contemplait le ciel chargé de ténèbres mais son visage n'exprimait ni la peur ni la colère. Plus que jamais, Zender fut impressionné par sa force mentale, une volonté de fer qu'il n'aurait sans doute jamais pu acquérir.

-Même si notre mort est inévitable, je préfère plutôt penser qu'il est inévitable que l'empire subisse d'incroyables pertes, poursuivit Kurnez d'un ton léger en souriant. Cette soif de violence n'est pas vraiment conforme à l'éthique des Jedi, mais cela vient peut être du sang qui coule dans mes veines. Finalement, je n'ai pas vraiment réussi à oublier la brutalité de mon peuple, j'aurais dû être moins critique vis à vis de Bastila et Kraten.

Dabora eut un léger rire et Zender sentit un sourire lui monter aux lèvres. C'était étrange de voir à quel point les plus terribles épreuves pouvaient être moins douloureuses avec des amis à ses côtés. Même s'il savait qu'il allait mourir, Zender réalisa la chance qu'il avait eu de connaître des personnes si extraordinaires et que ces personnes soient devenus ses amis les plus proches. Dabora, qui avait sans doute perçue sa pensée grâce à ses pouvoirs, lui serra la main et lui adressa un sourire radieux.

-Kurnez, dit Tendor en se tournant vers son ami, tu vas venir avec moi. Nous allons nous positionner dans les immeubles pour prendre l'empire par surprise. Zender, Dabora, allez avec les autres Jedi dans une rue plus éloignée. Nous devrons attaquer l'empire en même temps afin que l'effet de surprise soit total. Une fois les premières troupes vaincues, le plus dur restera à faire car nous devrons faire face au reste de l'armée et son flux infini de soldats. Peut être l'empire estimera t-il que ses pertes sont trop nombreuses et qu'il doit se replier? Ou bien il enverra ses soldats jusqu'à ce que nos forces nous abandonnent, sacrifiant autant d'hommes qu'il le faudra pour s'assurer la victoire? Quelque soit l'issue de la bataille, il est possible que ce soit la dernière fois que nous nous parlions, mes amis.

Avec un sourire triste, Tendor dressa le poing en avant. Zender posa sa main sur le poing de Tendor, Dabora posa la sienne sur la main de Zender, et Kurnez posa sa main sur celle de Dabora.

-Même si nous sommes séparés durant la bataille, dit Tendor, nos esprits resteront liés à travers la Force.

-Et même si la mort nous emporte, dit Kurnez, nos âmes rejoindront ensemble la Force et nous ne ferons plus qu'un avec elle.

-Ben, Bastila, Kraten et aussi Sélène, dit Dabora, un jour nous serons à nouveau réunis tous ensemble, dans la vie ou dans la mort.

-Je suis heureux d'avoir eu la chance de vous avoir comme amis, dit Zender. Cette amitié est plus forte que les ténèbres qui nous menacent et elle le restera quoiqu'il arrive.

-Alors dans ce cas, adieu mes amis, dit Tendor avec mélancolie. Ou plutôt, au revoir...

Leurs mains se séparèrent et Tendor, suivi de Kurnez, partit avec les autres Jedi dans les immeubles qui entouraient la grande place. Zender et Dabora suivirent les chevaliers qui partaient en direction des rues éloignées. Tandis qu'ils s'éloignaient du futur champ de bataille, Zender vit des centaines de chevaliers regroupés dans les rues de chaque coté du chemin. Cela lui faisait une drôle d'impression d'avoir été, si longtemps dans sa vie, mis à part des gens normaux pour son rang de Jedi, et de se retrouver ainsi un chevalier parmi tant d'autres au milieu d'une immense bataille.

Zender et Dabora vinrent finalement rejoindre une cinquantaine de Jedi rassemblés dans une rue à gauche, à quelques centaines de mètres de la grande place. Lorsque le moment serait venu, ils devraient tourner à gauche et courir sur quelques dizaines de mètres avant de rejoindre l'armée impériale. Ils se placèrent dans la première rangée de chevaliers. Il leur suffisait à présent d'attendre. Zender savait que ce ne serait pas long. Il serra la main de Dabora. Tout serait bientôt terminé.


C'était comme si le monde s'était déchiré en deux. Agenouillé devant la fenêtre de sa prison, essayant avec plus ou moins de succès de méditer avant la bataille, Ben avait été ramené à la réalité par un incroyable grondement qui avait fait trembler la terre. Les flammes vertes qui illuminaient la pièce vacillèrent sous l'onde de choc, leur lueur spectrale manquant de s'éteindre. Avec le tremblement de la pièce et la lumière vacillante des flammes vertes, la prison de Ben semblait baignée dans une aura surnaturelle comme s'il se trouvait aux portes de la mort. Mais ce n'était rien comparer à ce que le Jedi ressentait dans son esprit.

La Lune de Sekura s'apprêtait à décoller. Le moment était enfin venu. Il sentait toute la puissance du côté obscur qui habitait cette planète se déchaîner car le plus terrible artefact des Sith allait enfin accomplir son oeuvre. Il lui fallait agir maintenant. S'il n'arrivait pas à traverser le temple Sith et à rejoindre la Lune de Sekura avant son décollage, tout serait perdu. Les milliards d'habitants d'Odysia seraient impitoyablement sacrifiés. Et avec eux, des milliers de Jedi dont ces plus proches amis. Zender, Dabora, Tendor et Kurnez iraient eux aussi rejoindre la force. Et plus que l'ordre Sith, c'était Bastila qui se dressait sur son chemin pour l'empêcher de cesser cette folie.

Mais pourquoi n'arrivait t-il pas à se lever? Il n'y avait pas un instant à perdre, chaque seconde était comptée, il avait pourtant pris sa décision. Mais ses jambes semblaient s'être changées en plomb, son corps était toujours agenouillé et aussi immobile qu'une statue. Seuls ses yeux étaient ouverts mais il ne voyait que les ténèbres. Il portait toute la destinée de l'univers sur ses épaules et en cet instant décisif, cette responsabilité inhumaine l'empêchait de se lever, il ne pourrait jamais agir, il n'en avait pas la force.

Et alors, un élément dans le ciel attira son attention. Sans réfléchir, il se leva aussitôt et resta les yeux rivés vers le ciel obscur recherchant ce qui l'avait interpellé. Était ce son imagination ou bien la Force lui avait t-elle envoyée un signe?

Les deux Sith qui gardaient sa prison surgirent brusquement dans la pièce. Ils avaient empoignés leurs sabres lasers comme s'ils n'avaient fait qu'attendre un agissement suspect de Ben. Leurs armes Sith n'étaient néanmoins pas encore activées et ils regardaient Ben avec méfiance, attendant sa réaction. Le Jedi ne leur accorda aucune attention, pas plus qu'il ne se préoccupait du tremblement de plus en plus important qui parcourait le temple Sith. Il devait être sûr de ce qu'il avait vu. Mais il n'y avait que les ténèbres dans le ciel.


Les premiers tirs avaient heurté la cité blanche dans un grand fracas. Le dôme doré avait résisté aux assauts mais les immeubles avaient tremblés et Zender entendit au loin les hurlements horrifiés des habitants d'Odysia. A présent, la menace n'était plus seulement dans le ciel mais entourait la cité de toutes parts. Zender sentait la présence de l'armée impériale qui encerclait la cité. Ses dizaines, non, ses centaines de milliers de soldats grouillaient autour de la cité blanche comme une armée de monstrueux insectes. Ils cherchaient la moindre faille dans le dôme doré afin d'envahir la cité blanche. Zender sentait leurs pulsions meurtrières, leur soif de conquête et de sang inépuisable. Si les Jedi ne protégeaient pas la cité, il n'y aurait pas de survivants. Ces soldats, ces créatures de l'empire n'auraient aucune pitié, ce serait un véritable massacre. Dabora serrait la main de Zender tellement fort qu'il en avait presque mal.

-Je n'aurais jamais pensé vivre une telle bataille, lança une voix à sa gauche.

C'était le vieil homme aux yeux bleus étincelants qui avait parlé durant le conseil de guerre. L'expression de son visage était un mélange de peur contenue et d'une ironie amusée.

-J'ai passé toute ma vie à parcourir l'univers, poursuivit le vieil homme alors que de nouveaux impacts faisaient trembler la cité. J'ai vécu bien trop de combats mais ils ne sont rien en comparaison de ce qui nous attend. Dire que cette bataille est pour mes vieux jours. J'aurais aimé avoir cinquante ans de moins.

Les impacts sur le dôme doré étaient de plus en plus puissants, bientôt la protection de la cité allait s'effondrer mais pourtant ce vieil homme se remémorait sa vie passée avec un léger sourire aux lèvres. Zender et Dabora regardèrent le vieil homme d'un air amusé.

-C'est une belle façon de mourir, vous ne pensez pas? demanda Dabora. Jusqu'à la fin de votre vie, vous aurez servi la paix et la justice. Vous n'aurez pas à rougir devant vos ancêtres quand vous rejoindrez la Force.

-Alors que nous, vous voyez, dit Zender avec un sourire aux lèvres, on ne peut pas vraiment en dire autant.

Tous trois éclatèrent de rire mais leur rire fut étouffé par un grondement sourd suivi d'un éclat de verre. Le dôme doré était en train de s'effondrer. La partie nord-ouest s'apprêtait à tomber et si le général Meliak avait eu raison, l'empire s'engouffrerait par là.

-Préparez vous, lança un Jedi qui empoigna son sabre laser.

-Que la Force soit avec vous, mes enfants, dit le vieil homme. Autant qu'elle peut l'être en ces heures de ténèbres.

Dabora et Zender saisirent leur sabre laser, les autres Jedi faisant de même. Ils devraient bientôt activer leur sabre et foncer dans la bataille. A ce moment, une évidence incroyable jaillit dans l'idée de Zender. Il se tourna vers Dabora. Alors qu'ils faisaient face à la mort, après tout le temps qu'il avait passé avec elle, il ne lui avait jamais dit. Comment avait t-il pu être aussi idiot?

-Dabora, dit Zender, il faut que je te dise quelque chose...

-Ça ne sert à rien, dit Dabora d'une voix douce. Je le sais déjà, mon chevalier Jedi...

Zender regarda les yeux argentés de Dabora et il sut qu'elle avait une fois de plus lue en lui. Il y eut alors une détonation semblable au tonnerre, et tous les Jedi comprirent que le dôme doré avait cedé. Zender n'eut pas à attendre longtemps avant de vérifier si le général Meliak avait eu raison. Les forces de l'empire pénétrèrent aussitôt dans la cité blanche et Zender sentit des centaines de soldats impériaux qui avançaient à grand pas vers leur position.


Ben avait beau cherché de tout côtés, il ne voyait que des ténèbres dans le ciel de Sekura. Ce n'était qu'un effet de son imagination au bout du compte, un simple rêve qu'il avait cru voir matérialisé. Peut être que combattre l'ordre Sith et sauver Odysia était également un acte impossible à accomplir, même pour lui? Le grondement qui parcourait le temple Sith était plus puissant que jamais, mais la volonté de Ben semblait n'avoir jamais été aussi faible.

Mais alors qu'il s'apprêtait à se tourner vers les deux Sith qui lui faisaient face, le ciel obscur de Sekura s'entrouvrit et un rayon de lumière frappa le temple Sith et illumina la pièce. Émerveillé, Ben regarda la lumière du soleil qu'il contemplait enfin pour la première fois depuis une éternité. Les Sith derrière lui se protégèrent les yeux car ils n'étaient plus habitués depuis longtemps à la lumière du jour. Même Ben avait fini par s'habituer aux ténèbres de Sekura, et ces yeux pleuraient des larmes tandis qu'il contemplait cette lumière vive dont il ne pouvait détacher le regard. Il ne s'était pas trompé, il avait bien vu un éclat de lumière dans le ciel. Les ténèbres de Sekura s'étaient enfin estompées et pour la première fois depuis des temps lointains, la lumière s'était déversée sur la planète.

Puis, aussi rapidement qu'il était apparu, le rayon de lumière s'estompa et les ténèbres voilèrent à nouveau le ciel. Les deux Sith regardèrent avec stupéfaction Ben comme s'ils venaient d'assister à un miracle. Et avant même qu'ils puissent réagir, Ben leva les bras de chaque coté de son corps. Quelques secondes plus tard, les Sith entendirent un terrible vrombissement qui se rapprochait rapidement et au même moment, le mur de verre qui délimitait la prison de Ben explosa en mille morceaux et les murs de pierre furent transpercés par deux objets volants qu'évitèrent de justesse les Sith. Les sabres lasers de Ben Skywalker se positionnèrent alors au dessus du sol à côté de leur propriétaire, leurs lames indestructibles jaillissaient du manche des sabres et illuminaient la pièce d'une intense lueur verte et bleue. Le Jedi saisit ses sabres lasers et se tourna vers les Sith.

Dans ces yeux brillait une flamme ardente. Sa volonté était à nouveau sans limites comme durant son combat contre l'empereur des ténèbres. La Force lui avait donnée le signe qu'il espérait. Il pouvait sauver Odysia, vaincre l'ordre Sith à lui seul. Il pouvait réussir, non, il allait réussir. Qu'importe les obstacles qui se dresseraient sur sa route, son plus terrible combat avait enfin commencé et il allait vaincre cette épreuve.

Il ne lui avait fallu que quelques instants pour rappeler à lui ses sabres lasers dont les lames avaient percées les murs de sa prison. Il était un Jedi, il était libre et il avait une mission à accomplir au nom de l'humanité.

Tous ces évènements n'avaient que pour but de me conduire à cet instant, songea Ben. La véritable histoire du nouvel ordre Sith commence enfin.

Et alors, levant ses armes Jedi, il se propulsa dans les airs pour jaillir sur ses adversaires. Les Sith activèrent leurs sabres lasers, et les lames rouge sang se dressèrent dans l'obscurité. Pendant une fraction de seconde, la lumière jaillit encore dans le ciel de Sekura avant que les sabres lasers ne se croisent et que le sang commence à couler.


Attendre, attendre encore quelques secondes. Jamais l'empire n'avait été aussi proche. Zender entendait maintenant les pas réguliers des impériaux amplifiés par leur nombre titanesque. Il serrait dans une main son sabre laser et dans l'autre la main de Dabora. Ils devaient attendre qu'un maximum de soldats entre dans la cité afin d'en abattre le plus grand nombre possible.

Il attendit encore. Les Jedi autour de lui étaient tous tendus, prêts à bondir sur leurs adversaires. Quelques secondes s'écoulèrent encore, les plus longues de toute sa vie. Et enfin une pensée commune traversa les Jedi, leurs esprits liés à travers la Force surent que le moment est venu. Il entendit la voix de Tendor dans sa tête:

Maintenant mes frères, ceci est notre dernier combat de Jedi. Pour la paix et la justice! Pour Odysia! Pour la Force!

Zender lâcha la main de Dabora et de l'autre activa son sabre laser. Une lame verte jaillit de son sabre en même temps que des milliers de lames indestructibles tout autour de lui. Zender sentit que le vrombissement simultané des milliers de sabres lasers provoqua la panique dans les rangs des impériaux. Alors les Jedi commencèrent à courir vers l'armée invincible de l'empire. Ils tournèrent à gauche et se trouvèrent face à face avec la première rangée de soldats impériaux, quelques dizaines de mètres les séparant.

Les soldats impériaux portaient tous d'épaisses armures noires. Sur leur torse était gravé le symbole de l'empire: trois cercles rouges dont les centres se rejoignaient en formant un triangle. Même leur visage était masqué par un casque noir en forme de tête de mort. Deux petites ailes de métal noir étaient fixées sur les côtés du casque et leurs yeux étaient masqués par deux globes métalliques d'un rouge perçant. Ils avaient l'air d'oiseaux porteurs de mort, descendus du royaume des ténèbres pour punir les mortels. Ils portaient tous un fusil blaster d'une taille démesurée. Il était difficile de croire qu'il y avait des humains derrière ces armures de métal.

Zender courut avec les autres Jedi vers les soldats impériaux. Dabora courait elle aussi à sa gauche, un sabre laser à lame argentée dans la main, tandis que le vieil homme brandissait une lame aussi bleue que ses yeux étincelants. Tandis qu'ils couraient, des dizaines d'autres Jedi ,brandissant leurs sabres, surgirent de ruelles adjacentes pour rejoindre leurs rangs. L'éclat combiné de leurs sabres lasers était si fort qu'il se refléta sur les amures des soldats impériaux. Ceux ci semblèrent aveuglés par la lumière des armes Jedi et leurs premiers tirs de lasers furent imprécis et facilement renvoyés par les Jedi.

Alors qu'il repoussait de nouveaux tirs impériaux d'un grand coup de sabre , Zender vit des centaines de chevaliers Jedi jaillir du haut des immeubles autour de la grande place pour se jeter en plein milieu de l'armée impériale. Leurs sabres lasers brillaient à plusieurs centaines de mètres au dessus du sol avant de s'abattre sur les impériaux.

Pris entre deux assauts de sabres lasers, les soldats de l'empire furent désorientés et hésitèrent sur l'ennemi à combattre en premier. Leur nombre impressionnant, combiné à leur faible mobilité dans les rues étroites de la cité, les empêchèrent de se mouvoir facilement, et dans leur confusion des soldats impériaux tombèrent à terre. Des dizaines d'autres, complètement paniqués, tirèrent des centaines de rayons lasers au hasard. Plusieurs tirs touchèrent des soldats impériaux et les Jedi renvoyèrent aisément les lasers de l'empire.

Les rangées de soldats s'effondraient, les soldats transpercés de lasers tirés par leurs camarades ou renvoyés par les sabres lasers des Jedi. Avant même qu'ils aient le temps de se ressaisir, les soldats impériaux furent terrassés par l'assaut des Jedi.

Zender abattit son sabre laser avec plus de force qu'il n'en avait jamais eu. Les soldats impériaux étaient si nombreux que chaque coup porté était fatal. Il trancha la tête d'un soldat qui lui faisait face, un autre pointa son fusil blaster vers lui. Il dévia le laser qui toucha un autre soldat de l'empire, et tua son adversaire d'un grand coup de sabre. A ses côtés, Dabora et le vieil homme maniaient leur sabre laser à une vitesse incroyable, terrassant tous les impériaux qui les entouraient. Dabora semblait être entourée d'arcs de lumière argentée et au loin, Zender vit Tendor et Kurnez, au beau milieu de l'armée impériale avec des centaines d'autres Jedi, abattant leurs lames bleues et vertes sur leurs ennemis.

Un rayon laser passa à quelques centimètres de son visage, lui arrachant quelques cheveux blonds. Sa concentration devait être totale dans cette bataille. Il renvoya quatre rayons lasers vers des soldats impériaux, et il se propulsa dans les airs à plusieurs dizaines de mètres au dessus du sol, sa cape de Jedi flottant sous l'effet du vent, suivi de prêt par Dabora. Il atterrit au milieu d'une dizaine de soldats impériaux et d'un grand coup circulaire, il ôta la vie à cinq soldats tandis que Dabora abattait deux autres impériaux avec sa lame argentée. En même temps, Zender et Dabora tranchèrent la tête du soldat qui leur faisait face et le dernier adversaire, ne sachant quel Jedi viser, fut transpercé par les deux lames indestructibles. Zender et Dabora retirèrent leurs lames en même temps et avant que le corps du soldat s'effondre, ils étaient déjà repartis vers la bataille où brillaient des centaines de sabres lasers face à des milliers de tirs impériaux, et où le sang jaillissait déjà au milieu des hurlements de rage et de terreur.