Playlist :

Storm In A Teacup, Red Hot Chili Peppers, Stadium Arcadium : Mars.

MyDsmbr, Linkin Park, Reanimation.

We Are Sex Bob-Omb, Sex Bob-Omb, Scott Pilgrim VS The World OST.


Beware : Spoils du film « Scott Pilgrim VS The World ».

Beware bis : Présence d'un peu de sexe dans ce chapitre aussi.


X.

—Vous êtes des monstres sans cœur, affirma Ondine quand elle arriva près de Sacha et Flora qui contemplaient la vitrine, cinq boutiques plus loin.

Elle tendit le sachet de la bijouterie à Sacha dans un geste respirant l'agressivité et elle les regarda, chacun à leur tour, furax.

—Je ne peux même pas concevoir que vous ayez dit à mon joaillier que ses créations sont laides et trop chères.

—Mais c'est…

Sacha ne continua pas, son regard se portant sur la bague de fiançailles qu'avait enfilée Ondine. Une sorte d'anneau en or jonché d'un énorme diamant tape-à-l'œil. Il pinça les lèvres et se força à ne rien dire. De toute façon, ça ne le concernait pas. Flora contempla les échanges de regard entre ses deux amis et elle haussa les épaules.

—On savait pas, Misty, que c'était lui qui avait fait ça…

—Je vous remercie, je n'avais pas prévu d'acheter chez lui aujourd'hui, je voulais juste y passer pour récupérer la paire de boucles d'oreilles que je porterai à la soirée de bienfaisance chez les Chen au début de l'année 2011. Félicitations. Vous venez de faire une gaffe à deux cents milles dollars.

Ils déglutirent et baissèrent la tête, tandis qu'Ondine boitillait vers son salon de thé. Elle s'arrêta en voyant qu'ils ne la suivaient pas et elle lança :

—Ben alors, qu'est-ce que vous attendez ?

Ils se précipitèrent vers elle d'un pas rapide, et la rejoignirent quand elle s'installait à une table en souriant, Flora s'installant à côté de l'héritière, tandis que Sacha se mettait en face en bougonnant qu'il n'aimait pas le thé. Ondine lui tira la langue en demandant la carte en trois exemplaires.

—Et celle avec les prix, ne la donnez pas à monsieur, mais à moi.

—Bien sûr, mademoiselle Waters.

Flora observa le type derrière le bar qui venait de parler avant de se tourner vers son amie.

—Tout le monde te connaît, ici ?

—Oui, confirma Ondine en tendant son pied sous la table pour donner un coup de chaussure dans le tibia de Sacha qui sursauta légèrement avant de répondre aux appels pédestres de l'héritière. C'est normal, ce centre commercial…

—… appartient à la Waters ? acheva Sacha.

—Non, quelle idée ! s'insurgea Ondine. Boston tout entier ne m'appartient pas ! Ce centre commercial, disais-je avant d'être sauvagement coupée par un goujat, m'a vue grandir, c'est là que Mère nous traînait, Daisy, Vio et moi pour faire du shopping.

—Et l'horreur que tu as au doigt, demanda Flora, c'est quoi ?

—La preuve que Chen est un parvenu sans le moindre goût. Je vous jure que c'est moi qui choisirai les alliances, parce que la bague de fiançailles est affreuse.

Sacha se planqua derrière la carte pour laisser une petite vague de tristesse l'envahir. L'idée de ce mariage le répugnait. Flora en rajouta une couche sans le savoir :

—Misty, tu vas vraiment laisser Régis te dépuceler ?

—Oui, pourquoi ? Je ne devrais pas ?

Sacha se retint de grogner que non, elle ne devrait pas. Qu'elle devait s'offrir à quelqu'un qu'elle aime et non pas à cet imbécile de Régis Chen. Certainement pas à ce connard de Régis Chen.

Entre eux, il y aurait toujours une fille visiblement. La première avait été Flora. Ils s'étaient disputés à son propos, avant que Régis ne parte dans son monde de riches, le parvenu était venu demander à Sacha d'éconduire Flora une bonne fois pour toutes et de façon sèche et cruelle, pour qu'il puisse la courtiser sans peine. Mais Sacha avait refusé d'être méchant avec son amie, affirmant que cet amour lui passerait.

À présent, c'était l'héritière qui se dressait entre eux. Régis serait l'homme de la vie d'Ondine, tandis que lui serait sûrement oublié, quand elle serait guérie. Dans deux semaines, elle passerait à autre chose et lui aurait de quoi composer pour quelques années. Quelle idée stupide de tomber amoureux d'une fille pareille.

—Franchement, répondit Flora, non. Personne n'ira fourrer une bougie entre tes cuisses pour vérifier si ton hymen est intact pendant ta nuit de noces. Je pense sincèrement que tu devrais trouver quelqu'un que tu aimes pour passer dans son lit.

Ondine se retint de lancer un long regard pénétrant à Sacha. Elle était déjà dans le lit de quelqu'un qu'elle aimait de tout son cœur. Mentalement, elle se gifla. Qu'elle ne le pense pas ainsi, pardieu. Ça la faisait rêver, de l'imaginer comme ça. Oui, elle aurait voulu donner sa virginité à quelqu'un qu'elle aime, mais comment le pourrait-elle ? Cinq jours qu'ils étaient ensemble et il refusait de la toucher, de l'effleurer intimement. Il acceptait à peine qu'elle dorme nue avec lui – ce qu'elle faisait quand même, bien sûr, juste pour l'embêter. Ça le mettait mal à l'aise, affirmait-il dans ces moments.

Elle haussa les épaules.

—Ça changerait quoi ? Que Régis soit le premier ou le deuxième, je ne suis pas amoureuse en ce moment.

—Et Jacky ? s'étonna Flora en refermant la carte.

Ondine rosit et sourit doucement sans même pouvoir s'en empêcher. Sacha, sous la table, retira son pied de la caresse que lui offrait Ondine, s'attirant un regard stupéfait de l'héritière. Elle s'apprêta à répondre quand le serveur s'approcha d'eux, pour prendre leur commande. Ondine commanda un thé noir aux clous de girofle, Flora un thé orange cannelle et Sacha se contenta de refermer la carte pour demander si, vraiment, il n'y avait que du thé dans cette baraque.

—Je n'aime pas les excitants, précisa-t-il sous le regard halluciné du serveur.

—Je dois avoir du lait, proposa le serveur dubitatif.

Sacha hocha la tête avec un sourire.

—Génial ! Euh… Entier serait un plus…

—Selon votre souhait, monsieur.

Le serveur récupéra les cartes en hochant la tête, s'éloignant de nouveau. Flora concentra de nouveau son regard sur Ondine pour l'inciter à répondre. L'héritière baissa les yeux, retrouvant son sourire. Jacky. Elle l'avait un peu oublié, dans l'équation, celui-là. Peut-être devrait-elle laisser tomber Sacha et s'orienter vers quelqu'un qui n'avait pas l'air de subir un arrachage de dents à chaque fois qu'elle le frôlait. Elle soupira, gardant son rictus.

—Le professeur Léon est quelqu'un de généreux, de très mignon et… Ses mains sont de l'or… Sa façon de tenir sa basse est tellement érotique…

—Mais ? demanda Flora.

—Mais… Déjà, il est majeur. Et puis… Je ne connais pas beaucoup de personnes qui accepteraient un amour à durée déterminée. Quand j'aurai fini mes études, dans deux ans, je me marierai à Régis, de gré ou de force. C'est ainsi. Ça me fait chier, mais je ne peux rien faire contre ça. Au mieux, je peux retarder l'échéance en redoublant. Et… Je crois que je respecte trop le professeur Léon pour prendre le risque qu'il tombe amoureux de moi. Je lui ferai trop de mal.

Sacha perdit ses couleurs. Au moins, ça avait le mérite d'être clair. Il le savait déjà, qu'elle n'avait aucun respect pour lui. Mais que ça lui soit confirmé de cette façon était cruel. Flora fronça les sourcils en remarquant que son ami avait pâli. Elle posa une main sur celle de Sacha.

—Ça va ? Tu es tout blanc…

—L'idée que quelqu'un puisse éprouver un sentiment aussi pur que l'amour pour l'héritière me rend malade, c'est tout.

Ondine balança un immense coup de pied à Sacha qui lui retourna avec force.

—Aïeuh ! gémit-elle alors que Flora se penchait pour regarder sous la table.

—Vous avez fini de vous faire du pied ?

—On se tape dessus à l'abri des regards, commenta Sacha, on ne se fait pas du pied.

—Tu m'as fait mal, geignit Ondine en glissant sa main sous la table pour masser l'endroit où le pied de Sacha l'avait heurtée.

—Toi aussi. Et je ne chouine pas comme une fille pour autant.

—Je suis une fille, connard.

Sacha se leva, évitant le serveur à qui il sourit avant de se diriger vers les toilettes. Il pénétra dans la salle où se trouvaient les urinoirs et s'appuya sur un lavabo, lançant un regard perdu à son reflet. Un employé. Juste un employé. Il tapa sur l'émail du lavabo, grimaçant sous la douleur du choc. Comment avait-il pu se laisser avoir ? Comment avait-il pu tomber amoureux de cette fille ? Comment pouvait-il avoir envie de rester près d'elle alors même qu'elle avait été tellement claire dans ses propos ? Pourquoi ? Pourquoi lui ? N'avait-il pas assez donné ? Assez souffert ? Il soupira.

Putain de bordel de merde !

—Il faudrait que tu arrêtes de jurer en français. Ta mère n'est plus dupe depuis longtemps.

Sacha sursauta et se tourna vers la voix. Il s'agissait d'Ondine qui s'approcha de lui d'un pas rapide.

—Tu es dans les toilettes des hommes, ici. Si tu veux vraiment être une fille, arrête de penser avec ton pénis.

—Ahahah. Quel humour décapant. Franchement, tu es tordant, Sacha. Qu'est-ce que tu as ?

—Rien du tout, mon amour. J'ai juste envie d'uriner. Ça arrive régulièrement chez un homme.

Sacha s'approcha de l'urinoir et baissa sa braguette, tournant la tête vers Ondine.

—D'ailleurs si tu pouvais sortir, ça m'arrangerait. Je préfère être seul pour pisser.

—Tu mens très mal, je ne sortirai pas d'ici tant que tu ne m'auras pas dit ce que tu as.

—Très bien. Mais au moins, retourne-toi, l'idée que tu sois en train de m'observer alors que je suis en train de me soulager est vraiment pas nette.

Ondine se retourna en levant les yeux au ciel. Elle rougit en entendant un soupir de soulagement et le bruit d'un écoulement. Il disait vrai ? Oups. Il sifflota légèrement d'un air embarrassé et un homme franchit la porte, faisant demi-tour en voyant Ondine, s'excusant de son indiscrétion. Sacha referma sa braguette et s'approcha du lavabo où était appuyée Ondine, la poussa légèrement pour passer ses mains sous l'eau et les savonner.

—Tu sembles perturbé. Je… J'ai dit quelque chose ?

Sacha essuya ses mains sur son pantalon avant de s'approcher d'Ondine, passer une main sur ses hanches et la rapprocher de lui. Il la dépassait de dix bons centimètres. Il sourit et se pencha vers elle, capturant ses lèvres dans un baiser. Elle sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine comme à chaque fois. Sacha fit un pas en avant et Ondine sentit son dos entrer en contact avec le lavabo, alors qu'il ne la lâchait pas pour autant, agrippant ses épaules avec plus de force, la griffant légèrement. Elle le repoussa pour pouvoir reprendre son souffle, observant la flamme qui dansait dans les yeux de Sacha, ne pouvant se résigner à le forcer à la lâcher.

—Sacha… Réponds-moi, s'il te plaît. Je…

—J'ai envie de toi, souffla-t-il en détournant le regard. Je suis venu ici pour me calmer.

Ce n'était même plus un mensonge, pensa Sacha.

—Oh… Je suis désolée. Je peux faire quelque chose ?

—Ici ? Non, oublie ça. Enlève ta main de mon pantalon, s'il te plaît.

Ondine secoua la tête en rougissant. Ce n'était pas la même chose, en pleine nuit et en pleine lumière, de glisser sa main dans le pantalon d'un garçon. Elle remarqua tout de même qu'il ne se débattait pas plus que ça. Il soupira.

—Alors quoi ? Tu veux qu'on s'enferme dix minutes dans une de ces cabines pour faire des choses ?

—Pourquoi pas ?

Elle le repoussa franchement, tira sur sa main et l'entraîna vers une des cabines qu'elle verrouilla derrière elle, lui lançant un regard polisson.

—Au moins, j'aurais des choses à raconter à mes enfants.

Sacha se laissa plaquer contre la paroi séparant deux cabines et soupira.

—On n'est pas dans des backrooms, Ondine. S'il te plaît.

Elle secoua la tête.

—Je ne te laisserai pas sortir d'ici avec la trique, c'est clair.

—Bah continue de parler comme ça, je vais retomber en quelques secondes, bougonna Sacha. Tu es vulgaire.

Ondine sourit et s'approcha de Sacha, ouvrant sa ceinture et sa braguette, tirant sur le pantalon pour qu'il descende sur ses chevilles. Elle fit subir le même sort au caleçon et rosit en observant Sacha qui détournait le regard en prenant une teinte pivoine.

—Ce que tu me feras pas faire, héritière, grogna-t-il.

Il blanchit en la voyant se mettre à genoux.

—Qu'est-ce que tu fais ?

Elle leva les yeux avec un sourire taquin.

—Ça se voit, non ?

Elle se concentra. Alors, comment elle disait, déjà, Aurore ? Ne pas mettre les dents et quoi d'autre ? Ondine passa sa langue sur ses lèvres pour réfléchir et Sacha gémit.

—Je t'ai pas touché, encore, avertit Ondine d'un air dépité levant les yeux au ciel.

—Ton piercing… Tu portes ton piercing… Je… Tu comptes réfléchir encore longtemps ? La situation est assez gênante comme ça…

—Sois gentil, c'est ma première fois !

—Peut-être, mais tu regardes fixement mon sexe et c'est embarrassant.

—Je me demande si ça rentre en fait, commenta Ondine.

Sacha s'empourpra davantage.

—Je t'en prie ! Fais quelque chose, mais ne reste pas plantée comme ça à faire des commentaires sur mon anatomie et… Oh ! Mon. Dieu.

—Moi ch'est Ondine.

—Ta gueule, sourit Sacha. T'es pas drôle.


Flora pianotait sur la table, contemplant les deux tasses de ses amis qui refroidissaient. Un quart d'heure qu'ils étaient partis chacun de leur côté. Ondine avait répondu au téléphone et Sacha était allé pisser. Sacrée vessie, pour contenir autant. Elle se leva à son tour, souriant au serveur et pénétra dans les toilettes des hommes après avoir vérifié que personne ne la voyait faire. Elle regarda, les lieux étaient vides. Fronçant les sourcils, elle se retourna pour sortir. Mais où était passé Sacha ? Elle soupira et s'apprêta à laisser la porte claquer quand elle entendit un gémissement. Elle écarquilla les yeux puis secoua la tête. Non, ça ne pouvait pas être Sacha. Impossible.

Elle entendit un rire qu'elle connaissait bien et se pinça.

—Arrête de faire ça ! haleta la voix de Sacha.

—Et pourquoi ? répondit la voix d'Ondine dans un sourire.

—Parce que si tu continues comme ça, tu vas me faire venir. Et l'idée de faire ça dans ta bouche me répugne un peu.

Flora sentit son monde s'effondrer autour d'elle. Son cœur battait fort et vite, ses yeux se brouillaient de larmes et ses mains tremblèrent convulsivement. Elle déglutit en serrant les poings. Un cauchemar, c'était un cauchemar. Elle se sentait trahie par l'horreur qu'elle entendait, ça avait un goût de bile et d'enfer.

Elle laissa ses larmes couler en se mordant les lèvres pour ne pas sangloter, écoutant malgré elle les sons toujours plus écœurants qui frappaient ses oreilles comme des coups de poignards. Elle entendit Sacha gémir puis, quelques dizaines de secondes plus tard, Ondine qui recrachait quelque chose dans les toilettes. Flora grimaça alors que celle qu'elle pensait être son amie gémissait un « Berk, c'est dégueulasse, le foutre » et que Sacha se plaignait de sa vulgarité d'une voix lointaine, planant encore de son orgasme.

Prise d'un haut-le-cœur, Flora se détourna et laissa la porte claquer, prenant la fuite d'un pas rapide. Elle se précipita vers la table où ils étaient installés, dépassant un serveur et manquant de lui faire renverser son plateau trop lourd, attrapa son manteau et leva la tête vers Sacha qui revenait. Elle lui jeta un regard dégoûté avant de se détourner, sous son regard stupéfait.

Flora ne comprenait pas. Qu'est-ce que c'était que ça ? Qu'est-ce qu'elle avait entendu ? Elle se corrigea. Elle savait très bien ce qu'elle avait entendu, mais elle ne s'expliquait pas comment ils avaient pu en arriver là, alors que quelques minutes avant ils se détestaient furieusement, passionnément. Comment avait-elle pu louper le glissement de ceux dont elle se pensait proche ? Comment avait-elle pu les laisser faire ça ? Ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre !

Un monstre grondant de douleur et de jalousie grinçait dans son ventre et elle savait que c'était un reste de son vieil amour pour Sacha, qu'elle avait réussi à transformer en une sincère amitié, qui la faisait penser. Mais cette possessivité qu'elle avait conservée la poussait à haïr sincèrement Ondine, parce qu'à une époque, elle aurait voulu être à sa place. Et si elle était toujours amoureuse de Sacha ? Elle laissa échapper ses sanglots alors qu'elle dévalait les marches conduisant à l'extérieur du centre commercial, bousculant des personnes qui marchaient enlacées.

Elle grimpa dans le premier bus qui passait à l'arrêt, sans saluer le chauffeur et s'installa au fond du bus, attrapant son téléphone à clapet dans sa poche et appelant Drew, sanglotant toujours.

—Drew ? souffla-t-elle lorsqu'il décrocha. Au secours…

Elle lui dit où elle allait et son petit ami lui demanda de descendre à l'arrêt suivant et de l'attendre.

—Je viens te chercher, sourit-il au téléphone. Bouge pas de là-bas, d'accord ?

Elle renifla pour toutes réponses et descendit du bus en voyant arriver l'arrêt suivant. Elle s'installa sur le banc de l'abribus en sanglotant moins fortement qu'au début. Peut-être qu'elle n'avait aucun problème avec l'idée que Sacha et Ondine sortent ensemble, en réalité ?

Ses larmes redoublèrent quand elle pensa cette horreur. Non, elle n'acceptait pas ça. Bien sûr qu'elle avait plaisanté là-dessus en disant qu'elle voulait qu'ils soient ensemble, mais c'était totalement faux ! Sacha ne devait pas avoir de petite amie, il devait rester auréolé de pureté et de chasteté, pour donner plus de force à ses textes sur l'amour ! Comment pouvait-il écrire de superbes chansons d'amour s'il se faisait sucer dans des toilettes par la première venue ? Ce n'était pas possible. Elle ne pouvait pas avoir entendu ce qu'elle avait entendu. Ondine avait sali Sacha. Il n'était pas comme ça, elle devait l'avoir forcé, d'une façon ou d'une autre. Un frisson d'horreur la traversa alors que de nouvelles larmes affluaient sous ses paupières.

Elle avait toujours cru, depuis qu'elle connaissait Ondine, que l'héritière ferait des avances à Jacky, qu'elle finirait avec lui, que Drew et elle-même seraient heureux et que Sacha resterait tout seul dans son caleçon, jusqu'à la fin des temps, comme un poète torturé. Il avait fallu qu'Ondine ait son accident de voiture. Flora était persuadée que si Sacha ne s'était pas senti coupable, rien de tout ceci ne serait arrivé. Tout était de la faute d'Ondine et de son foutu goût pour les voitures de sport.

Une main se posa sur son épaule et Flora dévisagea Drew dont le visage était à moitié dissimulé sous une épaisse écharpe. Il était très frileux. Elle se jeta à son cou pour sangloter, alors qu'il passait un bras sur ses reins pour la coller à lui et la réconforter comme il le pouvait.

—Il… Il… Et… Et puis elle… Et là… C'était horrible.

—Tu veux dire que tu as vu Sacha et Ondine faire des cochonneries ensemble ?

Flora hocha la tête, toujours aussi surprise par la capacité de Drew à comprendre ce qu'elle disait quand elle parlait comme ça. Même elle n'était pas sûre d'avoir compris ce qu'elle avait dit. Drew secoua doucement la tête en caressant les cheveux de Flora.

—Rah lala… Mais qu'est-ce que je vais faire de toi, ma Flo, si tu m'appelles en pleurs à chaque fois que ton meilleur ami a une vie sexuelle ?

Elle ne répondit pas et renifla, se laissant entrainer par Drew sous un abri. Une fine pluie commençait à s'abattre sur eux alors qu'ils traversaient une route pour rejoindre un café où Drew la fit asseoir à une table, commandant une boisson chaude pour se réchauffer.

—Je suis désolée, murmura-t-elle.

—Tu m'avais prévenu que tu étais possessive envers lui. J'ai du mal avec ça, mais c'est ainsi, ça fait partie de toi, je n'ai pas vraiment le choix. Et c'est avec moi que tu es, rajouta Drew en replaçant une mèche de cheveux d'un air hautain qui fit sourire Flora. Raconte-moi.

Flora soupira et se lança dans le récit de ce qu'elle avait vu au salon de thé. Elle parlait lentement et à voix basse, comme pour tenter de s'ancrer dans cette réalité atroce. Drew hochait la tête en réchauffant ses mains sur sa tasse et quand elle arriva au bout de son récit, il hocha la tête plus fortement.

—Ondine Waters est décidément une idiote sans cervelle. Et Sacha n'est pas mieux qu'elle. Ils sont amoureux l'un de l'autre.

—Mais non, contredit Flora en riant, elle le vomit, il dansera sur sa tombe, tous ces trucs-là. Voyons, quelle idée…

Drew pinça les lèvres et se tut le temps que Flora reprenne son souffle. Il s'en voulait de dire ça.

—Flora, appela-t-il. Waters me l'a dit. Elle est amoureuse de lui.

Flora se leva d'un bond en plaquant ses mains sur la table, son regard se faisant fureur.

—Ah non ! Je refuse ! Elle n'a pas le droit de dire des choses pareilles, ça ne peut pas être vrai !

Drew baissa les yeux, vraiment blessé par la jalousie de Flora. Il aurait préféré qu'elle mette autant de vie pour parler de lui, plutôt que pour parler de Sacha, s'il était, comme elle le prétendait, seulement son meilleur ami. Il soupira.

—Ça me fait mal de t'entendre dire des choses pareilles, Flo. On pourrait presque croire que… que tu l'aimes encore.

Flora ouvrit la bouche et la referma vivement, incapable de dire le contraire avec fermeté. Drew secoua la tête et se leva. Il mit une main sur l'épaule de Flora en déposant un billet sur la table pour régler les consommations, avant de lancer :

—Il vaut peut-être mieux qu'on s'arrête là, toi et moi, non ? Même le plus stupide des hommes ne tolère pas de n'être qu'un vulgaire substitut.

—Qu… Quoi ?

—Je suis désolé.

Il se détourna et franchit la porte, Flora resta hébétée quelques secondes, regardant le billet de vingt dollars, calculant par réflexe la monnaie à rendre avant de se lever et de se jeter à la poursuite de Drew. Elle sortit du café et regarda à droite et à gauche distinguant la silhouette de son petit ami, elle se mit à courir pour le rattraper, feignant de ne voir ni Sacha ni Ondine qui étaient sur le trottoir d'en face, à un mètre l'un de l'autre, l'observant courir pour rattraper Drew qui s'arrêta en l'entendant l'appeler.

—C'est pas possible que ça se finisse comme ça entre nous, n'est-ce pas ?

—Tu ne parles que de lui, tout le temps, Flora. Sacha par ci, Sacha par là. C'est usant. Je l'apprécie beaucoup, c'est vrai que c'est un type gentil. Il est sacrément con mais il est attachant. Mais ta réaction face à… ça… Je la trouve disproportionnée pour une simple amie et je refuse parfaitement de ne pas…

—Je ne parle pas tout le temps de lui, coupa Flora d'une voix sèche. Ce n'est pas vrai. Et je t'… Je…

—Tu m'as raconté une de ses aventures quand on faisait l'amour !

Flora baissa la tête et rougit. Elle avait toujours eu tendance à être bavarde quand elle faisait l'amour. Ce n'était pas une question de sentiments, mais elle aimait bien parler dans ces moments. Elle ne répondit rien et Drew disparut dans la foule, ne lui laissant que sa dernière réplique :

—Je t'aime. Si tu t'aperçois que tu partages mes sentiments, appelle-moi, je saurai répondre présent.

La douleur qu'elle avait ressentie quand elle avait surpris la petite scène entre Ondine et Sacha n'était rien à côté de ce sentiment qui lui écartelait le cœur. Elle n'eut pas le souffle nécessaire pour appeler Drew une nouvelle fois, pour le retenir, pour qu'il voie les larmes qui roulaient sur ses joues et lui hurlaient qu'elle l'aimait plus que tout. Ses jambes tremblèrent et se dérobèrent sous son poids. Elle tomba dans les bras de Sacha qu'elle repoussa vivement.

—Ne me touche pas ! s'exclama-t-elle.

—Flo, on était inquiet, murmura Ondine d'une voix triste.

—C'est ça, ironisa-t-elle.

Elle se dégagea de la tentative de rétention d'Ondine et s'enfuit en courant. Ils la prenaient pour une conne en plus. Ils ne s'étaient pas inquiétés une seule seconde. Sinon, ils n'auraient jamais fait ça. Et Drew ne serait pas parti.

Elle monta dans le bus qui la reconduisait chez elle et chantonna à voix basse une chanson. Changeant d'avis au dernier moment, elle descendit trois arrêts plus tôt et courut, jusqu'à être à bout de souffle et elle s'écroula dans le cimetière, sur la tombe du père de Sacha. Elle sanglota lentement avant d'expliquer à voix basse à la pierre tombale ce qui lui arrivait.

Elle n'arrivait pas à y croire. Cette journée était la plus pourrie de tous les temps. Tout d'abord, ce qu'elle avait ressenti lorsqu'elle avait compris la véritable nature de la relation entre Sacha et Ondine, ce trouble tellement étrange qu'elle en avait perdu Drew.

Ce garçon, en quelques mois, avait su s'imposer dans sa vie, comme personne n'aurait su le faire avant lui et comme personne ne saurait le faire après. Il l'avait ramenée à la vie, après tout ce qu'elle avait traversé. Grâce à lui, elle avait eu l'impression qu'elle n'était pas salie, qu'elle était toujours aussi pure, qu'elle était magnifique et qu'elle pourrait avancer. Et elle avait avancé. Et elle ne voulait plus le faire sans Drew.

Ce jour-là, celui où elle l'avait percuté, était resté gravé dans sa mémoire comme le jour de sa renaissance. 5 juin 2010. C'était à ce moment-là qu'elle avait eu envie d'élever sa voix pour chanter à quel point la vie était belle quand on se donnait la peine de la regarder du bon côté. Sans lui, elle n'avait pas envie de ça. Un sanglot la fit taire et elle déglutit avant de chanter. Il n'y avait que ça pour l'apaiser et la faire partir dans un autre monde.

Orain aurait aimé les chansons de Sacha. Flora en était certaine. « Sanstitre » était restée comme son nom l'indiquait et c'était l'une des préférées de la serveuse. C'était une chanson d'amour, comme souvent, parlant d'un homme qui préférait partir plutôt qu'aimer en vain. Mais ce n'était pas vain, eut-elle envie de hurler alors que des gens s'approchaient d'elle pour l'écouter chanter. Elle entama le refrain en poussant sur sa voix, remarquant à quel point elle perdait de souffle et elle se promit de se remettre au chant, d'intégrer une foutue chorale. Régis avait eu raison, elle ne devait pas renoncer au chant, sa voix ne l'avait jamais trahie auparavant et si elle n'avait pas pu retenir Drew, c'est qu'il devait sortir de sa vie.

Flora était croyante. Elle aimait Dieu et elle savait que Dieu l'aimait, qu'il la protégeait, en dépit des épreuves qu'elle avait eues à traverser. Elle sentait qu'il lui préparait un destin hors du commun et ce n'était pas pour rien qu'il l'avait poussée à venir se recueillir sur la tombe d'Orain. Le père de Sacha avait été le premier à remarquer que Flora avait de la voix, que Sacha avait l'oreille absolue et qu'ils étaient nés pour la musique.

Sa voix se tut et elle frissonna. La pluie lui donnait froid. Un parapluie recouvrit sa tête et elle leva les yeux vers la personne qui acceptait de partager ce parapluie. Il s'agissait d'une femme d'environ vingt-cinq ans, aux yeux verts et aux cheveux pâles, un visage en pointe et des formes généreuses. Elle lui sourit doucement et tendit une main à Flora qui la saisit et se releva, remerciant la femme.

—Je m'appelle Flora Lehmann.

—Solidad Childs. Êtes-vous chanteuse ?

—Non, je suis serveuse… Pourquoi ?

—Je suis chorégraphe, sourit Solidad en désignant la sortie à Flora. Et votre voix m'a plus qu'impressionnée. Vous semblez bouleversée, mademoiselle, mais malgré tout… Ce coffre ! Je n'avais pas été autant émue depuis l'interprétation extraordinaire de ma chorégraphie par mes danseurs. Que vous arrive-t-il ?

Flora secoua la tête, ne sachant quoi dire sous l'avalanche de paroles. Elle soupira.

—C'est Drew. Mon petit ami. Il m'a quittée… quittée… pour une mauvaise raison et… Je n'ai… pas pu le retenir et… C'est pas ma journée.

—Venez donc chez moi, je pourrais vous offrir une tasse de ce que vous voulez, qui serait bien chaude.

Flora sourit en guise d'assentiment. Elle ne se sentait pas de rentrer chez elle immédiatement. Croiser Sacha qui allait sûrement venir la harceler n'était pas une bonne idée.


Flora ouvrit la porte du studio où Solidad et sa troupe répétaient leur nouveau spectacle et elle s'inclina lentement devant les danseurs puis devant le pianiste, derrière lequel elle alla s'installer.

Ça faisait trois jours qu'elle était chez Solidad, qu'elle avait décidé de ne pas rentrer chez elle. Elle avait coupé son téléphone après le quarante-sixième appel en absence de Sacha et avait appelé Max, pour le rassurer.

Solidad lui avait expliqué qu'elle travaillait sur une nouvelle chorégraphie et lui avait demandé son aide, avec sa voix. Flora avait tout de suite accepté. Elle avait besoin d'oublier. La chorégraphe se tourna vers sa nouvelle chanteuse et s'approcha d'elle, tapant dans ses mains pour attirer l'attention des danseurs qui s'échauffaient.

—Messieurs, mesdames, laissez-moi vous présenter Flora Lehmann. Elle sera là pour nous aider dans nos répétitions, le temps que Kimera se remette de son angine.

Les danseurs hochèrent la tête dans sa direction et Solidad se mit en place.

—C'est quand vous voulez, dit-elle en direction des deux musiciens.

Elle posa sa bouteille d'eau sur le piano à queues et hocha la tête en direction du pianiste, un ancien de l'Azuria Music School, qui sourit doucement. Il s'appelait Olivier et avait la même présence que Drew, ainsi qu'une réelle admiration pour la voix de Flora. Il glissa ses doigts sur les touches de son piano et Flora compta les mesures avant de laisser glisser sa voix, admirant la grâce subtile de Solidad qui semblait glisser sur la musique, sans se soucier de la notion de gravité. Des mouvements souples et artistiques, une allure démentielle, c'était à ça que Flora aurait voulu ressembler. Elle pensait, au fond, que Drew n'aurait jamais douté, si elle avait été même un quart de la femme qu'était Solidad.

Mais peu importait. Elle poussa un peu sur sa voix, faisant se tourner vers elle le regard de Solidad qui semblait réellement impressionnée. La chorégraphe se reprit et reporta son regard sur ses danseurs, notant dans un petit cahier ce qu'elle remarquait et qui ne lui convenait pas.

Elle était complètement soufflée par la puissance vocale de l'ex petite amie de Drew. Solidad ne l'avait pas avoué à Flora, mais elle le connaissait très bien. Il avait eu à la fois raison et tort d'agir comme il l'avait fait. Solidad savait que Flora était folle de lui, ça se voyait quand elle en parlait. Elle mettait une telle tendresse dans sa voix, une telle vibration amoureuse que personne ne pouvait douter. Et la chanteuse semblait largement plus remontée contre son meilleur ami, Sacha, que contre Drew, ce qui justifiait la décision de Drew. Mais Solidad comprenait pourquoi Flora était énervée contre son ami. Elle prenait ce petit événement auquel elle avait assisté comme une trahison parce qu'elle pensait qu'avec tout ce qu'ils avaient traversé ensemble, elle aurait dû être là pour, si ce n'est soutenir son ami, au moins donner son avis. Solidad avait tenté de rassurer Flora. Peut-être que cette histoire d'amour n'en était pas une, peut-être que son ami avait eu peur de sa réaction, peut-être, même, qu'il estimait que c'était trop récent pour être dévoilé.

Apparemment, Sacha désapprouvait les unions de deux milieux sociaux différents. Solidad pouvait comprendre ce point de vue, mais elle ne le partageait pas. Elle-même venait d'Argenta, un des quartiers voisins de Palette, et elle avait su gravir les échelons, grâce à son statut d'artiste reconnu. Cependant Sacha les avait tellement en horreur, ces unions, qu'elle pouvait comprendre. Il n'assumait pas avoir des sentiments pour une fille qu'il s'était interdit d'aimer et il avait peur d'avoir mal. C'était tellement plus facile de dissimuler son chagrin quand personne ne savait qu'une relation était en cours. Elle en savait quelque chose, puisqu'elle avait été la maîtresse du père de Drew, jusqu'à ce qu'il lui dise que sa femme avait des soupçons et qu'un divorce ternirait l'image de son cabinet.


Ondine tapa sa tête contre le mur avant de se retourner et de s'y laisser glisser. Elle dévisagea longuement Harley Stanson, son meilleur ami, qui avait décidé de faire carrière dans la danse classique, pendant qu'il enfilait son jeans slim et des escarpins. Il passa une main dans ses longs cheveux violets et ondulés, levant ses yeux verts et son visage fin, semblant fait de porcelaine, sur Ondine.

—Tu sais, ma chérie, tu ferais mieux de lui dire que tu es amoureuse de lui. Cette histoire de plan cul sans sexe, ce n'est pas très intelligent.

—Mais il y a du sexe ! Je t'ai raconté, pourtant… protesta vivement Ondine en fermant les yeux.

—Oui, une fellation dans des toilettes, je n'appelle pas ça du sexe. Ça fait combien de temps, maintenant, que ça dure ? Quatre semaines ?

Ondine approuva d'un grognement.

—Tu es totalement rétablie et tu ne l'as pas revu depuis que tu as repris les cours, si ?

—Non, soupira l'héritière alors que Harley posait une main sur son épaule en levant les yeux au ciel dans une mimique très peu virile. Ça fait une semaine…

Harley salua ses camarades de l'école de danse Poivressel, attenante à l'AMS et sortit du vestiaire, suivi par Ondine qui marchait près de lui, les mains dans les poches de son boyfriend.

—Comment tu m'as dit qu'il s'appelait, au fait ?

—Je ne te l'ai pas dit. Il n'est pas… Il y a autre chose dont je ne t'ai pas parlé. Tu vas crier, si je t'en parle.

—Dis toujours, soupira Harley d'un air désespéré, ses talons claquant toujours sur le carrelage du couloir de l'école Poivressel. Je n'ai plus aucun espoir de faire un jour quoique ce soit de toi.

Ondine sourit et leva les yeux au ciel.

—Il n'est pas tout à fait étudiant dans l'école de musique où je suis inscrite comme je te l'ai laissé croire… Pour tout avouer, il n'a même pas fait son lycée.

Harley porta une main à son cœur.

—Mon dieu, pâlit-il. Un idiot.

—Non, pas du tout, il est très intelligent mais il n'est pas fait pour les études.

—Toutes les filles qui se sont entichées d'un idiot disent ça, commenta Harley. Je sens que ce n'est pas tout.

—En effet, grimaça Ondine en s'arrêtant de marcher, laissant son meilleur ami prendre de l'avance. C'est l'agent d'entretien de la CMS. Sa famille vit avec 900 dollars par mois.

Harley éclata de rire en se tournant vers sa meilleure amie.

—Alors ça… Si tu as autre chose à me dire à propos de ce garçon, fais-le maintenant, pendant que j'ai ma crise de fou rire.

—C'est l'ancien meilleur ami de Chen. Ils se sont disputés dans leur enfance et ne peuvent plus se voir. Et il était fou de Nina.

Harley applaudit bien fort en tentant de reprendre son souffle, sautillant sur place.

—Encore, encore !

—Il est toxico.

Harley dut se retenir au mur pour ne pas tomber. Il se força à respirer calmement sinon il allait s'étouffer avec son fou rire tandis qu'Ondine prenait une petite couleur rosée.

—Il déteste les voitures de sport, la vitesse, les Red Hot Chili Peppers, les piercings, il est sorti avec Wesson et ne supporte pas les riches.

—T'as tiré le bon numéro.

—Attends, j'ai pas fini. Il est batteur et a l'oreille absolue. Il connaît très bien Reggie Jobbs. Et… Il s'appelle Sacha.

—Le coup de grâce !

« Sacha » était également le nom de la marque de sous-vêtements préférée de Harley, qui se demandait s'il allait survivre à ce fou rire. 'Dine avait vraiment choisi le seul mec qu'elle ne devait surtout pas choisir. Il accumulait les liens foireux avec pas mal de personnes importantes de la vie de l'héritière Waters. Harley sourit en se calmant enfin, sous le regard perçant d'Ondine qui trouvait son fou rire un peu exagéré.

—Qu'est-ce que je dois faire, Harl' ? J'sais pas quoi faire pour qu'il me rappelle…

—Et tu as essayé, toi ?

—Non, c'est à lui de le faire, trancha Ondine d'une voix sûre d'elle.

Harley sortit du bâtiment en fronçant les sourcils sous la vivacité du soleil. Il protégea ses yeux avec sa main, avant de lancer à sa meilleure amie :

—Non. Justement non. C'est à toi de l'appeler. Donne-lui un rendez-vous, t'es en vacances, alors profites-en. Aucune de tes sœurs ne sera là pour te bloquer.

Ondine hocha la tête et soupira.

—Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu m'incites à pécher ?

—Parce que c'est vrai, ma puce. C'est tellement plus drôle comme ça…


Sacha gravit les escaliers qui menaient jusqu'à l'étage et ouvrit la porte de sa chambre à la volée, se jetant sur son lit pour attraper son téléphone. Il espérait que c'était Flora qui l'appelait. Ça faisait déjà si longtemps qu'elle avait éteint son portable qu'il était rongé d'inquiétude. Il soupira en voyant le nom d'Ondine s'afficher. Il n'était pas d'humeur à lui parler. Cependant, il décrocha tout de même, d'une voix essoufflée.

—Allô ?

—Sacha ?

—C'est moi que tu appelles, donc en toute logique, c'est moi qui réponds. Qu'est-ce que tu veux ?

Il y eut un silence et un grésillement évoquant un chuchotement.

—Tu me manques, souffla la voix d'Ondine en lui faisant manquer un battement de cœur. AÏE ! Non, c'est pas ça que je voulais dire ! Je voulais savoir quand c'est que tu es libre.

—Pour quoi faire ?

—Sortir ? Aïe… Non, pas sortir. Pour se voir. Pour se voir. C'était pas le bon mot.

Sacha soupira profondément. Elle n'était vraiment pas nette cette fille. Cependant, Noël était dans cinq jours, donc il pouvait comprendre qu'elle pète un peu les plombs.

—Tu veux passer chez moi demain soir ? demanda-t-il en s'étirant et se retournant sur son lit pour contempler le plafond.

Il entendit un « merde, merde, je fais quoi, maintenant, hein ? » suivi d'un « bah, tu acceptes, couillonne. » et l'héritière déglutit.

—C'est un rencard ? demanda-t-elle.

Sacha sourit. Il avait compris, elle n'était pas seule.

—Non mais laisse tomber. Rappelle-moi quand tu seras seule et dans ton état normal. Là, tu me fais peur.

Il raccrocha avec un sourire un peu plus fort. Il détestait qu'une fille l'appelle avec sa cour à côté. Quand il avait une copine, il aimait qu'il ne s'agisse que d'une fille et non pas de plusieurs qui prenaient part au dialogue.

Elle lui manquait. Ça le tuait de l'admettre, mais elle lui manquait. Il avait fini par s'habituer à cette présence chaude près de lui, il avait fini par aimer la sensation de cette peau contre la sienne, la façon bancale qu'elle avait eu de le réconforter par rapport à Flora et bon dieu, il avait aimé ce qu'elle avait fait de sa langue. Plutôt réussi pour une première fois. Même Jessie qui n'en était pas à son coup d'essai n'avait pas su le faire planer si haut. Son portable vibra, signalant un texto. Il l'ouvrit, voyant qu'il venait de l'héritière.

« Je passe chez toi ce soir. Que tu sois d'accord ou non. Pas envie d'attendre demain. »

Ça, c'était son Ondine. La fille qu'il aimait. Il s'apprêta à répondre par la négative, sachant très bien que de toute façon, elle n'en ferait qu'à sa tête, quand sa mère l'appela depuis les escaliers, lui demandant de descendre. Il reposa son téléphone sur son bureau et soupira profondément. Il n'aimait pas du tout ça. Elle allait encore le noyer sous les conseils inutiles qu'elle savait bien donner.

Sacha se leva, donna une caresse à Pikachu à travers les barreaux de la cage et enfila ses chaussons, avant de sortir de sa chambre, refermant la porte derrière lui. Il descendit devant la porte pour faire face à sa mère qui, un sac de voyage à la main, l'air inquiet propre aux mères qui laissent leur maison à un adolescent, l'attrapa contre lui pour l'enlacer.

—Je t'ai congelé des petits plats dans le frigo. Et tu auras un peu de dinde pour Noël.

—Oui, maman, merci.

—Je t'appelle quand je suis arrivée à Ste Augustine. Je… Mon trésor, je t'assure que ça m'embête de te laisser seul ici.

—Je ne suis pas seul, maman, s'agaça Sacha. Le professeur Chen, Jacky et les Lehmann sont nos voisins.

Délia resserra davantage les bras sur Sacha en soupirant.

—Tu n'oublieras pas que je lave les draps sur coton et…

—Maman, coupa Sacha. Vas-y. Je devrais m'en sortir tout seul. Va t'en. Vite.

Délia s'écarta de son fils d'un air suspicieux.

—Tu me caches quelque chose, toi.

—Quelle idée, sourit Sacha. Plus vite tu seras partie et plus vite tu seras arrivée. Je sais que tu détestes conduire, c'est pour toi que je dis ça.

—Tu es mignon, mon trésor. Mais je n'en crois pas un mot.

—D'accord, abdiqua Sacha. J'ai organisé une soirée à la maison et il faut que je planque les objets fragiles avant que mes invités arrivent.

Délia sembla perdre quelques couleurs, alors que Sacha la poussait en riant vers la porte.

—Je plaisante, maman. Respire. Je veux juste éviter…

Quelqu'un tapa à la porte et Sacha se tut en priant pour que ce ne soit pas l'héritière. Peine perdue, bien entendu. Elle savait être rapide quand elle voulait quelque chose. Quand sa mère ouvrit la porte, Ondine lui offrit un sourire resplendissant.

—Bonjour Délia.

—Bonjour Ondine… ? Que fais-tu ici ? Flora n'est pas là.

Ondine haussa les épaules en entrant dans la maison, refermant derrière elle, alors que Sacha abattait une main sur ses yeux pour ne pas voir la suite. Parfois, il se demandait si sa mère ne faisait pas exprès de ne pas comprendre.

—Votre fils a oublié des affaires à lui chez moi, répondit l'héritière en désignant son sac en bandoulière. Alors je me suis dit que j'allais profiter de mes vacances pour les lui ramener. Et pour l'embêter un peu au passage. Vous partez quelque part ?

—Oui. Pendant deux semaines. En Floride, vous connaissez la Floride ? C'est un état très joli, je suis née et j'ai grandi là-bas… J'y pars pour…

—Au rythme où ça va, M'man, tu ne partiras jamais, l'interrompit Sacha en soupirant.

—Oui, oui, tu as hâte que je m'en aille, j'ai bien compris. Mais tu es sûr que ça ira ?

—Mamaaaaaaaaan… On a déjà eu cette conversation au moins une centaine de fois depuis que tu as reçu l'invitation pour aller là-bas. Et on a recommencé il y a dix minutes. Oui, je sais comment on remet l'électricité s'il y a une coupure, oui, je penserai à fermer la porte de la cuisine en allant me coucher, oui, je sais que j'ai de quoi manger pour les douze prochains jours mais qu'il faudra que j'aille faire des courses pour les trois derniers. Je penserai à changer mes draps, je saurai refaire mon lit tout seul, non je ne profiterai pas de ton absence pour transformer la maison de Papa en lupanar… Maintenant bordel de merde, dégage !

Ondine pouffa en voyant Délia lui lancer un regard suspicieux. La mère de Sacha ouvrit la porte, attrapa son sac et sortit, son fils lui tendant les clés de sa voiture.

—Et n'oublie pas de changer de sous-vêtements tous les jours…

—MAMAN !

Sacha finit par attraper sa mère par le bras et la jeta dehors.

—Appelle-moi quand tu es arrivée. Fais bonne route. Va t'en.

Il referma la porte derrière lui et il ferma à clés, lançant un regard paniqué à Ondine. Il lui fit signe de ne rien dire et guetta le toussotement de sa voiture qui démarre et s'éloigne. Il soupira de soulagement.

—J'ai cru qu'elle ne partirait jamais.

—Pourquoi tu n'es pas parti avec elle ?

Ondine resta loin de Sacha, mourant d'envie de s'approcher pour l'embrasser. Sacha analysa rapidement ce que la jeune femme avait amené avec elle. Son sac semblait lourd. Il haussa un sourcil en voyant également qu'elle avait amené sa basse. Elle suivit son regard.

—J'ai mon examen de pratique à la rentrée. Faut que je m'entraîne.

—Et tu pouvais pas faire ça chez toi ?

—C'est moins drôle, grimaça-t-elle. L'hôtel est désert, entre les employés qui sont en vacances et Lily qui est au ski…

—Et tes deux autres sœurs, elles font quoi de leurs vies, au juste ? Elles ne sont jamais là !

Ondine ôta ses chaussures pour s'avancer dans le salon, enlevant sa basse de son dos et s'installant sur le canapé, regardant Sacha qui posa ses mains sur le dossier, la regardant par en dessous.

—Sérieusement ? répondit-elle. Rien. Elles dilapident de l'argent et attendent patiemment que je sois à la tête de l'Empire Waters pour pouvoir s'adonner encore plus à leurs vices. Pourquoi ?

—Curiosité. Vous êtes une belle brochette de cas sociaux…

—Venant d'un toxico, ça me touche pas trop, sourit Ondine. Bon tu m'embrasses ou t'attends que je te supplie ?

Sacha éclata de rire.

—Vas-y, supplie-moi.

Il se redressa et s'éloigna d'elle, tandis qu'elle se retournait vers lui, se contorsionnant pour l'observer rejoindre la cuisine.

—Attends, t'abuses, là, ça fait une semaine qu'on s'est pas vus et c'est tout l'effet que ça te fait de me revoir ?

Sacha haussa les épaules.

—Ouais.

Il leva les yeux au ciel et traversa la cuisine, enjamba le dossier du canapé et s'assit à côté d'Ondine, avant de l'embrasser profondément et brutalement, l'attirant contre lui. Bon dieu, ça lui avait manqué mais il préférait encore se faire percer le bout du sexe plutôt que l'avouer.

—Alors qu'est-ce que tu nous as prévu pour ce soir ?

Ondine sourit en attrapant son sac, qu'elle avait posé à ses pieds. Elle l'ouvrit pour en sortir une bouteille de vodka, son paquet de cigarettes, un DVD et un paquet de bonbons.

—Soirée film ?

—La bouteille de vodka était-elle réellement indispensable ? s'exaspéra Sacha en voyant Ondine la déboucher pour boire au goulot.

—Tu sais depuis combien de temps j'ai pas tisé ?

—Suffisamment pour être en cours de sevrage ? suggéra Sacha en lui arrachant la bouteille des mains pour la refermer.

—Hé ! protesta-t-elle. C'est pas juste !

Sacha se pencha vers elle pour l'embrasser en levant les yeux au ciel, quand elle se déplaça pour le chevaucher, tentant de récupérer sa bouteille.

—Ce soir, soirée tranquille. Si tu veux, demain, on se met minable. Mais ce soir, on reste calme. Ok ?

Pour toute réponse elle l'embrassa de nouveau en glissant sa main dans les cheveux de Sacha. Il en conclut que c'était un oui franc et définitif.


Flora expira bruyamment en atteignant son quartier. Depuis le temps qu'elle n'était pas rentrée, ça lui faisait bizarre. Quitter Solildad et sa troupe lui brisait le cœur, après un mois passé en leur compagnie, à les regarder répéter et à se rapprocher d'Olivier. Il lui avait demandé de sortir avec lui. Elle avait accepté mais elle sentait que c'était une idée foireuse. Elle n'arrivait pas à se sortir Drew de la tête et il lui manquait affreusement.

Un mois qu'elle n'avait pas mis un pied à Palette, ni au Clémentiville. Une vague de nostalgie lui étreignit le cœur quand elle s'aperçut que tout ça était bien réel. Tout comme cette voiture de luxe, garée en vrac devant la maison de Sacha. Ondine était là ? Oui, évidemment. Personne d'autre ne serait assez stupide pour venir à Palette avec une Lamborghini. Elle ne retrouverait sûrement pas grand-chose de la voiture.

Flora secoua la tête en sortant de la sienne avant de consulter sa montre. Il était vingt heures. Tels qu'elle les connaissait, ils n'avaient sûrement pas mangé. Elle remonta dans sa voiture et remit les clés sur le contact pour se diriger vers le KFC le plus proche. Si elle amenait de la nourriture grasse, tout irait mieux. Elle pourrait sans doute effacer sa réaction violente face à la découverte de leur histoire et leur demander de vraies explications. Solidad lui avait dit que c'était ce qu'elle devait faire, mais sans les braquer. S'ils étaient censés se détester, ils tenteraient de nier.

Trente minutes plus tard, Flora était de retour et se garait devant chez elle, pour passer par la porte de derrière pour entrer chez Sacha. Elle ne put s'empêcher de sourire en observant ses deux amis dans le canapé. Ondine était allongée, la tête sur les genoux de Sacha qui caressait ses cheveux en secouant lentement la tête, comme s'il ne comprenait pas ce qu'il était en train de faire. Ils regardaient un film en mangeant quelques bonbons.

—J'ai faim, s'exclama Ondine.

Ta gueule, regarde le film.

—Je le connais par cœur. Là, Scott va perdre mais il a gagné une vie alors il va revenir.

Sacha soupira et Flora supposa qu'il colla sa main sur la bouche d'Ondine compte tenu des gémissements désespérés qu'elle poussait.

—Je t'ai dit ta gueule, s'exaspéra Sacha.

—Mais j'ai faim !

—Mange tes mains, ça occupera ta bouche. J'ai compris pourquoi t'es grasse, maintenant. Tu manges comme quatre.

Ondine soupira et Flora retint un rire. Même dans l'intimité, ils étaient ainsi ?

—Je suis toujours capable de te faire bander, alors ça me va. D'ailleurs pour occuper ma bouche, je connais une autre activité qui…

—Oh là ! intervint Flora. Du calme, les mecs, vous n'êtes pas tous seuls ! Je ne veux pas voir ça !

Elle les vit sursauter d'un même mouvement puis ils rougirent fortement en se tournant vers elle qui sourit franchement. Les voir ensemble ne lui faisait plus mal. Tant mieux. Elle désigna le sachet en kraft qu'elle tenait dans ses bras.

—J'ai ramené à manger. Comme je sais que Misty adore le poulet, je suis passée à KFC.

Ondine s'arracha à l'étreinte de Sacha et s'approcha d'elle d'un air affamé, déposant au passage un baiser sur la joue de Flora.

—Comment t'as su que j'étais là ?

—L'intuition féminine, ironisa Flora en se déplaçant jusqu'au canapé pour embrasser Sacha qui ne savait pas quoi dire. Fais pas cette tête, Sacha, par pitié.

—Je… Je… C'est pas…

—Ce que je crois ?

Flora haussa les épaules.

—Vous faites ce que vous voulez, ça ne me concerne pas.

Sacha se leva et serra Flora dans ses bras.

—Bon dieu, tu m'as manquée, Flora. Où étais-tu ?

—Chez une chorégraphe. Solidad Childs.

Ils s'assirent tous les trois sur le canapé, Ondine et Sacha prenant grand soin de placer Flora entre eux. Quand elle le remarqua, elle leva les yeux au ciel.

—Bon. Vous m'expliquez ?

Le couple échangea un regard et sourit.

—C'est un plan cul.

—Mais sans le sexe, commenta Sacha.

Flora pouffa. Vu l'air à la fois soulagé et contrit de Sacha, elle savait que c'était la plus stricte vérité. Ils ne couchaient pas ensemble. Cependant, elle ne put s'empêcher d'intervenir :

—Simple question, Ondine… Quand on fait vœu de chasteté, le sexe oral, ça compte ?

—Non, l'essentiel c'est que mon hymen reste intact, qu'il n'y ait pas de pénétration vaginale. Je peux même pratiquer la double anale, ça pose pas de problèmes.

—C'est hyper hypocrite ! s'exclama Flora. Enfin… Et malgré ça, vous me dites que c'est un plan cul sans sexe… Vous sortez ensemble, en résumé.

—Oui, en quelque sorte, tenta d'affaiblir Sacha. Elle a décidé que c'était mieux de s'embrasser pour se faire taire, plutôt que de se battre.

—À t'écouter, je te force ! ragea Ondine. Tu veux que je te rappelle qui est le con de nous deux qui a commencé ce petit jeu du « je te roule une pelle pour que tu la fermes » ?

—J'étais pas dans mon état normal quand j'ai fait ça, bouda Sacha. Et je n'ai pas le souvenir que tu te sois débattue, non plus.

—Ah mais moi, j'assume parfaitement ce qu'il se passe entre nous.

—J'ai pas envie d'avoir cette discussion maintenant, héritière. Et pour répondre à ta question, oui, tu me forces ! Je n'ai jamais dit que tu pouvais venir chez moi ce soir, je t'ai proposé demain soir !

—Tu aurais dû répondre que tu ne voulais pas, alors.

—J'allais le faire ! Mais ma mère m'a appelé à ce moment-là et…

Flora éclata de rire avant de les attirer tous les deux dans une étreinte, embrassant l'un sur le front l'autre sur la joue.

—Vous êtes tellement mignons tous les deux ! C'est pas exactement comme ça que j'imaginais l'avenir quand j'y pensais, principalement parce que dans mes plans d'avenir, Drew ne me quittait pas, mais… Ça fait du bien de vous voir vous faire sainement la guerre.

—Sainement ?

—Ouais. Les réconciliations sur l'oreiller, vous connaissez pas ?

—Pas de sexe, grommela Sacha. Beaucoup de frustration, mais pas de sexe.

—Mais c'est toi qui veux pas ! s'insurgea Ondine.

—Pour devoir t'épouser après ? Juste pour énerver Régis, c'est tentant, mais j'espère quand même trouver mieux, pour moi.

Flora soupira alors qu'Ondine se levait pour s'asseoir sur Sacha et le plaquer contre le dossier du canapé.

—Mieux ? Trouver mieux que la P-DG de la Waters Corp. ? Va falloir que tu m'expliques…

—Une fille qui serait féminine. Oh ! Une fille qui ne se serait pas fait tatouer le symbole des Red Hot sur le flanc, aussi. J'ai l'impression de serrer leur discographie dans mes bras à chaque fois que je te fais un câlin. Une fille qui n'aurait pas de piercing partout… Sauf celui sur la langue, je l'aime bien, celui-là. Une fille qui ne s'amuserait pas à collectionner les voitures de luxe, aussi. C'est trop encombrant et si c'est pour que le garage soit plus grand que la maison, c'est pas la peine. Une fille qui saurait prononcer une phrase sans sortir cinq grossièretés à la seconde.

—Je ne suis pas vulgaire, putain ! commenta Ondine.

Elle se releva et alla attraper des wings de poulet, avant de s'asseoir par terre, pour faire face à Flora.

—Tu vois comme il est ? Je supporte ça depuis un mois. Il arrête pas de me critiquer, mais il est toujours là.

—Ça doit être parce que tu suces bien.

—Même pas, il veut pas que je le touche…

—Monsieur ne fait que l'amour ? s'étonna Flora.

—Non, intervint Sacha en boudant. Ça n'a rien à voir avec ça. Et ce qui se passe dans notre lit ne te regarde pas, Flora.

Flora croqua dans un bout de poulet, avant de sourire.

—D'après ce que je comprends, il ne s'y passe rien, dans ton lit. J'ai compriiiiiiis… En fait, tu ne veux pas qu'il y ait de tendresse entre vous, pour ne pas t'attacher !

—Il y a de la tendresse ! protesta-t-il d'une voix forte avant de se rendre compte de ce qu'il disait. Enfin… Un peu, quoi. Et arrêtez de parler de ça comme si je n'étais pas là.

Les deux filles tournèrent la tête vers lui avant de hausser les épaules et de reprendre leur conversation comme s'il n'était pas là. Énervé et vexé, Sacha finit par se lever et escalada les marches qui menaient à sa chambre à toute vitesse. Flora guetta la fermeture de la porte de la chambre avec le sourire avant de soupirer.

—Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour pouvoir discuter tranquillement avec une amie…

—Pardon ?

—Et toi, Misty, tu vas bien ?

—Oui. Un peu en panique pour mes examens pratiques à la rentrée, mais ça va. Et toi ? Drew…

—Il ne m'a jamais rappelée, soupira Flora d'un air désespéré. Et je ne sais pas quoi faire pour lui prouver que je l'aime.

Ondine pinça les lèvres et lui lança un regard désolé.

—Je ne suis pas de bons conseils, en matière d'amour, tu sais… Mais… Il est au plus mal. Il faudrait peut-être…

—Je ne peux pas, je… J'ai quelqu'un d'autre, maintenant.

—Mais tu viens de dire que tu l'aimais.

Flora sourit. Oh oui, elle aimait Drew, plus que personne, plus qu'elle ne saurait elle-même le dire mais c'était lui qui était parti, sans même qu'elle n'ait le temps de donner la moindre explication et elle se refusait à courir après lui. C'était peut-être une fierté mal placée, mai elle ne voulait pas s'humilier à ramper devant un garçon.

Ondine, elle, se jura, au fond, de tout faire pour réunir ces deux-là. Elle n'avait jamais vu un couple aussi assorti qu'eux, à part peut-être Sacha et elle. Drew et Flora, c'était une évidence même. Le côté lointain et distingué de Drew, l'impulsivité naïve de Flora, ça n'allait pas séparément.


Et voici ! Dans trois chapitres, ce sera la fin de la première partie !