« Non. Tu ne mets pas ça. »
Charles la regardait de haut en bas, tandis qu'il voyait arriver sa sœur dans la Grande Salle pour déjeuner. Son index allait de gauche à droite, alors que Charlotte le regardait. Elle n'avait rien d'autre et puis, elle avait excessivement plus froid que les autres dans cette école, du moins, le pensait-elle. Son pull tricoté bleu nuit au col épais et roulé sous sa salopette noire, les jambes cachées par ses nylons éternellement épais, guêtres aux chevilles, les pieds vêtus de ses ballerines scolaires.
« Tu pourrais m'expliquer comment tu t'es habillée ? Je ne comprends pas quel message tu veux nous faire passer… »
« Il n'y a aucun message… »
« Charlotte ! Ce n'est pas un style, c'est de la violence oculaire ! »
Le regard de Charles s'écarquillait, dans un aspect qui se voulait autoritaire. Qu'elle détestait lorsqu'il lui faisait ce regard. Entre l'outré et l'autoritaire. Elle se baissait sur elle pour se regarder puis relevait les yeux sur son frère, inexpressive.
« Je ne trouve pas… »
« Tu vas changer immédiatement avant qu'il ne te vois. File ! »
Contredire son frère à l'instant était tenté de piétiner sur un chemin sinueux. Elle obéissait donc, alors que son frère choisissait au hasard une fille de sa classe. Il la pointait du doigt et l'interpellait.
« Mademoiselle, tu vas accompagner ma sœur jusqu'à sa garde-robe. Et je tiens à cette exigence ; elle doit être mieux habillée. »
La Serdaigle choisie au hasard hochait vivement la tête et accompagnait Charlotte jusqu'au dortoir des filles des bleus et bronzes. La blondinette s'installait sur le lit, tandis que Charlotte lui ouvrait son armoire. La blondinette observait les vêtements et choisit une jupe qui s'arrêtait aux genoux, un pull plus esthétique et une paire de boots qu'elle n'avait jamais mises. Si cela pouvait la tenir au chaud, alors elle ne serait pas mal à l'aise. Elle remerciait la blondinette, qui attendait alors qu'elle s'habille. Charlotte redescendait alors avec la Serdaigle à ses côtés, sous le regard critique de son frère qui changeait instantanément pour sourire joyeusement et lever son pouce en l'air. Charlotte soupirait de soulagement et tentait de s'approcher avec grâce, ce qui eut pour effet de ressembler à un canard boiteux au début. Charles relevait ses manches et relevait sa sœur, pour qu'elle se maintienne droite. Il se positionnait devant elle, remerciait la blondinette et la congédiait. Pouce et index sous son menton, il réfléchissait en fixant le visage de sa sœur.
« Je t'avais dit que tes cheveux seraient en piteux état. Et on va arranger tes cheveux pour qu'on voie ton visage. »
Des pas rapides s'étaient enclenchés dans la Grande Salle, se rapprochant d'eux à toute allure. Aaren courait vers eux, manquant de tomber à plusieurs reprises.
« Je l'ai vu ! Il arrive ! »
« Charlotte tu t'installes, tu déjeunes et je m'occupe de cette chevelure. »
« Et moi, je fais quoi ? »
« Tu vas manger. », avaient dit les deux grands pour Aaren.
Le petit affichait une moue boudeuse, mais il obéit rapidement malgré tout. Charlotte s'installait, docilement, tandis que Charles sortait ses deux brosses fétiche de sa grande poche. Il s'installait face au dos de sa sœur et la coiffait ainsi.
Sobrement vêtu, il pénétrait la salle et son regard se stoppait sur les deux adolescents assis de dos à lui. Elle mangeait, tandis qu'il la coiffait. Lentement, il marchait vers eux et s'arrêtait aux côtés du jumeau. Le grand Gryffondor relevait la tête vers lui et lui sourit amicalement.
« Tu t'occupes à nouveau de cette chevelure récalcitrante ? »
« Comme tu le vois. »
« J'existe. »
Ils se tournèrent vers la demoiselle qui était toujours de dos à lui. Il s'avançait et s'installait face à elle, prenant au passage un morceau de viennoiserie. Ils se fixèrent longuement, sans rien se dire. Deux expressions atones, pourtant si profondes. Elle quittait les tempêtes en premier, ouvrant la bouche pour mordre dans le pain. Elle ne savait pas exactement ce qu'ils allaient faire, mais elle préférait prendre des forces pour l'après-midi qui s'annonçait froid et rude. Charles terminait de la coiffer et leur souhaitait de bien s'amuser. Ils se levèrent en même temps et se vêtirent de leurs manteaux et écharpes aux couleurs de leur maison. Ils sortirent de l'académie, leurs pas les emmenant où bon leur semblaient. Et leurs pas les conduisaient rapidement sur le chemin de Pré-au-Lard, l'un à côté de l'autre, le silence pesant autour d'eux. Il tournait la tête vers elle, qui relevait instantanément le visage vers lui.
« Vu que nous sommes au village, que dirais-tu d'un thé ? »
« Si tu le désires. Je ne le refuserai pas. »
Ils se retrouvaient devant le salon de thé et il lui ouvrait la porte pour la laisser entrer, geste qu'elle appréciait et le remerciait en hochant la tête. Ils s'installaient à une table plus loin des autres, un endroit particulièrement intime, là où les couples étaient le plus souvent assis. Elle regardait autour d'eux, les jeunes se donnant la main, où se collant simplement. Charlotte avait l'air mal à l'aise en observant autour d'elle, mais revint bien vite à la réalité lorsque la tenancière prenait leur commande. Elle les laissait seuls, pour s'occuper de leur commande et le regard l'un dans l'autre, ils se regardaient.
« L'endroit est plus approprié que le pub de La Tête de Sanglier. Ne trouves-tu pas ? »
« Oui, ça l'est. Je ne suis jamais sortie de Poudlard depuis que l'on peut sortir de l'académie… »
« Vraiment ? »
« Charles a déjà bien essayer, mais à part aller à la bibliothèque le week-end… »
« Je suis donc le premier qui t'invite en dehors des murs de l'école ? Quel privilège. »
Elle rougit sur l'instant en baissant les yeux. Leur commande arrivait bien vite et ils prirent chacun une gorgée de leur thé. Elle le regardait, déposant sa tasse sur la petite assiette qui faisait office de sous tasse. Il portait une étrange bague, comme une chevalière de Sang-Pur. Elle, portait une améthyste autour du cou l'initiale de son nom de famille gravé en son sein. Mais cela lui importait peu.
« Charlotte. »
Ce timbre de voix lui arrachait un frisson le long de l'échine, c'était la seconde fois et elle savait qu'elle ne s'y habituerait jamais. Il posait sa tasse et lui sourit, alors qu'elle le regardait, une lueur étrange naissante dans son regard, la peur et la quiétude partagées en une seule bille lumineuse dans un vert terne. Il prenait une longue inspiration en fermant les yeux, puis, posait ses iris sur la Serdaigle. Le regarder comme un pauvre animal apeuré devant un humain qui pourtant inspirait confiance. Quelle étrange façon de le voir de la sorte. Il faisait durer le moment, la convaincant de ce fait à sentir le stress l'envelopper.
« Te verrais-je, ce noël ? »
Elle restait surprise, la bouche mi ouverte, dévoilant ses dents blanches alignées. Elle pensait à quoi exactement lorsqu'il l'interpellait de la sorte ? A rien. Strictement rien n'avait traversé son esprit. Elle baissait les yeux, à nouveau presque endormie et portait la tasse à ses lèvres. Elle ne savait pas mentir, donc de lui dire qu'elle partirait chez elle. La tasse à nouveau immobile sur la table, Charlotte regardait Tom qui ne l'avait pas lâchée du regard.
« Je ne pars pas ce noël. »
Un sourire froid et satisfait éclairait son visage, ses yeux plissés. Ainsi, tout s'enclenchait. Ils terminaient leur tasse et rentraient à Poudlard, discutant de choses et d'autres, notamment de ce que lisait majoritairement les deux élèves. Il ne parlait pas de sa nouvelle trouvaille sur une magie ancienne. Pour cela, il avait une autre personne en vue pour des explications. Il sentait étrangement Charlotte sereine avec lui, et la savoir docile à ce point le ravissait. Énormément.
