-« Hunter, tu as dit que tu pouvais m'aider pour l'affaire. »

-« Je le peux, en effet. »

-« Alors, peux-tu me parler de Céleste Lavoute ? »

-« Je savais que tu allais me demander ça. Cette femme est une des clés de l'affaire. Comme tu le sais, elle était le mentor d'Andréa Landry. Puis, elle est partie travailler sur une production et est devenue le manager de Juan Corrida. Mais quelques mois plus tard, Céleste Lavoute est décédée. »

-« Mais, elle s'est suicidée, n'est-ce pas ? »

-« Oui, pourtant une partie de l'énigme n'est toujours pas résolue. »

-« « Une partie de l'énigme » ? »

-« Sa lettre de suicide, on ne l'a jamais retrouvée, elle semble s'être évaporée. »

-« La lettre de suicide a disparue ? »

-« Céleste Lavoute s'est suicidée, ça ne fait aucun doute. Pourtant comme je viens de te le dire, la police n'a jamais retrouvée sa lettre de suicide. »

-« Mais comment pouvez-vous être sûr qu'elle en a laissé une ? »

-« Eh bien, il n'y a pas de preuves irréfutables mais… Le labo a retrouvé des tâches d'encre sur son index droit. Ce qui nous laisse penser qu'elle a écrit quelque chose peu de temps avant sa mort. »

-« Et pourquoi la police ne l'a jamais retrouvée, cette lettre ? »

-« On pense qu'elle a été cachée. »

-« Par qui ? »

-« Par la victime, Corrida. »

-« Quoi ? Mais pourquoi ? »

-« C'est lui qui a découvert le corps de Céleste. Il était donc parfaitement placé pour subtiliser la lettre. Pourtant, nous n'avons jamais pu le prouver. Voilà le rapport de suicide, enfin, la première partie du moins. » termine Hunter en me tendant un dossier marron beige.

-« La première partie… ? »

Je regarde l'intitulé du dossier. « Rapport de suicide » - Nom : Lavoute ; Prénom(s) : Céleste

-« En général, je n'aime pas lire les rapports, poursuit Hunter et encore moins les rapports de suicide. Celui-là, c'est encore pire, il a deux parties. Voici la seconde. » termine Hunter en me tendant un deuxième dossier.

-« C'est un rapport de tentative de suicide… Mais… Le nom du patient ! C'est… « Andréa Landry » ! Elle a tenté de se tuer ? Elle ne semble pourtant pas candidate au suicide… »

-« Tu penses que c'est une femme d'affaires implacable ? Ce n'est qu'une façade. Elle cache un secret… Un secret qu'elle tente par tous les moyens de dissimuler. »

-« Un secret… ? » demande Pearl.

-« Sa « codépendance », voilà le mot clé. »

-« « Codépendance » ? Le mot le plus éloigné de la description d'une femme comme elle… C'est quoi le rapport entre Andréa Landry et la « codépendance » ? »

-« Sa tentative de suicide… a eu lieu seulement quelques jours après la mort de Mlle. Lavoute. »

-« Et alors ? »

-« A ton avis, pourquoi Andréa a essayé de se donner la mort ? Probablement parce qu'elle avait perdu « sa raison de vivre ». »

-« Sa raison de… Mais pourquoi ? »

-« Parce qu'en perdant Céleste Lavoute… elle perdait son roc, son mentor, voilà pourquoi. »

-« Mais enfin… »

-« Est-ce que c'est ça « suivre quelqu'un jusque dans la tombe »… ? » souffle Pearl.

-« Après sa tentative de suicide, reprend Hunter, Andréa a commencé à voir un psychiatre. Et encore aujourd'hui, elle cherche quelqu'un en qui elle peut avoir une confiance absolue. Une fois qu'elle l'a trouvée, elle la suit aveuglément. Sans quelqu'un pour la guider, elle devient instable et est incapable de s'orienter seule. »

-« C'est donc ça, c'est de là que vient sa « codépendance »… »

-« Quand Céleste Lavoute s'est brusquement suicidée, le monde d'Andréa Landry a basculé, elle l'avoue elle-même. »

-« Mais alors, son attitude hyper sûre d'elle. »

-« Ce n'est qu'un mirage, elle ne fait qu'imiter le comportement de son mentor. »

-« Je vois… »

Je me tourne vers Pearl.

-« Je crois qu'on a tout ce qu'il nous faut pour faire parler Mlle. Landry, qu'en penses-tu ? »

-« Je pense que c'est une triste histoire tout ce qui lui arrive. »

-« Tu as raison, malheureusement, nous n'avons pas le choix… Merci pour tes indications, Hunter. Nous allons te laisser, il faut qu'on aille voir Mlle. Landry, nous avons quelques questions à lui poser. »

-« Je comprends. Bonne chance pour demain Wright. »

-« … »

Je me retourne. Mais après quelques pas, je m'arrête. Je ne lui ai pas parlé de Maya, et dans la situation dans laquelle elle se trouve. Est-ce que je dois lui en parler ?

Je le regarde. Il croise les bras. Qu'est-ce que je vois ? Un sourire ? Qu'est-ce qu'il peut bien me cacher ? Tektiv lui en déjà parler ? Non, je ne veux pas savoir, et puis je n'ai pas besoin de sa pitié.

Après tout, ce ne sont pas ses affaires, c'est à moi de régler le problème.

Pearl et moi retournons à l'hôtel, direction la chambre d'Engarde.


Chambre d'Engarde, Hôtel Gatewater - 21 mars, 14h38

Je pousse la porte. Andréa est là mais elle n'est pas toute seule, elle discute avec quelqu'un… C'est Franziska !

-« Qu'est-ce que vous faîtes ici ?! » demande-t-elle.

-« Je suis l'avocat de M. Engarde, donc… »

-« Ah ! Vous en avez du culot, de me suivre partout ! »

-« De vous suivre… ? »

-« Mais c'est vous qui nous suivez, Mlle. Von Karma ! » lance Pearl.

-« Pearl… »

-« Vous êtes toujours en train de suivre l'inspecteur ! » continue-t-elle.

-« Moi ? ricane Franziska. Suivre cet hirsute négligé ? Ne me faîtes pas rire ! Je vais te montrer quelque chose d'intéressant, petite fille… »

Elle tient un objet dans sa main.

Bip bip

Bip bip

Bip bip

-« Qu'est-ce que c'est ? » demande Pearl.

-« Ça, c'est un récepteur électromagnétique. J'ai posé un mouchard sur cette abruti d'inspecteur, comme ça je peux surveiller le moindre de ses gestes ! »

J'ai vraiment de la peine pour ce pauvre Tektiv.

-« Bien, maintenant, si vous pouviez arrêter de me faire perdre mon temps… Andréa Landry ! »

-« Oui… ? » demande Andréa d'un air interrogateur.

-« Réfléchissez bien à notre conversation, entendu ?! »

-« D'accord… »

Franziska quitte la pièce. De quoi pouvaient-elles bien discuter ces deux-là ?

Pearl tire ma manche.

-« M. Nick, vous ne trouvez pas que Mlle. Landry à l'air un peu perdue ? »

C'est vrai qu'elle semble réfléchir à quelque chose…

-« Mlle. Landry… ? »

-« Oui, M. Wright ? »

-« Pardonnez cette question directe, mais je dois vous le demandez encore une fois… Pourquoi Juan Corrida a été assassiné ? »

-« Hmm… »

Les chaînes et les quatre cadenas apparaissent.

-« A mon avis, vous le savez, alors pourquoi le cacher ? Vous ne voyez pas que votre attitude met M. Engarde en danger ? »

-« … Pourquoi me posez-vous des questions auxquelles je n'ai pas les réponses ? Vous savez, je n'étais pas si proche de Juan, c'est difficile d'avoir liens étroits avec une personne. »

-« Vous dîtes que vous n'aviez pas de liens avec la victime ? Ce n'est pas ce qui dit cet article ! »

Je lui montre l'article du journal à scandale.

-« Pff… Un article à trois sous dans un journal sans intérêt. Plus je vous vois, plus je me dis que M. Engarde avait plus de chance de s'en sortir en assurant sa défense lui-même ! »

-« Grr… Très bien, abordons le problème sous un autre angle. Si je vous dis que vous vous étiez proche de M. Corrida pour une personne en particulier ? »

-« A qui pensez-vous ? »

-« Oh je ne sais pas… Mlle. Céleste Lavoute, pourquoi pas ? »

-« Ah ! Que savez-vous sur Céleste ?! »

Un cadenas disparaît.

-« Elle s'est suicidée, n'est-ce pas ? Pourtant, personne ne semble savoir pourquoi… Juste avant de mourir, elle était la manager du Juan Corrida, n'est-ce pas ? Je pense que vous vous êtes rapprochée de lui pour enquêter sur le suicide de votre mentor. »

-« Vous avez une imagination débordante ! Je vous vois bien futur gratte-papier dans un journal à scandale ! » rit-elle faussement.

-« Mlle. Landry… ? »

-« Le suicide de Céleste n'avait rien de mystérieux. Je n'avais aucune raison d'inventer une fausse relation avec la victime. »

-« Oh vraiment ? Son suicide n'avait rien de mystérieux ? Je pense que vous avez oublié quelque chose. »

-« Hmm… ? Quoi donc ? »

-« Sa lettre de suicide. Elle n'a jamais été retrouvée. »

-« … ! »

-« La police pense qu'elle a été cachée. Sûrement par la personne qui a découvert le corps de Céleste, M. Juan Corrida. Et je suis sûr que vous étiez convaincue de la même chose ! Voilà pourquoi vous vous êtes rapprochée de la victime ! »

Un deuxième cadenas éclate. Je suis en bonne voie, ce n'est pas le moment de relâcher la pression.

-« Je pense que j'ai été suffisamment patiente à écouter vos délires insultants ! » dit Landry, excédée.

-« … »

-« Oui, Céleste était mon mentor, et alors ? Je vous le dis et vous le répète, ça n'a aucun rapport avec moi ! Je ne savais même pas que sa lettre n'avait pas été retrouvée ! »

-« Permettez-moi d'en douter Mlle. Landry. J'ai approfondi l'enquête sur le suicide de Mlle. Lavoute. Et je suis désolé de vous rappeler de douloureux souvenirs mais, je suis en mesure vous prouvez que le suicide de Mlle. Lavoute a bien un rapport avec vous. »

-« Eh bien allez-y ! »

-« Quelques jours après la découverte du suicide de Céleste Lavoute, vous avez, vous aussi, tenté de vous suicider. »

-« … ! »

-« Vous chercher quelqu'un en qui vous pouvez avoir confiance, et vous faisiez confiance en Mlle. Lavoute, n'est-ce pas ? »

-« J'ai toujours été indépendante… »

-« Mais ce n'est qu'une façade… Vous n'êtes pas… »

-« Taisez-vous ! »

L'avant-dernier cadenas vole en éclat.

-« … Quand Céleste est morte… D'une certaine façon, je suis morte avec elle… Cette histoire de lettre me hantait… »

-« Vous deviez être au courant du rapport de la police… »

-« J'ai cherché cette lettre… Désespérément… Je me suis rapprochée de M. Corrida… pour la retrouver… »

-« Ce que vous venez de dire change tout, Mlle. Landry. »

-« Je vous demande pardon ? »

-« Pouvez-vous me rappeler comment cette conversation à commencée ? »

-« Vous m'avez demandé « pourquoi M. Corrida a-t-il été assassiné ? ». »

-« Vous cherchiez cette lettre « désespérément », c'est bien ça ? Vous vouliez la retrouver… à tout prix. Vous étiez prête à tout, peut-être même jusqu'à tuer un homme pour mettre la main dessus… »

-« … ! »

-« Dans l'état actuel des choses, je viens de prouver que vous avez un mobile pour l'assassinat de M. Corrida. Ce qui fait de vous… le suspect numéro un dans cette affaire… »

-« Moi… Suspecte… ? »

Le dernier cadenas éclate. Les chaînes disparaissent. J'ai réussi !

-« Vous avez raison, je suis quelqu'un qui ne peut pas vivre dans l'insécurité. Je suis physiquement frêle et j'ai très peu confiance en moi. Toute ma vie j'ai essayé de lutter contre ça. Je n'ai jamais voulu révéler ma vraie nature… »

-« Mlle. Landry… »

-« Et c'était la seule chose que je voulais emporter dans ma tombe… Mon secret, mon jardin secret à moi, et à moi seule… »

-« Je suis désolé… »

-« Quand Céleste est morte, j'ai commencé à avoir peur… Ils semblaient tous contre moi… On m'a informé que la lettre de suicide avait disparue, et que c'était Juan Corrida qui l'avait emporté. Finalement, ce journal à scandale disait la vérité. Ironique, non ? »

-« Comme on dit, il n'y a pas de fumée sans feu… »

-« C'est vrai, je me suis rapprochée de Juan pour récupérer la lettre de Céleste… Mais jamais je n'aurais pu tuer pour l'avoir. Ce n'est pas dans ma nature, c'est tout. »

-« Je vois… »

-« Au fait, M. L'avocat, pour cette histoire de tentative de suicide, je compte sur votre silence. Si les gens apprenaient que j'ai des faiblesses… »

-« Oui, comptez sur moi. »

-« Merci beaucoup. »

Pearl semble pensive.

-« Ça va Pearl ? »

-« Excusez-moi M. Nick, mais… Cela fait un moment que Mlle. Landry tripote cette carte… »

Cette carte ? Ah mais c'est vrai ça... Cela fait longtemps que Mlle. Landry à une carte dans la main, elle l'avait même pendant notre première rencontre.

-« Pardonnez-moi Mlle. Landry, mais cette carte, dans votre main, c'est quoi ? »

-« Oh ça ? Je n'en sais rien… Elle semble être apparue dans mon sac à main… »

Elle me tend la carte en question. On dirait une carte de visite ou quelque chose de ce genre. Pourtant je ne vois aucun nom ou adresse inscrit dessus. La carte est ornée d'un drôle de motif.

-« Qu'est-ce que c'est ? On dirait… un coquillage ?

-« Ça y ressemble, n'est-ce pas ? Je ne me souviens pas du tout de cette carte, je ne sais pas comment j'ai pu l'avoir… »

Elle a oubliée ? Ça ne doit pas lui arriver souvent…

-« Bien, j'ai du travail qui m'attend, je vais vous laisser. Je vous confie M. Engarde, prenez soin de lui, d'accord ? »

Mlle. Landry quitte la pièce.

-« Bon, je crois qu'on a rassemblé tout ce qu'on pouvait découvrir. »

-« M. Nick ? Et Mystique Maya ? Vous croyez qu'elle va bien ? »

Oh Pearl, cette histoire à l'air de te peser si lourd. Tu n'as pas fermé l'œil de la nuit dernière et tu m'as suivi toute la journée…

-« Quelque chose ne va pas, M. Nick ? »

Elle se frotte les yeux.

-« Retournons au bureau. Tu dois être fatiguée, non ? »

-« Oh, non, ne vous inquiétez pas ! Je vais bien, très bien même ! »

Eh bien on ne dirait pas.