Chapitre 10: Lions vs Serpents
La semaine s'écoula lentement. Je fis connaissance avec tous mes professeurs et intégrai l'équipe de Quidditch de ma maison en tant que poursuiveur.
Le dimanche soir, mon père m'intercepta dans un couloir:
« Comment s'est passé ta première semaine ? », interrogea-t-il.
« Plutôt bien. »
« Tu comprends ce qu'on te dit ? »
Je haussai vaguement les épaules.
« Pas toujours mais Drago et Daphné sont là pour m'aider. »
« N'hésite pas à venir me voir si tu as un problème. »
Je hochai la tête.
« Tu as l'air épuisé. »
« Oui… c'est fatiguant de parler anglais tous les jours. »
« Tu t'y habitueras. Montague m'a dit que tu occupais le poste de poursuiveur. »
J'eus un vague sourire.
« Je n'ai pas fait grand-chose pour l'obtenir. On me traite comme une reine sous prétexte que je suis ta fille. »
« N'en profite pas trop. »
« Hum. Je peux te demander une faveur ? »
« Essaie toujours. »
« Est-ce que je peux te rendre mardi le devoir que tu nous as donné pour demain ? »
Mon père fronça les sourcils.
« C'est hors de question. »
« Oh, allez, s'il te plait, j'ai juste besoin d'une soirée en plus. »
« J'ai dit non, Meredith. Tu avais tout ton week-end pour le faire. »
« Je n'ai pas eu le temps. »
« Tu te moques de moi ? »
« Mais non… ce n'est pas facile pour moi, je dois tout rédiger dans une langue qui n'est pas la mienne. »
« Dois-je te rappeler que tu es née en Angleterre ? »
Je le fusillai du regard.
« Tu n'es pas très coopératif. »
« Je n'ai pas l'intention de l'être. »
J'avançai vers lui et m'agrippai à sa manche.
« Papa, s'il te plait… »
« Cesse de geindre et va finir ton devoir. »
Il se dégagea de mon étreinte et tourna les talons. Furieuse et contrariée, je gagnai ma salle commune où je travaillai jusqu'à plus de minuit.
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Les jours suivants furent plus mouvementés que les précédents. Le professeur Ombrage fut nommée Grande Inquisitrice par le ministère de la magie, titre qui lui donnait le droit d'inspecter les autres professeurs et de les licencier. Elle avait de plus en plus de pouvoir sur l'école et, comme le disait mon père, elle finirait par trouver le moyen de mettre Dumbledore à la porte.
Septembre laissa sa place à Octobre et à ses belles couleurs d'automne. Une sortie fut organisée à Pré-au-lard et je découvris pour la première fois ce charmant petit village de sorciers. C'était un village pittoresque composé de chaumières et de grands magasins dont les plus célèbres étaient Zonko, une boutique de farces et attrapes, et Honeydukes, une confiserie. Drago me montra la Cabane Hurlante, la maison la plus hantée de Grande Bretagne. Je voulus y entrer mais il m'en dissuada :
« Ne va pas là-bas ! C'est dangereux. »
« Ce n'est qu'une légende. »
Je m'approchai de la cabane. Autour d'elle s'étendait un grand jardin à l'abandon. Les fenêtres étaient complètement occultées et les entrées condamnées.
« Allez, Meredith, reviens ici. Tu vois bien qu'on ne peut pas rentrer. »
Je revins sur mes pas.
« Si tu veux mon avis, tu es froussard, mon cher cousin. »
Drago se renfrogna.
« Et toi tu es idiote et téméraire. »
Je lui lançai un regard froid.
« Suis-moi, je t'emmène aux Trois Balais. », fit-il pour détendre l'atmosphère.
Les Trois Balais était le nom d'un pub réputé dans le village où la plupart des élèves se rendait pour consommer de la Bièraubeurre.
« Hé, Drago, par ici ! »
La main en l'air, Pansy, entourée de ses amis, nous faisait signe.
« Où est-ce que tu étais ? Je t'ai cherché partout ! »
« Avec Meredith. »
« Avec Meredith, répéta-t-elle énergiquement. Et que faisais-tu avec Meredith pendant si longtemps ? »
« Je lui montrais les boutiques du coin et la Cabane Hurlante. »
« C'est ça. Viens t'assoir à côté de moi. »
Drago s'exécuta et je m'installai entre Blaise et Daphné.
« C'est fou ce qu'elle peut être possessive. », murmurai-je à l'oreille de cette dernière.
« Qui ça ? Pansy ? C'est le moins qu'on puisse dire. »
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Le soir venu, mon père me convoqua dans son bureau. Les murs de la pièce plongée dans l'obscurité étaient recouverts d'étagères surchargées de centaines de bocaux dans lesquelles de petits morceaux visqueux d'animaux et de plantes flottaient dans des potions de diverses couleurs.
Il était assis derrière sa table de travail, une feuille à la main; j'étais debout devant lui, raide et silencieuse. Je sentais que cet entretien serait long et fastidieux, car la feuille qu'il tenait ne comportait rien d'autre que mes notes du mois.
Il me complimenta pour mon niveau en potions, métamorphose et sortilège et, en revanche, me sermonna pour mes résultats en DFCM, histoire de la magie et divination.
« Mais on s'en fiche de la divination ! », maugréai-je.
« De la divination, peut-être, mais pas du reste. »
« Pff. »
Mon père leva les yeux vers moi.
« Pas d'insolence. », siffla-t-il.
« Je ne suis pas insolente, j'essaie juste de t'expliquer que l'histoire de la magie est une matière barbante qui ne sert strictement à rien et que les cours de DFCM sont archinuls avec cette Ombrage qui nous empêche d'utiliser nos baguettes ! »
« Ce n'est pas une raison pour ne pas avoir de notes passables dans ces deux matières ! Je te rappelle que tu as les B.U.S.E.s à la fin de l'année ! »
« Sans blague. »
Il y eut un silence pendant lequel ses yeux étincelèrent de mécontentement.
« Je vais être très clair avec toi, Meredith. Soit tu fais des efforts et tu obtiens un E dans chaque matière, soit je te supprime le Quidditch et tu passes tes soirées à travailler dans mon bureau ! »
« Un E dans chaque matière ? m'exclamai-je. Mais t'es malade ! »
Mon père frappa son bureau du plat de la main, me faisant sursauter.
« Je t'interdis de me parler sur ce ton ! Excuse-toi. »
« Désolée. »
« Mieux que ça. »
Je poussai un long soupir d'exaspération. Ah, ce qu'il pouvait être énervant !
« Je te demande pardon. »
« Qui ? À qui est-ce que tu parles ? »
« Bah, à toi. »
Mon père ferma les yeux comme s'il priait le ciel de lui accorder une infinie patience.
« Ne me pousse pas à bout, Meredith. »
J'hésitai un instant, me mordant les lèvres pour ne pas sourire d'un air railleur.
« Je te demande pardon, papa. »
« Voilà qui est mieux. »
Il y eut un silence puis je demandai :
« Tu veux vraiment que j'obtienne un E partout ? »
« C'est ce que je t'ai dit, il me semble. »
« Mais je n'y arriverai jamais ! »
« Bien sûr que si. Allez, file te coucher. »
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Octobre s'éloigna sous la pluie battante et les rugissements du vent et novembre s'installa, avec sa froideur d'acier, ses matins de givre et ses courants d'air glacés qui mordaient les mains et le visage. Le ciel et le plafond de la Grande Salle avait pris une couleur gris perle et le sommet des montagnes qui entouraient Poudlard s'était couvert de neige.
Le matin du premier match de Quidditch de la saison, c'est-à-dire celui qui opposait Serpentard à Gryffondor, le ciel était clair et froid. Lorsque je me réveillai, je me tournai vers le lit de Daphné et la vis assise, les bras autour des genoux, le visage encore ensommeillé.
« Bien dormi ? », demanda-t-elle.
« Ça va. »
« Prête à remporter le match ? »
« Si on veut. »
« Viens, tu as besoin d'un bon petit déjeuner. »
La Grande Salle se remplissait rapidement lorsque nous arrivâmes. Les conversations étaient plus bruyantes et l'humeur plus exubérante qu'à l'ordinaire. À la table des Serpentard, les élèves étaient particulièrement agités. En plus des écharpes et des chapeaux vert et argent, ils portaient tous un badge argenté qui avait la forme d'une couronne.
« Hé les filles, vous en voulez un ? », demanda Drago en nous tendant une boîte de badges.
J'en pris un dans mes mains et l'examinait. En grosses lettres était écrit : Weasley est notre roi.
« Qui est Weasley ? », dis-je.
« Le meilleur ami de Potter. Tu as déjà dû le rencontrer… C'est un pauvre type aux cheveux roux. Tiens, le voilà, regarde ! »
Je tournai la tête vers l'endroit indiqué. Potter et le grand rouquin que j'avais déjà remarqué passèrent devant notre table. Pour une raison qui m'échappait, les élèves de ma maison adressèrent à Weasley des grands signes de la main en riant aux éclats.
« Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? »
« Weasley est le pire gardien de l'histoire de Poudlard, m'expliqua Pansy. C'est grâce à lui qu'on gagnera. »
« C'est pour cette raison que vous avez créé ces badges ? »
Pansy hocha la tête.
« Et on a même inventé une chanson spécialement pour lui. », ajouta-t-elle en ricanant.
Drago lui adressa un sourire complice et m'arracha le badge des mains pour l'accrocher à ma robe de sorcière. Le sourire qu'affichait Pansy quelques secondes auparavant se figea pour se transformer en une horrible grimace.
Montague se précipita vers nous, entouré de Crabbe et Goyle, les deux batteurs de notre équipe.
« Dès que vous êtes prêts, dit-il, on file sur le terrain, on vérifie les conditions météo et on se change. »
« On arrive tout de suite, lui assura Drago. Le temps que Meredith mange quelque chose. »
Je fourrai rapidement un petit pain dans ma bouche, bus un peu de jus de citrouille et entraînai Drago dans le hall d'entrée puis, descendant les marches de pierre, nous sortîmes dans l'air glacial.
L'herbe recouverte de givre craquait sous nos pieds lorsque nous traversâmes la pelouse qui descendait vers le stade. Il n'y avait pas de vent et le ciel uniforme était d'un blanc de perle.
À notre entrée dans les vestiaires, Montague, qui s'était déjà changé, s'adressait au reste de l'équipe. Drago et moi revêtîmes nos robes, y épinglèrent nos badges, puis nous assîmes pour écouter le discours d'avant match. Au-dehors, la rumeur des voix s'intensifiait régulièrement à mesure que la foule déferlait du château pour se rendre dans les tribunes.
« C'est l'heure, dit Montague en regardant sa montre. Allez, c'est parti… on va les écraser. »
Nous nous levâmes, le balai sur l'épaule, et sortîmes des vestiaires en file indienne sous le soleil qui perçait maintenant les nuages. Des hurlements divers nous accueillîmes et j'entendis une chanson, étouffée par les acclamations et les sifflets. Je songeai immédiatement à ce que m'avait dit Pansy.
Les joueurs de Gryffondor nous attendaient, vêtus de rouge et or. Avec un sourire ironique, Drago croisa le regard de Potter et tapota son badge.
« Les capitaines, vous vous serrez la main. », ordonna l'arbitre, Madame Bibine.
Johnson et Montague se tendirent la main. Je vis nettement que Montague essayait d'écraser les doigts de Johnson mais elle resta impassible.
Madame Bibine porta le sifflet à ses lèvres et souffla. Gryffondor et Serpentard s'élevèrent dans les airs. Le match débuta.
Comme l'avait suggéré Drago, Weasley était un gardien assez médiocre. En moins de dix minutes, nous avions marqué trente points.
De la marrée vert et argent qui s'étalait dans les tribunes de Serpentard, une chanson s'élevait, forte et claire :
Weasley est un grand maladroit
Il rate son coup à chaque fois
Voilà pourquoi
Les Serpentard chantent avec joie
Weasley est notre roi
Weasley est né dans un trou à rat
Il laisse le Souafle entrer tout droit
Voilà pourquoi
Les Serpentard chantent avec joie
Weasley est notre roi
Baissant les yeux, je vis la tête de Pansy qui conduisait le chœur des Serpentard, le dos tourné au terrain. Je réprimai un rire et me mis à chanter, amusée par les paroles qu'elle et Drago avaient inventées.
« Snape ! »
Warrington me lança le Souafle et je m'élançai vers les buts que gardait Weasley, écarlate et humilié. Un Cognard lancé par un batteur de l'équipe adverse m'atteignit à l'épaule mais je ne me laissai pas déstabiliser et lançai le Souafle de toutes mes forces en direction de l'anneau central.
« Serpentard marque ! », annonça le commentateur.
Les membres de ma maison hurlèrent de joie en applaudissant tandis qu'une longue plainte s'éleva des rangs des Gryffondor.
« Bien joué ! », me lança Warrington.
Mais je ne l'écoutai pas. Potter venait de plonger vers le sol. À quelques dizaines de centimètres de l'endroit où se tenait Pansy, le Vif d'or voletait, étincelant sous le soleil.
« DRAGO ! », m'égosillai-je en pointant du doigt la petite balle dorée.
Drago se retourna, baissa les yeux et plongea à son tour. En quelques secondes, il surgit à la gauche de Potter, sa silhouette floue, vert et argent, collée à son balai…
Le Vif d'or contourna le pied d'un des buts et fila de l'autre côté des tribunes. Son changement de direction arrangeait Drago qui se trouvait plus près. Potter vira sur son Éclair de feu, Drago et lui étaient maintenant côte à côte. Je croisai les doigts…
Tout fut terminé en deux secondes, deux secondes haletantes, éperdues, tourbillonnantes… Les doigts de Potter se refermèrent sur la petite balle… Drago lui toucha la main, mais c'était sans espoir. Potter remonta légèrement, serrant le Vif d'or, et les Gryffondor hurlèrent leur triomphe.
« NON ! », m'écriai-je, désabusée.
Aussi furieux que moi, Crabbe leva sa batte et frappa un Cognard qui heurta Potter au creux des reins et l'éjecta de son balai. Il atterrit en plein sur le dos, à la surface du sol gelé. Bien fait pour lui !
J'entendis le coup de sifflet aigu de Madame Bibine puis un grand tumulte de huées, de hurlements indignés et de quolibets.
Passant devant moi, Madame Bibine fonça vers Crabbe. En bas, Drago avait atterri, blanc de rage, et se précipitai sur Potter et Weasley. Ils se disputèrent, s'insultèrent pendant de longues minutes sans que personne ne réagît. Puis, soudain, Potter et l'un des batteurs de Gryffondor se ruèrent sur Drago et lui assénèrent de violents coups de poing.
Des filles criaient, Drago beuglait, des coups de sifflet retentissaient et la foule vociférait mais les Gryffondor continuèrent à maltraiter mon cousin. Indignée, je sortis ma baguette et criai :
« Impedimenta ! »
Le sortilège toucha Potter et celui-ci fut projeté loin de Drago. Madame Bibine atterrit et je l'imitai.
« Miss Snape, rangez-moi cette baguette immédiatement, ordonna-t-elle. Quant à vous (elle pointa un index vers les deux bagarreurs), sachez que je n'ai jamais vu un tel comportement ! Rentrez au château, dans le bureau de votre directrice de maison ! Allez ! Dépêchez-vous ! »
Ils quittèrent le terrain à grandes enjambées, le souffle court et sans dire un mot. Je m'agenouillai à côté de Drago, recroquevillé sur le sol, gémissant et pleurnichant, le nez en sang.
« Que s'est-il passé ? », demandai-je.
« T'occupe. »
« Viens, je t'emmène à l'infirmerie. »
Drago se releva et nous prîmes le chemin du château, dépassant le reste de l'équipe de Gryffondor.
« Si vous ne m'aviez pas retenu, disait le deuxième batteur, j'aurais réduit ce petit fumier de Malefoy en charpie. »
Je me retournai et lui lançai un regard assassin. Les Gryffondor m'inspiraient dorénavant une profonde aversion.
