Bois de La Meute.

C'était une forêt ancienne, inviolée par les humains. Du moins c'était l'effet qu'elle produisait sur Hermione. Elle se sentait toute petite, sans défense aucune et étrangère, importune surtout. Elle n'aurait jamais du se trouver là. Quel était cet endroit impossible? Où la magie ne fonctionnait pas. Ce n'était pas faute d'avoir essayé des dizaines de fois. Rien, pas la plus petite étincelle, pas le moindre transplannage possible. La nuit était tombée et les arbres semblaient de plus en plus monstrueux et inquiétants. Leurs branches se balançaient au vent de la nuit pour agripper leurs cheveux et leurs vêtements, pour griffer leurs visages. Une lune quasiment pleine perçait les nuages pommelés, jetant des lueurs fantomatiques sur le bois. Il y avait des choses qui remuaient dans les buissons et les ronces.

-A votre avis où sommes-nous ? demanda la jeune femme pour meubler le silence trompeur de la nuit.

-Dans une forêt, répondit Lucius très pince sans rire.

-Non, pas possible, je pensais que nous étions sur une plage de Miami. Je ne plaisante pas, où avons-nous atterri ?

-Yaxley est un spécialiste des sorts d'embrouillage, nous pouvons nous trouver n'importe où sur le globe mais je pencherais pour l'hémisphère nord et je préférerais de beaucoup le soleil de la Floride.

-Ca n'explique pas les problèmes de magie.

-Miss Granger, j'ai entendu dire que vous étiez un esprit supérieur, que savez-vous des zones noires ?

La jeune femme stoppa net, manquant de s'étaler sur la mouse humide en se prenant le pied dans une racine traitresse. Elle se retourna vers le blond, le regardant la bouche ouverte. Si Luna Lovegood lui avait tenu ce genre de discours, elle n'aurait pas été surprise une seule seconde mais quelqu'un comme Lucius Malfoy, là c'était une autre histoire.

-C'est... c'est... impossible. Les zones noires sont une légende, jamais personne n'a apporté la moindre preuve de leur existence.

-Alors comment expliquez-vous les problèmes que nous rencontrons ?

-Le sort de Yaxley ?

-Non, nous n'avons pas été touché, son sort n'a attaqué que l'énergie du transplannage.

La lune se cacha derrière les nuages et le noir total se fit. Un hibou s'envola, hululant à la nuit et les frôla de son aile épaisse. Hermione sursauta, manquant une nouvelle fois de s'étaler. L'uniforme talons-tailleur sous robe de sorcière brodée était parfait pour son travail au Ministère mais pitoyable pour une excursion en forêt hostile. Puis il y eut ce cri, un hurlement de douleur. Un appel au secours inarticulé, de la souffrance pure crachée au ciel.

-Qu'est-ce que...

-Par là, répondit la jeune femme en se mettant à courir vers la source de la plainte.

-Miss Granger! Jeune idiote! Attendez! cria Lucius en la suivant quand même.

Il n'avait pas envie de se retrouver avec le cadavre d'une héroïne de la guerre, contre celui dont il préférait toujours éviter de prononcer le nom, sur les bras. Encore des problèmes en perspective et franchement, il avait eu sa dose ces derniers temps. Il faisait attention où il mettait les pieds, la pluie récente avait creusée des ravines et fait s'écrouler une partie du terrain, ouvrant une plaie béante dans le sol de la forêt. En contrebas, une forme recroquevillée sur elle-même hurlait. Dans la boue, l'enfant... oui cela semblait être un enfant... se débattait en hurlant et pleurant. Hermione glissait déjà le long de la pente de boue pour lui porter secours. Lucius eut envie de lui dire de remonter tout de suite mais il savait que cela n'aurait servi à rien. Il suivit donc, après tout le gamin devait bien habiter quelque part et pouvoir leur expliquer comment sortir de ce cauchemar forestier.

-Monsieur Malfoy, venez m'aider, vite, il est coincé sous cette grosse branche et il doit avoir la jambe cassée.

Lucius approcha et d'un coup sec attrapa la jeune femme par le bras pour l'écarter au plus vite.

-Mais!

-Etes-vous folle, regardez un peu ses yeux... et sa bouche.

Hermione regarda l'enfant qui se débattait en continuant de hurler. La lune éclairait le visage sale du gosse et se reflétait dans ses yeux jaunes.

-C'est pas vrai, murmura-t-elle partagée entre l'épouvante et le dégout.

Il la regardait en grognant et ses petits crocs pointus dépassaient de sa bouche enfantine d'une façon obscène.

-Si, jeune sotte, c'est un loup-garou et vous alliez vous coller à lui.

-Il est si jeune, c'est pas possible de faire ça à un enfant de cet âge. Il a mal, il faut l'aider.

-Vous voulez vous faire mordre? Ce genre de saleté n'hésite jamais et la pleine lune est pour demain soir.

Hermione se dégagea d'un coup d'épaule et s'approcha à nouveau de l'enfant qui continuait de hurler. Pourquoi ne parlait-il pas? Il semblait avoir au moins quatre ou cinq ans. Et comme disait si bien l'autre, la pleine lune n'était que pour demain.

-N'aie pas peur, je ne te veux pas de mal, je veux juste t'aider, d'accord ?

Elle parlait bas et de façon monocorde sans hausser le ton pour ne pas l'effrayer encore plus qu'il ne l'était déjà. Elle approcha sa main comme elle l'aurait fait d'un jeune chien rétif. Il huma, flaira, la paume de la jeune femme couverte de boue. Puis il lécha à plusieurs reprises avant de se remettre à gémir en essayant de dégager sa jambe blessée.

-Monsieur Malfoy s'il vous plait, aidez moi. A trois, on soulève.

Lucius prit l'autre bout de la branche, pesta de devoir s'agenouiller dans la boue mais à trois il souleva de toutes ses forces pour envoyer la branche bouler plus loin. Le temps qu'il se relève cette espèce de folle de gryffondor s'employait déjà à poser un garrot au jeune animal qu'elle enveloppa dans sa cape avant de le prendre dans ses bras. Elle continuait de lui parler tout doucement et le gamin finit par tendre le bras vers la gauche.

Ils marchèrent une bonne demi-heure seulement guidés par les grognements et les signes du petit. Au détour d'une futaie, ils virent enfin des lueurs et de la fumée. Dans une clairière, s'élevaient une douzaine de cabanes de bois regroupées en cercle autour de plusieurs feux soigneusement entretenus. Cela sentait la résine, la fumée et la viande rôtie.

Avant même qu'elle ne puisse ouvrir la bouche, une femme se jeta sur elle et lui arracha l'enfant des bras.

-Garn! Qu'est-ce que vous lui avez fait? intervint une voix masculine.

-On l'a aidé votre... Oumf...

Lucius venait de se prendre un uppercut en plein plexus solaire. Il se plia en deux en gémissant. Hermione voulut l'aider, elle se retrouva ceinturée solidement par deux loups surgis de nulle part. Ils étaient piégés chez une bande de loups-garous. Celui qui avait parlé, jeta des regards autour de lui. la femme avait disparu dans une des cabanes.

-Jent, Gallin, débarrassez-moi de ces deux unis et...

-Silence Argaï, tu oublies ton rang mon fils, le coupa une voix sèche.

L'homme-loup s'inclina, devant la silhouette voutée qui venait vers eux sortant d'une des cabanes, rougissant sous ses tatouages bleus. Une petite femme courbée par le poids des ans, s'appuyant sur une canne faite de bois sombre et noueux, enveloppée dans ses robes et ses châles, couleur de bois et de forêt, s'avança vers eux. Devant elle, les loups s'écartaient comme la Mer Rouge devant Moïse. Inoffensive au premier abord. Mais son regard, Merlin tout puissant! Ses yeux luisaient comme deux pierres d'ambre sous la lumière de la lampe et les détaillaient sans pitié.

-Pardonne mon audace, Mère de tous. Je pensais bien faire.

Argaï se rangea sur le côté dans un mouvement fluide et extrêmement rapide. Au garde à vous. Absolument soumis, humble et obéissant soudain.

-Qu'avons-nous là? demanda-t-elle en s'approchant de leurs visages. Des sorciers... et puissants...un sang ancien mais fort... oui.

Elle les reniflait, les flairait comme un chien qui suit une piste.

-Vous pouvez les lâcher mes petits, ils sont sans pouvoir parmi nous.

-Pouvez-vous nous dire où nous nous trouvons, Madame? demanda Hermione en se frottant les avant-bras, là où ils l'avaient tenue si fermement comme dans un étau de fer.

Lucius se releva en jurant.

La vieille se mit à rire.

-Vous êtes au cœur du Bois de la Meute mais la vraie question à poser est que faites-vous ici, sorciers, si loin de votre monde ?

-C'est un accident si vous croyez...

-Silence! Dis-moi Ma Fille, tu n'as pas encore appris à tenir ton mâle ? Comment peut-il parler sans ta permission ?

Lucius allait exploser, Hermione lui écrasa le pied. Il serra les dents en la fusillant du regard mais eut la très bonne idée de ne plus rien dire.

-Le Bois de la Meute ? Pouvez-vous nous dire dans quel pays il se trouve ?

-Vous autres, unis, l'appelez l'Ecosse.

-Unis?

-Unimorphes, c'est ce que vous êtes pour nous, que vous soyez sorciers ou non. Votre place n'est pas ici mes jolis petits sang-purs, c'est bien comme ça que vous vous faites appeler parmi les vôtres. Votre sang, depuis longtemps, porte la magie, génération après génération.

-Je crains que vous ne fassiez une erreur, répondit Lucius beaucoup moins impressionné par la vieille. Miss Granger n'est...

-Elle a raison, intervint Hermione en avalant de travers.

Lucius la regarda avec un intérêt soudain. Hermione avait l'impression d'entendre les rouages de son cerveau se mettre en branle. Il comprenait soudain certaines choses. La vieille était à deux doigts de sauter à la gorge de ce sorcier mal poli quand les loups s'écartèrent à nouveau.

-Mère, avec ta permission... la coupa une voix féminine.

Hermione vit venir vers eux, la femme qui lui avait presque arraché le petit garçon des bras. C'était une grande fille maigre, couverte elle aussi de tatouages bleus sur le visage et les épaules. Ses doigts étaient chargés de bagues et ses ongles étaient longs, noirâtres et taillés en pointes. Des ongles ou des griffes? Elle fut incapable de lui donner un âge quelconque.

-Ma fille.

-Je les prends sous ma protection, ils ont sauvé mon petit, je leur dois une vie. La meute leur doit une vie et vous osez les traiter comme des chiens sans maitres.

-Tu te crois déjà à ma place Rhain ?

-Mère, je ne fais que dire la vérité.

-Tu es responsable d'eux, accueille-les chez toi, dans un jour et une nuit nous les mènerons au véhicule pour qu'ils partent. J'ai dit et maintenant que chacun retourne à ses affaires.

-Merci madame, commença Hermione.

-Suivez-moi, répondit la jeune louve en lui faisant, de la main, signe de se taire.

Ils suivirent donc.

A Suivre...