Après le départ d' Hermione, Harry tritura son dessert avec sa fourchette pendant quelques instants, puis n'ayant décidément pas très faim, repoussa son assiette et se leva pour partir. Il en était à se demander comment se comporter quand il croiserait Ginny, hésitant entre garder la tête baissée ou soutenir son regard au risque de se faire incendier, quand la voix de la jeune fille s'éleva non loin devant lui :

- Salut Harry! Tu as une petite minute pour discuter ?

Voyant qu'elle avait l'air de s'être calmée, et semblait même étrangement enthousiaste, Harry sourit et lui proposa de l'accompagner.

Ils sortirent de la Grande Salle et se dirigèrent vers leur dortoir en discutant.

- Écoute, je voulais m'excuser pour cet après-midi, commença Ginny. Je ne sais pas trop ce qui m'a pris. J'étais énervée et fatiguée, je crois que l'idée de passer mes samedis chez McGonagall ne m'a pas vraiment soulevée d'enthousiasme... Et vu l'ampleur de la mission qu'elle nous a confié en si peu de temps, j'ai totalement paniqué.

Harry et Ginny rirent de cette remarque autant que du soulagement que ressentait chacun en voyant qu'ils pouvaient discuter sans que la dispute de l'après-midi ne fasse planer une quelconque gêne entre eux.

- Ne t'inquiète pas pour ça, la rassura Harry, j'ai trouvé une solution pour régler ce problème de mission impossible...

- C'est vrai ? s'écria Ginny, étonnée. Ahaa! T'es trop fort, on te l'a déjà dit, ça ?

- Non, je rigolais, sourit Harry sous le compliment, c'est tes frères qui ont eu cette brillante idée. Et crois-moi, ça ne peut que marcher.

- Vas-y, raconte. J'aimerais bien savoir ce que mes frères ont encore inventé, demanda Ginny, impatiente de découvrir le nouveau fruit de l'imagination toujours en éveil des deux farceurs.

Lançant un regard tout autour de lui pour s'assurer qu'ils étaient seuls dans le couloir, Harry commença à raconter le plan des jumeaux à la petite rousse.

En arrivant devant le portrait de la grosse dame, Harry venait à peine de finir son histoire, et Ginny éclata de rire.

- Ils sont géniaux! parvint-elle à articuler entre deux rires.

- Ça, je ne te le fais pas dire, confirma Harry. Lilium Philadelphicum, lança-t-il ensuite à la Grosse Dame.

Ils allaient entrer dans la salle commune de Gryffondor tout en discutant du génie des jumeaux quand Neville, Seamus et Dean les repoussèrent vers l'extérieur. La scène devint plutôt confuse, entre les protestations de Ginny et Harry qui voulaient entrer dans la salle, celles de la Grosse Dame qui n'appréciait pas qu'on la fasse s'ouvrir à tout va pour entrer et sortir, et les cris des trois garçons qui tentaient de convaincre Harry et Ginny de ne pas discuter. Enfin, après quelques secondes de chaos, tout le monde se retrouva sur le pallier face à la Grosse Dame qui boudait, Harry et Ginny ne comprenant même pas ce qu'ils faisaient là.

- Vous tombez très bien, tous les deux, s'exclama Neville.

- Ah? fit Harry, peu convaincu qu'ils étaient "bien tombés" après cette scène assez bizarre.

- On veut vous aider! enchaîna Dean.

Harry et Ginny se regardèrent, mi confus face à cette petite phrase qui pouvait tout vouloir dire, mi perdus face à la façon peu orthodoxe dont leurs amis les avaient mis dehors.

- Eh, tout le monde, soit vous entrez, soit vous vous trouvez un coin plus tranquille pour parler. J'aimerais pouvoir terminer mon tricot dans le calme et la sérénité, moi! s'énerva derrière eux la Grosse Dame, leur clouant le bec à tous.

Sous le regard de tueur du portrait, tout le groupe s'éloigna pour trouver une salle de classe vide. Ils entrèrent dans la première qu'ils croisèrent et s'installèrent confortablement, un assis sur une table, un autre prenant une chaise, un autre s'appuyant au mur... Puis Dean reprit :

- On t'a entendu parler avec les jumeaux, Harry, au dîner, et on veut vous aider à exécuter votre plan. Vous pouvez toujours avoir besoin de nous...

- Ouais, enchaîna Seamus, on n'en peut plus d'entendre Ron et Hermione se battre. Je suis sûre que s'ils passaient plus de temps à s'embrasser et moins à s'envoyer des vannes, tous les Gryffondors seraient moins stressés.

- Surtout avec les BUSE à la fin de l'année, je vais avoir besoin de me concentrer, appuya Neville. Et entendre Hermione traiter Ron d'abruti fini ne m'aide pas particulièrement à avoir confiance en moi. Si je rate mes BUSE, McGonagall n'aura même pas le temps de m'incendier avant que ma grand-mère m'ait tué.

Tout le monde sourit et Harry leur répondit :

- Eh bien, c'est cool. Vous avez raison, on peut avoir besoin de vous. Pour l'instant, je n'ai pas encore d'idée précise sur ce que vous pouvez faire, mais je vous tiendrai au courant le plus vite possible. Gardez toujours vos pièces de l'AD à portée de main, on communiquera avec. Je me débrouillerai pour n'envoyer les messages qu'à vous, et surtout pas aux deux intéressés! Par contre, en attendant, vous avez carte blanche pour tenir à l'écart tout prétendant d' Hermione.

- Surtout après l'effet qu'elle a fait au bal de l'année dernière, je ne doute pas qu'elle risque d'avoir plusieurs demandes cette année, acquiesça Neville.

- C'est vrai qu'elle était super sexy, la petite Hermione! s'exclama Seamus, un air carnassier sur le visage.

- Tu oublies que sa meilleure amie est dans la salle... répliqua Ginny d'une voix glaciale en le fusillant du regard, en parfaite féministe qu'elle était.

Seamus baissa la tête, honteux, se promettant dorénavant de surveiller ses arrières avant de sortir une remarque de ce genre, tandis que les autres riaient en voyant la façon dont la plus jeune d'entre eux venait de le moucher.

- D'ailleurs, on a eu de la chance que personne ne l'ait encore invitée. On n'est qu'à trois jours du bal! remarqua Dean.

Harry sourit :

- En fait, je crois que les jumeaux avaient commencé à mettre cette partie du plan en exécution avant même de m'en avoir parlé...

- Ah, oui, évidemment... comprit Dean.

- Et pour finir, ajouta Ginny, il faut qu'on se débrouille pour que nos deux tourtereaux se disputent le plus tôt possible, ce qui ne devrait pas être bien difficile...

- Bien vu, en effet, Ginny, confirma Harry, de ce côté-là, on devrait y arriver assez vite.

Tout le monde rit à cette idée, chacun d'eux pensant qu'ils n'auraient certainement même pas à agir de ce côté-là, puis ils conclurent et s'en retournèrent rapidement vers leur salle commune. Ils furent soulagés de constater en entrant qu' Hermione n'était pas encore revenue de l'infirmerie, et n'avait donc pas pu remarquer leur absence.