Chapitre 10

D'après Percy, il était bien trop tôt pour être à la bibliothèque.

La veille, quand Annabeth lui avait proposé de la rejoindre à la bibliothèque samedi matin pour travailler sur la littérature et leur exposé, il n'avait pas réalisé l'effort que ça lui demanderait. Le coach ne les avait pas ménagés la veille, et le jeune homme avait des courbatures un peu partout. En plus de ça, il ne s'était pas encore totalement remis du marathon shopping que lui avait fait subir Piper, d'autant qu'ils avaient passé la soirée de jeudi à ranger sa chambre et qu'elle lui avait préparé sa tenue pour lundi...

Arrivé en avance, Percy s'était assis à une table avant de poser son sac à côté de lui. Un coup d'oeil à son portable lui permit de savoir qu'il avait une dizaine de minutes à attendre, alors il mis la tête dans ses bras et ferma les yeux, somnolant en attendant Annabeth. Il se sentait dériver doucement quand du bruit attira son attention vers sa gauche.

- Bonjour Percy, souffla Annabeth en déposant son sac sur une chaise.

Le jeune homme ne répondit pas, à moitié inconscient sur la table. Annabeth releva la casquette de la tête du brun, et Percy gémit à cause des néons au-dessus d'eux.

- Bonjour, finit-il par dire en se redressant, baillant un grand coup.

- Le réveil a été dur ?

- Tu n'imagines pas à quel point. Je voudrais tellement être dans mon lit à cette heure-ci…

- Mais il est déjà presque dix heures ! S'exclama la jeune fille.

- Mais on est samedi ! Le week-end est fait pour faire la grasse mat' non ?

- Je n'ai jamais compris le concept de grasse matinée, c'est du temps de perdu dans une journée.

Percy se redressa, la fixant comme si elle venait de lui annoncer qu'elle avait tué sa famille.

- La grasse mat' c'est la base d'un bon week-end Annabeth ! Tu dors jusqu'à midi, tu te lèves pour aller manger et tu passes l'après-midi à faire ce que tu as envie.

- Pas très productif, répondit-elle en faisant la moue.

- Exactement, sourit Percy en jouant avec sa casquette.

Annabeth secoua la tête avant de s'asseoir en bout de table, histoire d'avoir le garçon près d'elle sans se mettre directement à côté de lui. Il n'y avait rien de personnel, elle avait juste du mal avec la proximité et les contacts physiques.

- J'ai bien fait de te tirer du lit, tu pourras me remercier pour la journée que tu vas passer, fit-elle en sortant ses affaires.

Percy l'imita, sortant le travail qu'elle lui avait demandé de faire plus tôt dans la semaine. Il s'y était attaqué dès qu'il était rentré chez lui, profitant que ses conseils soient encore frais dans sa tête pour les appliquer.

- Ça va, tu n'as pas eu trop de mal avec le texte ?

- Non, je me suis basé sur tes conseils et ça allait.

Il tendit sa feuille à Annabeth, qui la lu après avoir regardé rapidement l'extrait qu'il avait étudié dans leur livre.

- C'est bien ce que je pensais, murmura-t-elle avant de chercher un stylo dans sa trousse.

Le visage de Percy s'illumina et il se pencha vers la jeune fille.

- Vraiment ? J'ai fait comme tu m'as dit, je me suis projeté à la place du personnage, j'ai tenu compte du contexte et…

- Tu es tombé dans le piège.

Le jeune homme se figea avant de soupirer, se laissant retomber contre le dossier de sa chaise.

- Je savais que c'était pas possible. Quoi que je fasse, je n'y arriverai pas.

- C'est tout à fait possible Percy, en fait ce qui est impossible, c'est que tu n'y arrives pas. Je ne vais pas te laisser tranquille tant que tu n'auras pas au moins douze à un contrôle. Je ne peux pas te laisser ternir mon image, finit-elle avec un petit sourire avant de se reporter à la copie du garçon, en fait tout ce que tu as fait est bien, mais tu n'as pris en compte qu'un seul personnage.

- Mais j'ai parlé des deux personnages pourtant…

- Oui, mais tu t'es contenté de te focaliser sur le point de vue du fiancé, sans tenir compte de celui de la femme. Ce que tu dis du deuxième personnage n'est applicable que si on se place du point de vue du premier. Tu as tout écrit en te mettant à la place du fiancé repoussé, mais à aucun moment tu n'approfondis sur la raison du rejet.

Percy fronça les sourcils, jouant avec son stylo pour canaliser son agitation.

- Quand tu fais face à une dispute dans un texte, tu as deux choix : soit tu te mets dans la peau des deux personnages en alternant selon le dialogue…

- C'est pas un peu risqué ? L'interrompit-il, je veux dire, passer d'un personnage à l'autre comme ça. Je risque de m'emmêler sur qui pense quoi et pourquoi.

Annabeth acquiesça.

- La deuxième solution, c'est au contraire de rester neutre. Voit la dispute comme un match de sport, et devient l'arbitre. Essaie d'être objectif et ouvert, sans tenir compte de ce que tu penses sur le sujet abordé.

- C'est possible de faire ça ?

- Ça demande de l'entraînement, mais tu verras, au fur et à mesure ça deviendra plus simple.

Le jeune homme hocha de la tête avant de noter ses conseils consciencieusement. Annabeth attendit qu'il relève la tête vers elle avant de poursuivre.

- Ici, le personnage qui demande en mariage sa petite-amie est persuadé que tout va pour le mieux dans leur couple, que c'est le moment idéal pour faire sa demande et qu'elle ne pourra qu'accepter, jusque là, tu avais tout bon. Il est très excité au début de l'extrait, et il rayonne de bonheur, même si il va très vite se calmer. Tout se passe très bien pendant leur rendez-vous, sa petite-amie sourit, semble de bonne humeur, jusqu'à ce qu'il se mette à genou devant elle. Il prend sa panique pour de la surprise, et tout dérape. Elle refuse sa demande, et il ne comprend pas pourquoi. La jeune femme panique et son petit-ami se rembrunit, ce qui nous amène à la dispute. La garçon est blessé par ce qui vient de se passer, il ne trouve aucune raison qui pourrait justifier sa réponse et se ferme à toute tentative de justification, ce qui est humain. De l'autre côté, il y a la jeune femme, qui tente de discuter. Elle lui dit que c'est trop tôt, qu'ils ne se connaissent pas encore assez pour se marier, et son compagnon pense qu'elle n'est pas sûre de ses sentiments, alors il s'énerve, parce qu'il est blessé. Elle n'arrive pas à trouver les mots pour le calmer. Ce qui se passe, c'est qu'elle a peur de l'engagement, mais qu'elle ne l'admet pas. Le mariage est un trop grand pas pour elle, c'est la première fois qu'elle vit une histoire sérieuse et qui marche, et elle craint que le moindre changement vienne ébranler ce bonheur. C'est la première fois qu'elle goûte à la joie pure, qu'elle aime et qu'elle est aimé en retour. Ce que le jeune homme interprète comme un rejet et du doute sur leur couple est en fait un manque de confiance en soi. Vient ensuite s'ajouter le comportement qu'il a eu la semaine précédant sa demande. Elle qui restait prudente face à leur histoire s'était renfermée en voyant l'homme dont elle était amoureuse s'absenter, lui cacher des choses. C'est le point d'orgue de la plupart des disputes : le malentendu. Alors qu'elle pensait qu'il s'éloignait d'elle, il préparait sa demande. Elle pense que s'ils se marient, leur couple en prendra un coup, mais lui pense que leur amour en sera consolider.

- Je n'arrive pas à comprendre comment on peut penser que le mariage puisse être mauvais pour son couple, fit Percy.

- Comme je t'ai dit il s'agit d'un prétexte, elle lui dit ça pour justifier son refus, mais au fond elle a juste peur.

- Mais pourquoi elle ne lui dit pas simplement qu'elle a peur ?

- Parce qu'elle ne se l'admet pas. Elle se voit comme quelqu'un de fort, et son orgueil lui interdit d'admettre qu'elle puisse être terrifiée par quelque chose.

- C'est toujours le même problème, l'orgueil empêche les gens d'être honnête avec eux-même et créer des disputes qui n'ont pas lieu d'être.

Annabeth sourit en baissant la tête vers ses fiches. Ce garçon pouvait être perspicace quand il le voulait.

- Après tout, c'est un des sept pêchers capitaux. Dans le texte, elle commet un pêcher d'orgueil en ne s'avouant pas sa peur, et lui est piqué dans son orgueil et se renferme, ne lui laissant aucune chance de se rattraper.

La jeune fille pouvait presque voir les rouages de l'esprit de Percy tourner à plein régime alors qu'il fixait le livre, les sourcils froncés.

- Je crois que je préfère analyser les monologues. En fait, je pense que tout est préférable à un dialogue, lâcha-t-il en se redressant.

- C'est vrai que les dialogues ne sont pas les choses les plus faciles à analyser.

- Ça n'a pas l'air compliqué quand tu le fais.

- C'est parce que je m'entraîne. L'analyse d'un texte, c'est comme un match de hand.

Le garçon la regarda dans les yeux, ne comprenant pas le rapport.

- Les deux demandent de l'entraînement, des efforts de ta part. Tu observes le jeu de tes adversaires comme tu lis le texte, en faisant attention aux détails. Tu ne cours pas sur un terrain, mais tu te balades à travers des lignes. Ta réflexion en plusieurs points représente les passes que tu fais à tes coéquipiers pour aller jusqu'au but adverse, et ta conclusion est ton tir.

- Vu comme ça, la littérature est tout de suite plus intéressante, sourit Percy.

- Alors continuons l'entraînement.

Les deux heures de cours passèrent sans que le jeune homme s'en rende compte. Annabeth s'étonna de la concentration et les efforts dont Percy fit preuve durant tout le cours, du début à la fin. A aucun moment il ne se plaint, ne souffla ou laissa tomber. A chaque erreur, il se tournait vers elle et l'écoutait alors qu'elle le corrigeait. Elle faillit perdre le fils de ses pensées à plusieurs reprises, déstabilisée par l'intensité de son regard rivée sur elle. Jamais elle n'avait vu un regard capable de traduire autant d'émotions. Dans ses pupilles océan, elle avait aperçu l'incompréhension, l'amusement, le calme, l'excitation, la concentration, la frustration, la surprise. Tant de choses se lisaient dans son regard, et en même temps elle sentait qu'il lui restait encore beaucoup de choses à découvrir à propos de Percy. Piper avait sans doute raison, il était sûrement plus que le capitaine de l'équipe de sport du lycée.

- Voilà, c'est fini pour le cours de littérature, fit-elle en rangeant ses fiches.

- Merci, ça m'a vraiment bien aidé.

- C'est le but en effet.

Percy lui sourit avant de regarder l'heure sur son téléphone. Il était maintenant un peu plus de midi, et quelques personnes étaient entrées dans la bibliothèque pour travailler ou lire.

- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Demanda-t-il.

- Tu peux prendre une pause pour aller manger, on reprendra vers quatorze heures.

- Et toi ?

- Je reste à la bibliothèque, je n'ai pas très faim.

Percy haussa un sourcil en fermant son sac, attrapant sa casquette.

- Tu ne vas pas rester ici pendant deux heures à m'attendre toute seule, lâcha-t-il en se levant.

Annabeth haussa un sourcil à son tour, s'adossant à sa chaise en croisant les bras.

- Et pourquoi pas ?

- Parce que je ne peux pas juste partir manger en sachant que tu m'attends ici, ça ne serait pas correct, répondit Percy comme s'il s'agissait d'une évidence, ce qui était plutôt le cas. Tu t'es levée et déplacée pour me donner un cours, le moins que je puisse faire est t'inviter à déjeuner. Tu n'imagines pas ce que ma mère pourrait me faire si elle apprenait que je t'ai laissé m'attendre. Ou pire, si Piper l'apprenait.

Annabeth réprima un rire en constatant la peur qu'inspirait Piper au garçon, secouant la tête sans pour autant bouger de sa chaise. Percy la fixa, attendant qu'elle se lève pour y aller, mais elle se contenta de le fixer en retour. Le jeune homme soupira doucement avant de tendre la main vers elle.

- Si tu veux bien, finit-il par dire, son sourire en coin aux lèvres.

En temps normal, Annabeth n'aurait jamais accepté sa main. Elle n'aimait pas qu'on la touche, et elle s'appliquait toujours à éviter tout contact. Dernièrement, cette tâche était devenue plus compliquée, avec Piper qui la prenait toujours dans ses bras pour la saluer. Elle avait perdu l'habitude des contacts physiques anodins et bienveillants, et à part ses petits frères, personne ne pouvait la toucher sans qu'elle se crispe.

Mais cette fois-ci, la jeune fille s'étonna elle-même en acceptant la main de Percy. Elle tendit le bras vers lui, observant sa main s'approcher de celle du brun. Il n'hésita pas, refermant les doigts autour des siens avec douceur. Annabeth tressaillit légèrement, sentant un frisson naître le long de sa colonne. N'agissant plus que par instinct, elle se leva, les yeux fixés sur le visage de Percy qui lui souriait. Il souriait tout le temps, que ce soit un sourire amusé, franc ou en coin.

- C'est parti, souffla-t-il en relâchant sa main avant de se tourner vers la sortie.

Annabeth le suivit sans rien dire, et il lui ouvrit la porte pour la laisser passer avant de sortir à son tour, la guidant dans les rues de Manhattan.

- Il y a un fast-food pas loin, ça te va ou tu veux manger quelque chose en particulier ?

- Non non, c'est bon je te suis, répondit Annabeth en traversant la route à côté du jeune homme.

Ils marchèrent encore quelques minutes avant d'entrer dans le fast-food où quelques personnes prenaient leur pause déjeuner. Les deux adolescents commandèrent et Percy paya pour eux deux malgré les protestations d'Annabeth.

- Je peux très bien payer pour moi !

- Je sais, mais ça me fait plaisir, sourit-il en prenant son plateau, les entraînant vers une table près de la fenêtre.

La jeune fille marmonna encore un petit peu, avant de s'installer à côté de Percy, observant la rue un instant. Le garçon se jeta sur son hamburger, le croquant à pleine dents, ce qui amusa Annabeth alors qu'elle piochait dans ses frites. Leur repas se passa dans le calme, Percy étant trop occupé à manger pour parler. Il termina avant la blonde, mais resta silencieux, l'observant du coin de l'œil. Il ne savait jamais trop quoi lui dire, et la plupart du temps elle semblait perdue dans ses pensées, les sourcils froncés et le regard dans le vide. Elle avait l'air tellement concentrée qu'il ne voulait pas la déranger, même si sa curiosité naturelle le poussait à essayer d'en savoir plus sur elle.

Ils discutèrent un petit peu sur le chemin du retour, Annabeth écoutant Percy lui parler du hand. Le jeune homme apprit qu'Annabeth avait déménagé l'an dernier parce que son père, un professeur d'histoire à l'université, avait reçu une proposition de Columbia. Elle étudiait le français depuis presque quatre ans maintenant, et elle maîtrisait le grec ancien, qu'elle avait appris en autodidacte. Percy était ravi d'en apprendre plus sur la jeune fille, même si ce n'était pas grand-chose. Tout détail était bon à savoir, se dit-il en souriant alors qu'ils attendaient pour traverser.

- Et c'était pas trop dur d'apprendre une langue morte toute seule ?

- Pas tellement, répondit-elle en regardant devant eux, mon père me faisait réciter l'alphabet quand j'ai commencé, c'était une sorte de jeu entre nous. Tout les soirs quand il rentrait, on s'amusait à s'interroger sur des mots grecs, jusqu'à…

Annabeth s'interrompit d'un coup, laissant sa phrase en suspens. Percy, qui écoutait en s'assurant que personne ne les bouscule, tourna la tête vers elle, les sourcils froncés.

- Jusqu'à ? L'encouragea-t-il doucement.

- C'est rien, laisse tomber.

Quelque chose lui disait que ce n'était pas rien, loin de là, mais l'éclat de tristesse qui avait traversé son regard gris le dissuada d'aller plus loin. Elle lui parlerait quand elle serait prête, et si elle le voulait. Le jeune homme se contenta de lui sourire, ne sachant pas trop quoi faire pour l'aider. Le feu passa au vert pour les piétons, et ils retournèrent dans la bibliothèque.

La table qu'ils avaient occupé toute la matinée était toujours libre, et quelques étudiants étaient venus travailler.

- C'est parti pour l'exposé, lança Percy en s'asseyant, faisant voler son sac à côté de lui.

- Tu as un sujet en tête ? Demanda la jeune fille.

- Tu ne vas pas aimer.

- Si c'est ce que je pense…

- C'est probable, sourit-il, et toi, tu as quelque chose en tête ?

Une lueur amusée passa dans le regard orageux d'Annabeth.

- Effectivement.

- Et tu veux qu'on travaille sur quoi ?

- Sur qui plutôt.

- Oh non…

- Et pourquoi on devrait travailler sur Poséidon plus que sur Athéna ? Demanda Annabeth en croisant les bras contre sa poitrine.

- Je sais comment on va décider, fit Percy en sortant une pièce de sa poche, pile c'est Poséidon, face c'est Athéna. Ça te va ?

Annabeth acquiesça, et Percy lança la pièce, la rattrapant dans sa main avant de la poser sur la table. Les deux adolescents se penchèrent pour voir de quel côté la pièce était posée, et au grand plaisir de la jeune fille, la pièce était posée côté face.

Affichant un air satisfait, elle sortit tranquillement ses affaires, pressée de commencer leur exposé.

- C'est pas juste, se plaint Percy en soupirant.

- Arrête de te plaindre, c'est toi qui as choisi de décider au lancé de pièce !

- Mais c'est parce que d'habitude j'ai de la chance au lancé de pièce…

- Pour une fois que Percy Jackson n'a pas de chance, répliqua Annabeth.

- Comment ça ?

- Ça va, je pense que tu te remettras d'un exposé sur Athéna, et puis c'est toi qui a dit oui pour le faire sans me demander mon avis.

Le garçon bouda quelques minutes avant de s'y mettre. Même s'il ne s'agissait pas de son sujet préféré dans la mythologie, il s'appliqua. Il ne leur fallu pas énormément de temps pour finir, entre les connaissances qu'ils avaient et les livres et ordinateurs mis à leur disposition dans la bibliothèque. Assez étonnement ils réussirent à travailler sans se lancer de pics, avec une grande efficacité. Leurs idées étaient toujours en accords, tant qu'on n'entrait pas dans l'avis personnel, et avant que Percy ne s'en rende compte, l'exposé était bouclé. Les deux adolescents remballèrent leurs feuilles, et le jeune homme s'étira de tout son long, levant les bras au-dessus de sa tête. Annabeth baissa les yeux sur son sac, essayant de ne pas regarder l'abdomen exposé de Percy, sans grande réussite cependant. Elle sentit ses joues rosirent doucement, mais soit il ne l'avait pas remarqué, soit il avait décidé de l'ignorer, ce qui l'arrangeait très bien. Avant de fermer sa trousse, la jeune fille déchira un bout de feuille et griffonna quelque chose dessus avant de tendre le bout de papier vers Percy.

- C'est mon numéro de téléphone. Si tu as besoin d'aide ou d'un conseil pour la littérature, envoie moi un message, dit-elle avant de passer les anses de son sac sur son épaules.

- Merci, j'essaierai de ne pas trop t'embêter, sourit-il en mettant le bout de papier dans sa poche.

Le jeune homme les guida vers la porte, qu'il ouvrit pour laisser Annabeth passer avant de remettre sa casquette sur sa tête. Le soleil commençait à descendre dans le ciel de New-York, le ciel prenant des teintes jaune-orangées parsemées de quelques nuages blancs.

- Tu ne veux toujours pas que je te ramène ? Proposa-t-il.

- Non merci, je vais profiter du temps pour rentrer en marchant, répondit Annabeth en regardant les rues.

Elle était tellement absorbée par le mouvement continu de la foule qu'elle ne vit pas Percy faire un pas vers elle, et son souffle se bloqua dans sa poitrine quand elle se rendit compte de ce qu'il s'apprêtait à faire.

Percy passa un bras autour d'elle, la prenant dans ses bras un instant.

- Et merci pour la journée très productive que j'ai passée, murmura-t-il avant de reculer.

- De rien, répondit la jeune fille par automatisme, reprenant son souffle.

Elle essaya un petit sourire, histoire de cacher son malaise le temps qu'il s'éloigne, avant de se retourner, marchant vers sa station de métro. Il ne fallait pas qu'il se rende compte de quoi que ce soit. Elle s'était déjà bien trop ouverte à lui, elle devait se reprendre. Si jamais elle continuait, il aurait trop d'informations sur elle, et il les additionnerait avant de comprendre. Personne ne devait chercher et personne ne devait comprendre.

Il fallait qu'elle arrive à prendre sur elle quand quelqu'un s'approchait d'elle, qu'elle apprenne à accepter les marques d'affection des gens. Tout le monde n'était pas comme Isabel, à vouloir se défouler sur elle. Léo ne la frapperait pas, Piper ne la frapperait pas, Hazel ne serait pas capable de lever le petit doigt sur elle.

Percy ne la frapperait pas. Elle ne le connaissait pas beaucoup, mais elle savait qu'il ne lui ferait jamais ça.


« Ça me fait plaisir de te voir ici Annabeth »

Alors qu'elle était concentrée dans sa recherche de livres, le téléphone de la jeune fille vibra. Fronçant les sourcils, elle lut le message. Le numéro ne lui disait rien, et elle chercha autour d'elle un visage familier. Elle connaissait peu de monde qui serait debout de si tôt un dimanche matin, et parmi les quelques connaissances qu'elle avait, personne ne pouvait se trouver dans une librairie à cette heure-ci.

Annabeth décida d'ignorer le message, regardant cependant autour d'elle. Elle détestait ce genre de blague, elle détestait être prise au dépourvu, et elle détestait ne pas savoir. Mi-agacée, mi-intriguée, elle reprit sa recherche, sa liste dans les mains. Le magasin devait être en plein rangement, car des piles de livres s'entassaient un peu partout. Ça ne la dérangeait pas, puisqu'elle adorait être entourée de livres, mais ça rendait son exploration plus compliquée.

Alors qu'elle pensait avoir trouvée le rayon qui l'intéressait, elle vit une ombre passer dans son dos.

- Bonjour, est-ce que je peux vous aider ?

Annabeth fit volte-face vers la personne qui venait de lui parler. Quelle ne fut pas sa surprise quand ses yeux croisèrent ceux de Percy, le jeune homme lui souriant.

- Percy ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?

Le garçon rit doucement en croisant les bras contre lui, s'appuyant contre la bibliothèque.

- Je travaille ici. Et ce n'est pas gentil d'ignorer mon message, ajouta-t-il en montrant son portable.

Au moins un mystère venait de s'éclaircir pour la jeune fille.

- Toi ? Tu travailles dans une librairie ? S'étonna Annabeth en imitant la posture de son interlocuteur, ignorant sa réplique sur le message.

- Oui, je remplace ma mère de temps en temps le dimanche matin. Pourquoi tu es si étonnée ?

- Je ne t'imaginais pas travaillant ici, étant donné que tu n'aimes pas lire. Mais c'est gentil de ta part de remplacer ta mère.

Percy se gratta l'arrière du crâne, l'air un peu gêné par le compliment. Annabeth l'observa, le trouvant mignon comme ça.

Qu'est-ce qu'elle venait de penser ?

- Tu cherches un livre en particulier ? Demanda-t-il en se penchant vers sa liste.

- Plusieurs livres en fait. D'habitude je trouve tout toute seule, mais j'ai l'impression que tout a changé de place.

- Ouais, on est en train de réaménager tout le magasin. Je peux ?

Il tendit la main vers la feuille que la jeune fille tenait et elle la lui donna, se laissant guider dans les allées de la librairie. Annabeth n'en revenait pas de la facilité avec laquelle il se déplaçait entre les piles de livres, les évitant avec agilité. Il s'arrêta une première fois devant une étagère, cherchant quelques secondes un livre de la liste avant de repartir, lui portant l'ouvrage à sa place. Bien qu'elle marche juste à côté de lui et qu'ils discutent ensemble, ça n'empêchait pas les clients de venir lui poser des questions, en particulier les adolescentes de leur âge. A chaque fois Percy s'arrêtait, leur souriait, et les aidait avant de reprendre son chemin et sa discussion où ils l'avaient laissé. Annabeth ne pouvait pas leur en vouloir, car Percy ne passait pas inaperçu avec ses cheveux noirs ébouriffés et ses yeux couleur océan. Malheureusement pour toutes les filles qui tentaient de flirter avec lui, il n'était pas du tout réceptif. Soit il faisait exprès d'ignorer les avances des clientes, soit il n'en avait absolument pas conscience. Étant donné ce qu'elle avait vu au lycée, elle penchait pour la deuxième possibilité, ce qui la fit sourire intérieurement. Percy était loin d'être ce qu'elle avait imaginé sur ce point : alors qu'elle s'était attendue à un garçon qui enchaînait les filles et draguait tout ce qui bougeait, elle avait fait connaissance avec un garçon plutôt timide sur le sujet.

- Voilà, je crois que j'ai tout, lança Percy de derrière la pile de livres qu'il tenait. Tu avais besoin d'autre chose ?

- Non c'est bon, tout est là. Merci beaucoup pour le coup de main, fit-elle en le suivant vers l'avant du magasin.

Percy acquiesça en souriant avant de contourner quelques piles de livres pour atteindre la caisse de la librairie. Il posa les ouvrages sur le comptoir le temps de les encaisser et de les mettre dans un sac avant de le tendre à Annabeth.

- Voilà pour toi, passe un bon dimanche et à demain !

- Merci, toi aussi, répondit la jeune fille en prenant le sac.

Il lui ouvrit la porte et lui fit un signe de la main avant de repartir au secours d'autres clients désorientés dans le labyrinthe de papier que formait la librairie. Annabeth sourit en secouant la tête, n'en revenant toujours pas.

Décidément, Percy Jackson n'en finissait pas de la surprendre.


Bonjour à tous ! Voici le dixième chapitre, entièrement consacré à Annabeth et Percy ! Alors, qu'en pensez-vous ?

J'espère que la rentrée s'est bien passé, ou qu'elle se passera bien pour ceux qui, comme moi, ont la chance d'avoir un peu plus de vacances ! Un grand merci pour toutes celles et ceux qui commentent ma fanfic, vous êtes les meilleurs ! A bientôt !