Hey !

Me revoilà, après une looooooongue absence, pour poster ce qui est, a priori, l'avant-dernier chapitre de Mieux vaut en rire qu'en pleurer.

Je ne sais pas si beaucoup d'entre vous sont au courant, mais c'était une fiction qui me pesait beaucoup, et que je n'avais plus envie d'écrire. Je n'avais aucune intention de l'abandonner, mais disons que je ne prenais plus tant que ça plaisir à l'écrire.

Ce chapitre, ça a été une révélation pour moi. Vous n'êtes pas sans savoir -en tout cas, à ce stade de l'histoire, je l'espère fortement xD- que cette fiction était jusque-là écrite au plus-que-parfait. Et je n'en pouvais plus. Mon style a évolué, depuis, et je suis notamment passée au présent dans ce genre d'écrits.

Du coup, ce chapitre est au présent. Oui, c'est bizarre. J'ai essayé de trouver une explication cohérente, que j'ai essayé de faire transparaître dans ce chapitre, je ne sais pas si c'est tout à fait clair. Sachez aussi que, si j'en ai le temps et la foi, je compte réécrire cette fiction dans son intégralité pour pouvoir rajouter des éléments par rapport à ce mini-remaniement de l'histoire, et aussi pour reprendre un peu des chapitres dont je ne suis pas satisfaite.

Bref, en tout cas, merci à Emalys pour sa review ! Franchement, sans toi cette fiction aurait sans doute déjà été abandonnée depuis longtemps, et ce malgré toute ma bonne volonté ! Merci mille fois de continuer à reviewer, et de continuer à me noyer sous les compliments, ça me fait plus plaisir que tu ne peux l'imaginer ! Pour Rogue... je ne sais pas, il ne m'a jamais inspirée jusque-là, mais il est tout à fait possible qu'un jour ça vienne sans prévenir :D Et par rapport à la folie de Bella... c'est dans ce chapitre. Dis-moi ce que tu en penses, je trouve perso qu'au contraire il y a des choses à dire... pour moi elle formule toujours des pensées, simplement ce sont des pensées décousues, sans rapport, complètement détachées et indifférentes du monde. Merci encore, gros bisous !

Au passage, je n'ai pas l'intention de pousser un coup de gueule ou quoi que ce soit. Vous avez le droit de ne pas aimer ma fiction, vous avez même le droit de la détester, et vous avez tout à fait le droit de partir sans laisser de review. Mais, vraiment, vous n'imaginez pas à quel point recevoir une review motive. Sincèrement, dans mon cas une seule suffit à me donner le sourire pour une dizaine de minutes... et une grosse envie de continuer à écrire. Alors évidemment, vous avez le droit de partir sans laisser de review... mais si vous aimez bien cette fiction, c'est dommage parce que derrière moi je suis de moins en moins motivée pour écrire les chapitres. Si vous n'aimez pas, c'est pas grave et ça ne changera rien pour vous. Mais quand je reçois des ajouts aux favoris, des follow, et que derrière aucune review n'est postée... bien sûr que je suis contente de l'ajout en favori, du follow ou autre. Mais dans le fond, ça a plutôt tendance à me démoraliser. Laissez-moi une review d'un mot si vous n'avez pas l'inspi, pas le temps ou la flemme d'écrire. Mais cette review d'un mot, postez-la !

Bref. J'espère que vous aimerez ce tout nouveau chapitre, en espérant que le changement de temps ne vous perturbera pas... et donnez-moi votre avis sur la folie de Bella. Si ça a l'air réel, ou pas le moins du monde. Dites-moi si vous avez bien aimé ou pas. Parlez-moi des chaussures que vous avez portées aujourd'hui si c'est le seul truc qui vous vient en tête !

Bonne lecture ! :D


Tu fermes les yeux. Elle te semble si loin, ta vie d'avant...

Souvent, tu as l'impression que tu te souviens de tout. Les coups de poignard dans le dos, les larmes, les cris, les trahisons, les pertes, la douleur, l'impression de te perdre toi-même. Tu te rappelles de tous, dans leurs moindres détails, tu te souviens de la folie dans les yeux de ta mère, de cette cicatrice, si nette sur ton épaule, du regard de Sirius quand il avait été envoyé à Gryffondor, de celui d'Andromeda quand Ted Tonks l'avait emmenée. Tu te souviens des trous noirs dans la tapisserie, tu te souviens de cet enfant que tu avais porté et que tu ne parviens pas à oublier.

Tu aimerais que les souvenirs s'estompent dans ta mémoire, qu'ils perdent en force et en netteté, que tu puisses oublier, enfin, finalement. Mais ils ne s'estompent pas ; ils restent là, tous les jours, à danser sous tes paupières, et ils refusent de s'en aller. Alors tu as l'impression, souvent, trop souvent, que tu te souviens de tout et que ce n'est qu'une farce, une très mauvaise farce et qu'il y a des centaines de gens, là au-dehors, qui rient allègrement de toi en sirotant leur thé et en observant d'un air très intéressé tous ces fantômes qui t'engloutissent et te noient lentement.

D'autres fois, tu as l'impression que tu ne te souviens de rien. Qu'il manque des pans entiers à ta mémoire, de grands trous noirs au milieu de ta vie. Tu es incapable de te souvenir de ton enfance, d'une grande partie de ta scolarité, et tu as l'impression que des millions de souvenirs se sont enfuis de ton esprit, sans prévenir, sans dire au revoir. Tu te souviens avoir pleuré, regretté amèrement une enfance révolue où tu avais été heureuse ; et tu ne te souviens pas de ces moments pour lesquels tu avais pleuré, tu ne te souviens pas des rires et des chants et des farces dont tu savais qu'ils avaient existé. Ils ne sont plus là, ils ont disparu, et tu les cherches, comme une folle, parce que tu sais qu'ils ont existé, tu sais qu'ils ont été là. Tu sais que tu as été heureuse, tu te souviens avoir pleuré pour un après-midi passé à rire sous le sapin dans le parc ; mais l'après-midi, lui, s'est enfui, et tu cherches, tu cherches, et tu ne parviens pas à le retrouver.

Tu ne te souviens que des pires moments de ta vie. Tu te souviens de chaque blessure, de chaque désillusion, et tu ne te souviens pas de ce qui t'a permis de les surmonter. Tu te souviens de chaque personne qui t'a trahie, et tu ne sais pas si certaines sont jamais restées fidèles, parce qu'elles ont disparu de ta mémoire. Et tu deviens folle, lentement, inexorablement, enfermée avec tous les fantômes de ton passé, folle pour de vrai. Tu te surprends parfois à fixer le sol d'un regard vide, tu te jettes parfois sur les barreaux en hurlant quand bien même tu sais parfaitement qu'ils ne céderont pas. C'est comme s'il y avait quelqu'un d'autre qui naissait dans ton esprit, quelqu'un qui avait tes pensées et tes souvenirs et qui ne te ressemblait pas, quelqu'un qui prenait peu à peu ta place, en silence, sans que tu puisses rien faire.

Cela fait quatorze ans que tu es enfermée à Azkaban.


Tu fixes ton regard vide derrière les barreaux. Le monde est froid, le monde est gris. Tu n'aperçois rien, rien sur quoi ton regard puisse s'arrêter. Les murs sont gris et dénudés, sans âme. Même la lumière du jour est vide et froide. Parfois, tu te demandes si la vie continue, loin, très loin d'Azkaban. Tu te demandes s'il y a encore des gens pour rire et pour vivre, malgré tout. Puis tu te souviens que ça ne t'intéresse pas.

Tu es vide, vide, vide. Une simple coquille, être aux membres décharnés et aux cernes qui lui mangent les yeux, à la peau presque translucide et au regard fou.

Car folle, tu l'es. Tu l'es devenue, si tu ne l'était pas déjà en arrivant à la prison. Les pires moments de ta vie repassent en boucle dans ton esprit, comme un film qui n'arrête jamais de tourner. Tu revis tout, encore, encore et encore, dans une boucle sans fin.

En ce moment, c'est le départ d'Andromeda. Tu revois tout, tout, tout. Ta sœur qui s'en va et son regard quand elle vous aperçoit, toi et Narcissa ; elle ouvre la bouche, elle va dire quelque chose derrière la baguette tendue de son Sang-de-Bourbe, et puis il la serre plus fort contre lui et ils disparaissent, tous les deux ensemble. Tu revois ta baguette qui se lève, lentement, le trou noir dans la tapisserie. Tu entends ton rire.

Il y a une petite voix dans ta tête qui te parle, tout le temps. De ta vie d'avant, d'enfant. Et de plus tard, du mage noir, et de comment tu as sacrifié tes rêves, ta vie toute entière, sans même te retourner. De cet enfant qui as grandi dans ton ventre et qui en est sorti trop tôt, dans une nuit d'horreur au milieu de lacs de sang et d'éclats de verre. Elle te chuchote ta déchéance ; parfois, quand tu contemples ton reflet décharné dans une flaque d'eau sale, elle te chuchote à l'oreille ta terrible beauté, avant, tes formes pulpeuses et ton regard insondable, ta grâce féline, tes boucles noires épaisses ; et quelque part, tout au fond de ton esprit, tu l'entends ricaner, ricaner fort, trop fort, jusqu'à prendre toute la place, et tu te bouche les oreilles, tu hurles, tu te roules au sol, tu frappes les murs et les barreaux ; et elle ne se tait pas.

Parfois, tu attrapes les barreaux et tu tentes de faire passer ton corps amaigri au travers ; sans succès. Alors tu peux rester ainsi des heures, une jambe étendue en travers du passage, une épaule entre les barreaux, la tête penchée et appuyée sur le fer froid. Tu écoute la voix qui te parle, qui te chuchote à l'oreille les pires moments de ta vie, sans relâche, sans jamais s'arrêter.

Parfois, le long du couloir, tu vois passer un fantôme.


Des fantômes, Azkaban en est remplie. Tous les prisonniers en sont, spectres aux regards vides et aux bouches pleines de hurlements. Les Détraqueurs aussi sont des fantômes, d'un autre genre. Terrifiants démons, apparitions en robe sombre. Quand ils passent le long du couloir, tu recules précipitamment jusqu'au mur du fond de ta cellule, et tu te roules en boule, la tête entre tes bras, et tu serres les dents tellement fort qu'une fois tu as cru qu'elles allaient casser. Ca ne sert à rien, et à chaque fois qu'ils passent avec leurs longues capes en guenille traînant derrière eux, tu gémis, tu hurles, tu pleures, et tu t'effondres sur le sol comme une vulgaire poupée de chiffon, tremblant de tout tes membres ; et quelque chose brûle en toi, quelque chose de très faible et de presque éteint qui rougeoie comme une braise sur laquelle on souffle. Tu ne sais pas très bien ce que c'est, tu ne te souviens pas vraiment si tu l'as déjà connu, ce sentiment. Mais il éveille quelque chose en toi, comme une flamme oubliée dans tes yeux éteints.

Mais il y en a d'autres. Ce sont tes fantômes à toi, les spectres de ton passé qui reviennent te hanter. Ils flottent au-dessus du sol, attentifs, railleurs, tout-puissants, ils te regardent, ils te détruisent. Parfois, quand tu n'en peux plus, tu leur parles ; tu essayes de leur faire comprendre, tu les supplies. Mais ils restent simplement là, à te regarder avec leurs yeux aussi vides que les tiens et pourtant accusateurs, sans frémir. Tu as pleuré, plusieurs fois. Mais ils ne réagissent pas plus. Sauf Sirius ; lui, quand tu pleures, il se presse contre toi de toutes ses forces avec un sourire effrayant, et il observe tes larmes, tes sanglots, ton corps prostré. Alors il rit, et tu as envie de le frapper. Quand les Détraqueurs arrivent, tous les fantômes deviennent cruels, vicieux, sadiques. Ils se redressent, d'un seul coup, et ils tournoient autour de toi en chuchotant à ton oreille, et tu hurles, tu hurles, et leurs murmures sont plus forts encore que tes cris. Quand les Détraqueurs sont partis, ils s'écartent, la mine indifférente à nouveau, et ils reprennent leur lent tournoiement autour de ta cellule, sans accorder un regard à tes doigts crispés sur la pierre, à tes ongles qui râpent le sol pendant que ton corps est agité de violentes convulsions qui ne sont plus vraiment des sanglots.

Tu ne sais plus pleurer. Tu ne sais même plus vraiment ce que le mot veut dire. Tu sens encore, parfois, ton cœur qui se déchire à l'intérieur de ta poitrine, tes poumons qui ne savent plus respirer, et quelque chose à l'intérieur de toi qui fait mal, terriblement mal. De temps en temps, une main énorme te soulève et t'écartèle, lentement, arrache la peau et déchire les muscles, réduit ton être en lambeaux. C'est juste que cela ne fait plus couler tes larmes.

Il arrive, assez rarement, que tu voies passer un fantôme qui appartient à quelqu'un d'autre. Son propriétaire hurle dans une cellule non loin, celle d'en face ou bien d'à côté, il hurle, encore et encore, le nom de ce fantôme qui vient le torturer. Alors, au bout de quelque années, quand un prisonnier hurle, il peut arriver qu'en levant la tête tu aperçoives son fantôme à lui, qui tournoie dans sa cellule à lui. Ces fantômes-là ont toujours un air un peu étrange, sans doute parce que tu ne les connais pas bien. Ils ne se présentent pas, ils n'en ont pas besoin, tu sais déjà qui ils sont. Eux, en revanche, ne savent sans doute pas qui tu es ; il faut dire qu'ils ne te regardent jamais, trop concentrés sur leur prisonnier, leur damné à eux. Ils ne t'ont jamais adressé un regard. Toi, en revanche, tu les as détaillés, observés, disséqués ; comparés à tes propres fantômes. Tu te demandes si les autres prisonniers aussi voient tes fantômes à toi, parfois, assez rarement. S'ils voient Andromeda qui te fixe et qui ouvre la bouche sans que jamais un son n'en sorte, s'ils voient Sirius qui te suit de ses regards méprisants et haineux, s'ils voient Regulus qui se cache et qui t'observe et qui observe Sirius et qui ne te regarde plus après, s'ils voient Narcissa qui berce en chantonnant son ventre rond. Et l'enfant, l'enfant accroupi dans un coin et qui change sans cesse d'apparence, qui passe d'un garçon aux épaisses boucles brunes à un fort jeune homme plein d'assurance à un bébé rieur à un adolescent fier à une petite forme frêle et sanglante, minuscule et malformée qui ressemble si peu à l'enfant qu'elle aurait dû être, l'enfant qui t'observe avec ses yeux qui sont vides, toujours si vides quelle que soit l'apparence qu'il choisit, l'enfant immobile et silencieux, le voient-ils ?


Tu te souviens de comment tu es arrivée à Azkaban, Bella ? chuchote aujourd'hui la petite voix dans ta tête. Dis, tu te souviens de ton Maître ? Le Seigneur des Ténèbres... Tu le vénérais, avant. Est-ce que tu t'en souviens ? Tu lui avais tout promis, tout sacrifié, tes rêves et ton avenir, et la flamme qui brûlait dans tes yeux. Quand tu es arrivée à Azkaban, tu étais encore toute pleine de ces promesses que tu lui avais faites rien qu'avec ton regard si sombre, et tu aurais défié la Terre entière pour lui. Tu n'y croyais pas, toi, à ces rumeurs qui courraient, courraient comme de petits serpents vicieux, tu savais bien qu'elles étaient fausses. Dis, Bella, dis, quatorze ans plus tard, as-tu perdu un peu de ton arrogance ? Où est-il ton Maître, petite Bella, où est-il parti ? Tu t'en souviens ? C'est facile, tu sais, elle est toute simple, la réponse. Est-ce que tu t'en souviens, Bella, au milieu de ta mémoire trouée et incomplète ? De tous ces souvenirs qui se sont enfuis, celui-là est-il resté ? Ton Maître, Voldemort, le Seigneur des Ténèbres... il est mort.

Mort, mort, mort, mort, mort, mort mort mort mort mort mort-mort-mort-mort-mort-mortmortmortmort... tué.

Tu sais par qui ? C'est le plus drôle. Par un petit garçon. Harry Potter. Un bébé.

Elle rit, à l'intérieur de ta tête, et tu t'agites un peu, secoues la tête comme pour l'en chasser. Elle n'en rit que plus fort.

Un bébé, un petit bébé. Il l'a tué. Comme il était puissant, le Seigneur des Ténèbres, tu ne trouves pas, Bella ? Tué par un bébé, oui, vraiment, un mage noir craint et respecté pour sa puissance extraordinaire, sans aucun doute.

Tu serres les dents et tu émets un son étrange, un peu comme un feulement qu'on aurait brisé. La voix change, elle se fait agressive, tranchante.

Voldemort n'était qu'une larve pathétique.

Alors tu rugis en te redressant brusquement, et tu frappes violemment le mur, faute de mieux. Ta main semble fracassée, des lambeaux de chair meurtris laissent suinter un sang un peu brunâtre, deux doigts au moins sont tordus en un angle inquiétant. Tu n'en as cure, et tu hurles encore en frappant à nouveau le mur. C'est l'une des choses qui t'es restée, ta loyauté au Seigneur des Ténèbres. Pas de cette manière qui te faisait te sentir heureuse, avant ; tu n'en retires aucun plaisir, aucun soulagement, aucun espoir. Elle est restée d'une manière féroce, un peu désespérée, sous la forme d'une flamme qui te consume sans même t'offrir sa chaleur en retour.

Tu te souviens, Bella, du jour où tu as été arrêtée ? De toute cette haine que tu crachais à la face du monde... Mais tu n'avais pas peur, alors, tu riais quand ils t'ont emmenée. Parce que tu savais, toi, tu savais bien qu'il n'était pas mort. C'était impossible, pas vrai Bella, parfaitement impossible. Il n'était pas mort, pas comme ça, pas tué par un bébé. Il était tellement, tellement puissant, et toi tu étais tellement, tellement obnubilée par lui, tellement fascinée, tellement prête à tout donner. Tu n'y croyais pas, tu ne pouvais pas y croire. Mais il y avait quelque chose, quelque chose tapi au fond de ton être qui labourait ton ventre, et si tu n'avais pas eu en ton Maître une confiance si absolue, tu aurais su que c'était de la peur.

Elle continue comme ça, elle parle d'une voix douce que rien ne peut arrêter. Tu refuses de l'écouter, tu tournes ta tête de droite à gauche, inlassablement, et elle semble amusée, un peu cruelle, alors qu'elle continue de te parler doucement de la chute de ton Maître et de votre déchéance à tous, des fuites et des vestes retournées, des rares qui sont restés fidèles et qui sont aujourd'hui tes compagnons, comme toi spectres aux regards vides, dépourvus de tout ce qui faisait d'eux des êtres humains. Alors un murmure rauque s'échappe de ta gorge, passe difficilement entre tes lèvres gercées et asséchées.

"Il reviendra"

Et ce n'est même plus un espoir, l'espoir est un sentiment qui t'a été ravi il y a quatorze ans. C'est une nécessité, un besoin vital. C'est un ultimatum, comme un coup de marteau sur une tombe. Parce que s'il ne revient pas, s'il ne revient pas...

Tout sera perdu. Tout sera fini, pour rien. Tu as tout, tout sacrifié, Bella, pour quoi ? Pour rien. Il ne reviendra pas, tu sais, Bella. Petite Bella qui a voulu jouer dans la cour des grands. Tu as tout perdu. Il ne reviendra pas, et tu mourras ici, à Azkaban, spectre de que tu étais, de ce que tu aurais pu être. Et tu aurais pu être tellement, Bella. Tu as tout jeté aux orties, comme ça, sans y faire attention, sans t'en soucier vraiment. Il ne reviendra pas, et tu apprendras durement, pour chaque goutte de vie qui s'échappera de ton être, la leçon que tu as refusé d'écouter, petite. On ne plaisante pas avec la vie, la sienne comme celle des autres, même quand on est Bellatrix Black. Tu pensais avoir payé, assez payé ? Regarde tous ces fantômes, Bella, petite Bella. Ils sont là pour toi, pour te détruire. Cette fois, aucune paire d'yeux rouges ne les chassera. Il est mort, Bella, pauvre petite Bella. Il ne reviendra pas.

Tu trembles, tes dents claquent les unes contre les autres, et tu trembles, tu trembles tellement fort et tes yeux sont tellement vides que tu ferais peur à tes propres fantômes s'ils te regardaient assez pour le voir. Tu regardes, fixement de tes yeux vides, un point perdu au milieu du gris du mur, un point sans intérêt, parfaitement semblable au reste du mur, du même gris terne et fade ; tu ne le lâches pas des yeux, et ce point perdu parmi tant d'autres est à ce moment-là la chose la plus importante qui soit au monde. Si tu en détaches ton regard, tu verras, tu le sais, le monde s'effondrer morceau par morceau, et les lambeaux partir en fumée comme s'ils n'avaient jamais existé, comme si tout n'avait été qu'un leurre, depuis le tout début, rien qu'une illusion.

Tu n'as pas le choix. Il n'y a qu'une seule option possible, et le reste, le reste ne peut pas exister -tu ne peux pas lui reconnaître le droit d'exister. Il n'y a rien d'autre à envisager, aucune autre possibilité. Sinon, sinon le monde partira en morceaux et tu deviendras folle, vraiment folle, folle comme le sont les personnes qui se sont perdues elles-mêmes en même temps que tout ce qui avait jamais existé pour elles. Tu fixes ce point, ce point qui n'existe pas sur un mur parfaitement uniforme, et tu répètes, sans relâche, comme un mantra, comme on dit quelque chose encore et encore pour le supplier d'être vrai, comme quand on n'a pas le choix. Les mots n'ont presque plus de sens, à force, mais tu les dis encore, parce que si tu arrêtes, si tu détournes ton regard de ce point qui n'existe pas, si tu fermes tes lèvres sur ces mots qui n'ont plus de sens, si tu écoute ce que te chuchote cette voix venue des profondeurs de tes cauchemars, alors ce sera fini, perdu à jamais. Alors, même s'ils n'ont plus de sens, ils ont un goût d'absolu, sur ta langue, d'absolu et de désespoir, un goût de supplique.

"Il reviendra."


Il y a un homme qui remonte le couloir, un homme à l'air étrange. Il ne ressemble pas à un fantôme ; il n'est pas pâle, ses yeux ne renferment aucune malédiction, il ne tournoie autour d'aucun prisonnier. Il a l'air vivant, énergique, décidé. A ses côtés marche un labrador argenté, un Patronus, qui le protège des Détraqueurs. Tu le fixes, longuement. Tu connais ce visage, ce visage qui ne ressemble à aucun de tes fantômes.

Arrivé non loin de toi avec ses grandes enjambées sûres d'elles, il t'aperçoit ; alors il s'arrête brusquement. Toute son assurance semble fondre, et tu vois dans ses yeux de la peur, du dégoût, une terreur un peu sacrée teintée d'une fascination et d'une satisfaction morbides. Il fait quelques pas vers toi, circonspect, comme s'il hésitait à s'approcher trop.

Tu le fixes, encore. Quelque chose remue en toi, cette petite braise qui ne s'est pas éteinte et que tu sens parfois rougeoyer, elle s'agite à la vue de cet homme, se réveille. Tu t'approches des barreaux de ta cellule, tu appuies ton visage sur les barreaux. Il passe à travers, ce visage émacié, et tu le tends vers l'homme, qui recule un peu, et la terreur dans ses yeux se mêle d'un peu d'horreur, qui envahit lentement ses prunelles.

Le Patronus près de lui dégage une douce chaleur, et les fantômes reculent un peu en la sentant. Tu te colles encore un peu contre les barreaux, et quelque de très doux glisse en toi d'un seul coup, sans prévenir, quelque chose que tu ne connais plus et que tu rejettes, instinctivement. La lumière du Patronus semble éclairer ton esprit aussi, et il te semble que tu arrives à réfléchir clairement pour la première fois depuis des années.

Tu relèves la tête vers l'homme, et tu le dévisages, lentement, en prenant ton temps ; et lui, figé, incapable de détacher son regard de ton être décharné, se contente de fixer tes prunelles qui le détaillent, comme s'il était incapable de regarder ailleurs. Il a un tic, alors, le coin de sa bouche qui s'affaisse un peu, imperceptiblement. D'un seul coup, tu le reconnais.

"Fudge", fais-tu d'une voix basse et rauque, éraillée, horrible, déchirée d'avoir trop crié et abîmée de n'avoir pas parlé depuis si longtemps. Fudge, frétille en réponse la petite voix dans ta tête.

Il a un mouvement de recul, et quelque chose semble s'agiter dans son être, jusque dans ses yeux. Il te regarde, horrifié, comme incapable de la moindre parole. Tu sens tes lèvres se retrousser sur un sourire affreux, et la petite braise en toi brille plus fort, soudainement, fait brûler tes yeux d'une flamme soudaine, emplit le vide de ton regard. Il a un hoquet, recule d'un pas, et quelque chose d'hideux s'allume dans son regard à lui.

Alors il semble reprendre un peu contenance ; il fait un pas en avant, carre les épaules et te toise du haut de sa liberté et de sa protection par Patronus, du haut de sa petite vie bien rangée et sans saveur, et l'espace d'une seconde, avec l'émanation de son Patronus qui tient un peu à distance le désespoir de ta cellule, quelque chose enflamme ton corps, une bouffée de mépris extraordinaire associée à la satisfaction un peu désespérée d'avoir vécu ta propre vie avec cent fois plus de passion que lui. Il doit voir le mépris dans ton regard, parce que son attitude se raidit plus encore.

"Bellatrix Lestrange", siffle-t-il d'un ton venimeux, et tu as envie de rire parce que tu te souviens de tons autrement venimeux et de phrases autrement assassines, dans la bouche d'hommes et de femmes bien plus puissants et bien plus dangereux que lui. "Comment peux-tu encore te supporter ? Tous ces meurtres que tu as commis, toutes ces tortures, au nom d'un mage noir qui a disparu aujourd'hui ! Tu-Sais-Qui est mort ! Mort ! Et tu as tout perdu."

Ton sourire s'élargit. "Le Seigneur des Ténèbres reviendra."

Et pour la première fois depuis des années, les mots, en s'échappant d'entre tes lèvres, se parent d'un sens que tu croyais perdu.

Le regard de Fudge devient fou, il avance encore d'un pas comme pour hurler quelque chose à ton visage, recule brusquement lorsque ton bras amaigri passe sans difficulté au travers des barreaux pour tenter de le griffer au visage. Il te dévisage, le souffle court, les yeux hagards, l'air tétanisé et horrifié, et un tremblement agite la commissure de ses lèvres, un tremblement faible et continu qui déforme le coin de sa bouche alors que sa poitrine se soulève trop rapidement.

Quelque chose d'étrange s'échappe de ta gorge, un son rauque et éraillé, qui ne veut plus rien dire, et qui frappe Fudge aussi efficacement que l'aurait fait une massue.

"Rit, rit, sorcière !", écume-t-il, le visage déformé par une terreur furieuse. "Rit tant que tu pourras ! Tu as perdu, tu as tout perdu, et tu finiras tes jours dans cette prison, gémissante sous les attaques des Détraqueurs ! Tu l'auras bien mérité !" Tu rit encore, rejettes le visage en arrière alors que des soubresauts agitent ton torse. "Rit ! Rit !", hurle-t-il comme un fou.

Puis il se détourne, et remonte le couloir à toute vitesse, trop vite pour ne pas donner l'impression qu'il s'enfuit. Ton rire le poursuit alors qu'il s'éloigne de ta cellule. Son labrador le suit, et tu sens toute la chaleur argentée s'en aller avec lui, et tous les fantômes qui reviennent doucement, en rampant, se coller à ta peau.

Alors ton rire se fait plus profond, et il emporte avec lui toutes les griffes caressantes des fantômes, et il efface de ton esprit tous les secrets qu'ils chuchotent à ton oreille. Tu vois Fudge tourner au bout du couloir, précipitamment, et les dernières traces de la lumière argentée qui disparaissent avec lui. Tu ris encore plus fort, désespérément, tu ris pour te sauver, et tu te demandes pourquoi tu ne l'as pas fait avant.

Dans ton esprit, une petite voix chuchote, inlassablement :

Folle, folle, folle, folle, folle, folle...


"Le Seigneur des Ténèbres reviendra. Il reviendra. Il reviendra, et je serais sa préférée !"

Tu tournes la tête à ta gauche d'un air suspicieux, tu fixes un instant les barreaux de ta cellule puis ce qu'il y a derrière. Tu tends l'oreille ; personne ne te contredit. Avec un sourire satisfait, tu te retournes vers le mur.

"Le Seigneur des Ténèbres reviendra. Il reviendra. Il reviendra, et je serais sa préférée !"

Tu éclates d'un rire aigu.

"Le Seigneur des Ténèbres reviendra. Il reviendra. Il reviendra, et je serais sa préférée !"

Tu tournes la tête à droite ; ton regard ne se cogne qu'au mur. Tu ris à nouveau, d'un rire horrible de petite fille.

Tu regardes le mur devant toi, puis le mur à ta droite. La pierre grise est sale, usée, éraflée par endroit. C'est fou, mais tu n'avais jamais vu ce mur en quatorze ans à Azkaban. Tu le fixais, souvent, tu cognais tes poings frêles contre la pierre dure et tu t'arrachais les ongles à tenter de le creuser, mais tu ne le voyais pas vraiment. Les fantômes tournoyaient devant.

Ils sont partis, maintenant. Comme la voix, la petite voix qui te parlait à l'oreille et qui te chuchotait tous les moments douloureux de ta vie. Elle est partie, elle a disparu tu ne sais où, quelques part entre les fissures de la cellule, peut-être. Parfois, elle tente de revenir ; alors, il te suffit de rire, et elle s'estompe, disparaît à nouveau, s'enfuit, peut-être, à travers ces fissures que tu n'avais pas plus vues que les murs. C'était la faute des fantômes, sans doute.

Ils sont partis en même temps que la voix. Quand elle a commencé à se faire plus faible, étouffée par la force de ton rire, ils ont fait une dernière fois le tour de ta cellule, le regard vide, et puis ils ont commencé à disparaître, tout doucement, et c'est là que tu as remarqué pour la première fois le mur gris et sale derrière eux.

Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi. Tu lèves les yeux au plafond, admire une seconde la pierre si semblable à celle devant toi et à ta droite. Le plafond n'est qu'un mur à l'horizontale. Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi.

"Le Seigneur des Ténèbres reviendra. Il reviendra. Il reviendra, et je serais sa préférée !"

Sur ta gauche, derrière les barreaux, personne ne te contredit. Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi. Tu lèves les yeux au plafond, admire une seconde la pierre si semblable à celle devant toi et à ta droite. Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi.

Tu ne regarderas pas le mur derrière toi.


Tu entends des bruits dérangeants, les bruits de quelqu'un qui pleure. Tu connais sa voix. Tu tournes la tête à gauche, tu vois d'abord les barreaux, il n'y a rien, tu fais l'effort de regarder au-delà. Il n'y a rien non plus dans le couloir. Dans le fond du couloir se dessinent d'autres barreaux, ceux de la cellule face à la tienne. Tu connais la personne dans cette cellule. Tu regardes derrière la deuxième rangée de barreaux. C'est Rodolphus.

Il hurle et pleure et frappe le mur de son poing squelettique. Tu sais ce qu'il dit. La même chose, toujours, depuis que vous êtes arrivés. Près de lui, tu aperçois le fantôme de son petit frère, qui tourne lentement au plafond de la cellule. C'est dommage, parce qu'à cause de lui Rodolphus ne peut sans doute pas voir à quel point le plafond est un mur à l'horizontale.

Le fantôme a l'air que tu as toujours connu à Rabastan, froid et hautain, tentant vainement d'imiter le regard glacé de son frère. Là, dans cette cellule, il prend sa revanche sur toutes les années où son frère l'a écrasé de sa prestance, et il écrase doucement Rodolphus, en décrivant au plafond de lents cercles qui descendent peu à peu vers le sol et forcent Rodolphus à se rouler en boule par terre, les yeux fermés. C'est drôle, parce que Rabastan est aussi enfermé quelques cellules plus loin, et que, parfois, tu l'entends hurler lui aussi. Peut-être que dans sa cellule, c'est Rodolphus qui lui cache le gris du plafond et qui l'écrase, dans la prison comme il le faisait dans la vie.

Rodolphus sanglote misérablement par terre. Une fois, tu avais vu ton fantôme à toi, belle et impitoyable, qui lui tournait autour en souriant d'un air arrogant, qui dévisageait ton mari avec un air moqueur, et qui secouait doucement la tête, tût-tût-tût-tût-tût, comment avait-il pu croire qu'il te méritait. Il n'osait pas relever le regard vers ton fantôme, fermait les yeux avec sa tête enfouie entre ses genoux, et chantonnait doucement pour cacher le son de ta voix qui faisait tût-tût-tût-tût-tût. Toi, tu ne t'étais pas gênée pour te dévisager, et la voix dans ta tête avait pris tout l'espace, moqueuse et cruelle et impitoyable, et elle avait ri, ri tellement fort quand tu avais aperçu ton reflet décharné dans le seau d'eau qui devait te tenir toute la semaine. Tu aimerais revoir ton fantôme, maintenant qu'elle est partie. Mais Rodolphus ne semble plus concentré que sur Rabastan.

Tu détournes le regard, et tu fixes à nouveau le mur devant toi. Un rire de crécelle s'échappe de ta gorge. Les pleurs s'arrêtent, l'espace d'un instant, et curieuse, tu tournes la tête vers la gauche. Tu traverses à nouveau tes barreaux, le couloir, les barreaux de Rodolphus. Étendu par terre, le regard fou, le visage amaigri et décharné, il te fixe. Il te voit.

Tu lui souris, et quelques chose dans ses yeux tressaille. La lueur de folie qui y brillait s'estompe, s'adoucit, et il te regarde de haut en bas. Tu vois quelques chose de douloureux se peindre sur son visage, et tu penches la tête sur le côté, curieuse. Depuis que la voix et les fantômes sont partis, tu ne ressens plus la douleur. Ton cœur est froid, tout figé et tout dur. Azkaban a fait que tu ne puisses plus rien ressentir d'heureux. Ton rire a fait que tu ne ressens plus rien du tout. A chaque fois que tu ris, c'est comme si tu posais quelques chose de très froid au creux de ta poitrine, et ton cœur devient un petit glaçon.

Rodolphus ouvre des lèvres sèches et gercées, explosées. Son regard vacille, mais il continue de te fixer.

"Bella..."

Tu lui souris à nouveau.

"Le Seigneur des Ténèbres reviendra, lui annonces-tu joyeusement. Il reviendra. Il reviendra, et je serais sa préférée !"

Rodolphus te fixe, et son regard vacille, vacille, et finit par se briser.

Tu lui souris. Ce n'est pas grave. Ce n'est pas de sa faute. Lui n'a sans doute pas encore aperçu le gris sale du plafond.


Quelque chose de très très froid glisse le long de ton corps. Pas froid comme ton rire, mais froid comme la mort et le désespoir, froid comme les eaux glacées des gouffres où l'on se jette. Tu entends un râle qui remonte le couloir, et des pleurs et des gémissements qui surgissent sur son passage. Tu te recroqueville sur toi-même, les yeux fermement fixés sur le mur devant toi. L'espace d'un instant, la pierre grise ondoie, et tu vois y apparaître le visage de Sirius. Tu fermes les yeux aussitôt.

Le râle se rapproche, et le très très froid aussi. Tu sens une caresse le long de ta peau, un frisson ou bien l'ongle léger d'un fantôme. Tu pousses un petit gémissement. Tu ne bouges pas. Si tu bouges, si tu bouges, quand tu te relèveras, tu risques d'être tournée du mauvais côté du mur.

Le râle devient tout proche, presque un chuchotement rauque le long de ton oreille. Tu sens des ongles s'agripper à ta peau, la griffer un peu en essayant de se rapprocher de ton oreille le plus possible. Puis, ils se mettent à chuchoter, tous en même temps, et leurs murmures se mêlent au creux de ton oreille.

"Non..."

Un ongle trace le contour de ta mâchoire, un autre suit le dessin d'une cicatrice sur ton épaule.

"Non, non..."

Les murmures se joignent et s'entremêlent, créent une nouvelle voix qui chuchote à ton esprit de petites horreurs piquantes.

Bella, petite Bella...

"Non..."

Au loin, tu entends quelqu'un hurler.

Tu ne pensais quand même pas parvenir à te sauver ?

Un ongle s'enfonce brutalement dans ton ventre, rouvre une vieille cicatrice hideuse et boursouflée.

Tu hurles.


Tu grattes le sol, grattes le sol, grattes le sol. A quatre pattes sur le sol de ta cellule, tu grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes.

Tu trouveras, tu le sens, un grand trésor si tu continues à creuser. Tu ne sais pas vraiment ce que c'est. Tu es toute froide, tu ne connais plus rien au bonheur ; tu ne sais pas vraiment ce qu'un trésor peut apporter, si ce n'est le bonheur. Ce n'est pas grave. Il faut que tu continues à creuser, c'est important, c'est vital, tu le sais.

Tes ongles sont inexistants, à présent, limés par la pierre, et tu creuse avec tes doigts. La peau s'arrache, s'effiloche, et au gris de la pierre se mêlent des taches de sang brunâtre, coagulé, et des lambeaux de peau.

Grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes...

Peut-être, une fois que le trou sera assez grand, que tu pourras te cacher dedans ?

Si tu pouvais te cacher, alors peut-être que ce qui est tapi sur le mur derrière toi ne pourrait plus te guetter. Peut-être qu'il serait obligé de disparaître, lui aussi, comme les autres.

Grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes...


Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi. Tu lèves les yeux au plafond, admire une seconde la pierre si semblable à celle devant toi et à ta droite. Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi.

"Le Seigneur des Ténèbres reviendra. Il reviendra. Il reviendra, et je serais sa préférée !"

Sur ta gauche, derrière les barreaux, personne ne te contredit. Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi. Tu lèves les yeux au plafond, admire une seconde la pierre si semblable à celle devant toi et à ta droite. Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi.

Derrière toi, tu sens la présence qui hérisse tous les poils sur ta nuque. Il s'est rapproché, et tu sens comme l'écho d'un rire moqueur qui rebondit quelque part dans ta poitrine. Tu as froid, tellement froid.

Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi. Tu lèves les yeux au plafond, admire une seconde la pierre si semblable à celle devant toi et à ta droite. Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi.

"Le Seigneur des Ténèbres reviendra. Il reviendra. Il reviendra, et je serais sa préférée !"

Sur ta gauche, derrière les barreaux, personne ne te contredit. Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi. Tu lèves les yeux au plafond, admire une seconde la pierre si semblable à celle devant toi et à ta droite. Tu regardes le mur devant toi puis le mur à droite, tu regardes le mur à droite puis le mur devant toi.

Tu ne regarderas pas le mur derrière toi.


"Ecoutez, je sais bien que vous n'y croyez pas, je sais bien que personne n'y croit. Mais, vous savez quoi ? Il y a un adage qui dit 'Mieux vaut prévenir que guérir'. Regardez-les, Fudge, regardez-les tous ! Comment feriez-vous s'ils s'échappaient ?

- Personne ne s'échappe d'Azkaban, vous le savez aussi bien que moi !

- Et Sirius Black ?"

Tu tournes la tête du mur et tu fixes le couloir à ta gauche, derrière les barreaux. Sirius ? Sirius, ton cousin, emprisonné ici à tort pour ta plus grande joie ?

Tu retournes la tête lentement vers le mur, et tu fixes la pierre sale comme si tu espérais, pour une fois, que le visage de ton cousin s'y dessine pour qu'il réponde à tes questions.

"Tu as réussi à t'échapper d'Azkaban ?", tu chuchotes au mur. Personne ne te répond, et tu sens ton petit glaçon se contorsionner bizarrement au fond de ta poitrine.

"Ecoutez, Fudge, je ne vous demande pas de passer une annonce dans la Gazette comme quoi vous soutenez ce garçon ! Je vous demande de renforcer la sécurité ici, pour qu'une bonne quinzaine de sorciers parmi les plus redoutés et redoutables de leur époque, probablement devenus fous à lier en prime, ne trouvent sous aucun prétexte un moyen de s'échapper !"

Tu aperçois un homme et une femme qui remontent le couloir à pas rapides. Tu ne peux plus te coller aux barreaux et tenter de passer à travers, comme tu le faisais avant. Ce serait ne plus tourner complètement le dos à ce qui est tapi sur le mur derrière toi. Tu te contentes de te tordre le cou pour apercevoir le couple. En t'apercevant, l'homme s'arrête, et une grimace de dégoût déforme son visage.

"Alors, tu as fini de rire, sorcière ?"

Tu le regardes, penches la tête sur le côté et éclates de rire, de ton rire trop aigu et trop froid. Il frissonne, elle se raidit.

"Voulez-vous vraiment la retrouver un jour dehors, se baladant dans la nature ?

- Pour l'amour du ciel-

- Je sais que vous n'y croyez pas. Mais êtes-vous vraiment prêt à prendre ce risque ? Le risque de la voir, elle, se balader un jour tranquillement chez elle, parlant aux murs et riant aux éclats, parce que vous avez refusé d'augmenter la sécurité d'Azkaban ? Et tout ça simplement parce que vous avez refusé de perdre la face face à Harry Potter ?"

Le nom réveille quelque chose en toi. Tu te redresses brusquement, et tes yeux s'écarquillent. Dans ton cœur figé, dur et froid et insensible, tu sens une bouffée de haine si forte que tu chancelles légèrement. Harry Potter...

"Vous ne comprenez pas, Am-

- Le Seigneur des Ténèbres reviendra, coupes-tu. Il reviendra. Il reviendra, et je serais sa préférée !"

Tu rejettes la tête en arrière et éclates de rire. La tension dans ton corps se relâche et tu te sentirais presque bien. Tu sens seulement, dans ton dos, sa présence, et tu ris encore un peu plus fort pour essayer de l'effacer.

Loin, très loin, tu entends Fudge pousser un juron.


Grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes...

"Elle est folle", murmure une voix blanche quelque part à l'extérieur de la cellule, "complètement folle.". Tu n'y prêtes pas attention, concentrée sur ta tâche. Tu pourrais jurer que le trou s'est agrandi depuis la dernière fois. Il est plein de lambeaux de chair effilochés, et de sang coagulé et séché sur lequel viennent frotter tes doigts ensanglantés. Mais il est plus grand, il est plus grand, tu pourrais le jurer.

Grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes...

"Evidemment", souffle une deuxième voix, tout bas. "A quoi t'attendais-tu ?"

Le trou s'élargit à vue d'œil, bientôt tu pourras t'y cacher. Derrière toi, il ne bouge pas, il reste parfaitement silencieux et immobile. Tu sens simplement son regard qui te brûle, quelque part entre tes côtes ; il y a un petit trou à cet endroit, maintenant, un trou qui traverse ton corps de part en part. Tu le sens bien ; c'est tout vide, à cet endroit.

"Je ne sais pas... Je... je ne sais vraiment pas. C'est... c'est Bella. Je me disais... je me disais que peut-être, juste peut-être..."

La voix blanche étouffe un sanglot, alors que ton trou se creuse encore un peu sous tes doigts en lambeaux.

"C'est une Mangemort.", fait la deuxième voix d'un ton soudain dur. "Tu ne devrais pas l'appeler 'Bella'. Bella n'existe plus.

- Je... je sais...".

Une inspiration tremblante.

"Tu sais, je suis venue la voir plusieurs fois, au début surtout. Amelia me comprenait, elle fermait les yeux. Je venais la voir et elle... elle n'était pas comme ça. Furieuse et pleine de haine, oui. Au bout d'un moment, elle a commencé à faire des choses étranges, et il y avait ce regard, cette lueur qui brillait dedans quand elle me regardait. Je savais qu'elle devenait folle, qu'elle disparaissait, petit à petit, mais... Elle n'était jamais comme ça. Elle me voyait, elle savait que j'étais là. Elle m'ignorait, bien sûr, mais elle... elle n'était pas..."

Cette fois, c'est un véritable sanglot que tu entends.

Grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes...

"Tu te fais du mal, Andromeda.", fait la deuxième voix plus doucement. "On est resté suffisamment longtemps, allons-nous-en."

Andromeda ? Tu relèves la tête brusquement, fixes le mur en face de toi. Les voix viennent de ta gauche. Derrière les barreaux. Tu ne tournes pas la tête ; tu te contentes de fixer le mur. Un sourire vient étirer tes lèvres.

"Andy.", dis-tu au mur.

Derrière les barreaux, sur ta gauche, le silence est de plomb.

Tu fixes encore le mur une demi-seconde, puis tu baisses le regard vers ton trou avec un petit rire ravi pour toi-même. Le trou a déjà commencé à se reboucher ; il fait ça tout le temps, c'est pour ça qu'il faut que tu t'appliques bien à creuser, à effilocher sans relâche tes doigts sur la pierre grise. Ce qui est tapi sur le mur derrière toi est bien trop présent pour que tu te permettes de ne pas creuser.

Grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes grattes...


Tu entends de grandes explosions qui ont lieu un peu partout, des cris et des hurlements. Tu entends les murmures des occupants des cellules voisines, ils chuchotent pour eux-mêmes en se demandant de quoi il s'agit. Pourquoi attaquer Azkaban ? Pour les délivrer, chuchote un espoir niché au chaud dans leur poitrine.

C'est vrai qu'il fait moins froid, tout à coup. Juste avant que les explosions ne commencent, l'atmosphère glaciale de la prison s'est dissipée, comme un nuage de fumée qu'on effiloche, comme un rêve qu'on oublie.

Hébétée, tu fixes le mur devant toi. Tu as peur.

Derrière toi, tapi sur le mur, se tient un enfant aux yeux vides, qui te guette et t'observe et attend que tu te retournes. Il n'est pas parti, lui, comme les autres, quand tu as commencé à rire. Il est resté, sagement tapi sur son mur, à t'observer de ses grands yeux vides.

Tu ne sais pas s'il est encore là, assis sans jamais bouger à attendre que tu te retournes. Les fantômes des autres prisonniers sont partis, un peu. Ils se sont estompés. Plus personne ne hurle, mais parfois tu surprend un regard dirigé vers le coin d'une cellule, et tu devines que le fantôme est encore là, à guetter son damné, qu'il est juste un peu, un tout petit peu moins fort.

Tu n'oses pas te retourner. Les explosions se rapprochent, tu fixes le mur devant toi, les yeux grands ouverts. Tes lèvres remuent, à peine, formant silencieusement les mots que tu répète depuis des mois.

"Le Seigneur des Ténèbres reviendra. Il reviendra. Il reviendra, et je serais sa préférée..."


L'aile où tu étais enfermée a explosé. Un petit homme avec une face de rat sur lequel tu as refusé de mettre un nom s'est précipité dans le couloir et a déverrouillé toutes les cellules. Certains l'ont juste regardé, hébétés, d'autres ont utilisé leurs maigres forces pour se ruer dehors. Tous sont sortis, finalement. Il ne reste que toi.

Tu n'as pas bougé. Tu restes là, à fixer le mur, terrifiée à l'idée de tourner la tête et de trouver devant toi un enfant aux yeux vides. Tu ne bouges pas. Tu as peur, bien trop peur.

De nouveaux pas remontent le couloir, des pas lents, feutrés, mesurés. Tu entends un glissement, aussi, quelques chose de lourd qui se déplace. Tu ne tournes pas la tête. Tu as peur, bien trop peur. Tu sais à qui appartiennent les pas feutrés. Tu ne reconnais pas le glissement. Peu importe. Où est l'enfant ?

"Ma chère Bella... que fais-tu donc encore ici ? N'as-tu donc pas envie de sortir et de faire payer au monde toutes ces années d'emprisonnement ?"

Tu oses détourner le regard, cette fois, tu plonges dans les prunelles rouges. Il a changé, beaucoup changé. Mais ses prunelles, rougeoyantes de promesses que tu es seule à voir, ce sont les mêmes.

"Maître... c'est bien vous...

- Allons, ma chère Bella. Lève-toi donc, et viens me rejoindre. Tu es la plus précieuse de mes Mangemorts, la seule qui m'était vraiment indispensable parmi tous ceux qui étaient emprisonnés ici."

Le Seigneur des Ténèbres reviendra. Il reviendra. Il reviendra, et je serais sa préférée !

"Maître...

- Oui, Bella ?

- Y a-t-il quelqu'un derrière moi ?"

Il sourit, et ses prunelles rouges parcourent la cellule d'un air amusé. Il reporte son regard sur toi.

"Non, ma chère Bella. Il n'y a personne."

Il te tend la main, une main d'albâtre aux longs doigts fins. Tu y poses la tienne, sale et déchirée, sans ongles, aux doigts meurtris et ensanglantés. Quand tu te relèves, un rire s'échappe de ta gorge, un rire aigu et sautillant, et le Seigneur des Ténèbres t'adresse un sourire féroce en te guidant vers l'extérieur. Tu chuchotes, tout doucement :

"Le Seigneur des Ténèbres reviendra. Il reviendra. Il reviendra, et je serais...

Sa préférée."


Voilà voilà. Donc, comme je l'ai dit, c'était a priori l'avant-dernier chapitre.

En ce qui me concerne, je l'aime bien, même si je reconnais qu'il est un peu bizarre. Et un peu lourd, avec toutes ces répétitions. Ca m'est venu comme ça, au moment d'écrire sur Bella une fois qu'elle est devenue complètement folle.

Je vous souhaite une twé twé bonne journée.

Bisous !