Titre: Aura.

Auteur: Hayami.M

Personnages: les G-Boys

Couples: 2+1, 3+4.

Note: en italique, les flash-back ou récits du passé.

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Chapitre 10

-Tisser des liens-

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Un bip strident et répétitif, reconnaissable par sa spécificité, le tire du sommeil.

Coup d'œil vers l'origine du bruit.

Coup d'œil irrépressible vers le lit voisin qu'il constate vide.

Coup d'œil au cadran de la montre qui ne quitte jamais le poignet du garçon.

Expression d'étonnement sur le visage à la vue de l'heure inscrite: 8:21 AM

Le nippon ne se rappelle pas avoir dormi aussi tard dans la matinée depuis que l'opération météore a débuté et même avant, il peut les compter sur les doigts d'une main, les fois où il est sorti de son lit après 8 heures du matin.

Réglé comme une montre suisse, quelque soit l'heure du coucher, il est debout aux alentours des 6 heures.

Une vie organisée telle celle d'un militaire depuis le plus jeune âge, laisse invariablement des traces qui ne s'éliminent pas du jour au lendemain et encore moins en période de guerre.

Le renouvellement du bip, plus que désagréable à l'oreille au saut du lit, le pousse à se lever direction le petit bureau sous la fenêtre.

Ne voulant pas subir une nouvelle agression sonore, il soulève la partie supérieure du portable et lit en diagonale le contenu du message apparu en premier plan à l'écran.

Quelques instants plus tard, au courant du contenu général du texte, il manipule la souris pour valider l'accusé de réception du message en envoi prioritaire et sécurisé, niveau 3, c'est à dire le plus haut, le même utilisé pour le message reçu.

Après avoir revêtu un débardeur et attraper sa trousse de toilette et des vêtements propres, bas de survêtement et tee-shirt, il sort de la pièce direction la salle de bain située au rez-de-chaussée.

En traversant salon, il ne croise personne, mais il perçoit les échos de bavardages provenant de la cuisine, il semblerait bien qu'il soit le dernier lever.

Il se doute bien que ses coéquipiers ont du trouver bizarre de ne pas le voire debout comme quasiment tous les matins, attablé à la petite table en formica, devant une tasse de café bien fort.

La douche tiède, presque froide, finie de le réveiller ainsi que son corps qui retrouve peu à peu toute sa vitalité.

Alors qu'il se sèche il prend conscience qu'il y a longtemps qu'il ne s'est pas senti aussi en forme et reposé.

Il fronce les sourcils devant la glace tout en se saisissant de son peigne.

« C'était pourtant mal barré hier soir pense-t-il »

Les trois pilotes partis en mission, avaient à leur retour fait un rapide compte-rendu au châtain et au blond à moitié somnolent sur le canapé, ils pouvaient bien leur accorder quelques minutes avant d'aller se coucher, après tout ils avaient veillés pour les attendre.

Ils les avaient donc rapidement rassuré sur le bon déroulement de leur mission, et l'absence de blessé; si ce n'est une légère éraflure pour le brun avait précisé le chinois en voyant le regard scrutateur de Duo posé sur Heero.

La même question avait traversé les esprits des trois missionnés: «Comment avait-il su que le pilote 01 était blessé alors que rien en apparence ne laissait deviner qu'il avait été touché? »

Puis sans plus s'attarder, ils avaient tous rejoint leurs chambres respectives.

Mais Heero une fois dans son lit avait eu, contrairement à ses habitudes, beaucoup de mal à trouver le sommeil.

Il avait changé à plusieurs reprises de positions, ce qui n'avait pas plu à sa blessure au flanc, qui l'avait rapidement fait savoir en envoyant quelques protestations douloureuses.

De plus la légère chaleur qu'il ressentait à son niveau lui signalait une légère inflammation de la plaie, ce qui n'avait rien de surprenant pour une blessure par balle, il espérait juste ne pas avoir en plus une poussée de fièvre dans la nuit.

Après avoir retenu un profond soupir d'agacement, il s'était mis sur le dos les mains derrière la tête, les yeux fixés sur un plafond qu'il distinguait à peine avec le noir quasi absolu qui régnait dans la pièce.

Comme sur le trajet de retour son esprit tournait à nouveau à plein régime.

Le sourire du natté à leur retour lui repassait devant les yeux et la réaction de son corps ou plutôt de son cœur en réponse le dérangeait au plus haut point: « Mais qu'avait-il à la fin à réagir si bizarrement depuis quelques jours? ».

Puis soudainement, alors qu'il se voyait déjà parti pour une nuit blanche, il s'était senti envahi par une douce torpeur et avait plongé doucement dans un lourd sommeil réparateur.

Tout en désinfectant sa plaie, qui ne présentait quasiment plus de signes d'inflammation, le pilote du Wing se demande le pourquoi de ce brusque changement d'état d'esprit.

Il ne s'en plaint pas, cette nuit de sommeil paisible lui a fait un bien fou, mais il s'étonne d'un comportement qui lui est habituellement étranger.

Car même si son entrainement auprès de J lui a appris à mettre de côté ses états d'âme et encore plus ses ressentis, 'des parasites' dixit le professeur, il a toujours eu du mal le moment de dormir venu, à s'en débarrasser sans avoir tenté auparavant d'y trouver une solution ou explication.

Il a besoin de tout rationaliser, c'est dans sa nature.

Tout en tentant vainement de discipliner ses mèches rebelles, le japonais se triture encore un peu l'esprit, avant de finalement conclure en quittant la salle d'eau qu'il devait être tout simplement épuisé la veille, après tout il avait accumulé depuis quelques temps un retard de sommeil significatif, oui ça ne pouvait que cela, il n'y voit pas d'autres explications.

Il entre dans la cuisine.

Comme il s'en était douté un peu plus tôt, les quatre autres pilotes sont déjà habillés.

Wufei en sirotant une dernière tasse de café s'est plongé dans un journal, Trowa un peu en retrait, ses longues jambes étendues devant lui, les mains croisées sur l'abdomen prête une oreille distraite aux propos de Quatre et Duo, ces derniers savourant avec gourmandise une viennoiserie italienne dont le parfum embaume toute la cuisine.

Le natté, face à la porte est le premier à l'apercevoir, stoppant son geste de porter un nouveau morceau à la bouche il le salue:

- Salut Heero.

- Bonjour Heero, le blond lui adresse un de ces sourires amicales.

Wufei, levant un instant le nez de son quotidien, le salue d'un d'un ces hochements de tête plein de dignité et Trowa lui accorde un sourire en coin accompagné d'un geste à peine esquissé de la main.

- Tu sembles en pleine forme Heero, viens installe toi lui dit le jeune arabe tout en lui servant une tasse du breuvage noir odorant.

- Tu devrais également mangé un morceau de panettone, le natté enfourne une énorme bouchée avant de poursuivre la bouche à moitié pleine, c'est super bon, en plus elle est encore tiède car elle sort tout droit du four, je l'ai ramené de la boulangerie avec le pain.

Quatre voyant le regard sceptique de Heero sur la viennoiserie ajoute:

- C'est un peu comme la brioche française, mais avec des raisins secs, des fruits confis et des zestes d'agrumes c'est vraiment délicieux.

Heero, après un nouveau coup d'œil au natté qui continue d'engloutir sa part, puis à Trowa qui d'un léger signe de la tête lui apprend qu'il peut tenter le coup, se décide à prendre une petite part de la pâtisserie aux formes généreuses.

C'est plutôt bon, se dit le japonais en prenant une nouvelle bouchée, pas trop sucré, le parfum est subtil et ce n'est pas écœurant.

Il s'accorde encore un morceau avant de faire part à ses compagnons du contenu du message reçu.

- J'ai reçu une dépêche des profs ce matin.

Sa phrase attire immédiatement l'attention de tous sur sa personne, Trowa se redresse sur sa chaise, Wufei délaisse son journal, Quatre repose sa tasse et même Duo interrompt sa mastication.

- Mission? Demande le chinois.

- Non pas vraiment. On nous demande d'aller récupérer directement des infos collectées par les rebelles. Il y a un groupe, assez important, installé en ce moment dans le banlieue nord de Turin.

- Pourquoi doit-on y aller directement, ils ne peuvent pas utiliser le réseau informatique sécurisé? Questionne Quatre

- Il y a de nombreux documents, ça attire davantage l'attention de ceux qui surveillent le réseau et les rebelles n'ont jamais trop aimé passé par l'informatique ils préfèrent les contacts directs et savoir à qui ils ont à faire.

- On doit tous s'y rendre?

- Non deux suffiront Trowa, ils préféreraient que ce soit les pilotes 02 et 05 avec qui certains d'entre eux ont déjà eu précédemment des contacts, je suppose qu'ils veulent s'assurer de vos identités avant de fournir les infos.

- Wufei et moi ont connaît un peu leur chef, Marco Perrini, on s'est mutuellement aidés lors d'une précédente mission dans le sud de le France précise l'américain.

- Ne tardez pas alors, le lieu de rendez-vous est donné dans le mail, je vous le redescends et vous pourrez y aller, ils y seront sur place à partir de 12h00.

Wufei est déjà debout et passe la porte à la suite d'Heero, Duo avale un dernier morceau, débarrasse rapidement sa place, puis lance un « a plus Quat' » avant de le rejoindre dans le salon.

Le jeune homme à la couette est déjà en train de préparer un petit sac à dos avec quelques affaires qui pourront leurs être utile durant le trajet et sur place.

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Le convoi a quitté la gare depuis quelques minutes et a pris sa vitesse de croisière.

Le très léger roulis est agréable, presque un bercement.

Le chinois tout en s'installant plus confortablement dans le fauteuil recouvert d'un tissu rouge, aspect velours, sa tête reposant sur le haut dossier, se dit qu'il ne regrette pas leur choix du train comme moyen de transport pour rejoindre Turin.

C'est Duo qui avait fait remarqué alors qu'il finissait de préparer leur sac, que ce serait plus discret d'utiliser la voie ferrée plutôt que leur véhicule.

Turin est une grosse métropole où les contrôles routiers sont fréquents, et si dans la petite ville touristique où ils logent on ne leurs prêtent pas trop attention, et on ne spécule pas sur leurs âges, il risque d'en être autrement pour la capitale du Piémont.

Il est plus compliqué de berner les agents de la circulation d'une grande ville et encore plus les patrouilles des agents de OZ qui ont toute autorité pour faire des contrôles intempestifs.

Prudents ils laissent en général Trowa conduire, car malgré ses dix-sept ans officiels il peut facilement en prétendre dix-huit officieusement, son mètre quatre vingt-huit et sa maturité appuyant sans problème ses dires.

Wufei, comme la veille passe également au volant de temps en temps pour les trajets peu fréquentés, mais en ce qui le concerne ses seize printemps ont beaucoup plus de mal à donner l'illusion de la majorité pour l'œil exercé d'un policier citadin.

« Donc autant ne pas tenter le diable quand c'est possible » avait dit le natté en lui proposant de prendre le train.

En plus ils y gagneraient en temps, la ligne étant direct jusqu'à Turin et la gare se situant au nord de la ville à environ 5 km du lieu de rendez-vous avait de plus précisé l'américain tout en étudiant le plan sur le laptop que Heero venait de leur descendre.

Le chinois face à ses arguments avaient finalement abondé dans son sens et demander à Trowa de les déposer à la gare.

Coup de chance, un train partait dans la demi-heure, ils seraient sur place largement avant midi.

Le chinois vérifie l'heure, le train n'a pas de retard, en tenant compte des 45 minutes de trajet, ils seront à Turin vers 11h20.

Le contrôleur étant déjà passé, ils ne vont plus être dérangés, l'asiatique sort donc le petit livre de poche qu'il a embarqué au dernier moment avant de quitter la planque.

Avant de se plonger dans le récit il observe son compagnon, ce dernier est bien silencieux depuis qu'ils ont laissé la gare, à peine leurs billets vérifiés, il a mis ses écouteurs et s'est tourné vers la fenêtre.

L'héritier du clan du dragon est étonné que le châtain ne profite pas du trajet pour discuter à bâtons rompus comme il lui en a donné l'habitude, parlant de tout et rien et faisant partager toutes ses observations.

Non là, c'est silence radio, le natté s'est isolé avec ses écouteurs et semble perdu dans ses pensées.

« A croire qu'ils se sont tous passés le mot » se dit Chang; hier 01 et 03 et maintenant lui, ce qui est bien plus étonnant que pour les deux autres silencieux qu'il a rarement vu engager une discussion spontanément, le silence leur convenant parfaitement.

Seul le profil de Maxwell lui est visible, sa lourde natte enfermée sous une casquette noire, pour le rendre mois reconnaissable, il entortille machinalement le fil du baladeur autour de l'index de sa main droite.

Le pilote du Shenlong a remarqué que c'est souvent quand il est soucieux qu'il a se ce tic gestuel, si ce n'est qu'habituellement c'est sa natte qu'il entortille.

Tout en observant le geste Wufei se demande s'il doit l'interroger sur ce qui le tracasse, mais connaissant maintenant un peu la personnalité de l'américain il se dit que si ce dernier avait souhaité lui faire part de ce qui le trouble il l'aurait déjà fait.

Mais alors qu'il s'apprête à se plonger dans sa lecture, Duo comme s'il avait perçu ses interrogations se tourne vers lui le sourire aux lèvres.

Wufei est stupéfait du changement de faciès de son camarade, quelques secondes auparavant Maxwell semblait soucieux et maintenant tout semble aller pour le mieux pour lui.

Il retire ses écouteurs et le questionne sur comment ils vont s'organiser en arrivant pour rejoindre le point de rendez-vous.

Il sort de la poche intérieure de sa veste en jean un plan de l'agglomération turinoise.

Tout en l'écoutant comparer les mérites du métro, du tramway et du bus, Wufei s'interroge sur la déroutante capacité du pilote 02 à parfaitement cacher ses états d'âme.

Il est clair pour l'asiatique que quelques instants plus tôt le châtain était soucieux. Mais ensuite ce dernier a comme capté que son attitude l'interpellait et a immédiatement retrouvé son expression ouverte et amicale habituelle, laissant ainsi à penser à son coéquipier de façon fort convaincante il faut bien l'avouer, que tout va pour le mieux.

Après plusieurs mois à le côtoyer, le chinois doit bien s'avouer qu'il ne connaît pas vraiment l'américain.

En fait il se rend compte que tout ce qu'il sait sur lui c'est seulement ce que le pilote du Deathscythe à bien voulu leur apprendre.

Il ne sait rien de vraiment personnel sur lui, ni sur son passé, ni sur sa famille s'il en a encore une; Duo lui est encore un vrai mystère.

Dès les premières rencontres le natté s'est montré amical et a cherché à nouer des liens, mais quand il y réfléchit le brun se dit que si le natté semble est toujours à l'écoute de ses camarades, prêt à les aider et les soutenir en cas de difficultés, de son côté il laisse personne réellement s'approcher de lui, rentrer dans son intimité.

Le sourire aux lèvres, il est là pour les autres mais ne laisse rien passer de ce que lui ressent vraiment.

« Qui es-tu réellement Duo? Tu souris mais as-tu seulement des raisons de sourire? »

Le chinois doit bien s'avouer que Maxwell l'intrigue et le fascine pas sa personnalité complexe, il a envi que ce derniers se livre.

Il doit bien admettre qu'il est attiré par lui, par ce qu'il dégage, il n'a pas de désir à son encontre, non c'est plutôt un mélange subtil d'amitié et d'amour, mais rien de physique.

C'est fort il ne s'y attendait pas mais il l'accepte, il y a tellement longtemps qu'il ne s'est pas laissé approcher par une autre personne, qu'il a accepté que des liens se créent.

Il comprend maintenant le besoin presque physique de Winner à se rapprocher de Maxwell, on se sent bien en sa présence, en sécurité.

Alors que Duo relève la tête de son plan et lui dit que le bus semble le mieux, le plus pratique et le plus rapide il pense: « Je veux apprendre à te connaître Duo Maxwell, je veux savoir qui tu es. »

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A peine une heure et demi plus tard les deux pilotes sont devant la devanture d'un magasin de motos.

Duo vérifie encore une fois le numéro apposé au dessus de la boîtes aux lettres, '54', pas d'erreur c'est bien l'adresse indiquée dans le mail: avenue Fédérico Fellini, n°54.

Les deux pilotes comprennent maintenant le pourquoi du déroutant mot de passe qui leur a été fourni pour entrer en contact avec les rebelles.

Passant devant son camarade le natté pénètre dans la boutique, un seul client est présent, il compare les différents types d'huiles présentés dans le rayon.

Banal, l'adolescent italien après un coup d'œil en leur direction retourne à ses bidons.

Sans plus s'en soucier Maxwell et Chang se dirigent directement vers le comptoir et demande au vendeur occupé à feuilleter un énorme classeur répertoriant des pièces de moteur, s'il a en réserve « un levier d'embrayage pour une Yamaha 500 datant de 1995 AC », modèle rare que seul les collectionneurs possèdent encore.

Le commerçant, un type d'une quarantaine d'années, bien bâti, le crâne rasé, vêtu d'un débardeur noir imprimé des mythiques ailes d'aigle, emblème de la prestigieuse marque Harley Davidson, qui jusqu'à présent n'avait pas daigné lever la tête, se redresse immédiatement sur le qui vive à l'entente de la phrase mot de passe, et leur jette un regard inquisiteur.

Les mains en appuis sur le meuble en verre servant de vitrine d'exposition à toutes sortes de gadgets dont les férus de motos sont fans, l'homme détaillent rapidement de la tête au pied les deux adolescents postés devant lui.

Les deux pilotes ne bronchent pas sous le regard noir suspicieux.

Tous les trois entendent les pas du client qui se rapproche du comptoir, mais pas un ne bouge.

La tension se relâche, ce que voit le supposé vendeur semble lui convenir car il répond d'une voix bougonne mais sans agressivité:

- Allez voire Rico dans le garage derrière, il doit avoir ce qu'il faut dans ses étagères.

Il fait un grand geste en direction de l'arrière du magasin.

- Passez par la porte grise, les ateliers sont à une trentaine de mètres au fond de la cour.

Puis sans plus se soucier davantage d'eux, ils se tournent vers l'adolescent qui dépose son bidon d'huile près de la caisse.

Moins de vingt minutes plus tard les deux pilotes sont à nouveau à l'arrêt bus situé un peu plus en amont dans l'avenue.

La transaction s'est déroulée sans anicroche.

Rico, alias Marco Perrini, était un homme de taille moyenne, d'une cinquantaine d'années au physique plutôt banal mais doté d'une forte personnalité et d'un charisme imposant qui faisait de lui le chef incontesté et respecté de toutes les troupes rebelles européennes depuis plus de cinq ans.

Duo avait perçu l'aura impressionnante qui l'entourait, elle était intense, révélant toute la force de caractère de son propriétaire, sa droiture et son sens de la justice.

Il était un des premiers à s'être opposé à la mainmise grandissante des forces armées de l'Alliance Terrestre dans l'administration des états, les différents gouvernements se retrouvant peu à peu sous l'égide de l'Alliance et perdant ainsi progressivement leur libre-arbitre.

Cela lui avait valu plusieurs arrestations avec emprisonnements et d'être actuellement l'un des hommes les plus recherchés par OZ.

Il ne s'était pas présenté immédiatement devant eux, laissant à l'un de ses bras droits, un colosse de plus de deux mètres, le soin de les accueillir.

Ce n'est qu'après quelques secondes d'intimidation visuelle de la part du molosse, sans aucun effet sur eux, ils en avaient vu d'autres, le pilote 02 l'avait même vu légèrement cillé quand lui même avait déployé son aura, que le chef de guerre, prudent, était apparu sortant du fond de l'atelier où il avait pu à loisir les observer, masqué par l'obscurité.

Peu de mots avaient été échangés, chacun des partis ayant d'autres occupations qui les attendaient ailleurs.

Perrini se souvenant parfaitement d'eux, n'avait fait aucune difficulté pour leur transmettre les différents documents contenant toutes les informations récoltées ces dernières semaines par les quelques espions en infiltration dans les rangs de l'armée de l'Alliance Terrestre et même au sain des forces spéciales de OZ.

Duo et Wufei avait récupéré une chemise cartonnée d'une épaisseur impressionnante et deux minis disques qu'ils avaient rapidement glissé dans le double fond de leur sac à dos.

La transaction effectuée ils ne s'étaient pas attardés; un salut rapide en guise d'adieu ils avaient ensuite rapidement quittés les lieux en repassant par la boutique, un levier d'embrayage à la main pour expliquer la raison de leur présence à un éventuel curieux.

A peine sortis du magasin ils s'étaient dirigés sans se concerter vers l'arrêt de bus.

A 14h26, après avoir pris le temps d'avaler un sandwich dans l'un des snacks de la gare les deux pilotes prenaient à nouveau place dans le train.

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Une vieille balade américaine d'avant colonisation s'échappe du petit poste de radio.

Quatre reconnaissant une chanson que lui fredonnait sa sœur Iria, commence à chantonner tout en se dirigeant vers le réfrigérateur d'où il sort les différents ingrédients dont il a besoin pour préparer le déjeuner.

Il est seul dans l'habitation pour le moment.

Trowa une fois revenu de la gare a proposé à Heero d'aller faire un jogging le long du fleuve.

Ayant du temps devant lui avant leur retour, le pilote du Sandrock a lancé une machine puis fait un peu de rangement, ce dont la demeure avait grand besoin, les quatre pilotes pendant sa convalescence n'ayant fait que le stricte minimum.

Puis le ménage terminé, il s'est installé dans la cuisine en vue de préparer le repas.

Il adore cuisiner, ça le détend, et quoi de plus agréable que de préparer un bon repas pour ses amis.

Avec ses sœurs il a eu d'excellents professeurs, bien accueillir ses hôtes chez les Raberba-Winner est un plaisir et un honneur.

Ce midi ce sera charcuteries italiennes et salade composée: tomates, poivrons, olives, mozzarella, basilic et un filet d'olive bien évidemment, on est en Italie, pour assaisonner le tout.

Il est en train de passer les légumes sous un filet d'eau quand il distingue des bruits de pas sur les dalles de la cour, suivit du bruit de coulisse de la baie du salon.

« C'est nous. »

Quatre sourit à la brièveté de l'annonce du pilote châtain-roux.

Heero et Trowa en sueur, mais ravis de leur séance de footing, se dirigent vers l'escalier, direction leurs chambres respectives pour récupérer une tenue propre avant d'aller se délasser sous une bonne douche.

La salle d'eau adjacente à leur chambre pour le méché et celle du rez-de-chaussée pour le brun.

Les ingrédients lavés et égouttés, tous disposés sur le plan de travail, un saladier à portée de main, une large planche à découper devant lui, le jeune arabe après avoir vérifier le fil du couteau s'attaque au découpage des tomates en rondelles fines.

A la radio, aux vielles mélodies succèdent un flash-info.

Quatre écoute d'une oreille distraite le journaliste, tout en continuant de trancher habilement les fruits rouge et charnus quand soudain, l'une des nouvelles diffusées le choque:

« Une dépêche récente nous a averti que les pilotes de Gundams, dangereux terroristes recherchés par l'Alliance Terrestre ont encore frappé il y a quelques jours, ils ont détruits dans la région du Piémont plusieurs entrepôts et usines de l'armée. »

La voix monocorde du présentateur se fait plus virulente, Quatre perçoit de la haine dans le ton qu'il emploie pour poursuivre son bulletin.

« Sans considération pour la vie humaine ils ont massacré également une partie du personnel militaire. Le haut commandement de l'armée italienne après avoir exprimé ses sincères condoléances aux familles des victimes a assuré que tout serait mis en place pour que justice soit faite et les assassins emprisonnés. »

Le jeune arabe stupéfait par la manière dont sont relatés les faits, fait un faut mouvement, le couteau dérape et vient entailler deux des phalanges de sa main droite.

Un petit cri lui échappe au moment où Trowa franchit le seuil de la cuisine.

Apercevant du sang dégouliné de la main de son coéquipier, le pilote 03 se saisit le torchon posé sur la table et s'empresse d'envelopper les doigts tout en compressant fortement pour stopper l'écoulement du sang.

Tout s'est fait en quelques secondes, le blond un peu déboussolé pose le couteau qu'il tient toujours tout en regardant sa main enrubannée, la douleur est cuisante mais supportable, il relève la tête et capte un regard vert émeraude interrogateur posé sur lui.

A la radio, après un bref bulletin météo, les vieilles balades ont repris.

Quatre comme déconnecté, récupère sa main toujours emprisonnée dans celle de son camarade avant de tirer une chaise pour s'affaler sur la table.

Trowa inquiet de son attitude, le suit du regard avant de dire.

- Bouge pas, je vais chercher la trousse de secours.

Il n'attend pas de réponse et file dans la salle d'eau du bas où il sait trouver ce dont il a besoin.

Il entre sans frapper dans la pièce, lance à un Heero torse nu et stupéfait:

- J'ai besoin de la trousse! Et ressort aussi rapidement qu'il est entré.

Il retrouve Quatre dans la cuisine, dans la même position où il l'a laissé quelques instants plus tôt, le regard perdu dans le vide.

En silence, il pose la trousse près du blessé, sort un torchon propre d'un placard à sa droite, le déplie sur la table devant le blond et s'installe à ses côtés avant de se saisir de la main entaillée et de la déposer sur le linge propre.

Le geste fait réagir Quatre qui fixe le tissu imbibé du liquide rouge carmin.

Le soignant improvisé sort un paquet de compresses stériles, l'ouvre en grand, les humidifie de désinfectant, avant de dérouler précautionneusement le bandage improvisé.

Comme il s'y attendait le saignement reprend sous le relâchement de la pression sur la plaie, sans tarder il applique deux épaisseurs de compresses et appui fortement.

Le patient grimace mais ne dit rien.

Il a les yeux fixés sur les longs doigts, aux ongles courts, usés par les travaux mécaniques.

"Trowa à de belles main" se fait-il la remarque, des mains fortes et rassurantes qui diffusent une chaleur rassurante à sa main blessé, cela lui fait prendre conscience qu'il à les doigts gelés.

« Surement la perte de sang. » pense-t-il.

Tandis que la pression est maintenue sur sa blessure, lui parvient de plein fouet les émotions de son coéquipier.

Il est surpris, habituellement sans forcer sur son pouvoir il lui est difficile de percevoir ce que ressent le châtain-roux, il garde tout en lui, laissant rien transparaître de ce qu'il éprouve.

Mais là, il n'est plus sur le qui-vive et Quatre à pleinement accès à ses émotions.

Inquiétude, étonnement, tendresse et quelque chose d'autre, d'encore plus fort en arrière plan que le jeune empathe s'interdit d'aller fouiller.

Par pudeur, par respect de l'intimité de son camarade mais peut-être également... parce que cela lui fait peur de se retrouver face à ce que ressent réellement le pilote 04 à son égard.

Peur que ses sentiments ne soient pas aussi intenses que les siens, malgré ce que lui affirmé Duo.

Peur comme seul à peur l'amoureux face à son premier amour.

« Mais le doute n'est-il pas pire que la réalité? » réfléchit le blessé alors qu'il voit son voisin sortir de la trousse des sutures adhésives.

Il le laisse découvrir à nouveau les coupures pour voire si le saignement a cessé.

Persiste juste un petit suintement, l'infirmier amateur les éponge avec une nouvelle compresse sèche avant d'appliquer avec des gestes précis les adhésifs, trois pour chaque phalange.

- Tu ne t'es vraiment pas loupé, un peu plus et l'os de ton index était touché.

- J'ai été surpris et le couteau est très bien aiguisé.

A nouveau le silence dans la pièce.

Quatre observe la tête baissée concentrée sur son ouvrage, la longue mèche lui voile une bonne partie du faciès de son camarade.

Alors que ses doigts blessés sont recouverts d'un pansement sec pour garder propre les sutures, à nouveau une vague de sentiments lui parvient, c'est si doux et en même temps si fort.

Une inspiration pour s'encourager et le jeune arabe se lance:

- Je te remercie.

Le ton employé fait relever la tête au français, le remerciement a sonné bizarrement comme s'il y avait plus derrière les simples mots de politesse.

- Oui merci d'être là pour moi. Ça n'a pas été facile pour moi ces derniers jours et c'est grâce à vous, toi et les autres si j'ai pu m'en sortir et récupérer.

- C'est Duo qu'il faut remercier, c'est lui qui à tout fait pour t'aider.

Un peu d'amertume perce dans les propos du châtain-roux.

- Je ne m'en serais pas sorti sans Duo, ... mais j'ai autant si ce n'est plus, de manière différente, besoin de ta présence, de ton soutient.

Les émeraudes s'assombrissent et cherchent à lire au delà des mots.

- Il y a quelques minutes, durant un flash-info on nous a présenté comme des monstres sanguinaires. J'ai beau savoir que c'est de la propagande mensongère, ça atteint...ça touche en plein cœur.

Alors que les iris turquoises se voilent de tristesse, Trowa comprend les raisons de la blessure.

Il cherche des mots de réconfort pour celui qui tient une place grandissante dans son cœur quand ce dernier enchaîne.

- Je ne sais pas ce que va être l'issue de cette guerre, si ce qu'on fait est bénéfique ou au contraire va envenimer la situation. J'espère...oui j'espère réellement avoir fait le bon choix en devenant pilote, en me battant.

La voix jusqu'à présent posée se fait plus hésitante.

- Je veux croire que nous amènerons la paix Trowa.

- Je veux y croire également Quatre, je veux croire que nous avons fait le bon choix pour notre avenir.

Quatre regarde sa main toujours posée sur la paume de son coéquipier, en comparaison, elle paraît petite, presque celle d'un enfant. Sans relever le regard il poursuit la voix un peu voilée par l'émotion.

- Mais quoi qu'il arrive, je ne regretterais jamais la décision qui m'a permis de vous rencontrer, toi et les autres pilotes; au milieu de cette guerre, de cette horreur, j'ai trouvé des amis, un frère... et toi.

Les deux turquoises s'ancrent aux deux émeraudes.

- Je ne sais pas encore exactement où j'en suis, je ne sais pas ce qui va être possible... mais je sais que ce que j'éprouve est fort...très fort et que jusqu'à présent personne avant toi m'avait autant bouleversé.

- Quatre...

L'émotion prive de paroles le pilote du Heavyarms, ses doigts se resserrent doucement sur la main blessée qu'il tient toujours.

- Pour moi aussi, c'est fort...tellement fort.

Quatre retire sa main, se relève de sa chaise, il est bouleversé, il remonte ses barrières de peur de se laisser déborder par ce qu'il ressent.

Tant de non-dits persistent entre eux, et il ne se sent pas encoure suffisamment en confiance avec le pilote 03 pour se livrer comme il a pu le faire avec Duo.

Il retourne à l'évier pour jeter la tomate souillée de sang et laver la planche à découper, en faisant attention de ne pas mouiller son pansement.

Il sent le regard de Trowa peser sur lui mais reste de dos avant de reprendre.

- Je ne sais pas où on va Trowa, le contexte est si difficile, tout est si compliqué, avons-nous le droit d'espérer? Des liens durables peuvent-ils se tisser?

- J'en ai pleinement conscience, je ne sais pas ce qui est possible...c'est pourquoi je ne te demande rien, c'est déjà beaucoup pour moi ce qu'on s'est révélé.

Le français se relève à son tour et s'approche, Quatre perçoit sa présence à ses côtés, il ferme les yeux.

Un souffle, une bouche plus légère que la caresse d'une plume effleure la commissure de ses lèvres, leurs corps ne se sont même pas frôlés.

Un chuchotement à l'orée de son oreille.

- Laissons-nous le temps Quatre..., laissons-nous le temps.

Un tourbillon d'émotions, des yeux brillants de larmes retenues, un corps qui prend appui sur le plan de travail pour ne pas vaciller.

Des pas qui s'éloignent, le battement de la porte.

Un jeune homme seul qui comprend parfaitement le départ de l'autre, car trop d'émotions d'un coup, trop de choses en jeu, trop d'inconnues pour l'instant.

Mais de l'espoir, tellement d'espoir.

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A suivre.

Merci à tous ceux qui prennent le temps de me laisser un petit mot, j'espère que vous appréciez encore.