Chapitre 10 : Mutuelles confidences

Alice se réveilla en sursaut en début de matinée, l'esprit embrouillé. Elle avait encore eu une de ces visions étranges auxquelles elle ne comprenait rien. Cette fois-ci, elle s'était tenue dans une petite chambre sombre où brillait une lampe de chevet pour tout éclairage. De ses doigts, elle avait effleuré des pages de livres, qui étaient différents de ceux qu'elle connaissait. Ces pages l'avaient rendue triste et rêveuse, elle avait tenté de lire les lignes écrites mais n'y était pas parvenue, un brouillard flottait en continu devant ses yeux.

Elle se demandait si elle devait en parler à son père, elle l'avait fait pour celle où elle avait cru voir le Seigneur des Ténèbres ressuscité et il n'avait pas su lui en dire plus. S'il y avait un lien avec l'expérience, ce n'était peut-être pas prudent. Elle décida qu'à la prochaine vision, elle irait lui en parler mais que pour le moment, elle se tairait.

C'était jeudi et elle n'avait aucun cours de la journée. Elle s'étira donc dans son lit et se prépara, revêtant son uniforme de Serpentard.

Au salon, elle ne trouva pas Severus mais une note sur la table circulaire.

« Réunion avec le directeur toute la matinée.

En cas d'urgence, n'oublie pas les fondants au chaudron.

S. Snape »

Alice sourit devant le mot de passe de Dumbledore, qui était toujours une confiserie ou quelque chose du genre. Elle trouvait que ce n'était pas très intelligent au fond, car il suffisait de citer les sucreries une par une pour deviner le mot de passe. Enfin, de temps en temps, il était vrai qu'elle ne les connaissait pas, car c'était probablement des spécialités moldues.

Dans l'intention de retrouver ses amis, elle prit la direction de la Grande Salle.

Ils étaient déjà tous là, attablés pour le petit-déjeuner, se régalant des pancakes tout chauds que les elfes avaient préparés.

Elle se laissa tomber sur un banc à côté de Jake et se servit du jus de citrouille.

- Les jumeaux ont des nouvelles, Oscar est passé tout à l'heure, fit Savannah en enduisant son pancake de sirop d'érable.

- Ça tombe bien, j'ai encore eu une vision cette nuit, soupira Alice un peu lassée.

- Quel genre ? demanda Jake à moitié affalé sur la table.

- Je n'ai rien compris.

- Raconte, exigea son amie.

- Non, je n'ai pas envie.

Savannah jeta un coup d'œil vers Jake, qui haussa les épaules.

- Comme tu veux.

Alice observa la table des Serpentards et repéra Draco Malfoy qui discutait avec les autres troisièmes années. Elle le trouvait vraiment très gentil et il était plutôt beau garçon, mais elle ne pensait pas être amoureuse de lui comme les autres filles plus âgées. D'ailleurs elle n'avait jamais été amoureuse, comment pouvait-elle savoir ce que c'était ? Il finit par croiser son regard et lui adressa un grand sourire avant de reprendre sa conversation.

Elle se leva et demanda à Jake et Savannah s'ils pouvaient y aller car elle avait hâte de connaître la réponse de Lucy Selwyn.

- Mais tu n'as rien mangé, protesta Savannah.

- Je n'ai pas faim. On y va ? insista-t-elle.

Ses amis cédèrent et prirent la direction du premier étage où ils devaient retrouver les jumeaux Selwyn.

Ce fut finalement à la bibliothèque qu'ils se réunirent, autour d'une table à l'écart des autres.

Alice lut attentivement la réponse que lui tendit Emmy, Savannah et Jake penchés sur son épaule, aussi curieux qu'elle.

« Mes chers enfants,

J'espère que vous travaillez bien en classe, n'oubliez pas que cela est nécessaire pour devenir de grands sorciers et sorcières.

A. ma petite chérie, sois patiente. J'ai senti un changement dernièrement, il se pourrait que ce soit ce que nous espérons.

Z, E, mes petits anges, je ne crains que votre mère n'aie jeté votre collection de scarabées.

N'oubliez pas que des temps sombres vont venir et qu'il n'est pas seulement bon de choisir son camp.

Je vous embrasse,

L.S

- Vous faites une collection de scarabées ? demanda Savannah aux jumeaux, mi-étonnée mi-exaspérée.

- Nous faisions, répondit Zachary, l'air un peu triste.

- Dommage que Mère les ai jeté, nous en avions beaucoup, poursuivit sa sœur sur le même ton.

- J'aimais bien le jaune et noir du Cambodge, sourit Alice.

Son amie leva les yeux au ciel, mais ne fit pas de commentaire sur ce qu'elle pensait de cette collection absurde.

- Mémé dit qu'elle a sentit un changement, cela voudrait donc dire que notre expérience à réussie ! s'enthousiasma la plus jeune.

- Mais que devons-nous faire maintenant ? demanda Emmy, l'air perdu.

- D'après elle, il ne faut pas… choisir son camp ? fit Alice en réfléchissant.

- Non, elle dit qu'il faut choisir, affirma Zachary.

- Mais seulement, qu'est-ce que ça veut dire ? Choisir et ne pas choisir ?

- Cela me paraît difficile de choisir un camp sans en choisir un, non ?

Chacun y alla de sa théorie sur ce qu'avait voulu dire Lucy Selwyn, afin de déterminer ce qu'ils devraient faire par la suite. Mais, ils parvinrent finalement à une conclusion qui les concernait tous. Si la guerre devait de nouveau déchirer les sorciers, ils n'auraient pas le choix. Ils choisiraient le camp qu'on leur imposerait. Emmy, Zachary et Savannah étaient tous trois issus de familles se considérant comme ayant le sang pur et comptant des mangemorts parmi elles. Alice était de sang mêlé, mais autant du côté de sa mère que son père, se trouvaient des partisans du Seigneur des Ténèbres. La famille de Jake n'était pas l'une de celles qui se déclarait en tant que sang pur et d'ailleurs elle ne l'était sûrement pas. Néanmoins, elle était très considérée par les hautes familles de sorciers et leur était étroitement apparentée.

Il n'était pas ici question de choix. Alors, ils en vinrent à la conclusion que la doyenne de la famille Selwyn ne leur disait pas de choisir, ce qu'à l'évidence ils ne pouvaient pas faire, mais que peut-être le camp que l'on n'a pas choisit ne soit pas ennemi.

- Mais comment ? demanda Savannah. On ne peut pas être dans deux camps en même temps, n'est-ce pas ?

- Ce serait très dangereux, confirma Alice.

- Mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi votre grand-mère vous dit cela maintenant, s'interrogea Jake. Nous ne sommes pas en guerre.

- Je pense que cela veut dire qu'il ne faut pas l'attendre, déclara Emmy de sa voix détachée.

- Car ce sera trop tard, continua son frère.

Finalement peu avancés, ils décidèrent de laisser là leur réflexion et de plutôt faire des recherches pour leurs devoirs.

Alice se dirigeait vers l'étagère réservée à la botanique et aux plantes magiques inoffensives quand elle entendit un bruit émanant d'une autre rangée de la bibliothèque.

Elle regarda autour d'elle sans rien apercevoir et sortit sa baguette, juste au cas où.

- Alice, murmura cette fois la voix.

L'intéressée faillit sursauter tant celle-ci était proche d'elle.

- Rejoins-moi à la section étude des moldus.

Méfiante, la jeune fille se dirigea au lieu indiqué. Ce coin de la bibliothèque n'était pas très fréquenté. Quand elle y fut parvenue, elle vit avec surprise qu'Harry Potter s'y trouvait. Il n'avait pas l'air en forme, ses yeux étaient cernés et son teint terne. Il paraissait également très agité.

- Il faut que tu me rendes un service, déclara-t-il sans détour à voix basse dès qu'elle fut près de lui.

La Serpentard fronça les sourcils. Pourquoi croyait-il qu'elle accepterait cette demande ? Ils n'étaient pas amis.

- Quel service ? interrogea-t-elle, curieuse.

- Il me faut la potion que Snape m'a donné l'autre jour.

- Celle contre la dépendance ?

- Je ne sais pas laquelle c'était, mais il m'en faut une autre. Tu crois que tu pourrais la trouver dans la réserve de Snape ?

Le Gryffondor avait l'air réellement déterminé à obtenir son aide. Alice se retenait presque de rire devant son visage suppliant.

- Sans doute, fit-elle en faisant mine de réfléchir.

- Je ferais ce que tu voudras en échange !

- C'est un peu dangereux de faire un tel marché avec une Serpentard.

- Je ne pense pas que je demanderais à qui que ce soit d'autre qui appartient à ta maison.

- Pourquoi moi alors ?

- Je te connais un peu, répondit maladroitement le garçon. Et, Hermione pense du bien de toi.

Il avait dit cela en rougissant légèrement, probablement gêné par cet aveu.

Alice se rappela de quelques souvenirs vagues qui impliquaient en effet Hermione, une Gryffondor qu'elle n'avait jamais rencontré jusqu'à la semaine précédente et encore moins parlé. Peut-être que les Gryffondors pouvaient être de bons amis, mais ils n'aimaient pas les Serpentards. Pourtant, le garçon qui se tenait devant elle semblait prêt à lui faire confiance. De là même à lui demander une potion alors qu'elle pourrait lui faire avaler n'importe laquelle sans qu'il le sache.

Alice se rappela ce qu'avait dit son arrière grand-mère dans sa lettre. D'après elle, il fallait nouer des contacts avec le camp qu'on ne choisirait pas si les Ténèbres devaient régner à nouveau sur le monde des sorciers. Harry Potter était un représentant éminent de cette catégorie. Peut-être était-il bon de le connaître voire de devenir son ami ? Alice avait une confiance illimitée envers Lucy Selwyn, alors si elle disait que c'était la chose à faire, elle suivrait ses conseils. Elle voulait qu'elle soit fière d'elle.

- S'il-te-plaît, pria Harry, la sortant de ses pensées. J'ai besoin de toi pour me procurer cette potion. Personne d'autre n'oserait fouiller dans la réserve de Snape.

- D'accord.

- Et puis, j'ignore si quelqu'un saurait reconnaître la potion et…

Il s'arrêta, réalisant ce que son interlocutrice venait de dire.

- Tu… tu es d'accord ?

Elle hocha la tête, confirmant son assentiment.

Ils se donnèrent rendez-vous devant le bureau du professeur Snape dix minutes plus tard.

Alice inventa une excuse pour quitter ses amis et se dirigea vers la sortie de la bibliothèque en marchant d'un pas rapide. Elle réfléchissait à la promesse qu'elle venait de faire et plus elle y pensait, plus cela lui paraissait être une bonne idée. Après tout, on n'avait jamais trop d'amis, encore moins des amis qu'on voulait cacher. La Serpentard s'enthousiasma soudain à cette pensée et s'interrogea sur le meilleur moyen de se lier avec Harry Potter, qui semblait déjà tout disposé à faire partie de ses fréquentations.

Elle avait appris ce que cela signifiait d'être amis. Souvent, il suffisait de créer un lien particulier avec la personne, et pour cela il y avait un moyen infaillible. Partager des secrets.

Harry était un garçon qui savait garder les secrets, il n'y avait pas besoin de le connaître beaucoup pour le savoir. Il parlait peu et était très discret.

Alice et Harry se retrouvèrent à l'endroit convenu, chacun arrivant par un côté différent.

La Serpentard s'assura que personne ne les espionnait et fit entrer le Gryffondor dans le bureau de Snape, qui menait ensuite à ses appartements.

- Normalement, mon père ne reviendra pas avant cet après-midi, lança-t-elle à Harry. Mais, attends-moi ici au cas où il me faudrait un peu de temps pour trouver ta potion.

Elle tourna les talons, laissant le garçon seul dans un petit salon où brûlait un chaleureux feu de cheminée.

Harry ne se souvenait pas être venu ici la dernière fois, ce devait être le salon privé de Severus Snape. Il se surprit à appréhender que celui-ci le découvre dans ce lieu, malgré ce qu'Alice lui avait dit. Les minutes s'écoulèrent sans que la petite fille ne revienne, elle devait éprouver quelques difficultés à trouver qu'il lui avait demandé.

Le Gryffondor observa la pièce d'un œil distrait la trouvant plutôt agréable, un mot qu'il n'aurait jamais cru pouvoir un jour associer à Severus Snape, bien que les couleurs sombres lui donnaient un aspect sinistre. Il y avait deux portes en plus de celle par où il était entré, sans compter les précédentes qu'il avait aperçu furtivement en passant dans le grand salon relié au bureau du professeur de potions. Curieux, il s'avança vers la première porte à gauche et posa sa main sur la poignée. Avec délicatesse, il essaya de la tourner mais n'y parvint pas. Elle était fermée.

Il essaya donc l'autre porte, qui s'ouvrit sans difficulté cette fois.

Ouvrant celle-ci en grand, il pénétra dans la pièce qu'il reconnut aussitôt pour y avoir dormi. C'était la chambre d'Alice. Elle était spacieuse mais guère moins sinistre que le reste des appartements de son professeur détesté.

Observant la pièce, l'attention d'Harry fut attirée par quelque chose qu'il n'avait pas remarqué lors de sa dernière visite, un long ruban noir accroché à l'armoire. Une aura émanait de l'objet et il fut presque sûr que celui-ci était ensorcelé. Il ne parvenait toutefois pas à en saisir l'utilité. Juste à côté, suspendu au mur, un bâton de belle fabrique pendait négligemment. Il devait bien mesurer un mètre de longueur et le Gryffondor avait l'inexplicable impression qu'il se balançait lentement comme le balancier d'une ancienne horloge.

Il était d'un noir profond mais les deux extrémités étaient argentées et semblaient scintiller de magie. Des dessins de la même couleur couraient sur toute la longueur comme une lumineuse plante grimpante qui y aurait élue domicile.

Il tendit la main pour toucher ces fascinants objets, mais Alice qui revenait enfin, entra dans la pièce à ce moment et arrêta son geste.

- Ne touche pas à ça.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Des objets qui ne sont pas à toi, fit la jeune fille d'un ton qui n'admettait pas d'objections.

Harry se renfrogna, et ne remercia même pas sa bienfaitrice quand elle lui tendit la potion qu'il désirait.

- Je ne pourrais pas t'en fournir tout le temps.

Le garçon avala d'un trait le contenu de la fiole et marmonna :

- J'ai dû me débrouiller seul pendant douze ans, alors je n'attends rien des autres.

Il ne semblait pas du tout vouloir discuter de ce passé qui à première vue le tourmentait encore. Mais Alice ne comptait pas arrêter ici leur entrevue, l'occasion était trop belle. Après quelques secondes de silence où elle observa le Gryffondor se détendre petit à petit sous l'effet de la potion calmante, elle décida de se lancer.

Inspirant profondément, elle s'adressa à lui sur un ton de confidence.

- Moi aussi j'étais très seule avant.

Harry ne posa pas de questions mais son silence la poussa à continuer.

- J'ai passé quatre ans dans un pensionnat, isolée de ma famille. Un endroit que je détestais et où les autres enfants me rejetaient.

Elle vit son interlocuteur soudainement intéressé, malgré son air grognon.

- Comme j'étais précoce, poursuivit-elle, ils étaient jaloux et ne m'aimaient pas. Certains avaient également peur de ma famille. Quant aux adultes, ils favorisaient leurs élèves préférés dont je ne faisais pas partie.

- C'était un établissement pour sorciers ? s'étonna Harry sortant de sa mauvaise humeur.

- Oui, les familles aisées sont réputées pour y envoyer leurs enfants. D'ailleurs quelques uns de ceux que j'ai connus là-bas sont à Poudlard aujourd'hui.

Le Gryffondor ressentit ce qui ressembla à de la compassion pour la Serpentard. Ce ne devait pas être facile de croiser ces enfants qui lui rappelaient de mauvais souvenirs.

- Des Serpentards ?

- Pas seulement, il y en a de toutes les maisons. Mais heureusement ils sont peu nombreux et aucun de mon année.

- Pourquoi tes parents t'ont-ils mis dans ce pensionnat ?

- C'est mon père qui a pris cette décision quand ma mère est partie.

Harry n'osa pas poser plus de questions malgré sa curiosité piquée au vif.

Sentant qu'il était intéressé, Alice inspira profondément et continua :

- Je suis née juste après la guerre, le climat n'était pas très bon chez les familles de... certains familles. Je ne me rappelle pas bien, j'étais trop jeune, mais à l'époque je passais beaucoup de temps avec la famille de ma mère, je ne voyais que rarement mes parents. Ensuite, ma mère est partie sans ne rien dire à personne du jour au lendemain. C'est à partir de ce moment que mon père a voulu couper les liens avec ma famille maternelle et il m'a envoyée dans cet horrible pensionnat.

Elle se tut alors et il y eu un silence pendant une bonne minute.

- Excuse-moi, rompit Harry. Quel était le nom de ta mère ?

- Selwyn. Samantha Selwyn.

Le garçon n'en avait jamais entendu parler.

- Est-ce une famille... comme celle de Malfoy?

- Oui, si l'on veut. Les Selwyn n'ont pas une réputation aussi étendue que d'autres familles comme les Malfoy. Ils sont plus discrets sur leurs opinions politiques et ils n'ont pas tous été à Serpentard. Mes cousins par exemple sont à Serdaigle. Mon grand-père a beaucoup fait parler de lui pendant la guerre et à vrai dire, c'est ce qui a donné à notre famille la réputation qu'elle a aujourd'hui. Peut-être as-tu déjà entendu parler de lui ? Il s'appelle Terence Selwyn.

Harry hocha la tête négativement.

- Tu n'es pas très au courant des rumeurs à ce que je vois, fit Alice amusée. Il paraît que tu habites chez des moldus, c'est vrai ?

- Oui. Ils sont horribles.

La petite fille ne le pressa pas mais le regardait, attendant qu'il continue. Harry n'avait pas spécialement envie de parler des Dursley mais c'était à son tour de se dévoiler un peu, après tout la fille de Snape en avait déjà dit beaucoup sur elle.

- Ils me détestent. Mon oncle et ma tante m'ont recueilli quand j'étais bébé et ils me font payer chaque jour que je passe sous leur toit. Je dois faire tout un tas de corvées et mon cousin m'a fait vivre un enfer toute mon enfance.

Il releva les yeux sur Alice, qui l'observait la tête légèrement inclinée, arborant un regard de compréhension.

- Personne n'a jamais pris soin de toi, comprit-elle.

- Non.

La Serpentard fit alors un geste auquel il ne s'attendait pas du tout. Elle s'approcha de lui et le serra contre elle. Personne ne l'avait jamais enlacé de cette façon. Jamais. Une fois sa stupeur passée, il sentit une vague d'apaisement l'envahir.

Quand elle le lâcha, Alice fut surprise de l'expression du garçon. En avait-elle fait trop ?

Elle constata que non quand elle le vit lui sourire timidement et lui sourit en retour.

- Ils ne te battent pas au moins?

- Non. Enfin... mon oncle, parfois.

Alice ne répondit rien et Harry lui en fut reconnaissant, il ne voulait pas qu'on ait pitié de lui. Puis, il interpréta son silence autrement.

- Toi aussi, n'est-ce pas ?

Surprise par la question, la Serpentard resta tout d'abord silencieuse. Ce n'était certainement pas un sujet dont elle avait envie de parler. Néanmoins, ne voulant pas gâcher ses efforts, elle consentit à répondre.

- Oui, fit-elle laconiquement.

Devant le regard interrogateur du garçon, elle ajouta :

- Les sorciers ne sont pas mieux que les moldus de ce côté-là.

- Ta famille ?

- Peu importe.

Cette fois, Harry sentit qu'elle n'en dirait pas plus. Il fut surpris quand elle ajouta d'un ton moins amical :

- Tu ne parles de ça à personne.

- Est-ce que ton père le sait ? demanda-t-il après avoir assuré qu'il ne dirait rien.

- Evidemment.

Sentant que la conversation était devenue tendue, il se tut. Après un instant cependant, il rompit le silence.

- Alice ?

- Quoi ?

- Il y a des rumeurs, et tu m'as dit que tu étais née après la guerre. Je veux dire, il y a un problème d'âge. Tu ne devrais pas être en deuxième année, n'est-ce pas ?

- C'est vrai.

- Alors, pourquoi ?

- Je fais partie des enfants précoces comme je te l'ai dit. Dumbledore a fait une exception.

- Pourquoi ?

- Je ne sais pas, fit-elle sèchement.

Ce n'était pas très honnête, mais après tout, elle n'avait pas à raconter toute sa vie non plus !


- Et pour le plan ? murmura Savannah à sa meilleure amie lors du dîner dans la Grande Salle.

- Laisse tomber, répondit l'autre.

- Mais…

- Je verrais plus tard.

La jeune fille aux yeux bleus la regarda l'air soupçonneux.

- Pourquoi ?

- Je t'expliquerai, répondit-elle simplement.

Savannah doutait que ce soit le cas, mais n'ajouta rien. La plus jeune ne semblait pas disposée à en discuter, inutile de la presser. Pour l'instant.

- J'ai rendez-vous avec Alexander tout à l'heure, déclara une voix excitée non loin des deux amies.

- Si tu pouvais cesser de parler de garçons à tout bout de champ, j'aimerais réviser, siffla une petite brune à lunettes d'un air mécontent.

- Tu es jalouse parce que personne ne s'intéresse à toi, rétorqua Rebecca.

Alice écouta leur conversation d'une oreille distraite en écrasant ses pommes de terre avec sa fourchette, ne mangeant presque rien. Les conversations sur les garçons ne l'intéressaient pas vraiment.

Perdue dans ses pensées, elle remarqua à peine l'un de ses camarades qui s'asseyait à sa gauche.

- Je me demande bien ce que t'ont fait ces pommes de terre pour que tu les réduises à ce point en bouillie, fit moqueusement la voix d'un garçon.

Alice releva la tête de son assiette et vit Draco Malfoy qui la regardait l'air amusé.

Rougissant un peu, elle lui rendit un sourire timide mais sans détacher son regard de ses yeux gris.

- Snape m'a demandé si je pouvais t'aider dans ton apprentissage du français.

- Tu veux bien ? interrogea la petite blonde avec espoir.

- Bien sûr, sourit Draco. Il n'y a rien que je te refuserais, petite sœur.

Il ébouriffa ses cheveux ce qui la fit rire et lui demanda si elle était prête à commencer ce soir.

Alice acquiesça vivement et ils se donnèrent rendez-vous à la bibliothèque un peu plus tard dans la soirée.

- Ce qu'il est mignon Draco, soupira Rebecca quand le troisième année fut parti.

- Il sort avec Pansy, rappela Savannah.

- Et alors, ça pourrait changer ! Elle n'est pas si jolie que ça.

- Je pense qu'il est avec elle parce qu'il veut se faire bien voir de sa famille, affirma Alice.

- Tu as raison, je n'ai aucune chance à côté d'elle, fit tristement Rebecca.

- Et Alexander alors ?

- Oui, il est adorable mais il ne joue pas dans la même cour que lui voyons Alice, répondit sa camarade d'un ton maternel.

La plus jeune fronça les sourcils mais n'osa pas demander ce qu'elle entendait par là. Elle finit par hausser les épaules, décidant que ça n'avait pas d'importance.

La soirée était bien avancée lorsqu'Alice prit la direction de la bibliothèque pour rejoindre Draco. Elle marchait dans le long couloir menant à l'escalier du premier étage quand elle entendit des éclats de voix, à peine quelques mètres devant elle.

- Je ne te conseille pas de faire ça, Potter !

- Qui m'en empêche Malfoy ?

Alice vit les deux garçons face à face, entourés d'autres élèves, se préparant à un duel.

Elle pensa tout de suite à la potion qu'elle avait donnée à Harry, elle pouvait avoir des effets secondaires et un duel n'était pas du tout une bonne idée !

Dans le but de l'arrêter, elle s'approcha de lui en courant.

- Draco !

Mais à ce moment, le Serpentard brandit sa baguette et marmonna un sortilège.

Alice qui se trouvait malencontreusement déjà devant lui, fut percutée par le sort de plein fouet. Elle eut juste le temps de voir le visage horrifié de Draco avant de s'effondrer sur le sol.