Mauvaise herbe
Avant-propos:
Enfin! Quelque chose commence entre nos deux amoureux coincés... On va bientôt passer à la deuxième phase de leur relation : celle de la séduction et des déclarations!
J'espère que la suite continuera de vous plaire :) Merci à tous mes reviewers!
Chapitre 10:
Mail...
- Tu es sorti avec la fille des Fibble?!
Scorpius et Astoria tournèrent lentement la tête vers Drago, leurs regards disant clairement « Bienvenue sur Terre, ravis de te voir enfin débarquer ». Le chef de famille leva un peu le menton et se racla la gorge.
- C'est juste que tu es resté très discret sur le sujet...
- Ça m'étonnerait que ce soit resté discret, tu n'as pas remarqué Maman préparer les faire-parts de mariage?
Scorpius fit semblant de ne pas voir sa mère se tourner vers lui, les lèvres pincées. Elle avait placé beaucoup d'espoirs dans sa relation avec Flora, bien qu'elle n'ait duré que quelques semaines, et elle avait été très déçue en apprenant qu'ils avaient rompu, juste avant les vacances. Scorpius but une gorgée de thé, attendant les réprimandes maternelles, mais elles ne vinrent pas. Au lieu de cela, Astoria poussa un soupir.
- Je continue de penser que tu as fait une erreur. Vous auriez dû rester ensemble. La pauvre Flora a dû avoir le cœur brisé...
- Pas du tout, elle avait même l'air soulagée, si tu veux tout savoir, rétorqua Scorpius en fronçant les sourcils. Et j'aimerais clore ce sujet, qui de toute façon ne vous regarde pas.
Drago et Astoria échangèrent un regard. Scorpius croqua dans l'une des pâtisseries posées sur la table entre la théière, les toasts et le pot de confiture, s'affala contre le dossier de son siège et jeta un coup d'œil à travers les immenses vitres de la véranda. Il n'aimait pas penser à l'échec qu'avait été sa tentative de distraction. Un petit silence s'installa, durant lequel tous les trois dégustèrent leur petit déjeuner en silence. Drago reprit la parole.
- Hier, à la banque, plusieurs collègues sont venus me féliciter. La plupart d'entre eux ne savaient même pas que c'était moi qui avait mené les négociations avec l'entreprise de Gustave, ça leur a coupé la chique...
- Mais c'est formidable! s'exclama Astoria. Je t'avais dit que c'était une bonne idée d'inviter les Fibble à déjeuner...
Scorpius tourna la tête et vit son père afficher un sourire résigné. Drago Malefoy ne souriait pas souvent, et quand cela lui arrivait, il rajeunissait de dix ans, ce qui avait toujours un effet étrange sur Scorpius. Comme si ce papa souriant était un parent éloigné qu'il adorait mais qu'il ne voyait jamais...
- Tu n'as pas tout le temps tort, je te l'accorde. Mais ce qui m'a le plus étonné, c'est que Fleur Weasley est venue me voir.
Scorpius sentit une vague de chaleur le submerger en une fraction de seconde, et il ne put rien faire pour l'en empêcher. Oubliées, les quelques références à sa rupture avec Flora. Sa respiration s'accéléra légèrement et il s'empara de sa tasse de thé. Il l'avala d'une traite.
- Et qu'est-ce qu'elle te voulait? demanda Astoria, sceptique.
- Figure-toi qu'elle m'a demandé si j'accepterais de travailler avec elle sur son dossier... Elle n'avait pas l'air franchement emballée par cette idée mais vu que j'étais le héros du jour...
Le sourire de Drago disparut presque d'un coup, pour réapparaître aussitôt sur le visage de sa femme.
- Tu vas pouvoir lui prouver que tu fais du bon travail. Oh bien sûr, j'imagine que ça ne va pas se passer dans une ambiance très amicale, ajouta-t-elle en voyant Drago amorcer une grimace, mais je suis sûre que ça ne peut être que positif pour toi.
Elle s'empara de nouveau de sa tasse et sourit.
- Je devrais inviter mes amies à manger à la maison plus souvent.
Drago leva les yeux au ciel, Astoria éclata de rire. Scorpius sentit son cœur se calmer un peu et il ne put s'empêcher de sourire. De tels moments de sérénité étaient rares chez les Malefoy. Ils devaient se savourer.
Une dizaine de minutes plus tard, alors qu'ils avaient terminé leur petit déjeuner et qu'Astoria commençait à débarrasser la table, trois hiboux apparurent devant les portes de la véranda. L'un d'eux frappa quelques coups de becs.
- Laisse, j'y vais, dit Drago en se levant.
Scorpius chipa une dernière pâtisserie sur le plateau que portait sa mère à la cuisine quand elle passa à côté de lui. Astoria poussa un soupir.
- Scorpius, chéri, quand vas-tu te décider à grandir? Les gâteaux, c'est pour les enfants...
Scorpius lui répondit en prenant une grosse bouchée de brioche et lui sourit d'un air angélique, sa joue gauche gonflée de nourriture. Sa mère soupira de nouveau et disparut dans le couloir.
- Ça, c'est de Daphne... dit Drago en refermant la porte-fenêtre de la véranda. On va laisser à ta mère le plaisir de prendre des nouvelles de sa sœur...
Scorpius acquiesça en souriant, incapable de parler tant sa bouche était pleine. Son père posa soigneusement une enveloppe mauve à l'endroit où était assise Astoria quelques instants plus tôt. Il posa ses yeux sur la seconde lettre, qu'il mit dans sa poche en soupirant, sans faire de commentaire.
- Il y a aussi une lettre pour toi... dit-il soudain en regardant la troisième et dernière lettre.
Scorpius savait que son père, malgré son air détaché, était impatient de savoir quelles notes son fils avait obtenues aux BUSE. Il lui avait posé plusieurs questions sur la façon dont s'étaient déroulés les examens. Sans doute que pour le nouveau Drago, la réussite sociale passait désormais aussi par de bons résultats scolaires... Puisqu'on ne pouvait plus compter sur une réputation quelconque.
Alors quand Drago lui tendit l'enveloppe avec un air indifférent, Scorpius eut du mal à réagir. Ce n'était clairement pas les résultats tant attendus. Personne ne lui écrivait durant les vacances, mis à part David, mais il avait reçu un courrier de son crétin de meilleur ami la veille. Seule la lettre de Poudlard aurait pu lui arriver aujourd'hui. Intrigué, il prit l'enveloppe et lui jeta un regard.
Juste son nom et le nom de son village. « Scorpius Malefoy, Tinworth ». C'est peut-être ce qui aurait d'abord surpris la plupart des gens. Mais c'est en voyant l'écriture étroite et soignée que Scorpius sentit sa gorge s'assécher. Elle lui rappelait étrangement les serres, l'odeur de l'engrais et de la terre humide...
Sans plus attendre, Scorpius décacheta la lettre, la déplia et regarda la signature.
Il s'étouffa avec sa brioche. Il lui fallut deux bonnes minutes pour respirer normalement, les larmes aux yeux. Son père lui jeta un léger regard interrogateur sans faire le moindre commentaire. Par contre...
- Qui t'écrit, chéri? C'est Flora?
Astoria était réapparue dans la véranda et tentait de se pencher au-dessus de l'épaule de Scorpius, sa voix trahissant l'espoir qu'il s'agisse bien de la fille des Fibble. Scorpius replia la lettre d'un geste vif et se leva.
- Non.
- Qui est-ce, alors?
- David.
Il avait répondu sans réfléchir et s'en voulut immédiatement. Astoria le regarda un instant sans cligner des yeux.
- David, répéta-t-elle, pas convaincue pour deux Noises. Et depuis quand David a-t-il une écriture aussi féminine?
Scorpius sentit que ses joues n'allaient pas tarder à prendre feu, aussi se précipita-t-il hors de la pièce sous les regards éberlués de ses parents. Il monta les deux étages qui le séparaient de sa chambre, claqua la porte derrière lui et s'y adossa, le cœur battant, n'osant pas lire la lettre qui pendait de son bras.
Pour tenter de se calmer, il fit les cent pas pendant plusieurs minutes, le temps de retrouver un rythme cardiaque à peu près normal, les feuilles de parchemin serrées dans ses mains. Il se maudissait de réagir aussi stupidement. Il se frappa le front avec l'enveloppe.
Deuxième erreur. L'enveloppe dégageait, derrière l'odeur de parchemin et de vent d'été, le parfum qu'il redoutait le plus au monde. Très légère fragrance qui suffit à l'achever. Scorpius s'affala sur son lit.
- T'es foutu, mon vieux... murmura-t-il pour lui-même.
Il inspira profondément en fermant les yeux, enfonça son crâne dans son oreiller, déplia la lettre et se mit à lire.
« Cher Scorpius,
J'espère que les examens se sont bien passés pour toi, et que tu profites de tes vacances. La fin de l'année a été assez mouvementée, n'est-ce pas? Je ne l'ai pas vue filer... Je suis chez mes grands-parents pour tout le mois de juillet, avec mes cousins, et tout va bien.
Tu dois te demander ce que je dois te vouloir, au beau milieu de l'été, loin de Poudlard et des cours de Botanique...
Je voulais juste m'excuser pour mon comportement de ces dernières semaines. Je n'ai pas trop compris ce qui s'est passé, mais j'ai constaté que j'ai été assez distante. Je ne saurais pas t'expliquer pourquoi... Peut-être ai-je fait quelque chose de mal mais je ne m'en suis pas rendue compte, j'en suis désolée.
J'aimerais beaucoup qu'on discute de nouveau tous les deux, comme avant. C'était sympa. Et si tu as besoin d'un coup de main, pour quoi que ce soit, n'hésite pas... La Botanique n'est pas la seule matière qui m'intéresse. Si ça peut racheter ce que j'ai pu faire pour qu'on se parle moins...
Peut-être enfin que tout ceci n'est qu'un gros malentendu, je n'en sais rien. Je voulais juste que les choses soient claires.
On se revoit à la rentrée!
Bien à toi,
Rose. »
Les quatre derniers mots résonnèrent longtemps dans la tête de Scorpius. « Bien à toi, Rose ».
Il lui fallut un moment, ainsi qu'une dizaine de lectures supplémentaires, pour reprendre ses esprits. Scorpius s'assit sur son lit, posa la lettre et cala son visage entre ses deux mains. Il avait tout fait pour éviter Rose, et maintenant, celle-ci semblait persuadée qu'elle avait fait quelque chose de mal.
Quel crétin. Pas un moment il n'avait pensé que s'éloigner de Rose aurait pu froisser la jeune fille. Il avait été persuadé que cela n'aurait rien changé pour elle. Après tout, qui était-il pour elle? Elle avait toute une bande d'amis et de cousins bien plus intéressants que lui, et de meilleure réputation. Pourquoi aurait-elle perdu son temps avec lui?
Et puis d'un seul coup, alors qu'il se massait les tempes, une idée germa dans son esprit. Une idée à laquelle il se refusait de croire, mais qui s'imposait pourtant avec de plus en plus de puissance. Peut-être qu'elle aussi...
Scorpius secoua vivement la tête et se leva, avant de recommencer à faire les cent pas. Il fallait qu'il réfléchisse calmement.
Le fait était qu'il était attiré, irrémédiablement, par l'aînée de Ronald et Hermione Weasley. Il n'y avait pas d'explications à cela... Ce n'était qu'une constatation, effrayante et énervante, à laquelle il ne pouvait se soustraire. Il s'était éloigné d'elle pendant plus de quatre mois, il avait même fréquenté quelqu'un d'autre en essayant de la chasser de son esprit, ce qui s'était avoué inutile. Rose avait pris cela comme une marque de mécontentement, voire même de rejet. Mais au lieu de l'ignorer, ce qu'il aurait cru être la réaction la plus logique, elle semblait le regretter. Et toute cette histoire avait l'air de la travailler, puisqu'elle lui écrivait au beau milieu des vacances, chose qu'elle n'avait jamais faite auparavant.
Scorpius s'immobilisa au milieu de sa chambre. Quoi qu'elle ressente pour lui, Rose regrettait l'époque où ils discutaient de tout et de rien en cours de Botanique, se saluaient en se croisant dans les couloirs... Elle voulait que tout redevienne comme avant. Peut-être même souhaitait-elle, après ce qu'il avait lu dans sa lettre, que tout soit encore mieux qu'avant.
Le Serpentard sentit un frisson lui parcourir tout le corps. Ce n'était pas normal. Ce n'était pas comme ça que tout devait se passer. Ce n'était surtout pas le meilleur moyen de l'oublier...
Il ne devait pas lui répondre. Ne pas se persuader que quelque chose serait possible. Ne pas tout faire pour redevenir proche d'elle. Ne pas essayer de savoir si derrière la lettre de Rose se cachaient des sentiments à peu près semblables aux siens...
C'était la solution la plus sage.
Il baissa les yeux sur la lettre de Rose. La bête qui se tenait bien tranquille depuis qu'il l'avait lue se mit à gigoter dans ses tripes.
« Bien à toi ».
La gorge de Scorpius se serra, la pression de ses doigts sur le papier s'intensifia.
Et puis, sans prévenir, il se précipita sur son bureau, s'empara d'une plume, fouilla quelques instants à la recherche d'un parchemin vierge et se mit à écrire.
Une heure plus tard, il laissait la chouette familiale prendre son envol, sa réponse attachée à la patte de l'oiseau, persuadé de faire la plus grosse erreur de sa vie.
