Merci à Camhyoga pour sa correction avisée et à mes fidèles reviewers qui m'encouragent toujours à faire plus... :)
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Mafia Blue – Chapitre 10
Egidio regarda Mu une dernière fois, poings sur les hanches, un sourcil froncé. Il lui avait pourtant prêté ce qu'il avait de plus petit comme vêtements, mais c'était encore trop grand pour le jeune atlante. Il ressemblait à quelqu'un qui aurait rétréci au lavage… L'italien avait même dû fouiller dans son placard pour retrouver une ceinture qui permettrait de faire tenir le jean a peu près convenablement sur les hanches de Mu, qui étaient vraiment très fines…
« Bon, ça ira comme ça, grommela le policier en détournant les yeux. De toute façon, on va pas vous garder non plus pendant cent sept ans. Allez, en route ! »
Mu acquiesça en remontant son pantalon. Si c'était arrivé à quelqu'un d'autre, Egidio ne se serait pas gêné pour éclater de rire. Mais là…
Il referma la porte de son appartement et se surprit à prier pour ne pas croiser la concierge. Manquerait plus que ça pour commencer une journée merdique. Déjà, pas d'eau chaude, mais comme c'était l'été, c'était pas trop gênant. Ensuite, il avait fallu expliquer à l'atlante comment enfiler un boxer, et ça, ça avait été vraiment très gênant, surtout que Mu ne comprenait pas ce qu'il essayait de lui expliquer à grand renfort de gestes. Excédé, Egidio s'était finalement mis en sous-vêtement pour lui montrer. Heureusement, le clandestin avait vite percuté, sinon l'italien aurait poussé un hurlement. A croire que quelqu'un s'acharnait sur lui…
Les deux colocataires descendirent l'escalier, le panneau « en panne » étant toujours affiché sur la porte de l'ascenseur. Ils prirent la voiture d'Egidio qui démarra la radio, gardant obstinément les dents serrées : après tout, ils n'étaient pas encore sortis du terrain jouxtant l'immeuble, la concierge pouvait toujours apparaître… Une vraie sorcière, celle-là. Le policier embraya et sortit du parking, se permettant enfin de respirer. Mission réussie !
« Bon, t'aime quoi comme genre de musique ? demanda-t-il.
-Musique ? répéta Mu.
-Oui, avec des instruments, tenta Egidio. Ça, c'est de la musique » fit-il en pointant sa radio.
Le jeune atlante afficha un air perplexe qui fit rire l'italien.
« Allez, c'est pas grave, t'auras qu'à me dire si tu aimes ou pas. Alors, voyons voir… Des trucs universels… »
Egidio fouilla dans la boîte à gants, tout en gardant un œil sur la route.
« Je vais quand même pas te mettre la Macarena… Mais c'est pas vrai, Shura m'a piqué tous mes cd ou quoi ? Eh, le clebs, tu peux pas aller pisser ailleurs qu'en plein milieu de ma route ? » s'écria-t-il en évitant le chien qui s'empressa de filer.
Mu lâcha un rire, faisant relever les yeux à l'italien.
« Qu'est-ce qu'y a ?
-Tu… Bizarre, tenta d'expliquer l'atlante.
-Je sais que je suis bizarre, railla le policier. Et c'est ça qui te fait rire ? »
Le clandestin rougit légèrement et hocha la tête. Egidio esquissa un sourire et déclara :
« Ben comme ça, on est deux bizarres dans la même galère ! Bon, ça me dit pas ce que je vais te faire écouter. A ce rythme, on va arriver au commissariat sans rien avoir entendu. »
Mu le laissa grogner, un sourire aux lèvres.
Lorsqu'ils arrivèrent au commissariat, Shura, Dokho, Shion et Aldébaran étaient déjà présents. Les deux atlantes se regardèrent un instant avant d'afficher un air amusé : Shion était également passé par la case « essayage » et était habillé d'une tenue chinoise vert pomme trop petite pour lui.
« Je crois qu'un après-midi aux magasins de vêtement d'Athènes ne serait pas du luxe, commenta Aldébaran avec un rire.
-Du shopping ? s'écria Egidio avec une grimace. Tu veux me tuer ou quoi ?
-Tu vas quand même pas obliger Mu à porter des habits deux fois trop grands ! Surtout qu'il faudra prévoir pour deux semaines…
-Deux semaines ? répéta l'italien. Mais pourquoi ?
-C'est le temps qu'il faut à Aphro pour trouver quelque chose, répondit Shura.
-Aphro… Tu veux dire Aphrodite ? Le Prince d'Athènes ? »
L'espagnol acquiesça, vaguement gêné. Egidio poussa un sifflement en allant s'asseoir et commenta :
« Ben mon vieux, on peut dire que tu as un indic haut placé ! On peut savoir pourquoi il te fait cette faveur ?
-On se connait depuis plusieurs années, c'est tout.
-Et tu m'avais caché ça ? Je vais t'en vouloir à vie, Shura ! Déjà que tu m'as pris mes cd…
-Bon, intervint Dokho, puisqu'on est coincés pour le moment, je propose qu'on aille tout de suite acheter de quoi habiller Shion et Mu.
-Tant que Shaka n'est pas obligé de venir avec nous, je m'en fous, répondit l'italien.
-Et comment veux-tu comprendre ce qu'ils nous diront ? rétorqua le chinois.
-Langage des signes, mon cher ! Tu crois que j'ai fait comment pour habiller le mien, ce matin ? »
Dokho leva les yeux au ciel, préférant ne rien dire.
« C'est moi qui conduit et on prend ta voiture ! décida Egidio en s'emparant des clefs du chinois.
-Vous allez où ? demanda Milo, qui venait d'arriver.
-Shopping pour habiller nos clandestins. Tu viens avec nous ?
-Avec plaisir ! Dites, ça vous dirait de venir demain soir au Sanctuary ? Mon Camus organise une soirée sur le thème « rêves lointains » et comme on est pas mal d'étrangers, en plus de Mu et Shion, ça pourrait être sympa !
-Je demanderai à ma femme, promit Aldébaran.
-Tant qu'on doit pas parler de nos vies…, fit Egidio.
-C'est le but, pouffa Milo. T'en fais pas, avec vos deux célébrités, t'auras rien à raconter. On prend quelle voiture ?
-Celle de Dokho ! s'écria l'italien en bondissant sur ses pieds. Et c'est moi qui prends le volant !
-Hors de question, tu vas rouler comme un fou !
-Essaye de m'en empêcher, tiens ! »
Les deux policiers détalèrent de la pièce. Mu les suivit du regard et dit quelque chose à Shion, qui hocha vivement la tête. Dokho se tourna vers eux, l'air intrigué. L'aîné sembla réfléchir puis dit :
« Eux… ouverts, joyeux. Nous… pas comme ça.
-Nous avons des coutumes différentes, approuva le policier. Mais cette histoire va vite être réglée, puisque c'est moi qui vais conduire. »
Les deux atlantes le suivirent sur le parking jusqu'à sa voiture. Avec agilité, il reprit ses clefs et s'installa au volant.
« En route, sinon on va avoir du monde, dit-il.
-Ce que tu peux être rabat-joie quand tu t'y mets, grommela Egidio en montant à l'arrière, imité par Mu et Milo.
-Je sais, tu me le dis tout le temps. Et mets ta ceinture, c'est pas parce que t'es flic qu'il faut pas respecter la loi ! »
L'italien poussa un soupir et obtempéra, sous le regard amusé de Milo.
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Ils arrivèrent au centre ville cinq minutes plus tard. Les rues étaient déjà bondées de passants.
« On va pas passer inaperçus…, grommela Dokho en se garant.
-Moi je trouve ça plutôt flatteur, fit Milo.
-On est censé les protéger, pas les exposer, rétorqua le chinois.
-Relax, je suis le seul à être capable de viser une souris dans une rue d'Athènes en pleine saison touristique, s'exclama Egidio. Ils tenteront rien, c'est moi qui te le dis. Allez, en route ! »
Ils s'extirpèrent de la voiture, Shion et Mu ayant l'air un peu perdus au milieu d'une foule si dense. Instinctivement, ils se rapprochèrent des trois policiers, aux aguets.
« Bon, puisque de nous tous je dois être celui qui sait exactement où aller pour bien s'habiller, c'est moi qui montre le chemin ! décida Milo.
-Tant que c'est pas un magasin pour avocats, ça me va, grogna Egidio.
-T'en fais pas, c'est correct.
-Tout dépend ce que tu appelles correct…
-Il y a pour tous les goûts… Le rayon cuir est très intéressant, d'ailleurs » ajouta le grec avec un rire.
Ils entrèrent dans un magasin. Un vendeur s'approcha, tout sourire, et salua les nouveaux venus :
« Bonjour messieurs ! Que puis-je faire pour vous aider ?
-Il nous faudrait des tenues pour nos correspondants étrangers, inventa Milo. Ils se sont fait voler leurs valises par des voyous et n'ont rien à se mettre.
-C'est terrible de nos jours ce qu'il peut y avoir comme délinquance, déplora le vendeur. Suivez-moi, je vais vous trouver exactement ce qu'il vous faut ! »
Il saisit les bras de Shion et Mu avec autorité et les entraîna avec lui vers les cabines d'essayage. Dokho se pencha vers Milo et demanda :
« Tu es sûr de ce que tu fais, là ?
-Ce gars est une pointure pour trouver les habits parfaits pour une personne, répondit le grec. Tout le monde va se retourner sur leur passage, tu peux me croire.
-C'est justement ce qu'il faudrait éviter ! rétorqua le chinois.
-Tu as déjà essayé un pantalon en cuir ? intervint Egidio, qui s'était éloigné pour observer une tenue.
-Tu as l'impression d'avoir les fesses dans une boîte de conserve, sinon ça va.
-J'abandonne, soupira Dokho en allant s'asseoir.
-Messieurs, qu'en pensez-vous ? » intervint le vendeur en revenant avec Mu et Shion.
Les deux atlantes avaient le rouge aux joues et semblaient prêts à faire demi-tour. Shion portait une fine chemise bleu marine, retroussée au niveau des coudes, et un jean noir qui le faisait paraître plus grand. Mu, quant à lui, avait une tunique ocre et un pantalon en lin écru. Les vêtements, bien que simples, les mettaient magnifiquement en valeur, le vendeur ayant joué sur les couleurs pour faire ressortir les yeux des deux clandestins.
« Vous ne dites rien ? Vous n'êtes pas satisfaits peut-être ? demanda le vendeur en fronçant les sourcils, cherchant visiblement une autre idée face au silence des trois policiers.
-Non, c'est parfait, vraiment ! intervint Milo pour ses collègues, toujours muets. On va prendre ça et des tenues de rechange.
-Je vous apporte ça tout de suite ! »
L'homme s'éloigna, laissant les cinq compagnons seuls.
« Dites quelque chose, vous leur faites peur ! siffla le grec à ses collègues.
-Je savais pas qu'on pouvait être aussi bien foutu » murmura Egidio.
Dokho acquiesça sans rien dire. Milo éclata de rire.
« Si vous voyiez vos têtes, vous êtes impayables ! Bon, c'est moi qui offre, je suis dans un bon jour aujourd'hui.
-Si tu veux… » fit distraitement l'italien.
Milo leva les yeux au plafond et partit rejoindre le vendeur à la caisse. Des deux clandestins, Shion était le plus mal à l'aise et ne cessait de triturer sa chemise. Dokho se leva et lui fit signe de se tenir tranquille tandis qu'il arrangeait le vêtement.
« C'est mieux comme ça ? demanda-t-il à l'atlante.
-Oui, merci, acquiesça Shion. Vêtements serrés, ajouta-t-il avec une moue.
-C'est comme ça qu'on s'habille. Sinon tu peux toujours demander à Egidio de te passer des vêtements…
-Qu'est-ce qu'il a, Egidio ? interrogea l'italien.
-Que tu as des habits trop grands.
-Et toi trop petits ! rétorqua l'ex-tireur d'élite.
-Touché, reconnu Dokho de bonne grâce. Allez, allons-y, Milo a fini de payer. »
Ils rejoignirent le grec, saluèrent le vendeur qui leur fit promettre de revenir si jamais les vêtements ne se révélaient finalement pas convenables, puis repartirent vers la voiture. Effectivement, comme l'avait prédit Milo, on se retournait sur leur passage, aussi bien des femmes que des hommes. Shion se pencha vers Dokho et demanda :
« Pourquoi ils… regarder nous ?
-Parce que vous êtes hyper sexy ! répondit Milo avec un rire.
-Sexy ? répéta Mu sans comprendre.
-Ça veut dire que vous êtes beaux, soupira le chinois.
-Oh… » fut la seule réponse de Shion.
Ils se dépêchèrent de grimper dans la voiture de Dokho et reprirent la route du commissariat.
...
à suivre
