Après m'être perdue plusieurs fois dans les bois, avoir failli me casser le cou deux fois sur un de ces ponts, quelle idée d'ailleurs de construire une ville de ponts, et avoir enfin trouvé les cuisines pour voler quelques gâteaux, la Lune descendit enfin dans le ciel. Je rejoignis alors Kili dans le couloir qui menait aux appartements d'Elrond. Le pauvre, il semblait aussi stressé qu'une souris face à un chat.
-Hé, ça va aller, on ne va pas se faire choper, enfin, si on se fait choper, j'en prendrai la responsabilité, tu ne risques rien toi, tu n'as qu'à dire que tu étais forcé, par bonne conscience de ne pas m'abandonner.
-Si je dis ça, je ne serais qu'un lâche. Et je ne suis pas un lâche ! Allons-y, plus vite ta curiosité sera apaisée, plus vite je serais retourné dans mon lit…
-Quel dormeur, ma parole…
Je me pris un coup de poing dans l'épaule, mais je ne pus rétorquer, car j'entendis les voix de Gandalf et d'Elrond retentirent dans le couloir. On se colla au mur, mais heureusement, les pas s'arrêtèrent devant la porte des appartements, je tendis l'oreille, espérant qu'ils ne parlent pas ce langage chantant auquel je ne comprenais rien.
-Gandalf, je vous donnerai les réponses que vous recherchez, vous et la Compagnie, mais sachez que je n'approuve pas cette Quête. Comment espérez-vous la mener à terme, en étant si peu nombreux ? De plus, tous ne sont pas aptes à se défendre, ou à vivre les difficultés qui ne manqueront pas d'arriver.
-Cette Compagnie est surprenante, maître Elrond, chacun y a sa place, et s'il manquait quelqu'un, l'équilibre serait brisé.
-Et comment une humaine a-t-elle trouvé sa place dans une Compagnie de nains ?
-Oh, ça, c'était un pari risqué, je l'admets…
« Attends, ça ? Ça ? L'humaine, c'est moi, et il a dit ça ? Il va retrouver des chardons dans sa robe… »
-Votre Quête est un pari risqué, Gandalf, ne me faîtes pas croire que votre voyage est simplement d'ordre culturel…
-Pourtant… J'entends Thorïn arriver, enfin !
« Thorïn arrivé ? Oh mince, pourquoi je n'ai pas écouté plus tôt… »
En effet, j'entendais Thorïn arriver, mais du mauvais côté pour nous, il allait forcément nous voir. Vite, une excuse, une excuse, un mal de ventre ? Somnambulisme ? Et mince, pourquoi je sens un regard acier sur nous ?
-Kenna, Kili ? Qu'est-ce que vous faîtes encore là ? Et pas la peine de sortir ton excuse, Kenna, je te vois venir.
« Et mince, cramée… »
-Une excuse ? Mais non, voyons ! Je suis prise parfois de faim nocturne, et Kili m'a gentiment accompagnée… Mais nous nous sommes sûrement perdus, c'est difficile de se repérer dans le noir…
-Kenna, tu es une menteuse pathétique, et vu ce que tu as dévoré aujourd'hui, il est impossible que tu ais faim maintenant…
Je vis Gandalf arriver, suivi d'Elrond. Ils ne paraissaient même pas étonnés, bizarrement.
-Roh, c'est bon… On vous a entendu cet après-midi, parler de carte secrète et de réunion. Ce n'est pas ma faute, j'étais obligée d'être intriguée ! Donc bon, j'ai légèrement forcé Kili à m'accompagner venir vous, hm, écouter.
-La curiosité est un vilain défaut, jeune fille, mais au moins, vous avez fini par dire la vérité. Cela ne me dérange pas que ces jeunes gens participent, au moins, ils ne feront pas de bêtises ailleurs, me sermonna le Seigneur Elfe d'un air supérieur.
-Ce n'est pas à moi de décider, pour ma part, dit Gandalf en tournant la tête vers Thorïn.
« Allez, on tente le regard innocent et implorant… »
-C'est bon, soupira le nain, ils trouveront un moyen de toute façon, alors autant dire oui.
« Alala, l'arme fatale ultime, le regard de chiot battu si mignon ! »
Je regardai en souriant Kili, qui était tout blanc et silencieux. Il me fit un sourire crispé, mais néanmoins victorieux. On attendit quelques instants l'arrivée de Balin, qui ne put s'empêcher de ricaner en nous voyant.
Elrond nous fit entrer dans ses appartements, soit-dit en passant qui sont magnifiques, et nous amena dans une grande pièce, une sorte de bibliothèque mais ouverte, on pouvait voir le ciel. Nous étions alors seulement éclairés par les rayons de la Lune. Bilbon nous attendait assis, en train de lire un grand ouvrage presque plus grand que lui, sur des escaliers de marbre.
-Bilbon, qu'est-ce que tu fais là ? Demandai-je, curieuse.
-Ah, ce livre est merveilleux… Maître Elrond m'a accordé le droit de visiter sa bibliothèque, j'y ai passé l'après-midi ! Et puis, Gandalf m'avait dit de l'attendre ici, pour une affaire importante.
-Tss, vous, vous êtes convoqués, mais pas nous.
-Je n'y suis pour rien, Kenna !
-Je sais, je sais Bilbon, ne t'inquiète pas. Il parle de quoi ce livre ?
-Je l'ignore, il n'est pas écrit en langage commun.
-Mais, pourquoi est-il merveilleux alors ?
-Mais, enfin, voyez sa reliure ! Ouvragée comme je n'avais jamais pu le voir ! Ce livre est un trésor !
-Ah, ouais, sûrement…
« Passer une après-midi à admirer une reliure d'un vieux bouquin poussiéreux… Je ne le comprends pas toujours, ce charmant hobbit ! »
Pendant ce temps, une légère dispute avait éclatée entre Gandalf et Thorin. Visiblement, le nain semblait ne pas vouloir montrer sa carte, et Gandalf voulait le forcer :
-Nos affaires ne regardent pas les elfes !
-Au nom du ciel, Thorïn, montrez-lui la carte !
« Le vilain, il veut pas partager… »
-C'est l'héritage de mon peuple, répondit le nain, je dois le protéger. Lui et ses secrets.
-Qu'on me préserve de l'entêtement des nains, commença à s'énerver la vieille branche, votre orgueil causera votre perte ! Vous êtes chez l'une des rares personnes en Terre du Milieu qui puisse lire cette carte. Montrez-la au Seigneur Elrond !
Thorïn hésita quelques instants, me jetant un regard. Je me contentai d'hausser des épaules, je ne voulais de problèmes avec personne moi ! Il décida finalement de tendre la carte au Seigneur elfe, malgré la contestation de Balin. L'elfe observa la carte avec attention avant de la commenter, une lueur intriguée dans le regard :
-Erebor… De quelle nature est votre intérêt pour cette carte ?
Thorïn ouvrit la bouche pour répondre, sûrement une bêtise, vu son tempérament ou alors une provocation, mais Gandalf répondit avant :
-Il est d'ordre intellectuel.
-Très intellectuel, ils n'arrêtent pas de lire des livres dessus, et ils envoient Bilbon faire des recherches ! Vous voyez, il cherche là !
Gandalf me lança un regard excédé, ou alors désespéré, après ma petite tirade que j'espérais pourtant innocente. Elrond se contenta de reporter son attention sur la carte, tandis que la vielle branche reprit son explication foireuse.
- Comme vous le savez, ce genre d'objet contient parfois des textes cachés. Vous lisez toujours le Nanien ancien, n'est-ce pas ?
Elrond ne répondit même pas, bien fait pour toi vieux croûton, mais murmura des mots bizarres en examinant la carte.
-Pardon ? Faut articuler, je n'ai pas compris.
-Ahhh, des runes lunaires, dit Gandalf, qui malgré son âge avancé, garde une bonne ouïe, bien sûr ! Difficiles à repérer !
« Cherches pas d'excuses, l'elfe est meilleur, voilà tout. »
-Dans ce cas présent, c'est vrai, les runes lunaires ne doivent être lues qu'à la lumière d'une Lune de même forme et saison que le jour où elles furent tracées.
-Bah putain, c'était pas possible de faire plus compliqué encore ?
Thorïn grimaça, se posant peut être la même question, mais prit une voix presque implorante, oui, le futur roi avec une voix presque implorante, je n'y ai pas cru de suite non plus, pour demander à Elrond s'il était quand même possible de déchiffrer ces runes. Le Seigneur elfe nous fit signe alors de le suivre, et je dû tirer Bilbon par le col du gilet pour le faire réagir, afin qu'il nous suive et abandonne son bouquin. On arriva sur une sorte de terrasse-grotte, qui surplombait la Vallée de Fondcombe. Nous étions entourés de cascades, c'était magnifique. Je devais avoir l'air éblouie, parce que Thorïn et Balin eurent un petit sourire moqueur tandis que Kili se contenta de me balancer un énorme coup de coude, en souriant à pleines dents.
-Hé, reviens parmi nous, c'est juste de l'eau, des arbres et une vue sur les étoiles !
- Espèce de brute ! Pas besoin de me frapper, je ne suis pas un mannequin d'entraînement ! Vous, les garçons, vous ne comprenez pas ce qu'est la beauté ! Et ici, c'est une vue incroyable qui mérite d'être admirée !
-Pff, juste des arbres dans la nuit, vus de haut. C'est joli, mais pas au point d'en baver par terre.
-J'ai pas bavé !
-Les jeunes, nous interrompit Balin, la vue est très belle, mais on n'est pas là pour ça.
Je tournais la tête vers les deux vieux sages, qui avaient mis la carte sur une table de diamant. Elrond recommença son petit discours supérieur sur les informations de la carte que nous n'avions pas réussies à trouver.
-Ces runes ont été écrites une veille de solstice d'été sous un clair de Lune à son premier quartier, il y'a près de 200 ans. Vous deviez être prédestinés à venir à Fondcombe, la chance est avec vous, Thorïn Ecu de Chêne, nous avons une Lune identique qui brille au-dessus de nous ce soir.
-Hé bah, y'a quelqu'un qui est cocu dans le groupe, renseignez-vous, parce que c'est sûrement pas moi !
Kili éclata de rire, s'attirant donc les regards furieux du reste du groupe, à ma place. Héhé, y'a du bon d'avoir un ami qui rit à tout, cela évite les moments de solitudes ! Nous reportâmes notre attention sur la carte, qui se mit à briller étrangement lorsqu'un rayon de lune se posa dessus. J'échangeai un regard avec Bilbon, qui n'avait pas l'air de comprendre vraiment ce qu'il se passait. Des écritures bleutées apparurent sous la lumière de la Lune, comme par magie. Elrond se mit à les lire, heureusement, car je ne voyais pas grand-chose par-dessus l'épaule de Kili :
-Tenez-vous près de la Pierre Grise quand la grive frappera et le soleil couchant, avec la dernière lueur du jour de Durin, brillera sur la serrure.
-Le jour de Durin ? Demanda Bilbon. Je ne savais pas ce que c'était non plus, et en plus, j'avais rien compris aux écritures énigmatiques.
-Le premier jour du nouvel an des nains, quand la dernière Lune d'automne et le premier Soleil d'hiver apparaissent ensemble dans le ciel, nous informa Gandalf. Je voulus ouvrir la bouche pour me renseigner un peu plus, mais la voix, encore une fois bougonne de Thorïn retentit :
-C'est très fâcheux. L'été se poursuit, le jour de Durin approche à grands pas.
« Il râle toujours, faut qu'il se détende, ma parole ! »
-Nous avons encore le temps, tenta de le rassurer le gentil Balin.
-Le temps de quoi ? Demanda Bilbon, toujours autant à l'ouest.
-Le temps de trouver l'entrée, répondit Balin, nous devrons nous tenir au bon endroit et aussi au bon moment. Alors, et alors seulement, la porte s'ouvrira.
-Ainsi, c'est là votre but, rebondit Elrond, entrer dans la Montagne.
-Et alors ? Répondit Thorïn avec son air méprisant, qui m'est maintenant familier.
« Heureusement qu'il est calme, l'elfe… »
-Certains estimeraient que cela n'est pas prudent, répondit le seigneur elfe, en rendant la carte à Thorïn.
-C'est pour ça que personne ne leur demande de venir, faut croire, répliquais-je.
Gandalf soupira, mais en même temps, il a l'habitude maintenant ! Il se tourna vers l'elfe pour se renseigner un peu plus. Elrond lui rappela alors qu'il n'y avait pas que la vieille branche qui veillait sur la Terre du Milieu. C'est bien que le magicien se fasse remettre à sa place de temps en temps, il manque de modestie. Il partit ensuite, pour faire je ne sais quoi.
-Bon, bah, pas vraiment intuitive cette carte…
-Pour une humaine, forcément.
« Pardon ? »
Je me tournais vers le Prince Nain, qui avait eu cette remarque assez condensante. J'haussai la voix, énervée.
-Parce que tu l'as comprends mieux que moi peut être, malgré ton héritage nain ? Laisses-moi rire !
-Bien sûr que je comprends, je ne suis pas stupide. Et tu parles beaucoup, pour quelqu'un qui n'a qu'un rôle mineur dans cette Quête, et qui plus est, sans faire ses preuves, répondit-il d'un air sec.
« Putain, il commence vraiment à me faire chier, avec ses preuves… »
-Je ne suis pas stupide non plus, merci ! En effet, je parle, j'ai une langue, ça sert à ça ! Et pour mes preuves, je ne vois pas ce que je peux faire ici, dans un bastion d'elfe, alors arrêtes avec tes reproches qui reviennent tout le temps, je commence à en avoir ma claque !
-Tu peux toujours rester ici, me dit-il d'un air froid.
« Ah, d'accord, c'était le but de la discussion ? Très bien. »
-Non. Par contre, ne comptes plus sur moi pour te sauver la vie, comme avec les ouargues. Tu as la mémoire bien trop courte ou alors, tu ne retiens que ce qui est mauvais. Et trouves-toi un autre souffre-douleur quand t'es en colère, je n'ai pas signé pour ça, répondis-je avec la voix qui tremblait. Je partis ensuite, j'étais blessée. Il avait été gentil à l'entraînement, mais visiblement, c'était pour mieux me convaincre de partir. Je ne comprenais pas ce que j'avais fait pour mériter autant peu de respect. Je décidai alors de passer par ma chambre, pour récupérer mon arc, et d'aller m'entraîner au tir, pour me vider la tête. J'espérai juste que la salle était vide, pour être seule. Heureusement, ce fut le cas. J'allai alors vers le coin des cibles, et commençai à tirer, rageusement, imaginant que les cibles étaient la tête de Thorïn. Je fis cela pendant pas loin de 45 minutes, avant de ne plus sentir mon bras tireur, ça avait eu le mérite de me calmer. J'entendis des pas alors derrière moi, et je vis Fili arriver avec deux épées de bois.
-Bon, maintenant que je ne risque plus de me prendre une flèche dans le bide, je peux venir te parler.
-T'es là depuis combien de temps ?
-Oh, un petit quart d'heure, Kili m'a vite prévenu que tu avais disparue, et j'ai mis du temps à te trouver ici. Elles t'avaient fait quoi, ces pauvres cibles ?
Je jetai un coup d'œil vers les cibles, et ne put retenir un petit sourire amusé. Faut dire que les cibles étaient effectivement en sale état, la paille sortait de partout et les démarcations des cercles n'étaient même plus régulières à des endroits. Ca aurait été bien si ça avait été la tête de ce sale prince nain !
-Les cibles, rien du tout. Ton oncle, par contre, a décidé de revenir à nos relations du départ, soit celui qui fait le plus chier l'autre.
-Hm, je ne me mêle pas de ce genre d'histoire, moi ! Mais si tu veux encore dépenser ta rage, je peux t'apprendre les bases de l'épée.
-Je veux bien, je n'ai pas sommeil !
Fili me tendit une épée de bois, la plus petite des deux visiblement.
-Alors, première chose, la garde. Jambes fléchies, appuis légèrement écartés largeur d'épaule, et l'épée prête à être utilisée, donc avec le bras légèrement plié, réactif.
-Comme ça ? Demandai-je après avoir essayé de me mettre en garde.
-Mouais, l'épée moins haute, et le pied droit aligné avec ton bras porteur. Voilà ! On voit que tu t'es musclée avec le tir, tu arrives à être naturellement gainée maintenant.
-Peut-être, mais je trouve toujours cette position moyennement naturelle. J'ai l'impression de me retenir d'accoucher.
-Euh, c'est un point de vue, certes… M'enfin, tu as la position ! Maintenant, montres-moi comment tu découperais un ennemi.
Je donnai alors de larges coups d'épée horizontaux, manquant d'ailleurs de m'assommer une fois.
-Doucement ! Pas comme ça ! Là, tu ne vas pas le découper, tu vas juste rebondir sur son armure ! Il ne faut pas utiliser ton épée comme une masse ! Essaie plutôt des mouvements fluides, comme si tu voulais traverser ton ennemi. Et fais-le plutôt de façon verticale, les points faibles des armures se trouvent souvent au niveau du cou.
-D'accord, dis-je en recommençant, c'est mieux là ?
-Largement ! Attention à tes appuis, tu te déséquilibres en balançant ton épée. Gardes-là bien en main. Maintenant, je vais me mettre en garde, et tu vas faire comme si j'étais un mannequin d'entraînement. Sauf que je parerais tes coups, bien entendu.
-Je peux taper autant fort que je veux ?
-Ouep ! Tu en besoin visiblement !
« Pauvre petit… »
J'attaquai alors sans relâche pendant plusieurs minutes, essayant tout de même de garder une bonne posture. Fili évita tous mes coups, heureusement pour lui, mais il était un peu essoufflé quand je décidai enfin de m'arrêter.
-Eh bien, si là, tu n'es pas fatiguée ! En tout cas, la posture était bien pour une débutante, tu n'as pas fini sur les fesses !
-Je te rassure, j'ai de l'entraînement pour tenir sur mes jambes ! J'étais imbattable à la course à l'œuf, après 5 bières, dis-je en riant.
Fili allait répliquer quelque chose, le sourire aux lèvres, mais on entendit la porte de la salle se refermer. Et là, surprise !
« Thorïn… Putain, j'avais réussi à l'oublier. »
Le Prince Nain se dirigea directement vers nous, et parla à Fili :
-Fili, je dois avoir une conversation privée avec Kenna, tu dois encore t'entraîner ?
-Non, non, c'est bon, on vient juste de finir, je peux m'en aller. N'oublies pas, Kenna, la posture ! Me dit le jeune nain blond en filant vite.
Je déposai mon épée en bois par terre, on ne sait jamais, vaut mieux éviter d'avoir une arme dans les mains, et je croisai les bras sur ma poitrine, fixant Thorïn d'un air que je voulais menaçant. Etonnamment, il ne semblait pas moqueur, hautain, ou je ne sais quoi, mais plutôt inquiet. Il commença d'ailleurs par soupirer en me fixant avant de parler :
-Tu ne m'aides pas avec cet air-là.
-Je ne veux pas t'aider.
-J'avais compris, répondit-il, visiblement agacé, mais se reprenant. Bon, ce n'est pas le sujet. Mais il faut que tu comprennes que tu n'es pas un souffre-douleur.
-Je suis quoi alors ? Un mannequin d'entraînement causeur ? Parce que tu m'agresses tous les jours, et parfois, sans raison !
-Je sais, soupira-t-il à nouveau, et ce n'est pas pour te blesser que je le fais, vraiment. Mais tu ne te rends pas compte de l'importance de cette quête, tu prends tout à la légère, comme si c'était un voyage sympathique.
-Mais parce que je suis comme ça, c'est tout ! Je me réjouis des bonnes choses, et je minimise les mauvaises ! Je ne suis pas née dans un palais, moi ! J'ai le droit de m'enthousiasmer de ce que je découvre !
-Mais cette quête n'est pas une découverte, Kenna !
-J'ai compris ! Mais je ne vois pas en quoi je dérange, à faire des plaisanteries quand il n'y a pas de dangers ! Et puis, tous les nains en font, tu n'as rien dit quand ils ont fait bataille de bouffe.
-Eux, ce n'est pas toi. Toi, tu… Tu me déconcentres !
-Pardon ? Demandai-je, étonnée avec un air sûrement choquée sur le visage. Encore une fois, je ne vois pas ce que je fais de plus que les autres pour te déconcentrer.
-C'est pas ton attitude le problème, c'est toi. Ta présence me déconcentre, quand tu es là, on est obligé de te surveiller !
-Mais je ne suis pas un enfant de deux ans, pas besoin de me surveiller, je suis grande !
-Pas te surveiller comme un enfant. Te regarder, t'observer, te remarquer ! Je le dis dans ce sens-là !
Et là, je ne pus que décroiser les bras, le fixant dans les yeux. Cela me semblait difficile à croire, qu'il ait vraiment pu dire ça.
-Mais, je ne fais rien pour me faire remarquer…
-Je sais, justement. Ce n'est pas un problème d'attitude.
-Mais alors, je dois faire quoi moi, si c'est mal ? Parce que merde, tu es injuste avec moi ! Je me fais engueulée pour un rien !
-Je ne sais pas ce qu'il faut faire.
On se regarda les deux, dans les yeux, ne sachant que faire. J'avais un don pour me mettre dans les situations compliquées. Et le pire, c'est que cette déclaration me soulageait ! Il ne me détestait pas. Il toussota alors, pour mettre fin au silence :
-Bon, je voulais juste que tu saches que tu n'es pas un souffre-douleur. Et que je ne pense pas que tu doives rester ici, même si ce serait sûrement plus prudent. Je vais te laisser, bonne nuit.
Il se tourna pour faire demi-tour, mais visiblement, mon corps se dissocia de mon esprit, et ma main attrapa la sienne, pour le faire se retourner, et je le serra dans mes bras. On faisait la même taille, finalement. Il posa ses mains sur ma taille, pour répondre à mon câlin, et je lui dis d'une voix basse :
-Je ne sais pas non plus ce qu'il faut faire, mais comme j'ai dit, je me réjouis des bonnes choses. Essaies de faire comme moi, pour certaines choses, du moins.
-C'est compliqué, en tout cas. Mais je vais y réfléchir, promis. Tu m'aiderais si tu arrivais à te faire discrète quelques jours.
Je relâchai mon emprise, et je lui répondis, un sourire en coin aux lèvres :
-J'ai pas envie d'être discrète avec toi.
Il eut un petit rictus de surprise, peut-être qu'il ne s'attendait pas à ça, mais il sourit un peu :
-Alors, je sens qu'au lieu d'être compliqué, ça va être chaotique. Va te coucher, il est tard, et tu as eu une longue journée.
-Bien, chef ! Bonne nuit ! Répondis-je en souriant toujours bêtement. Je sortis de la salle en sentant son regard bleu acier sur moi, et je me dépêchai de regagner ma chambre. Je me déshabillai rapidement avant de m'écoulée sur le matelas de plumes. Mine de rien, j'étais crevée, et ces rebondissements en émotions n'arrangeaient rien du tout. Je ne m'attendais pas vraiment à ça, de la part de Thorïn. Il avait dit qu'il me regardait. Bon, faut admettre que je le regarde aussi. M'enfin bon, je pensais plutôt qu'il me détestait, en tout cas. Et moi, qui le serre dans mes bras alors qu'il allait dormir ! J'ai dû avoir l'air ridicule. Mais il ne m'a pas repoussée. On verra de quoi sera fait le futur, en tout cas ! Je m'endormis rapidement, étant trop fatiguée pour réfléchir trop longtemps, j'avais eu effectivement une longue journée peu reposante. Espérons que le lendemain soit plus calme !
