RAR ZONE
Chupa14 : Holà, je ne sais pas combien de chapitres il reste avant la Fin ! Nan, je parlais du dernier chapitre en date que j'ai écrit (ils sont dans la Forêt Noire, pour info). T'inquiète pas, je travaille à rattraper mon retard malgré le manque de temps et la fatigue. Je vaincrai ! Pourquoi elle est horrible, Daenerys ? Elle est pas trop belle, couverte de sang et à moitié folle ? XD pauvre Sméagol, pauvre Sméagol... Il essaye de bouffer Bilbo, à la base ! "Un couteau ! Oh mais TAIS TOI !". J'avoue, les yeux bleus de Thorïn sont irremplaçables. Pour le warg, moi aussi, j'ai eu super mal pour lui. Ca doit faire mal, des crocs de warg... O.O Chérie, l'édition collector, je l'avais carrément PRE-COMMANDEE. Blu-ray + DVD, steel pack avec Gandalf dessus (j'ai looooonguement hésité à prendre celui de Gollum). Et je l'ai reçu la veille de la sortie nationale. Niark, niark, niark... J'espère que ce chapitre te plaira, petite sucette.
Lily : Comme la maman du petit pote Potter ? Le personnage est issu du trône de Fer. Mais c'est pas la même. Nan, celle-ci ne peut pas plonger dans un bûcher et en ressortir intacte avec trois dragons comme bébés de substitution. C'est dommage, cela dit. elle aurait pu charmer Smaug vite fait bien fait. Mais y aurait plus d'histoire. Merci pour tous tes compliment, Lily, ca fait plaisir =) J'espère que cette suite comblera tes attentes. Bisous à toi !
Ah que coucou.
J'ai encore failli oublier de poster ce chapitre.
Ce travail aura ma peau. C'est sûr.
A la base, je voulais couper ce chapitre en deux, puis ca m'a rapidement soûlé et j'ai décidé de vous livrer toutes les pérégrinations de Thorïn d'un coup d'un seul ! Contents ? C'est Noël avant l'heure ! Deux en un, formule miracle. Bref.
Ce truc-là fait plus de 9000 mots, j'avais jamais écrit autant pour un chapitre O.O
En espérant que la longueur du texte ne vous rebute pas trop, je vous souhaite une bonne lecture.
Chapitre 10 : Paradis blanc
Thorïn dérivait dans un océan de béatitude. Il était bien, si bien. Plus de douleur, plus de peur, plus de devoir.
Plus d'Azog.
Plus d'Erebor.
Enfin, il pouvait être lui-même, sans ce masque de Roi. Enfin, il pouvait respirer.
Le bonheur.
La liberté.
Il ouvrit les yeux, lentement, et ne vit rien que du blanc, partout. Plus de ciel, plus de terre, plus d'endroit ni d'envers. Même l'eau dans laquelle il dérivait était blanche, laiteuse. Chaude et bienfaisante. Mais pas tout à fait. Il pouvait voir, loin au-dessous de lui, que l'eau blanche s'obscurcissait, devenait de plus en plus noire, de plus en plus opaque. Quand bien même il n'avait aucun désir de quitter cet endroit merveilleux, ces eaux sombres l'attiraient étrangement.
Il ferma les yeux et se laissa couler.
Tandis qu'il sombrait, son corps se faisait paradoxalement plus léger. Oui, il se sentait si bien en cet instant. Puis une main se saisit de son poignet et le tira à la surface, l'arrachant à la douceur de l'eau et de l'obscurité. Les doigts noirs des abysses se retirent lentement, comme à regret.
Thorïn rouvrit les yeux, déçu.
Bleu contre ambre.
Frerin.
Son cher, si cher petit frère. Frerin, mort à Azanulbizar, dans une vaine tentative pour reprendre la Moria. Son cher, si cher petit frère, mort pour rien.
Thorïn se rendit compte, en le détaillant de haut en bas, qu'ils se tenaient debout sur l'eau blanche, affleurant la surface sans y couler. Il ne trouvait même pas ça étrange.
Frerin n'avait pas changé. Légèrement plus petit que lui, plus trapu aussi. Des yeux ambrés, rieurs et sereins. Des cheveux plus blonds que les blés, longs et bouclés, retenus en queue-de-cheval. Une peau halée, des mains calleuses d'avoir trop manié l'épée, qui retenaient les siennes avec force. Une barbe courte, soigneusement taillée. Il se rendit compte que Fili était son vivant portrait. Qui était Fili ?
- Fili, c'est un de tes neveux. L'aîné.
Ah oui, c'est vrai. Le fils de Dis. Et le deuxième s'appelle Kili.
- Ils ont une relation étrange, ces deux-là, d'ailleurs.
Etrange ? Il ne se rappelait pas.
- Ou alors, tu te voiles la face, comme d'habitude. Marche avec moi, tu veux ?
Frerin fit quelques pas avant de revenir près de lui quand il comprit que Thorïn ne le suivait pas. Il se saisit de la main de son frère et le tira derrière lui. Ils cheminèrent en silence, un silence confortable. Thorïn essayait de comprendre en quoi les relations de Fili et Kili étaient étranges.
- Deux frères ne sont pas sensés s'embrasser comme ça.
Comment, "comme ça" ? De quelle manière ? Il croisa le regard de Frerin et un flash, criant de réalisme, lui revint en mémoire. Il avait fait appeler Fili pour une affaire quelconque dont il ne se souvenait pas, mais il était en retard. Il avait pressé le pas pour ne pas faire trop attendre son neveu, et avait tourné à l'angle du couloir où se situait son bureau. Fili était déjà là, avec Kili. Aucun ne l'avait vu. Lui s'était figé devant la scène qui s'était déroulée sous ses yeux. Kili, à peine plus grand que son frère aîné, était légèrement penché sur lui et l'embrassait avec douceur, les mains perdues dans les cheveux blonds de Fili. L'aîné avait passé un bras autour de sa taille et le pressait contre lui. Thorïn avait fait demi-tour, sans bruit, et avait attendu quelques minutes, appuyé contre le mur, à quelques pas de l'embranchement. Il s'était demandé ce qu'il pourrait bien faire pour signaler son arrivée, que ses neveux aient le temps de se séparer convenablement, et avait jeté un vague coup d'oeil au meuble, près de lui, couvert de babioles sans intérêts (lubie de sa soeur). Pris d'une idée subite, il avait fait tomber l'échafaudage précaire d'un coup de pied et avait poussé un juron sonore. Shootant dans une sorte de sphère de métal gravée de symboles sans signification (dont il ignorait l'usage et, à dire vrai, n'en avait pas grand chose à faire), mimant la colère avec perfection, il était entré dans le couloir, un air furieux tout à fait convaincant plaqué sur le visage. A son grand soulagement intérieur, les deux frères s'étaient éloignés l'un de l'autre et le regardaient venir avec une angoisse mal dissimulée.
Il en aurait ri, si le rôle qu'il s'était imposé ne l'en avait pas empêché. La suite n'avait pas d'importance.
Il n'en avait pas parlé à Dis.
- Pourquoi, d'ailleurs ? demanda le Nain aux cheveux blonds comme s'il avait lu dans les pensée de son frère.
- Parce que ca ne la regarde pas ? tenta Thorïn d'un ton peu convaincu.
- Il s'agit de ses fils.
- Il s'agit de leur vie privée.
- Et alors ?
- Une vie privée est sensée rester privée, Frerin.
Ils reprirent leur marche silencieuse. Quelques secondes.
- Il n'y a pas de vie privée qui tienne avec sa mère.
- Tu ne racontais pas tout à maman, si je me souviens bien.
- Encore heureux, la pauvre aurait été choquée ! s'exclama Frerin, une grimace comique peinte sur le visage.
- Si tu estimes normal de cacher certaines choses à maman, pourquoi Fili et Kili devraient-ils tout dire à la leur ?
- Ce n'est pas pareil. Leur mère, c'est Dis.
- Et alors ? En quoi Dis était-elle différente de maman ?
Frerin ne répondit pas et se contenta d'observer son frère aîné avec des yeux ronds.
- C'est Dis !
- Je ne comprend rien à ce que tu racontes.
Thorïn décréta intérieurement que ce débat l'ennuyait et reprit sa marche, laissant son frère à ses réflexions étranges et inutiles. Frerin le rattrapa rapidement.
- Je rectifie. Ce sont deux hommes ! avança-t-il d'un air outré.
- Pitié, Frerin, ne joues pas les innocents. Ce genre de chose est accepté sinon commun dans notre société. Ce n'est pas nouveau. Et tu es très mal placé pour parler là-dessus, qui plus est.
- D'accord. Je rectifie. Ils sont frères !
- Oui, là, je ne peux que te rejoindre.
- Cela dit, je suis encore mal placé pour parler de ça.
- Tout à fait, approuva l'aîné en hochant la tête. Pardon ?
Thorïn se stoppa net et regarda son frère, un air d'incompréhension peint sur le visage. Frerin haussa les épaules avec nonchalance et partit devant. Thorïn décida qu'il n'avait aucune envie de réfléchir aux paroles semi-sibyllines de son frère et le rejoignit en quelques enjambées.
Ils continuèrent à marcher tandis que le silence s'étendait entre eux. Mais le silence ne dura pas. Frerin avait toujours été trop bavard.
- Tu réagis bien, tu sais ?
- Je réagis bien à quoi ?
- A ca, répondit Frerin en tournant sur lui-même, désignant et tout et rien à la fois, les bras ouverts. A nous.
Thorïn l'observa quelques secondes, sans mot dire.
- Comment devrais-je réagir, selon toi ?
- Mal, répondit Frerin du tac-au-tac, les yeux arrondis de stupeur.
- Pourquoi devrais-je mal réagir ?
- Thorïn, je suis mort !
Oui, ca il s'en rappelait. Très bien même. La bataille d'Azanulbizar était gravée au fer rouge dans sa mémoire. Il revoyait encore les siens se faire tailler en pièce, son grand-père affronter Azog. Il revoyait encore, distinctement, l'Orc Pâle décapiter le Roi Nain et brandir la tête comme un trophée. Il se rappelait, comme si la bataille s'était déroulée la veille. Il se souvenait de la rage qui l'avait envahi à cette vision infamante. Il se rappelait s'être, littéralement, jeté sur Azog, et s'être, littéralement, fait massacrer. Il se rappelait le morceau d'écorce de chêne qui l'avait protégé des coups de l'Orc et lui avait donné son nom, et le coup d'épée qui avait privé le Profanateur de son bras. Oui, il se souvenait très bien. Il se souvenait aussi avoir laissé l'Orc ramper jusqu'à la Moria, et avoir cherché son frère. Désespérément.
Son cher, si cher petit frère. Aux yeux de Thorïn aux cheveux noirs, si sombre et taciturne, Frerin était fait de lumière. Il avait cette prestance, ce regard si particuliers. Tout en lui brillait. Frerin avait cette capacité extraordinaire d'être aimé de manière inconditionnelle et de convaincre n'importe qui d'un simple sourire. Même Thorïn, si froid et si intimidant, son exacte opposé. Surtout Thorïn. Entre de mauvaises mains, ce genre de capacité aurait pu être terrible. Mais Frerin avait une conscience aigue du bien et du mal, et une notion de la justice irréprochable. Frerin était fait pour régner. C'était inscrit en lui, depuis l'éclat de ses yeux jusqu'à sa démarche toute princière. Il avait tout d'un Roi, sans jamais pouvoir l'être, puisqu'il était né en second. Frerin aurait dû naître le premier, tout aurait été beaucoup mieux. Et Thorïn aurait été heureux de servir un tel Roi, plutôt que d'en être un lui-même. En vérité, Thorïn aurait fait n'importe quoi pour son petit frère. Il lui aurait cédé sa place sans hésiter une seule seconde, et avec bonheur. Il aurait été heureux, puisque Frerin aurait été heureux. Tout simplement. Mais Frerin n'avait jamais voulu du titre d'héritier. Il n'avait jamais voulu être plus que ce qu'il n'était, et assurait qu'il serait pour son frère le plus loyal des sujets. S'il avait vécu, Thorïn ne doutait pas une seule seconde qu'il l'aurait effectivement été. Et avec Frerin à ses côtés, nul doute non plus qu'il n'aurait pas commis autant d'erreurs. Pour commencer, Thraïn, leur père, ne serait pas parti seul reconquérir Erebor, et il ne se serait lui-même jamais lancé dans cette quête sans une préparation optimale. Et puis, Frerin l'aurait accompagné, de toutes manières. Cela aurait suffit pour lui donner courage et foi. Et ils auraient réussi, ensemble.
Balin avait dit un jour qu'à eux deux ils pourraient réussir l'impossible.
Peut-être était-ce la simple présence, si lumineuse et si chaleureuse, de Frerin qui insufflait à Thorïn l'énergie et le désir de se battre pour des causes justes. Peut-être était-ce la force de Thorïn et sa volonté d'acier qui permettaient à Frerin de ne jamais abandonner et de toujours se relever. Peut-être. Combien d'attaques de Gobelins avaient-il essuyé ensemble sans une égratignure ? Combien de tournois et de combats avaient-ils remportés ?
De fait, ensemble, ils étaient invaincus, et s'étaient crus invincibles.
Mais le jour de la bataille d'Azanulbizar, ils n'étaient pas ensemble.
Thorïn avait affronté Azog seul et avait failli y rester.
Frerin avait affronté un Troll seul, et en était mort.
Thorïn se souvenait très bien, lorsqu'il avait couru jusqu'à Azog pour lui faire la peau, avoir entendu la voix de son frère lui hurler de n'en rien faire. Il n'en avait pas tenu compte. Il avait oublié, alors, qu'ils devaient être ensemble pour être invincibles. Il l'avait laissé derrière lui, obnubilé par la vengeance. Une erreur parmi tant d'autres, mais celle-là lui avait coûté son frère. Et Frerin était mort.
Il l'avait cherché. Désespérément. Il avait parcouru le champ de bataille en courant, appelant son frère de toute la puissance de sa voix. Il avait vu Dwalïn écraser la tête d'un Orc d'un seul coup de son puissant marteau de guerre. Il avait vu Balïn ferrailler dur contre deux ennemis à la fois. Gloïn assenait coups de hache sur coups de hache, et Oïn se débattait de son mieux, armé de son long bâton de combat.
Mais pas de trace de Frerin.
Il avait fini par le trouver, au milieu d'un cercle de Gobelins et de Nains morts. Face à un Troll gigantesque.
Désarmé. Blessé. Pris au piège.
Thorïn avait couru, de toutes ses forces, à bout de souffle et terrifié. Il avait vu le Troll attraper Frerin alors que celui-ci courait vers son frère, appelant à l'aide. Il avait vu le Troll le soulever dans les airs et, d'une torsion de ses poignets, briser le Nain en deux. Il avait vu Frerin tomber, la nuque cédant sous le choc de la chute et la colonne vertébrale brisée net. Dwalïn avait combattu le monstre, ignorant ses propres blessures, et l'avait réduit à néant. Lui, pendant ce temps, était resté agenouillé, en larmes pour la première fois de sa vie d'homme, près de son petit frère.
Son cher, si cher petit frère, dont les yeux vides fixaient les siens sans les voir.
- Ne ressasses pas tout ça, grand frère... murmura Frerin d'une voix douce.
Thorïn regarda son frère sans rien dire, la vision du Troll flottant devant ses yeux.
- Ecoute... Tout va bien. D'accord ? Tu n'as pas à t'en vouloir. En vérité, je n'aurais jamais dû essayer de combattre ce Troll tout seul. C'était une folie, que j'ai payé de ma vie. Tu n'as rien à voir là-dedans. C'est compris ?
Thorïn ne répondit pas.
- C'est compris ? Je te parle, Thorïn !
L'aîné des deux hommes finit enfin par hocher la tête, imperceptiblement. Frerin décida que cela lui suffisait ; de toutes façons, son frère n'était pas capable de plus.
- Bon, que veux-tu faire ? demanda-t-il pour changer de sujet.
- Ce que je veux faire ? Je ne comprend pas.
- Et bien, je suis mort et de fait, si on est réunis ici, c'est que tu l'es aussi.
- Je suis mort ? Je me disais bien que tout ça n'était pas normal.
L'expression effarée de Frerin était si drôle que Thorïn ne pu s'empêcher de rire.
- Je plaisante.
- Ah, tu m'as fait peur. J'ai cru que tu étais devenu stupide, siffla le cadet.
- Ne sois pas mesquin.
- Je suis mesquin si je veux.
- Quel âge as-tu, rappelle moi ?
- Ce n'est pas le sujet ! explosa Frerin en fourrant ses mains dans ses tresses blondes d'un air exaspéré. Nous étions en train de déterminer ce que tu voulais faire, si je ne m'abuse.
- Je ne sais pas quoi faire.
- On est bien avancés...
- Ce n'est pas ton rôle ?
- Comment ça ?
- Il faut bien que tu serves à quelque chose, affirma Thorïn d'un ton catégorique. Soit tu es là pour me rappeler les épisodes les plus douloureux de ma vie et me faire culpabiliser un peu plus, ce que tu fais à merveille, rassure toi, soit tu es là pour me guider.
- Te guider ? Mais où ça ?
- Qu'est-ce que j'en sais ? Bon, laisse tomber.
Thorïn laissa son frère et partit vivement, fourrant ses mains dans ses poches pour éviter d'étrangler Frerin, ce qui serait fâcheux.
Au bout de quelques pas, son cadet se matérialisa soudaiement devant lui et le saisit par les épaules pour le stopper.
- Tu n'es pas mort.
- Plaît-il ?
- J'ai dit : tu n'es pas mort. Pas encore. Mais presque, cela dit.
- Voilà qui est rassurant.
- C'est incroyable ce que tu peux être loquace avec moi alors que tu adresses à peine la parole à ceux qui t'accompagnent. Ca a toujours été comme ça, d'ailleurs. Moi et Dis. Maman et papa, un peu. Les autres, c'est à peine s'ils avaient droit à un regard. Même Cersei.
- Qui est Cersei ?
Frerin recula d'un pas sous le coup du choc. Il pencha la tête sur le côté et, soudainement, ressembla tellement à Fili que Thorïn sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. Peut-être était-ce pour ça qu'il préférait Fili à son frère. Non pas qu'il n'aimât pas Kili, loin de là, ce sale gosse était diablement attachant. Mais il avait toujours eu une préférence pour l'aîné. C'était donc pour ça. Il ressemblait trop à Frerin pour que Thorïn restât insensible. Secouant la tête, le Nain aux cheveux noirs se recentra sur la conversation actuelle. Il ne comprenait pas l'air outragé de son frère.
- Qu'est-ce que j'ai dit ?
- Tu... Tu ne te rappelles pas de Cersei ?
- Non. Je devrais ?
Sans crier gare, le cadet assena un coup de poing dans le ventre de son frère, ce qui le plia en deux. Grimaçant, Thorïn se redressa en se massant le ventre.
- Ca ne va vraiment pas bien, dans ta tête...
- Tu ne te souviens même pas de ta femme ? s'écria le Nain blond.
Sa femme ? Allons bon, qu'est-ce que c'était que ces histoires, encore ?
- Je n'ai pas de femme.
- Mais si !
- Mais non.
- Mais si !
- Ecoute, je crois que je m'en souviendrais si j'avais eu une femme !
- Je ne l'ai jamais aimée, mais quand même ! Le fait qu'elle soit morte ne t'autorise pas à l'oublier !
Silence. Frerin se dit confusément qu'il aurait pu être plus délicat dans son annonce.
- Elle serait triste de voir que tu ne te rappelles pas d'elle.
- Je ne suis pas triste, messire, intervint une voix douce.
Thorïn se retourna lentement, oubliant totalement son frère.
Ah oui. En effet. Ca lui revenait, progressivement. Une "brillante idée" de sa mère. Les paroles qu'elle avait tenu remontaient à la surface de sa mémoire avec clarté, maintenant. "Tu es prince, mon chéri, et l'héritier en titre du trône d'Erebor. Un jour, tu seras Roi, et cela t'oblige à certaines choses. A prendre une femme, par exemple, et à engendrer des héritiers. Au moins un. Est-ce trop te demander ?". Ces paroles avaient mis en relief des choses qui ne lui plaisaient pas à l'époque. Il était jeune, cela dit, on ne pouvait guère lui en vouloir. Sa mère en tout cas ne lui en avait pas voulu. La loi dit que les mariages, chez eux, sont indissolubles. Dans son esprit d'enfant puis de jeune homme, cela voulait surtout dire qu'il fallait choisir son conjoint avec beaucoup de soin, et que l'amour tenait une part importante dans ce choix, si on ne voulait pas se retrouver enchaîné à jamais dans une prison.
Avait-il vraiment été aussi romantique, dans son jeune temps, ou bien sa petite soeur et ses songes de princesse et de chevalier blanc lui avaient-ils un peu tourné la tête ? On ne peut nier que l'idée est attrayante. Epouser quelqu'un par amour, pour le reste de sa vie. Cela dit, ce genre de considération valent pour les gens normaux. Pas pour les Princes. Ni pour les Dames de haut lignage.
"Nous ne sommes donc que ça, pour papa et toi ? Des héritiers au trône ?". Elle avait répondu que non, bien sûr, qu'on aimait ses enfants, peu importe le contexte dans lequel ils sont conçus. "Vous ne vous aimez pas du tout ?". Elle avait répondu que le Roi Thror et son épouse avaient eu la chance de faire un mariage d'amour et de raison à la fois. Que leur amour avait tenu jusqu'à ce que la Reine s'éteigne, et même au-delà. Elle avait répondu que le Prince Thraïn, son père, et elle-même ne s'étaient pas aimés, non, du moins pas au début, mais qu'ils avaient réussi à tisser des liens d'amitié et de respect très forts. Et que cela était bien. "Non, ce n'est pas bien. On devrait toujours aimer son mari ou sa femme". Sa mère lui avait demandé ce qu'il préférait : un mariage d'amour qui tourne à la haine quand les sentiments s'évaporent ? Ou un mariage de raison où se développent respect et attachement entre les époux, pour une coopération fructueuse et mutuellement profitable ? Il avait répondu qu'il préférait la première solution, parce qu'au moins il ressentirait quelque chose pour sa femme, plutôt qu'un partenariat glacial entre deux personnes qui n'éprouvent rien l'une pour l'autre. Sa mère avait souri et l'avait embrassé sur le front en lui disant qu'il était encore bien jeune. Ils n'en avaient pas reparlé avant de nombreuses années, jusqu'à ce que la santé de sa mère décline.
Il devait bien admettre, aujourd'hui, que la position de sa mère n'avait pas été sans fondements. Et qu'elle n'était pas si mauvaise que ça.
Il avait 40 ans tout juste et sa mère était tombée malade. Elle ne devait pas survivre à sa maladie et, le sachant très bien, avait émi le regret de ne pas voir son fils aîné marié. Elle avait dit qu'elle aurait aimé tenir au moins un de ses petits-enfants dans ses bras avant de rejoindre Aulë. Oïn, guerisseur de ton état, avait dit que, peut-être, organiser un mariage aussi important que celui du Prince Héritier serait un bon traitement. Que, peut-être, l'énergie et le bonheur que cela lui procurerait suffirait à lui rendre la santé. Thorïn n'avait pas pu dire non. Pas quand sa mère se mourrait devant lui.
Les siens voulaient le voir épouser une jeune dame, fille d'un conseiller quelconque et proche de Thraïn. Tout le monde était d'accord. Sauf Thorïn. C'était son droit, tout de même. Après tout, il acceptait bien de se marier à seulement 40 ans, peut-être était-il libre de choisir sa fiançée. Et parce que Thorïn ne faisait jamais rien comme tout le monde, que ca énervait son père et que ca faisait rire son frère, il décida d'épouser Cersei. Elle était la fille d'une amie de sa mère. De petite noblesse, son père n'avait aucun poids au gouvernement, selon Thraïn, et aucune richesse particulière, selon Thror. Il avait dit qu'il n'avait besoin d'aucun appui particulier au gouvernement puisque, étant Prince, le gouvernement se réduirait à lui seul un jour ou l'autre. Il avait également déclaré qu'il n'avait pas besoin d'autre richesse, et que le trésor royal était déjà bien assez plein comme ça. De plus, avait-il ajouté, il connaissait Cersei depuis des années, depuis le berceau lui semblait-il, et ils s'entendaient bien.
Il avait préféré taire qu'ils ne s'étaient rencontrés que lors des rares visites de sa mère à son amie d'enfance, donc assez peu. Et les rares fois où ils s'étaient vus, il l'avait trouvée trop passive et trop effacée, mais cela semblait être des "qualités" requises pour devenir Reine, selon Thror et Thraïn.
Pourtant, sa grand-mère, la reine Valmora, épouse de Thror, avait été très loin d'être passive et effacée. Elle avait été aimée du peuple, et beaucoup pleurée. De même, sa mère, Dame Luàn, épouse de Thraïn, ne correspondait pas non plus à cette description, et le peuple l'adorait. Nul doute qu'il la pleurerait, elle aussi, au moment de sa disparition. Il avait pensé que les avis de son grand-père et de son père n'étaient, de fait, pas très crédibles et n'avaient donc que peu d'intérêt.
Restait le fait qu'il ne l'aimait pas. Elle ne lui inspirait, au mieux, qu'une tendresse toute fraternelle et un vague instinct de protection, sûrement dûs à son apparente fragilité. Mais de cela il pouvait s'accomoder, puisqu'il avait grandi et que la notion d'amour ne lui semblait plus aussi primordiale qu'avant au bon fonctionnement d'un mariage.
Et puis, Cersei était belle, très belle même. Des cheveux d'un roux très sombre, lisses et brillants. Des yeux langoureux, d'un gris d'acier, ourlés de cils sombres. Des lèvres pleines et charnues, qui ne demandaient qu'à être embrassées. Tout en elle n'était que courbes et rondeurs. Elle était adorable, dans tous les sens du terme. Gentille, calme et pondérée, d'une intelligence pertinente et d'une incroyable douceur. Et elle était amoureuse de lui, pour ne rien gâcher. Elle s'entendait très bien avec Dis, ce qui avait beaucoup d'importance pour lui. Parfaite donc, en dépit de la désapprobation de son père et de son grand-père, dont il n'avait pas grand chose à faire. Sa mère, elle, était d'accord. Cersei avait été très heureuse et avait déclaré que c'était "un rêve qui se réalisait". Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Comme l'avait dit Oïn, l'état de sa mère s'était amélioré. Mais une fois le mariage et les festivités passés, sa santé avait à nouveau décliné, de manière brutale et sans appel. Avant de mourir, elle avait fait venir son fils aîné, qui lui ressemblait tant, et sa belle-fille pour leur dire à quel point elle était heureuse. Elle s'était éteinte en douceur, convaincue que tout irait bien pour eux.
Et outre quelques démêlés, tout se passa bien. Du moins, entre eux. Il n'aimait toujours pas sa femme, mais s'en fichait pas mal. Elle aimait assez pour deux, d'après ses propres termes. Ca lui convenait bien.
Thror s'enfonçait dans la folie, de plus en plus.
Et puis un jour, douze ans après leur mariage, Cersei annonca qu'elle était enceinte. Tout le monde était très heureux, même lui. Surtout Dis, qui rêvait de s'occuper d'un petit bébé en attendant de pouvoir en avoir un bien à elle.
Frerin l'était beaucoup moins.
Une semaine plus tard, un vent glacé s'était levé, déracinant les arbres. Le feu s'était abattu du ciel, détruisant Dale et chassant les Nains de leur montagne. Smaug était venu et avait tué bon nombre de Nains. Ce jour-là, Dis avait failli mourir. Lui-même aurait du y rester. Cersei n'avait pas survécu. Brûlée vive, et leur enfant avec elle.
Il n'avait pas du tout envie de penser à ca.
Il y était obligé, pourtant. Car il ne pouvait pas supporter le regard, si triste malgré ses dénégations, que Cersei posait sur lui à cet instant.
Il l'avait oubliée.
- Vous ne vous rappelez vraiment pas de moi, mon amour ? Pas du tout ?
- Maintenant, si.
- Je suis contente. Votre mémoire s'effiloche progressivement, c'est à cause de cet endroit. C'est pour ça que Frerin est venu. Pour vous empêcher que d'oublier. C'est pour ça que je suis là. Et puis, vous me manquiez.
Thorïn aurait beaucoup aimé, bien voulu, lui dire qu'elle aussi lui avait manqué. Mais ce n'était pas vrai. Oh, il avait souffert, bien sûr. Elle avait été une amie chère à son coeur. Elle avait été parfaite, en tout point. Elle avait porté son enfant. Mais la blessure, si blessure il y avait eu, s'était rapidement refermée. Il s'était très vite ressaisi. Et il l'avait oublié. Il se rendait compte, maintenant, de la cruauté qui avait été la sienne.
- Oh non, mon amour, il ne faut pas penser ça. Vous ne m'avez pas oubliée.
- Ah bon ? Ca y ressemble beaucoup, selon moi, intervint Frerin d'un ton sec.
- Mais votre avis ne compte pas, ici, messire Frerin. Veuillez vous taire, je vous prie, ou bien partez, s'exclama Cersei d'un ton péremptoire.
Frerin referma la bouche et se renfrogna. Il croisa les bras et s'éloigna de quelques pas avant de revenir. Parce qu'il ne pouvait pas décemment abandonner son frère ici.
- Vous ne m'avez pas oubliée, mon amour, reprit-elle plus doucement.
- Si, il a raison.
- Je puis vous assurer que non. C'est cet endroit qui vous fait perdre la mémoire. Vous ne vous souveniez même pas du nom de vos neveux il y a quelques instants. Non vraiment, ce n'est pas de votre faute.
Trop gentille, définitivement.
- Je ne suis pas si gentille que ça, vous savez. A dire vrai, je suis même capable de haïr, si on me donne une bonne raison.
- Une bonne raison ? De quel genre ? demanda Frerin en ricanant.
- Je croyais vous avoir demandé de vous taire, messire Frerin ? Soit. Si vous voulez tout savoir, je vous ai toujours détesté, parce que vous accapariez trop souvent l'attention de Thorïn à mon goût. Même si, pour plaire à mon mari et par affection pour Dis, j'ai fait l'effort de vous supporter. J'ai aussi détesté Thror pour son amour immodéré de l'or, qui nous a conduit à notre perte. Et j'ai détesté cette fille aux cheveux blancs qui a si aisément pris ma place dans votre coeur, mon amour.
La fille aux cheveux blancs. D'elle, il se souvenait très bien. Daenerys.
- Je ne veux pas entendre son nom ! cria Cersei.
- Je n'ai rien dit.
- Tu l'as pensé, Thorïn. Très fort.
Cersei gémissait en se tenant la tête, comme blessée. Pourquoi réagissait-elle comme ça ? Il était resté seul très longtemps avant Daenerys.
- Je la hais, voilà tout ! Je suis heureuse qu'elle soit tombée ! Je suis heureuse qu'elle soit morte, cette garce !
- Si je puis me permettre... essaya Frerin.
- Ah, vous, fermez-la ! J'en ai assez de vous ! Si vous n'aviez pas été là, il m'aurait aimé, c'est sûr ! C'est de votre faute !
- Ma faute ? Vous êtes complétement folle !
- Vous accapariez tout le temps son attention, vous le détourniez de moi !
- Cersei, calmez-vous, intervint Thorïn.
- Non ! Je ne me calmerai pas ! Quand je suis morte, je me suis dit qu'à défaut d'avoir votre coeur, votre esprit au moins serait mien. Vous alliez forcément devoir penser à moi ! J'étais votre femme par tous les dieux ! Et j'étais morte !
- Oui, j'ai pensé à vous. Bien sûr que j'ai pensé à vous.
- Oui... Mais pour un temps seulement. Après, celui-là à trouver le moyen de vous accaparer encore une fois ! Il l'a fait exprès !
- Il a fait exprès de mourir, vraiment ? Bien sûr, tout le monde a envie de se faire massacrer par un Troll dans l'unique but d'accaparer l'attention de quelqu'un, acquiesça Thorïn d'un ton ironique.
- C'est d'une logique imparable, vraiment, marmonna Frerin.
- Et après, vous n'avez plus pensé qu'à lui... Ensuite, il y a eu les deux bébés, et là, c'était fini, vous m'aviez complétement oubliée !
- Vous m'avez dit que non, il y a un instant.
- Vous n'avez plus prié pour moi. C'est tout comme. Puis elle est arrivée et m'a volé votre coeur. Il aurait dû rester à Erebor avec moi !
Que pouvait-il répondre à cela ? Etait-ce si incroyable qu'elle ait voulu être aimée de son mari ? Et lui, pourquoi n'avait-il pas pu l'aimer, comme elle l'avait demandé ? Qu'avait-elle fait pour qu'il soit aussi insensible à elle ?
- On touche au coeur du problème, murmura Frerin sans se soucier des gémissements de Cersei. Pourquoi ne l'as-tu pas aimée ?
Qu'en savait-il, lui ? Les sentiments ne se commandent pas et on ne peut les forcer. Il n'y était pour rien, dans toute cette histoire.
- Non, en effet. Cela dit, il y a une raison à tout ça.
- Il y a toujours une raison, n'est-ce pas ?
- Exactement. Dépêche toi de la trouver, d'ailleurs. J'en ai assez d'être ici.
- Ici ? Ce n'est pas ça, la mort ?
- Ca ? Oh non, sûrement pas ! Ce qu'il y a après est bien mieux.
- Si je suis mort, pourquoi n'y suis-je pas allé ?
- Parce que tu n'es pas mort. Pas encore. Je te l'ai déjà dit. Dépêche toi.
- Je ne comprend pas.
- Je ne te demande pas de comprendre ça, ça n'a aucun intérêt. Concentre toi.
- Sur quoi dois-je me concentrer, déjà ?
Il avait déjà oublié ce à quoi il était sensé réfléchir.
- Pourquoi ne m'avez-vous pas aimée... gémit Cersei d'une voix déchirée.
- Je ne sais pas. Comment pourrais-je savoir ?
- Prenons les choses à l'envers. Ta petite Daenerys, là...
- NE PRONONCEZ PAS SON NOM ! hurla Cersei.
- Oui, bon, d'accord. Donc, la fille. Comment se fait-il que tu aies pu l'aimer, cette fille, et pas ta propre femme ? Qu'a-t-elle de plus ?
Absolument rien. Ou bien tout ?
- Honnêtement, je ne te comprend pas. Elle n'a rien de transcendant, la petite. Toute pâlotte, en plus, et un peu folle sur les bords... J'ai beau ne pas aimer Cersei, il faut quand même avouer qu'elle est bien mieux que ta seconde femme !
Et lui avait envie de frapper son frère. Très fort.
- Moi je dis ça, c'est pour t'aider, c'est tout.
- Et bien, ne m'aide pas.
Cela dit, Frerin n'avait pas tort. Comparée à Cersei, dont la beauté était réputée, Daenerys n'avait rien pour elle. La peau trop pâle, d'étranges yeux verts cerclés de rouge, des cheveux d'une teinte peu commune et surtout peu attrayante. Petite et ronde quand Cersei était grande et fine. Emportée, colérique et généralement irrespectueuse, même son caractère jouait en sa défaveur. Pourtant, c'était de la gamine aux cheveux blancs qu'il était tombé amoureux, et non pas de la beauté rousse. Il y avait définitivement quelque chose qui clochait chez lui. C'était une certitude puisqu'il avait trouvé le moyen de s'enticher de la fiancée de son neveu favori, fiancée dont il pourrait être le père. Une enfant.
- Une enfant à ce moment-là. Elle a grandi maintenant.
- Je dois être un peu pédophile alors...
- On se rapproche. Tu m'as déjà dit ça.
- Je ne me rappelle pas.
- Aller, je t'aide. Tu étais ivre. Complètement. Moi aussi, cela dit. Tu m'as parlé de quelque chose d'étrange, que tu avais préféré garder pour toi.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Oui, qu'est-ce que c'est ? répéta Cersei, intriguée.
- Un rêve.
Thorïn cligna des yeux sans rien dire, tandis que les souvenirs affluaient de sa mémoire.
- Les Nains ne rêvent pas, Frerin. Vous êtes stupide, affirma Cersei en souriant.
Non, les Nains ne rêvent pas. Ils dorment d'un sommeil de pierre. Mais lui avait rêvé.
Une seule fois, et cela l'avait marqué à jamais. La veille de son mariage. Au fil des ans, le songe s'était dissipé, ne lui laissant que de vagues images, de vagues impressions. Aujourd'hui, alors qu'il se mourrait, il s'en souvenait avec une acuité effrayante.
Il se tenait debout, dans une vaste caverne aux murs de saphirs. Devant lui, une fillette. Elle tenait entre ses petites mains une pierre aux mille facettes grosse comme le poing d'un homme et plus brillante que le soleil. L'éclat du joyau, qui pulsait comme un coeur, occultait totalement le visage de l'enfant. D'elle, il ne voyait que les longs, très longs, si longs cheveux blancs.
- Nous t'attendions, murmura-t-elle, et la voix résonna en écho dans son esprit.
La petite fille se détourna de lui et, d'une démarche sautillante et enfantine, s'en fut vers l'ombre. Il la suivit sans réfléchir, et les murs de saphir explosèrent.
Ils volaient sur le dos d'un dragon aux écailles dorées. Le monde défilait sous ses yeux. Ils planaient au-dessus de plaines verdoyantes et de hautes montagnes qui se battaient entre elles, surplombant une sombre forêt où se dressait une forteresse d'ombre d'où émanaient des cris de terreur. Puis ils survolèrent une grande prairie où l'herbe était rouge et la terre jonchées de cadavres. Des montagnes de cadavres sans visage.
Ils se tenaient maintenant devant de monumentales portes de pierre et, face à eux, se dressaient un Orc à la peau blanche et un Gobelin gigantesque dont la tête était recouverte d'un casque taillé dans le crâne d'un animal. L'aura noire qui se dégageait des créatures l'écrasait. La petite se mit à trembler. Il n'avait qu'une envie, courir loin du monstre blanc qui le terrifiait. Mais il y avait l'enfant. Le Gobelin avança d'un pas et, avant qu'il puisse réagir, frappa la fillette, qui poussa un cri aigu. L'instant d'après, le Gobelin expirait à ses pieds et ses mains étaient couvertes de sang. L'Orc à la peau blanche s'avança à son tour. Une petite main se glissa dans la sienne et le tira à l'intérieur de la montagne, le soustrayant au regard de la créature. Les portes se refermèrent et, debout dans le vaste Hall d'Erebor, il observa la fillette avec une attention inquiète. Indemne, elle serra sa main et se pressa contre lui. Il lui semblait qu'elle était différente. Plus grande, moins enfant.
Devant lui, le trône de son grand-père. La cité était intacte. Et totalement vide.
La fillette s'engagea dans un escalier monumental qui, il le savait inconsciemment, descendait jusqu'à la salle du trésor. Il la suivit.
- Comment se fait-il que tu ne sois pas blessée ?
- Nous l'avons été.
- Mais tu ne l'es plus.
- Non. Tu es courageux.
- Non, je ne crois pas.
- Tu as affronté le Grand Gobelin.
- Pas l'Orc.
- Ce n'est pas à toi de tuer l'Orc.
- A qui, alors ?
La petite fille eut un rire léger et pressa sa main un peu plus fort. Elle avait un très beau rire, clair et musical. Il aurait aimé voir son visage, mais l'éclat de la pierre était trop éblouissant. Le joyau pulsait, maintenant, au même rythme que son coeur.
- Qui es-tu ? demanda-t-il.
- Que crois-tu que nous soyons ?
- L'avenir ?
- Le destin.
- Mon destin ?
- Pas uniquement, mais oui, en un sens, nous sommes ton destin.
- En un sens ?
- Ton destin s'entremêle à d'autres. Tu es la dernière partie de l'histoire de quelqu'un.
- Je ne crois pas au destin. Qui es-tu ?
- Tu finiras par y croire, Thorïn Oakenshield.
- Oakenshield ? s'étonna-t-il, car à cette époque il ne s'appelait pas ainsi.
- Nous n'existons pas encore. Mais nous existerons, un jour, sois en sûr. Pour toi. Rien que pour toi.
La voix de la fillette, encore, résonnait dans son esprit avec force. Il aimait cette voix. Il aimait son rire. Plus il descendait les marches de l'escalier, plus il aimait la fillette. C'était une sensation diffuse de chaleur, d'envie et de désir. L'idée de tenir cette petite main serrée dans la sienne lui plaisait énormément. Sans réfléchir, il tendit sa main libre vers le visage invisible de l'enfant. Il effleura une peau douce et fraîche. Ses doigts carressèrent la joue lentement avant de cheminer délicatement vers les lèvres. La fillette tourna légèrement la tête et déposa un doux baiser sur la paume de sa main. Son sang rua dans ses veines et son coeur rata un battement. Le joyau lumineux aussi.
Il se figea soudainement sur une marche, incapable de descendre plus bas. La salle du trésor était désormais visible, et aussi vide que le reste du Royaume. En son centre, lové au sol comme un chat, sommeillait le dragon aux écailles dorées. La petite fille s'arrêta, plusieurs marches sous la sienne, et se retourna vers lui.
- Tu as vu. Tu sais.
- Je sais quoi ?
Le dragon s'éveilla lentement et s'étira, son cou reptilien se tendant vers l'escalier. Il se dressa sur ses pattes et marcha vers eux.
- Maintenant, répond à ma question.
- Quelle question ?
Le dragon se stoppa au bas des marches et rugit avec force, furieux d'être dérangé dans son sommeil. Il ouvrit une gueule immense au fond de laquelle un millier de brasiers infernaux rougeoyaient.
- Pourquoi, Thorïn ?
La pierre aux mille facettes illumina le monde, tel un soleil miniature en plein coeur d'Erebor. Les flammes engloutirent la petite fille et le joyau avec elle. Et il brûla.
Un jour, alors que son rêve le hantait à chaque seconde de son existence, il s'en était ouvert à son frère, non sans avoir avalé un nombre conséquent de bières pour se donner du courage. Il se souvenait avoir beaucoup ri, ce soir-là.
"Toi, tu es un homo incestueux, et moi je suis un peu pédophile. Mais pas trop."
"Une belle paire de détraqués ma foi."
Oui, ils avaient bien ri. Le lendemain, beaucoup moins. Frerin avait préféré ne pas relever et lui s'était abstenu du moindre commentaire.
Il ne rêva plus, son sommeil était de pierre.
Et son coeur, brisé en mille éclats.
C'était donc ça, la clé de toute cette histoire. Son rêve.
- Enfin ! On va pouvoir avancer, s'exclama Frerin.
Cersei, près de lui, cacha son visage dans ses mains, masquant ses larmes, étouffant les sanglots déchirants qui se bousculaient dans sa gorge.
- C'était un combat perdu d'avance, n'est-ce pas ? demanda-t-elle d'une voix brisée par le chagrin. Je n'ai jamais eu la moindre chance ?
Thorïn tourna un regard désolé vers la Naine aux cheveux roux.
- Pas la moindre.
Elle lâcha la bride à ses pleurs et se réfugia dans les bras de son mari. Il la serra dans ses bras tendrement, murmurant des excuses sincères à son oreille.
Frerin observait la scène, bras croisés, d'un air sombre. Il leur tourna le dos et s'éloigna de quelques pas, mécontent.
Cersei se redressa et passa ses mains dans les cheveux noirs de Thorïn. Elle sourit, difficilement, les yeux rougis et les joues creusées par ses larmes amères. Elle caressa le visage de son mari et embrassa ses lèvres avec douceur, presque vénération.
- Ca ne fait rien. Je vous aime quand même. Assez pour vouloir votre bonheur.
- Je suis désolé.
- Il ne faut pas l'être. Je... je vais vous révéler quelque chose. Quelque chose que Frerin ne sait pas, ou qu'il préfère taire.
Cersei se dressa sur la pointe des pieds et approcha sa bouche de l'oreille de Thorïn.
- La fille attend de l'autre côté. Elle a dit qu'elle ne partirait pas sans vous, chuchota-t-elle en fermant les yeux, priant pour qu'il croit à son mensonge.
Thorïn s'écarta d'elle, l'air hagard.
- Daenerys m'attend ?
- Oui. Je suis venue ici pour vous renvoyer chez les vivants, je ne voulais pas que vous la retrouviez. Mais je vois bien que ce serait mesquin, cruel, de ma part de vous priver d'elle alors que vous en avez tant besoin. Si vous le désirez, je vous ferai passer de l'autre côté. Je vous ménerai juqu'à elle.
- Vous feriez ça pour moi ? demanda-t-il à voix basse.
- Pour vous, je ferais n'importe quoi, mon amour. Désirez-vous mourir ?
Oui. Oui, il désirait mourir. Plus qu'Erebor, plus que le bonheur de sa soeur et ses neveux, il voulait retrouver Daenerys. Il voulait mourir et la revoir.
- Alors venez avec moi, mon chéri...
Cersei passa ses bras autour de sa taille et l'embrassa avec passion. Les baisers de la Naine aux cheveux roux le laissaient de marbre, et il ressentait cela comme une trahison vis à vis de Daenerys, mais qu'à cela ne tienne. Il pouvait bien accorder ça à sa défunte femme. Serrant toujours Cersei contre lui, il se sentit somber.
L'eau était chaude et bienfaisante.
Le noir se rapprochait à grands pas. Bientôt, il mourrait, enfin. Bientôt, il retrouverait Daenerys. Enfin. Il rouvrit les yeux et vit ceux de Cersei s'agrandir d'effroi. Elle s'écarta brusquement de lui, croisant les bras devant son visage pour se protéger d'il ne savait quoi. Il y eut un bref cri féminin, une incroyable explosion étonnamment silencieuse, et il se retrouva une nouvelle fois debout devant son frère, qui le tenait à bout de bras. Frerin était hors de lui.
- Tu n'es qu'une traîtresse ! Une menteuse ! Espèce de sale garce ! hurla-t-il de toute la puissance de sa voix avant de se jeter sur Cersei, qui hurla à son tour.
Thorïn ceintura son frère et l'écarta de la Naine avant qu'il ne la frappe. Un pas après l'autre, il réussit à l'éloigner assez pour que la simple vision de la femme ne le mette pas en rage. Frerin respirait fort, les doigts repliés comme des serres meutriers. Ses yeux ambrés étincelaient d'une fureur mal contrôlée.
- Cette... cette salope essaye de te tuer ! s'égosilla-t-il.
- Oui, merci, je sais. La question est, pourquoi ne veux-tu pas que je meurs, toi ?
Frerin se calma instantanément et regarda son frère comme s'il lui avait poussé une deuxième tête. Abasourdi, il essaya deux fois de formuler une réponse cohérente, sans succès, avant de parvenir enfin à émettre un son.
- Mais... Mais c'est ridicule, enfin, tu ne peux pas vouloir mourir...
- Si, j'aimerais bien, si ca me permet de revoir Daenerys.
- De quoi ? Mais...
- Mais quoi, Frerin ?
- Tu ne peux pas mourir maintenant, c'est impossible.
- Il a dit qu'il voulait mourir, fichez lui la paix ! intervint Cersei, revenue de sa terreur, qui s'était approchée d'eux.
- TOI, HORS DE MA VUE OU JE T'ARRACHE LA LANGUE !
Cersei battit prudemment en retraite, peu désireuse de voir éclater la fureur de son beau-frère. Elle ne l'aimait pas, vraiment pas, et le savait bien plus faible physiquement parlant que son frère aîné, mais elle ne voulait pas tenter le diable, malgré tout.
- Tu ne peux pas mourir, voilà tout.
- Rien à faire. Si tu me renvoies là-bas je me trancherai la gorge avec Orcrist.
- Quoi ? Es-tu fou ?
- Je veux simplement mourir.
- Mais POURQUOI ?
- Je veux retrouver Daenerys.
- Qu'est-ce que tu peux m'énerver, avec ta foutue gamine...
- Alors laisse moi mourir en paix et je ne t'énerverai plus.
- Tout cela parce que tu penses qu'elle est morte ?
- Elle EST morte, Frerin. Je l'ai vue tomber.
- En effet. Moi aussi. Mais ca ne veut pas dire qu'elle est morte.
Ce fut au tour de Thorïn de regarder son frère comme s'il avait une deuxième tête. Secouant la sienne avec désespoir, il tourna le dos à Frerin et s'approcha de Cersei.
- Allons-y.
Elle eut un sourire de victoire et toisa le cadet de son mari avec arrogance. Il entendit son petit frère lâcher une bordée de jurons et taper du pied sur le sol aqueux, ce qui éclaboussa les alentours. Une nouvelle fois, Cersei entoura sa taille de ses bras.
- Elle n'est pas morte, ta gamine. Elle est bien vivante et attend patiemment que tu veuilles bien te réveiller.
Paniquée, Cersei tenta de l'entraîner dans l'eau, mais il la lâcha lorsque les paroles de son frère lui parvinrent. Privée de son appui, elle s'effondra sur le sol et coula une seconde avant de remonter, pitoyable comme un rat trempé.
Thorïn se retourna vers Frerin en fronçant les sourcils.
- Qu'est-ce que tu as dit ?
- Que ta foutue gamine est vivante.
- C'est faux, mon amour, il ment pour vous obliger à retourner là-bas !
- Mais elle va la fermer, la débile ?
- NE ME PARLEZ PAS COMME CA !
- JE TE PARLE COMME JE VEUX !
- TAISEZ VOUS !
Les deux antagonistes préfèrèrent obéir à Thorïn et fermèrent prudemment la bouche. On aurait dit deux enfants pris en faute en train de se bagarrer pour le dernier biscuit.
Thorïn ne savait plus à qui se fier.
Frerin était son petit frère, et ils avaient toujours été extrêmement proches.
Cersei était sa femme, et était bien trop gentille pour commettre une quelconque action malfaisante, même avec la meilleure volonté du monde. Du moins, elle était ainsi de son vivant. La mort et l'amertume l'avaient peut-être changée. Pour preuve, ses brusques accès de colère n'étaient pas, quand elle vivait encore. Pourrait-elle avoir changé au point de lui mentir délibérément ?
- Non, mon amour, non ! Je ne vous mentirais jamais !
- Tu veux lui faire croire que la gamine est morte pour qu'il te suive de l'autre côté et n'aie plus aucun moyen de la retrouver !
- On ne vous a pas sonné, vous !
- Je n'ai pas besoin de ton autorisation pour parler à mon frère, traîtresse. Thorïn, cette femme est malfaisante, voilà tout ! annonça le Nain aux cheveux blonds sur le ton de l'évidence.
Ce soudain revirement, en effet, était peu crédible, si il y réfléchissait. Et puis son frère ne pouvait pas mentir, il ne l'avait même jamais trahi. C'était lui qui l'avait abandonné. Cela aurait-il pu le blesser au point qu'il veuille le punir en lui interdisant de rejoindre Daenerys dans la mort, en le forçant à retourner parmi les vivants ?
- Oui ! En effet ! Frerin est un sombre imbécile, un menteur, qui veut vous tuer ! Il ne faut pas le laisser faire, mon chéri ! s'exclama Cersei.
- J'en ai assez de tout ça. Thorïn, s'il te plaît. Regarde moi dans les yeux, et dis moi si je te mens. Daenerys est vivante.
Les yeux bleus de Thorïn fouillèrent, inquisiteurs, dans les yeux d'ambre de Frerin. La sincérité qui émanait de lui était frappante. Son petit frère ne pouvait pas lui mentir.
Frerin eut un sourire soulagé et il avança d'un pas pour prendre son frère dans ses bras.
Le hurlement de rage de Cersei les arracha à leur contemplation mutuelle. Elle dépassa Thorïn et bondit sur Frerin, prête à l'égorger à coups de dents. Le cadet l'attrapa à la gorge avant qu'elle n'aie pu l'atteindre.
- Qu'est-ce que je fais d'elle, mon frère ? demanda-t-il à Thorïn.
- Ce que tu veux. Je ne veux plus la voir.
Frerin eut un sourire carnassier et la plaqua sur le sol d'eau. La Naine coula mais se débattit fortement, bien décidée à remonter à la surface. Frerin posa la main sur sa tête et, une secousse plus tard, Cersei explosa en milliers de gouttelettes d'eau, qui se dispercèrent dans l'océan blanc. Bras croisés, Thorïn attendait.
Le Nain aux cheveux blonds se redressa en souriant joyeusement. Il s'essuya les mains sur sa tunique et les tendit à son frère.
- Je suis content, tu sais, que tu acceptes de retourner là-bas.
- Mh. Comment fait-on ?
- Il faut le vouloir. Et aussi que tu comprennes le but de tout ça.
- Je veux remonter. Quant à comprendre...
- Pense à ton rêve, mon frère. Il t'a été envoyé pour une bonne raison.
- Une simple anomalie due au stress de mon "mariage", voilà tout.
Frerin eut un rire de tristesse. Il secoua la tête sans quitter son frère des yeux.
- Oh, Thorïn, tu sais bien que non... murmura-t-il.
- Qu'est-ce que ca peut être d'autre, alors ?
- C'est le destin, mon frère. On t'a révélé ton destin cette nuit-là. Il faut maintenant que tu l'acceptes et que tu le réalises.
- Je ne crois pas au destin, Frerin, tu le sais.
- Tu as refusé d'y croire toutes ces années, et regarde où ca t'a mené !
- Dans tous les cas, à quoi cela m'avancera-t-il ? Ce rêve est incompréhensible !
- Parce que tu n'écoutes pas ! Parce que tu ne vois pas !
- J'ai vu et écouté ! Il n'y a rien à comprendre !
- C'est faux.
- Alors, je n'ai rien compris, et je ne comprendrai jamais rien.
Frerin ferma les yeux et attira son frère dans ses bras. D'une main, il caressa les cheveux noirs de Thorïn, l'autre enserrant sa taille avec force.
- Tu sais, si ca ne tenait qu'à moi, je t'emmènerais de l'autre côté. Je ne te laisserais pas retourner là-bas, parce que je sais ce qui t'attend, et que j'ai peur, murmura-t-il d'une voix douce.
- Ca alors, le grand Frerin a peur ? ironisa le Roi déchu sur le même ton.
- J'ai peur pour toi, grand-frère. Ton destin est semé d'embuches, et je ne serai pas là pour t'aider. Mais il faut que tu y retournes. Sauf que tu ne comprends pas. Et que je n'ai aucune envie de te révéler la vérité.
- Il va falloir, Frerin. Nous n'avons pas fait tout cela pour rien, n'est-ce pas ?
- Non, on n'a pas fait tout ça pour rien...
La voix de Frerin était plus basse qu'un murmure dans le vent. Il releva la tête et entoura de ses mains le visage de son frère aîné, son cher grand-frère qu'il aimait tant, et bien plus qu'il ne devrait l'aimer.
- Ton destin, c'est de retourner là-bas, auprès d'elle, mon frère.
Retourner auprès d'elle. Oui, retourner auprès de Daenerys. Il devait retourner avec les vivants, reconquérir Erebor et l'offrir à Daenerys. Oui, il allait faire ça. C'était ce que le destin avait prévu. La petite fille aux cheveux blancs, le grand Hall, oui, tout concordait.
- Non, pas celle-là ! intervint Frerin, et sa voix était si dure, si sèche, que Thorïn sentit un frisson glacé parcourir son échine. Elle, mon frère.
Frerin s'écarta d'un pas, un sourire triste étirant ses lèvres fines.
- Il faut rentrer maintenant.
Thorïn hocha la tête et s'empara des mains de son frère pour les serrer dans les siennes. Autour de lui, le blanc s'épaississait. Des lambeaux de brume rampèrent vers eux et s'enroulèrent autour de Frerin, le masquant progressivement à la vue de son frère aîné.
- Je t'aime, grand-frère. Je t'attendrai.
Il aurait voulu lui répondre, lui dire qu'il l'aimait aussi, mais n'en eut pas le temps. Une violente douleur vrilla son cerveau et il tomba à genoux. L'image de Frerin se dissipa lentement comme une écharpe de brume.
Il s'effondra.
Fin du chapitre.
Voilà, j'espère que ca vous a plu malgré la longueur du texte.
En vous souhaitant longue vie et prospérité, je vous embrasse.
Aschen
