Titre : Muet comme une tombe

Auteur : The Fool

Résumé : Scorpius Severus Malfoy, journaliste et dans la merde, bien décidé à trouver le scoop du siècle. Il semblerait que Harry Potter soit son sauveur. Mais attention Scorpius, à trop creuser le passé, on déterre des secrets qui feraient mieux de rester sous terre...

Pairing : Drago/Harry (bien entendu, venant de moi...) mais aussi un Albus Severus Potter/Scorpius Malfoy (moins important)

Info : Cette fiction se passe après le tome 7 (et avec l'épilogue, oui, oui), la seule modification que j'ai apportée pour le moment est le deuxième prénom de Scorpius, c'est sensé être Hyperion, mais j'ai décidé que cela serait Severus.

Note de l'auteur : Bon, je n'ose même pas regarder de quand date le précédent chapitre... A part vous dire que j'ai été prise par le cours de la vie, je suis impardonnable de vous avoir fait mariner comme ça !

Voici donc un nouveau chapitre, du côté de Scorpius cette fois, on glisse doucement vers la fin les amis !

Que dire de vos reviews... Merci, merci merci pour tout ! Je suis contente de voir cette fic de plus en plus lue, de voir que des gens aiment ce que je fais quand moi j'ai des doutes sur mes productions. Heureusement que vous êtes là, sinon, à quoi cela servirait d'écrire si on a pas de lecteur ?

(Jenova : merci de ta review...je suis contente que tu aimes et mille merci de tes compliments... Désolé d'avoir été aussi longue, j'espère que tu aimeras ce chapitre =)

Santera : Merci de ta review =), exactement ! Peu de gens font différemment de Harry ! L'appel de la normalité est parfois beaucoup plus fort que les sentiments, c'est si dur de vivre en « transgression »... En espérant que la suite te plaise)

Dans les chapitres précédents : Scorpius a fait une erreur à son boulot, rétrogradé à corriger des chroniques nécrologiques dans l'antre de Wizard Press, le jeune homme cherche le scoop... Scoop qu'il trouvera chez Harry Potter, qui veut bien lui raconter la Guerre. Mais peu à peu, les confessions se révèlent bien trop étroitement liées à sa famille qui a toujours refusé de parler de leur passé.

Plus de 25 ans avant, Harry se débat dans un monde en total changement. Il a vaincu, gagné mais que peut-il faire de sa vie à présent ? Il est perdu, englué dans un quotidien oppressant... Au cours d'une promenade du côté moldu, il croise Drago Malfoy aussi perturbé de lui. D'abord relation de compréhension mutuelle, Harry et Drago plongent dans une relation amoureuse. Jusqu'au choix. Celui de Ginny, celui de la normalité.

NB : Pas de corrections sur ce chapitre de la part de ma béta (qui est très occupée!) je m'empresserai de mettre en ligne sa correction... Merci fraiseabricot de toujours répondre présente =)

EDIT : Chapitre corrigé ! Merci =)

Bonne lecture !

Muet comme une tombe

Chapitre 9

Musique : Lykke Li – Until we bleed

« And if Cupid's got a gun, then he's shootin'
Lights black
Heads bang
You're my drug
We live it
You're drunk, you need it
Real love, I'll give it

So we're bound to linger on
We drink the fatal drop
Then love until we bleed »

Plus Harry s'épanchait sur sa 5ème et 6ème année, plus Scorpius se sentait mal à l'aise.

Une double question ne cessait de le tourmenter : que s'était-il donc passer dans la tête du jeune Drago pour agir comme ça ? Et lui, qu'aurait-il fait dans sa situation ?

-Après la mort de Sirius...

Ici, Harry se permit un silence et se gratta la gorge sans le regarder dans les yeux. Scorpius n'enchaîna pas sur une question, le Survivant avait besoin de temps pour lui raconter cela.

L'homme se servit un verre de vin et en but presque la moitié d'un seul coup. Le blond retint son souffle et ne parvint à détacher son regard de la main tremblante du héros.

-Après la mort de Sirius au Ministère, les choses sérieuses ont commencé, si je puis dire. J'ai passé un été morne, triste, sans saveur. Je venais de perdre la seule figure paternelle de mon entourage et Dumbledore m'a laissé mariner plus d'un mois sans nouvelles. Il se passait quelque chose et on me tenait écarté de tout. Je comprends maintenant pourquoi, mais pas à 15 ans, pas après un drame comme celui-ci...

Scorpius se pinça ses lèvres pour ne pas laisser échapper des paroles coléreuses mais au fond de lui, il hurlait : « Merlin, mais c'est normal ! Et Dumbledore a manqué de tact ! Merde, Harry venait de tout perdre... »

-Et mon grand-père ? décida de couper Scorpius.

Harry le regarda enfin dans les yeux.

-Lucius fut (idem que précédemment) mis en prison, à Azkaban avec les autres Mangemorts de la Mission. Lui, les Lestrange et d'autres. A partir de ce moment-là, Drago et Narcissa se sont retrouvés pieds et poings liés. Lucius avait failli à sa mission et Voldemort comptait bien les punir pour cela.

Scorpius retint un gémissement de terreur et baissa les yeux. Bordel, dans quelle galère son papi avait foutu son père et sa mamie ? La peur, l'angoisse, le stress constant...

-Tu es sûr que tu veux que je continue aujourd'hui ? demanda doucement Harry en se penchant vers lui. Je comprends et il commence à se faire tard...

-Non, ordonna-t-il. Enfin, s'il vous plaît... murmura-t-il d'une voix moins ferme. Dites-moi tout.

Comme un pansement, il valait mieux tirer dessus d'un coup sec et bref.

-Ce que je vais te dire, je l'ignorais avant ma septième année et la fin de la Guerre. Si je l'avais su avant, j'aurais certainement agi autrement... D'abord, Voldemort confia une mission suicide à ton père pendant les grandes vacances. Il était Mangemort à présent et se devait de redorer l'honneur des Malfoy, défraîchit par son père. Malgré les protestations de Narcissa, Drago avait un an pour faire enter les Mangemorts au sein même de Poudlard par une armoire magique et il devait tuer Dumbledore...

-Quoi ? croassa Scorpius en avalant difficilement sa salive. Voldemort a donné un an à mon père pour TUER Dumbledore ?

C'était absurde, personne n'y était arrivé pas même Grindelwald alors un jeune sorcier de 16 ans !

-Comme je l'ai dit, Voldemort se vengeait de Lucius. Drago savait clairement que c'était une mission suicide, mais que pouvait-il faire ? On menaçait sa mère... Il accepta et le pire, c'est qu'il a réussi, du moins une partie de la mission.

Scorpius était littéralement pendu aux lèvres du Survivant et ne le coupa pas une seule fois pendant son monologue.

Harry lui dit ce que son père avait fait : réparer une armoire empreinte de magie noire sans que personne ne le sache, mais finalement étroitement surveillé par Dumbledore et Rogue, le parrain de Drago. C'est avec une grimace de dégoût que le Survivant lui raconta comment il avait découvert Drago, apeuré et en pleurs dans les toilettes de Mimi Geignarde.

-Et au lieu de réfléchir un peu, j'ai agi comme un stupide Gryffondor, je lui ai jeté un sort dont je ne connaissais même pas les effets...

Scorpius s'imaginait son père, à terre, agonisant et incompris. Serait-il allé aussi loin pour son père ? Qu'aurait-il fait si Drago avait été aussi en danger que Narcissa ?

Il ne connaissait pas la réponse et ne souhaitait jamais la connaître.

-Drago n'a pas tué Dumbledore, c'est Rogue qui l'a fait sous son injonction. J'ai pensé Rogue assassin alors que le Directeur et lui avait tout orchestré depuis le début. Drago a juste été un dommage collatéral en quelque sorte. J'ai été si stupide...

Harry serra l'arrête de son nez de ses deux doigts et soupira longuement. Scorpius se pinça les lèvres et sentit son coeur se serrer devant une telle image. Le Survivant semblait revivre la nuit de la mort de Dumbledore en la lui narrant.

A cet instant, il n'était plus le Vainqueur mais le reflet de ses 16 ans presque révolus : paumé et triste.

-Je veux savoir ce qu'il est arrivé à mon père après... affirma Scorpius les sourcils froncés.

Il ne voulait plus entendre l'histoire du Survivant maintenant, il voulait entendre celle de son père.

Harry releva les yeux vers lui, soupira et haussa les épaules.

-J'ignore les détails mais il est resté au Manoir des Malfoy, où Voldemort avait installé son QG. L'année n'a pas dû être des plus reposantes, je suppose qu'il a joué le rôle du parfait Mangemort en voulant protéger sa famille du pire. Quand je l'ai vu – j'avais été capturé et emmené au QG du Lord – il a fait mine de ne pas me reconnaître, pour me sauver la mise. C'est à partir de ce moment que j'ai réalisé qu'il était seulement une victime et pas un bourreau. Il était temps. Après, c'était pendant la bataille finale, on s'est battu, sans bonne raison et sans réel résultat et je l'ai sauvé des flammes. Il n'était plus mon ennemi à l'époque si on peut dire. Il était un Mangemort malgré lui et je ne suis pas un meurtrier. Après cela, il ne m'a plus fait de tort et j'ai décidé d'intervenir en sa faveur pour son procès.

Scorpius eut un long soupir et se força à rester calme. Il avait tant envie de pleurer d'amertume... Une enfance et une adolescence gâchées à cause d'idéaux familiaux... C'était à en gerber...

Harry eut un petit rire.

-Tu m'as fait aller trop vite, Scorpius...

Le brun lui servit un verre de vin en silence et Scorpius essaya de se détendre. Il regarda un instant le front de Harry, ridé par les soucis et l'amertume.

-Il fallait que je sache une bonne fois pour toutes, désolé, déclara-t-il s'emparant du verre et en savourant une gorgée.

Harry acquiesça, compréhensif et se détendit légèrement. Ils en avaient fini pour ce soir avec ses souvenirs sombres.

OOO

Scorpius soupira longuement et repoussa quelques mèches blondes qui traînaient devant ses yeux fatigués. Il releva la tête de son parchemin noirci d'encre et regarda un instant le lampadaire devant sa fenêtre éclairant faiblement la rue sombre. Il fit craquer son dos avec soulagement et lança un tempus de sa baguette. 22h30...

A peine rentré du boulot, Scorpius s'était précipité sur ses notes, articles et s'était remis au travail avec ferveur. Il n'avait pas vu le temps passer et il y avait tant à faire encore...

Si il avait toujours été considéré comme un véritable éditeur/journaliste, il n'aurait pas eu à faire ça en dehors de ses heures de travail. Il soupira de nouveau en se souvenant de ce temps-là (pas si éloigné de ça mais qui lui semblait bien loin) où il n'avait que ses projets éditoriaux en tête et à faire. Et pas à être un vulgaire gratte-papier de chroniques nécrologiques.

Scorpius Malfoy rebaissa ses yeux sur son bureau enseveli sous les papiers et sentit une angoisse sourde montée en lui : et si son projet n'était pas bien reçu par le Directeur ? Et si les lecteurs n'avaient pas envie de savoir ça ?

-Bordel... marmonna-t-il contre lui-même. Ce n'était pas le moment de douter comme un vulgaire débutant. Il se redressa vivement et se dirigea dans de grandes enjambées vers la cuisine pour se servir une énième tasse de café.

Assis nonchalamment sur le comptoir de sa cuisine, il ne savait pas que malgré ses cheveux blonds, ses yeux bleus, ses traits profondément Malfoy, il ressemblait à Sirius Black à sa belle époque.

Il avait vu Harry pour deux autres entretiens la semaine dernière et le Survivant avait enfin achevé son histoire : celle d'une Guerre terrible qui avait saigné à vif des générations de sorciers. La séance où Potter avait raconté l'histoire de Severus Rogue avait certainement été l'une des plus éprouvantes. Merlin, mais quel gâchis ! Ces morts, cette douleur, ces secrets... Scorpius détenait dans ses parchemins un témoignage historique chaotique. Dire qu'il se sentait mieux de connaître la vérité aurait été exagéré, il se sentait comme le cul entre deux chaises. Un poids s'était enlevé de son épaule : à présent, il savait. Mais d'un autre, la vérité lui faisait faire des cauchemars chaque nuit. Le témoignage d'Harry prenait vie au creux de son sommeil.

A présent Scorpius avait assez de matière pour son projet, peut-être qu'il leur faudrait encore une petite séance pour définir la forme de publication mais il savait tout.

Pourtant, Scorpius avait un sentiment étrange à la relecture des retranscriptions de Harry... comme si l'homme n'avait pas encore fini de lui livrer ses secrets. Le Survivant avait l'air d'hésiter, les mots (les aveux!) ne sortaient pas de sa bouche. Parfois, il ne finissait pas vraiment sa phrase et regardait de longues secondes Scorpius annoter le parchemin, perdu et troublé. Et le jeune Malfoy n'insistait pas.

Parfois, Harry Potter lui faisait singulièrement penser à son père. Plus on insistait pour avoir une information, plus l'homme se braquait. Si le Survivant avait quelque chose de plus à lui dire, il le ferait quand il aurait envie point.

Scorpius s'avança dans son salon et attrapa son portable qui traînait sur le canapé : un message non lu de Albus. A cette vision, il fit un doux sourire et consulta le message :

« Tu vas bien ? Je n'ai pas de nouvelles de toi depuis quelques jours... Tu dois être plongé dans ton projet je suppose... Bref, ça serait bien qu'on puisse se voir ce week end, dis-moi si c'est possible. Bisous. Al »

Scorpius sentit une bouffée de culpabilité l'envahir. Albus... Il pensait à lui, souvent, mais ne lui en faisait que très rarement part. Il s'en voulait de ne pas consacrer plus de temps à son récent petit ami, surtout que pour une fois, il sentait que c'était du sérieux. Il consulta l'heure du texto : 22h. Il ne devait pas encore dormir. Scorpius décida de laisser son projet en stand-by ce soir, il devenait sombre à relire et relire les parchemins, il avait besoin de voir Albus et se changea rapidement avant de transplaner à la maison d'Albus.

Il arriva rapidement en bas du petit chemin de terre et regarda la maison : les lumières étaient encore allumées, Scorpius sentit le sourire lui revenir : Albus ne dormait pas. Il remonta l'allée rapidement et frappa à la porte. Des éclats de voix, des bruits de pas. Il aurait peut-être dû le prévenir avant, Albus ne semblait pas seul. La porte en bois s'ouvrit doucement dans un grincement et des yeux verts surpris l'accueillirent.

-Scorpius ? s'étonna Albus. Que fais-tu là ?

Le blond lui fit un grand sourire et se pencha doucement pour l'embrasser. Le goût de ses lèvres lui avait vraiment manqué.

-J'avais envie de te voir Al... Je te dérange peut-être ?

Albus tourna la tête vers le salon.

-Non non, pas du tout, mon père, mon oncle et ma tante sont là...

-Oh, je vais peut-être te laisser alors... murmura Scorpius mal à l'aise.

Que dirait sa famille si ils se rendaient compte qu'Albus entretenait une relation plus qu'amicale avec lui ? Car rendre visite à un « ami » à cette heure-ci ne voulait dire qu'une chose...

Albus le dévisagea, hésitant puis ouvrit la porte plus grande.

-Cela ne me dérange pas, entre si tu veux...

« Annonçons notre relation à ma famille si tu veux » voulait dire Albus en lui proposant de se joindre à eux. Le cœur de Scorpius battit un peu plus vite qu'à l'ordinaire et son ventre se creusa un peu d'angoisse.

-Ok, murmura-t-il en suivant Albus dans le salon.

Il eut un flottement de surprise quand Harry Potter, Hermione et Ron Weasley l'aperçurent. Ils avaient arrêté de parler et le dévisageaient avec surprise.

-Euh, Scorpius va se joindre à nous, si ça ne vous dérange pas... annonça Albus en prenant doucement le bras du blond pour le faire définitivement entrer dans la pièce.

Scorpius regarda du coin de l'oeil Harry dont le visage s'était fermé d'un coup à sa vision – à la vision du couple -, Potter senior n'avait pas l'air d'approuver...

Ron Weasley – qu'il n'avait que très peu croisé dans sa vie, seulement sur le quai 9 ¾ quand il y amenait ses enfants – ressemblait à un poisson hors de l'eau.

-Vous êtes ensemble ? s'exclama-il surpris en les dévisageant tour à tour. Scorpius sentit ses joues prendre une teinte vermeille.

Sa femme lui donna un coup de coude dans les côtes et le foudroya du regard. Elle se redressa avec un grand sourire aux lèvres et s'avança vers Scorpius, la main tendue.

-Enchantée de te rencontrer Scorpius, je suis Hermione et excuse mon buffle de mari, la délicatesse n'a jamais été son fort...

Le blond lui fit un mince sourire et serra sa main alors que Ron s'indignait discrètement en arrière fond. « Je ne suis pas un buffle et je suis très délicat » marmonna-t-il en rejoignant sa femme pour serrer sa main.

-Ron, enchanté Malfoy, dit-il sommairement en lui adressant un sourire chaleureux.

Scorpius se tourna vers Harry avec beaucoup d'appréhension.

-Bonsoir Harry... souffla-t-il sans parvenir à soutenir son regard.

-Scorpius...

Harry n'avait pas l'air en colère, mais son visage s'était fait plus dur comme quand -durant leurs entretiens- il se souvenait de mauvais souvenirs...

-Alors c'est toi le fameux nouveau petit ami d'Albus... dit le Survivant en lui faisant un petit sourire.

Il se forçait, Scorpius pouvait le voir.

-Hum, oui...

Que dire de plus ?

Dépassé le choc que les trois vétérans de la Deuxième Grande Guerre avaient eu en le voyant, il passa une excellente fin de soirée en leur compagnie. Ron et Hermione étaient un beau couple, aimable, qui lui posèrent un tas de question sur sa vie, son métier... Alors que Harry restait silencieux, plongé dans ses souvenirs, les yeux dans l'âtre de la cheminée. Exactement la même expression qu'après un de leurs entretiens.

Scorpius et Albus s'échangeaient des sourires discrètement, parfois leurs mains s'effleuraient entre eux. Le blond se fit la réflexion en regardant du coin de l'œil les yeux verts d'Albus, qu'il voulait faire un bout de chemin avec lui, dépasser le stade de simple conquête, entretenir une véritable relation amoureuse avec lui...

Pas une seule fois on évoqua les entretiens qu'avaient Scorpius et Harry, bien que le jeune Malfoy se doutait que ses deux meilleurs amis étaient au courant. Mais, lui, ne pouvait pas s'empêcher de penser à leur chasse aux Horcruxes en regardant ce couple : il les imaginait du haut de leurs 17 ans, livrés à eux-même, poursuivis, avec une lourde tâche à accomplir... Cela le faisait toujours frissonner de peur.

Lui, il n'aurait jamais pu supporter un tel poids sur ses épaules à un si jeune âge...

A deux heures du matin, quand les plus âgés furent partis, Albus se tourna vers Scorpius :

-Ça ne s'est pas trop mal passé, non ? demanda-t-il en s'approchant doucement de lui.

Scorpius haussa les épaules et lui fit un petit sourire :

-Ton père a l'air très très perturbé de cette nouvelle...

Albus poussa un soupir et appuya ses mains contre son torse, Scorpius sentit une douce chaleur se diffuser dans l'ensemble de son corps et se mordit les lèvres en regardant les yeux verts d'Albus, plein de promesse.

-Mon père est perturbé, dit-il simplement dans un petit rire jaune.

Humour noir quand tu nous tiens...

Scorpius décida d'arrêter de penser à Harry pour se concentrer sur sa progéniture. Il fondit sur ses lèvres avec passion et guida Albus sur le canapé.

OOO

Deux semaines passèrent sans qu'il eût de nouvelles d'Harry Potter. Il n'osa pas le relancer, mal à l'aise et continua à se plonger dans son projet. Il en avait quasiment fini la rédaction et avait décidé de sa forme. Le témoignage serait présenté comme un long courrier une fois par semaine dans le supplément du Dimanche de Wizard journal. Il pensait sortir les articles réunis en un seul livre une fois les articles intégralement diffusés dans le journal. Mais Harry Potter devait d'abord l'y autoriser...

Son père et lui avaient recommencé à se voir une fois par semaine, comme ils le faisaient avant (avant que les secrets ne viennent tout ruiner). Ils se retrouvaient dans un bistrot sorcier un midi entre le boulot et partageaient un repas. Au début, l'ambiance fut un peu tendue et au fur et à mesure, Scorpius retrouva son père. Le jeune Malfoy ne le brusquait plus à propos de la Guerre. Il savait ce qu'il s'était passé, ce qui lui était arrivé et il comprenait que Drago ait des difficultés à lui avouer ses crimes, ses actions plus que douteuses.

Parfois, il se surprenait à fixer de longues secondes son père, perdu dans les souvenirs du témoignage de Potter. « Ton père était un mangemort sans l'être ». « Il m'a sauvé la mise plus d'une fois ». « Il devait tuer Dumbledore alors qu'il était à peine âgé de 16 ans ». « Sa mère et lui étaient menacés... »

Souvent, des larmes lui montaient aux yeux sans qu'il puisse le cacher. Son père fit semblant de ne rien remarquer mais une fois, il avait soutenu son regard et avait délicatement pris la main de son fils.

-Arrête Scorpius de te faire du mal comme ça, c'était la Guerre, c'était comme ça... dit-il se doutant qu'Harry Potter avait déjà tout dit à son propos à son fils.

Scorpius serra très fort la main de son père et renifla brusquement, pour chasser son sentiment d'angoisse.

-Je t'aime papa... murmura-t-il la voix tremblante.

Il ne pouvait rien dire de plus, Harry le gardait toujours aux secrets, il ne pouvait pas lui dire qu'il ne lui en voulait pas, qu'il ne pouvait pas lui en vouloir. Qu'aurait-il fait si il avait été à cette époque et que son père avait été menacé par Voldemort ? Scorpius se refusait à penser à ça.

-Moi aussi, Scorpius... bientôt, je te raconterai tout, je te le promets... murmura-t-il en lui faisant le doux sourire d'un père aimant.

OOO

« Scorpius,

Désolé de ce silence. Si tu veux, on peut se retrouver du côté moldu, à Brick Lane, demain à 20h ?

HP »

Scorpius avançait péniblement dans la rue festive. Malgré la pluie, elle était envahie de monde, pourquoi Harry Potter lui avait-il donné rendez-vous ici ?

A cause de son parapluie il manqua presque la silhouette d'Harry Potter, parfaitement à l'aise, une cigarette au bec. Potter senior fumait ?

-Harry ! s'exclama-t-il en s'avançant dans sa direction. L'homme se tourna vers lui et lui offrit un sourire.

-Bonjour Scorpius...

Et il écrasa sa cigarette finie à ses pieds.

-Vous fumez ?

-Quand j'étais jeune, maintenant, c'est plus rare. C'est à cause de ton père que je fumais...

-Mon père ? interrogea-t-il surpris.

Harry haussa les épaules, un peu plus sombre.

-Viens suis-moi, il faut que je te montre quelque chose...

Devant le silence de Harry durant le trajet, Scorpius ne put s'empêcher de lui demander :

-Harry, cela vous dérange-t-il ? souffla-t-il.

Harry s'arrêta devant un bar et se tourna vers le jeune homme, interrogateur :

-Quoi donc ?

-Ma relation avec votre fils, lâcha-t-il soudainement, Scorpius était sur ce point très différent de son père : il préférait crever l'abcès vite que de laisser traîner.

-Non... je... marmonna Harry en détournant les yeux. Il regarda un instant la façade du bar, pensif, plongé dans ses pensées. Je suis heureux pour vous. Viens mettons-nous à l'abri.

Scorpius à moitié satisfait par la réponse du brun rentra dans le bar blindé et rejoint Harry accoudé au bar qui leur commandait deux pressions.

Enfin assis à la terrasse bruyante, Harry prit une gorgée de bière et commença :

-Le bar ne porte plus le même nom, la déco a un peu changé mais c'est ici-même que j'ai rencontré ton père pour la première fois après le procès des Malfoy.

Scorpius sentit sa gorge se nouer. Après le procès... Harry n'avait pas dit ce qu'était devenu Drago et le reste de la famille. Il avait laissé ça en suspens pour que peut-être Drago lui raconte lui-même ce qu'il s'était passé... Mais apparemment, Harry était mêlé à cela et Scorpius sentit son cœur s'emballer, un mauvais pressentiment l'envahit et Harry ne le regardait plus dans les yeux.

-Ne me coupe pas dans ce que je vais te dire, ce n'est pas la peine de prendre de notes, tu ne publieras pas ça.

Scorpius acquiesça faiblement, tétanisé et impatient.

-Je devrais peut-être laisser ton père te raconter ça mais... Cela fait également partie de mon passé. C'est tellement... dur, ce que j'ai fait c'est mal... je m'en veux encore...

Harry avait les mains tremblantes, ce n'était pas évident au premier coup d'oeil mais Scorpius avait appris à connaître le Survivant et il était persuadé que l'ultime confession d'Harry allait lui être douloureuse.

Harry lui avait raconté brièvement que son grand-père avait été exilé pendant 10 ans avec le retrait de sa baguette pour deux ans et que son compte en banque avait été sérieusement entamé pour payer son passé de mangemort. Ses grands-parents étaient partis aux États-Unis rapidement mais Drago ne les avait retrouvés qu'un an plus tard pour commencer l'Université Sorcière à Salem. C'était là qu'il avait rencontré la mère de Scorpius. Le jeune Malfoy en avait déduit que son père avait passé ses ASPICs ici, à Londres, en candidat libre avant de partir. Il n'aurait jamais pensé qu'il ait pu voir le Survivant dans cet intervalle.

Et Harry commença et plus il parlait plus Scorpius sentit son estomac se nouer. Son père et Harry avaient eu une relation amoureuse. Pire ils s'aimaient...

Harry avait les yeux rouges, serrait ses mains l'une contre l'autre, nerveusement. Il se sentait coupable de ce gâchis, de ce concours de circonstances, de ce choix. Celui de son ex-femme.

Scorpius avait devant lui un homme littéralement détruit par son passé. Harry Potter ne se remettrait jamais de la Guerre, il survivait encore et toujours alors qu'il pouvait être heureux à présent. La Guerre, son combat avec Voldemort avait profondément marqué son âme à vie, jamais il ne serait un homme normal, il resterait à jamais un guerrier et un blessé de guerre.

-J'ai vraiment aimé ton père, je crois que je continue à l'aimer car c'est lui qui me comprend le mieux. Personne, ni Ginny, ni mes meilleurs amis, ni ma famille, ne me comprendront jamais. C'est difficile de reprendre pieds dans une réalité meilleure quand on a toujours vécu pour le sacrifice. Ton père et moi, on aurait pu être heureux mais j'ai tout bousillé, je l'ai fait tellement souffrir. Je ne regrette pas Ginny, ni même mes enfants, la meilleure chose qu'il me soit jamais arrivé mais penser à ton père me laisse un profond sentiment de solitude, de culpabilité et de tristesse...

Harry redressa la tête et porta une main à sa cicatrise, les yeux envahis de larmes discrètes.

Soudain, il planta ses yeux dans ceux de Scorpius :

-Ne me juge pas, je t'en prie... supplia-t-il en croisant le regard choqué du jeune homme.

Scorpius resta sans voix et regarda longuement les yeux verts du Sauveur. Il n'arrivait pas à le juger, il ne pouvait pas le juger.

-Je... Harry, je suis désolé... murmura-t-il.

Il pensait à son père, seul, froid mais qui ressemblait tellement à Harry. Lui aussi continuait de souffrir de cette Guerre, continuellement comme si la cicatrice ne voulait pas se refermer.

Merlin, si Albus et lui avaient été à leur place... Qu'est-ce qu'il se serait passé ?

-C'est injuste... souffla Scorpius. Tellement injuste...

Harry ne répondit rien et continua à boire sa bière à petites gorgées, hanté par un passé que Scorpius ne comprendrait jamais véritablement. Le jeune homme se leva doucement et prit place à côté d'Harry, sur le banc, d'abord hésitant, il saisit une des main tremblante de Potter, comme un fils aurait fait à son père, comme il aurait fait à son père...

Harry serra sa main avec force et lui fit un sourire rassurant :

-Rends mon fils heureux Scorpius... souffla-t-il.

Scorpius hocha de la tête et sut que plus jamais Harry ne lui parlerait de tout cela. Tout avait été dit à présent.

OOO

Après avoir quitté Harry tard dans la soirée, Scorpius erra dans Londres, sans trop savoir où il allait, sans vraiment regarder ce qui l'entourait. La confession d'Harry résonnait encore dans son esprit comme une berceuse entêtante. Que faire de ces révélations ? Si il gardait son mal-être pour lui, il allait finir par étouffer, littéralement. Une crise d'angoisse commençait à faire son chemin dans son corps. Très jeune, elles étaient fréquentes et surgissaient la nuit juste avant de s'endormir, il n'avait jamais compris pourquoi il était sujet à cette profonde angoisse mais seul son père savait le calmer et trouver les bons mots. Combien de fois avant ses 11 ans il avait fini par dormir dans le lit de son père tout contre lui en suçant son pouce ? Son entrée à Poudlard avait peu à peu calmé ses crises pour ne plus jamais revenir. Jusqu'à ce soir. Il transplana vers la seule personne capable de le calmer.

Il frappa brusquement à la maison de son père en pleine de nuit sans se soucier de l'heure tardive. Son cœur battait la chamade, son souffle était court et quand son père ouvrit enfin la porte, baguette en avant, il sentit ses larmes glisser sur ses joues.

-Papa... murmura-t-il entre soulagement et peur. Drago Malfoy était en vie, il ne l'avait pas abandonné comme sa mère, il était là devant lui.

Sans réfléchir il se précipita dans ses bras, logeant sa tête dans le creux de son cou et respira son odeur comme il faisait quand il était petit pour se rassurer. Après avoir dépassé la surprise de trouver son fils de 25 ans en pleurs devant chez lui au milieu de la nuit, Drago serra son fils contre lui :

-Calme-toi Scorpius, je suis là, calme-toi...

Quand il était plus jeune et qu'il ne faisait pas la taille de son père, Drago le portait contre lui et le berçait. Mais aujourd'hui malgré leurs carrures semblables, Scorpius se sentit en sécurité comme avant.

La crise passée, il se rendit compte confus que Drago l'avait fait asseoir sur le canapé du salon à côté de lui, il s'éloigna de lui en respirant profondément, le cœur encore un peu affolé et croisa les yeux inquiets de son paternel.

-Qu'est-ce qui se passe, fils ? Tu as l'air complètement bouleversé... chuchota doucement son père.

-Je...

Comment expliquer son état ?

-J'étais avec Harry... à Brick Lane... murmura-t-il en baissant les yeux.

Il y eut un moment de silence qui fit relever la tête à Scorpius. Son père était aussi pâle qu'un fantôme.

-Il t'a tout dit n'est-ce pas ? interrogea-t-il avec calme.

Son serment l'empêchait de répondre mais Drago le connaissait par cœur et soupira longuement en se prenant la tête entre les mains.

-Il n'aurait pas dû, c'était à moi de le faire... marmonna-t-il.

-Tu ne me l'aurais jamais dit et c'est également l'histoire d'Harry... Pourquoi tu... ?

Ils se dévisagèrent en silence de longues secondes.

-On était jeunes, complètement paumés et nos vies se ressemblaient. On se comprenait. Mais il a fallut faire un choix. Harry a toujours été le plus courageux de nous deux.

-C'est pas vrai, dit simplement Scorpius.

Drago eut un rire jaune.

-Dans un sens si, fils. C'est de l'histoire ancienne, j'ai eu largement le temps de dépasser ça...

Mais au fond, Scorpius sut lire la vérité. Ce n'était pas entièrement vrai, leur histoire d'amour avait été plus profonde que voulait lui faire croire son père. Scorpius garda son avis pour lui. Ce n'était pas son histoire et encore moins ses affaires. Mais un goût amer lui restait dans la bouche.

-Oublie mon fils, c'est ma vie, mon choix, toi tu es jeune, heureux, en bonne santé et en sécurité. Je ferai tout pour que tu le reste, tout ce qui est en mon pouvoir et même plus, rajouta Drago.

-C'est injuste, dit-il simplement.

-La guerre est injuste, c'est comme ça. N'oublie jamais que tu es le seul amour de ma vie, c'est toi qui me tiens dans le droit chemin depuis ta naissance. Mon passé m'appartient et je ne te laisserai pas en souffrir. D'où mon silence jusqu'à maintenant. Ta protection est la chose la plus importante, murmura Drago en posant une main réconfortante sur le genou de son fils.

Il était rare que Drago livre ses sentiments comme il venait de le faire, même à son fils. Scorpius soupira et serra la main de son père.

-Je te raconterai tout demain, je vais prendre une journée, tu devrais faire de même...

-D'accord, dit simplement Scorpius.

Plus tard dans la nuit, le jeune Malfoy rejoignit son père dans son lit et se coucha contre lui comme il le faisait dans son enfance, malgré le « tu n'es pas trop vieux pour ça, fils ? » de son père. Mais l'un comme l'autre étaient en fait soulagés de ne pas dormir seuls ce soir-là, de se rassurer par une vieille et mauvaise habitude de l'enfance de Scorpius.

Fin du chapitre 9

Voilà voilà... Qu'en avez-vous pensé ? J'espère que vous avez aimé...

Dans le prochain chapitre : on retrouve le Drago du passé pour clôturer une des parties de cette fic. On approche doucement de la fin, je pense écrire deux ou trois chapitres de plus avant d'abandonner la famille Malfoy-Potter.

Cette fois, je vous livrerai cette suite rapidement, et pas 6 mois après... (shame on me!)

Bisous à tous et n'oubliez pas de me laisser vos impressions dans une petite review =)

The Fool