J'ai du mal avec la vrai romance vous pouvez pas savoir, mais j'aime tellement écrire des trucs accidentellement pompeux et perchés.

(Je me demande si Shin fume quand Bob le touche, ou si ça fait juste choc thermique.)

Un combat ? Quel combat ? Non, je n'entends pas de combat en arrière plan de quoi voulez-vous parler.

Sans transition : Oscar Wilde.


"Le seul moyen de se débarrasser d'une tentation est d'y céder.

Essayez de lui résister, et votre âme aspire maladivement aux choses qu'elle s'est défendues."

La magie avait beau être une chose immatérielle, elle semblait profondément réelle et présente pour quiconque savait où la trouver. Elle vibrait en permanence, un bourdonnement diffus et rassurant par son omniprésence. Dans certains cas, elle avait même une couleur, inconnue au spectre que les humains côtoyaient, mouvant au fil des pulsations de l'univers, qui la rendait presque tangible.

Balthazar, les orteils au bord de l'étrange puits, découvrit que la magie avait aussi une odeur, un goût, une texture. Chacun de ses sens étaient assaillis par la substance incorporelle et il vacillait, désorienté par les sensations étrangères. Il avait l'impression de se noyer dans l'eau glacée et de voler et d'étouffer sous plusieurs tonnes de terre et de pierres. Rien de ce qu'il ne ressentait n'avait le moindre sens, pas à ses yeux de demi-humain, comme si la compréhension était juste , mais s'enfuyait avant qu'il n'ait pu la saisir.

C'était comme être ivre de la plus douce des liqueurs et lucide pour la première fois de sa vie. Le monde tournait, et tournait, et se rassemblait d'une façon qui semblait avoir du sens pour la première fois. Les murmures du démon, le bourdonnement de la magie, le chant clair et cristallin d'une autre vie à ses côtés, la clameur lointaine de l'acier contre l'acier se muèrent en une mélodie entêtante et Balthazar n'avait qu'une seule envie, celle de bondir droit dans le puits pour en avoir plus, comme un drogué courant derrière une nouvelle dose. Il se pencha en avant, un sourire béat aux lèvres et les yeux à demi-fermés, bras ouverts comme si il pensait pouvoir voler.

Mais il y avait quelque chose d'autre, à ses côtés. Une entité qui se balançait entre la réalité et au-delà, un froid primal, primordial, qui aurait prit vie. Balthazar brûlait sous les flammes infernales, tenu en une seule pièce par la magie qui l'entourait de toute part, et ce froid l'appelait. Chancelant au rythme des tournoiements de l'univers, il trébucha jusqu'à l'entité et s'écroula contre elle, accueillant avec un gémissement d'extase la glace qui étouffa les braises de ses os. Il replia ses bras autour de l'autre créature, enfouit son visage dans le creux d'une épaule et inspira l'odeur de gel qui avait posé une emprunte permanente sur la magie autour d'eux.

Shin

Un mot, perdu dans sa raison à la dérive comme un navire au beau milieu d'une tempête.

Shin

Un mot important. Essentiel.

Shin, Shin, Shin, Shin…

Une litanie sans but autre que celui d'exister, une prière à l'accent désespéré murmuré dans le secret de son esprit et la peau familière contre ses lèvres. Il n'y avait rien de plus réel, d'aussi réel que ce nom. Rien n'était aussi concret que la présence de cet être incroyablement important, Shin, qu'il risquait de détruire à chaque seconde qui passait.

« Shin, » exhala-t-il comme si le nom était devenu sa respiration, « mon superbe, parfait, merveilleux Shin… »

Balthazar était un bûcher funéraire et il allait le réduire en cendre en tentant d'éteindre les flammes qui les dévoraient tous les deux mais tout était préférable à la sensation de perte qu'il savait ressentir quand Shin s'éloignait. C'était discret, insoupçonnable, mais la magie rendait tout tellement plus vivant, le plaisir comme la douleur.

Deux mains froide vinrent se poser de chaque côté de son visage pour l'éloigner de la peau qu'il avait clamé comme sienne. Son geignement pathétique à la perte fut étouffé par deux lèvres au goût de neige posées sur les siennes. Un sourire et un souffle suffirent à éteindre l'incendie dans sa poitrine, une langue contre la sienne la fournaise dans ses veines. Les dents qui mordirent tendrement sa lèvre inférieure étaient assez acérée pour tailler la peau et laisser couler son sang incandescent mais le demi-démon ne pourrait pas en avoir moins à faire. Qu'il prenne ses lèvres, son sang, sa vie, son âme : il lui donnerait tout, tout pour recevoir ne serait-ce qu'une minuscule fraction de tout cela en retour.

Quand ils se séparèrent, inhalant avec avidité l'air chargé d'électricité, Balthazar avait un goût de fer et de glace sur la langue et un cœur qui ne battait plus que pour suivre le rythme de celui qu'il sentait contre lui à travers os, peau et vêtements. Les mains de Shin reposait toujours de part et d'autre de son visage et il essuya de son pouce le filet de sang qui avait coulé le long du menton du mage. Ses iris, réduites à un fin cercle autour de ses prunelles écarquillées, brillaient doucement sous l'effet de la magie qui les entouraient.

« Là, là, ça va aller. » Sa voix était douce, encore soulignée d'une mélodie d'un autre monde qui disparaissait peu à peu avec l'ivresse magique. Il les avaient éloignés du puits pendant leur baiser et une petite partie du cerveau de Balthazar admira son geste qui, aussi difficile qu'il soit, les avait sûrement sauvé d'un empoisonnement à la mana.

Le demi-élémentaire remonta sa main et passa son pouce sous l'œil de son ami qui cligna des yeux, lentement, et se rendit compte qu'il pleurait. Il sourit tendrement et déposa un nouveau baiser sur le front de son mage avant de baisser ses mains jusqu'à ce qu'il soit capable de le serrer dans ses bras confortablement.

« Ne t'éloigne pas, pas tout de suite, » chuchota Bob (pas Balthazar, plus depuis des années) contre son torse, d'une voix étranglée et minuscule. « Si tu t'éloigne, je crois que je vais mourir. »

Riant doucement à l'accent enfantin de son plus proche ami, Shin pencha la tête jusqu'à ce qu'elle touche celle de Bob et poussa un long soupir de fatigue et de plaisir mêlés.

« Je ne m'éloignerais pas, alors. »