La révolte continue à se mettre en place dans ce chapitre. XD

Enjoy & Review


There are two kinds of evil people in this world, ok? People who do evil stuff and people who see evil stuff being done and don't do anything about it.
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Mean Girls

Il y a deux sortes de mauvaises personnes en ce monde, d'accord ? Les gens qui font le mal et les gens qui regardent le mal qui est fait et n'agissent pas.

Mean Girls

Chapitre 10 : Two Kinds of Evil People

« C'est insupportable. » trancha Pansy, d'un ton qui n'admettait aucune réplique.

Perchée sur l'accoudoir du fauteuil, elle croisa les bras devant sa poitrine et fronça le nez. Deux habitudes persistantes qui lui étaient défavorables.

Plus posée, Daphné ferma son livre dans un soupir.

« Que pouvons-nous faire de plus ? » interrogea-t-elle, sans véritablement attendre de réponse. « Si nos parents ne parviennent pas à obtenir de Fudge la démission du crapaud, alors mis à part quitter Poudlard, il ne nous reste aucun autre recours. »

Draco ne put s'empêcher de sourire à la façon dont elle prononça « nos parents ». Pour quelqu'un qui se refusait à prendre parti pour ou contre les Sang-de-Bourbes, Daphné se reposait bien souvent sur le statut de sa famille...

Étalé sur le canapé le plus proche de la cheminée, un bras pendant dans le vide et l'autre passé sous sa tête en guise d'accoudoir, il observait le vent de la révolte qui soufflait de plus en plus fort.

« Quitter Poudlard ? » répéta Millicent, sortant pour une fois de son mutisme.

L'idée semblait l'angoisser. Inutile de chercher pourquoi, les Bullstrode n'étaient pas les parents les plus aimants du monde magique, ce n'était pas un secret.

« Du calme, Milly. » lâcha Nott, sans même lever les yeux de ses notes. « Elle ne le pense pas. »

« Moi si. » cingla Pansy.

Merlin, ce que sa voix pouvait être agaçante... Entre la crécelle et le crissement d'une craie sur un tableau noir. Elle manquait également de raffinement. Ce n'était pas dû à son éducation mais à sa nature. Comme quoi, même chez les Sang-Purs les mieux cotés, il y avait aussi des accidents.

« La porte est ouverte. » répliqua Blaise. « Je peux t'aider à porter tes bagages si cela te fait partir plus vite. »

Pansy prit un air offensé. Daphné baissa la tête, cachant une expression satisfaite derrière un rideau de boucles blondes. Blaise déplaça un pion que Millicent captura immédiatement avec sa tour. Nott continua de réviser. Goyle et Crabbe somnolaient dans le canapé opposé à celui de Draco.

Ils s'étaient attribués les meilleures places, celles près du feu et attiraient les regards du reste des élèves qui traînaient dans la salle commune. Une soirée tout à fait normale pour les cinquième année de Serpentard.

Excepté qu'elle ne l'était pas totalement parce que depuis le dernier décret, celui qui datait de quatre jours auparavant, l'école entière était en émoi. Et ce que les Serpentards dissimulaient parfaitement au reste du monde, ils en discutaient à demi-mot devant l'âtre.

« Si nous menacions tous de quitter Poudlard... » insista Pansy, sans démordre d'une idée qui n'était même pas la sienne à l'origine.

« Ça ne changera rien. » lâcha Nott. « Fudge veut se distancier des vieilles familles. Il veut imposer la loi du Ministère. »

« Les vieilles Maisons forment le Ministère. » rétorqua la jeune fille. « C'est ridicule. »

« Je n'ai jamais dit qu'il n'était pas ridicule. » se défendit Théodore, en haussant les épaules.

« Je ne lui donne pas deux mois avant de devoir démissionner. » commenta Draco, retenant l'attention générale. « Il cherche à s'émanciper de Dumbledore et des Maisons influentes en même temps. Non seulement, il n'aura plus aucun soutien, mais en plus, vers quoi va se tourner sa politique ? »

« Draco a raison. » déclara très sérieusement Pansy, comme si le contraire avait pu être possible. Il ne la reprit pas parce qu'il y avait des choses plus urgentes que les guerres internes. La situation était devenue intolérable.

« Le dernier Décret était le Décret de trop. » conclut-il, interrompant la tirade stupide dans laquelle son amie s'était lancée.

« Mais que peut-on faire ? » remarqua Daphné.

« Nous sommes des Serpentards. » lança Blaise, délaissant le plateau d'échec pour accorder à la situation l'importance qu'elle requerrait. « Il est temps de faire ce que nous faisons le mieux. Manipulons, sourions, plantons quelques dagues dans le dos de personnes dérangeantes, et obtenons un statut privilégié. »

« Ne venons-nous pas d'établir que les vieilles familles n'avaient pas de poids contre Ombrage ? » contra Nott. « Qu'avons-nous d'autre à lui offrir ? »

« Elles n'ont pas de poids avec Fudge. » corrigea Daphné. « Je ne suis pas certaine qu'Ombrage y soit si impartiale. »

« Nous ne négocions pas avec Dolores Ombrage. » déclara Draco.

Sa voix demeura calme mais inflexible.

« Excuse-moi, à quel moment avons-nous statué que tu prendrais les décisions pour le groupe, Malfoy ? » s'enquit poliment Nott. « Je devais être absent ce jour là... »

« Étant donné la dette que ton père a envers le mien, il serait plus sage que tu t'abstiennes de tout commentaire. » rétorqua-t-il, avant balayer la dispute imminente d'un geste paresseux de la main.

« Il sera bientôt dix heures. » soupira Daphné, coupant court à l'hostilité grimpante. « Explique-toi, Draco. »

Il lui jeta un coup d'œil contrarié, appréciant peu de se voir donner des ordres.

« Ombrage ne nous apportera rien parce que nous n'avons rien à lui donner. » exposa-t-il. C'était pourtant évident pour lui. « A cet instant, elle a tout pouvoir. Nous ne pouvons pas lui en donner davantage. Je proposerai bien de lui servir de police personnelle mais elle est trop arrogante pour en voir l'utilité. Vous ne comprenez pas ? Sa propre arrogance la perdra. »

Ils étudièrent son affirmation quelques minutes puis Blaise grimaça.

« A long terme. » jugea son ami. « Je suis plus intéressé par le court terme. »

« Planifier sur la durée est toujours plus sage. » intervint Pansy.

Inutile, une nouvelle fois.

« Il n'y a pas de solution impliquant la collaboration d'Ombrage sur le court terme. » assura Draco.

« Quinze minutes. » lâcha Daphné.

Son compte à rebours n'aidait pas. Il n'aidait pas du tout.

Une nouvelle bouffée de colère envahit le garçon. Comme si interdire l'accès au parc ne suffisait pas, Ombrage avait rajouté d'autres règles. Plus le temps passait, plus elles devenaient stupides. Les élèves devaient se déplacer en rang dans le château, deux par deux, suivant l'année et la Maison. Cela valait pour les repas, les cours, l'étude et les récréations qui, pour plus de commodités, seraient désormais réparties dans chacune des petites cours intérieures suivant l'année, sous la surveillance d'un Professeur attitré. Coup de chance, McGonagall était responsable des cinquième année et les laissait faire à peu près ce qu'ils voulaient tant elle approuvait ce qu'elle qualifiait elle-même d'idioties.

A cela s'ajoutait le fait que les entrées des salles communes étaient désormais verrouillées à partir de huit heures trente, sauf cas exceptionnel comme celui d'une retenue. Dans cette situation, il fallait se présenter au bureau de son Directeur de Maison qui se chargerait de faire rentrer l'élève. Si l'on se retrouvait hors de sa salle commune après huit heures trente, mieux valait trouver un endroit chaud où passer la nuit. Si l'on en croyait la rumeur, les cuisines avaient déjà accueilli plus d'un retardataire.

Mais ce n'était pas tout. Comme s'il n'était pas suffisamment affreux de se retrouver confiné dans une pauvre pièce minuscule dès huit heures trente, il était désormais impossible d'accéder aux dortoirs après dix heures. Si l'on s'avisait d'ouvrir la porte après ce moment là, une alarme assourdissante se déclenchait, réveillant le reste de la Maison et entraînant trois retenues. Mieux valait donc encore dormir sur un des canapés.

Qui plus est, à dix heures quinze, toutes les lumières s'éteignaient et le moindre murmure déclenchait la même alarme que celle posée sur la porte. Elle ne réagissait pas encore aux objets que l'on faisait tomber – et beaucoup d'objets tombaient lorsqu'on essayait d'aller aux toilettes dans l'obscurité totale, en pleine nuit – mais il était certain que ce n'était qu'une question de temps. Ce n'était peut-être pas un problème pour ceux dont les dortoirs étaient dans les tours mais pour eux qui étaient sous terre, pas de lumière du tout signifiait le noir absolu.

Elle avait transformé Poudlard en une prison et ça, il ne le lui pardonnerait pas.

« Je maintiens qu'il suffirait de nous glisser dans les petits papiers d'Ombrage. » insista Blaise.

« Draco n'a pas tort. » contra Daphné, se rangeant finalement à son avis. « Elle se croit invincible. Pourquoi traiterait-elle avec nous ? »

« Je refuse de traiter avec elle. » grinça-t-il, ignorant le regard exaspéré de son meilleur ami. Blaise était trop rationnel. « Elle nous manque de respect. Elle se pense meilleure que nous. »

Il se redressa, dévisageant tour à tour chacun de ses camarades et sachant qu'ils le suivraient tous tant que leurs intérêts personnels étaient satisfaits.

« Il n'y aucun moyen de marchander avec le crapaud. » réaffirma-t-il. « Il est temps que nous passions à ce pour quoi un Serpentard est maître. »

« Manipulation ? » proposa Pansy, en inspectant ses ongles.

Avait-elle seulement suivi la conversation ?

« La vengeance. » corrigea froidement Draco.

Comme il l'avait affirmé à Granger, on ne vainquait pas le système en s'y opposant directement. On l'infiltrait et on le détruisait de l'intérieur.

« Tu as un plan, je suppose. » soupira Blaise.

« Évidemment. » répondit-il.

« Le contraire m'aurait étonné. » commenta Daphné.

« Il va encore mal tourner. » prédit Pansy. « Ça tourne toujours mal. »

« Si on arrêtait de laisser Malfoy décider... » remarqua Nott.

« Si vous préférez qu'on ne fasse rien. » lâcha Draco, en se rallongeant. « Ça m'est complètement égal. »

Ça ne lui était pas du tout égal mais la première phase de son projet était cruciale. Il devait avoir sa Maison derrière lui et cela se ferait bien plus facilement si tous les cinquième année le soutenaient.

« Nous sommes tout ouïe. » déclara Blaise, en levant les yeux au ciel. « Expose-nous ta brillante idée. »

« Je dirais qu'elle est plus révolutionnaire que brillante. » dit-il, non sans fierté.

« Révolutionnaire... » répéta Daphné. « Pourquoi est-ce que je sens que ça veut dire complètement folle ? »

« J'accepte folle. » acquiesça-t-il, pensivement. « Il faut un grain de folie pour changer le monde. »

Ils s'entre-regardèrent avec inquiétude mais Draco ne leur prêta aucune attention, trop occupé à planifier sa manœuvre suivante. Ce serait la plus délicate, mais elle n'était pas impossible. Et, à vrai dire, cela pourrait même s'avérer amusant. Il n'y avait plus grand chose à faire pour se distraire désormais.

Et puis, ils n'avaient pas le choix.

La situation avait atteint un seuil critique. Des décisions drastiques s'imposaient, il était de taille à les prendre.

°°O°°O°°O°°O°°

Le regard fixé sur la grande pendule suisse accrochée au mur dans un coin de la pièce, Minerva patientait. Ses doigts continuèrent de tapoter impatiemment la surface du bureau et elle ne tenta même pas de faire taire la bouffée de colère qui augmentait à chaque minute.

L'antre de Dumbledore était totalement silencieux si l'on faisait exception du pendule qui égrenait les secondes et de ses ongles qui battaient la mesure. De temps en temps, Fumseck remuait dans son nid.

La nuit était tombée depuis un moment mais elle n'avait pas pris la peine d'éclairer le bureau. La bougie qui brillait à la fenêtre suffisait à ses besoins puisque son halo englobait l'horloge. Or, vraiment, il n'y avait que la pendule qui l'intéressait.

Où, par la barbe de Merlin, était encore allé se perdre Dumbledore ?

Cela faisait presque une heure entière qu'elle attendait et Minerva n'avait jamais été particulièrement patiente. Elle avait un million d'autres choses à faire, des choses bien plus urgentes. La paperasse s'accumulait sur son bureau, celle qui lui incombait en tant que sous-directrice et celle qu'Albus aurait dû remplir trois jours plus tôt. Celle dont, en dépit de son désir non dissimulé de tyranniser Poudlard, Dolores ne semblait pas encline à la débarrasser.

Vraiment, il dépassait les bornes. Elle avait l'habitude d'assumer une grosse partie de ses responsabilités, il était toujours obsédé par un projet ou un autre, ce n'était pas le problème. Il ne se rendait probablement même pas compte de la charge de travail dont elle l'avait progressivement soulagé au fil des années. Peut-être aurait-elle mieux fait de s'en tenir aux tâches qui lui étaient dues, peut-être aurait-il évité la débâcle actuelle.

Elle comprenait que la lutte contre Voldemort soit une priorité. Elle comprenait que la grande majorité de son temps soit consacré à l'Ordre... Mais au détriment de Poudlard ? Albus n'était même plus si présent au sein de la résistance. Il avait raté la plupart des dernières réunions. Quand il n'était pas par monts et par vaux, il était plongé dans sa pensine, sourd au reste du monde. Il avait refusé de lui expliquer quoi que ce soit, bien entendu, la priant de régler ce qui lui causait problème au mieux de son jugement.

Il ne semblait pas comprendre qu'il était son problème. Son premier souci à elle était Poudlard, son devoir allait à ses élèves avant d'aller à l'Ordre et les élèves souffraient. L'absence de Dumbledore laissait toute liberté à Ombrage, autant lui dérouler le tapis rouge... Les élèves souffraient, ses réformes étaient toutes plus stupides les unes que les autres, quatre Professeurs avaient déjà menacé de démissionner, elle devinait que Dolores envisageait d'en renvoyer d'autres et il ne se passait pas un jour sans qu'elle reçoive au minimum dix hiboux de parents mécontents. Des hiboux qui étaient destinés à Albus.

Si seulement Albus consentait à être un peu plus présent... Se montrer plus fréquemment au repas, se promener dans les couloirs, parler à quelques élèves... Rappeler à ceux qui auraient pu l'oublier qu'Ombrage ne possédait pas totalement l'école.

Ce dont Poudlard avait besoin était d'un Directeur.

D'un autre côté, songea-t-elle en soupirant, l'Ordre aurait également eu besoin d'une tête.

La pendule sonna onze heures et elle cessa de la fixer. Elle se leva, grimaçant au craquement de ses vieux os et alla se planter devant le perchoir de Fumseck.

« Où est ton maître ? » demanda-t-elle.

Le phœnix lâcha quelques notes en réponse mais, malheureusement, s'il savait quelque chose, elle n'était pas en mesure de le comprendre. Elle s'assura que sa mangeoire soit remplie et que son eau soit fraîche. Elle doutait qu'Albus soit absorbé par ses recherches au point de négliger son animal de compagnie, mais elle préférait prévenir que guérir.

Traînant légèrement les pieds, elle se dirigea vers la cheminée. Quitter Poudlard lui déplaisait. Certes, Pomona, Aurora et Rolanda étaient sur le qui-vive et l'alerteraient au moindre problème avec Dolores mais cela ne la soulageait pas. Cette femme était un monstre contre lequel elle n'avait aucun pouvoir. Elle avait protesté aussi vocalement qu'elle l'avait pu mais cela mettait sa position en danger et sa position était la seule chose qui lui permettrait de protéger ses élèves si la situation s'aggravait.

Quelqu'un devait pourtant s'opposer à Ombrage. Autre qu'Hermione Granger de préférence.

Dans un nouveau soupir, elle prit une poignée de poudre de cheminette et la lança dans l'âtre. Combien de temps avant que leur réseau ne soit mis sous surveillance par le Ministère ? Enfin... Elle supposait qu'il y avait des chances pour qu'Albus la rejoigne directement au quartier général. Il ne pouvait pas laisser indéfiniment ce pauvre Remus transmettre ses nombreux messages et patronus.

Merlin savait que le mécontentement enflait également là-bas. Elle devinait que Sirius nourrissait les polémiques mais Dumbledore ne semblait pas s'en soucier. C'était un tort, selon elle. Alastor n'arrivait pas loin derrière son ancien élève en ce qui concernait la politique un peu trop passive de l'Ordre, et l'ancien Auror était respecté, à défaut d'écouté. Elle-même n'était pas tout à fait convaincue que se contenter d'attendre soit la meilleure des approches. Les arguments de Sirius et de Fol'Œil étaient non seulement valides, mais justifiés d'une certaine façon par le quasi-abandon de leur leader. Elle l'avait suffisamment prévenu des dangers qui couvaient à la fois à Londres et à Poudlard. La balle était dans son camp. A un moment ou un autre, il devrait faire acte de présence.

Elle était plus inquiète de ce qu'il ferait pour l'école que pour son précieux Ordre...

« Square Grimmaurd. » lâcha-t-elle.

Plus vite elle serait partie, plus vite elle serait revenue. Avec un peu de chance, Dolores ne mettrait pas le château à feu et à sang d'ici là.

°°O°°O°°O°°O°°

Sa baguette tapotait le bord de la table, geste machinal dont elle se rendait à peine compte. Perdue dans ses pensées, Tonks n'apercevait même pas les regards agacés qui se tournaient vers elle et ce n'était pourtant pas faute de tenter de la reprendre, songea Sirius.

Il tourna les yeux vers Charlie, qui était le plus proche d'elle, mais le garçon fixait la table avec une insistance suspecte et avait appuyé sa tête sur sa main, autant pour se couper des autres que pour mieux écouter le rapport de Fol'Œil. Ou faire semblant...

Il était vrai que le discours du vieil Auror devenait redondant et, franchement, il doutait qu'il y ait un quelconque rapport entre les différents trafics de créatures magiques et les Mangemorts. Son obsession pour les tortues de feu devenait inquiétante. Néanmoins, interrompre Maugrey n'aurait résulté qu'à une perte de temps plus importante. Il se résolut donc à attendre, s'intéressant aux différentes personnes installées autour de la table.

Dumbledore était absent mais ce n'était pas, en soi, une grosse surprise. Ce qui aurait été surprenant, ça aurait été qu'il prenne le temps de se montrer.

Remus occupait donc la place qui lui était d'habitude réservée, en tête de table, et arborait un air grave de circonstance. Diverses notes, rapports et instructions étaient étalés devant lui, donnant presque l'impression qu'il était noyé sous les papiers. Il ne leur avait pas encore transmis les ordres de Dumbledore, pourtant Sirius savait qu'il y en avait, il avait entendu la voix du Directeur dans la cheminée plus tôt dans la journée.

Les théories conspirationnistes de Fol'Œil ne paraissaient pas convaincre Remus. Le loup-garou alternait les regards coupables en direction de Tonks avec des coups d'œil de moins en moins discrets vers le placard à pain et les restes de tarte qu'il contenait.

Tonks continuait à fixer le vide, si totalement perdue dans ses pensées qu'elle ne semblait pas sentir l'attention dont elle faisait l'objet. Pas pour la première fois ces derniers jours, il se demanda ce qui s'était passé entre ces deux là. Sa cousine s'était faite rare depuis qu'elle était retournée chez elle et Remus rougissait à chaque fois qu'elle était mentionnée. Sirius soupçonnait que le loup-garou avait commis une bévue et que la jeune femme était furieuse. Il brûlait de connaître tous les détails mais n'osait pas interroger son meilleur ami de peur de retourner le couteau dans plaie.

Maugrey n'en finissait pas...

Discrètement, il sortit le miroir de sa poche et guetta le moindre signe d'activation, le plus petit mouvement. Il le faisait en moyenne trois fois par jour, plus si la journée ne présentait aucune autre distraction. Il était persuadé qu'Harry finirait par se souvenir du miroir et le contacterait.

Au bout de quelques minutes, il rangea le miroir, une nouvelle fois déçu, et releva la tête. Anthony l'observait, ayant visiblement compris son manège, et lui offrit un sourire compatissant que Sirius lui rendit. Il était un peu trop calme à son goût, mais c'était un gentil garçon.

« Y-a-t-il une conclusion ? » intervint finalement McGonagall, en se massant les tempes. Pour la quatrième fois en cinq minutes, elle vérifia l'heure.

« Nous ne vous retenons pas, Minerva. » bougonna Fol'Œil. « Si vous avez des choses plus passionnantes à faire que lutter pour la liberté de la communauté magique... »

Sa tirade aurait sans doute eu plus de poids si Charlie n'avait pas choisi ce moment là pour se mettre à ronfler. Les suspicions de Sirius furent confirmées, il dormait. Ça eut le double avantage de faire cesser les tambourinements intempestifs de la baguette de Tonks et de clouer le bec à Maugrey. La jeune femme donna un coup de coude au Weasley, qui bondit dans les airs, tandis que Remus se raclait la gorge pour réclamer l'attention.

« Merci, Alastor. » lâcha le loup-garou.

« Je n'ai pas terminé. » protesta l'ancien Auror. « Il y a d'autres éléments qui... »

« Oh, s'il te plaît ! » s'exclama Tonks. « Que veux-tu que Tu-sais-qui fasse avec une caisse de véracrasses ? Ou de pixies ? »

« Je pense... » répliqua Fol'Œil, mais elle ne lui laissa pas le temps de terminer.

« Faisons un marché, si des singes volants disparaissent, je te jure de commencer à m'inquiéter. » coupa-t-elle. « Je sortirais mes ballerines rouges, je claquerai des talons et je préparerai un seau d'eau, mais pour le moment, arrête de te focaliser sur ces animaux... Tu-sais-qui ne va pas s'emparer du pouvoir en se servant de créatures de deuxième zone. »

Il y eut un léger silence que personne ne se décida à briser. Fol'Œil, estomaqué, fixait son ancienne élève avec un mécontentement certain, son faux œil tournait à toute allure dans son orbite.

« Pour en revenir à la réunion... » intervint Remus. « Il ne nous reste plus à entendre que Mondingus. »

Fletcher ne prit pas la parole et tous les regards se tournèrent vers le bout de la table, où l'homme s'était laissé tomber dès son arrivée tardive. Tandis que Molly exprimait clairement sa désapprobation à coup de « tss, tss, tss », Sirius éclata de rire. Au moins, Mondingus n'avait pas cru bon de se cacher avant de sombrer dans un sommeil réparateur.

« Dingus ! » appela-t-il, attrapant la première chose qui lui passa sous la main – et qui s'avéra être un bouchon de bièraubeurre – et lui lança à la tête.

« Ah ! » s'écria le receleur, en repoussant sa chaise en arrière.

Sans les réflexes d'Anthony, il se serait probablement étalé par terre. Il en fut quitte pour une frayeur.

« Pas besoin de crier. » grommela l'homme, en se massant la nuque. « Euh... Sirius a raison, ouais. »

Il y avait une raison pour laquelle il appréciait ce bonhomme malgré l'odeur un peu dérangeante qu'il dégageait...

« Ton rapport, Mondingus. » soupira Remus, masquant à peine son exaspération.

« Je m'en vais. » déclara McGonagall, avant que Fletcher ait pu ouvrir la bouche. « Je suis restée trop longtemps loin de Poudlard. »

Personne ne fit la moindre tentative pour la retenir. En fait, à la façon dont la grande majorité s'agitèrent, Sirius soupçonna que tous n'avaient que leur lit en tête. Arthur et Molly profitèrent de son départ pour s'excuser, prétextant qu'il devait travailler tôt le lendemain. Kingsley ne s'étant jamais montré, Bill et Fleur étant mystérieusement absents, cela réduisit leur nombre à sept. Tonks, Charlie, Remus, Anthony, Fol'Œil, Mondingus et lui.

« Ton rapport ? » répéta le loup-garou, en se frottant le visage.

Fletcher surveilla la porte quelques secondes, comme pour vérifier que Molly ne reviendrait pas, puis tira sa pipe de sa poche et l'alluma.

« Mondingus. » pressa Charlie, sans amusement.

Sirius était probablement le seul qui n'avait pas à se lever le lendemain matin pour aller travailler. Ça ne signifiait pas qu'il n'aurait pas aimé en finir. La nuit était bien entamée, et s'il en jugeait par les coups de sabots agacés au plafond, Buck voulait un casse-croûte.

« Hein ? » s'exclama Mondingus. « Ah, ouais, rapport, ouais... Il y a une rumeur... Ollivander va être attaqué. »

Ils s'étaient tous attendus à une information sans importance et, en conséquence, mirent plusieurs secondes avant de réaliser ce que l'homme venait de dire.

« Quoi ? » lâcha Remus. « Quand ? Comment ? »

« Demain soir. » répondit Fletcher, dans un haussement d'épaules. « Ils veulent des baguettes non enregistrées. C'est ce qu'on dit dans dans l'Allée des Embrumes. »

« Il faut l'empêcher. » déclara immédiatement Sirius. C'était l'occasion de se battre, de faire quelque chose de concret.

« Je peux alerter le Ministère. » proposa Tonks. « Placer des Aurors en... »

« Le Ministère fera tout foirer. » coupa-t-il.

« Les Aurors connaissent leur boulot. » gronda Fol'Œil.

« Je vais alerter Albus. » lança Remus, couvrant la dispute naissante.

« Pour quoi faire? » se moqua Sirius. « On sait très bien ce qu'il va dire. »

Contentez-vous d'observer. Comme s'il y avait une véritable chance que Voldemort ne soit pas encore au courant que l'Ordre avait rejailli de ses cendres... Certes, il comprenait le besoin de discrétion mais de là à laisser aux Mangemorts les portes grandes ouvertes...

« On peut peut-être s'en charger. » proposa Anthony, presque timidement.

« Vous vous débrouillerez très bien. » encouragea Mondingus.

Personne ne fut étonné qu'il ne se porte pas volontaire.

« Attendez. » temporisa Remus. « On n'a pas assez de détails, il faudrait... »

« Opération discrète, à ce qu'on dit. » coupa Fletcher, en tirant régulièrement sur sa pipe. « Deux guetteurs, deux à l'intérieur. Tout en finesse. Ce serait un joli coup. »

« Comment sais-tu tout ça ? » s'enquit Tonks, méfiante.

Mondingus éclata d'un rire gras.

« Y'a pas un type qui résiste à une chope de bière, ma belle. » répondit Dingus. « Suffit d'être au bon endroit, au bon moment. »

C'était bien la seule raison pour laquelle on l'avait fait entrer au sein de l'Ordre. Ça et une menace plus ou moins tacite qu'Azkaban l'attendait s'il ne les aidait pas...

« Quatre Mangemorts ! » s'exclama Sirius, en tapant sur la table. « Ne me dites pas qu'on ne peut pas se charger de quatre Mangemorts ! On les capture, Tonks et Maugrey les déposent au Ministère et le tour est joué. »

La jeune femme échangea un long regard avec Fol'Œil puis elle hocha la tête.

« Je marche. » déclara-t-elle.

« Moi aussi. » grogna Maugrey. « Il est temps qu'on fasse quelque chose. »

« J'en suis aussi. » renchérit Charlie.

Anthony n'exprima pas son opinion mais en règle générale, il suivait son meilleur ami donc Sirius le compta de la partie. Restait le problème le plus épineux.

« On devrait quand même en parler à Albus... » hésita le loup-garou. « Ou le soumettre au vote du Conseil... »

« Eh bien, votons. » soupira Sirius. « Tous ceux qui sont pour... »

Toutes les mains se levèrent. Remus hésita quelques secondes avant de lever la sienne.

Il fut récompensé par un sourire chaleureux de la part de Tonks.

Satisfait, Sirius appela d'un accio toutes les cartes qu'ils avaient du Chemin de Traverse et de l'Allée des Embrumes, afin qu'ils puissent mettre un plan au point.

Les affaires reprenaient.

°°O°°O°°O°°O°°

La bibliothèque était surchargée, comme tous les jours à l'heure d'étude étant donné qu'il était désormais acquis qu'Ombrage préférait surveiller la Grande Salle. Repoussant de sa main libre la mèche de cheveux irritante qui ne cessait de lui tomber devant les yeux, elle désigna de l'autre le passage du chapitre dont il était question.

« Tu vois ? C'est écrit ici. » déclara-t-elle. « Une boucle, vers la droite et tu remontes. »

Elle démontra le geste avec sa plume.

Ginny l'observa attentivement puis entreprit de l'imiter au mieux avec sa baguette.

« Est-ce correct ? » demanda Luna, en effectuant la série de mouvements qu'Hermione venait de leur montrer.

Fidèle à la réputation des Serdaigles, la blonde réussit du premier coup.

« Parfait. » la félicita Hermione, en lui accordant un sourire.

Ginny, quant à elle, soupira et reposa sa baguette sur la table.

« Ce serait quand même plus simple si on avait un Professeur compétent. » déclara la rouquine avec agacement.

La cinquième année n'y trouva rien à redire. Les Sortilèges n'étaient pas une matière facile, apprendre seul était un calvaire. Mais que pouvaient-ils y faire ?

Les trois filles s'étaient appropriées une des tables les plus reculées de la bibliothèque, dans une tentative un peu désespérée pour éviter le reste de l'école. Depuis les derniers Décrets aussi ridicules les uns que les autres, la plupart des élèves développaient un sentiment de claustrophobie presque ingérable. Il n'y avait plus aucune possibilité de s'isoler plus de quelques minutes, pratiquement pas de chance de respirer un air non confiné et il était impossible de faire deux pas sans marcher sur le pied de quelqu'un.

Étant préfète, Hermione souffrait d'autant plus de cette proximité forcée que les élèves venaient la trouver en permanence pour régler leurs conflits de plus en plus idiots.

Jusque là, leur plan avait plutôt bien fonctionné. Personne n'était venu les déranger et elles étaient parvenues à travailler calmement et de façon productive.

C'est pourquoi elle ne s'alarma pas véritablement en apercevant Malfoy se diriger vers elles, d'un pas déterminé. Leur table était derrière le rayon consacré aux Runes anciennes et cette matière requérait presque systématiquement l'usage d'au minimum trois ouvrages de référence. Raison pour laquelle peu d'élèves la choisissaient et la conservaient. Elle et Malfoy faisaient partie des rares de leur année qui avaient fait ce choix, rien d'étonnant donc à ce qu'il fouille de ce côté de la bibliothèque.

Baissant la tête et prétendant ne pas le voir, elle se pencha sur le livre de Sortilèges des quatrième année et se lança dans une explication détaillée des divers effets du sort en question.

Le raclement d'une chaise la fit taire, et elle croisa le regard stupéfait de Ginny. L'échange n'eut beau durer qu'une poignée de secondes, il fut suffisant pour qu'elles se comprennent. La baguette d'Hermione était dans sa poche mais celle de son amie était sur la table, et ses doigts ne tardèrent pas à s'en rapprocher aussi lentement que possible.

Luna, elle, ne semblait pas comprendre ce que la situation avait d'inquiétant.

« Bonjour, Draco. » lança-t-elle, de son ton rêveur.

Apparemment terriblement amusé par leurs réactions respectives, Malfoy la salua d'un hochement de tête.

« Qu'est-ce que tu veux ? » s'enquit froidement Hermione.

L'attitude du Serpentard la laissait perplexe. Il n'avait pas tiré sa baguette, n'avait pas encore lancé la moindre insulte. A peine un rictus méprisant. Il était simplement assis, appuyé sur la table comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

Il l'observa avec application quelques secondes puis lui sourit le plus aimablement du monde.

« Tu es une Sang-de-Bourbe insupportable qui ne peut pas s'empêcher d'étaler sa science et tu as grandement besoin que quelqu'un de charitable te présente à un coiffeur. » constata-t-il, sans la moindre trace d'hostilité. « Qui plus est, tu veux toujours tout contrôler ce qui trahit un manque de confiance en toi certain et nuit à tes relations sociales. Ah, et puis tu penses être meilleure que tout le monde ce qui est ridicule puisque tout le monde sait que je le suis tellement plus que toi. »

Estomaquée, elle le dévisagea, cherchant le piège. Était-ce une nouvelle façon de la provoquer ? Enrober les insultes d'un sourire charmeur ?

« Ce n'est pas très gentil. » reprocha Luna, bien inutilement.

Ginny aurait probablement été plus imagée mais Hermione lui fit signe de se taire, et se pencha à nouveau sur le texte qu'elles avaient été en train d'étudier. A présent qu'il avait fait ce qu'il était venu faire, il partirait. La meilleure façon de le décevoir était encore de ne pas réagir.

« Tu n'as rien à dire ? » interrogea Draco, au bout d'un moment, las d'être ignoré.

« Je pourrais répondre que tu n'es qu'une sale fouine dont l'intelligence douteuse est sans doute le fruit d'une consanguinité poussée à l'extrême, qu'il y a assez de gel dans tes cheveux pour que les insectes y restent collés et que si tu étais ne serait-ce qu'un tantinet plus intelligent qu'un veracrasse, cela se saurait, mais ça risquerait de devenir redondant, tu ne crois pas ? » répliqua-t-elle, sur le même ton poli qu'il avait pris.

Elle aurait pensé qu'il se fâcherait, élèverait la voix et attirerait l'attention indésirable de Carter qui patrouillait quelque part dans les environs, au lieu de cela, il la surprit. Il ricana tout bas, l'air sincèrement amusé.

« Pas mal, Granger. » commenta-t-il. « Tu aurais pu être un peu plus inventive, mais je suppose qu'il ne faut pas trop en demander à une Sang-de-Bourbe. »

« Arrête de l'appeler comme ça ou je te fais avaler tes dents. » grinça Ginny, la baguette prête.

« Encore moins original. » lâcha Malfoy, en secouant la tête, visiblement dépité.

« Qu'est-ce que tu veux ? » soupira Hermione.

Elle ne comprenait pas ce que son manège signifiait et elle détestait ne pas comprendre.

« Il serait plutôt question de ce que tu veux. » déclara-t-il, avec satisfaction. « J'ai une proposition. »

Une proposition ? De Malfoy ? Et pourquoi pas une invitation à prendre le thé chez Voldemort, tant qu'on y était ?

Elle s'apprêtait à le renvoyer jouer avec les deux gorilles qui le suivaient partout comme des chiens mais Ginny ne lui en laissa pas le temps.

« Dis toujours. » le défia la quatrième année du regard.

La bouche de Malfoy tressauta comme s'il luttait pour ne pas sourire.

« Pas ici. » refusa-t-il. Il se tourna à nouveau vers Hermione. « Après le repas, au cinquième étage de l'aile ouest, dans l'ancienne classe de Défense. Je veux l'équipe de Quidditch et autant de personnes influentes que tu le jugeras nécessaire. »

« Tu nous prends pour des idiots ? » riposta Hermione. « Tu sais très bien qu'on a pas le droit de... »

« Les Poufsouffles ont déjà promis de venir. » coupa-t-il. « Et Lovegood va avertir les Serdaigles. N'est-ce pas ? »

Luna ne parut pas hésiter ou réfléchir beaucoup avant d'acquiescer.

« C'est un piège. » contra Hermione. « Je ne donne pas cinq minutes à Ombrage avant de rappliquer. »

Malfoy eut l'air insulté.

« Ce ne serait ni subtil, ni très amusant. » contra-t-il. « Tu voulais t'opposer à Ombrage, je vais t'en offrir les moyens sur un plateau d'argent, cloche et couverts compris. »

Elle ne le croyait pas une seconde.

« Pourquoi, tu ferais ça ? » demanda-t-elle.

Il haussa les épaules.

« J'ai mes raisons. » lâcha-t-il. « Ce n'est pas le moment idéal pour les développer. Les Poufsouffles viendront, les Serpentards seront là. Puis-je compter sur les Serdaigles ? »

Occupée à étudier le dernier numéro du Chicaneur, Luna mit quelques secondes avant de lever les yeux.

« Je viendrai. » promit-elle. « Je ne sais pas si les autres feront de même. »

Malfoy sembla étudier la chose puis réaliser que Luna n'était pas la personne la plus populaire de sa Maison.

« Je parlerai à Davis. » concéda-t-il, avant de reporter son attention sur Hermione. « Qu'en est-il des Gryffondors ? »

Elle hésita. Vraiment. Mais si les autres Maisons étaient toutes présentes et pas celle des lions... Elle décida qu'elle vérifierait avec un Poufsouffle et un Serdaigle avant de prévenir les autres.

« A quoi joues-tu ? » insista-t-elle.

« Ce soir. » promit-il, en guise d'explication. « J'ai besoin des Gryffondors, Granger, même si ça m'arrache la bouche de l'admettre. Alors, ta réponse ? »

Que pouvait être sa réponse lorsqu'au moins une autre Maison s'était engagée à prendre le risque ? S'il y avait une chance de faire mordre la poussière à Ombrage... Juste une...

Battre Ombrage valait-il le fait d'accorder à Malfoy le bénéfice du doute ?

La question pouvait également se prendre dans l'autre sens.

Elle chercha le regard de Ginny, quêtant l'avis de son amie, mais la rousse semblait s'en remettre à sa décision et Hermione se retrouva à hocher la tête, avec une moue dégoûtée.

« Soit. » capitula-t-elle. « Nous serons là. Mais si c'est un piège tordu, Malfoy... »

« Pas de piège, pas de traquenard. » jura-t-il, mais que valait la parole d'un Serpentard ? « Ce sont des... pour-parlers. »

Des pour-parlers... On se serait cru au moyen-âge...

« Sur ton honneur ? » lança Ginny, que le terme avait visiblement fait réagir.

Luna elle-même paraissait intéressée par le tour qu'avait pris la conversation.

« J'engage le mien et celui de ma Maison. » déclara posément Malfoy. « J'exigerai bien le vôtre en retour, mais tout le monde sait qu'un Weasley n'a aucun honneur sur lequel jurer. Quant à Granger... Elle n'a rien à engager que de la boue, alors... »

« Dégage. » grinça la rousse.

Le Serpentard ne se fit pas prier. Il se leva et disparut entre les rayons sans presser le pas, tout à fait à l'aise malgré la discussion surréaliste qui venait d'avoir lieu.

« Pour-parlers ? » interrogea Hermione dès qu'il fut assez loin pour ne pas entendre leur discussion.

Ce fut Luna qui répondit, expliquant la tradition ancestrale qui permettait une courte trêve durant un conflit entre deux Maisons, au sens que lui donnait les Sang-Purs, de proposer une solution moins sanglante. Ce n'était plus guère en usage que dans les cercles les plus fermés de leur aristocratie de leurs jours mais la Serdaigle se fit un plaisir de lui préciser tous les complots gouvernementaux qui étaient nés lors de pareilles réunions.

« Pourquoi réunir tout le monde ? » demanda Ginny, lorsque Luna eut fini.

Hermione, qui ne lui avait pas prêté une attention très soutenue, haussa les épaules en signe d'ignorance.

Que pouvait-elle deviner de ce qui passait par la tête d'un Malfoy ?