Bonsoir! C'est encore moi. Je gère en ce moment. J'ai beau avoir plein de devoirs cette semaine, j'écris, juste pour vous! Vos rewiews aident vraiment à me motiver, alors si vous voulez la suite, n'hésitez pas. Je vois qu'il y en a qui ne supportent pas de ne plus voir Carlisle? Moi aussi il me manque un peu. A chaque fois que je lis une fic qui le concerne, j'ai toujours hâte qu'il apparaisse. ça conduit à des délires bizarres parfois... Bref.
Bonne lecture! :)
Lila PDV
Il n'y avait rien de plus à dire de l'école. C'était pour le mieux, je pense. Ma classe était sympa, mais sans plus. Les élèves, comme je m'y étais attendue, me regardaient comme on aurait regardé une martienne séjournant sur Terre.
Deux jours. Cela avait pris deux jours pour qu'un membre de la famille Cullen croise de nouveau ma route.
Je n'avais pas rappelé Carlisle, ni personne d'autre. Ils n'avaient pas appelé non plus, et je me disais qu'ils avaient fini par m'oublier. Même si je pensais sincèrement que cela était mieux pour eux, j'étais triste d'être ainsi abandonnée. Je ne m'étais jamais sentie aussi seule. Voici donc le récit de ces deux jours sombres.
Le premier jour d'école, j'étais rentrée par le deuxième bus après mon cours d'alto. Il était dix-sept heures quand il me déposa à mon arrêt. Lorsque j'ouvris la porte d'entrée avec mes clés, je soupirai de soulagement : le silence de la maison m'informait que ma tante était absente. Néanmoins, je frissonnai. Des bruits de grattements dans les murs m'informaient que je n'étais pas vraiment toute seule, que des rongeurs avaient également élu domicile dans la vieille résidence. Je détestais les rongeurs. Et s'il y en avait qui venaient dans ma chambre pendant que je dormais ? L'horreur ! Je montai les escaliers jusqu'à ma chambre, ne souhaitant pas être surprise par ma tante au rez-de-chaussée. Après tout, elle pouvait rentrer à tout moment.
Lorsque j'arrivai sur le pallier du deuxième étage, une porte que je n'avais pas remarquée jusqu'alors attira mon attention. Elle semblait pratiquement incrustée dans le mur, et je ne l'aurais pas vue si je n'avais pas été assez observatrice. J'allai déposer mon sac dans ma chambre et revint à la porte que je trouvais décidément bien mystérieuse. Avec hésitation, je me saisis de la vieille poignée entourée de toiles d'araignée et la tournai.
Je poussai un hurlement. Dès que la porte s'était entr'ouverte, une vingtaine d'araignées étaient tombées sur moi. Elles devaient avoir élu domicile au-dessus de la porte depuis de longues années ! Je me débattis en sentant quelques bêtes velues s'agiter dans mon dos, étant tombées par le col de mon tee-shirt. D'autres étaient sur ma tête et ne semblaient pas vouloir lâcher mes cheveux. Les autres, qui étaient tombées par terre, venaient à la rescousse de leurs compagnons et montaient le long de mes jambes. Je courus vers la salle de bain, retirait mon tee-shirt et me précipitai dans la douche. Comme le robinet, elle n'avait pas été utilisée depuis longtemps, et tout d'abord, la pomme de douche fit jaillir par intermittence des traînées d'eau jaunâtres. Mais je m'en fichais, tout ce que je voulais, c'était faire partir ces araignées. Je n'avais pas une peur irraisonnée de ces petits êtres, mais quand elles attaquaient en force, je ne les aimais pas, pas du tout même.
L'eau était glacée. J'eus du mal à mettre ma tête sous l'eau, mais je sentais encore des araignées s'activer dans mon cuir chevelu, donc je n'avais pas le choix. Au bout de cinq minutes, toutes les vilaines bêtes étaient parties dans les égouts, de quoi bien boucher les canalisations. Je sortis de la douche. Mon jean, que je n'avais pas enlevé, était imbibé d'eau. Sans me sécher – je n'avais pas prévu de serviette – je remis mon tee-shirt, l'ayant secoué énergiquement pour m'assurer qu'aucune araignée n'était restée à l'intérieur. Chose qui ne me ressemblait pas, je n'allai pas tout de suite à ma chambre pour me changer. La porte que j'avais découverte – ou plus précisément la pièce qu'elle cachait – m'attirait d'une façon étrange, énigmatique. Je ne pouvais pas attendre pour découvrir ce qu'il s'y cachait.
J'ouvris entièrement la porte, découvrant une pièce quasiment vide et froide. Les araignées qui n'étaient pas tombées sur moi avaient mystérieusement disparu. Une fenêtre avec des carreaux manquants donnait sur l'arrière de la maison – des champs, bizarrement – et les vieux voilages déchirés qui tenaient aux tringles d'une manière inexplicable volaient au gré du vent qui s'y engouffrait en sifflant. Une armoire en bois qui semblait dater de plusieurs centaines d'années était posée là, à droite de la fenêtre. C'était l'unique meuble de la pièce. Toujours aussi curieuse, je me dirigeai vers elle, mais une latte de parquet usée se cassa en deux sous mon poids, révélant un grand trou dans lequel mon pied s'enfonça. J'entendis des couinements terrifiés et retirai vivement ma jambe. S'il y avait une maison qui avait du vide sous son plancher, c'était évidemment celle de ma tante. Je commençais à me faire à l'idée, ironiquement, que cette baraque était tout simplement hantée. Je remarquai alors que ma jambe était en sang. Elle devait avoir raclé le bois lorsque la planche s'était brisée. Mais je n'avais pas mal, et je décidai que ce n'était pas grave. Je savais que, si elle avait été encore vivante, Miriam m'aurait dit de désinfecter la plaie. Mais je n'avais rien pour le faire, et de toute façon, si elle avait été vivante, je ne me serais jamais retrouvée dans cette situation. Même si nous avions toutes les deux été « accueillies » par notre tante, elle aurait trouvé un moyen de nous sortir d'ici. Elle était forte, Miriam. Moi, je ne l'étais pas. J'étais seulement curieuse, et vous savez ce qu'on dit : la curiosité est un vilain défaut.
Justement, en parlant de curiosité, j'eus enfin la possibilité de l'assouvir en atteignant la vieille armoire. Je l'ouvris, veillant à ce que je ne dérange pas tout un clan d'araignées enragées. Je faillis pousser un autre hurlement, mais me retins à temps.
Dans le bas de l'armoire, il y avait un squelette.
Ce n'était pas un squelette humain, mais celui d'un grand chien, d'après ce que je pouvais voir. Il devait être là depuis très longtemps. Il avait été attaché dans l'armoire par une grosse chaîne en fer, encore parfaitement conservée. Elle passait par un trou à l'arrière de l'armoire et devait vraisemblablement être attachée au mur qui était derrière. La pauvre bête devait être morte de faim dans ce placard. Je sentis les larmes me monter aux yeux en pensant à la souffrance que ce chien avait dû endurer chez ma tante. J'espérais seulement ne pas finir comme lui.
Je levai les yeux vers le haut de l'armoire, là où étaient disposées quelques étagères. Sur celles-ci, il y avait des livres. Non, pas des livres… Des albums photos ! De très vieux albums. Tout était vieux dans cette pièce de toute façon.
Entendant du bruit au rez-de-chaussée, je décidai de quitter la pièce mystère, en me promettant d'y revenir dès le lendemain pour feuilleter ces albums. Je ne connaissais rien de l'enfance de ma mère, peut-être pourrais-je y glaner quelques informations. Elle était toujours si discrète sur sa vie privée...
J'allai dans ma chambre, nettoyai rapidement ma plaie à la jambe avec un mouchoir en papier, changeai de vêtements et me munis des papiers que je devais faire signer à ma tante. Après avoir pris quelques grandes inspirations pour me donner courage, je descendis précautionneusement les escaliers, ne souhaitant pas me blesser encore plus. Je n'étais pas sûre que ma tante ferait tout en son pouvoir pour que j'aie accès aux soins médicaux…
Elle était là, assise à la table de la petite cuisine, en train de faire je ne sais quoi. Je m'éclaircis la gorge pour manifester ma présence, mais elle ne daigna pas lever les yeux vers moi.
"Euh… bonjour ?" tentai-je timidement.
Lorsqu'elle me regarda, ses yeux lançaient des éclairs. Je flanchai, reculant d'un pas.
"Bonjour Madame", corrigea-t-elle en insistant sur le deuxième mot.
"Bonjour Madame", répétai-je d'une voix tremblante.
J'étais déjà en train de perdre contenance. Génial...
"Qu'est-ce que tu veux ?" gronda-t-elle. "Tu ne vois pas que je suis occupée ?"
"L'école m'a donné des papiers que je dois te faire signer…" répondis-je sans réfléchir.
"Répète un peu cela ?" dit-elle, menaçante plus que jamais.
"L'école... m'a donné des papiers que je dois te…"
Elle se leva d'un bond.
"Ta mère ne t'a donc jamais appris les bonnes manières ?"
Je sentis mes yeux se remplir de larmes à l'évocation de ma mère par une femme qui lui ressemblait tellement mais qui en même temps était tout l'opposé. Ma tante, dont je ne connaissais toujours pas le prénom, se dirigea vers moi à grands pas et m'assena une gifle magistrale. Surprise par le coup, je tombai sur le sol, et les feuilles que j'avais lâchées s'éparpillèrent autour de moi.
"Je t'ai dit qu'il fallait que tu m'appelles madame ! Cela implique le vouvoiement, jeune fille !"
"Je suis désolée, je…"
Je reçus un coup de pied dans les côtes qui me fit gémir.
"Et tu ne parles que si on te le demande ! Maintenant, relève-toi, et donne les papiers à signer."
Je m'empressai de me lever et de ramasser les feuilles pour les lui tendre. Elle les signa rapidement sans les regarder et me les jeta ensuite au visage. Les larmes menacèrent de couler de nouveau à cause de l'humiliation.
"Et la maison aurait bien besoin d'être nettoyée de fond en combles", ajouta-t-elle. "Je te donne jusqu'à deux heures du matin pour faire ça. Si ce n'est pas fait, tu seras punie."
"Quoi ? Mais…"
Je ne pouvais pas dire que je ne l'attendais pas, cette baffe, mais elle était deux fois plus forte que la précédente. Je finis de nouveau sur le sol, et cette fois mon nez était en sang.
"N'oublie pas, deux heures du matin", fit-elle en passant près de moi pour quitter la pièce. "Ah, et j'oubliais", ajouta-t-elle en revenant. "Tu trouveras le matériel nécessaire dans l'armoire près du réfrigérateur."
Et elle sortit pour de bon. Mais pas pour longtemps.
Cinq heures plus tard, j'avais fini de nettoyer le rez-de-chaussée. Ma tante était extrêmement exigeante, il fallait que tout brille du sol au plafond. Et surtout, elle était diabolique, faisant exprès de salir l'endroit que je venais tout juste de nettoyer, soit en émiettant du pain, soit en sortant dehors pour salir ses chaussures dans la boue du jardin pour marcher ensuite partout dans la maison. Il était vingt-deux heures. Mon dos était courbatu, mes paupières étaient lourdes. Ma tante ne me quittait pas du regard, guettant le moindre signe de faiblesse, augmentant mon stress par la même occasion.
Je nettoyai toutes les marches de l'escalier en les astiquant contentieusement et parvins au premier étage, où je n'étais jamais allée jusqu'à là. Je gémis. Il semblait encore plus étendu que le rez-de-chaussée !
Au fur et à mesure que je nettoyais, je voyais l'heure avancer. Vingt-trois heures. Minuit. Je redoutais la punition que ma tante me donnerait si je ne parvenais pas à faire le travail à temps. Je n'avais encore pas fait la moitié. Une heure. Je n'en pouvais plus. Une heure et demi. Plus qu'une pièce. Deux heures.
"Vas te coucher", ordonna ma tante lorsque je me présentai devant elle, les mains rougies par les produits ménagers. "Et tâche de te laver, tu pues."
J'étais tellement fatiguée que je m'affalai sur le lit de fer tout habillée, ne remarquant pas le petit paquet posé sur le rebord de ma fenêtre.
Le lendemain, me lever fut difficile. Je n'avais pas changé l'emplacement de l'aiguille du réveil, alors l'appareil sonna à six heures quarante. Bien que je sache que j'avais le temps, comme je n'avais pas de petit-déjeuner, je me forçai à me lever pour ne pas me rendormir et manquer l'école. Il était hors de question que je passe la journée dans la maison sous prétexte que j'avais loupé le bus scolaire. Je me douchai rapidement, gémissant au contact de l'eau glacée, claquant des dents continuellement. Lorsque je revins dans ma chambre, je remarquai quelque chose devant ma fenêtre, dans la clarté du levant. C'était un petit paquet en papier kraft. Je l'ouvris avec précaution. Un sandwich ! Sans réfléchir, je l'engloutis, ne testant même pas le goût, ne me demandant même pas qui l'avait mis là. J'avais trop faim.
"T'as vraiment pas bonne mine, petite", me salua Phil vingt minutes plus tard lorsque je montai dans le bus.
Je grognai en réponse, m'asseyant à la même place que la veille. Je fermai les yeux en essayant d'ignorer les cris provenant du fond du véhicule. Les lycéens étaient de vrais gamins parfois ! Je m'endormis, bercée par les secousses du bus.
Carlisle PDV
"Alice, qu'est-ce que tu vois ?" demanda Jasper, inquiet.
Je relevai la tête de mon livre pour fixer Alice, qui avait le regard perdu dans le futur. Je n'avais pas essayé d'appeler Lila après son appel la veille. Alice était aveugle en ce qui concernait son futur, je ne voulais pas risquer la sûreté de la fillette en l'appelant sur un portable qu'elle n'était pas censée avoir. Nous venions d'emménager dans notre nouvelle demeure à quelques kilomètres de Burns, pour ne pas attirer trop les soupçons. Après tout, il se pouvait que madame Olson ait parlé de nous à la tante de Lila, et nous étions assez reconnaissables à cause de notre espèce. Je me faisais du souci pour Lila. Je souhaitais garder un œil sur elle, mais la veille, malheureusement, j'avais été obligé d'aller chasser avec Esmé, Edward et Bella. Je me sentais responsable d'elle, mais je ne me voyais pas demander à quelqu'un d'autre d'aller la voir pour mon compte. Rosalie était très froide vis-à-vis de Lila et était satisfaite qu'elle ne soit plus dans nos vies, sous prétexte qu'elle était en danger à nos côtés. Emmett suivrait Rosalie jusqu'au bout du monde s'il le devait, et même si, par quelque miracle, il osait contredire Rosalie pour aider la fillette qu'il appréciait, ce n'était peut-être pas la bonne personne à envoyer. Il était un peu… brutal, parfois. Jasper était encore fragile en ce qui concernait notre régime végétarien, bien qu'il se soit grandement amélioré depuis la fête des dix-huit ans de Bella, cinq ans auparavant. Mais cinq ans ne signifient rien pour des êtres immortels, et j'avais honte de me dire que je n'avais pas une entière confiance en Jasper à côté de Lila. Je crois que j'étais devenu un peu trop protecteur vis-à-vis de la fillette. Alice pourrait aller la voir, mais que pourrait-elle faire de plus ? Et moi, que pouvais-je faire de plus ? La tante de Lila, riche mais pas autant que nous, avait graissé la patte de tout le personnel des services sociaux de l'ouest des Etats-Unis. Je pourrais faire cela, moi aussi, mais quelle justification ? Après tout, je n'avais aucun lien avec Lila. Je l'avais seulement trouvée. Si l'affaire était portée en justice, bien qu'aidés avec le don d'Alice, il se pourrait que nous ne soyons plus jamais autorisés à approcher Lila, qui devrait rester avec sa tante jusqu'à sa majorité.
J'avais les pieds et poings liés. Nous ne pouvions pas attirer l'attention sur nous, et pour de bonnes raisons. Nous n'étions pas censés être en contact avec Lila de quelque manière que ce soit, et tout pouvait retomber sur nous. Cela serait fatal, non pas pour nous, mais pour Lila. Ce qu'il fallait, c'était des preuves. En rentrant de la chasse, la veille, j'avais fait un détour par la maison perdue au milieu des champs où Lila habitait désormais. Ce que j'y avais vu m'avait brisé le cœur. Elle était là, sur le sol, une éponge à la main, en train d'astiquer sous le regard sévère de sa tante. Son ventre avait gargouillé, et quand j'avais humé l'air, aucune odeur de nourriture humaine ne m'était parvenue, comme s'il n'y avait rien à manger dans la maison. J'avais lâché un grognement à la vue de cette femme – si on pouvait appeler cela une femme. Elle osait faire du mal à ce petit être que j'avais appris à aimer au cours des dernières semaines. J'avais appelé Esmé en lui demandant de me rejoindre en amenant quelque chose à manger pour la petite. Dix minutes plus tard, elle avait été à mes côtés, et nous avions regardé, le cœur brisé, cette enfant martyrisée. Nous avions déposé le sandwich qu'Esmé avait préparé sur le rebord de la fenêtre de sa pauvre et minuscule chambre, horrifiés du manque de confort dans lequel vivait désormais Lila.
"Demain soir, nous irons la voir", avait déclaré Esmé. "Elle a besoin qu'on la soutienne, elle doit se sentir abandonnée ! Et elle a toujours son portable, regarde. Nous pourrions essayer de l'appeler. C'est le moins que nous puissions faire."
"Tu as raison", avais-je répondu en déposant un baiser sur son front.
Et maintenant j'étais là, assis dans mon salon à contrecœur, faisant semblant de lire un livre, en vérité trop préoccupé par le sort de Lila. Mais je savais que, tant qu'elle était à l'école, tout irait bien. Elle n'y était peut-être pas encore – l'horloge indiquait sept heures cinquante – mais au moins elle n'était plus chez sa tante. Le collège de Hines avait une bonne réputation, il était de taille humaine et là-bas, j'avais l'espoir qu'on saurait prendre soin de ma jeune protégée. Je ne me trompais pas.
"Jasper", s'exclama Alice, "détourne la ligne téléphonique du docteur Portes à Burns, pour la rediriger chez nous ! Tu as dix minutes. Carlisle, tu vas être mis à contribution."
Jasper, sans poser de question, en bon gentleman qu'il était, ouvrit l'ordinateur portable qui se trouvait près de lui et se mit à pianoter à toute vitesse sur le clavier. Nous pouvions toujours compter sur lui quand il s'agissait de faire ce genre de chose.
"Ça concerne Lila ?" demandai-je, tendu.
"Oui. Laisse-moi faire, d'accord ? Tu comprendras le moment venu."
Agacé, je soupirai. Habituellement, cela ne me dérangeait pas qu'Alice cache ses visions pour telle ou telle raison qu'elle devait juger légitime. Mais cela concernait Lila. Que s'était-il passé ? Si j'étais mis à contribution, et que nous détournions la ligne téléphonique d'un médecin, cela signifiait forcément que je devrais apparaître en tant que docteur Cullen, quelque part. Je me levai et me rendit à mon bureau pour prendre ma trousse de médecin. Je n'avais encore postulé dans aucun hôpital de la région, préférant me concentrer sur Lila, mais ma trousse m'accompagnait partout et était toujours prête à l'emploi.
Dix minutes plus tard, le téléphone fixe de la maison sonna. Alice s'empressa d'aller répondre.
"Cabinet du docteur Portes, j'écoute !" dit-elle joyeusement.
"Oui, bonjour madame, secrétariat du collège de Hines. J'appelle au sujet d'une élève qui s'est présentée ce matin, qui n'était pas en forme du tout. L'infirmière est absente, serait-ce possible pour le docteur Portes de venir l'examiner ?"
C'était étrange. D'habitude, les établissements scolaires n'appelaient les médecins qu'en dernier recours, après les tuteurs légaux. Mon inquiétude se fit grandissante.
"Le docteur Portes est malheureusement absent aujourd'hui. Je peux vous envoyer son remplaçant, docteur Cullen, cela vous conviendrait-il ?"
Elle m'adressa un clin d'œil.
Et tout se régla ainsi. Je m'empressai de m'engouffrer dans ma Mercedes mis les gaz.
Lila PDV
"Lila, Lila, réveille-toi !"
J'ouvris les yeux. J'étais encore dans le bus. Phil et Gina étaient penchés sur moi, l'air inquiet.
"Nom d'un chien Lila ! Nous refais jamais un coup pareil !" s'écria Phil.
"Phil", calme-toi, dit Gina. "Ça va ma puce ? Cela fait un quart que nous essayons de te réveiller. Tu te sens bien ?"
Je voulais répondre oui mais un gémissement m'échappa involontairement. En vérité, j'avais mal partout, c'était atroce. La secrétaire posa une main douce sur mon front.
"Tu as un peu de fièvre. Nous allons t'emmener à l'infirmerie, d'accord ?"
J'acquiesçai. Quand je me levai, je chancelai, et Phil me rattrapa par le bras. Nous marchâmes tous les trois jusqu'au hall d'entrée, où je m'affaissai, ne pouvant aller plus loin. C'était comme si mon corps m'avait abandonnée, ne me laissant que la douleur et la fatigue. Je tremblais comme une feuille. Phil me balança sur son épaule comme un berger portant une brebis blessée et me posa ensuite doucement sur un lit, un vrai lit, plus confortable que celui que j'avais actuellement la nuit. L'infirmerie était située juste derrière l'accueil.
"Je vais appeler l'infirmière", entendis-je Gina dire à Phil. "Elle est de permanence au lycée, mais je pense qu'elle pourra se libérer."
Je l'entendis ensuite passer un coup de fil, tandis que Phil me surveillait, debout dans l'encadrure de la porte, un peu gêné, les mains dans les poches, l'air incertain. Quelques minutes plus tard, le téléphone sonna. Après, pendant quelques minutes, je perdis le fil des événements. Je faillis m'endormir, mais Gina entra dans la pièce et se dirigea vers moi juste à ce moment-là.
"L'infirmière était au lycée", m'informa-t-elle. "Elle a un problème de voiture donc elle ne peut pas venir ici. J'ai donc appelé le médecin, d'accord ma chérie ? Il arrivera d'ici un quart d'heure."
J'acquiesçai, montrant que j'avais compris. Je ne pouvais pas vraiment protester, et de toute façon je n'en avais pas la force ni l'envie. Peut-être qu'un médecin pourrait m'aider à me sortir de cette galère…
