Chapitre 10 :
Tout leur avait été dit. Chaque moment, à la seconde près. À quelle heure elle était sortie de sa chambre, par quel chemin le nomade lui était apparut, le temps que Demetri et Felix avaient pris avant de venir à sa rescousse. Ils savaient tout. Mais cela ne semblait pas calmer leur fureur. Pas seulement celle de son père, ni celle des maitres, mais celle de tous.
Présentement, dans la salle du trône, un brouhaha intense empêchait toute communication possible. Personne ne restait indifférent à ce qui venait de se produire. Alec proférait des menaces de mort au vampire pourtant déjà mort, ou à quiconque le connaissait. Aro était anormalement calme, mais il parlait avec Caius par le simple toucher de main qui les unissait.
Ce ne fut que lorsque deux gardes inférieurs dont les noms lui échappaient revinrent d'aller porter les humains dans une salle fermée à clef le temps de régler ce problème que Caius exigea le silence complet.
Aro se leva de son trône, lâcha la main de Caius, et se rendit dans le centre de la pièce.
- Aujourd'hui, nous avons été attaqués. C'est une situation qu'on ne peut pas prendre à la légère, et c'est donc dans notre intérêt d'agir avec professionnalisme et essayer de comprendre ce qui a bien pu se produire.
Tous les gardes écoutaient leur maitre parler comme s'il était le nouveau messie. Alexandra, elle, observait chaque mouvement d'Aro. Elle ne lui faisait pas confiance. Peut-être qu'aujourd'hui avait bel et bien été un nomade qui avait été assez intelligent et doué pour rentrer dans le château et l'attaquer. Mais cela pouvait aussi être une situation complètement différente aussi, et elle ne pouvait pas faire comme si cette option était impossible. Oui, l'option que ce soit Aro qui ait arrangé le tout, en essayant de faire passer son agression pour un accident.
Cependant, elle ne pouvait pas en être certaine, et elle ne devait surtout pas l'accuser à tort. Tout ce qu'elle pouvait faire présentement était d'être sur ses gardes et attendre.
- Moi, j'ai une question qui m'obsède littéralement. Comment un simple nomade a-t-il pu pénétrer dans l'enceinte de notre château tandis que deux de nos gardes les plus expérimentés étaient à l'extérieur et patrouillaient ?
Demetri et Felix baissèrent les yeux simultanément, se sentant évidemment réprimandés. N'empêche, là n'était pas la question.
- C'est peut-être un don, lança Sulpicia. Quelqu'un capable de paraitre invisible au autre ?
Tous les regards se tournèrent vers Afton, qui lui aussi avait cette habilité, bien que réduite. Chealsea lui attrapa la main, comme pour le protéger.
- Je peux vous dire que cette personne était entrainée, lança Alexandra à l'intention du groupe. Il était fort. Ce n'est pas pour rien que je ne réussissais pas à me sortir de son emprise.
- Une raison de plus qu'on aurait dû l'interroger ! cria Caius. Il aurait pu tout nous dire sous la torture ! mais maintenant nous nous posons des questions autour d'un cadavre comme si nous étions autour d'un feu de camp !
- Avec tout votre respect, maitre, je ne pouvais pas prendre la chance qu'il me soit supérieur et s'en prenne de nouveau à Alexandra, rétorqua Felix.
- Felix m'a sauvé la vie ! s'écria Alexandra, fâchée que ce dernier soit réprimandé. Sans lui je ne serai peut-être plus là aujourd'hui.
Un grognement sourd résonna des torses d'Alec et de Demetri à cette insinuation. Personne ne commenta pendant un moment, tandis que Caius contemplait Felix avec haine et qu'Alexandra analysait Aro du regard.
- D'accord, soyons logique, commença Aro. Cette personne a réussi à entrer dans notre humble demeure, à attaquer une de nos gardes et elle était entrainée. Maintenant que nous sachons tout ça, que pouvons-nous faire ? Felix a tué l'ennemie !
- Qui nous dit que cette personne agissait seul ? lança Alec. Quelqu'un de si doué devait bien avoir un plan B.
Un frisson parcourut le corps d'Alexandra. Elle ne voulait pas revivre la scène qu'elle avait vécue.
- Et s'il travaillait pour quelqu'un ? insinua Demetri, qui se tenait toujours aussi proche d'Alexandra.
- Qui cela pourrait bien être ? rétorqua Aro.
- Personne n'a encore réussi à se débarrasser de ces deux roumains, murmura Caius, le regard empreint de rage à la pensée des leurs deux rivales.
Des grognements résonnèrent à la simple mention des roumains. Ils n'étaient guère aimés de personne dans la garde, c'était chose certaine.
- Ils ont toujours la particularité de réussir à nous éviter, à se cacher de Demetri, répondit Aro en secouant la tête. Peut-être devrions-nous nous remettre à leur recherche.
- N'empêche, pendant ce temps, il nous faut un plan, dit Alec.
- Quelle sorte de plan ?
- Pour empêcher quelqu'un d'autre de venir s'attaquer à Alex.
Sans qu'elle ne s'en rende compte, son père s'était rapproché d'elle afin de pouvoir déposer une main sur son épaule. Soudainement, un souvenir revint à la mémoire d'Alexandra.
- Qui devait venir m'avertir qu'Heidi arrivait avec le repas ?
- En quoi cela a un lien avec notre enquête ? rétorqua Caius avec fureur.
- Juste un instant, s'il vous plait, répondit Alexandra en contemplant Aro. Qui ?
- J'avais demandé à Demetri de venir te voir, répondit Aro en haussant les épaules.
- Sauf qu'il était toujours en train de patrouiller quand je me suis faite attaquée.
- Oui, en effet. Où veux-tu en venir, ma très chère ?
- Quelqu'un est venu me prévenir que le diner était prêt. Quelques minutes à peine avant que je ne sorte de ma chambre.
Un silence de plomb s'attaqua à la pièce. Il dura une bonne dizaine de secondes avant qu'Aro le coupe.
- Qui, dans cette salle, est allée prévenir Alexandra de l'arrivée d'Heidi ? lança-t-il à l'attention de toutes les personnes présentes dans la pièce.
Personne ne répondit, et chacun se lancèrent des petits regards afin de voir qui répondrait à la question.
- Cette personne qui a averti Alexandra doit immédiatement se manifester !
Aucune réponse. Les yeux de tous se tournèrent vers le cadavre qui était étalé en plein centre de la pièce. Le sang d'Alexandra se glaça.
- Alexandra, si tu nous disais plus de détails sur la façon dont la personne est venue t'avertir du souper, demanda Aro avec un calme exemplaire.
- J'ai juste entendu quatre petits coups contre ma porte, je savais que c'était le code pour cela. Je me suis douchée et je suis sortie à peine quelques minutes après.
- Cette... chose n'est pas un amateur ! cria Caius. Il connaissait nos codes, c'est un espion ! Les roumains ne sont certainement pas en dehors de cette attaque. Que quelqu'un me rapporte leurs têtes !
- Mon frère, restons calme, essaya de le calmer Aro, qui continuait de contempler le feu crépitant.
- Que fait-on, alors ? rétorqua-t-il.
- Je vais avoir besoin d'un peu de temps afin d'y réfléchir, soupira Aro.
Caius secoua la tête, mais n'osa rien dire contre celui qu'il considérait comme son propre frère. Il était n'empêche irrité.
- Durant ce temps, tout le monde retourne à leur activité quotidienne ! Alec, je te veux à côté d'Alexandra en permanence. Sinon, nous n'avons toujours pas mangé, donc attrapez-vous chacun un humain, buvez, et retournez à vos quartier. Oh, et faites attention au tapis ! Je ne voudrais pas le salir !
Tous sortirent un à un de la salle du trône, les regards loin d'être festifs comme ils en sont d'habitude lorsqu'il est question du repas. Alexandra sortit la dernière, Alec juste derrière elle. Tous se dirigeaient vers la pièce où les humains étaient enfermés.
- Je vais t'attendre ici, je n'ai pas vraiment le gout de manger.
Elle avait encore l'estomac tout à l'envers depuis son agression. Alec la regarda d'un air soucieux.
- Je comprends, mais ce serait important que tu reprennes des forces. Qui sait quand tu en auras besoin...
Alexandra frémit. Elle en aurait eu besoin, aujourd'hui... Le regard d'Alec s'adoucit.
- Je m'excuse, mais...
- Non, tu as raison. C'est le choix sage à faire.
Elle attendit que tous aient fini avant de rentrer dans la petite pièce. Il ne restait qu'un homme dans la trentaine. Il tremblait et puait la transpiration. Il la regardait avec des yeux effrayés, la suppliant de lui laisser la vie sauve. Elle lui brisa le cou d'un mouvement sec avant de plonger ses dents dans sa jugulaire. Le sang chaud remplit sa gorge et apaisa la brulure qui y était présente. Après seulement quelques minutes, le corps de l'humain était maintenant dénudé de vie.
Elle le laissa tomber sur le plancher et remarqua qu'il y avait quelques traces de sang sur le tapis centenaire d'Aro. Oups ! Elle ne se sentit même pas mal.
S'essuyant la bouche, elle sortit de la pièce pour voir son père qui l'attendait juste à la sortie.
- Tu ne comptes pas me lâcher des yeux, n'est-ce pas ? Parce qu'Aro te l'a demandé ?
- Je l'aurai fait même s'il ne me l'avait pas ordonné, tu peux en être assurée.
Alexandra sourit faiblement. Elle ne savait pas encore si elle allait se lasser d'être toujours suivie par son père ou si cela la sécuriserait. Surement un mélange des deux.
Ils se dirigèrent en silence vers leur couloir, là où seulement elle, Alec et Jane habitaient.
Rendue en face de sa porte de chambre, elle ralentit.
- Je vais aller me reposer, lui dit-elle. La journée a été... éprouvante.
Alec hocha la tête, le regard compatissant.
- Je vais être dans ma chambre. S'il y a quoi que ce soit...
- Oui, ne t'inquiète pas, tu seras averti.
Alec inclina la tête et partit. Alexandra entra dans sa chambre, ferma la porte, appuya sa tête contre celle-ci et soupira. Elle se rendit jusqu'à son lit, enleva ses souliers, et s'y allongea. Elle ferma les yeux, essayant de trouver un petit moment de repos. Cependant, après ce qui lui sembla n'être que quelques minutes, un simple coup résonna à sa porte.
Alexandra soupira à nouveau. Quoi, encore ?
Bonsoir à tous !
J'espère que vous avez aimé ce chapitre :) j'ai bien hâte d'avoir vos avis !
Cette semaine il n'y aura pas d'extraits, je ne veux pas trop dévoiler du prochain chapitre !
À bientôt !
