Chapitre 9
Hermione observait discrètement Severus et Narcissa tenter de se réconforter mutuellement. Dans sa main, celle de Luna bougea légèrement. Son amie se réveillait. Elle avait tenté de soigner Draco toute la nuit avec pour seul résultat de simplement ralentir la progression du mal. Certes, c'était déjà beaucoup, mais à ses yeux ce n'était pas suffisant. Elle s'était endormie, frustrée de n'avoir pas pu au moins réveiller le Serpentard. Et depuis, Hermione veillait sur elle, attendant patiemment que Ron et Ginny reviennent avec Harry pour qu'enfin toute cette histoire ne soit plus qu'un mauvais souvenir.
La jolie blonde ouvrit les yeux et serra un peu plus la main d'Hermione.
-Comment te sens-tu ? Demanda la Gryffondor
-Ça va… Ne t'inquiètes pas… souffla la Serdaigle.
Hermione fit la moue, mais s'abstint de dire qu'elle était blanche comme un cadavre. Et si elle savait très bien que le repos était le seul remède, elle savait aussi que Luna ne se reposerait pas tant que toute cette histoire ne serait pas finie. Quand son amante tenta de se lever, Hermione s'interposa.
-Ho non ma puce, pas question.
-Mais…
-Tu te tais et tu dors. Hors de question que tu recommences. Cette fois, ça pourrait être mauvais pour toi.
Luna soupira. Décidément Hermione était vraiment trop protectrice. Elle finit par se rallonger et par se rendormir, sachant qu'Hermione la réveillerait quand les autres reviendraient.
Harry reprit conscience dès qu'ils pénétrèrent dans le parc de Poudlard. Ron le soutenait et Ginny ouvrait la marche.
-Ginny… murmura-t-il.
-Gin, il est réveillé.
Ron le laissa s'affaisser sur le sol pour reprendre son souffle.
-Hé… Ça va ?
-Je… oui… ça va aller…
-Tu es sûr ?
-Oui… allons-y… nous ne sommes plus très loin.
Les deux Weasley soutinrent le Survivant et le ramenèrent jusqu'à l'infirmerie non sans difficultés.
Quand la porte de l'infirmerie s'ouvrit, Severus faillit se dévisser le cou. Quand il vit Harry si mal en point, il ne put empêcher un cri de franchir ses lèvres. Il se précipita sur eux et prit son fils dans ses bras.
-Harry ? Harry… Mon bébé… je t'en prie réponds-moi…
-Papa… souffla-t-il faiblement
-Merci Merlin…
La vague de soulagement fut telle que Severus en perdit presque l'équilibre et laissa les larmes couler sur ses joues. L'infirmière entra à son tour, attirée par le bruit et prit aussitôt les choses en mains. Elle demanda à Severus de poser son fils sur le lit voisin de celui de Draco. Enfin, avant de commencer, elle mit tout le monde dehors.
-Non ! Je veux rester ! S'écria Severus, je suis son père !
-Ça ne change rien, sortez Severus. Je vous appellerai quand ce sera terminé.
-Non, je veux rester ! Je ne laisserai pas mon fils ! Je ne le laisserai plus.
-Severus….SORTEZ !
-NON !
-Papa… souffla Harry…
-Oui mon bébé, répondit-il en s'approchant de son visage.
-Ça va aller… ne t'inquiète pas pour moi… J'ai vu pire…
-Harry…
-Là, vous voyez, maintenant sortez.
Severus se résigna et sortit, non sans avoir embrassé son fils. Il rejoignit Narcissa, Ron, Hermione, Ginny et Luna qui refusaient de quitter le couloir de l'infirmerie. Là, il s'effondra sur le sol et enfouit sa tête dans ses genoux. Narcissa s'accroupit près de lui et posa une main sur son épaule.
Le directeur, venu aux nouvelles, trouva un petit groupe endormi dans le couloir de l'infirmerie. Severus Snape, Narcissa Malfoy, Ronald Weasley, Ginny Weasley, Hermione Granger et Luna Lockwood. Tous dans les bras les uns des autres.
D'un coup de baguette il envoya chacun dans sa chambre ou son dortoir. Ils avaient tous besoin de repos. Et quelque chose lui disait qu'ils ne devaient surtout pas être dérangés, Severus en particulier. Un sourire triste passa sur son visage ridé avant qu'il n'entre dans l'infirmerie.
Il se trouvait dans une pièce aux murs blancs, presque faits de lumière. Il n'y avait rien à part lui et son angoisse. Son angoisse pour ses deux fils, sa peine, sa tristesse. Il avait l'impression d'être revenu 17 ans en arrière, à cette fameuse nuit où on lui avait tout enlevé. Et comme un enfant, il se recroquevilla sur lui-même, refusant d'entendre que l'un de ses fils était mort et qu'à nouveau, il n'avait rien pu faire.
Il ne sut jamais combien de temps il avait passé ainsi, priant et espérant, mais quand il se redressa, la pièce avait changé. Il se trouvait maintenant dans le salon de Godric's Hollow. Avant qu'il ait pu faire ou dire quoi que ce soit, quelqu'un passa la porte du salon. Quelqu'un qu'il connaissait et qu'il espérait depuis des années, quelqu'un qu'il aimait depuis 20 ans et qui l'avait quitté trop tôt.
-James…
L'ancien Gryffondor s'approcha de lui et lui sourit.
-Jamie… c'est toi ?
-Oui Sev', c'est moi… c'est bien moi…
-Mais… comment…
-Ça n'a pas d'importance mon amour…Mais nous n'avons pas beaucoup de temps, je ne peux pas rester.
-Non ! Ne pars pas, ne me laisse pas encore… Je t'en prie… je t'aime… je t'aime… Je ne veux pas…
-Calme-toi Sev', mon amour… je suis désolé… tellement désolé… je n'ai pas tenu ma promesse et je t'ai laissé seul… et Harry… si tu savais comme je regrette…
-James… Ho mon dieu… je t'en prie… ne me laisse pas… ne nous laisse pas encore… Harry t'aime…et moi aussi… même si je ne le disais pas assez…
-Je sais, je sais Severus…Mais c'est ainsi, on ne m'a permis de venir que parce que tu n'as jamais cessé de prier pendant toute ces années, mais nous n'avons qu'une nuit. Une seule nuit.
Severus sentit les larmes perler à ses yeux et il se mit à trembler. Il sentit les bras de son mari enlacer son corps et c'en fut trop pour lui. Ses jambes le trahirent et il s'affaissa sur le sol.
-James… ho Merlin… Tu es là… C'est bien toi… Merci… merci seigneur…
Il pleurait de joie et de soulagement. Et quand il sentit les lèvres de James sur les siennes il se jeta sur lui comme un affamé. James accueillit son amant avec fouge, lui arrachant ses vêtement et l'accablant de baiser et de caresses. Severus n'était pas en reste et redécouvrait le corps de son époux disparu.
Ils firent l'amour avec violence, rage et désespoir. Ils firent l'amour avec douceur amour et tristesse, ils firent l'amour comme si c'était la dernière fois.
« Et c'est le cas » leur souffla une petite voix.
-Je t'aime Severus, et je ne suis jamais loin. Je vous attends, toi et Harry. Alors je t'en prie, sois heureux, ne gâche pas ta vie. Aime notre fils, profite de ta vie, et si l'amour se représente, ne le repousse pas, je t'en prie. C'est ton bonheur qui est le plus important.
-James, jamais je ne pourrais aimer quelqu'un comme je t'ai aimé.
James sourit et caressa la joue de Severus.
-Dors mon amour, tout ira bien…
Severus ne voulait pas s'endormir, il voulait profiter de son mari, mais rien n'y fit, il sombra dans un profond sommeil. James sourit tristement et déposa un dernier baiser sur le front de son mari.
-Je t'aimerai toujours Severus. Adieu.
Quand Severus se réveilla, il chercha machinalement le corps de son mari près de lui. Et puis, la réalité le rattrapa. Une larme roula sur sa joue, mais bien vite il se reprit. Il laissa son regard se poser sur une photo de James et sourit tristement. Il déposa un baiser sur la photo.
-Je t'aime James.
Puis il se leva et se dirigea vers la salle de bains. Enfin, au bout de 18 ans, il avait réussit à faire ses adieux à son mari. Enfin il pouvait commencer une nouvelle vie avec ses deux fils, une vie ou la joie ne lui semblerait plus être une offense et où il pourrait rire sans remords.
Quelque part dans le ciel, un homme sourit tendrement.
Mme Pomfresh faisait de la résistance. Elle refusait que qui que ce soit entre dans son infirmerie. Ses patients avaient besoin de repos. Mais cette fois, Severus ne se laissa pas faire.
-Ecoutez-moi bien Pompom, si dans dix secondes je ne suis pas au chevet de mon fils, je vous ferai boire un poison à action lente avant de tester sur vous mes nouvelles préparations. Est-ce que c'est clair !
-Vous n'oseriez pas ?
-Vous croyez ?
L'infirmière déglutit lentement avant de s'effacer pour laisser passer le maître des potions. Severus s'approcha du lit où dormait Harry et l'observa un moment. Il dormait tranquillement, un étrange sourire aux lèvres. Dans le lit voisin, Draco aussi dormait paisiblement. Quelque heure plus tôt, on lui avait administré la potion et son organisme l'avait parfaitement acceptée. Sa leucémie n'était plus qu'un mauvais souvenir. Severus sourit et s'assit entre les deux lits. Il prit la main d'Harry et embrassa sa paume. Le Survivant bougea dans son lit et finit par se réveiller. Ses grands yeux verts s'ouvrirent sur son père.
-Bonjour mon bébé, souffla Severus.
-Bonjour…
Le maître des potions s'assit sur le rebord du lit et caressa les cheveux du jeune homme.
-J'ai eu si peur de te perdre…
-Moi aussi… j'ai eu peur de ne plus te revoir… souffla Harry au bord des larmes.
-C'est terminé maintenant. Lucius est mort et tout les mangemort sont étroitement surveillés. Il n'y a plus rien à craindre.
Harry acquiesça doucement, pas très convaincu. Severus sourit et l'obligea à s'asseoir pour pouvoir le prendre dans ses bras. Harry légèrement surpris se laissa tout de même câliner, profitant de la chaleur du corps de son père contre lui pour prolonger un peu son rêve.
-J'ai fait un rêve étrange…
-Aurait-il un rapport avec ton père ?
-Comment tu le sais ?
-Parce que tu n'es pas le seul à faire ce genre de rêve.
-Et tu crois qu'on le reverra un jour ?
-J'en suis certain.
Harry soupira et s'enfonça un peu plus dans l'étreinte de son père. Il ne pouvait s'empêcher de penser que dans ses bras il ne craignait rien, qu'il était protégé de tout et de tout le monde. Et il aimait ça.
-Harry, mon bébé, il faut qu'on parle.
-De quoi ?
-De Draco et de sa mère.
-Pourquoi ?
-Je pensais leur proposer de venir s'installer avec nous après Poudlard et jusqu'à que vous ayez chacun une maison à vous. Même si je ne suis pas pressé de te voir partir.
-Et pourquoi tu me demandes mon avis.
-Parce que je ne veux pas que tu te sentes lésé. Ils ont déjà une maison où ils peuvent vivre tout les deux, mais je me suis dit que ce serait plus convivial comme ça. Mais si tu ne veux pas alors je laisserais tomber l'idée.
-Heu… Bah ce n'est pas comme si je m'entendais super bien avec Malf… euh Draco… mais pourquoi pas… Je suppose qu'on peut faire un effort. Et puis si ça ne marche vraiment pas… on verra bien.
Severus sourit et déposa un baiser sur le front d'Harry.
-Dors Harry, tu en as besoin.
Le jeune homme acquiesça et se recoucha. Presqu'immédiatement il se rendormit. A ce moment Draco se redressa. Lui était réveillé depuis un moment.
-Bonjour Draco.
-Bonjour Sev…
- Comment te sens-tu ?
-J'ai l'impression qu'un troupeau de centaures a dansé la gigue dans ma tête et qu'un train m'est passé dessus, mais à part ça, ça va…
-Tu nous as entendus ?
-Evidemment.
-Et que penses-tu de ma proposition ?
-Comme l'a dit Pot… Harry, nous sommes capables de faire des efforts. Nous sommes frères de sang après tout et puis, il m'a sauvé la vie, sans compter que c'est le meilleur ami de Ron…
-Si j'ai bien compris tu avais déjà l'intention de t'en faire un ami avant toute cette histoire.
-Oui.
-Et comment gères-tu le fait que je ne sois pas ton parrain mais ton père ?
-Pas si mal… En fait Tu as toujours été ce qui se rapprochait le plus d'un père pour moi. Savoir que tu es réellement mon père ne change pas grand-chose.
Severus resta silencieux. Il connaissait Draco et savait qu'il dissimulait beaucoup.
-Ne me regarde pas comme ça … souffla le Serpentard mal à l'aise.
-Ne me mens pas alors.
-Humpf…
-Depuis le temps tu devrais savoir que tu ne sais pas me mentir.
-Ho ça va… très bien… je suis choqué que Lucius soit mort ainsi, je suis choqué que même en croyant être mon père il m'ait traité si mal pendant toutes ces années, je suis en colère contre ma mère de m'avoir caché que le seul homme que je respectais un tant soit peu était réellement mon père et je suis triste de ne pas avoir eu l'occasion de mieux m'entendre avec mon frère. Voilà, tu es content ?
-Oui.
Draco sentit un sourire étirer ses lèvres. Et quand il leva les yeux vers son père, le même sourire illuminait son visage.
-Je t'aime Draco, ne l'oublie pas…
-Merci Seve… Papa.
Une semaine plus tard
Harry et Draco sortait de l'infirmerie. Personne n'avait été autorisé à leur rendre visite à part Severus et Narcissa. C'est pourquoi ils ne purent faire deux pas sans être aussitôt renversés par des proches en furie. Ron sauta littéralement sur Draco pour l'embrasser à perdre haleine, tandis que de son côté Harry était assailli par une rouquine tout aussi sauvage que son frère. Severus et Narcissa regardaient leurs enfants avec un doux sourire aux lèvres. Ils échangèrent un regard dont la signification ne trompait personne. Car même si tout les deux avaient perdu un amour brûlant, ils savaient qu'ils pouvaient retrouver un amour tendre en l'autre. Et même s'il était encore trop tôt pour parler d'amour, ils savaient tout les deux où irait leur relation future.
Une fois que les deux frères purent respirer, Luna et Hermione s'approchèrent et les saluèrent à leur tour. Draco s'avança alors vers Luna et lui fit un baisemain.
-Luna, je ne te remercierais jamais assez de m'avoir sauvé la vie. Aussi je te prie d'accepter mes excuses pour toutes les méchancetés que j'ai pu te dire depuis que nous nous connaissons.
La jeune elfe accepta les excuses avec grâce et sourit. Puis Draco se tourna vers Harry.
-Harry, nous n'avons jamais été très amis, avouons-le nous ne pouvons pas nous sentir, mais pour Ron et parce que nous sommes frères, je te demande une trêve pour que nous puissions faire connaissance et peut-être, qui sait, apprendre à nous apprécier.
-Draco, tu auras toujours le sens du spectacle. Alors que tu aurais pu me demander ça toute la semaine, il faut que tu le fasses devant tout le monde. En plus je te signale que je t'ai moi aussi sauvé la vie.
Un silence pesant envahit le petit groupe.
-Mais… je crois que tu as raison. Nous sommes frères de sang et nous aimons tous les deux Ron. Alors pour lui et pour la famille dont je rêve, j'accepte ta trêve. Et je t'invite, toi et ta mère, à venir habiter avec moi et le professeur Snape, ton père et le mien.
Draco, plus ému qu'il ne le laissa paraître, saisit la main que lui tendait Harry et hocha la tête. Oui, il irait vivre avec son père et son frère, oui, ils apprendraient à mieux se connaître, oui, c'était une nouvelle vie qui commençait. Une vie sans guerre et sans faux-semblants, une vie simple avec les gens qu'il aimait. Et ça lui convenait tout à fait.
FIN
Epilogue à suivre
