Disclaimer: Harry Potter est à JK Rowling. Seule l'intrigue de cette histoire (ou ce qui en tient lieu) me revient.

Merci à toutes les revieweuses, pour le neuvième chapitre: 'Clochett', mahiro, titemaya, Ninianne et le revieweur anonyme dont la théorie a égayé ma journée!


(Susan)

Hannah et moi sommes actuellement en train de déjeuner. Il est déjà onze heures du matin, mais je ne suis pas une lève-tôt et lorsqu'elle débranche son réveil en fin de semaine, Hannah peut dormir comme un loir si rien ne l'interrompt. Eloise ne se joindra pas à nous, ayant prétexté du travail supplémentaire, mais je la suspecte de ne plus vouloir manger avec nous. Notre dernière expérience s'est soldée par un échec, Ella ayant transplané après notre xième subtile proposition de prendre un peu de confiture, ou un peu de croissant, ou de porridge au fruit, mais quelque chose de solide plutôt que d'avaler tasses sur tasses de café !

Je suis seule avec Hannah qui semble s'être remise de l'article de Lavande. Elle a compris que des paroles innocentes sont aisément transformées une fois filtrées par la plume à Papote dont les chroniqueuses de la Gazette usent et abusent.

Nous discutons des derniers développements de ses enquêtes, et elle entreprend de me raconter la fausse alerte d'hier :

« Nous avons reçu un hibou nous avertissant de la présence de traces suspectes de magie dans un secteur isolé. Mais une fois sur place, rien, personne ! Une fausse alerte sans doute, tu sais qu'il y eu des cas de détecteurs défectueux parmi les nouveaux prototypes qu'utilise le Ministère … ».

J'approuve vigoureusement, tout en mâchonnant ma tartine de marmelade aux myrtilles.

Hannah hésite avant de demander :

« Devons-nous quand même prévenir Ella ? ».

Je manque m'étouffer. Ella est le membre le plus…paranoïaque, disons-le, du BAM. Parlons-lui d'une fausse alerte et le BAM sera sur le pied de guerre pendant qu'elle passera des soirées entières à échafauder des théories complexes aboutissant à la même conclusion : un complot effroyable se trame. Sans vouloir la vexer, je crois que la plupart des « méchants » ne voient pas aussi loin qu'elle. Si leur but est de s'emparer du monde sorcier, ils ne s'encombreront pas de plans farfelus et avadakadévériseront tout ce qui bouge. Du moins c'est ce que je ferais. Rien ne vaut la simplicité, telle est ma devise.

Hannah acquiesce à ma réaction :

« Nous ne ferons à cette allusion à cette alerte que dans le cas où elle se répéterait, mais il est inutile d'alarmer Eloise sans fondements. »


(Hannah)

Je repense pour la énième fois aux confidences de Blaise. Bien sûr, je soupçonne qu'il ne m'aurait rien confié si je n'avais pas remarqué que Malfoy avait des problèmes, mais je suis néanmoins flattée de cette marque de confiance. Je ne répéterai rien au BAM, mais je garde l'oeil ouvert car il ne m'a toujours pas dit pourquoi Malfoy et lui devaient s'absenter le vendredi après-midi, bon gré mal gré d'après leurs expressions. On ne pique pas la curiosité d'Hannah Abbott sans dommages…


(narrateur omniscient)

Blaise Zabini et Draco Malfoy prenaient également leur petit déjeuner dans l'interminable salle à manger du manoir de Zabini. Les manières de Blaise contrastaient avec celles de son camarade ; alors qu'il contemplait d'un air songeur ses œufs brouillés refroidissant dans son assiette, Draco s'acharnait à écharper son morceau de bacon qu'il avalait ensuite tel un géant des cavernes, faisant fi de l'usuelle étiquette d'élégance malfoyenne, s'exclamant entre deux bouchées, le tout dans un brouhaha confus dont Blaise avait appris à faire abstraction (neuf ans de pratique auprès d'un des plus grands bavards de l'histoire de Poudlard) :

« Et ensuite, sais-tu ce qu'il a osé me dire, à Moi ? Il a insinué que (ô brumes mélodieuses, que cessent ces criaillements de harpie enragée, priait Blaise avec ferveur) te rends-tu compte de l'indicible (indicible ? pas assez apparemment) culot de cet homme ? Jamais un Malfoy n'a été traité avec un tel irrespect ! Je me plaindrais !

-A qui ? Au Magenmagot ? » ricana Blaise.

Silence.

Malfoy reprit ses expériences sur le bacon avec tellement de vigueur qu'un morceau alla s'écraser sur le plancher immaculé.

Blaise soupira alors qu'un elfe de maison apparut en un éclair pour faire disparaître la tâche offensante sans même avoir été appelé:

« Je souhaite parfois que la SALE de Granger parvienne à libérer les elfes si ça signifie que je pourrais te forcer à nettoyer mon parquet que tu salis régulièrement. »

Avant que Malfoy eût pu se récrier sur la pensée sacrilège qu'un Malfoy, qui plus est lui en l'occurrence, puisse ainsi être envisagé comme substitut à un elfe de maison, des créatures inférieures en intelligence (dans ce cas pas si sûr, pensa Blaise) et d'un aspect extérieur répugnant (sur ce point, il n'a pas tort, mais ne dit-on pas que la vraie beauté est intérieure ? et Timby mon elfe le bat à plates coutures sur ces critères).

Un hibou surgit à l'improviste, laissant tomber une lettre sur les genoux de Malfoy. Après avoir grommelé les invectives habituelles adressées au crétin qui choisissait de le contacter à cette heure de la matinée sans qu'il puisse déguster son bacon tranquillement (et moi donc ?rumina Zabini), il se décida à lire la lettre. Les traits de son visage se contractèrent soudain et sans mot dire il tendit la missive à Blaise qui le lut à son tour, se rembrunissant au fur et à mesure qu'il prenait connaissance des quelques phrases de la missive.

« C'est grave », commenta Draco à voix basse. « Et rien ne va être tenté, d'après Scrimgeour. La situation n'est pas critique, il n'y a aucune raison valable de s'inquiéter, rassurez-vous Monsieur Malfoy et ne m'envoyez pas de Beuglante si vous voulez que notre arrangement tienne toujours, c'est tout ce que ce troll de ministre trouve à dire. Il ne fera pas ouvrir d'enquête. Et je suis collé à cette stupide enquête sur les fausses Berties Crochues comme par un maléfice de glu perpétuelle !» .

Il avait l'air très vulnérable tout d'un coup. Comme un petit garçon perdu et effrayé. Il jeta un regard muet à Blaise qui le rassura :

« Ce n'est pas parce qu'une enquête n'est pas officiellement ouverte que nous ne saurons pas ce qui est arrivé. » Il eut un petit sourire typiquement serpentard : « Rappelle-toi que nous avons deux Aurors à notre disposition et que nous leur transmettons leur mission. »

Malfoy retrouva des couleurs :

« Zabini, que ferais-je sans toi ?

-Que ferait-il sans nous est la question », répliqua Blaise, toujours préoccupé.


(Eloise)

Bien que raillant les chantres de l'autosatisfaction (mon perfectionnisme sur certains points exaspère Sue et Hannah), je partis ce matin en paix avec mon aspect. Je pense que les vêtements envoient des messages (plus ou moins subtils, cela dépend des réceptacles auxquels nous avons affaire), et je voulais que le mien soit clair comme de l'eau de roche: je suis une personne sérieuse, colocataires indisciplinés, dégagez ! Voilà la raison pour laquelle j'admets avoir forcé le trait : rien d'inhabituel pour mon pantalon noir bien coupé et ma chemise de la même couleur, mais j'avais endossé une paire de lunettes dont je n'avais pas énormément (douce litote qui signifie pas le moins du monde) besoin. Je suis très fière de ces lunettes, que je ne sors que pour les grandes occasions, lorsque je veux terroriser mes interlocuteurs par exemple. Et Zacharias m'a souvent répété à quel point elles me faisaient ressembler à une institutrice du primaire aguerrie par trente ans d'expérience qui l'a traumatisé durablement pendant ses vertes années, à coup de sarcasmes, de mises au coin et d'un refus obstiné de lui donner des images de Chocogrenouilles alors qu'il avait récité sans aucune faute le poème « L'hipogriffe et le sombral », l'humiliant d'autant plus que son éternel rival Ernie MacMillan en faisait collection, en petit sorcier appliqué qui accumulait les bons points. (Oui, la mère de Zacharias, sorcière, avait convaincu son mari de permettre à leur rejeton de développer sa connaissance de la culture sorcière avant Poudlard, ce qui avait amené Zacharias à suivre ces « classes préparatoires » dont je soupçonne fortement le corps enseignant formateur d'avoir laissé une empreinte encore visible dans le processus de façonnement de mon acariâtre ami.)

Mon premier entretien me laissa résolue à ne pas laisser cette folle/ maniaque de l'ordre/ prompte au ménage systématique de la maisonnée entière si on ne la stupéfixe pas auparavant poser un seul pied dans mon appartement. Extrait de notre bref dialogue avant que je lui dise d'un ton final qu'il était hors de question qu'elle soit ma colocataire (avec tact et doigté, mais comme je l'ai souligné plus haut, d'un ton qui n'admettait pas de questions- sur ce plan, les lunettes aident) :

« Chaque locataire aura sa propre chambre et salle de bains. D'après mon plan, si un troisième locataire se joint aux deux premiers, il devra partager une salle de bain avec le second, mais j'ai prévu de prendre pour moi seule la plus petite des deux salles de bains, vous laissant celle avec la baignoire. Les deux pièces communes seront le salon et la cuisine, mais assez vastes pour que chacun puisse s'y installer… ».

La sorcière en face de moi m'interrompit et son enthousiasme débordant me mit sur la défensive (certains automatismes ne se perdent pas) :

« Deux pièces communes ? Et qui fera le ménage ?

-J'avais pensé au principe « chacun range la pièce avant de la quitter », plus équitable selon moi qu'un système à tour de rôle …

-Ne vous inquiétez pas pour ça ! Je maîtrise à la perfection le Recurvite ! Et quand je suis déprimée, ou de mauvaise humeur, ou que je viens de me disputer avec mon chéri, j'aime faire le ménage pour me détendre. Que tout soit net et clair et propre et bien rangé ! Je dois vous dire que je ne supporte pas le laissez-aller ! Le pire, ce sont les livres qui traînent un peu partout. »

La combinaison de mon instinct et de ma logique imparable se manifesta sous la forme d'une voix intérieure froidement déterminée : au revoir, phobique du désordre ! cette conversation désormais inutile s'auto- concluera dans trente…vingt-neuf…

« Et pour le salon, puisqu'il s'agit d'une pièce commune, je suppose que nous pouvons le personnaliser ? J'ai une petite étagère crème et un tableau de tulipes ma-gni-fi-que, mais il faudra nous mettre d'accord afin que vos meubles ne jurent pas avec la consonance que je veux donner à la pièce ! ».

Elle s'interrompit et me regarda avec un air impatient. Que s'imaginait-elle ? Que j'allais approuver battre des mains à la mention de cette invasion de la sérénité de mon appartement, sans compter ses goûts douteux en matière de décoration ?

« Qu'en dites-vous ? Je vous écoute » lança-t-elle pour m'encourager sans doute.

Vous m'accordez audience ? C'est trop d'honneur, votre Altesse. Aurais-je droit de regard sur la couleur des tapisseries du salon ? Non ? Pas même un droit de veto ?

Sept…six…cinq…quatre…

« Je vous parle ! ».

Pas moi !

Un…Zéro !

« J'ai le regret de vous informer que votre candidature à la colocation a été rejetée. Bonne journée. »

L'aspirante à l'aménagement du territoire midgenien me fixa, bouche béante, avant de se relever brusquement et de s'en aller à grands pas.

La discussion s'était auto-conclue avec succès. Ok… , j'avais conclu l'entretien.

Ai-je déjà dit à quel point j'appréciais le fait de pouvoir contrôler la situation ?

Dix minutes plus tard, je passai à la candidate numéro deux. Elle s'installa à ma table en demandant si « c'était bien ici, pour l'annonce de la Gazette. » A mon signe de tête affirmatif, elle ouvrit le feu :

« L'appartement est-il grand ? J'aimerais pouvoir organiser des fêtes du tonnerre avec Whiskies Pur Feu coulant à flot au moins deux fois par semaine ! Et bien évidemment, le reste de la semaine vous et l'autre coloc' pourrez organiser les vôtres, je n'ai aucun problème avec ça ! ».

Au risque pleinement assumé de me répéter, « Pas moi » ! De plus, je l'avais cataloguée parmi les oh-j'ai-complètement-oublié-de-lancer-un-insonorus-bah-on-ne-va-pas-se-fâcher-pour-si-peu. Très peu pour moi, merci bien.

D'un geste naturel, je pris mon sac à dos, faisant semblant d'y rechercher vainement un objet quelconque, mais en réalité me saisissant de ma baguette dissimulée à l'intérieur, je la pointais à travers le tissu de mon sac vers l'importune et lançais un non verbal de mon invention, un Turbatandam qui eut l'effet escompté.

Ma victime- je veux dire mon interlocutrice- me fixa avec vacuité alors que j'exposais froidement :

« Je ne comprends pas de quel appartement vous me parlez. Trêve de plaisanterie, où est Mephistophel ?

-Mephiquoi ?

-Mon hibou bulgare, Mephistophel. Je l'ai perdu il y a six jours, et dans mon annonce 211198, je lançais un appel à témoin avec sa description complète : grand, ténébreux, mord vigoureusement tous eux qui cherchent à l'approcher alors qu'il n'a aucun message à leur apporter…Où est mon hibou ? Vous l'aviez retrouvé !

-M-Moi ? P-Pas d-du t-t-t-tout !(j'aime les effets durables de mes sortilèges…Ok, de mes maléfices)

-Menteuse ! J'ai votre lettre ! Pourquoi ce volte-face ? Ma récompense de vingt gallons ne vous suffit plus?

-I-il y a erreur !

-Vous avez kidnappé Mépistophel et vous exigez une rançon ? ».

Devant mon maintien arctique et face à un trouble grandissant, la malheureuse préféra s'enfuir.

Ce fut le moment que choisit un sorcier aux yeux verts pour s'asseoir sans invitation à ma table, faisant nonchalamment l'observation suivante :

« Très ingénieux, le coup de la fausse annonce pour se débarrasser rapidement d'un indésirable. Je dirais même plus : si je me souvenais d'une aussi séduisante jeune femme dans ma maison, je vous aurais classée parmi les Serpentards. »


(narrateur omniscient)

Cela faisait bien une demi-heure qu'il l'avait observée. Il avait deviné qu'elle était là pour l'annonce, car elle était seule alors que tous les autres sorciers étaient venus en groupes pour discuter entre amis. Il était en avance à leur entretien, mais il préférait arriver plus tôt pour savoir à qui il avait affaire et ainsi grappiller des avantages ultérieurs lors de la négociation. Connaître son ennemi était une précaution que chaque Serpentard se devait de respecter.

Il avait donc pris de nombreuses notes mentales sur la jeune fille. Tout d'abord, il avait irrésistiblement pensé à McGonagall à cause de la coupe stricte de ses vêtements et de son maintien raide alors qu'elle auditionnait les colocataires potentiels. Physiquement toutefois, elle ne ressemblait en rien à la sévère Directrice de Poudlard. Son visage aux traits impassibles de joueuse de poker avait ce petit quelque chose de Serpentardien qui faisait cruellement défaut aux filles de Sang-Pur envoyées à Serpentard et dont les réactions étaient aussi prévisibles que le résultat final d'une potion préparée par le légendaire Gryffondor Londubat.

Amusé, il avait admiré l'aisance avec laquelle elle avait rejeté les deux candidates. Maintenant, c'était à son tour de passer au chaudron bouillant. Mieux valait avoir l'effet de surprise pour débuter les pourparlers. Il se dirigea donc à sa table, s'y installa sans façon et lui fit un compliment destiné à la déstabiliser. Aussi, quelle ne fut pas sa surprise lorsque…


(Ella)

Je conservais mon calme en dépit de l'irruption de l'impertinent, que je reconnus comme le Guérisseur qu' Hannah avait rencontré à Ste Mangouste. En le voyant de plus près, je m'autorisai un infime sourire : j'avais l'avantage sur lui. Sa remarque sur ma non-appartenance à Serpentard prouvait qu'il ignorait mon identité. En revanche, je savais qui il était :

« Je vous en prie, Monsieur Pucey, prenez un siège » l'invitai-je sereinement bien qu'il n'ait pas attendu ma permission.

Adrian Pucey haussa les sourcils.

« Vous me connaissez ?

-J'étais à Poudlard à Serdaigle, mais j'ai changé depuis. Mon nom est Eloise Midgen. Je vous ai reconnu car vous étiez poursuiveur pour l'équipe de Quidditch de Serpentard. »

Il leva les mains en défense :

« La réputation de mon ancienne équipe ne plaide pas en ma faveur, mais je vous assure que je suis un pacifique dans l'âme et que je ne vous occasionnerai aucune gêne si vous m'acceptez comme colocataire. »

Hélas, je le savais bien ! Il faut vous dire que, bien que peu intéressée par les sports moldus ou sorciers, j'ai un faible pour le Quidditch. Je ne suis pas une supporter acharnée comme Susan, mais j'y éprouve davantage d'intérêt qu'Hannah. Cependant, je trouvais toujours une excuse pour éviter les matchs de Poufsouffle auxquels mes amies se rendaient invariablement, Hannah plus par loyauté envers sa maison que par passion. Les seuls matchs auxquels j'assistais, et je peux dire en toute honnêteté que ceux que je n'ai JAMAIS ratés étaient ceux des Serpentards.

Je vous choque ? Laissez-moi vous expliquer ma logique : ce qui me fascine dans ce jeu, mises à part les voltiges acrobatiques à huit pieds au-dessus du sol, ce sont les Cognards. Quelle idée géniale que d'insérer ces charmantes complications pour pimenter un jeu plutôt terne à la base ! Les Batteurs disposent de véritables permis de tuer, et j'admire ceux qui n'en profitent pas. Personnellement, si j'avais tenté l'expérience, j'aurais postulé pour ce poste- les poursuiveurs dont le seul but est d'en marquer ne m'intéressent pas, et c'était le cas de Pucey. Son seul Art était très Serpentardien, pourtant : tout résidait dans l'esquive alors qu'il tentait de faire passer le Souaffle à travers les buts sans recevoir ni porter de coups. Mais je le trouvais bien trop pacifique dans un jeu qui permet l'utilisation de Cognards spécifiquement conçus pour faire tomber les joueurs de leurs balais. Heureusement que le reste de l'équipe des Serpentards pensait différemment. Je n'aurais manqué un de leur matchs pour rien au monde : une telle mauvaise foi et pareil mépris des règles existantes avaient quelque chose de rafraîchissant. Ce à quoi je n'avais cependant jamais pu me résoudre était d'assister à un match Serpentard-Poufsouffle. Les Poufsouffles- sans vouloir offenser Hannah et Sue- étaient proprement désespérants. Imaginez un veracrasse se faisant attaquer par un Magyar à pointes enragé sans réagir, fataliste et résigné. Alors que les Serdaigles rusaient et que les Gryffondors se défendaient à leur tour à grands coups de Cognards, les Poufsouffles se contentaient de souffrir et de redoubler d'efforts pour trouver le Vif d'Argent avant que les derniers joueurs de Réserve ne se fassent envoyer à l'infirmerie dix minutes à peine après avoir remplacé les titulaires.

Il ne me fallut pas longtemps pour prendre une décision. Je voulais cet appartement, il ne me restait plus qu'un colocataire possible et deux chambres disponibles. De plus, mon instinct me soufflait que je pourrai gérer Pucey sans problème. Il ne m'importunerait pas, chacun vivrait sa vie, il serait un colocataire discret, en bon Serpentard. Il avait su esquiver les Cognards, il saurait m'éviter.

« Vous êtes retenu. Rendez-vous demain à 13 heures à cet adresse (je pris ma baguette et conjurais un fin bout de parchemin qui se matérialisa dans une fine brume argentée, du même genre que celle que je devrais faire apparaître si j'arrivais à lancer un Patronus convenablement- il s'agit d'un des seuls sortilèges que je ne parviens pas à maîtriser, je n'arrive pas à comprendre pourquoi et ça m'énerve) afin de visiter l'appartement et d'établir les règles de vie en colocation (je ne dis pas vie commune, cela aurait été maladroit et aurait fait « vieux couple » façon Filch et Miss Teigne) avant que vous ne preniez une décision. »

Je me levai :

« La balle est dans votre camp, Monsieur Pucey. »

Et je m'en allai en direction du petit restaurant en bordure d'Hogsmeade nommé « Le coin de Rowena ». Lorsque j'entrai dans la salle mal éclairée, je m'aperçus que la clientèle était en général myope, assez âgée et pas curieuse puisque mon entrée n'attira aucun regard. Je m'assis à une petite table isolée, et me plongeais dans la lecture passionnante de Ce que nous pouvons établir avec certitudes sur les rêves magiques, que j'avais ensorcelé de telle sorte qu'il apparaisse comme un ouvrage terriblement soporifique intitulé Histoire des Gobelins des marais salants du Derbyshire en l'an de grâce 1077. Cela contribuerait à renforcer mon image de Serdaigle tranquille et ennuyeuse.

La porte s'ouvrit. Je restais plongée dans mon ouvrage, mais j'observais du coin de l'œil le nouveau venu. Rassembler, collecter les informations, c'était ma tâche. Je le vis s'approcher de moi et demander d'une voix de baryton (Pucey était plutôt du genre ténor) avec un soupçon d'accent écossais :

« Excusez-moi, vous êtes bien l'auteur de l'annonce 211188 ?

-C'est bien moi, mais vous pouvez retirer vos lunettes de soleil avant de prendre place. Cette salle est tellement obscure qu'aucun rayon UV ne peut y entrer », répliquais-je indifféremment sans relever la tête.

Il s'exécuta, révélant des yeux chocolat, des cheveux bruns légèrement ébouriffés et je levai mes yeux pour rencontrer son visage légèrement anxieux.

« Monsieur Wood, laissez-moi me présenter : Eloise Midgen. Votre lettre m'a paru sérieuse et je vous ai proposé de nous rencontrer pour éclaircir vos attentes concernant la colocation de cet appartement … »


(narrateur omiscient)

Oliver Wood, gardien vedette du club de Flaquemare, regardait sans trop l'écouter la jeune fille aux yeux sombres qui en vraie femme d'affaires allait droit au but de leur négociation. Il demeurait agréablement surpris de constater, chose rare, qu'elle ne s'était pas muée en groupie hystérique lorsqu'il avait retiré ses lunettes à verres fumés. Merveilleuse invention moldue qu'il avait découverte au bon moment puisque les nouveaux Scrutoscopes dont étaient munis les papparazzi sorciers rendaient caducs tous les sortilèges d'Illusion qu'il se jetait régulièrement.

Elle le connaissait pourtant, mais était restée insensible à sa célébrité. Un bon point pour elle, tout ce qu'il souhaitait consistait en un endroit où il pourrait se concentrer sur son prochain match sans être harcelé par des nuées de photographes faisant fi du concept de vie privée ou pire, par des fans féminines déchaînées. Les hommes se contentaient d'un autographe et d'une poignée de main virile, mais certaines supportrices allaient jusqu'au harcèlement sexuel. Jamais Oliver n'avait ressenti un frisson presque aussi glacial que celui qu'il avait éprouvé lors du match de qualification de Flaquemare contre les Frelons lorsque leur poursuiveur-« buteur » (Oliver avait découvert le foot, ce drôle de sport moldu, alors qu'il cherchait à renouveler ses stratégies en quatrième année contre ce roublard de Flint, son éternel rival) vedette alias Roger Davies avait tenté de faire passer le Souaffle dans ses buts par cent-quatorze fois (l'ex-Serdaigle était tenace, mais il avait le temps de l'être puisque le match avait duré sept heures quarante-six minutes), jamais donc Oliver n'avait éprouvé un tel frisson que lorsque la célèbre actrice Cho Chang, réputée pour sa beauté, avait publiquement déclaré à Rita Skeeter qui l'interrogeait sur sa vie sentimentale que seul « un homme du genre d' Oliver Wood pourrait la faire renoncer au célibat ». Ses coéquipiers ne l'avaient plus lâché avant plusieurs mois après cette révélation, et il avait failli perdre son flegme légendaire en plein match régional contre les Tornades lorsque des fans enamourées avaient déployé des banderoles rouge et or gigantesques (touchante pensée pour son statut d'ancien Gryffondor) clamant à intervalles réguliers " N'épouse pas Cho, je suis là !".

Eloise Midgen le tira de ses réflexions en l'attaquant directement :

"Monsieur Wood, vous êtes loin d'incarner le colocataire idéal.

-Pardon ?

-Cet appartement est situé dans un quartier calme. Je ne veux pas le voir investi par Lavande Brown, Rita Skeeter ou des hordes de supporters de Flaquemare. Sauriez-vous garantir cela, Monsieur Wood ?

-C'est exactement ce que je recherche ! Je vais être franc, Mademoiselle Midgen : il me faut cet appartement. Je ne supporte plus d'être épié sept jours sur sept. Je veux pouvoir me consacrer au Quidditch, surtout cette année avec les championnats qui arrivent ! Les matchs des prochains mois vont se révéler décisifs pour ma carrière..."


(Ella)

Wood était demeuré interdit à mon manque d'enthousiasme. Il ne devait pas être habitué à ce genre d'accueil. Comment connaissais-je Wood ? Je savais tout de lui : son âge (bientôt vingt-trois ans), son poste de gardien de Flaquemare, etc, etc. Je suis les informations ; des trois membres du BAM, c'est moi qui me charge de la partie « revue de presse » ou « vigile de l'information » et qui chaque semaine résume les points saillants au BAM, ce qui me contraint à lire les journaux de A à Z, même les rubriques « Potins », « Mode », « Quidditch » et en ces moments je pratique la lecture en diagonale, pour me donner bonne conscience (si, si, j'en ai une! Même s'il m'arrive fréquemment d'étouffer délibérément sa faible voix lorsque celle-ci contrarie mes projets).

Je lui fis part de mes doutes et de mon refus absolu d'héberger le joueur adulé par les fans qui chantent sous ses fenêtres (de plus, la présence de journalistes fouineurs près de mon domicile n'arrangerait pas mes…affaires, mais je tus cette information à Wood). Il me répondit qu'il n'aspirait qu'à l'incognito, se ferait aussi discret qu'une petite souris (la comparaison m'arracha un sourire, non que Wood fût un éléphant, mais la pratique du Quidditch l'avait quelque peu musclé ; bien que pas le moins du monde bodybuildé, il pouvait difficilement passer pour une petite souris. Peut-être un rat athlétique, mais pas une minuscule petite rongeuse), et qu'il avait tout prévu, faisant croire qu'il habitait chez ses parents et ne divulguant sa véritable adresse qu'à un cercle étroit d'amis.

J'eus pitié- et puis, avec lui, pas de retard dans le paiement du loyer : ces joueurs de Quidditch gagnent au moins vingt fois plus de Gallons que moi avec mon salaire misérable de bibliothécaire (lourd soupir de mon porte-monnaie) :

« Très bien, rendez-vous demain treize heures à cette adresse. Nous parlerons des règles de cohabitation et vous verrez si elles vous conviennent avant d'adhérer aux termes du contrat.

-J'y serai », me répondit-il avec enthousiasme.

Son cas doit être désespéré…

« Vous y retrouverez un autre colocataire possible, un amateur de Quidditch également » (il prit un air froissé à la mention du terme amateur) « Monsieur Adrian Pucey. A demain, Monsieur Wood. »

Et je transplanais dans ma chambre actuelle inférieure à dix mètres carré. Demain, si tout allait bien, je pourrais emménager avec certitude dans cet appartement qui m'obsède. Je ne m'inquiétais pas outre mesure : Wood et Pucey m'avaient paru déterminés à obtenir une place dans cet appartement. Et d'après ce que j'avais vu d'eux, comment un Serpentard médicomage et un fou furieux de Quidditch pourraient-ils me gêner ? Nous entretiendrons des relations purement superficielles, travaillant à des horaires différents, ayant des centres d'intérêts divergents. Peut-être à l'occasion les deux garçons se réuniraient-ils autour du téléviseur du salon pour commenter à hauts cris les matchs de Quidditch dans lesquels Wood ne jouerait pas. Bref, j'aurais une petite vie tranquille, la routine avec mes activités au sein du BAM et mes expériences magi-psychiques…

Mes colocataires se montreraient accommodants, indifférents à ma vie tout comme les péripéties de la leur me laisseraient de glace…

Mais non, je ne nageais pas sur un nuage rose…je ne regretterais pas ma décision, vous verrez !

Vous approuvez mon choix de colocataires ?


- Note de l'auteur:

-désolée pour le retard, mes cours ont vraiment repris!

-ce chapitre ne me satisfait pas vraiment, j'en suis navrée; je l'avais imaginé tellement de fois et puis tout d'un coup, calme plat! si vous voulez que je le reposte, faîtes-le moi savoir. d'un autre côté, il est ennuyeux comme tous les chapitres de transition mais j'en avais besoin pour introduire ces anciens de Poudlard dans l'histoire...

-votre avis sur le nouveau mystère qui a contrarié Draco et Blaise? et surtout sur les colocataires d'Ella? leur identité vous surprend-elle? vos questions, suggestions m'intéressent, n'hésitez pas!