Yo ! Je sais que ça ne fait qu'une semaine que j'ai posté le dernier chapitre, mais... J'ai eut une poussée d'inspiration, j'ai écrit toute la semaine, et du coup je veux poster x) ET puis, depuis le temps que vous me réclamez ce chapitre... CELUI DE LA REVELATION ! Eh oui, c'est bien ce que vous pensez que c'est !
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Mais avant tout, voici les réponses aux reviews !
Salut Sengetsu ! Tu prépare un concours ? Médecine peut-être ? Pour Chani, l'Egype ça s'est imposé parce que je venais de lire "the Chaos in ours stars", qui accorde une grand eimportance à la mythologe égyptienne. Et il me fallait un pays à dominance musulmane, donc... Voilà x) Bref ! Ah, Ajay, c'est le plus "normal" de la bande. ET GABE ! Gabe est génial. J'adore l'écrire, il me fait toujours délirer. Et le fait que la Mort aime la malbouffe est canon dans la série (Dean rencontre la Mort dans une pizzeria par exemple x)).
Ah ah, ZephireBlue, tu ship Astrid et Alyssa ? T'es pas la seule xDDD Tu verras ! Quant à Gabe... Un moment il sera seulement en caleçon. Mai splus tard xD Contente que ce chap' t'ai fait rire !
Salut Vanille et Louve ! Barbara a été créée par Vanille, pas inspirée par elle x) Et sinon la révélation approche, pas d'inquiétude x) Et la réaction d'Alyssa va être... Plutôt intense x)
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Tadam ! Au programme, un plan foireux, une chaise, les Winchester, une révélation (of course), une proposition de mariage, une crise de nerfs, un coup d'un soir, un appel larmoyant, des explications, puis d'autres explications, et des blagues à deux balles x) J'espère que vous allez aimer !
MISE A JOUR IMPORTANTE : j'ai modifié les chapitres précédents en éditant les rencontres sexuelles divers d'Astrid. En effet, je me suis rendu compte qu'en tant que perso, et surtout en tant qu'ange, elle avait nettement plus de consistance en tant qu'asexuelle. Inutile d'essayer de balancer quelques rencontres horizontales pour étoffer son perso ! Bref, du coup Astrid est assexuelle à présent. Elle 'a pas couché avec Kali, elle ne s'est pas tapé de mec ou de fille dans les boîtes de nuit. Elle n'en est pas changé epour autant. Seulement, le sexe ne l'intéresse pas.
Voilà =)
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La vérité, rien que la vérité
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Alyssa et Astrid se remirent aux activités du club anarchiste, en attendant que le plan de Gabriel entre en action. Les chasseurs étaient débordés, alors Astrid se remit à accepter les missions de Bobby. Elle mit également ce dernier en contact avec Niklas, et le loup-garou l'accompagna de plus en plus fréquemment dans certaines chasses particulièrement ardues.
Normalement Alyssa était la seule partenaire d'Astrid : mais la démone n'était pas une chasseuse. Elle était débrouillarde, mais certainement pas taillée pour la bagarre. Alors Alyssa partait de son côté conclure des pactes, ou bien se joignait à Clélia quand celle-ci allait taguer des murs ou manifester avec les écolos, tandis qu'Astrid allait coller des gnons et déclencher des incendies.
Décembre, puis janvier, puis le début de février passèrent ainsi, partagés entre chasses, planification de missions, attaques, et sorties dans les bars.
De temps en temps, Jeremy se joignait à Astrid et Niklas dans leurs excursions meurtrières. Le jeune loup-garou était doué, doté d'une bonne intuition et capable d'analyser rapidement une situation. Officiellement, il était l'apprenti de Niklas seulement : mais Jeremy glanait son savoir auprès de tous les membres du club anarchiste. Danzin lui apprenait la stratégie et Ajay lui parlait des villes qu'il avait visitées : Clélia et lui se poursuivaient autour du Q.G. dans un jeu de chat qu'aucun humain n'aurait été capable de soutenir : Alyssa lui parlait de démons et de chasse, et Chani parlait de voyages et de créatures improbables.
– Il est mignon, en fait, commenta Alyssa.
Astrid et elles étaient en train d'assembler des étagères dans une des pièces de l'étage, qui serait destinée à devenir leur bibliothèque.
En effet, quand les membres du club ne faisaient pas de recherches et ne partaient pas à la chasse, ils avaient entrepris de rénover la maison. C'était Niklas qui avait commencé en nettoyant la cuisine et en installant un four, se justifiant en disant que vu le temps qu'ils passaient ici, il fallait penser à faire de quoi nourrir ceux d'entre eux qui avaient besoin de manger. Rapidement, la tendance s'était généralisée.
– Tu ne vas pas te mettre à le draguer j'espère, menaça Astrid.
– Oh non, je le ship complètement avec Chani.
Chani attirait les gens comme une flamme, mais Jeremy était de loin le plus captivé, et la belle égyptienne semblait lui rendre son intérêt. Même si leur relation n'avait pas encore de caractère romantique, il n'était pas difficile de deviner qu'ils avaient une forte connexion émotionnelle, tous les deux.
– Mais tu n'étais pas intéressée par Chani, toi ? s'étonna l'ange en terminant de fixer l'une des étagères du meuble. Qu'est-ce qui a changé ?
La démone haussa les épaules tout en vissant son étagère à elle dans le mur pour qu'elle ne risque pas de basculer vers l'avant :
– Rien n'a changé, je trouve toujours que Chani est fichtrement sexy et je dirais pas non à quelques acrobaties sur le canapé, je parie d'ailleurs qu'elle est très souple, tu sais qu'il paraît même qu'elle a fait de la danse…
– Tu t'éloignes du sujet.
– Ah oui. Bah, mon intérêt pour Chani est complètement physique, mais elle et Jeremy sont investis émotionnellement, tu vois ? C'est pas du tout pareil. Alors ce n'est pas comme si j'essayais de défendre mon territoire, vu qu'on n'a pas du tout les mêmes buts.
L'Illusionniste acquiesça : ça se tenait. Elle acheva son ouvrage en vissant le meuble dans le mur, puis recula d'un pas pour admirer son ouvrage. Dans la pièce fraîchement repeinte en blanc, les murs étaient recouverts d'étagères, excepté sous la fenêtre où se trouvait seulement un petit meuble bas et un carton Ikéa contenant un luminaire qu'il fallait encore monter.
– Il faudrait des fauteuils, nota Alyssa qui observait aussi la pièce. Et des bouquins, bien sûr, pour remplir ces étagères.
– C'est vrai que sinon, on se serait cassé le cul pour rien, approuva gravement Astrid. T'inquiète, je suis sur le coup. Ouvre grand tes mirettes !
Et le temps d'un battement de cils, une cinquantaine de livres, grimoires et bouquins plus ou moins récents remplissaient les étagères, téléportés depuis le fond des innombrables coffres ou bibliothèques d'Astrid. Les étagères du mur à leur gauche soutenaient des livres allant de « Vingt mille lieux sous les mers »à la saga des frères Winchester, en passant par les livres cultes de la collection « Harry Potter ».
– Et pour les fauteuils ?
– Shopping. On pourrait faire ça en Australie, tiens. Ça fait un bail qu'on n'a pas vu Jesse.
Ça faisait deux semaines seulement, il ne fallait pas exagérer. Mais depuis leur entrevue avec la Mort, un mois plus tôt, Astrid et Alyssa (et le reste de leur club) avaient été assez débordées. Il y avait une recrudescence d'activité démoniaque, mais les dieux païens commençaient également à s'agiter. Gabriel soupçonnait qu'ils préparaient quelque chose et s'inquiétait : Astrid, quant à elle, s'en désintéressait. Elle ne faisait pas grand cas de ce qui pouvait arriver à Hermès, Baldur ou Kali.
– Adopté ! s'exclama joyeusement Alyssa. On y va ?
Pour l'ange et la démone, la notion de distance était toute relative… Mais Astrid secoua la tête :
– Il est deux heures du matin en Australie, laisse tomber. On ira ce soir, quand il fera jour là-bas et que Jesse sera réveillé.
– Si tu veux. On fait quoi en attendant ?
Vivre éternellement, c'était cool ben sûr, mais il fallait faire gaffe à ne pas s'ennuyer… Astrid haussa les épaules d'un geste vague et proposa :
– Niklas et Jeremy chassent le vampire, tu veux leur donner un coup de main ?
– Non merci, la chasse c'est fun mais ça lasse très vite. Et Chani, elle fait quoi ?
– Euh, elle suit un cours dans une fac en auditeur libre ou je ne sais plus quoi… Laisse tomber Chani, c'est pas elle qui va nous fournir une distraction. Et les Faucheurs…
– … ont du boulot, je sais, acheva la démone en soupirant. Y a pas à dire, c'est naze la vie de Faucheur, tu passes ton temps à bosser pour un mec flippant en costard. Aucun sens du fun.
Depuis la pièce au fond du couloir, où Danzin installait la plomberie de la salle de bain (Astrid n'avait aucune idée des circonstances dans lesquelles son ami à l'élégance irréprochable avait acquis des compétences en tuyauterie, et elle n'avait pas l'intention de demander), elles entendirent le Faucheur s'écrier avec indignation :
– Ça s'appelle être responsable !
– Ouais ben c'est chiant, affirma Alyssa en croisant les bras. Elle est où Clélia ? Elle au moins elle a le sens des priorités.
– Elle ne va pas tarder à rentrer, elle est…
En bas, il y eut un bruit de choc suivi du tintement d'un truc en verre qui éclate, et un puissant juron espagnol résonna dans le silence. Astrid roula des yeux, blasée :
– … Elle est là, visiblement. CLÉLIA QU'EST-CE QUE TU AS ENCORE CASSÉ ?!
Tandis que la Faucheuse se mettait à s'indigner, l'ange et la démone se téléportèrent dans le salon, où Alyssa s'approcha d'un pas guilleret de la jeune fille latino qui essayait tant bien que mal de ramasser les débris de verre issus de la chute d'une bouteille de cidre. Alyssa et Clélia s'entendaient plutôt bien, ce qui n'avait rien de surprenant étant donné qu'elles partageaient un goût prononcé pour l'excentricité. Quand Astrid était à la chasse et que Clélia tenait compagnie à Alyssa, la Faucheuse et la démone prenaient généralement la clef des champs pour aller faire la tournée des bars ou bien se joindre à des manifestations diverses et variées ayant généralement pour thème l'écologie et le pacifisme (ce qu'Astrid trouvait complètement hilarant), ou la légalisation de divers stupéfiants.
– Laisse, laisse, Astrid va s'en charger ! Pas vrai Astrid ?
L'ange leva les yeux au ciel, mais les bouts de verre et l'alcool renversé disparurent quand même comme par magie. Clélia se laissa tomber dans le canapé, et Alyssa l'y suivit en s'emparant du coussin le plus confortable et en lançant joyeusement :
– Alors, t'as fini de tuer des gens ?
– Techniquement ce n'est pas moi qui le tue, rouspéta la Faucheuse. Je fais juste le job de taxi pour les faire passer dans la zone suivante. Ils sont déjà morts.
– Sémantique, tout ça, s'amusa Astrid en s'asseyant elle aussi. Quoi de neuf, sinon ?
La Faucheuse haussa les épaules :
– Niklas et Jeremy ne viendront pas cette semaine, ils comptent rester en Arizona. Je suis passée les voir, d'ailleurs j'ai fait tellement peur à Jeremy qu'il m'a tiré dessus ! Une honte !
– Avoue, tu es apparue dans son dos en criant « Bouh », c'est ça ?
– … Certes. Mais c'est pas une raison !
– Faire sursauter un mec nerveux avec un flingue ça me paraît pas une excellente stratégie de survie, fit sentencieusement Alyssa.
– Oui, ça doit être la principale cause de décès aux États-Unis, ajouta malicieusement Astrid.
– Eh ben en fait, la principale cause de décès est… Oh puis non, on s'en fout. Bref ! J'vais taguer une centrale en Californie. Et puis ça me permettra d'enquêter sur des meurtres chelou qui ont eu lieu dans la ville juste à côté, ça va être fun. Alyssa, Astrid, vous êtes tentées ?
– Carrément ! s'exclama la démone. Et puis, tu verras, je suis super bonne pour les enquêtes. Figure-toi que les gens m'aiment et me trouvent adorable.
– Ah ah, quels cons ! se marra la Faucheuse. Astrid, tu viens avec nous ?
– Pas cette fois, déclina l'ange. Bobby m'a parlé d'une histoire de loups-garous au Nouveau-Mexique, et je lui ai dit que j'y jetterai un œil. Je comptais le faire cette nuit mais nos plans ont changé alors…
– Débarrasse-toi de ces sacs à puces qu'on puisse aller en Australie l'esprit tranquille, alors ! s'amusa Alyssa en se remettant debout d'un bond. Moi, je vais dégrader de l'immobilier et investiguer des morts suspectes. On se retrouve ici dès qu'on a fini, ok ?
– Ok, sourit Astrid. Soyez prudentes toutes les deux.
Clélia rigola, puis posa une main sur l'épaule de la démone pour les téléporter toutes les deux en jetant à l'ange un regard amusé :
– Que veux-tu qu'il nous arrive ?
Elles disparurent. Astrid sourit dans le vide une seconde, puis se téléporta chez elle dans le Dakota afin d'enfiler des vêtements plus adaptés à la chasse et de récupérer ses armes, son attention se focalisant sur sa mission.
Clélia avait raison. Que pouvait-il bien arriver à une Faucheuse et une démone ?
oOoOoOo
Que pouvait-il bien leur arriver ? Une tuile. Une tuile née d'un très mauvais timing, d'un manque de bol et de la décision très discutable de se séparer pour mieux enquêter.
Et c'est ainsi qu'Alyssa se retrouva ligotée à une chaise.
Ça avait pourtant bien commencé. Elles avaient fait leurs tags, puis s'étaient rendues en ville pour poser des questions aux gens en prétextant écrire pour le journal du lycée. Étant donné qu'elles avaient toutes les deux l'air d'ados, c'était passé comme une lettre à la poste. Au bout d'un moment, elles s'étaient même séparées pour couvrir plus de terrain. Alyssa venait d'envoyer un texto à Clélia pour lui dire que le meurtrier était sans doute un démon avec un faible pour la mise en scène (ça arrivait, quand un serial killer particulièrement sadique devenait un démon et quittait l'enfer avec assez de souvenirs de sa vie passée), quand elle s'était retrouvée nez à nez avec les frangins Winchester, qui la suivaient visiblement depuis un petit moment.
Pour le coup Alyssa avait un peu honte de sa réaction : elle avait poussé un cri d'effroi, ce qui avait directement flingué sa couverture. Et, avant qu'elle ne puisse s'enfuir, elle s'était pris un coup de poing dans la tempe et était allée directement dire bonjour au pays des rêves.
Et ensuite elle s'était réveillée. Ligotée à une chaise posée au milieu d'un piège à démon tracé sur le sol, dans une vieille bâtisse abandonnée, face à deux chasseurs à l'air impassible, qui avaient une bassine d'eau bénite entre eux.
Cette affaire puait.
– J'ai rien contre un peu de mélodrame, mais là vous pensez pas que vous tombez dans le cliché ? tenta-t-elle.
– On sait que tu es un démon, fit le plus grand (la vache ce qu'il était grand d'ailleurs) d'un ton dur. On a vu tes yeux.
Ses yeux ? Ah oui. Merde. Elle avait laissé ses yeux virer au rouge juste avant de quitter Clélia, pour plaisanter, quand la Faucheuse lui avait dit en rigolant de ne pas s'attirer d'ennuis. Double merde. Eh, mais une minute, ça voulait dire que…
– Attendez, vous me suiviez ? Nan, vous nous suiviez ! Non mais j'y crois pas, c'est ça votre passe-temps, stalker des jeunes filles innocentes ! Bande de pédophiles !
– Ah ah, très marrant, fit sombrement le plus petit (qui avait quand même une stature impressionnante, surtout comparé à la carrure de crevette d'Alyssa). Tu peux arrêter ton petit jeu, démon. Inutile de nous compliquer la tâche, hein ?
– On veut juste savoir pourquoi deux démons enquêtent sur des meurtres, fit son frère d'un ton plus posé. Est-ce que c'est encore un plan de Lucifer ?
Alyssa roula des yeux, alors qu'intérieurement elle n'en menait pas large. Qu'est-ce qu'elle pouvait faire pour s'en sortir ? Les mener en bateau ? Leur raconter la vérité ? Il fallait qu'elle gagne du temps, peut-être que Clélia se mettrait à sa recherche… Ou Astrid… Raaaah, elle n'aurait jamais dû se séparer d'Astrid aujourd'hui.
Très bien. Gagner du temps, donc.
– Ah, mais Clélia n'est pas une démone, c'est une Faucheuse. On chasse un démon serial killer.
Le poisson était un peu gros, et visiblement les deux frères n'en crurent pas un mot.
– Tu te fous de ma gueule ?
– Bah ça serait un peu malavisé de ma part nan ? rouspéta Alyssa.
– Les Faucheurs ne bossent pas en solo, fit Dean Winchester d'un ton d'absolue certitude. Et ils ne chassent certainement pas.
– T'en connais combien, des Faucheurs, hein ? riposta Alyssa. C'est long, l'éternité, si tu te contentes de te la jouer taxi. Parfois ils tentent des activités plus fun.
– Genre enquêter sur des meurtres, fit Sam d'un ton moqueur. Ouais, sûr, ça c'est crédible.
– Bah, Clélia fait partie d'une alliance de créatures surnaturelles qui chassent des démons alors ouais, de temps en temps elle part à la pêche aux infos.
Là, les frères Winchester échangèrent un bref regard. Aaaah, elle avait piqué leur intérêt. Alyssa retint un petit sourire satisfait, tandis que mentalement elle se mettait à espérer de toutes ses forces l'arrivée imminente de la cavalerie. Elle ne pourrait pas gagner du temps éternellement…
– N'importe quoi, fit Dean avec assurance.
Celui-là il commençait à l'agacer, avec son putain de déni systématique.
– Quoi, tu penses qu'il n'y a que les humains qui sont menacés par la fin du monde ? Erreur, mon cher Bob. Quand tonton Lulu va lancer les feux d'artifices, ça va chauffer pour les créatures surnaturelles aussi. Loups-garous, phénix, Illusionnistes et compagnie. Et pour les démons, mais ça c'est une autre histoire, politique interne de l'Enfer et patati patata.
Dean grinça des dents, visiblement mis sur les nerfs par le blabla de la démone : et, sans crier gare, il lui balança une louchée d'eau bénite au visage. Alyssa poussa un cri de douleur tandis que l'eau ruisselait sur sa peau en la brûlant comme de l'acide. Si Alyssa avait été un pur démon, elle aurait été en train de se tordre par terre de douleur : mais en tant que démon artificiel, Alyssa était moins démoniaque que ses congénères et donc… Bref, elle n'allait pas en mourir. Du moins, il faudrait un peu plus qu'un verre d'eau pour lui faire vraiment mal.
– NON MAIS ÇA VA PAS LA TÊTE ESPÈCE DE BARBARE ?!
– Tu sais qui nous sommes ? se contenta de dire Dean ne reposant la bassine.
– Duh. Oui, je ne vis pas dans une grotte non plus. J'ai pratiquement fait un pacte avec ton frangin une fois.
– Quoi ?! glapit Sam.
– Hein ?! s'indigna Dean.
Et ils se fusillèrent du regard. Alyssa roula des yeux à nouveau, retenant une grimace tandis que la brûlure de l'eau bénite disparaissait.
– Relax, c'était il y a un bail. Il essayait de te sortir de l'enfer à l'époque. Effort très compréhensible, c'est vraiment la zone là-bas. Enfin bref ! Oui je sais qui vous êtes, bande de pignoufs. Le costume de Michel et le costume de Satan !
Et vlan, retour de l'eau bénite.
– Mais merde à la fin ! Espèce de psychopathe ! C'est pas la peine de poser une question si tu supportes pas d'entendre la réponse !
Dean esquissa un geste vers le couteau passé à sa ceinture, l'air exaspéré et furieux : mais Sam l'arrêta en posant la main sur son bras, et se retourna vers la démone, le visage fermé :
– Pourquoi des démons chassent d'autres démons et est-ce que ça a un rapport avec Lucifer ?
Alyssa poussa un profond soupir (et commença à envisager de se mettre à prier parce que là, les frangins arrivaient au bout de leur patience et elle ne donnait plus très cher de sa peau. Clélia ! Astrid ! Bordel de nouilles, mais où était la cavalerie ?!).
– Bon, vous connaissez Crowley ? Bien sûr que vous connaissez Crowley, il avait soi-disant un plan génial pour vous faire tuer le diable, ce con. Bref. Des démons chassent d'autres démons parce que les autres démons en questions déroulent le tapis rouge à tonton Lulu et que certains d'entre nous savent que ça sent le roussi pour notre espèce, comme Crowley vous l'a sans doute déjà expliqué. Et moi je suis pour la préservation de notre peau, ce qui est compréhensible, hein, après tout c'est exactement ce que vous faites ! Donc du coup je me suis associée à pleiiiin de créatures surnaturelles qui veulent renvoyer le diable à la niche, et on enquête sur des démons quand les démons en question bossent pour Satan, parce qu'on est contre Satan.
Les frères Winchester se regardèrent, l'air vaguement décontenancés (Dean avait lâché son couteau, ce qui était plutôt bon signe), mais Alyssa était lancée et elle poursuivit son babillement :
– Et puis, franchement, Lucifer c'est quand même un connard, non ? Un ange ! Non mais qu'est-ce qu'il vient oser poser son cul chez nous, je veux dire, quand même, un ange ! Il a rien à faire chez les démons ce mec. Ou cette femme. Femelle. Chose. Être. Ça a un sexe les anges ou c'est juste une légende biblique ? Parce que s'il a un sexe c'est pire ! Ça voudrait dire qu'on est dirigés par une drag queen ! Vous imaginez le déshonneur ? Ténèbres, souffrance, hurlement et pan, là notre chef est un mec en talons hauts avec un boa à plumes. Ça casse le trip quand même. Vous avez vu le film Le diable s'habille en Prada ?
Elle reprit son souffle, jaugea Sam de bas en haut, puis fit la mou :
– Toi, y a aucune fringue de Prada qui va t'aller, tu es beaucoup trop grand. Bon, c'est déjà ça d'évité…
Dean et Sam, qui semblaient avoir perdu le fil à peu près au moment où il avait été question de Lucifer en talons hauts, semblèrent retrouver leurs esprits, ainsi que leur capacité à avoir l'air menaçants.
– Tu es avec Crowley ? essaya de comprendre Sam.
– Non, je lui fais la gueule en ce moment. S'il m'avait parlé de son plan avec le pistolet magique, je lui aurais dit que ça marcherait pas. Mais évidemment môssieur à voulu se la jouer solo ! Pfff. Sans moi il nettoierait les chiottes du septième cercle des Enfers, et croyez-moi, c'est pas une sinécure !
– Mais tu vas la boucler oui ! craqua Dean en lui renvoyant de l'eau bénite à la gueule.
– Aaaaaargh ! Mais ça fait mal bordel !
– C'est le but, fit l'aîné des Winchester avec un sourire sinistre.
Sam poussa un profond soupir.
– Dean… Ne la tue pas tout de suite, il faut qu'on sache si…
– Comment ça pas tout de suite ? s'indigna Alyssa. Ne me tuez pas tout court, c'est bien aussi, non ? Je suis pas avec Crowley, mais je bosse pas pour Lucifer, j'essaie de lui mettre des bâtons dans les roues, et par-dessus le marché j'ai tué personne ! Du moins, pas récemment.
Dean lança un regard éloquent à Sam, et désigna la démone :
– Tu vois ? Un peu de pression et elle nous a dit ce qu'on voulait savoir.
Alyssa referma la bouche avec un claquement sec. Effectivement. Oups. C'était fichu pour la stratégie « gagner du temps »… Du coup, elle prit son air le plus attendrissant possible et demanda :
– Vous allez me laisser partir, alors ?
Sam et Dean se regardèrent, puis Dean se tourna vers elle et dégaina son couteau :
– Navré, mais tu es un démon. Et on ne peut pas faire confiance aux démons.
– AAAAAH ! hurla Alyssa comme une folle en voyant le chasseur s'avancer d'un pas. CLÉLIA ! ASTRID !
C'était un hurlement qui venait du fond du cœur, et, si elle avait été moins occupée à paniquer, Alyssa aurait admiré la puissance de ses cordes vocales.
Puis il y eut un roulement de tonnerre, un éclair éblouissant, et Dean fit un vol plané qui s'acheva cinq mètres plus loin contre le mur du fond. Son couteau tomba sur le sol dans un cliquetis métallique, déjà Sam dégainait son revolver… Il n'eut pas le temps de tirer avant qu'Astrid ne l'envoie rejoindre son frère d'un grand coup dans le plexus solaire.
Alyssa ouvrit de grands yeux :
– Astrid ?
L'Illusionniste était apparue entre la démone et les chasseurs, et venait de faire un sort aux Winchester. Juste à temps, d'ailleurs. Elle n'avait pas une seule égratignure.
– Épouse-moi, tu es géniale ! laissa échapper la démone avant que son cerveau ait repris le contrôle de ses paroles.
Elle venait d'échapper de peu à la mort, elle avait le droit à un peu de spontanéité quand même.
Astrid esquissa un mince sourire. Les liens d'Alyssa tombèrent comme par magie, et le piège à démon fut rompu par l'éclatement de plusieurs lattes de plancher. Puis Astrid se tourna vers les deux chasseurs qui commençaient à se relever, et son expression passa de soulagée de savoir Alyssa en vie à quelque chose comme danger imminent d'éviscération.
Elle irradiait la fureur meurtrière, et même Alyssa esquissa un mouvement de recul.
– Qu'est-ce que vous croyez être en train de faire ?! gronda Astrid en s'avançant vers les frères Winchester.
Alyssa glapit d'effroi et se cacha dans l'ombre, mais ne se téléporta pas, retenue par une curiosité morbide. Elle avait bien trop envie d'assister au spectacle.
– Mais bon sang, t'es qui toi ? grogna Dean en attrapant son flingue.
Il n'attendit pas de réponse et tira sur Astrid dès qu'elle fit un pas vers eux. Mais les balles auraient aussi bien pu être des bulles de savon, pour l'effet qu'elles avaient. L'Illusionniste émit un grondement de colère semblable à celui d'un fauve énervé, et soudain les flingues des Winchester explosèrent entre leurs mains : la pièce sembla s'emplir de lumière, projetant derrière Astrid une ombre immense aux ailes déployées.
Alyssa faillit en tomber à la renverse.
Pendant l'espace d'un instant, tout sembla figé. Tous les yeux étaient fixés sur les deux ailes immenses, invisibles aux yeux des mortels mais dont l'ombre se découpait aussi nettement que si elles avaient été présentes dans la place. Ouvertes dans un geste de fureur comparable à celui d'un aigle s'apprêtant à fondre sur son ennemi, elles emplissaient tout l'espace du mur.
Des ailes. Des ailes d'ange.
– Une ange, s'exclama Sam avec incrédulité. Dean, ça ne sert à rien, c'est une ange !
Dean poussa un juron et recula, tandis que le regard de Sam passait d'Astrid à la sortie comme s'il espérait calculer leurs chances de s'en tirer en s'enfuyant. Le cerveau d'Alyssa, par contre, était resté bloquée sur l'info précédente :
– Un quoi ? Z'êtes sûrs ?
Il y eut un moment de silence, l'air crépitant de tension, puis Dean gronda avec mépris :
– Donc t'as déserté comme Gabriel ou bien tu bosses pour Lucifer ?
Astrid rugit de colère, outragée, et un grondement de tonnerre retentit comme si le ciel s'accordait à sa rage. Dans le même souffle, Dean vola en arrière comme s'il avait été heurté par un boulet de canon : Alyssa entendit le craquement écœurant des côtes qui se brisent, et quand le chasseur retomba par terre, sa cage thoracique défoncée, il ne se releva pas. Il hoqueta une fois, mais le temps que Sam se précipite à genoux à côté de lui, un long frisson d'agonie avait parcouru le corps du chasseur, et c'était fini.
– Dean ! hurla Sam. Non, non, tu peux pas me faire ça, DEAN ! DEAN ! Espèce de…
Il pointa le canon de son arme vers Astrid mais celle-ci esquissa un geste désinvolte de la main, il y eut un craquement sec au niveau du cou de Sam, et le cadet des Winchester s'effondra, la nuque brisée.
Il y eut un grand silence.
Alyssa réalisa qu'elle ne respirait plus et prit une grande inspiration hachée, complètement sous le choc. L'air semblait frissonner de pouvoir contenu, comme si un orage saturait l'atmosphère d'électricité statique. Un orage… Et dire qu'elle avait comparé Astrid à une catastrophe naturelle, une tempête, un typhon. Ah. La métaphore était, en réalité, bien plus appropriée que ce qu'elle pensait.
Un ange. Un ange, bordel.
Toujours dos à la démone, Astrid poussa un long soupir et ses épaules se détendirent, sa rage meurtrière semblant s'écouler d'elle d'un coup. Simultanément, le pouvoir qui saturait l'air se dissipa. Alyssa resta clouée sur place, complètement pétrifiée : mais Astrid, après une brève hésitation, se tourna vers la démone. Son expression sinistre avait disparu, remplacée par la même expression un peu coupable et très incertaine qu'elle avait quand elle se faisait prendre en train de finir les bonbons du placard.
– Euh…
– Tu es un ange ? l'interrompit Alyssa d'un ton brusque.
Elle avait soudain très envie de s'asseoir mais la seule chaise était celle sur laquelle elle avait été torturée et il n'était pas question qu'elle y repose ses fesses. Astrid soupira :
– Oui.
Alyssa faillit dire « Mais depuis quand ?! » puis elle réalisa que c'était une question stupide. Au lieu de ça, elle s'appuya contre le mur parce que ses genoux lui semblaient soudain un peu faibles. Sa bouche s'ouvrit, puis se ferma sans qu'un son n'en sorte.
Un ange, Astrid était un ange. Comme Lucifer et Michel et Dieu seul savait combien d'autres tueurs de démons. Nom d'un chien. Un putain d'ange.
Elle était un ange et elle ne l'avait jamais dit à Alyssa. Elle lui avait dit qu'elle était une Illusionniste, et la démone l'avait cru. Elle l'avait dupée. Une sourde colère envahit la petite brune, et elle se redressa de toute sa hauteur.
– Tu m'as menti ! accusa-t-elle.
– Non ! Je t'ai juste…
– Tu as dit que tu étais une Illusionniste !
– Techniquement, j'ai dit qu'on me donnait de nombreux noms dont celui d'Illusionniste, déclara Astrid d'un ton horriblement raisonnable.
… Et c'était vrai en plus. Alyssa prit une grande inspiration indignée, puis soudain, elle fut frappée par le souvenir des flashs de lumière quand Astrid avait tué les démons dans l'entrepôt, les étranges remarques de Danzin et Clélia, et elle réalisa avec amertume qu'elle avait été une parfaite idiote. Elle aurait dû s'en douter.
– Qui le sait ? lâcha la démone d'un ton brusque.
Astrid fit passer son poids d'un pied sur l'autre, embarrassée :
– Euh… Clélia le sait, Danzin l'a deviné… Et puis il y a Gabe, évidemment.
– Évidemment ? vitupéra la démone. Pourquoi évidemment ?
Astrid eut l'air très alarmée et Alyssa eut un instant de vertige en songeant qu'elle ne pouvait absolument pas encaisser une autre révélation fracassante dans ce genre, alors elle coupa l'Illusionniste avant même que celle-ci ait ouvert la bouche :
– Non, je ne veux pas savoir ! L'important, c'est que tu leur as dit et pas à moi ! Et tu es un ange ! Tu comptais me le dire ? Un ange, non mais sérieusement. Un ange !
– Oui, je suis au courant, sourit faiblement Astrid.
– Mais moi je ne l'étais pas ! s'indigna Alyssa.
Elle fusilla son amie du regard, trahie. Elles se connaissaient depuis près de cinq ans, elles vivaient ensemble pour l'amour du ciel ! Et elle lui avait menti. Sur sa nature d'ange, et puis sur quoi d'autre aussi ? Est-ce que tout ça avait été un piège, un jeu ? Les anges étaient des tueurs de démons, par les couilles de Belzébuth !
Alyssa faillit se remettre à pester et à hurler. Au lieu de ça, elle jeta un dernier regard meurtrier à l'ange, puis se téléporta sans un mot. Astrid resta les bras ballants pendant une seconde, puis poussa un juron, et se téléporta elle aussi.
Il ne resta plus, dans la vieille bâtisse délabrée, que les cadavres des deux frères qui s'en étaient pris à la mauvaise démone.
oOoOoOo
Gabriel avait toujours pensé que s'il devait se glisser dans la peau d'un humain et exercer un métier, puisque telles étaient les nécessités de ce monde capitaliste, il aurait été confiseur ou vendeur de farces et attrapes. Pas un job ennuyeux, comme médecin ou psy.
Et certainement pas conseiller conjugal.
– … Et là elle est partie et je sais pas où elle est ! se lamentait Astrid depuis dix minutes. Elle a éteint son téléphone ! Je suis sûre qu'elle ne me le pardonnera jamais ! Si ça se trouve elle est en Alaska et a fait ses valises et vu que je l'ai rendue indécelable pour les anges, je ne la retrouverai jamais ! Jamais !
– Mais non, mais non, marmonna Gabriel en passant à sa sœur un chat qui traversait le salon.
Astrid serra la boule de poils contre elle dans un câlin désespéré. Le félin en question, un petit mâle noir et blanc nommé Hannibal, endura stoïquement l'étreinte, et en profita pour lécher la crème fouettée surmontant une des pâtisseries posées sur la table basse.
En effet, quand Astrid s'était téléportée voir Gabriel pour pleurer sur son épaule, l'archange se trouvait chez elle dans sa maison du Dakota, s'apprêtant à faire un sort à tout un plat de petits gâteaux. Ce plan tombait visiblement à l'eau…
Dès qu'Astrid s'était téléportée, elle s'était mise à débiter à toute allure et d'un ton paniqué une histoire incompréhensible de chasseurs et de disparition d'Alyssa. Il avait bien fallu deux minutes à Gabe pour calmer sa sœur : il l'avait rarement vu aussi inquiète, ou triste, ou même aussi agitée. Ce n'était qu'après l'avoir menacée de lui kidnapper ses chats que l'archange avait enfin pu obtenir un récit cohérent de l'accident. Et, depuis, Astrid chouinait sur son sort avec acharnement, tout en s'inquiétant pour sa démone (alors que celle-ci, soit dit en passant, était plus que capable de veiller sur elle-même).
– Elle va te pardonner, fit Gabe d'un ton blasé.
– Et c'est toi qui me dis ça ! s'indigna Astrid. Tu m'as toujours dit qu'elle ne devait rien savoir sinon je devrais la tuer, ce qui est hors de question d'ailleurs ! Espèce d'hypocrite !
Certes.
– Oui mais c'était avant, fit Gabriel d'un ton patient. Maintenant, je la connais mieux, et mon avis sur la question a changé. Ça fait un moment, d'ailleurs.
– J'espère que tu ne vas pas me dire que tu voulais que je lui révèle tout.
Son frère roula des yeux :
– Non. Sois réaliste, Astrid, c'est une démone. C'était sûr qu'elle le prendrait mal.
– Tu vois ! cria Astrid avec désespoir.
Et elle enfouit son visage dans ses mains d'un geste dramatique. Assise sur le canapé, le dos courbé, avec ses vêtements encore froissés de sa chasse au loup-garou, elle semblait être la vivante incarnation de la misère et du chagrin. Ne lui manquait qu'une bouteille de whisky.
Mais quelle drama queen, songea Gabriel avec exaspération.
– Arrête de t'apitoyer sur ton sort deux minutes et écoute-moi. Oui, c'était sûr qu'elle allait péter un fusible, c'est une démone. Mais elle ne va pas t'en vouloir pour toujours. Et puis, je suis sûr qu'elle le soupçonnait un peu.
– J'ai vu sa tête, grogna Astrid sans lever les yeux. Et sois assuré qu'elle ne s'y attendait pas du tout.
– Tu n'es pas apparue pour rien à ses côtés quand elle en avait besoin ! explosa Gabe. Tu penses que tu as eu quoi, une prémonition ? Un pressentiment ? Je sais que ça fait des siècles mais tu dois te souvenir de ce que c'était, même si tu refuses de te l'avouer ! Tu l'as entendue, pas vrai ? Tu l'as entendue parce qu'elle t'a appelée, et tu sais ce que ça veut dire !
Les épaules d'Astrid s'étaient tendues. Oui, elle avait ressenti le besoin de se téléporter là-bas. Elle avait entendu la démone l'appeler. Et elle savait ce que ça signifiait.
La voix de Gabriel se radoucit :
– Tu l'as entendue parce qu'elle a prié ta venue, Sealiah. Elle ne connait même pas ton vrai nom, mais elle t'a priée. Et elle te connaît si bien toi, ton vrai toi, que sa voix t'est parvenue.
Astrid releva finalement la tête, lança à son frère un regard vaguement incrédule :
– Quoi, tu es en train de me dire que l'amour transcende les barrières et tout le tintouin, là ?
Son frère grimaça légèrement :
– En gros, oui.
– … D'un côté, je suis rassurée. De l'autre je commence à m'inquiéter de ta santé mentale. J'espère que tu n'as pas retenté ce cocktail avec de l'eau bénite et du LSD.
– Tu as inventé ce cocktail, ne mets pas le blâme sur mes épaules ! s'indigna Gabe.
– C'était pour le bien de la science !
– C'était pour le bien de que dalle, oui. Si mes souvenirs sont bons tu m'as vomi dessus. Plusieurs fois ! Et je n'ai jamais réussi à me souvenir de comment je me suis retrouvé à poil à Bethléem.
Ils se fusillèrent du regard une seconde, puis leurs airs féroces se transformèrent en identiques sourires hilares, et Astrid gloussa doucement :
– Bah, ça nous aura au moins appris que l'eau bénite a le même effet sur les anges que l'alcool sur les humains.
Oui, car ça boostait leur Grâce et, en quelque sorte, ça les faisait planer. Beaucoup. Et très fort.
– Une grande avancée scientifique, à n'en pas douter, se moqua son frère.
Ils se sourirent, puis Astrid soupira et sa mélancolie revint, même si elle semblait quand même nettement moins déprimée est hystérique qu'à son arrivée. Au moins, elle s'était calmée… Gabriel reprit, d'un ton plus posé :
– Alyssa s'en remettra, et elle te pardonnera. Elle ne va pas disparaître, sois réaliste ! Vous êtes trop codépendantes pour ça. Et puis, tu lui as quand même sauvé la vie ! En trucidant les Winchester, rien que ça, en plus.
Son expression se fit vaguement rêveuse, et son sourire un brin inquiétant :
– Ah, j'aurais aimé voir ça…
Astrid leva les yeux au ciel puis reprit son sérieux, abandonnant un instant son sujet de préoccupation principal pour demander avec espoir :
– Je n'ai pas beaucoup d'illusions, mais peut-être que les tuer suffira à empêcher Lucifer et Michel d'en venir aux mains ? Sans Sam et Dean, ils n'ont plus de Vaisseaux…
– Hélas non, la détrompa son frère.
– Quoi, ils ont d'autres costumes de chair en plus ?!
– Non, c'est plus simple encore, s'amusa Gabriel. Les anges vont les ressusciter directement. Ce n'est pas la première fois que ce genre de truc arrive, ces deux types ont un manque de chance pas possible. Heureusement pour toi et ton anonymat, à chaque fois que les deux frères sont ramenés à la vie, leur mémoire est effacée et ils ne savent pas qu'ils sont morts, ni comment c'est arrivé.
– Les anges ne vont pas examiner leurs souvenirs ? s'inquiéta Astrid.
– Nope, c'est la vingtième ou trentième fois que ces deux ahuris se font tuer, la procédure doit être automatisée maintenant. Tu aurais dû t'en préoccuper avant, cela dit. Si les Cieux venaient à découvrir qu'il y a des anges en vadrouille…
– Ils torturaient Alyssa ! siffla Astrid d'un ton menaçant.
Gabe leva les mains en signe de reddition :
– Du calme. Je sais que dès que ces idiots ont posé un doigt sur ta démone, ils étaient foutus. Tu les aurais tués qu'ils soient des Vaisseaux ou non, ma grande, ça s'appelle de la possessivité obsessionnelle.
– Ne dis pas ça comme si j'étais une sorte de stalkeuse glauque, marmonna sa sœur.
Gabe haussa un sourcil, et déclara d'un ton égal :
– Votre épique histoire d'amour a commencé quand tu l'as suivie comme un pédophile en manque, je te ferais remarquer.
Elle lui jeta un regard noir, ce qui amusa grandement son frangin. Eh ben voilà, Astrid reprenait du poil de la bête ! Il suffisait de la titiller un peu…
Hannibal, lassé des câlins, quitta les genoux de sa maîtresse, et celle-ci se laissa tomber contre le dossier du canapé avec un grognement déprimé :
– Elle me manque…
– Astrid, ça s'est passé il y a vingt minutes à peine, s'exaspéra son frère. Mange une glace, tue un emmerdeur, fais exploser une voiture : et tu verras tu te sentiras déjà mieux.
Sa sœur lui lança un regard noir, et râla :
– Mais ce n'est pas drôle sans elle !
– Codépendante au dernier degré, pesta Gabriel. Sérieusement, j'aurais dû le voir venir. Pire qu'un mauvais film d'amour. D'ici deux heures tu seras sans doute affalée sur ce canapé à manger de la crème glacée en regardant une comédie romantique minable et en pleurant à chaque scène un poil émotionnelle.
Ça arracha au moins un petit sourire à Astrid :
– Ce n'est pas mon genre, Gabe.
C'était complètement le genre d'Alyssa, par contre. Les deux anges en avaient parfaitement conscience… Il y eut un petit silence, où ils évitèrent tous les deux le sujet, puis Gabe attrapa son verre de Coca sur la table et le balança à la figure d'Astrid.
– ARGH ! glapit la jeune femme tandis que le liquide glacé s'écrasait sur son visage et son T-shirt. Non mais t'es pas bien, espèce de malade ?!
Gabriel reposa le verre vide sur la table basse avec un mince sourire :
– Tu avais besoin qu'on te réveille un peu. Allez, secoue-toi ! Ce n'est pas la fin du monde, mais ça le sera si tu restes à geindre sur ton sort ! Et ton club de tarés, là ? Qu'est-ce que tu comptes faire ?
– Comment ça, qu'est-ce que je compte faire ? fit lentement Astrid.
Gabriel haussa les épaules :
– La seule personne que tu voulais absolument maintenir dans l'ignorance connaît ton secret. Tu penses pas qu'il est temps de faire ton coming-out à tes potes ?
Astrid contempla l'idée. Gabriel n'avait pas tort. Néanmoins, elle essaya de détourner le sujet :
– Et toi, pas de coming-out ?
– Bon Dieu non, fit Gabriel avec effarement. Je compte rester Loki, moi, et ce préférablement de manière indéfinie, merci bien.
Astrid renifla avec amusement :
– Clélia sait. Danzin me soupçonne déjà, et vu qu'il sait que j'ai un frère, il va finir par faire le lien.
– Je dirai que je t'ai adoptée, fit dignement l'archange. Ou, encore mieux, que je t'ai trouvée par terre et prise en pitié. Les divinités païennes me connaissent et me respectent en tant que Loki, pas question qu'ils apprennent tous que je suis apparenté aux tarés ailés qui cherchent à déclencher la fin du monde. Ça jetterait un froid sur nos rapports !
Astrid émit un reniflement amusé, puis reprit son sérieux :
– Vu les indices, Alyssa finira pas comprendre, Loki. Elle sait que je t'appelle Gabe, elle sait que tu es mon frère, que je suis un ange et que je me fais passer pour une Illusionniste, ce qui est comme par hasard le genre de créature que tu prétends également être… Pas besoin d'être un génie pour réaliser que tu es un ange. Et Alyssa n'est pas stupide.
– Je lui en parlerai quand elle reviendra, fit Gabe tranquillement.
Astrid marqua un temps d'arrêt, puis un sourire chaleureux se dessina sur ses lèvres.
– Sûr, fit-elle doucement. Quand elle reviendra.
Gabriel et elle échangèrent un regard entendu, puis l'archange haussa un sourcil et revint au cœur du sujet actuel :
– Alors, tu vas faire ton coming-out angélique ou non ? Parce qu'il me semble que le moment est parfaitement choisi. Qu'est-ce que tu as à perdre ?
Astrid déglutit. Effectivement. Qu'avait-elle à perdre ? Alyssa savait, et elle était la dernière personne qu'Astrid aurait mise au courant. Les autres membres du club n'avaient rien contre les anges, contrairement à leur démone. Et leur révéler l'étendue de ses compétences, ça serait un bon plan, au niveau stratégique. Alors, est-ce que ça ne serait pas logique de mettre le reste du club de lecture anarchique dans la confidence ?
Et puis, quand Alyssa reviendrait, comme ça, il n'y aurait plus de secret. C'était une pensée assez agréable.
Astrid prit sa décision. Gabe avait raison : elle n'avait plus rien à perdre. Même s'ils réagissaient mal et lui en voulaient de son mensonge, aucun d'entre eux ne pourrait possiblement se sentir aussi trahi qu'Alyssa…
Ce n'était pas une pensée très réconfortante, mais c'était ce qu'elle avait de mieux.
Elle soupira profondément, puis tira son portable de sa poche, avant de taper brièvement un message annonçant une réunion du club de lecture anarchique. « RDV dans 2H », avait-elle tapé. « J'ai un truc important à vous dire. Clélia, amène alcool »
Elle envoya le SMS à ses contacts du club de lecture. Puis elle inspira profondément, et se leva du canapé. Ses vêtements froissés (et souillés de Coca) disparurent au profit d'un jean propre, et d'un débardeur rouge sombre imprimé, assez ironiquement, du dessin d'ailes d'ange stylisées.
– Tu vas les voir ? fit Gabe avec intérêt.
– D'ici deux heures, fit calmement sa sœur en attrapant son blouson. Avant, je vais voir Jesse. Lui aussi, il mérite de savoir.
Et elle disparut avec un léger bruissement de plumes.
oOoOoOo
Astrid retrouva Jesse dans un parc. Le gamin aimait sortir et se balader. La faune de l'Australie était plutôt dangereuse (des oiseaux attaquaient des gens, il y avait des araignées grosses comme des balles de terris dans chaque espace vert), mais l'Antéchrist semblait repousser les animaux comme s'il était entouré d'un nuage toxique, alors Astrid ne se faisait guère de souci.
– Salut Astrid, fit joyeusement le gamin en la voyant s'avancer. Tu restes longtemps ?
Jesse était assis dans l'herbe, à l'ombre d'un large palmier. Il était toujours petit et mince, mais il semblait à présent plus robuste, et avait pas mal bronzé… Oui, aux Etats-Unis, c'était l'hiver, mais ici il faisait plein soleil. Son sac de cours était posé à côté de lui : visiblement, il avait filé en douce du collège dès qu'il avait reçu le texto d'Astrid. Il ne manquait jamais un prétexte pour rater les cours de philo, qu'il trouvait ennuyeux à mourir.
– Salut, Jesse, sourit l'ange. Non, je suis juste venue te parler d'un truc. Ensuite, j'ai rendez-vous avec le reste du club anarchiste.
Elle s'assit en face de lui dans le gazon, se demandant par où commencer. Jesse ne semblait pas surpris de la voir seule… Mais d'un autre côté, vu que la téléportation d'Astrid n'était pas limitée par la distance comme celle d'Alyssa, l'Illusionniste rendait parfois visite au gamin sans sa démone, parce que celle-ci était occupée à sceller des pactes.
– Bon alors, c'est quoi ce truc important dont tu voulais me parler ? finit par demander le Cambion.
Astrid se passa une main dans les cheveux, embarrassée, et aussitôt Jesse eut l'air alarmé :
– Y a un problème avec le diable ? Ou bien les emplumés de l'étage du dessus ?
Alyssa avait appelé une fois les anges ainsi, et bien sûr c'était cette expression que Jesse avait retenue ! Astrid roula des yeux :
– Non, aucun rapport avec l'Apocalypse.
– Ah, fit Jesse plus rassuré. Alors c'est quoi ?
– C'est… C'est en rapport avec Alyssa. Et moi. Surtout moi.
Du coup Jesse ouvrit de grands yeux intéressés :
– Ça y est, vous sortez enfin ensemble ?
Astrid émit un rire nerveux :
– Non. Au contraire, on est au bord de la rupture.
– Vraiment ?! s'exclama Jesse avec incrédulité. Mais c'est pas possible ? Vous êtes soudées à la hanche comme des siamoises ! Je croyais que vous étiez mariées, les premiers jours !
D'abord Gabriel, puis Ajay, puis Jesse ? Décidément il y avait pas mal de monde qui était intéressé dans la situation conjugale d'Astrid et Alyssa… L'ange secoua la tête, puis poussa un long soupir.
– C'est compliqué. Je lui ai menti, et elle vient de découvrir la vérité. Elle est partie et je n'ai aucune idée de l'endroit où elle se trouve.
Jesse se mordilla la lèvre, puis jeta un regard soupçonneux à Astrid :
– C'est à cause d'Ajay ?
– À cause de… ? Hey ! Qu'est-ce qu'Alyssa t'a raconté ? Mais c'est pas vrai, c'est maladif chez elle ! Il n'y a rien entre Ajay et moi, c'est clair ?
– Mais elle a dit que vous aviez mangé des pancakes ensemble…
– Et quand je vais la retrouver je vais la massacrer, pesta Astrid. On a mangé des pancakes une fois. Pendant qu'on faisait une filature. Et ensuite Alyssa s'est pointée, a jeté les pancakes par terre, a frappé le serveur et a fait un scandale.
Le Cambion haussa un sourcil :
– Radical. On dirait une femme trompée.
Elle devrait le présenter à Gabe, un de ces jours. Lui et Jesse s'entendraient à merveille. Quoique… Ensemble, ils seraient vraiment très chiants… Et Gabriel aurait vite fait de transformer le Cambion en une sorte de Loki junior…
Elle secoua la tête. Ce n'était pas pour ça qu'elle était venue.
Elle inspira profondément, puis planta son regard dans celui du jeune garçon :
– Jesse. Je suis un ange.
L'Antéchrist cligna des yeux une fois, puis deux.
– Non, tu es une Illusionniste.
– J'ai dit qu'on m'appelait Illusionniste, corrigea Astrid. Je n'ai jamais dit que j'en étais une.
Les yeux de Jesse s'écarquillèrent alors qu'il réalisait, et il fixa la jeune femme avec incrédulité :
– Mais tu essaies d'empêcher les anges de gagner !
– Une race n'a pas un esprit collectif, fit vivement Astrid. Bon, d'accord, les anges ont généralement un peu de mal avec l'idée d'individualité. Mais je ne suis pas alignée avec le paradis, pas plus qu'avec l'Enfer. Je suis ma propre personne, et je n'ai pas menti sur mes raisons de me battre.
– Mais tu as menti sur ce que tu étais, pointa très justement Jesse.
Astrid poussa un lourd soupir :
– J'ai quitté les Cieux il y a de cela deux mille ans, et depuis je vis sur Terre en me faisant passer pour une Illusionniste. Et… J'ai complètement endossé cette identité, c'est vrai, mais tu as raison. Je suis un ange, un ange guerrier, et ne pas le dire, c'était un mensonge. Par omission, certes, mais un mensonge. Je suis désolée.
Elle inspira, et fixa avec attention le jeune garçon :
– Mais tu mérites de savoir alors voilà, je te le dis. Je suis un ange. Mon vrai nom est Sealiah.
Jesse inspira brusquement :
– Tu nous avais parlé de l'ange Sealiah. Tu avais dit qu'il était parti du paradis et… C'était de toi dont tu parlais.
Astrid hocha la tête. Ce jour-là, elle avait été tout près de leur révéler la vérité. Ce n'était qu'une angoisse de dernière minute qui l'avait retenue. Elle avait même brièvement espéré qu'Alyssa devine toute seule la vérité, durant ses recherches sur l'ange Sealiah, afin de mettre fin à cette mascarade. Mais finalement, il ne s'était rien passé : le secret était resté en place, comme un verrou inébranlable.
Après plusieurs longues secondes de silence, Jesse finit par secouer la tête avec un léger sourire, et il posa la main sur le bras d'Astrid en un bref geste de réconfort :
– Je ne t'en veux pas. Tu as fait ça pour te protéger toi, mais aussi pour protéger les autres. Le Paradis serait furax s'ils apprenaient que tu as lancé le club de lecture anarchiste et que tu caches l'Antéchrist, non ?
– Oh, carrément, fit faiblement Astrid.
Et elle n'avait pas du tout envie d'y penser. Jesse rigola, puis reprit son sérieux :
– Je comprends. Et puis, deux milles ans, c'est assez long pour perdre l'habitude de révéler ses secrets aux gens. C'est normal que tu n'aies rien dit. J'aurais probablement fait pareil.
Astrid expira profondément, puis sourit, rassurée.
– Merci, gamin.
– Bah, de rien, je suppose, fit Jesse avec embarras en regardant ailleurs. Alors, qu'est-ce qui s'est passé avec Alyssa, du coup ?
Et hop, la bonne humeur d'Astrid s'envola à nouveau. Elle poussa un long soupir :
– J'ai utilisé mes pouvoirs d'anges pour exploser des chasseurs et elle l'a vu.
– Et elle a su reconnaître tes pouvoirs ? fit Jesse avec curiosité.
– Oh non. Mais un des chasseurs l'a fait et a dit à voix haute à quelle espèce j'appartenais. Autant dire que ça a fait un choc à Alyssa. On s'en engueulées, enfin, elle m'a engueulée, et elle est partie.
Elle essaya, et échoua, à ne pas prendre une intonation geignarde. À son grand dépit, Jesse se contenta de rigoler :
– Ah ben c'est pas si grave, alors !
– Tu crois ?
– Astrid. Vous êtes codépendantes au dernier degré. Si Alyssa se révélait être la fille cachée de Lucifer et être l'amante cachée d'Odin, tu lui pardonnerais quand même, et tu détestes ces deux-là. Bon, certes, tu tuerais Odin, mais tu lui pardonnerais. Alyssa va se calmer, et te pardonner aussi, c'est certain.
– Alors quoi, tu penses qu'il suffit de laisser couler et que tout va s'arranger ? fit Astrid avec un reniflement incrédule. Jesse, tu as dix ans et moi plusieurs milliards, franchement je ne pense pas que ton avis d'expert vaille grand-chose. Alyssa est un démon, et les démons, ça pardonne pas.
Sauf qu'Alyssa n'était pas un démon comme les autres et, comme Gabriel l'avait très justement mentionné, elle se ferait sans doute une raison après une grosse colère. Comme s'il avait lu dans les pensées de l'ange, le Cambion pointa sur elle un doigt accusateur :
– Tu mens ! Bon, ok, vous allez sans doute avoir une scène de ménage épique, avec des meubles et des assiettes et des flammes qui volent, certes. Mais ça s'arrangera une fois que vous vous serez expliquées, et pour ça le plus tôt sera le mieux.
Astrid cligna des yeux. Elle, elle était plutôt en faveur d'aller chouiner sur son sort quelques jours, le temps que la colère retombe et qu'elle puisse préparer ses arguments.
– Pourquoi ça ?
– Parce que mes parents évitaient toujours d'aborder les sujets qui fâchent, et que du coup ils ne se parlaient quasiment plus, fit sinistrement Jesse.
Astrid prit un air alarmé. Oui, ça se tenait, en plus. C'était le truc bateau dans tous les magasines de psychologie conjugale qu'Astrid feuilletait parfois chez le coiffeur. Si on laissait à la colère le temps de s'accumuler, ça créait un mur dans le couple. Bon, Alyssa et elle n'étaient pas strictement un couple, mais ça y ressemblait…
Elle soupira, se demandant déjà comment retrouver sa démone fugueuse, puis se remit debout et brossa de son jean les brins d'herbe qui s'y étaient accrochés.
– J'y retourne, fit-elle à Jesse. À plus tard, gamin.
– Bonne chance, sourit le Cambion.
– Merci. Et retourne en cours, espèce de délinquant !
Jesse esquissa une parodie de salut militaire, et Astrid se téléporta avec un sourire aux lèvres.
Elle réapparut en Indiana, dans le Q.G. du club anarchiste. Toute la petite bande était là : les Faucheurs avaient probablement servi de taxi aux autres. Clélia était en train de faire des cocktails, tandis qu'Ajay et Jeremy se disputaient devant le nouveau micro-ondes en agitant le mode d'emploi. Danzin et Chani étaient en train de bavarder comme des gens civilisés, assis sur deux fauteuils, tandis que Niklas était vautré sur le canapé et avait l'air de somnoler.
– Alors, c'est quoi l'urgence ? lança joyeusement Clélia. Et où est Alyssa ?
– Elle boude, fit tranquillement l'Illusionniste. C'est d'ailleurs de ça dont je dois vous parler.
Elle était à présent le centre de l'attention. La jeune femme blonde inspira un grand coup, puis se jeta à l'eau :
– Très bien. Qui parmi vous avait deviné que je ne suis pas une Illusionniste ?
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A suiiiiivre ! On aura le POV d'Alyssa dans le chap' suivant !
