AVERTISSEMENT : il y a une partie contenant du lemon (modéré) dans ce chapitre. Si vous ne souhaitez pas en lire, esquivez simplement la plus longue portion en italique, au milieu de la 3ème partie !

Lexique :

Anata : terme exprimant la familiarité, utilisé pour désigner une personne proche

Yukata : kimono léger, peut être utilisé pour la nuit

Ai shiteruyo : je t'aime (...était-il vraiment nécessaire de le traduire, celui là?)


Chapitre 10 : Souvenirs d'un jour de neige


La nuit était tombée dans la campagne près de la préfecture de Kakegawa. Hiko contemplait le feu qu'il avait allumé avec des branches ramassées à proximité de son campement de fortune. Il dormait dans la nature ce soir... pour éviter le monde, parce que la température s'était adoucie, mais aussi parce que sa bourse s'était considérablement allégée. Toutes ces considérations matérielles ne valaient cependant pas grand chose à ses yeux…. En fait, il réfléchissait aux rumeurs qu'il avait entendu tout au long de la route de Tôkaidô. Des familles se plaignaient d'enfants disparus, à peu près partout où il était passé. A priori, l'affaire avait pris de l'ampleur pour le gouvernement, puisqu'il avait croisé de nombreux policiers sur le chemin. Ce qui n'avait évidemment pas facilité son propre trajet, en raison de l'interdiction du port du sabre, et l'avait parfois obligé à faire des détours pour rester discret. Semer un agent des forces de l'ordre restait ceci dit d'une facilité déconcertante pour lui.

A part cela, rien de particulier à signaler sur le chemin...

Alors pourquoi est-ce que je ne peux pas m'ôter mon stupide disciple de la tête ?

Il jeta une nouvelle branche dans le feu. A un moment ou un autre, il finirait bien par avoir la réponse à cette satanée question... Le treizième maître du Hiten Mitsurugi ne se doutait pas à ce moment là, que la réponse en question s'avérerait pire que tout ce qu'il avait pu imaginer. Il approchait seulement de l'étape de Nissaka.

J'aurais dû prendre le train...


Sanosuke Sagara rentrait d'une énième soirée de paris, au cours de laquelle il avait comme toujours dépensé plus d'argent qu'il n'en avait gagné –sa mauvaise chance aux jeux était légendaire-, et surtout ricané de banales grossièretés avec les autres joueurs. Rien de très nouveau somme toute. Même s'il les voyait régulièrement, il s'agissait plus de compagnons de beuverie qu'autre chose et il n'aurait aucun mal à les voir sortir de sa vie d'un jour à l'autre. Certains d'entre eux avaient un métier honorable, parfois même une femme et des enfants mais ils venaient quand même dépenser leur pécule chèrement acquis lors de soirées jeux entre hommes.

Non pas que j'en aie quelque chose à faire, ils font ce qu'il veulent de leur vie.

Alors qu'il avait vécu la plupart de son existence sans s'intéresser au jour d'après ou à ce que faisaient les autres, depuis quelque temps une pensée commençait insidieusement à faire son chemin en lui.

Et moi... Je fais quoi au juste?

Il réfléchissait aux derniers mois qu'il avait passé.

Quelques bagarres sans importance, des soirées sans lendemain... Depuis l'histoire d'Enishi, il n'est rien arrivé d'important par ici.

La scène du combat sanglant qui avait laissé son ami samouraï diminué tant physiquement que moralement lui revinrent furtivement à l'esprit.

...Enfin, j'imagine que c'est mieux comme ça!

Quant à lui, son existence en tant que Zanza était terminée après que le vagabond lui aie montré le droit chemin, à l'issue de leur affrontement il y a plus d'un an. Depuis cet incident, ils s'entendaient tous deux comme des amis malgré leurs évidentes différences.

Kenshin a l'air de s'être enfin posé et de se mettre en couple avec Jou-chan. Avec un peu de chance il ne va pas falloir longtemps avant qu'un descendant pointe le bout de son nez... Ce qui fait que sous peu ils seront bien occupés et ils vont avoir besoin d'intimité. Bref, ils font leur vie!

Voir son compagnon de combat avancer de son côté l'attristait un peu, mais il savait que c'était l'évolution normale des choses. A trente ans dans le Japon de l'ère Meiji il était plus que temps de s'établir quelque part et de créer une famille. Un seul détail le dérangeait.

Il n'a pas l'air vraiment dans son assiette ces dernières semaines. Rien à voir avec son passage au Rakuninmura, mais…

Malgré tous ses efforts, il n'avait pas pu lui tirer les vers du nez.

Bah, comme il l'a dit, il rumine probablement juste encore son passé… j'imagine que toutes ces saloperies vont mettre du temps à guérir.

C'était un trait qu'il avait toujours connu chez le vagabond. Son passé le hantait, et il n'y avait rien qui pouvait effacer cela. Pas même la présence continue de ses amis ou la chaleur d'un foyer comme celui du dôjô Kamiya.

Et puis il y a Yahiko qui fait des avances à Tsubame... Il a trouvé son rythme entre l'Akabeko et les cours de Kendo. Dans les années qui viennent, il grandira rapidement...

Il fronça les sourcils.

Est-ce que j'ai quelqu'un à mes côtés?

L'image d'un certain docteur aux lèvres peintes de carmin lui apparut un instant. Il soupira et la balaya d'un revers de la main.

Ahou! Megumi a ses patients, et elle veut rentrer à Aizu.

Il avait établi une relation compliquée avec la jeune doctoresse. Elle était séduisante, avait abandonné son coup de foudre pour le samouraï au profit de la jeune kendoka, et Sanosuke et elle s'entendaient comme chien et chat. Il ressentait une certaine affection pour Megumi, probablement plus qu'une simple attirance -car il faut le dire objectivement, c'était une très belle femme-, mais entre leurs difficultés de communication et les événements qui n'avaient eu cesse de s'enchaîner depuis leur rencontre il n'avait jamais eu le temps de se pencher sur l'authenticité de ses sentiments. Encore moins de tenter des avances. Autant dire que les chances d'un rapprochement entre eux étaient pipées dès le départ.

Et puis, elle a des objectifs bien à elle, et je ne suis pas non plus prêt à me poser quelque part...

Il ricana, plus par dépit qu'autre chose.

Finalement, il n'y a que moi qui ne sait pas où il va...

Il frappa son front de sa main à nouveau recouverte de bandages, suite à une récente altercation avec un délinquant de passage. La question tournait depuis longtemps dans sa tête.

...Est-ce que ma place est ici?

Sanosuke leva les yeux sur le ciel criblé d'étoiles. Quelque chose au fond de lui se demandait si elles avaient le même aspect, ailleurs sur le globe.

Bah. J'irais rendre visite à ma famille la semaine prochaine. Peut-être que ça va m'éclairer un peu.

Dans une échoppe derrière lui était affichée au mur une estampe, dessinant à l'encre noire les contours de la carte de l'Eurasie.


Non loin de là dans l'ancienne Edo, Himura avait lui aussi le visage levé vers le ciel constellé d'étoiles. Mais son regard était vide.

Les démons qui envahissaient ses nuits finissaient par venir à bout de lui. Ce soir, il s'était à nouveau éveillé après quelques heures à peine sur un cauchemar qui lui avait semblé si réel que sa vieille cicatrice cruciforme s'en était rouverte, tachant les draps du liquide pourpre.

Absentément, Kenshin traçait du doigt les lignes de sang séché en dessous de ses yeux cernés de noir. Il était... fatigué de toutes ces horreurs. De ce qu'avait été son existence. Du début à la fin. A commencer par son enfance misérable dont il ne se remémorait que partiellement, certains traumatismes infantiles étant destinés à être enfouis pour toujours. Il ne revenait jamais sur cette période de sa vie même inconsciemment. S'ensuivit l'entraînement rigoureux du Hiten Mitsurugi. Des coups, des coups et encore des coups. Jusqu'à ce qu'il imprègne chaque mouvement, chaque technique en son âme et corps. Jusqu'à ce que tout devienne un réflexe. Ne faire plus qu'un avec son sabre, c'était un pré-requis de son école. En cela il avait réussi. Son maître n'avait jamais eu le moindre geste affectueux envers lui, mais par son enseignement il demeurait ce qui se rapprochait le plus d'une figure paternelle durant son existence.

Une drôle de vie, qui lui avait appris à tuer avant de savoir ce que c'était que d'être aimé...

Parfois, quand son esprit vagabondait, il sentait encore un délicat parfum de prunier blanc en marchant à côté des arbres en fleurs, le son de sa voix lorsque le vent soufflait dans leurs feuilles, le noir de jais de ses iris qui se reflétait dans celui de la nuit, ses caresses sur sa peau quand il fermait les yeux le soir… même plus de dix ans après sa disparition, Tomoe revenait certaines nuits le hanter. Il y a bien longtemps, son épouse avait fait de l'adolescent qu'il était un homme.

Alors que la nuit était déjà bien avancée, Kenshin Himura se perdait encore une fois dans les souvenirs d'un jour de neige...

C'était au début du shimotsuki, la 11ème lune du calendrier traditionnel, non loin d'Oostu dans les plaines de la préfecture de Shiga.

Après plusieurs semaines passées tous les deux dans le calme de la campagne, loin du tumulte des combats sanglants de Kyoto, le jeune Ishin Shishi était partagé entre son extrême pudeur et la naissance de sentiments nouveaux envers son épouse. Elle était belle, grande, douce en dépit de sa froideur, et il se sentait attiré vers elle comme une plante vers le soleil... Plus qu'aucune autre femme, Tomoe Yukishiro le déboussolait. A mesure que les jours ensemble se déroulaient avec la langueur trompeuse des rares moments de paix, il devenait captivé par sa démarche gracieuse, par son regard noir profond, par ses gestes distingués, par son parfum unique de prunier blanc…

...Mais, le jeune patriote ignorait comment se comporter auprès d'elle. L'unique expérience qu'il avait en matière de relation entre les deux sexes étaient les blagues crues et autres anecdotes que partageaient les membres du clan Choshu, et il avait été indifférent sinon écœuré en les écoutant. La seule femme à l'avoir jamais approché était sa mère, et elle était morte trop jeune pour qu'il se souvienne à quoi ressemble la moindre marque d'affection. Bref, il avait beau être un tueur talentueux et calculateur, en ce qui concernait les rapports humains, il était toujours au fond de lui un petit garçon. Jusqu'à maintenant, toute son existence avait été guidée par les combats, la misère et surtout... la mort.

Tomoe, plus âgée et plus expérimentée, semblait avoir perçu cette gène, car c'était souvent elle qui prenait les devants de leurs interactions charnelles. Malgré son apparente austérité, elle multipliait les contacts anodins depuis leur arrivée dans la petite masure, posant parfois sa main sur son épaule, s'approchant de lui à chaque fois qu'elle en avait l'occasion. Petit à petit, elle apprivoisait le dangereux garçon à l'avant-garde de la justice folle des patriotes.

Ce soir de lune des gelées, ils avaient partagé une coupe de saké pour fêter la dernière récolte de leur champ, et elle se sentait d'humeur plus espiègle que d'accoutumée. Voilà plusieurs semaines qu'elle vivait en compagnie de l'assassin, désormais officiellement son mari, et elle avait mis au clair ses sentiments tout comme ses griefs contre lui. Au fil des capricieux tumultes de sa vie, Tomoe Yukishiro était à son grand dam tombée peu à peu amoureuse de Kenshin Himura, le meurtrier de son fiancé, découvrant le cœur tendre caché sous les traits de l'assassin sanguinaire, succombant au charme de ses yeux étranges, de sa longue chevelure ocre et de son corps aux moindres détails parfaitement sculptés par les arts martiaux. Elle avait finalement décidé, en son âme et conscience, de s'offrir entièrement à l'homme que le destin avait choisi pour elle et qu'elle aimait plus que sa propre vie.

Tomoe ajusta avec précision les liens du yukata qu'elle venait de revêtir, abritée derrière le paravent, avant de rejoindre son époux au salon. Il était assis devant le foyer ovale où brûlait encore le feu sur lequel avait cuit leur repas. Himura s'endormait toujours à cet endroit, situé au centre exact de l'unique pièce de la masure. Prêt à intervenir au moindre mouvement suspect.

"Anata... Tu peux cesser de dormir contre le mur, " souffla-t-elle avec douceur. "Nous ne sommes plus à l'auberge des patriotes... "

Il lui adressa un regard interloqué.

"Ça ne me dérange pas. "

Elle approcha son visage du sien.

"L'hiver sera bientôt là, je commence à avoir froid... "

"Je peux t'acheter une autre couverture. " compléta-t-il simplement.

Décidément, il ne comprenait pas son épouse. Elle prit son courage à deux mains.

"...Anata, viendrais-tu sur le futon avec moi ? "

Il était rare qu'elle lui demande quoi que ce soit avec insistance. Le jeune Ishin Shishi rougit imperceptiblement.

"Si tu veux. "

S'allonger dans un futon demeurait une chose curieuse pour lui. Aussi loin qu'il puisse se souvenir, il avait presque toujours dormi en tailleur, son katana contre l'épaule.

Kenshin s'installa maladroitement dans les draps pendant que Tomoe se glissait avec la grâce d'un cygne à ses côtés. Le corps de sa femme… à quelques centimètres à peine du sien. Dire qu'il était mal à l'aise serait une profonde sous-estimation de la situation. Il était raide comme un piquet, osait à peine respirer, et ne bougeait surtout pas de peur de la toucher par inadvertance.

Quelques minutes s'écoulèrent ainsi dans le calme le plus complet. Alors qu'il écoutait la respiration tranquille de son épouse, rien dans son expérience de combattant aguerri, ne pouvait le préparer à ce qui suivit... Tomoe se plaça contre son dos, et il crut que son cœur allait sortir ici et maintenant de sa poitrine sous l'effet de surprise. En parlant de poitrine justement, il sentait désormais nettement les courbes molles de celle de son épouse juste en dessous de ses omoplates, au travers du tissu fin. Himura se paralysa. Sa femme glissa alors ses mains sous son yukata, puis se mit à caresser en gestes lents ses épaules, finement ciselées par le kenjutsu. Il retint sa respiration. Elle descendit le long de ses bras, pétrissant les muscles sous sa paume, puis ses poignets, ses mains. Obnubilé par la sensation étrangère du contact des doigts sur sa peau, son pouls battait la chamade. D'habitude, jamais personne ne le touchait. Son maître n'était pas tactile, et les autres Ishin Shishi avaient trop peur de lui pour l'approcher ne serait-ce que pour lui poser un bandage. Les doigts de fée, eux, continuaient leur route. Alors qu'elle se mit à masser doucement son torse puis son abdomen, réagissant de manière épidermique à ses caresses, il commença à sentir un tiraillement au niveau de son bassin. Tomoe comprit rapidement ce qu'il se passait et décida de tirer profit de la situation. Toujours en dessous du tissu, elle descendit sa main sur son intimité.

"T-Tomoe ! "

Il ouvra grand les yeux.

"Sshhh "

Elle commença à bouger lentement, de haut en bas sur son membre. Le jeune homme se rigidifiait progressivement à son contact.

"Hanh... ! "

Appuyée contre son dos, elle eut une rare sourire. Kenshin avait fermé les paupières, son souffle coincé dans sa gorge, ses joues légèrement rougies. Il commença à bouger ses hanches, suivant son mouvement malgré lui, son attention instantanément capturée par les attouchements. Une sensation irrésistible était en train de monter en lui et il était incapable de la contrôler. Pour la première fois de sa vie, Himura ne maîtrisait pas du tout son corps, pourtant dressé dans le moindre de ses réflexes depuis sa jeunesse. Alors qu'elle continuait ses caresses, il ne sentait bientôt plus que la main entre ses jambes et le feu que cela répandait sur sa chair et dans sa tête. Les choses, à ce rythme, n'allaient pas durer longtemps : il devenait si tendu qu'il avait l'impression d'être sur le point d'exploser. Tomoe accéléra graduellement son mouvement, et tout alla très vite. Incapable de se retenir, son cerveau cessa finalement de lui obéir et il se perdit complètement.

"MHH "

Tremblant et gémissant, Kenshin se libéra dans ses mains, vibrant au rythme indécent de son premier vrai orgasme. Tomoe poursuivit ses attentions avec tendresse, poussée par la patience d'une femme aimante, jusqu'à ce que son jeune mari arrive au bout de sa jouissance.

Himura mit un certain temps à récupérer sa respiration et à revenir à la réalité. Quand il réalisa ce qu'il s'était passé, il rougit de la tête aux pieds.

"Tomoe, je suis désolé... "

"Désolé ? Pourquoi... ? "

Il se sentait naïf en sa présence. Tomoe avait un don incroyable pour le déstabiliser.

"Est-ce que nous ne sommes pas censés faire ça... ensemble ? "

Elle rit doucement.

"Anata... Ces choses sont normales dans un couple. "

Avoir enfin pu toucher son jeune mari et par dessus tout avoir été la première femme à faire jouir cet homme d'ordinaire si secret, avait allumé la flamme de son propre désir au delà de ce qu'elle aurait pu imaginer. L'assassin qui faisait trembler les rues de Kyoto, la contemplait en ce moment avec un regard mêlé de fascination et de timidité. Jamais elle ne l'avait jamais vu montrer une facette aussi fragile de sa personnalité.

Décidée, Tomoe se pencha sur lui et y déposa un premier baiser. Il fut à nouveau surpris mais poussa aussitôt à son tour mécaniquement ses lèvres contre les siennes pour l'embrasser encore. Ses mains trouvèrent par elles-mêmes le chemin de sa taille.

Kenshin n'avait jamais connu auparavant de tels instants de tendresse. Alors, sentir sa bouche sur lui... La sensation grisante le gagnait à nouveau. A 15 ans au sommet de sa force, il n'avait à cet instant qu'une seule envie : ressentir encore ce sentiment étourdissant. Il ouvra spontanément sa bouche, laissant entrer sa langue. Tandis qu'il laissait sa femme lui apprendre comment donner du plaisir avec un baiser, se laissant cette fois-ci guider volontiers, leurs deux corps se rapprochaient peu à peu...

Voyant qu'il répondait toujours ardemment à ses avances, Tomoe n'hésita plus un instant. Elle rompit doucement l'embrasse, se leva, puis détacha les liens de son kimono qui tomba comme un pétale à ses pieds. La laissant... nue.

Kenshin ouvra sur elle deux iris ambrés intenses. Dévorant littéralement de ses yeux ingénus la finesse de ses jambes longilignes, les délicates courbes de ses seins menus, la couleur lactée de sa peau, et la cascade de cheveux noirs qui entouraient ses yeux de jais jusqu'à ses hanches féminines... Sous son regard brûlant, Tomoe eu brièvement la sensation d'être une proie.

L'assassin détacha son yukata en un seul geste avec une rapidité extraordinaire. Il n'était pas totalement sûr du déroulement de ce qui allait suivre, mais il était confiant sur le fait que ça ne nécessitait absolument pas de vêtements.

"Tomoe, est-ce que je peux... ? "

Sans lui répondre, elle prit sa main tendue et la plaça sur sa poitrine. Tous les deux frémirent au contact. Le jeune Ishin Shishi prit le temps d'évaluer un moment la rondeur dans sa paume, puis instinctivement y porta sa bouche. Tomoe émit un soupir aigu, et le son érotique poussa son sang droit dans son entrejambe. Il but en elle éperdument, comme un nouveau né retrouverant sa mère longtemps perdue. La suite ne fut qu'un enchevêtrement de caresses, de gémissements et de respirations haletantes alors que leurs deux corps prenaient le temps de se découvrir.

Sentant qu'elle était prête, la jeune femme fit signe à son mari de s'asseoir, puis elle se plaça au dessus de lui, entourant ses cuisses fermes des frêles siennes. Kenshin plaça spontanément ses mains sur ses hanches pour la stabiliser, toujours en la dévisageant ardemment. Puis elle descendit sur lui, progressivement, jusqu'à ce qu'ils ne fassent plus qu'un. L'assassin bascula sa tête en arrière, expirant lourdement, ivre de la sensation étroite et humide autour de son endroit le plus intime. Tomoe commença à bouger, lui aussi, jusqu'à ce qu'ils s'accordent sur un même rythme. A partir de ce moment, l'esprit de Kenshin devint complètement blanc. C'était à peine s'il arrivait à se souvenir de son propre prénom. Tomoe bougeait comme elle pouvait sur son jeune mari, elle aussi ébranlée par les sensations, mais sa vitesse paraissait désespérément trop lente au jeune assassin rompu aux pratiques martiales. N'y tenant plus, il la renversa d'un seul geste en arrière sur le futon pour inverser leurs positions. Emporté par son désir et désormais au dessus d'elle, il se mit à aller et venir vigoureusement en elle, sourd à ses gémissements, imposant une cadence folle à leurs deux corps. En dépit de son inexpérience, Himura Battosai supportait mal de ne pas mener la danse. Et, il apprenait vite…

"Hun ! Haaa... "

Tomoe se retrouva alors submergée par l'énergie de son jeune mari, et son esprit devint blanc à son tour. Momentanément seuls ensemble dans cet endroit suspendu du temps, les deux époux se perdirent dans leur plaisir mutuel, percutant leurs hanches à un rythme effréné.

Tomoe et Kenshin Himura, les amants maudits, étaient enfermés dans une éphémère bulle de paix qui n'appartenait qu'à eux...

Enfin, quand elle succomba alors à son orgasme, la contraction soudaine de ses parois internes entraîna son époux avec elle. Leurs deux cris percèrent le silence de la hutte isolée.

Kenshin s'effondra, essoufflé, avant de réaliser qu'il s'appuyait sur elle puis de se replacer hasardement à ses côtés. Elle eut alors, pour lui et lui seul, ce précieux sourire vrai qui illumina ses yeux noirs.

"Anata… "

Le jeune assassin enlaça sa femme, et laissa sa tête venir se reposer dans le creux de son épaule.

"Tomoe... Ai shiteruyo. "

Les mots sortirent d'eux même de ses lèvres. Pour la première et la dernière fois.

Enveloppés par la béatitude de ce moment, les deux époux épuisés n'étaient plus conscients que de la chaleur de l'être aimé à leur côté. La nuit vint tendrement les recouvrir, et ils se laissèrent embrasser par le sommeil, serrés l'un contre l'autre. Les premiers flocons de neige de l'hiver virevoltant autour de la masure endormie...

…Puis la mort.

Le désespoir sourd. La douleur aveugle. La blessure d'âme incurable.

Il est des souffrances que les mots ne décrivent pas, que l'alcool ne noie pas, que les larmes ne tarissent pas... que le temps ne guérit pas.

Tout ce qu'il y avait encore d'innocent en Kenshin Himura était mort ce jour là. Depuis les volutes glaciales d'Ootsu, sa vie n'était qu'un cruel sursit.

S'ensuivirent des années d'errance. A vivre non pas parce qu'il le voulait, mais parce qu'elle avait donné sa précieuse vie pour cela. Le condamnant ainsi à subsister dans son propre enfer intérieur, jusqu'à ce que mort daigne enfin s'ensuivre. Il avait décidé de consacrer le reste de son existence à la réparation de ses erreurs. Ce mantra né du sacrifice et de la culpabilité était désormais le fil qui le maintenait sur terre.

Perdre ses habitudes d'assassin lui avait demandé des années. Se fondre dans la masse. Il avait transformé son visage soigneusement inexpressif en sourire accueillant. Alourdi le son de ses pas pour ne plus surprendre lorsqu'il s'approchait des autres. Muselé ses impénétrables instincts meurtriers. Mais au fond de son cœur l'amertume restait la même. Il avait paré son profond chagrin de barrières impénétrables. Il ne comptait plus les jours à arpenter des chemins ingrats, les nuits à dormir dehors sous les intempéries. Il ne prêtait aucune attention à son propre confort. Systématiquement rejeté par les gens lorsqu'ils se rendaient compte de sa véritable identité, il vivait sans amarres. Et cela lui convenait très bien comme ça. Il ne voulait pas s'attacher. Plus jamais.

Et puis comme un invraisemblable rebondissement, cette petite brune aux yeux océan était entrée dans sa vie. Pure, énergique, généreuse, enthousiaste, innocente. Un rayon de soleil accidentel dans son existence sombre. Il avait essayé de partir pour Kyoto et de la laisser derrière lui. Mais elle paraissait revenir inexorablement tel un alter ego. Alors au fond de lui il avait recommencé à sourire, juste un petit peu. A effriter les murs de sa forteresse. D'autres sordides événements étaient venus entacher ce bonheur... Jin-e, les dix sabres, Shishio... comme une vérité enfouie, ses pas s'avéraient inlassablement poursuivis par la violence et la folie. Arguant que cette odeur de sang qui l'avait imprégné ne disparaîtrait jamais.

C'est durant l'épisode avec Enishi qu'il s'était rendu compte qu'il était trop tard il s'était attaché irrémédiablement à Kaoru Kamiya. Il aimait à nouveau, pour la première fois depuis dix ans, de tout son être. Et cela lui faisait tellement peur. Cruelle ironie de l'avenir, les événements avaient donné raison à ses insondables craintes. Elle était en vie non pas parce qu'il avait su la protéger mais parce que ce psychopathe était incapable de tuer une femme qui ressemblait à sa sœur. Elle avait beau n'être pas réellement morte, des dommages irréparables sur l'intellect déjà éprouvé du vagabond avaient été commis ce jour là. Il avait échoué à nouveau. Il avait perdu sa moitié une deuxième fois.

Depuis, l'image de son corps ensanglanté planté comme une poupée de son au mur du dôjô restait gravée dans son esprit. Et venait se superposer à celle de son ancienne femme, dans une scène aux relents cauchemardesques...

Oh, l'enfer qu'étaient devenues ses nuits.

Il poussa un profond soupir, releva sa tête sur laquelle il avait tantôt posé ses mains. Agrippant les mèches de cheveux ocres qui entouraient son visage balafré. Il ne voyait plus les étoiles au-delà.

"J'aimerais... qu'on me lave de cette existence... "

En tuant artificiellement Kaoru, Enishi avait tué le samouraï une seconde fois.

Et comme un ultime revers du sort, ce dernier acte de cruauté avait libéré le peu de contrôle qu'il gardait sur son envie de vivre en ce monde.


Prochain chapitre : Ivre d'elle


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