Les vacances avaient commencées depuis plusieurs jours, mais Yuya ne voyait pas le temps passer. Elle avait retrouvé Tigre, avec qui elle passait ses soirées au bar à servir des cocktails à des hommes d'affaires ivres. Le jeune homme ne lui avait pas reparlé de l'altercation avec Kyo, et elle se gardait bien d'aborder le sujet. Il la raccompagnait lorsqu'ils finissaient tard, et s'il n'était pas là il y avait toujours un des Quatre Sacrés qui l'attendait devant. Ils étaient évidemment là par ordre de Kyo, mais ce dernier ne venait jamais en personne. Ca ne dérangeait pas la blonde, qui aimait discuter avec Bontenmaru ou Akari sur le chemin du retour. Les rares fois où Luciole était venu, le trajet avait par contre été beaucoup plus silencieux. Elle s'était vraiment demandée s'il était autiste, ou un peu attardé, mais elle était finalement arrivée à la conclusion qu'il vivait dans un monde qui lui était propre.
Ce soir-là, il était près d'une heure du matin lorsque Yuya sortit enfin de la Tour Rouge. Epuisée, elle chercha du regard un de ses amis, mais elle ne vit personne excepté un jeune homme brun très séduisant qui lui souriait. Gênée, elle s'apprêtait à rentrer dans le restaurant pour appeler un taxi lorsqu'il s'avança vers elle.
- Yuya ? Je suis un ami de Kyo !
Elle resta silencieuse, et le dévisagea. Il avait une tête qui inspirait confiance, mais elle refusait de se jeter dans la gueule du lion.
- Qu'est-ce qui me le prouve ?
Il se mit joyeusement à rire, les mains dans les poches de son pantalon.
- Est-ce que j'ai l'air de bosser pour Nobunaga ?
- Ca ne veut rien dire.
- Non, tu as raison. Ecoute, je te promets que je ne te veux aucun mal. Tu veux appeler Kyo pour vérifier ?
Après une dernière hésitation, Yuya se décida alors à suivre le beau jeune homme.
- Kyo t'as envoyé me chercher ?
- En fait j'avais envie de te rencontrer, il m'a simplement dit où je pouvais te trouver.
- Tu avais envie de me rencontrer ? Mais on se connaît même pas !
- Non, mais j'entends beaucoup parler de toi !
- Vraiment ? Et par qui ?
Il éclata une nouvelle fois de rire, et détourna la conversation.
- Je les connais depuis longtemps, lui et les Quatre Sacrés. On est de vieux amis !
- Vous vous êtes rencontrés comment ?
- Il y a plusieurs années, il passait la nuit en prison pour s'être battu. J'y étais moi aussi, et il m'a tout de suite plu !
- Tu étais en taule toi aussi ? Et pourquoi ?
Il fit un geste vague de la main, un sourire rêveur aux lèvres.
- Je ne sais plus, c'était il y a si longtemps ! Mais avec le temps on s'est éloignés… C'est tellement dommage !
Se rendant soudain compte qu'ils étaient arrivés en bas de l'immeuble de Yuya, le brun la précéda sur le perron.
- Ca ne te dérange pas que je monte j'espère ? Ca fait longtemps que je n'ai pas revu Kyo, je veux rattraper le temps perdu !
- Non mais… Je ne sais même pas comment tu t'appelles ?
Il lui fit alors un immense sourire, et lui tendit la main.
- Yukimura Sanada, à votre service.
xXx
Dans le salon de Yuya se tenaient les Quatre Sacrés et Kyo, ainsi qu'un adolescent à l'air renfrogné. Un bilboquet à la main, il était assis à l'écart du groupe et semblait énervé. A son entrée Yukimura se précipita vers lui, le visage illuminé.
- Sasuke, tu es venu !
- Tu m'as demandé de te rejoindre ici, j'avais pas vraiment le choix.
Il jeta ensuite un coup d'œil à Yuya. Surprise par son jeune âge, elle lui sourit gentiment.
- Je suis Yuya, ravie de te rencontrer.
- Ah c'est toi ?
Sur ces mots, il se concentra de nouveau sur son jouet et l'ignora. Un peu désarçonnée, elle se tourna vers Yukimura qui rigolait.
- Oh il est timide, mais très gentil ! Hein Sasuke, que tu es gentil ?
Tandis qu'il esquivait de justesse le bilboquet du jeune garçon, Yuya remarqua que Bonten lui faisait signe et alla s'asseoir à côté de lui. Il se pencha et lui murmura à l'oreille :
- Sanada est à la tête de centaines de yakuzas à travers tout le Japon. Il garde toujours à ses côtés les membres de sa garde personnelle, qui se font appeler les 10 guerriers de Sanada, et Sasuke en fait partie. Il est encore très jeune, mais c'est un redoutable ennemi et il a vraiment un sale caractère. Mais il est totalement dévoué à Yukimura.
Yuya l'écoutait avec attention, en examinant le garçon. Il portait un baggy et un sweat à capuche, et paraissait chétif.
- Il a quel âge exactement ?
- Difficile à dire, il trainait dans la rue lorsque Yukimura l'a recueilli. On ne connaît pas sa date de naissance exacte, mais je dirais autour de 14 ans.
Yuya repensa alors à son grand frère, qui l'avait lui aussi recueillie quand personne n'avait voulu d'elle. Elle ressentit un élan de sympathie pour le jeune en face d'elle, pas encore majeur mais qui avait déjà du vivre des moments terribles. Elle se leva et s'approcha de lui en lui demandant doucement :
- Sasuke ? Tu veux que je te prépare quelque chose à manger ?
Surpris, il haussa un sourcil.
- Je fais une très bonne soupe miso ! continua-t-elle en souriant.
Alors qu'il se décidait à la suivre dans la cuisine, Kyo et Sanada les suivirent du regard.
- Yuya est vraiment très jolie… Et elle a l'air gentille en plus ! Ne me dis pas que tu n'as jamais rien tenté alors que vous vivez ensemble…
Kyo gardait le silence, se contentant d'inhaler la fumée de sa cigarette.
- Alors ça ne te déranges pas si je tente quelque chose ?
- HORS DE QUESTION !
Ils se tournèrent tous vers Akira, qui avait bondi. Les joues rouges, il se rassit précipitamment.
- Je veux dire… On n'a pas le temps pour ces idioties !
Un sourire aux lèvres, Yukimura jeta un coup d'œil à Kyo qui observait étrangement Akira.
- Ca va être vraiment intéressant !
xXx
Yuya était attablée en face de Sasuke, qui semblait apprécier ce qu'elle lui avait préparé. Elle se rendait bien compte qu'il faisait beaucoup plus que son âge, mais elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'un aussi jeune garçon n'avait rien à faire dans une bande de mafieux.
- Comment as-tu rencontré Yukimura ?
- Il m'a vu dans la rue.
- Et… Est-ce que tu vas à l'école ?
- Non.
- Tu n'as aucune famille ?
- Pas que je sache.
Comprenant qu'il n'était pas du genre bavard, elle aperçut alors une carte postale posée sur le buffet. S'en saisissant, elle comprit qu'elle venait de Kyoshiro et Sakuya. Alors qu'elle la parcourait rapidement, Sasuke reposa ses baguettes.
- C'était très bon, merci.
- Oh, n'hésite pas à passer ici dès tu en as envie, je te ferai toujours à manger ! Ou si tu as simplement besoin d'un endroit où dormir…
Il la remercia d'un signe de tête, et partit rejoindre Yukimura. Se replongeant dans sa lecture, elle sourit. Ses deux amis avaient l'air de bien s'amuser, et de ne pas être pressés de rentrer. De retour dans le salon, elle s'assit à côté de Kyo et lui montra la carte en souriant.
- Regarde, Kyoshiro nous a écrit !
Après un rapide coup d'œil, il se détourna d'elle. Yukimura au contraire paru très intéressé.
- Kyoshiro… Ne serait-il pas en couple avec une jeune demoiselle charmante ? Comment s'appelle-t-elle déjà ?
- Sakuya, lui répondit Yuya en commençant à se sentir gênée vis à vis Kyo.
- Oui oui, c'est bien cela… Sakuya… Une vieille amie, n'est-ce pas Kyo ?
De plus en plus mal à l'aise, Yuya se tortillait sur sa chaise en cherchant à détourner la conversation, mais Yukimura n'avait pas l'air décidé à changer de sujet.
- Et maintenant elle sort avec ton cousin ? Ca doit être dur… Tu dois avoir envie de…
Mais il ne put finir sa phrase, car Kyo l'avait brusquement saisi par l'encolure de son blouson. Sasuke bondit immédiatement, mais son maitre l'arrêta d'un geste.
- Qu'est-ce que t'es venu foutre ici Sanada ? T'amuser ?
- Kyo, enfin ! Vous me manquiez voilà tout ! Si on ne peut même plus venir dire bonjour…
Kyo planta ses yeux dans les siens, et Yuya sentit qu'elle frissonnait. Elle l'avait rarement vu aussi énervé, comme si le simple nom de Sakuya était capable de le transformer. Yukimura semblait beaucoup s'amuser de la situation, mais il était le seul.
- Et Sakuya a bien le droit de sortir avec qui elle veut non ? Si elle a choisi Kyoshiro et pas toi, c'est surement pour une raison…
Voyant que Kyo était sur le point d'exploser, Yuya se leva précipitamment et s'interposa entre les deux hommes.
- Yukimura, je suis ravie d'avoir fait votre connaissance, mais si vous continuez je vais devoir vous demander de quitter mon appartement. Je ne pense pas que vous devriez tourner ainsi en dérision les sentiments des gens.
Comme à son habitude, ce dernier se contenta de rire. Kyo jeta un coup d'œil à Yuya, puis finit par s'éloigner de Sanada pour aller chercher son paquet de cigarettes. Le beau brun, toujours en pleine forme, se mit alors à tourner autour de la blonde.
- Je trouvais ça bizarre que Kyo vive avec une fille, mais je commence à comprendre. Tu lui ressembles un peu en fait.
- Comment ça ? A qui ?
- Et comment se fait-il qu'une aussi jeune fille vive seule ?
- Je ne…
- Avec deux hommes qui plus est ! Tu n'as pas de famille ?
- Non, je…
- Oh mais c'est affreux ! Et tu vas à l'université de Tokyo ? Tu dois être vraiment intelligente !
- Que… Comment sais-tu que j'étudie là-bas ?
Yukimura brandit alors entre deux doigts la carte d'étudiante de Yuya.
- Tout est là-dedans !
Stupéfaite, celle-ci s'aperçut qu'elle avait disparue de sa poche sans qu'elle s'en aperçoive.
- Que… Rends-la-moi !
Elle entendit alors Bontenmaru ricaner derrière elle.
- T'as pas changé Sanada… Il est tellement rapide que certains le croient invisible !
- Alors qu'elle essayait de récupérer sa carte que Yukimura tenait à bout de bras en rigolant, il s'arrêta soudain net en apercevant quelque chose écrit dessus.
- Tu t'appelles… Yuya Shiina ?
- Et alors ! répondit-elle en lui arrachant sa carte des mains.
- Tu as un lien avec…
Mais Kyo était revenu, et le regard qu'il avait lancé à Yukimura l'avait fait interrompre sa phrase.
- Je vois… Bon ! Sasuke, tu viens ? Il est temps pour nous de rentrer ! Merci de votre accueil, ça a été une soirée délicieuse !
Quelques secondes plus tard, les deux hommes avaient disparus. Les Quatre Sacrés se hâtèrent également de prendre congé, sentant que l'ambiance s'était quelque peu alourdie. Une fois seule avec lui, Yuya se précipita vers Kyo, furieuse.
- Maintenant je veux que tu me dises ce qu'il se passe ! C'est de Nozomu dont il parlait n'est-ce pas ? Pourquoi ?
- T'es chiante…
- KYO !
La jeune blonde avait maintenant les larmes aux yeux, et ses mains tremblaient. Kyo soupira, mais se décida à lui faire face. Il contempla quelques instants la jeune femme, et sentit une étrange sensation l'envahir face à ses larmes.
- Est-ce que… Est-ce que Nozomu est bien mort dans un accident de voiture ?
Yuya eut la réponse à sa question à travers le silence de Kyo. Effondrée, elle sentit ses jambes se dérober sous elle mais fut rattrapée in extremis par le brun. Nozomu… assassiné ? Pourquoi ? Par qui ? Tout le monde l'aimait ! Complètement sonnée, elle sentit à peine que le jeune homme la prenait dans ses bras et l'emmenait dans sa chambre. Une fois dans son lit, elle attrapa Kyo par la manche alors qu'il sortait.
- Kyo…
- C'est bon, je suis là.
xXx
La matinée était déjà presque terminée lorsque Yuya ouvrit les yeux. Ses rideaux n'avaient pas été ouverts, et la pièce était plongée dans la pénombre. Il lui fallut quelques secondes pour se rappeler de la soirée passée, et elle sentit alors son ventre se serrer. Ce n'était pas un cauchemar, son grand frère était réellement lié au monde de la mafia. Sans bouger, les yeux fixés au plafond, elle réfléchissait. S'il avait été assassiné, alors elle trouverait le coupable, et elle se vengerait. Elle avait toujours eu un fort caractère, et n'allait pas se laisser abattre maintenant. Ses amis pourraient sûrement l'aider, s'ils se décidaient enfin à lui dire la vérité... Tandis qu'elle était perdue dans ses pensées, elle entendit soudain une faible respiration. Elle tourna vivement la tête, et aperçut une forme à ses côtés qui lui tournait le dos. En se penchant légèrement, elle reconnut la chevelure de Kyo éparpillée sur l'oreiller. Rougissante, elle se rendit compte qu'elle avait passé la nuit allongée aux côtés du jeune homme. Puis, comprenant qu'il n'avait pas voulu la laisser seule, elle sourit doucement. Après être sortie du lit sans faire de bruit, elle alla déposer une couverture sur ses épaules et sortit de la chambre sur la pointe des pieds. Mais ce silence fut de courte durée, car à peine entrée dans le salon elle poussa un cri perçant. Un homme aux vêtements tâchés de sang se trouvait sur le sol, face contre terre.
