Rien ne m'appartient
Bonne lecture
Où chacun cherche sa place
Où tout le monde s'installe
Où tous reçoivent un cadeau exceptionnel
10. HOME SWEET HOME
HELGA
Les enfants impressionnés par un tel déchaînement de magie n'osent pas rentrer dans le château. Certains semblent un peu abasourdis. Alors, c'est comme ça ? Une simple ronde suffit à faire de la magie. Les plus jeunes n'en reviennent pas. Yan et Helen hésitent devant les grandes portes fermées.
« Helga, c'est à vous d'entrer d'abord. C'est votre œuvre.
- Non Yan, cette œuvre, comme tu dis, n'est pas faite pour notre gloire. Elle t'appartient plus qu'elle ne nous appartiendra jamais. Ce château appartient aux enfants qui y vivent. » Répond Salzar avant que je n'ai pu formuler un mot.
J'acquiesce sous le regard interrogateur du jeune homme.
Les deux jeunes gens s'avancent alors et ils poussent la porte dans un mouvement parfaitement synchronisé. Puis, au lieu de rentrer pour découvrir le hall et le grand escalier de marbre, ils laissent entrer tous les enfants, montrant qu'ils ont bien compris les paroles de leurs aînés. Partout, on entend des cris d'excitation et d'émerveillement. Le château est magnifique mais il ne le sera jamais autant que le sourire de tous ces enfants. Nous rentrons tous les cinq de front. Elyzabel tient le petit dragonnet dans ses bras, comme un chaton. Lorsqu'elle a passé le seuil, elle le réveille d'un geste de la main et il s'élance aussitôt pour découvrir sa nouvelle maison.
Nous prenons notre premier repas dans la Grande Salle. Elle est si grande qu'elle semble vide malgré le nombre d'enfants présents. Rowena et moi nous sommes surpassées pour la cuisine et tout le monde est ravi.
A la fin du repas, nous nous levons dans un ensemble parfait pour nous adresser à tous les enfants.
« Vous voilà donc dans votre nouvelle maison. Ce château sera votre nouvelle maison tout le temps qui sera nécessaire à faire de vous des mages accomplis. Commence Salzar.
- Maintenant que nous avons construit ce château, vos journées vont changer. Nous vous donnerons tous des cours. Vous apprendrez tout ce que nous savons. Dis-je en montrant mes amis d'un signe du bras.
- Je suis sûr que vous mourrez d'envie de courir partout pour explorer le moindre recoin du bâtiment mais vous aurez tout le temps pour ça. Pour le moment, il faut vous trouver un lit pour dormir. Annonce Rowena.
- Il y a des chambres réparties un peu partout dans le château. Elles sont proches de nos appartements. Vous pouvez rester avec vos amis. Dit Elyzabel
- On va passer la journée ici, à se détendre, et vous viendrez nous voir quand vous aurez décidé de la chambre que vous vouliez. Si ce soir vous n'avez pas choisi, nous le ferons à votre place. Continue Salzar.
- Je vais afficher un plan du château sur le mur là-bas. Vous verrez où sont situées les chambres, où nous sommes et où sont les classes. Il reste de nombreuses pièces vides et vous nous aiderez à les remplir n'est-ce pas ? » Demande Godric avec un regard complice.
Les enfants s'émerveillent de tout. Du plafond au sol en passant par les meubles et les murs, tout est si nouveau pour eux. Ils sont nombreux à venir nous voir pour nous demander l'autorisation de sortir de la salle pour aller visiter le reste du château. Nous leur donnons à chacun un plan pour qu'ils puissent se repérer. Des petits groupes vont et viennent dans les couloirs. Nous sommes installés dans de confortables fauteuils, au coin du feu.
Un tout jeune garçon s'approche et nous tourne autour, comme s'il n'osait pas nous approcher. Je me lève pour aller le voir.
« Bonsoir Killian. Qu'est-ce qui t'arrive ?
- C'est pour la chambre. Moi je veux rester à côté de toi, moi je t'aime bien, je veux pas aller loin de toi.
- Mais il suffit de demander, » lui répondis-je, flattée.
Je le prends dans mes bras pour aller jusqu'au plan que Godric a accroché au mur. Je lui montre mes appartements sur le plan puis une des chambres toute proche.
« Regarde. Moi je serais là et toi ici. Ce n'est pas trop loin, n'est-ce pas ? »
Avec un hochement de tête, il acquiesce et, d'un coup de baguette, j'inscris son nom dans le carré représentant la chambre que je viens de lui montrer.
Avant que j'aie le temps de m'éloigner, deux groupes d'enfants s'approchent.
Une fillette prend alors la parole :
« On est quatre et on aimerait bien rester dans la même chambre.
- Bien sûr et où voudriez-vous aller les princesses ? Demandai-je en m'inclinant dans une révérence taquine.
- Ben en fait, on aime bien les sous-sols, on est habitués. Est-ce qu'il y a des chambres là-bas ?
- Oui. Je vais donc vous mettre ici, dis-je en désignant un carré sur le plan. Vous serez à côté de Salzar. »
Durant toute la soirée, des élèves viennent nous voir pour qu'on les place. Avant la fin de l'après-midi, tous les enfants ont trouvé leur place. Godric examine le plan attentivement pour vérifier que tous sont répartis.
« Attendez, dites-moi si je me trompe mais je ne vois ni Helen ni Yan. Ils sont venus vous voir ?
- Non, je ne les ai pas vus de la journée. Ils ont dû aller visiter le château et se reposer. Nous avons beaucoup compté sur eux ces derniers temps et ils doivent être fatigués.
- Tiens, les voilà, » dit Elyzabel en les montrant du doigt.
Ils s'approchent de nous et semblent assez gênés.
« Nous voulions vous demander quelque chose.
- Allez-y, les encourage Rowena, curieuse de découvrir la raison de cet embarras.
- C'est par rapport aux chambres. Nous sommes plus âgés que tous les enfants présents.
Nous hochons la tête devant une telle évidence que pourtant aucun de nous n'avait semblé remarquer. Ces deux là ont le même âge qu'Elyzabel et nous continuons à les traiter comme des enfants.
- En fait, on aimerait être un peu à part. Nous aimons beaucoup nous occuper des enfants et passer du temps avec eux mais nous aimerions aussi avoir un peu plus d'intimité, explique Yan en baissant la tête.
- Oh, évidemment. Nous pourrions vous proposer un appartement rien que pour vous deux. Comme ça, vous serez indépendants.
- C'est fantastique. Merci beaucoup s'exclame Helen en nous serrant dans ses bras.
- Vous n'avez qu'à choisir une pièce vide, à l'endroit qui vous plaît et nous nous occuperons de l'aménager. »
Les deux jeunes gens, visiblement amoureux, regardent attentivement le plan pour chercher l'endroit parfait pour leur premier nid d'amour. Au bout de quelques instants de délibérations, ils désignent un carré tout en haut du plus haut escalier. Sans plus attendre, nous montons tous les sept pour aménager cet appartement. Yan et Helen sont ravis.
Lorsque le soir se couche, nous accompagnons tous les enfants dans leurs chambres, en veillant à ce qu'il n'y ait pas de problèmes de cohabitation.
SALZAR
Au moment d'aller dormir, je monte au deuxième étage, sous l'œil étonné de Godric.
« Mais tes appartements sont au sous-sol Salzar !
- Je sais bien mon ami, mais l'entrée elle, est au deuxième étage. Sur ce, je te souhaite une bonne nuit.
Derrière un pan de mur se dissimule une statue de serpent. Je me pique le bout du doigt pour laisser une goutte de sang tomber sur sa langue dardée. Il s'efface alors et s'ouvre sur un escalier. En bas, je trouve alors la grande pièce qui sera mes appartements et ceux de mes descendants. Une immense pièce me servira d'atelier, de laboratoire et de salle d'entraînement.
Je m'attelle à la décoration et m'écroule sur mon lit tout neuf, épuisé par cette journée.
ROWENA
Alors que tout le monde s'est retiré dans ses appartements, j'erre dans le château. Je me demande si mon idée est si bonne que ça finalement. J'ai créé mes appartements mais je ne peux y accéder. Et où vais-je dormir en attendant ?
Mes pas me mènent à la bibliothèque. Je sillonne les allées, imaginant le jour où toutes les étagères seront remplies. Pour le moment, un seul rayonnage est rempli. A l'opposé de la porte, une toute petite pièce est destinée à devenir une salle de lecture. J'y aménage un confortable canapé et je m'y installe pour lire un ouvrage sur les oiseaux et leur mode de vie. Si je veux apprendre à voler, autant m'y mettre de suite. Je m'endors avant la moitié du livre.
GODRIC
Le lendemain de notre installation, je me réveille à l'aube. J'ai vraiment hâte de commencer à travailler avec les enfants. Je descends dans la cuisine pour préparer le petit déjeuner pour tout le monde. Salzar me rejoint une demi-heure plus tard. Les enfants arrivent petit à petit. A neuf heures, nous décidons qu'il est temps de réveiller tout le monde pour qu'on puisse commencer nos cours. Helga est dans son appartement et nous la trouvons rapidement. Par contre, nous sommes incapables de trouver Rowena. Nous ne trouvons pas non plus l'accès aux appartements d'Elyzabel. Tant pis, nous commencerons sans elles.
Les enfants sont divisés en trois groupes, selon leur ordre d'arrivée et donc leur niveau d'apprentissage. Helga s'occupe des plus inexpérimentés en leur inculquant les bases de la magie. Elle leur apprend à faire des sorts simples et ludiques. Elle leur parle aussi de l'histoire des mages.
Salzar a pris en charge les plus expérimentés. C'est le seul qui a vraiment reçu un enseignement magique. Son maître était l'un des plus grands et l'élève a, semble-t-il, dépassé le maître. Il est donc le plus capable de s'occuper de ces jeunes sorciers.
De mon côté, j'ai la responsabilité des autres élèves. Je décide de leur apprendre ce que je connais comme sorts. Les élèves sont très enthousiastes et ont une immense soif d'apprendre. Nous serons rapidement dépassés, malgré notre puissance, nous n'avons qu'une quantité limitée de connaissance.
A midi, lorsque nous nous arrêtons pour manger, nous découvrons où Rowena a passé sa matinée. Quand elle s'est rendue compte que tous les enfants étaient occupés, elle a décidé de se rendre utile. Elle a préparé un repas pour tout le monde et ensuite, elle s'est attelée à ses recherches sur le vol. Elle a déjà quelques idées et brûle d'envie de les tester. Elle est exaltée lorsqu'elle nous en parle lors du repas.
Par contre, aucune trace d'Elyzabel. Je ne suis pas inquiet, je sais qu'elle a trouvé une tâche digne d'elle et de son intérêt. Elle reviendra quand elle aura terminé.
Pour l'après midi, nous gardons le même fonctionnement. Rowena remplacera Helga qui veut installer un potager pour approvisionner le château. Elle demande à Salzar si elle peut lui emprunter quelques-uns de ses élèves pour l'aider.
ELYZABEL
Je passe trois fois devant un mur du troisième étage qui ne semble rien avoir de particulier. Je pense très fort à mon besoin d'un lieu pour dormir. Quand une porte apparaît sur le mur, elle s'ouvre sur un lieu parfait pour moi. Je suis au milieu d'une clairière et un ruisseau coule paisiblement entre les troncs d'arbres et les brins d'herbe. Un lit de mousse épaisse et moelleuse ne semble attendre que moi. Je m'installe sur cette surface douce et moelleuse et m'enroule dans une couverture verte. Ainsi installée, je m'endors aussitôt.
Au matin, je suis toujours dans ce lieu magique et je réfléchis. Je sais qu'il manque beaucoup de choses pour que notre école puisse vraiment fonctionner et fournir une éducation complète aux enfants qui sont sous notre protection. Je dresse une liste pour être sûre de ne rien oublier. Quand j'ai terminé, le soleil est déjà haut et je décide de m'atteler à la tache qui me semble la plus importante.
J'ai passé la matinée à sillonner la forêt pour trouver tout ce qu'il me fallait. Je me suis même aventurée jusqu'à la mer à dos de sanglier pour récolter encore quelques ingrédients indispensables. Je reviens au château les bras encombrés de toutes sortes de choses.
Je remonte jusqu'à ma chambre mais la porte s'ouvre sur un lieu complètement différent. Une table en bois brut trône au milieu de la table. On trouve aussi un énorme grimoire posé sur un lutrin. Malheureusement, je ne peux pas sortir ce livre de la salle pour garnir la bibliothèque. Dans des étagères le long des murs, il y a tout le matériel dont je pourrais avoir besoin. Je commence par feuilleter le livre, certaine d'y trouver de précieuses indications. Au bout de quelques pages, je me rends compte qu'il me manque un ingrédient essentiel. Je repars vers la forêt pour revenir les bras chargés de brassées de bois.
Je commence par préparer les différents éléments magiques : crins de licorne, écailles de dragon, poils de sangliers volants, griffe de vouivre, écaille de sirène, crin de centaure, serre de faucon argenté, larmes de loups-garous, plumes de phénix, tentacule de méduse hypnotique, œil de sphinx et plume de griffon. Tous ces éléments, donnés de bon cœur par les animaux de la forêt seront d'une très grande puissance. Je place tout ça dans un bac à droite de la table.
Ensuite, j'examine le bois que j'ai ramené. Un phénix m'a aidé à me déplacer d'un bout à l'autre du monde pour trouver ce qu'il me fallait. Il m'a amené dans des endroits que j'aurais été incapable d'imaginer, même en rêve. Je passe en revue les essences que j'ai à ma disposition. Il y a les plus courantes, les plus rares, certaines sont même magiques : chêne, orme, charme, hêtre, saule, if, houx, arbousier, tilleul, frêne, olivier, bouleau, cèdre mélèze, cerisier, manguier, bruyère, amarante, ébène, teck, ajonc, genêt, mandragore, palétuvier, mellyrn… Je garde les branches les plus droites et les plus solides.
J'ai déjà créé des baguettes mais jamais en aussi grande quantité. Et jamais pour des personnes si différentes. Les baguettes que j'ai fabriquées pour nous dans les souterrains étaient simples à faire, je connaissais Godric, Helga et Rowena comme personne. Mais pour ces enfants, tous si différents et tous amenés à évoluer, je doute. J'ai peur de créer des baguettes banales, sans personnalité, peu puissantes. Il faut pourtant que je me mette au travail. Ces enfants travailleront beaucoup mieux quand ils auront leurs baguettes. Ils pourront progresser beaucoup plus vite.
Je prends une touffe de poils de sanglier volant et une branche de saule. Je peux facilement me procurer de l'un ou de l'autre en cas d'échec. J'ai à ma disposition un couteau plus fin et affuté que n'importe quel autre. J'incise le bois dans toute sa longueur. J'insère les poils de sanglier dans la rainure, avec une petite pince. Pour plus de précision, je les intègre un par un à mon ouvrage. Je veille à bien prendre les éléments du même animal. Quand j'ai terminé, le bois semble intact mais ce n'est pas terminé. Je relis le livre pour être sûre de l'incantation puis je saisis le morceau de chêne et répète les mots exacts. Un halo brun entoure l'objet un instant. J'ai terminé la baguette.
Je créé à la suite des dizaines de baguettes. Au début, je reste classique, variant peu le bois et les éléments, répétant mot pour mot l'incantation du livre. Après ces baguettes, je me sens plus sûre de moi et me permet quelques fantaisies. Je marie le saule avec le phénix, le bois de l'eau et la créature du feu, l'arbousier du soleil à la sirène des profondeurs… L'incantation change au fur et à mesure. J'inclus de nouvelles propriétés dans les baguettes. Un tel objet est le plus intime ami du sorcier et, à mon avis, doit parfaitement s'adapter à sa personnalité.
Je profite d'avoir du temps et du matériel à ma disposition pour remplir la promesse faite à Godric. Il n'a toujours pas de baguette et je dois lui en fabriquer une. Pour le bois, je prends sans hésiter une branche de hêtre qui représente la force de Godric. Pour l'élément interne, j'hésite entre le griffon, le dragon et le sphinx. Après quelques instants de réflexion, je choisi le griffon qui répondra mieux à la nature lumineuse de mon frère. Je grave, à la base de l'instrument, un petit griffon qui bouge, agité par les flots de magie circulant dans l'artefact.
Je reprends ensuite ma fabrication intensive de baguette. Mais je rajoute sur chacune une représentation de l'animal ayant fourni l'élément magique. Je reprends même les premières pour appliquer cette décoration. Je trouve ce travail très reposant et paisible. Je sens entre mes mains les forces magiques conjuguées du bois et des éléments magiques. J'ai l'impression d'avoir les mains entourées d'un écrin de magie mouvante et irrégulière.
A la fin de l'après midi, j'ai créé suffisamment de baguettes pour que chaque enfant puisse trouver celle qui lui correspond. Je descends alors dans la grande salle avec une grande caisse dans les bras. Chaque baguette repose dans un écrin. J'entre dans la grande salle et le bruit de centaines d'enfants riant m'assourdis après avoir passé une journée dans un silence presque total. Je me dirige vers les fauteuils où nous nous sommes installés hier soir et rejoins mes amis. Je tends à Godric la baguette que j'ai spécialement réalisée pour lui. Il la prend entre ses mains et l'agite un peu, comme pour prendre sa mesure, s'habituer à son poids, à sa densité. Des étincelles rouge et or s'envolent dans l'air, semblant presque atteindre le haut plafond. Je me tourne ensuite vers mes autres compagnons et leur tends à chacun un écrin contenant une baguette.
Pour Rowena, j'ai utilisé une serre de faucon argenté pour symboliser à la fois son envie de voler et son attachement au sol. Je l'ai associée à du bois de frêne, bois sacré dans son pays. Elle agite elle aussi sa baguette et d'autres étincelles suivent le chemin vers le ciel. Elles sont bleues et bronzes.
Pour Helga, j'ai choisi une dent de blaireau. C'est un animal assez étrange mais il correspond bien à Helga et à son besoin de nourrir et d'aimer les gens autour d'elle. Ce n'est pas un animal magique mais il est apprécié pour les mères de famille disait le grimoire. Le bois de chêne, simple et solide lui correspond aussi très bien. Elle fait un mouvement du poignet qui expédie des escarbilles jaunes et noires dans l'air.
Pour Salzar, j'ai hésité entre le dragon et le serpent. Au final, j'ai trouvé que le serpent correspondait mieux à sa ruse et à sa capacité de changer de peau. En quelques mois, je l'ai vu dans la peau d'un sarazin converti au christianisme, dans celle d'un mage puissant, d'un professeur attentif et d'un bâtisseur aguerri. Que nous réserve-t-il pour la suite ? J'ai choisi du bois d'olivier, brun et ensoleillé comme lui. Comme ses amis, il projette quelques étincelles vertes et argent dans l'air.
Tous les quatre me remercient et ne cesse de louer mes talents de créatrice, tant pour les associations qui correspondent, semble-t-il, à leurs personnalités que pour les gravures. Rowena failli lâcher sa baguette quand elle a vu l'oiseau de proie frissonner au moment où elle lançait un sort.
Le repas a été préparé par Helga et quelques élèves volontaires. C'est délicieux comme d'habitude. Après que nous nous soyons tous rassasiés, il faut distribuer les baguettes. Nous décidons de les offrir dans l'ordre de l'arrivée.
« Aujourd'hui est un jour spécial, commence Godric qui prend son rôle de professeur très à cœur. Tout d'abord, vous avez eu vos premier cours en surface. Ensuite, nous allons vous faire un cadeau.
- Avant de vous donner quoi que ce soit, je vais vous demander de méditer sur l'édification du château.
- Et nous n'avons qu'une seule chose à vous dire. « Draco dormiens nunquam titillandus », ne chatouillez pas un dragon qui dort.
- Et c'est aussi valable pour le dragon qui sillonne les couloirs. N'oubliez jamais que c'est grâce à lui que nous sommes ici. »
Après quelques minutes relativement silencieuses, Helga reprends la parole.
« Nous allons offrir à chacun de vous une baguette magique. Vous avez vu que nous en avions une. Elle vous aidera à progresser et à apprendre la magie.
- C'est un objet précieux, continue Rowena. A partir d'aujourd'hui, elle sera pour vous aussi utile que l'épée d'un chevalier. Elle vous sera plus utile que votre bras droit pendant toute la durée de votre apprentissage et de votre vie.
- Prenez-en soin et ne la perdez pas. Termine Salzar. Maintenant, vous allez tous aller voir Elyzabel qui a fabriqué toutes ces baguettes. Elle vous en donnera une qui vous correspond. Elle ne sera pas la même que celle de votre voisin et il est inutile de vouloir les échanger.
- Pour que ça soit plus simple, vous viendrez dans l'ordre dans lequel vous êtes arrivés ici. »
On commence par Yan et Helen.
Je les accueille avec un grand sourire. J'ai pensé à eux en faisant les baguettes et je pense en avoir deux pour eux. Je leur tends à chacun un frêle morceau de bois. Celle d'Helen est en bois de mellyrn et contient une larme de loup-garou. C'est un mélange qui reflète bien son altruisme et sa générosité. Pour Yan, j'ai aussi utilisé une larme de loup-garou mais dans du bois d'amarante. Sa baguette est l'une des plus courtes mais l'une des plus lourdes.
La distribution continue pendant quelques heures. Certains enfants s'endorment sur leurs chaises. Ceux qui ont déjà reçu leur baguette ne cessent de la tourner et la retourner entre leurs mains, se demandant quelles merveilles ils pourront accomplir avec cet artefact.
Tous les élèves partent se coucher, ravis de leur nouvelle possession. Seul un petit garçon timide reste là. Il est arrivé il y a quelques jours et personne n'a entendu le son de sa voix. Salzar l'a sauvé des flammes où ses parents l'avaient jeté. Je m'approche doucement de lui, pour ne pas l'effrayer, en fredonnant une comptine de mon enfance. Il lève ses grands yeux vers moi, pendant que je lui explique.
« Je n'ai pas pu faire de baguette pour toi, je ne te connais pas du tout. Je ne sais même pas ton nom. Une baguette est un élément très personnel, il faut que j'en sache un peu plus sur toi pour pouvoir t'en fabriquer une. Tu veux venir avec moi ? »
Il ne me répond pas mais hoche la tête et attrape la main que je lui tends. Il me suit, courant presque sur ses petites jambes. Je l'amène jusqu'à mes appartements qui prennent à nouveau la forme d'un atelier. Il ouvre de grands yeux, émerveillé par ce qu'il voit autour de lui. Alors, sous son œil intéressé, je lui explique tout : les animaux qui m'ont généreusement donné des morceaux de leur pelage, des branches choisies pour leur souplesse et leur solidité, les incantations nécessaires à la fabrication des baguettes. Il m'écoute, subjugué. Et toujours sans dire un mot, il farfouille dans les caisses, ressort une aile de libellule, translucide et discrète. C'est un élément tellement fin et fragile que je n'en ai pas employé pour toutes les baguettes que j'ai fabriquées. Je l'emmène ensuite vers les brassées de bois, l'incitant à choisir lui-même le corps de sa baguette. Il me regarde, fouine un peu, sort un morceau de buis, me regarde à nouveau, cherchant l'approbation, change d'avis et fini par prendre la branche la plus fine qu'il y ait dans mon stock. Ce n'est même pas vraiment du bois. Ce qu'il tient est une tige de rose, fine et fragile. Je pense que ça lui correspond tout à fait. Je m'installe ensuite à l'établi, demande à la pièce d'installer un second tabouret pour qu'il puisse s'installer. Je lui montre ensuite les gestes à faire. J'hésite à guider ses petites mains malhabiles lorsqu'il coupe la tige mais, même si l'incision n'est pas vraiment droite, elle est assez profonde pour insérer les ailes de libellules. Ce qu'il fait, délicatement. Nous tenons tout deux la baguette au moment de dire l'incantation. Ça y est, l'artefact est enfin créé. Il me regarde avec un grand sourire puis j'entends enfin le son de sa voix lorsqu'il répète l'incantation, répétant le même geste. Sa baguette s'entoure alors d'un halo doré. Elle sera parfaite.
