Disclaimer: merci Mme Rowling, merci Mr Franquin, merci Mr Pratchett. Et Mr Tolkien.
Oh, et j'allais oublier: gloire à Patrick Couton, Grand Traducteur Génial, pour son invention du 'bloblotage'.

Elise: merci beaucoup pour ta review, mais sans adresse je ne peux pas te répondre! Pour ce qui est du sort d'Harry, ma foi, Severus te répondrait qu'il n'aurait pas l'air plus bête en bonbon au citron. Et qu'il aurait plus de chances de battre Voldemort de cette façon (il y a qqes probabilités que le Dark Lord s'étouffe sur un bonbec géant). M'enfin, tu vas voir dans ce qui suit :)

Retard: bé oui, encore. Bon, pour compenser, ce chapitre est un peu plus long que le précédent. Et on approche de la fin: c'est l'avant-dernier... (qui a dit 'ouf'?)

Hérisson: à nouveau, l'adresse du magnifique dessin d'Electra-Moonglow, mais sur son blog: vous pouvez lui laisser un commentaire :)

shaniah. free. fr/ blog/ dotclear/ index. php ? Harry-potter-serpent-sortia

(n'oubliez pas d'enlever les espaces)

(date: 15 novemvre 2006)

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Chapitre 9

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L'Arme Fatale

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Des dangers de la cuisine: thé, bonbons et rôti de navets

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Des dangers du métier d'enseignant, et de l'utilité d'une armure en certaines circonstances

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La mission du Hérisson

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De l'influence de Tolkien sur les siphonnés en manque

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L'Engin regardait. Qui? Quoi? Qu'importe... son regard flamboyait, tel l'oeil sauronien, nulle part et partout à la fois. Et lorsqu'Elle vit s'avancer le Hérisson Martyr... Horror, Dolor! La Machine se mit à bouger. Lentement, un côté puis l'autre, Elle arracha méthodiquement les montants qui la retenaient au sol et se dandina maladroitement. Le hérisson de figea. Et la Machine se précipita sur lui.

Le quadrumane piquantophore esquiva l'attaque à toutes pattes; la Machine réussit un splendide (sic) dérapage pour revenir à la charge. Quissifrott se mit alors à courir de tous les côtés pour éviter les dizaines de kilos (sans compter les ramettes de papier) qui lui fonçaient dessus. La Machine furieuse entreprit alors de procéder à un martelage en règle de toute la surface de la salle, avec l'efficacité d'un danseur de claquettes et la grâce d'un éléphant embourbé.

Severus, impuissant, voyait du seuil son hérisson montrer des signes de fatigue. Et, fatalement, l'inévitable arriva: le hérisson trébucha. Le coeur battant, Severus allait - contre toute prudence - se lancer à son secours quand, à son grand soulagement, ...

... le réveil sonna.


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Quissifrott émergea de son cauchemar tout tremblant; il avait encore mal aux pattes d'avoir tant couru. Son Maître avait visiblement plus de mal: il en était déjà à sa 3eme tentative pour écraser son réveil ('Bong' Aïe!!) - quatrième, trop à gauche cette fois... Finalement, un pesant oreiller eut raison du terrible stridulement de la mécanique matinale; le Maître de Potions, fait hors du commun, n'en sembla même pas satisfait. Quissifrott comprit pourquoi en le voyant se prendre les pieds dans ses pantoufles tout en entraînant une partie du lit avec lui dans la salle de bain: Severus Snape, réveillé aux aurores un dimanche (1), avait adopté sa fameuse attitude "mammouth mazouté du matin".


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Une fois lavé, rincé, habillé (le tout pas forcément dans l'ordre, d'ailleurs), Severus entreprit de se rendre dans le bureau de Minerva MacGonagal en se cognant consciencieusement à tous les murs balisant son chemin, sans parler des dalles dont les traîtres interstices happaient les pieds, et de la mélasse qui semblait retenir chacun de ses pas.

Finalement, de rebonds en trébuchements dignes d'un mammouth mazouté et bituré (sans parler de ce que la pauvre bête aurait fumé), il parvint à destination globalement intact - en tout cas en meilleur état que Quissifrott qui commençait à avoir le mal de mer.


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Lorsque la porte du bureau de Minerva s'ouvrit, les occupants de la pièce se tournèrent d'un seul bloc, passablement nerveux. Ils furent à moitié rassurés: ce n'était pas Albus, juste Severus (et son hérisson, inutile de le préciser) avec sa tête des mauvais matins: il lui faudrait un certain temps pour se réveiller, et après il rattraperait son sommeil gâché en gâchant la journée des autres (singulière et originale application du principe des vases communicants version Serpentard). Enfin, pour le moment il se contentait de tituber vers le thé que Minerva avait vainement tenté de métamorphoser en café en serrant son hérisson manifestement au bord de la nausée.

Severus se servit tant bien que mal une tasse du liquide bourbeux (2) , touilla vigoureusement et reposa sa tasse où commençait déjà à se dissoudre la cuillère. Minerva soupira en regardant le résultat de sa métamorphose ratée (personne n'avait, avant le prof de Potions, osé se servir de la théière d'où provenaient d'étranges bloblotements), secoua la tête et ouvrit les hostilités.

"Et bien, Severus, on dirait que votre hérisson est en forme?", ce qui était un mensonge des plus flagrants: Quissifrott n'était pas dans son assiette, et les vapeurs mauves qui émanaient maintenant de la tasse juste à hauteur de museau hérissonesque n'arrangeaient visiblement rien.

Toujours est-il que sa phrase désembourba le mammouth et que Severus sembla se réveiller en sursaut, d'humeur purement snapienne. Il ne répondit rien, mais au regard qu'il lança tous les occupants de la pièce reculèrent immédiatement leur chaise; le "thé" lui-même qui commençait à se faire la malle hors de son récipient se tassa au fond de la tasse.

Minerva poursuivit courageusement.

"En vous attendant, nous avons discuté d'un dispositif pour neutraliser la Photocopieuse. Si nous avions davantage de temps, il serait sans doute possible de dresser un animal quelconque (Severus grommela "Potter ferait très bien l'affaire") pour amener les bonbons à bon port, mais nous n'avons que trop attendu. Il est évident que tout sera mis en oeuvre pour assurer la sécurité de votre hérisson."

Severus ricana et répliqua:

"Pas question qu'il risque un seul piquant en direction de ce maudit engin. Et peut-être la Directrice-Adjointe pourrait-elle nous expliquer en quoi nous manquons à ce point de temps?..."

Là, les profs se regardèrent et Severus sentit qu'il n'allait qu'à moitié aimer la suite.

Sur un signe de Minerva, Flitwick se leva et déplaça un paravent qui masquait le fond du bureau, dévoilant une forme endormie dans un fauteuil. Severus reconnut, stupéfait, la tignasse ébouriffée de Potter.

La directrice adjointe profita de ce que son collègue était bouche bée pour enchaîner:

"Sinistra a trouvé cette nuit monsieur Potter errant dans les couloirs, hagard et couvert de morsures. Il avait croisé Albus qui, pour des raisons encore obscures, l'a pris pour un bonbon au citron géant. Il en a réchappé uniquement grâce à Dobby. Poppy l'a soigné, mais..."

Un éclat de rire sadique l'interrompit. Le thé sauta hors de la tasse (laissant sur la table un sillage de bois grillé) et se réfugia dans la théière: Severus Snape était pris d'une magistrale crise de fou rire, sous le regard scandalisé de certains de ses collègues.

Minerva attendit qu'il se calme et que la théière cesse de trembler.

"Gérer Albus et la Photocopieuse est impossible; je ne tiens pas à devoir expliquer aux parents que leurs enfants ont été dévorés par le Directeur parce que l'équipe professorale veillait à ce qu'un engin dément ne les décapite pas. Cela serait du plus mauvais goût pour la réputation de l'école."

La directrice adjointe feignit d'ignorer les chuchotements de Flitwick sur certains parents qui seraient en définitive sans doute ravis d'apprendre la disparition de leur progéniture.

"Sans compter que nous allons devoir administrer un Oubliette à Mr Potter: il est hors de question qu'un élève soit au courant des... problèmes actuels."

Severus haussa les sourcils.

"Nous pensions que vous aviez plus d'expérience que nous dans ce domaine, vous pourriez donc vous en charger."

Severus sourit de toutes se dents.

"Mais effacez autre chose que ses souvenirs d'hier soir, et je vous livre à une cuve entière de thé métamorphosé."

Severus se renfrogna tandis que la théière bloblotta avec, sembla-t-il, un brin d'enthousiasme. Il fut interrompu dans sa bouderie par une sirène stridente. Minerva bondit:

"Ce sont les bonbons. Sinistra, Filius, avec moi!"

Les 3 profs sortirent du bureau au pas de course. Severus continua à faire son boudin encore 2 minutes, puis s'intéressa à Trelawney: cette dernière tentait une approche prudente de la théière. Avec un peu de chance, l'entité pâteuse allait la phagocyter... La prof de Divination tendit la main. La théière glouglouta; quelques bulles verdâtres sortirent du bec. Severus apprécia à sa juste valeur cette expression ouverte d'une caractéristique serpentarde. Les bulles éclatèrent dans une série de 'blob' tentateurs; Sibylle ne put résister: elle posa la main sur le couvercle, et... le reposa en sursaut: le trio de chasseurs de bonbons venait d'entrer avec fracas et moult caisses manifestement pesantes.

Severus jeta un regard interrogatif à Flitwick: les 3 sorciers étaient passablement amochés et leurs robes en lambeaux. Son collègue de Sortilèges haussa les épaules et marmonna:

"C'était des condors..."

Forcément, pour trimbaler un tel poids, les traditionnels hiboux n'auraient pas suffi. Severus jeta un coup d'oeil aux colis: d'après les étiquettes, il y en avait pour 30 kg de bonbons et 3 kg de crème au citron.

Minerva jeta quelques sorts de réparation sur leurs robes et laissa les caisses dans le couloir.

"Bien. Avant d'installer tout cela, un passage par le laboratoire de Potions va être nécessaire."

Severus, indigné, n'eut pas le temps de donner son opinion sur une décision aussi cavalière: tous s'étaient rués vers la sortie, emportant les caisses au passage. Severus les suivit en traînant les pieds, laissant tout seul un thé visiblement déçu qui glougloutait son profond dépit.


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Severus fulminait: il savait les profs pires que les élèves, mais à ce point... Minerva lui avait rapidement expliqué le principe: faire fondre les bonbons, les teindre et les modeler à la ressemblance des biscuits d'Hagrid. Jusque là, rien de sorcier. Sauf que:

- les cuisines de Poudlard étaient inutilisables: les elfes, alertés par Dobby des derniers événements, organisaient une protection efficace de leur territoire en hurlant et sautant partout, sans parler des petits vicieux plus calmes qui guettaient les intrus poêle en main. Il faudrait bien la journée avant qu'ils ne se remettent de leurs émotions.

- les profs qui avaient envahi le laboratoire du Maître de Potions gardaient, pour la plupart, des souvenirs pittoresques de leur passage dans cette salle en tant qu'élèves; beaucoup attendaient visiblement une occasion pareille pour aller fouiner dans les ingrédients mystérieux et regarder de plus près ce qui flottait dans les bocaux.

Severus se serait bien arraché les cheveux s'il en avait eu le temps, mais il était trop occupé à tonner contre Chourave qui essayait de lui piquer des botrucs pilés, à courir après Flitwick qui s'apprêtait à se renverser sur la tête une bonbonne d'acide chlorhydrique et à ôter des mains de Trelawney un pauvre chaudron crasseux dans lequel elle tentait de lire le passé (sans doute d'après les strates accumulées). Il préférait au centuple un cours Gryffondors-Serpentards: les élèves, au moins, se neutralisaient mutuellement.

Il finit par poser Quissifrott sur son bureau (avec une soucoupe de grillons pilés), se camper fermement sur ses jambes et prendre une profonde inspiration:

Chourave resta figée, la main dans le pot de botrucs, Trelawney plongea la tête première dans son chaudron et la bonbonne d'acide, grâce au déplacement d'air, reprit sa position initiale.

Severus toussota, fier de son effet. Un bon coup de gueule (qui avait dû s'entendre jusqu'à Pré-Au-Lard) agrémenté d'un subtil effet de tourbillonnement de robes noires (vivent les sorts informulés), rien de tel pour impressionner son monde (son miroir en était témoin). Même Minerva semblait surprise.

Severus en profita pour entasser tout le monde dans un coin, en leur intimant de ne plus bouger et de ne toucher à rien sous peine de mort extrêmement douloureuse, menace classique mais remarquablement efficace proférée par un homme vêtu de noir au regard sadique, dans des cachots décorés de bocaux au contenu visqueux et de traces d'explosions (où, avec un peu d'imagination (?) on pouvait deviner en silhouettes claires des formes humaines se cachant les yeux).

Bref, il prit les choses en main, touilla les bonbecs dans un chaudron propre, ajoutant le colorant adéquat, moula le résultat et présenta au bout d'une heure au petit groupe qui commençait à avoir des crampes des copies conformes des cailloux d'Hagrid.

Minerva s'en étonna.

"Félicitations, Severus, ils sont aussi moches que les originaux. Maintenant..."

Son regard dévia sur l'innocent quadrumane qui mastiquait consciencieusement sa ration de grillons, en levant de temps à autres le museau de sa soucoupe pour flairer l'atmosphère où flottaient d'étranges relents. Mais il se rassurait vite en voyant son maître à proximité: pas de souci à se faire, l'Homme en Noir veillait. Allez hop, encore un peu de grillons. Scrontch scrontch scrontch.


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La journée avait assez mal commencé, et la suite s'était montrée à la hauteur. Severus avait lancé l'Oubliette sur Potter qui, visiblement étonné de se réveiller face à un Snape brandissant sa baguette sur lui, avait réagi en lui envoyant son pied dans les tibias. Mais Minerva n'était pas inquiète, non: Potter resterait vaseux quelques minutes et oublierait cet incident. C'était gentil de se soucier des tibias de son collègue de Potions.

Il avait ensuite fallu s'occuper des elfes: c'était bien joli, les crises de panique (de l'avis de Severus, du moins), mais le repas de midi devait être assuré. Après moult tergiversations, ils avaient d'un commun accord (à part celui de la principale intéressée) décidé d'envoyer Trelawney, engoncée dans une armure, prêcher la bonne parole aux Dobby, Winky et autres Dumby. Trelawnay n'avait pas fait preuve d'un enthousiasme délirant lors de l'élaboration de ce projet, mais Minerva avait su trouver les bons arguments:

- elle était déjà privée de marc de café; si les elfes continuaient ainsi elle n'allait même plus avoir de feuilles de thé pour lire l'avenir;

- les profs acceptaient, une fois le problème résolu, de la laisser seule 1/4 d'heure avec les elfes en leur ordonnant d'écouter toutes les prédictions qu'elle aurait envie de faire.

C'est ainsi qu'arriva devant les cuisines l'ensemble de l'équipe professorale (sauf Hagrid qui préparait les biscuits promis la veille, et Vector, qui supposait - à raison - le voisinage de Snape peu propice à la survie de l'espèce vectorienne), dont une pesante armure surmontée d'une paire de lunettes et passablement échevelée.

Severus se demanda si, décidément, c'était une bonne ou une mauvaise journée: quelle qu'en soit l'issue, il lui en resterait de bons souvenirs.

Minerva fit un petit récapitulatif:

"Quoi qu'il arrive, pas de panique. Ils sont juste besoin d'être rassurés, d'entendre une voix réconfortante." (Flitwick murmura: "Avec un peu de chance, ils s'endormiront.")

L'armure hocha du haume dans un grincement.

Sinistra avait la main sur la poignée de la porte.

"Prête?"

Nouveau 'Scrrrrroiiiinnnccccc' d'assentiment.

"Go!"

Sinistra ouvrit juste le temps de pousser une Trelawney bringuebalante dans l'embrasure et claqua la porte sur elle.

Ils attendirent.

Bruits. Métal contre métal (visiblement, les elfes armés de poêles oeuvraient avec enthousiasme). Bruit plus sourd (seul Severus reconnut l'harmonieux tintement d'un chaudron contre une pièce métallique). 'Splatch' divers. Le tout sur fond de hurlements et piaillements.

Sibylle tint 3 minutes et 20 secondes - en réalité, 2 minutes 50, mais Severus exigea qu'on lui laisse 30 secondes de plus pour convaincre les elfes, 30 secondes qu'elle passa à marteler la porte en criant comme si elle avait une horde de Gremlins à ses trousses. Sinistra finit par lui ouvrir; elle referma juste à temps pour empêcher un elfe de lui sauter au visage, mais elle ne put éviter la casserole pleine de purée qui l'atteignit à l'épaule.

"Et bien, Sibylle, avez-vous pu parler avec eux?"

Severus trouva la question purement rhétorique, vu l'état de leur collègue: l'armure, intégralement cabossée, était maculée d'oeufs / farine / coulis de tomates et autres joyeusetés culinaires. Le directeur de Serpentard trouvait que l'ensemble ne manquait pas de goût, même si une touche de vert-épinard eût été la bienvenue.

"Ils ne m'ont même pas laissé prédire leur mort!"

Personne ne signala que, quelques minutes plus tard, c'est la sienne qu'ils auraient pu prédire avec certitude. Minerva semblait contrariée.

"Il va pourtant falloir que les élèves mangent..."

Severus commença à s'inquiéter. Pourvu que...

"Professeur Snape, je réquisitionne vos chaudrons."

Et voilà.

"Tout le monde au travail! Non, pas vous, pr. Snape, je ne voudrais pas que vous concoctiez une recette à votre façon à certains de nos chers étudiants."

Severus se renfrogna: non seulement on lui piquait ses chaudrons, mais en plus on l'empêchait de s'amuser. Il devait pourtant lui rester quelques fioles d'arsenic...


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Ce fut le pire déjeuner jamais préparé à Poudlard. Si tout le monde y survécut, ce n'était pas la faute des cuistots improvisés. Apparemment, seul Weasley apprécia l'omelette au potiron parfumée au sang de dragon (Flitwick avait mal nettoyé son chaudron avant de l'utiliser); mais même ce glouton patenté ne put avaler plus de 3 bouchées du dessert de Chourave (dont la nature resta inconnue, et il valait sans doute mieux).

Severus s'était contenté d'un en-cas à base de chocolat (il avait toujours une tablette de réserve dans son bureau) mais il fit tout de même un tour dans les Salles Communes où restaient confinés les élèves pour apprécier l'effet du repas professoral, et il fut pleinement satisfait: Pomfresh allait avoir du boulot. Seuls les Serpentards avaient prudemment fait goûter d'abord leurs rations à un rat et, vu les conséquences, s'étaient en toute sagesse rabattus sur leurs réserves personnelles.

Severus prit même un échantillon d'un "Rôti de navet" (d'après le menu) assez remuant, pour l'amener dans le bureau de MacGonagal: un peu de compagnie pour le thé qui devait s'ennuyer.


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Severus arriva tout guilleret au bureau de la Directrice-Adjointe, porteur d'un flacon d'une substance semi-solide blanchâtre qui s'évertuait à escalader les parois de verre. Il déchanta vite en entrant: tout le monde était déjà là (donc impossible de déposer le flacon en douce et de se faire la malle avant de voir les conséquences) (3), la mine grave, devant deux tas de cailloux.

"Ah, Severus. Hagrid vient d'amener sa fournée de biscuits. Nous allons pouvoir commencer; il est temps pour votre hérisson de prendre sa potion."

Sans lui laisser le temps de répondre, elle lui prit le bocal des mains et l'entraîna dehors. Les autres la suivirent, emportant les biscuits et les leurres au citron.

Le bocal ouvert resta seul avec la théière. L'amas blanc risqua un petit jet de substance vers l'extérieur dans un ' Flloubb? ' aguicheur. Un 'Flflflflfll ' torride lui répondit. Pour la suite... (4)

Le professeur MacGonagal risquait de retrouver à son retour une pâte grisâtre grillant passionnément le vernis de son bureau.


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Mais en attendant, Minerva avait d'autres soucis que les amours d'organismes incongrus: elle était au pied du mur - ou plutôt: devant la Porte. Tout était prêt; ils avaient fini par convaincre Severus que seul son hérisson pouvait les tirer d'affaire, un peu facilement en définitive. Elle soupçonnait en fait Flitwick d'y avoir largement contribué: il avait discrètement lancé un sort en direction de son collègue. Lequel, elle ne voulait pas le savoir.

"Bien. On commence donc par lui envoyer les vrais biscuits pour l'amadouer et l'inciter à manger, et dès qu'elle est en condition on envoie le hérisson pousser les 30 kg de bonbons au citron jusqu'à sa portée. Je vous rappelle qu'il est essentiel qu'elle les gobe d'un coup, pour qu'elle ne s'aperçoive pas du piège: que personne ne s'avise donc de lui en lancer!

- Je persiste à croire que Potter ou Vector auraient pu remplacer Quissifrott dans cette opération."

Minerva leva les yeux: celui-là, même sous Impérium, il restait un fichu obstiné de casse-pieds. C'est finalement Chourave qui trouva le bon argument:

"Ils n'ont pas assez de cervelle; le hérisson est bien plus fiable."

Severus dut bien l'admettre. En d'autres circonstances, Minerva aurait protesté, mais ce n'était pas vraiment le moment. Elle fit un signe à Sinistra, promue ouvreuse de portes en chef. Celle-ci actionna la poignée et poussa doucement le battant. Un grondement sourd leur parvint.


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Severus ne réfléchit pas. Il ne savait plus trop pourquoi il avait donné son aval pour une opération aussi stupide, mais il n'était plus temps d'hésiter. Il lança rapidement un biscuit avant de se plaquer contre un mur du couloir.

La riposte fut immédiate: bruit de chargement, Tchac et silence. Une moitié de biscuit coupée net vint rouler jusqu'à l'entrée. Sinistra soupira:

"C'est pas gagné..."

Chourave, dont c'était le tour, essaya un tir groupé. La Machine ne put tous les arrêter: 3 Tchac pour 4 biscuits. Et... silence.

Ils attendirent. Un curieux grincement leur parvint, qui mit Severus mal à l'aise: cela lui rappelait quelque chose. Il jeta un coup d'oeil rapide par l'ouverture: la Machine, les voyants fixés sur le biscuit rescapé tombé à un mètre d'elle, semblait se dandiner. Severus se figea: le cauchemar de cette nuit. Non.

"Minerva! elle va se dévisser et bouger!"

Le professeur de Métamorphose eut l'air sceptique. Elle se risqua à son tour à regarder et pâlit.

"Par Merlin, c'est exact. Il faut absolument lui envoyer d'autres biscuits, et bien viser!"

Severus plongea la main dans le sac, prit à peine le temps d'ajuster son tir et lança. Droit au but: la Machine engloutit la 'friandise' dans un claquement de capot gourmand. Severus sourit et recommença, avec succès. Il enchaîna les tirs.

"Snape le snipper, qui l'eût cru?"

Severus, entendant la voix crétine de Vector venu assister contre toute prudence à la mise à mort du monstre (5), ne s'interrompit pas. S'il ne le tua pas sur-le-champ, c'est uniquement parce que la Photocopieuse était légèrement plus exaspérante. Il fit juste une petite pause pour reposer son bras. La Photocopieuse mâchait son dernier biscuit avec force bruits weasleyesques. Ca bouge (et bientôt ça marche), ça bouffe et c'est insupportable: l'Engin ferait un élève modèle.

Le prof. de Potions ajouta à voix haute:

"Il ne lui manque que la parole.

- Oui, pour faire un parfait Serpentard."

Décidément, Vector était d'humeur suicidaire, ce matin.

"Non Vector: un vrai Serpentard vous aurait déjà torturé et dépecé."

Sur ces sages paroles, Severus s'apprêta à reprendre ses tirs, mais Minerva l'arrêta: visiblement, la Machine affamée était prête pour d'autres gourmandises.


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Quissifrott frétillait d'impatience. Son maître lui avait donné un quart d'heure plus tôt sa potion préférée, et visiblement il attendait maintenant un service. Pas de problème, rien ne pouvait lui résister. Entre deux papouilles sur le ventre et sous le menton, l'Homme en Noir lui avait montré une caisse, qu'apparemment il fallait pousser.

Et c'était l'heure. Le petit hérisson se campa fièrement sur ses deux pattes, sans savoir que tous les sorciers croisaient les doigts à s'en briser les phalanges, et il commença à pousser. C'était lourd, mais pas impossible pour un hérisson courageux!

La Photocopieuse vit donc avancer à petits pas une caisse pleine à ras-bord de bonbons colorés. Dans un effort colossal, elle fit éclater ses attaches: libre! Plus rien ne la retenait, elle pouvait se précipiter vers le tas de biscuits qui oscillait dans sa direction. Elle bondit alors, tel un fauve affamé: gare aux biscuits! Et au reste, d'ailleurs.


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Quissifrott poursuivait vaillamment son petit bonhomme de chemin, lorsqu'un tremblement ébranla le sol. Suivi d'un bruit de galopade. Pas bon signe, ça. Il ne prit pas le temps de réfléchir et fit demi-tour, direction la sortie, museau à terre: il tenait à vivre suffisamment longtemps pour revoir son maître. Et sa gamelle de grillons.


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Severus s'apprêtait à voler au secours de son hérisson lorsque ce dernier prit fort heureusement la fuite. Il récupéra sa boule de piquants toute tremblante et la serra contre lui, sans perdre de vue le Monstre: il ne voulait rien rater du spectacle.

La Photocopieuse pila devant le tas. En un clin d'oeil, elle goba l'ensemble pour recracher quelques secondes plus tard la caisse intacte. Elle mastiqua le tout goulûment.

Les profs retenaient tous leur souffle.

Une forte odeur de citron se répandit.

La Machine s'arrêta, interloquée. Elle tenta de reprendre sa mastication mais ses rouages restaient bloqués. Ses voyants virèrent au noir: elle avait compris et entrait dans une colère de la même couleur. Les profs reculèrent tous précipitamment.

La Photocopieuse projeta dans un bruit de tonnerre une cinquantaine de feuilles noirâtres qui traversèrent le couloir en sifflant et brisèrent les fenêtres. Elle avança de quelques pas, rechargea dans une débauche d'éclairs blancs et s'apprêta à tirer. Mais cette fois elle ne parvint qu'à expectorer un amas de papier mâché englué de bonbons au citron. Un furieux grincement d'engrenages se fit entendre; dans un effort titanesque l'Engin se jeta dans le couloir et se dirigea à l'aveuglette sur Vector qui, avec son bon sens habituel, s'était réfugié dans un renfoncement, se coupant ainsi toute retraite (Severus sourit, ravi.). Mais, à 3 pas de sa cible, la Machine s'arrêta. S'affaissa. Et, après un dernier flash rougeoyant, s'éteignit. (Severus grimaça, il aurait aimé un vrai happy end, avec double mise à mort)

Une fumée jaune-noire s'éleva du flanc de la Machine, et elle commença à se dissoudre sur les dalles, tandis que dans l'atmosphère se répandait une délicieuse fragrance citronnée.

Tous (Quissifrott compris) poussèrent un soupir de soulagement.

Seveurs reprit ses esprits le premier et huma l'air.

" Cette odeur de citron... Pourvu que..."

Il s'interrompit en regardant ses collègues qui lui faisaient face et fixaient quelque chose derrière lui, livides. Une main osseuse se referma fébrilement sur son épaule et une voix surexcitée susurra:

"Du ccccitron, mon cher Sssssseverus?"

Quissifrott se remit aussitôt en boule.


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Albus Dumbledore venait d'arriver. Il se tenait légèrement courbé (6) et une lueur étrange animait ses yeux. Indifférent au désordre apocalyptique qui régnait sur le champ de bataille, il s'avança d'un pas saccadé dans la pièce. Lorsque son regard trouva enfin la caisse, il s'éclaira d'une flamme de convoitise; le Directeur de Poudlard (7) se jeta sur sa réserve de bonbons au citron avec un cri de triomphe: "My PrrrrrrreccCCCCCccciioussssssSSS !! ", et un bruit de gorge curieux, comme s'il avalait par anticipation de dose de saccharose acidulé ( Golloups, Golloups! )

Le temps sembla se figer. Chaque sorcier présent resta pétrifié, tandis que le Directeur soulevait amoureusement le couvercle de sa caisse.

Et Severus Snape, Celui-Qui-Avait-Survécu (à: 7 ans d'études à Poudlard, un loup-garou, Potter père et fils, Voldemort, ses élèves et une Photocopieuse), ferma les yeux en murmurant:

"On est tous morts."

-.-.-


-.-.-

Notes:

(1) Frémissement d'horreur de l'autrice, qui s'en veut - presque - d'infliger pareille torture à Severus.

(2) Un conseil: sorcier ou pas, n'essayez jamais de métamorphoser un thé de mauvaise qualité en quoi que ce soit; en général il se venge en devenant encore plus infect.

(3) Je précisais cela pour ceux qui n'aurait pas encore bien saisi le fond de la psychologie snapienne.

(4) Non décrite. On est dans une fic ouverte aux moins de 18 ans, après tout.

(5) Ou de ses collègues. Bref, un spectacle intéressant dans tous les cas.

(6) Attitude classique du gourmand en manque cherchant une hypothétique friandise tombée à terre. Que celui ou celle qui n'a jamais regardé sur le tapis, plein d'espoir, si une cacahouète rescapée ou un Tic-Tac fugueur ne traînait pas par là, jette la première pierre à Albus.

(7) Et chef de l'Ordre du Phénix, et Grand Machin de l'Ordre de Merlin, et membre éminent du Magenmagot, etc. Juste histoire de rappeler ses responsabilités...


Yek yek yek... plus qu'un chapitre pour décider de leur sort. Albus aura-t-il raison d'eux? Harry a-t-il vraiment tout oublié? (et est-il aussi stupide que l'affirme Severus?) Une bonne lampée de grillons suffira-t-elle pour que Quissifrott se remette de toutes ses émotions?

Réponses pas tout de suite, mais dans pas trop longtemps. Promis.