Genre : UA

Disclaimer : Les persos sont à JKR, mais l'histoire ne concerne pas les acteurs de la série HP, que je ne connais bien entendu pas. Cette histoire est issue de mon imagination et n'a bien entendu aucun rapport avec des personnes existant ou ayant existé, quelles qu'elles soient.

Bon, les amis, à l'orée de ce chapitre, je ne peux que vous redire que cette fic n'est pas une romance, et vous avertir que ces deux derniers chapitres vont être choquants, voire très choquants…d'avance pardon ^^.

Je tiens tout particulièrement à remercier ceux et celles qui reviewent et me font partager leur avis et leur ressenti, c'est très important pour moi, sans votre avis ma fic ne vaut rien. En revanche merci d'accepter qu'elle ne ressemble pas aux HPSS classiques, ni à mes autres fics, que je ne renie pas. J'ai voulu écrire autre chose, d'un autre point de vue, sans respecter les canons habituels de la fic.

Résumé : Severus, auteur de théâtre et comédien, invite Harry, jeune acteur, à passer quelques jours chez lui pour répéter sa dernière pièce. Son épouse les surprend en train de s'embrasser et se pose des questions sur la vraie nature de leurs relations.

A partir de là tout s'est accéléré, me semble-t-il, et les évènements suivants ne me paraissent plus aussi clairs que ceux des jours précédents, comme aspirés par le trou noir de la « scène de la confession ».

Je sais qu'à cette période j'ai eu de longues discussions avec les parents d'Harry et mes parents, qui ont tous senti ma peur, et ont envisagé de venir pour mettre les choses au clair, mais tout s'est déroulé si rapidement qu'ils sont venus trop tard. Trop tard.

Je sais que je me suis occupée pendant des heures de mes fleurs, les dahlias, iris, hortensias, azalées, bien cachée sous chapeau de paille, pour trouver le réconfort dans la terre.

Je sais qu'une après-midi j'ai pris Harry à partie, tandis qu'il se reposait sur son transat, me tournant le dos. Severus était dans son bureau –notre chambre- les chatons faisaient leurs premiers pas, l'orage menaçait. De gros nuages noirs mais pas un souffle d'air, rendant l'atmosphère lourde, irrespirable. Même l'eau de la piscine était moins claire, et la nature bruissait encore plus bruyamment que d'habitude. Je me suis approchée de lui à pas de loup :

- Harry, je peux te parler ?

Il a poussé un petit grognement.

- Tu dors ?

Nouveau grognement.

- Je dois te parler. Je veux savoir. Harry, pourquoi as-tu annulé la fête pour ton anniversaire ?

Il a haussé les épaules, étendu sur son transat, bien déterminé à ne pas me répondre ni me regarder.

- Je ne suis pas ton ennemie, tu sais. Je veux t'aider. Tu as le droit de t'amuser, tu ne dois rien à Severus…

- Tu ne comprends pas ! a-t-il lâché d'un ton excédé sans même tourner la tête.

D'un bond il s'est levé et est rentré à l'intérieur, me laissant désemparée, près de la piscine. Je me suis demandé ce que Severus lui avait dit sur moi, depuis quand j'étais devenue son ennemie. La réponse était facile, hélas.

Les nuages ont continué à s'accumuler, le vent s'est levé, me faisant frissonner. J'adorais l'orage d'habitude, le tonnerre, les éclairs, j'adorais me réfugier dans les bras de Severus, apeurée. Mais là j'ai compris que cet orage-là je devrais l'affronter seule, et j'ai vite rangé les parasols, enlevé les coussins des transats, rentré les plantes les plus fragiles. Le premier coup de tonnerre m'a surprise dans la cuisine, alors que je sortais les petits farcis du four. Les chatons miaulaient beaucoup et la chatte avait du mal à les rassurer malgré ses coups de langue. J'avais quand même mis la table sur la terrasse abritée, mais les serviettes volaient et le vent nous sifflait désagréablement dans les oreilles.

D'ordinaire Severus m'aurait demandé de dîner dans la salle à manger, mais il ne paraissait même pas s'apercevoir du déluge menaçant, il ne quittait pas Harry des yeux, lui aussi mal à l'aise et tendu. J'ai supposé qu'il avait peur de l'orage, et ça m'a fait plaisir, quelque part.

Nous n'avons parlé de rien, nous avons mangé rapidement, et ils sont partis vers le salon, délaissant le patio devenu trop venteux. Me privant également de l'accès à la télé, ce qui m'a énervée, même si je savais qu'il n'était pas prudent de regarder la télé pendant un orage.

Les premières gouttes se sont écrasées lourdement sur le toit, un éclair a zébré le ciel. Mais je n'éprouvais rien, pas de peur ni de plaisir, je me sentais plus seule que jamais. Je suis montée dans ma chambre pour lire, les laissant dans le salon, à répéter. Ils ne se sont pas aperçu que je n'étais plus là, concentrés sur eux-mêmes.

Leur pièce. Leur folie.

Je crois qu'après quelques pages j'ai somnolé, malgré le bruit de l'orage, confortablement installée dans mes draps soyeux et odorants.

Je crois que j'ai rêvé.

J'ai rêvé d'une église sous la pluie, de fidèles encapuchonnés murmurant des chants grégoriens, d'un prêtre habillé de noir face à eux, ouvrant ses bras en une forte incantation. Quelques bougies perçaient l'obscurité de leur flamme vacillante, il y avait une forme étendue sur l'autel. Je ne distinguais aucun visage sauf celui du prêtre –Severus, bien sûr. Il psalmodiait en latin, sa voix grave et sensuelle couvrant les chants des fidèles ; oui, vous avez bien lu, sa voix était sensuelle, ses gestes lents, fascinants. Bien sûr dans mon rêve c'était une messe noire, bien sûr la forme sur l'autel ne manquerait pas d'être sacrifiée, pour le Bien commun.

J'espérais juste ne pas en être le témoin fasciné, même si l'ensemble était d'une rare beauté, d'une harmonie parfaite. Les vitraux illuminaient le chœur de couleurs étranges, dessinant des tableaux irréels sur l'assistance. Je cherchais en vain la sortie, chaque coup de tonnerre devenait le bruit d'une porte qui claque devant moi, me privant de toute sortie.

Bien sûr j'ai fini par me réfugier derrière un confessionnal, terrifiée de voir le prêtre sortir un immense couteau de sous sa robe, et l'approcher de la forme recouverte d'un drap –qui ressemblait étrangement à ma nappe préférée. Quand il levé le drap d'un geste ample, grandiloquent, l'assistance a frémi et je crois que j'ai poussé un cri.

Harry gisait nu, les pieds et poings liés sur l'autel par d'épaisses cordes. Je me souviens de son expression étrange, presque extatique, recueillie, et de son érection dérangeante. Severus a promené délicatement le couteau de ses pieds à sa gorge, posant la lame à plat sur sa poitrine, son ventre, son sexe, le faisant gémir. Le gémissement était troublant, presque érotique, et les fidèles ont interrompu leurs chants, souffles coupés par le spectacle.

Lorsqu'au bout de longues circonvolutions le couteau s'est enfoncé dans la chair d'un Harry extasié, le jeune homme a joui sous mes yeux en longs jets blancs, et je me suis précipitée sur le prêtre, le suppliant : « Non, moi. Prends-moi-moi, je t'en prie. Je t'en supplie… ».

Puis je crois qu'une porte s'est refermée et que je me suis réveillée, ou alors c'était un coup de tonnerre plus fort que les autres. Je me souviens de mes pieds sur le parquet de la chambre, dans les escaliers craquants, sur le carrelage de la cuisine.

Je me souviens m'être approchée du petit salon, intriguée par les bruits qui en émanaient. J'ai voulu tourner la poignée, la porte était fermée à clé. J'aurais dû tambouriner, exiger qu'ils ouvrent. Mais non, encore émue par mon rêve, ou prise dans un demi-sommeil, j'ai collé l'oreille à la porte, le cœur battant.

Et j'ai entendu. Entre les coups de tonnerre et la musique en sourdine, j'ai entendu, et les images se sont formées dans mon esprit, aussi réelles que mon rêve.

- Te repens-tu ? demandait la voix acerbe du prêtre.

Sanglots.

- Que faisais-tu, malheureux ? Réponds-moi ! Que faisais-tu dans le noir ? a repris la voix courroucée. Tu n'as pas honte ?

- Laissez-moi, je vous en prie… s'il vous plaît, gémissait le jeune homme en reniflant.

- Quelle honte ! Quelle honte !

- S'il vous plaît…

- Te repens-tu ? sifflait la voix de plus en plus assourdie de Severus.

- Oui…

- Je n'ai pas entendu !

Les sanglots continuaient de plus belle, j'ai reconnu la scène qu'ils répétaient ce fameux soir où je les avais surpris. Je n'ai pas bougé.

Je crois que je voulais connaître la fin de la scène.

- Oui…

- Tourne–toi. Baisse ton pantalon…

- Mais…

- Baisse ton pantalon, mécréant ! Tu vas voir comment je soigne ce genre de maladie moi…

Un bruit sec et mat a claqué, comme une gifle. Ou une fessée. J'ai frémi. Puis un autre, et encore un autre. Les pleurs ont repris, et Severus a murmuré plusieurs mots que je n'ai pas entendus.

« Non ! Non… » gémissait Harry –Paul ?

- Chut ! C'est pour ton bien, mon enfant. Enlève-ça…

- Non, je ne veux pas… Vous n'avez pas le droit ! Laissez-moi…

- J'ai tous les droits, ici ! a repris la voix chaude, légèrement altérée. Tous… enfonce-toi bien ça dans la tête…

Imaginez mon émoi, derrière la porte. J'étais tétanisée d'horreur, ou d'excitation, je ne sais plus. Mon cœur battait à tout rompre, mes mains étaient moites, je tremblais, je crois. Divers bruits ont suivi, que je n'identifiais pas, ce qui les rendait d'autant plus suggestifs.

- Enlève ça…

- Non…

- Vas- y ! Vite ! Ou tu vas voir…

Un claquement sec a suivi, puis une exclamation étouffée :

- Mais qu'avons-nous là ? Tu n'as pas honte ? Viens près de moi… Viens.

- Non. Laissez-moi…gémissait la jeune voix.

- D'accord. Alors montre-moi.

- Quoi ?

- Ce que tu faisais, tout à l'heure, quand je suis arrivé. Ce que tu fais tous les soirs, dans ta chambre… je t'entends, tu sais. Montre-moi.

- Oh !

- Je ne te toucherai pas. Je ne te frapperai plus. Vas-y, montre-moi. N'aie pas peur, a soufflé la voix avec douceur.

Silence. Je n'entendais plus que l'orage, et les battements effrénés de mon cœur.

- Oui… oui. comme ça. Encore. Doucement ! Doucement… a repris la voix plus faiblement, presque tendrement.

Les pleurs avaient cessé, remplacés par des soupirs. Les soupirs de deux voix. Et des chuchotements rauques, sensuels. Horribles.

- Oui, c'est bien mon garçon. Très bien. Encore. Oui. Oui.

- Non…

- Viens... viens près de moi. Continue...

- Je...

- Tu ne l'as jamais fait devant personne?

- Non, a murmuré une voix si faible que j'ai fermé les yeux douloureusement.

- Vas-y doucement. Lentement. Oh mon Dieu, tu es beau, si beau… Tu aimes ça ?

- Ou..oui.

Etaient-ils toujours dans la pièce, faisaient-ils toujours semblant ? J'étais perdue, tremblante. Emue. Oui, émue, je l'avoue. Le dégoût viendrait plus tard. Mais là, avec quelques mots, ils enflammaient mon imagination, me faisant participer malgré moi à une célébration contre-nature, mais si sensuelle que j'ai passé ma main entre mes cuisses, accroupie par terre. Je me souviens que je me suis dit que c'était juste un autre rêve. Le rêve érotique d'une jeune femme frustrée.

- Continue, oui, comme ça. Encore. Encore. Laisse-moi te toucher à présent. Je veux te montrer. Ouvre les yeux !

- Non ! non, je ne veux plus… Je ne peux pas. Non…

Un coup de tonnerre. Un éclair. L'orage était sur nous, invité inattendu mais à part entière. Un petit cri, un meuble qui tombe, sans doute une chaise, et des voix étouffées. Des pleurs.

- Tu es à moi, à moi… a répété Severus, d'une voix si basse et sourde qu'elle semblait sortie de l'Enfer.

- Non… non !

- Si. A genoux. A genoux !

- Aïe ! aïe… a fait une voix faible.

- Quoi ? c'est tout ? Allons, tu peux faire mieux que ça…

Les pleurs ont redoublé, je crois que j'ai mordu mon poing pour ne pas crier. Et si c'était un viol ? Un vrai viol ? Un instant j'ai envisagé d'appeler la Police, mais la perspective du scandale m'a terrifiée. J'ai eu honte, horriblement honte. J'avais mal aux genoux, au dos, de rester accroupie comme ça. J'avais une crampe dans le pied, dans le bras. J'avais mal partout, je crois.

- Je veux te faire crier. Je veux te faire jouir. Je veux te voir jouir…, a dit la voix de mon mari, avec fièvre.

Les mêmes mots. Les mêmes mots. J'avais envie de me lever, de lui dire : « Non, moi ! Prends-moi,-moi… Aime-moi, Severus, je t'en prie. Je t'en supplie ».

- Je vous en prie…je vous en supplie… Non… non.

- Attends, je vais m'occuper de toi…

- Non.

- Laisse-toi faire… ne bouge pas.

- …

- Attends, je viens doucement. Détends-toi, et tu n'auras pas mal… détends-toi.

- Oh !

- Seigneur, qu'est ce que tu es étroit... oh mon Dieu, c'est si bon.

- Ooooooh…

- Détends toi... attends, je vais te toucher là, aussi.

L'oreille collée à la porte, j'imaginais les pires scènes, mais n'entendais que des soupirs, et un petit cri soudain. Je me suis mordue la lèvre, violemment.

- Tu es le péché, la chair… nous brûlerons en Enfer. En Enfer ! a reprit la voix grave, plus fermement.

- Oooooooooooooh mon Dieu, mon Dieu…

- Crie, pleure, Bon Dieu !!

Des halètements, des pleurs que je connaissais bien. Et ce bruit un peu humide, répétitif, que je connaissais trop bien. Des plaintes.

- Tu aimes ? Tu aimes ? Tu es à moi… A moi.

- Non ! Non !! répétait la voix hachée, affolée.

- Ne pleure pas, mon Ange, je t'en supplie ne pleure pas. Je t'aime, tu sais, je t'aime. Viens, je vais te caresser ici, ça va te faire du bien. Regarde comme ça te fait du bien…Mais ne pleure pas, mon Ange, mon amour. Oh, tu es si bon… si bon… je vais encore te faire du bien, je vais t'aimer comme personne ne t'aimera jamais. Ta peau est si douce, mon amour… tu es si tendre, à l'intérieur…

Croyez-le ou pas, mais ce sont les mots d'amour qui m'ont fait le plus mal. Parce que je reconnaissais ce ton, cette voix. Qui ne mentait pas.

- Mon ange, mon amour… tu es si doux, si tendre… oh, ma merveille. Je t'aime, je t'aime…

« Oui…oui…oui…oui » a alors chuchoté la voix d'Harry, me brisant le cœur, et j'ai reconnu ce son, ce murmure à peine gémi que je poussais moi aussi quand Severus me faisait l'amour si merveilleusement que je décollais, jouissant longuement sous ses caresses expertes. Après il y a eu cette espèce de hoquet que Severus émet toujours en éjaculant, et je me suis enfin relevée, horrifiée.

J'ai remonté les escaliers quatre à quatre et je me suis écroulée dans mon lit, tétanisée. Peut-être n'avais-je entendu qu'une répétition, au début, mais leurs soupirs de la fin ne laissait place à aucun doute : Severus avait fait l'amour à Harry, et ils avaient joui, indubitablement.

Inutile de se demander quelles répliques faisaient partie de la pièce, la messe était dite.

oOo oOooOo

Je crois que j'ai sombré dans un sommeil sans rêves –enfin, et le lendemain matin le ciel était clair, bleu dur, nettoyé par la pluie. Le lendemain matin Severus sirotait son café sur la terrasse, en lisant le journal, et il m'a adressé un sourire radieux quand je me suis approchée de lui, incertaine. Il avait retrouvé sa sérénité, sa bienveillance. Visiblement, il avait eu ce qu'il souhaitait.

- Tu as bien dormi, mon amour ? me demanda-t-il avec douceur. Tu n'as pas eu trop peur de l'orage ?

Encore peu réveillée, les oreilles emplies du bruit des cigales, j'ai entendu « orgasme » à la place d' « orage ». Un beau lapsus.

- Non, ça va, merci… ai-je répondu. Tu t'es couché tard ? Vous avez répété longtemps ?

- Oui, assez longtemps.

- Et Harry, il n'a pas eu peur ? ai-je enchaîné avec candeur, même si mon cœur était une pierre dans ma poitrine.

- Si, un peu, au début. Mais il a été courageux, a répondu Severus en me regardant droit dans les yeux.

Un champion du bluff. Je jurerais qu'il savait très bien de quoi je parlais, et qu'il a vraiment répondu à mes questions.

- Et tu as été satisfait ? ai-je ajouté, pour pousser mon avantage un peu plus loin.

- Parfaitement, a répondu Severus avec un sourire en coin. Parfaitement.

Je suis venue m'asseoir sur la chaise à côté de lui, et j'ai murmuré :

- Alors, c'est fini, n'est-ce pas ? Tu as eu ce que tu as voulu, il va rentrer chez lui ?

Il a tourné brusquement la tête vers moi, un pli amer sur le visage :

- Je ne comprends pas ce que tu veux dire.

- Oh si… Tu comprends parfaitement ce que je veux dire, Severus. Il est temps que ça s'arrête, maintenant, parce que tu as déjà été trop loin. Beaucoup trop loin.

Son regard noir a dardé le mien, et tant d'émotions ont défilé en quelques secondes que je ne pourrais les décrire toutes. Deux prédominaient cependant : la haine et la douleur. Bien qu'il soit parfaitement immobile, le journal tremblait légèrement entre ses mains. Le masque était sur le point de se fissurer.

Il a secoué la tête, j'ai repris avec fermeté :

- Il faut que ça s'arrête, tu m'avais promis. Tu m'avais promis que tout rentrerait bientôt dans l'ordre.

- Je… c'est impossible. C'est trop tôt.

Je l'ai fixé froidement, voyant sous mes yeux un vieil homme libidineux pour la première fois. Le pervers avait tué l'homme que j'aimais. Il me faisait presque pitié. Il était tombé dans son propre piège, ça se voyait. Il avait dépassé les limites, s'était brûlé les ailes à la flamme de la jeunesse et de l'innocence. Il ne pouvait plus se passer d'Harry.

Il y a toujours une limite au jeu d'acteur, ai-je pensé avec tristesse.

- Ne me pousse pas à bout, Severus.

- Alors, pars. Si tu n'es pas contente, pars. Rentre chez toi.

- C'est ici chez moi, Severus.

Je me suis levée et je suis sortie le plus dignement possible, sans montrer mon trouble intérieur. Ma rage.

Après une douche froide j'ai enfilé un jean et un T-shirt et je suis redescendue, croisant Harry au bas des marches, en pyjama. Il attendait visiblement que je lui prépare son petit déjeuner. Pas de chance, j'avais rendu mon tablier.

- Je sors, Harry. Si tu veux déjeuner, sers-toi. Fais comme chez toi…

Après tout, il m'avait pris ma place dans le cœur et le lit de Severus, il pouvait aussi la prendre en cuisine. La lueur de peur dans ses yeux verts m'a fait du bien, j'avais fini d'être une victime.

Maintenant nous jouerions dans une autre pièce. La mienne.

J'ai filé à Aix en Provence, la radio au maximum, une drôle de joie dans le cœur. Une mauvaise joie, sans doute, nommée vengeance. Je suis entrée chez le coiffeur le plus cher de la place, et je lui ai demandé de me couper les cheveux courts, comme un garçon. Je lui ai montré la photo d'un magazine, une photo d'Harry dans son dernier film :

- Voilà. Je veux ressembler à ça.

- Mais vous êtes sûre ? C'est dommage, vous avez une telle épaisseur de cheveux…ça vous va bien, les cheveux longs, s'est exclamé le coiffeur.

- Mon mari préfère, ai-je répondu du tac au tac.

Et ce n'était qu'un demi-mensonge. J'imaginais qu'il avait passé ses mains dans les cheveux courts d'Harry, la veille, peut être même les avait-il tirés en arrière, pendant la pénétration. Les mots obscènes de Severus tournaient dans ma tête alors que les longues boucles brunes tombaient à terre. Et j'ai pleuré.

Pas pour mes cheveux, non. Enfin, pas que pour ça. Pour le mensonge, la trahison, mes illusions bafouées, l'innocence perdue. Mon innocence. J'enfonçais mes ongles dans mes paumes, je le détestais. J'aurais voulu le tuer, à ce moment-là, de m'avoir infligé cela.

Le coiffeur, désolé, ne m'a pas fait payer et je suis ressortie la rage au cœur, plus légère. J'ai acheté des jeans délavés, des t-shirts troués, des Converse noires, je me suis prise pour une rebelle, les yeux creusés et la rage au ventre.

Finalement j'aimais ma nouvelle dégaine dans les vitrines, efflanquée, garçon manqué, genre Birkin dans « je t'aime, moi non plus », la poitrine en plus. Je me suis arrêtée dans un bar pour boire des bières, au comptoir, et je me suis laissé draguer par des mecs louches, aux ongles sales.

Au bout de trois bières j'avais envie de baiser, mais pas avec n'importe qui. Severus aurait été trop content. Non, je voulais de belles mains innocentes sur mes seins tendus, ma chatte humide. Des mains d'adolescent.

Les idées un peu embrouillées j'ai sorti mon portable et j'ai appelé l'instrument de ma vengeance, sur une impulsion. J'avais son numéro depuis qu'il avait appelé pour proposer à Harry d'aller chez lui.

- Draco ? Bonjour, je suis l'épouse de Severus Snape. Ecoute, Harry ne pourra pas venir demain chez toi pour fêter son anniv', alors j'ai pensé que tu pourrais venir, toi. Pour lui faire la surprise. Il serait tellement content ! Je crois que rien ne pourrait lui faire plus plaisir, à mon avis…

Exclamations de surprise à l'autre bout du fil.

- Allez, tu verras, tu ne le regretteras pas…Ca fait pas très loin, depuis la Côte, en voiture…Ce sera une fête fabuleuse, promis. Allez, dis-moi oui.

Il a dit oui. Les dés étaient jetés, pour une nouvelle partie.

En rangeant mon portable dans ma poche arrière, j'ai murmuré : « Ce sera une belle nuit…et tu pourras baiser qui tu veux, Draco. Lui ou moi. Oui, une belle nuit. »

A suivre…

Merci de votre lecture, et merci de vos reviews…

Je réponds ici aux non-inscrits :

Patate douce : ma foi, je suis triste pour toi aussi si tu te sens triste pour les persos. Ce n'est pas du tout mon but, d'autant moins dans ce récit où on garde de la distance par rapport aux persos….toutes mes excuses. J'espère que ce chapitre t'aura un peu plus plu ….merci pour ta review, en tout cas.

Camee : tu veux me kidnapper et m'enfermer avec un ordinateur ? J'accepte !! C'est un peu mon rêve, quelque part…je vais te filer mon adresse, mais j'ai besoin de câlins aussi, ok ? J'aime beaucoup tes spéculations sur les persos, elles sont très fines je trouve ! Merci pour le « magnifique », ça me touche beaucoup ^^. Merci pour cette belle review ^^

Elo : horriblement frustrant ? Oui, je comprends…désolée ! Mais merci de trouver que c'est bien écrit, c'est ce qui compte pour moi….à bientôt !

BISOUS A TOUS