Bonjour à tous ! Une fois encore, je suis très en retard. Je ne maîtrise rien en ce moment et j'ai moitié moins de temps qu'avant pour écrire, argh… Je vous assure que je suis la première à en être frustrée !!

Bon, maintenant, une annonce importante:

cette fic va CHANGER de RATING à partir du prochain chapitre. Elle passera donc en rating « M ».

Je sais que certains d'entre vous, les plus jeunes en particulier, vont être ennuyés ou déçus, mais je préfère prendre mes précautions…

Bonne lecture, et RV en bas de page !

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

CHAPITRE DIX

Le Lord avança la main et ouvrit plus franchement le col de chemise, inspectant les fameuses marques comme l'avait fait le tailleur auparavant. Pétrifié, Harry ne bougea pas.

L'homme fronça les sourcils et émit un léger sifflement.

-Celui qui vous a fait subir cela avait visiblement l'intention de vous tuer, dit-il à mi-voix. Vous avez perdu connaissance ?

Le garçon secoua la tête, soutenant difficilement le regard inquisiteur du Lord.

-Vous n'avez pas envie d'en parler ?, reprit l'homme doucement en taquinant du pouce le cou du garçon à l'endroit, supposa ce dernier, où se trouvaient les traces. Pourquoi vous montrer si farouche avec moi ?

-Il n'y a rien de plus à en dire…, souffla péniblement Harry.

Lord Voldemort se tut quelques instants.

-Dans ce cas, peut-être aimeriez-vous que je vous apprenne ce que ma nièce a écrit dans ce billet… ?

-Je…je ne sais pas, hésita Harry. Cela ne m'est pas adressé.

-Non, en effet, et pourtant, ce message vous concerne, sourit le Lord, dont la main chaude s'attardait dans le col du garçon.

Ce dernier surprit pour la première fois dans le regard noir posé sur lui une lueur dangereuse, et il se rappela brièvement cette expression cruelle qu'il avait décelée dans les yeux de Croupton, lors de la nuit à l'auberge.

De son cou, la main du Lord remonta lentement dans sa nuque et plongea dans ses cheveux.

-Ma nièce a l'air de se préoccuper de votre sort, susurra-t-il avec un plaisir évident. Elle qui ne m'avait jamais écrit auparavant…! J'avoue avoir été très surpris de découvrir sa signature au bas du message...

Harry n'osait pas faire un pas en arrière pour se dégager. D'où provenait donc cette emprise effrayante que l'homme exerçait sur lui ? Jamais auparavant il n'avait ressenti cette impression bizarre d'être une proie que le serpent s'apprête à dévorer, non sans lui avoir inoculé au préalable une bonne dose de venin paralysant.

-Et quand j'en ai lu le contenu…Je n'en ai pas cru mes yeux, poursuivit le Lord à voix basse, en bougeant lentement ses doigts dans les cheveux du garçon, comme pour mieux s'assurer qu'il ne lui échapperait pas. Ma nièce m'apprend que vous, Harry, vous êtes… recherché … ? Oui, c'est bien cela… Recherché par la police… ?

Harry frémit. La police ! La police était à ses trousses ! Devait-il s'en étonner ? Sans qu'il pût rien y faire, il sentit vaciller son propre regard devant celui du Lord. Il entrouvrit les lèvres pour parler, mais son esprit se refusait à réagir. Aucun son ne franchit ses lèvres.

-Pourquoi la police du comté vient-elle vous chercher ici, mon garçon ?, continuait le Lord du ton dont use un professeur patient face à un élève récalcitrant. Est-ce en rapport avec ces traces bizarres que vous portez dans le cou ?

-Pour les marques, articula Harry avec difficulté, il me semble que je me suis déjà expliqué…

Le Lord éclata de rire et abandonna enfin les cheveux du garçon pour laisser tomber sa main.

-Allons, Harry ! Vous ne me ferez pas croire que vous vous êtes battu contre un camarade ! Ou alors, vous avez de bien étranges amis. Celui-ci en voulait à votre vie, ma parole ! Vous devriez surveiller vos fréquentations.

L'ironie du ton déplut fortement à Harry. Après tout, de quoi se mêlait cet homme ? De quel droit se permettait-il d'exiger de lui des aveux ? Le garçon croisa les bras avec mauvaise humeur. Il commençait enfin à se ressaisir, peut-être parce que le Lord ne le touchait plus.

-Eh bien…oui, dit-il d'un ton hargneux, sachant par avance que l'homme ne serait pas dupe. C'est un garçon très colérique, et il lui arrive de s'emporter au-delà du raisonnable.

Lord Voldemort souleva un sourcil, puis s'écarta et fit quelques pas dans la pièce. S'arrêtant près de la cheminée, il s'y adossa, croisa lui aussi les bras, comme pour se moquer de Harry en singeant son attitude, et le fixa à nouveau.

-Et la police…, chantonna-t-il avec un large sourire. Pourquoi la police s'est-elle lancée à votre poursuite ? Vous l'avez tué, ce fameux camarade un peu trop querelleur ?

Harry avala sa salive.

-Non…bien sûr que non, murmura-t-il, les yeux baissés, à l'affût d'une explication plausible.

-Vous avez porté plainte contre lui ?

-Heu…Non.

-Il y avait des témoins ?

-D'autres camarades. Mais je ne pense pas qu'ils aient prévenu le shérif.

-Alors ? Pourquoi diable êtes-vous recherché, dites-moi ?

Au fur et à mesure que Harry s'enfonçait dans le déni et le mensonge, il sentait qu'il se précipitait dans une impasse, mais il n'apercevait aucune issue.

-Je n'en sais absolument rien, dit-il avec brusquerie, espérant sans y croire que le Lord allait enfin le laisser tranquille.

-Je vais vous le dire, moi, pourquoi la police vous en veut, lança l'homme d'un ton railleur. Je n'ai d'ailleurs aucun mérite, Narcissa en parle dans son message.

Jusqu'où allaient les révélations de Narcissa ? Harry se sentit chavirer. N'ayant pas connaissance de ce que savait le Lord, il était encore plus à sa merci.

-Le shérif pense que vous êtes impliqué d'une manière ou d'une autre dans la disparition de Parkinson, continua l'homme froidement, en détachant bien les mots.

Apparemment, la comtesse n'avait pas tout dévoilé. Mais le Lord en savait déjà trop. Harry feignit l'étonnement.

-Je ne comprends pas…

-Vous êtes au courant, n'est ce pas, que mon ami Everett s'est volatilisé l'avant-veille de votre départ ?, reprit le Lord sur le ton de la conversation.

-Non…enfin, si… il se peut que j'en aie entendu parler...

Silencieux, Voldemort quitta la cheminée pour avancer de quelques pas. Arrivé tout près de Harry, il lui attrapa soudain les deux bras, au dessus des coudes.

- Je suis certain que vous en savez plus que ce que vous voulez bien me dire, mon garçon. Vous ne savez pas mentir. Quoique vous racontiez, vos yeux vous trahissent.

Harry se tut.

-Et vous savez comme moi que la police ne se donnerait pas la peine de vous poursuivre jusqu'ici si elle n'avait pas de bonnes raisons de vouloir mettre la main sur vous.

-Je ne peux pas connaître leurs motivations, se défendit le garçon, la voix incertaine.

Il sentait qu'il n'était pas crédible, et ses remparts s'effondraient un à un sous le regard perçant de son interlocuteur.

- Il faut que vous sachiez, Harry, que je ne cherche aucunement à vous nuire. Faites moi confiance ! Vous pouvez tout me dire. Je suis là pour vous aider.

Malgré le ton de voix gentiment persuasif, la pression des mains de l'homme se renforça. Toujours muet, Harry voyait le visage de son vis-à-vis se crisper, ses puissantes mâchoires saillir. Sans doute personne ne lui résistait-il jamais, songea-t-il avec amertume.

-Est-ce Parkinson qui a laissé ces vilaines traces dans votre cou ? siffla l'homme nerveusement. A-t-il cherché à vous faire du mal ?

Le désarroi du garçon augmentait au même rythme que l'impatience du Lord. Pièce par pièce, l'homme était en train de reconstituer le puzzle, et Harry ne pouvait rien faire pour l'en empêcher.

-Pourquoi ne répondez-vous pas ? s'énerva le Lord en le secouant. Narcissa me supplie de vous cacher. Cela signifie pour moi une importante prise de risque. Ne pensez-vous pas que je sois en droit de connaître la vérité ?

Face au silence persistant du garçon, l'homme sembla perdre son calme. Il se mit à le pousser sans ménagement vers le mur, comme animé soudain d'une implacable détermination. Bien que son visage restât relativement neutre, son regard s'était à nouveau allumé de cette lueur inquiétante, sauvage. Violemment plaqué contre les lambris de chêne, Harry ferma les yeux un instant, cherchant désespérément comment se sortir de ce mauvais pas. Il était si troublé qu'il n'avait même pas la force de se débattre. Le visage de Parkinson décomposé par la fureur lui apparut fugitivement. Lord Voldemort allait-il à son tour essayer de l'étrangler, furieux qu'il osât lui résister ?

-Harry, il faut que vous compreniez une chose, articula l'homme d'un ton pressant, essayant sans succès de se contenir. La police sera là d'un instant à l'autre. Que dois-je faire ? Les laisser vous enchaîner et vous emmener ?

-Je n'ai rien à me reprocher…, dit enfin le garçon d'une voix blanche, tout en se sachant pitoyable.

Voldemort soupira.

-Je vous crois volontiers, mais il faut en dire plus. Je ne vous lâcherai pas tant que vous ne m'aurez pas ouvert votre cœur. Je n'ai qu'un désir : celui de vous aider. Vous m'avez bien compris ?

-Oui…

-Ces marques…elles sont bien l'œuvre de Parkinson, n'est-ce pas ?

Poussé dans ses derniers retranchements, Harry savait qu'il ressemblait à présent à un noyé cherchant une bouée à laquelle se raccrocher.

-Oui…., reconnut-il enfin en baissant les paupières.

Une des mains libéra son bras et monta jusqu'à sa joue pour la caresser.

-Bravo, mon garçon. Je savais que vous finiriez par vous rendre à la raison. A présent, racontez-moi tout. Que s'est-il passé ?

Harry prit une inspiration, et lâcha dans un souffle :

-Il…il a voulu brutaliser votre nièce. Alors, je me suis interposé, et du coup…il a retourné sa colère contre moi.

-Où cela s'est-il produit ?

-Dans l'appartement de la comtesse.

-Qu'étiez vous en train de faire avant que Parkinson ne l'agresse ?

-Heu…de la musique…

Le Lord ne réagit pas tout de suite. Harry sentit qu'il ne le croyait pas, au moins sur ce plan là.

-Parkinson est entré, et il s'est jeté sur Narcissa ? Résuma Lord Voldemort, légèrement narquois.

Harry hocha la tête affirmativement.

-Comme ça ? Sans raison ?

-Je…je ne sais pas…il y avait peut-être entre eux quelque chose qui…

-Ah…vous n'avez aucune idée de ce qui pouvait motiver cet homme ? Il n'a rien dit, il ne s'est pas expliqué ?

-Pas vraiment…

-Vous faites l'imbécile, ma parole!, ricana le Lord. Vous savez bien qu'il était terriblement jaloux !

-Ca se peut, dit Harry en relevant fugitivement les yeux et en haussant les épaules.

-Bon, et ensuite, il s'est précipité sur vous ?

-Oui.

-Il a cherché à vous étrangler.

-C'est ça.

-Vous l'aviez provoqué ?

-Heu…non, pas spécialement.

Lord Voldemort grimaça.

-Bon. Admettons qu'il soit brusquement devenu fou furieux, sans raison. Hum…Et ensuite ? Que s'est-il passé ?

-…

Excédé, Voldemort se remit à secouer frénétiquement Harry.

-Il faut tout me dire, stupide garçon ! Vous ne comprenez pas ce qui est en jeu !

Harry n'y tint plus.

-D'accord, mais s'il vous plaît, lâchez-moi, fit-il entre ses dents, au risque de paraître blessant.

Le visage du Lord se durcit encore plus. Après une hésitation, il laissa tomber ses mains et les croisa derrière son dos.

-Je vous écoute, dit-il sèchement. Continuez !

-Votre nièce…Elle s'est accrochée à lui, et lui a fait lâcher prise.

Encore plus incrédule, lord Voldemort leva les sourcils et sourit finement.

-Vraiment ? Je ne la savais pas si forte. Parkinson est pourtant un colosse. Et ensuite ?

-…Heu…Il est parti, furieux. Après, je ne sais pas…Il a peut-être décidé de… d'abandonner tout le monde et de s'enfuir au loin ?

Lord Voldemort le considéra avec une moue dépitée.

-Vous me décevez, Harry, assena-t-il d'un ton glacial. Je vous croyais plus intelligent, et surtout, plus honnête.

Secrètement mortifié d'avoir déplu au Lord, le garçon le brava cependant du regard.

-Pardonnez-moi, mais je ne sais rien d'autre, dit-il d'un ton qu'il voulait sans réplique.

-Très bien, conclut l'homme en grimaçant. Comme il vous plaira ! Maintenant, écoutez ! Ma nièce est on ne peut plus claire dans son message. Voici ce qu'elle dit : Il ne faut pas que la police vous trouve ici.

La gorge nouée, Harry se contenta de hocher la tête.

-A en croire ce qu'elle écrit, votre vie est en péril s'ils parviennent à vous mettre la main dessus. Votre situation est donc dangereusement critique, reconnaissez le !

-Je suis innocent, et je n'ai aucune raison d'avoir peur de la police, s'indigna le garçon, comme pour mieux se convaincre lui-même de son bon droit.

- A votre place, je serais beaucoup moins sûr de moi. Narcissa n'a certainement pas écrit cela à la légère.

Harry hésita. Etait-ce dû aux mots du Lord ? Sa détermination vacillait, il sentait une sourde panique le gagner insidieusement.

-Ils n'accuseraient pas quelqu'un comme ça, sans preuve…, commença-t-il, questionnant l'homme du regard.

Ce dernier eut un rire amer.

-Quelle charmante candeur ! Mon pauvre Harry ! Dans quel monde vivez-vous ? Regardez la réalité en face ! Vous n'êtes ni riche, ni puissant. Vous savez mieux que moi ce qui est arrivé à Parkinson, mais quoi qu'il en soit, si certaines personnes de haut rang sont décidées à vous désigner comme coupable, ce n'est pas vous qui pourrez les démentir. Face à eux, pardonnez moi, mais vous ne faites pas le poids.

Le Lord avait raison, bien sûr. Mais le garçon pouvait-il reconnaître avoir falsifié la vérité, et s'avouer lui même en position de faiblesse ? De toute façon, il n'avait plus le choix.

-Dans ce cas…Que dois-je faire ? murmura-t-il avec effort. Partir ? Fuir d'ici au plus vite ?

-Vous êtes fou ? Vous ne connaissez pas la région. Ils auraient vite fait de vous retrouver. Mais… il y a peut-être une autre solution.

Harry le fixa, interrogateur.

-Je peux vous cacher ici, dans le château, dit doucement le Lord. Il existe une pièce secrète, indétectable. Le mieux est que vous y restiez tant que la police traînera dans les parages.

-Mais… s'ils interrogent votre personnel ?…Ils apprendront très vite que je suis ici.

-Mon personnel, comme mes amis d'ailleurs, m'obéissent au doigt et à l'œil. Leurs consignes seront claires, ils devront dire comme moi qu'à peine arrivé à Manderley, vous êtes reparti.

-Reparti ? Mais pourquoi ? Pour aller où ? Cela risque de…

-De paraître suspect ? Ne vous inquiétez pas. Je sais être très convaincant, et la police ne m'impressionne pas.

-Mais partir, cela signifie reconnaître ma culpabilité…

-De toute façon, s'ils vous trouvent, ils vous emmèneront, et s'ils veulent vous accuser, ils le feront sans vous demander votre avis. Croyez-moi, il vaut mieux suivre les conseils de ma nièce et que vous ne tombiez pas entre leurs mains. Faites-moi confiance !

Harry baissa la tête, vaincu.

-Je…je vous remercie…

Le Lord sourit lentement. Tout aussi lentement, il avança une main et releva le menton du garçon, l'obligeant à le regarder dans les yeux.

-J'aurais aimé plus de franchise de votre part, Harry. Vous ne m'avez pas révélé le quart de la vérité. Je vois bien que vous êtes dans une situation désespérée, et cependant, vous refusez de parler. Vous ai-je donné une seule raison de vous défier de moi ?

-Non, monsieur.

-Avouez-le, c'est en raison de cette situation dangereuse pour vous, là-bas, que vous vous êtes décidé à venir me rejoindre ici, à Manderley ?

-…

-Allons, ne faites pas ces yeux là ! Quelles que soient les raisons qui vous ont amené à moi, je m'en félicite, et quant à vous, vous ne le regretterez pas. Je vous protègerai. Vous êtes venu frapper à la bonne porte.

L'homme lâcha son menton et du bout du doigt, il repoussa une mèche de cheveux qui tombait sur le front du garçon. Tout à coup, son regard devint fixe.

-Cette cicatrice… ?, murmura-t-il, interrogateur.

-Un souvenir de l'incendie dans lequel mes parents sont morts …, répondit Harry d'une voix éteinte.

-Oh…je vois…

L'homme resta un instant figé, comme s'il voulait digérer cette information. Puis il sembla se ressaisir et prit familièrement le bras de Harry.

-Venez. Je vais vous montrer cette fameuse chambre secrète, dans laquelle il vous faudra vous réfugier à l'arrivée de la police. Nous allons tout organiser, ainsi, nous ne serons pas pris au dépourvu.

o0o0o0o0o0o

Dès que je baisse les paupières, je le vois. Ses yeux, si magnifiques… Sa bouche tendre, ses lèvres faites pour recevoir et donner les baisers… le sourire juvénile qui illumine soudain son visage comme un rayon de soleil sur un lac de montagne…Son air concentré, volontaire, quand il joue du violon…Son corps, si terriblement attirant…Sa peau lisse et mate, sans défaut…Cette manière spéciale qu'il a de regarder ceux qui l'entourent, à la fois attentive et vaguement malicieuse…

Je vais en perdre la raison. Car cet être que j'aime, je l'ai condamné à mort.

Tout est allé très vite, trop vite. Pourtant, je n'ai aucune excuse. J'ai pris avec lui des risques inconsidérés. Et j'ai mésestimé la jalousie de Parkinson. Je savais, pourtant, à quel point cet homme pouvait être brutal, violent, incontrôlable…

A présent, Harry est perdu. Jamais, jamais je ne pourrai oublier. Jamais rien ne sera comme avant.

Comment oser revoir les Weasley désormais ? Affronter leurs regards ? Que vont-ils penser de moi ? Ils auront de bonnes raisons de me haïr. Et pourtant, j'aimerais tant leur parler… Parler de lui, avec eux… Eux, qui l'ont connu, qui l'ont aimé… Eux, qui n'ont rien à se reprocher…

Pourtant, j'espère encore. Mon oncle a-t-il bien reçu mon message ? Les hommes de Podmore vont arriver là-bas d'un moment à l'autre, peut-être même y sont-ils déjà. S'ils ne trouvent pas le garçon à Manderley, vont-ils renoncer à le poursuivre ?

Mais quoiqu'il en soit, Harry restera toujours un réprouvé. Il ne pourra plus sortir ouvertement sans risquer de se faire arrêter et condamner. Sa carrière de violoniste est gâchée. Sa vie entière est gâchée.

Par ma faute.

Je tressaille. C'est Minerva qui frappe à la porte et entre, me tirant brusquement de mes sombres pensées. Elle m'apprend qu'Emma Parkinson se trouve dans l'antichambre et demande à me parler. Je n'ai pas la force de refuser.

La veuve éplorée est introduite dans mon salon. Tout de noir vêtue, elle n'en est pas moins très élégante. Elle me jette un regard haineux. Sans doute se réjouit-elle secrètement de me trouver ainsi, pâle et défaite, à peine maquillée, mal coiffée… Je me lève, avance vers elle pour lui prendre les mains et me contrains à la regarder d'un air concerné.

-Comment allez-vous, ma chère ?

-Comme vous pouvez l'imaginer, répond-elle avec brusquerie, en m'arrachant ses doigts moites. Quant à Pansy, elle est encore plus affectée que moi, et ce n'est pas peu dire…

-Quel affreux drame…

La femme sort son mouchoir et feint de fondre en larmes.

-Ooooh…Mon cher époux…, sanglote-t-elle en secouant les épaules,… le compagnon de ma vie… qui m'a été brutalement arraché… dans la force de l'âge…

-Comme je suis désolée, ma pauvre amie…, dis-je d'une voix lasse qui chevrote malgré moi.

-Vous pouvez l'être, en effet, répond soudain hargneusement Emma, toute trace de pleurs disparue. Si Everett n'avait pas été amoureux de vous, rien de tout cela ne serait arrivé.

-Oh…que voulez vous dire ? Nous étions de simples amis…

Elle ricane méchamment.

-Allons, Narcissa ! Ne faites pas semblant. Vous savez mieux que moi combien mon mari était épris de vous. Vous le faisiez marcher, c'était votre divertissement favori.

-Pas du tout ! Vous vous trompez, autant sur son compte que sur le mien.

-Non, je ne dis que la vérité ! Il vous aimait, comme beaucoup d'autres, vous l'aviez attrapé dans vos filets, vos filets de sorcière. Vous jouez avec les hommes, Narcissa. Vous avez toujours été comme ça, et ni les années, ni votre condition de mère n'ont rien pu y changer. C'est dans votre nature profonde.

-Allons, ma chère, le désespoir vous fait délirer…

-Et ce gamin, ce criminel ! S'énerve-t-elle sans m'écouter, devenant hystérique. Où est-il, maintenant ? Vous le protégez, n'est-ce pas ? Après en avoir fait votre amant au nez et à la barbe de mon époux et du vôtre !

-Vous devriez vous calmer, Emma.

Elle se met à hurler.

-Dites moi où il est, que je l'étrangle de mes propres mains !! Il a filé chez votre oncle, ce gibier de potence, c'est vous qui l'avez envoyé là-bas, n'est-ce pas ? Si ça se trouve, il a tué Everett parce que vous, vous le lui avez demandé ! Ou alors, il l'a fait pour vous impressionner, pour vous prouver qu'il en était capable !

Là, elle dépasse vraiment les bornes. Je retrouve en moi une énergie cachée qui me fait bondir.

-Taisez-vous ! Partez immédiatement !

-Je ne me tairai pas. Vous méritez d'être condamnée, autant que ce morveux avec qui vous vous êtes acoquinée. Car tout est de votre faute, vous le savez pertinemment.

-Dieu m'a faite telle que je suis, et si je plais aux hommes, c'est à Lui qu'il faut le reprocher…, dis-je d'un ton plein de fiel.

De rage, elle se tord les mains.

-Si je n'avais pas autant de respect pour votre époux, je vous accuserais ouvertement de complicité de meurtre, madame. Et je vous conseille de vous tenir à carreaux, dorénavant. Si vous me cherchez, vous me trouverez, et je ne vous épargnerai pas une seconde fois.

Elle pivote sur elle même et sort, faisant dignement tournoyer sa robe noire, la tête haute, la mine outragée. Si je n'étais aussi triste, j'en rirais.

o0o0o0o0o0o

-Ce qui se passe est extrêmement grave. Il faut que vous compreniez ! Harry est accusé de meurtre !

-Hein ?

-Il a clairement été désigné comme coupable ! On l'accuse d'avoir tué Lord Parkinson !

Tous les regards fixaient George avec épouvante. Le jeune homme se tenait debout au milieu de la pièce, entouré des siens qu'il avait réunis pour l'occasion en conseil de famille. L'expression de son visage était d'une inhabituelle gravité.

-Mais enfin…c'est impossible !, s'écria Molly, torturant son mouchoir dans ses petites mains potelées. Comment as-tu obtenu ces informations, George ?

-C'est Lavande, encore une fois. Sa sœur travaille au Manoir, comme soubrette. Le corps de Parkinson a été retrouvé en début d'après-midi, au fond du lac. Il paraît qu'il a été tué d'un coup de couteau, puis jeté à l'eau. Et la comtesse, sous la pression, a finalement révélé que c'est…

George marqua un temps d'arrêt.

-Que c'est Harry qui a porté le coup, acheva-t-il d'une voix défaillante, le regard rivé au sol.

Il y eut un silence, qui se prolongea durant de longues secondes. Ce fut Hermione, présente elle aussi, qui prit sur elle de le rompre.

-Je ne crois pas un mot de cette histoire ! Lança-t-elle d'un ton catégorique.

-Moi non plus, renchérit Ron en lui jetant un regard reconnaissant.

Ce fut comme un signal. Toutes les personnes présentes se mirent à parler en même temps. Arthur demanda le silence.

-Je suis comme vous tous, je ne peux porter foi à cette version des faits, commença-t-il en se levant et en se mettant à arpenter nerveusement le salon de musique où se tenait la réunion familiale. Nous savons tous que Harry n'est pas un criminel. Sans doute s'est-il trouvé pris malgré lui dans des circonstances tragiques, circonstances qui lui sont à l'évidence défavorables, mais aucun de nous ne peut accepter l'idée qu'il ait pu commettre…un meurtre.

-Quelle monstruosité !, se révolta Molly.

-Malheureusement, il se peut qu'il fasse un coupable idéal, du fait de son âge et de sa condition sociale modeste. J'avoue que je…enfin, voilà, l'affaire paraît grave, et…

-Déjà, il faudrait savoir exactement ce qui s'est passé !, intervint Fred en se levant à son tour.

-Oui, mais comment ? Qui pourrait nous renseigner, en toute honnêteté ?

-Interrogeons la comtesse. C'est elle qui se trouvait avec Harry le soir où…bref…

-Tu te vois, toi, ricana Ron, te pointer devant elle, la bouche en cœur, et lui demander de tout te raconter par le menu ?

-En supposant qu'elle te laisse l'approcher…

-Non, bien sûr…, murmura Fred, songeur. Il faut trouver un moyen d'entrer en contact avec elle. Papa, peut-être que toi, tu pourrais… ?

-Oui, je peux essayer de faire quelque chose dans ce sens…, avança Arthur, le front plissé. Mais il n'est pas dit qu'on m'autorise à la voir. Sinon, il nous faudra avoir recours à Severus. Lui, il pourra peut-être, en tant qu'homme d'église, avoir accès à…

-Il ne fera rien pour Harry !, coupa Ginny avec véhémence. Il le déteste !

-Détrompe-toi, ma chérie !, protesta Arthur. Le révérend se préoccupe beaucoup de lui, malgré les apparences. Et il mettra tout en œuvre pour lui venir en aide, j'en suis convaincu !

o0o0o0o0o

Le Lord l'avait pris par les épaules et l'avait fait sortir de la chambre pour l'amener jusque dans la sienne, qui se trouvait juste en face. C'était une pièce vaste, mais peu meublée et d'aspect relativement simple. Les murs de pierre étaient presque entièrement nus, et Harry fut étonné de n'y voir accroché aucun tableau. Trois tapisseries anciennes pendaient cependant le long des murs, donnant au décor un style médiéval. Il s'en dégageait une impression générale d'austérité, plutôt inattendue dans ce château fastueux, et Harry songea une fois de plus que la personnalité du maître des lieux ne se laissait pas aisément cerner.

Lord Voldemort le lâcha et s'approcha d'une bibliothèque pleine de livres reliés, occupant tout un pan de mur. Il retira d'une main deux volumes, côté gauche, troisième niveau en partant du haut, et de son autre main, saisit quelque chose que Harry ne vit pas et qu'il sembla tirer à lui, non sans fournir un certain effort. Puis il remit les livres en place et se dirigea vers la tapisserie voisine. Il la souleva et fit signe à Harry d'approcher.

Une porte dérobée, basse et étroite, s'était ouverte dans la pierre, derrière la tapisserie. Harry y jeta un coup d'œil, mais ne put rien distinguer, car la pièce ainsi révélée ne comportait pas la moindre fenêtre, et une obscurité totale y régnait. Le garçon nota l'odeur de renfermé qui s'en échappait.

-Appelez Dobby et dites lui d'apporter une lampe à huile !, ordonna le Lord.

Harry s'exécuta. Comme d'habitude, le domestique attendait dans le couloir. Quelques instants plus tard, il revenait, armé d'une lampe qu'il tendit au maître.

-Venez !, lança ce dernier à l'adresse de Harry.

Ils entrèrent dans la pièce secrète. Elle était très petite, froide et humide, meublée uniquement d'un lit étroit, d'une petite table et d'une chaise. La lueur vacillante de la flamme jetait de grandes ombres mouvantes sur les parois de pierre nue.

-Voilà. Ce n'est pas une chambre très confortable, mais ici, vous serez en sécurité. Dobby, tu vas transporter les affaires de Mr Potter dans cette pièce et y mettre tout le nécessaire, je la laisse ouverte pour l'instant. Qu'en dites-vous, mon garçon ?

-Heu…c'est bien, mais…

Rien qu'à l'idée d'être enfermé dans ce réduit, Harry se sentait déjà oppressé.

-Quelque chose vous préoccupe ?, s'enquit le Lord d'un ton amical.

-Pardonnez-moi, mais… la pièce est-elle complètement… heu… hermétique, ou y a-t-il une entrée d'air quelque part ?

-Ah, je vois que vous pensez à tout. Regardez !

Lord Voldemort leva la lampe à huile, éclairant un plafond très bas en comparaison de celui de la chambre voisine. Dans un des coins, Harry découvrit ce qui ressemblait à la sortie d'une conduite d'aération.

-C'est une cheminée, déclara le Lord. Comme vous pouvez le constater, tout a été mûrement réfléchi et parfaitement conçu par mes ancêtres. N'ayez crainte, vous ne risquerez pas l'asphyxie en séjournant ici.

Harry hocha la tête.

-Excusez-moi encore une fois, hasarda-t-il à nouveau, mais…est-ce que je vais devoir m'y enfermer dès maintenant ?

Le Lord eut un petit rire amusé.

-Non, non, rassurez-vous ! Si la police entre sur nos terres, nous le saurons immédiatement, car pour pénétrer dans la propriété, il faut franchir un certain nombre de barrages bien gardés. Quelle que soit l'heure du jour et de la nuit, je suis toujours informé de l'arrivée d'un visiteur, avant même que ce dernier soit en vue du château. Aussi, ne vous en faites pas, vous aurez le temps de vous retirer dans cette cachette dès que l'alerte sera donnée. Mais aucun de vos effets ne doit être visible dans le château, pas même votre violon, bien entendu.

Harry agita à nouveau la tête en signe de compréhension.

-Alors, plus d'inquiétude ? Glissa l'homme en posant une main sur son épaule.

Il restait un point qui n'avait pas encore été évoqué.

-Non…enfin…si, bredouilla le garçon, mal à l'aise. Une dernière chose : est-ce que je peux ouvrir, moi, de l'intérieur ?

-Ah ça, non ! Le seul système d'ouverture est celui que j'ai actionné devant vous. Ce qui évite que vous sortiez au mauvais moment, et que vous vous trouviez nez à nez avec vos poursuivants. Vous me comprenez ?

-Oui, mais…si j'ai besoin de sortir, pour une raison ou une autre ?

-Eh bien, il vous faudra attendre que je vienne vous libérer. Les circonstances font que vous aurez à subir ce petit inconfort, je suis désolé.

Harry n'osa plus rien ajouter, et l'homme l'invita à sortir de la chambre secrète, pour l'entraîner ensuite jusque dans le couloir.

-Voilà, nous allons laisser Dobby aménager votre retraite. De mon côté, je vais faire passer la consigne à tous ceux qui vivent ici. Si la police se présente et qu'elle les questionne, ils sauront que s'ils tiennent à rester en vie, ils devront dire que vous êtes parti ce matin, sans raison apparente et pour une destination inconnue.

-Je vous remercie…, chuchota Harry, embarrassé.

L'homme lui serra affectueusement le bras.

-Pendant ce temps, vous avez quartier libre, reprit-il, mais ne vous éloignez pas, au cas où l'alerte serait donnée. Je veux vous voir à sept heures dans le grand salon avec votre violon, ne l'oubliez pas !

Tandis que le Lord s'éloignait à grands pas, Harry relâcha enfin la tension qui s'était accumulée dans tous ses membres depuis la visite du tailleur. Il devait admettre qu'il se sentait écrasé sous le poids de ce qu'il venait d'apprendre de la bouche du Lord. Les évènements vécus au manoir Malefoy avant son départ l'avaient déjà rattrapé. Et pour que Narcissa eût envoyé ce message à son oncle, il fallait vraiment que la situation là-bas fût devenue critique…

…et que de sérieux soupçons pèsent sur lui, Harry…

Désormais, il n'était plus en sécurité nulle part …

Pourtant, il se savait innocent… Mais comme l'avait fait remarquer le Lord, combien pesait son innocence face à la gravité des faits et sa piètre situation sociale ?

Histoire de chasser son malaise et d'évacuer pour quelques heures son inquiétude, il prit finalement la décision d'aller travailler dans le salon de musique. Dobby étant occupé, il s'y rendit seul, muni du Guarneri. Parvenu à destination, il se dirigea aussitôt vers l'armoire à partition, heureusement bien remplie, et entreprit d'en inventorier le contenu.

Alléché par ses trouvailles, il se mit à déchiffrer toutes sortes de pièces musicales pour violon qu'il ne connaissait pas, et dont certaines l'enchantèrent. Plus tard, il s'installa devant le pianoforte et découvrit avec ravissement les multiples possibilités de cet instrument, au gré de ses improvisations. A son grand soulagement, personne ne vint le déranger, pas même Pettigrew, ce qui ne manqua pas de l'étonner. L'homme cherchait-il à l'éviter ? Harry eût volontiers discuté avec lui au sujet de ses parents, mais dans le même temps, il était heureux de pouvoir faire de la musique comme bon lui semblait, et de ne pas avoir à céder le pianoforte.

Trois heures s'écoulèrent ainsi sans qu'il s'en aperçût.

Enfin, des coups frappés à la porte le firent tressaillir. La tête maigre de Dobby apparut dans l'entrebâillement.

-Monsieur est attendu auprès du maître.

Surpris, Harry sauta de son tabouret.

-Ah…il est déjà l'heure ? J'arrive !

En entrant dans le grand salon, il s'attendait à trouver Pettigrew au clavecin, mais le maître de musique brillait là encore par son absence. En revanche, Harry aperçut sans plaisir Mulciber assis à table avec le Lord. Ce dernier l'apostropha dès son arrivée.

-Alors, Harry ? On oublie l'heure ? Vous avez dix minutes de retard, lança-t-il sans méchanceté, mais d'un ton légèrement gouailleur.

Le garçon rougit.

-J'étais dans le salon de musique, et je…

- N'ayez crainte, je vous ai entendu. D'ailleurs, j'ai pu constater que vous vous débrouillez fort bien au pianoforte. Dommage que vous ne puissiez à la fois jouer du violon et vous accompagner au clavier… Ca me permettrait de donner son congé à Queudver!

Il rit, et Mulciber se joignit mollement à lui. Gêné, Harry attendit que le silence fût revenu pour demander :

-Que dois-je jouer, monsieur ?

-Du Bach, si vous voulez bien. Pour l'instant, je ne m'en lasse pas. Cela ne risque pas d'arriver de sitôt, d'ailleurs !

-Heu…une autre partita ?

-La même ou une autre, à votre guise. Vous avez les partitions ?

-Ce ne sera pas nécessaire. Je les connais de mémoire.

Voldemort et Mulciber échangèrent un regard entendu.

-Ne vous étonnez pas, Harry, reprit le Lord. Pendant que vous jouez, Jack va prendre quelques croquis de vous. Ne faites pas attention à lui, surtout !

Sans plus s'occuper d'eux, Harry s'accorda, se recueillit quelques instants, puis se mit à jouer, les yeux fermés de peur d'être perturbé par la vue des deux auditeurs.

Entre chaque mouvement, il marquait une pause et jetait un bref coup d'œil autour de lui. Mulciber s'était levé et tenait à la main un carnet ainsi qu'un morceau de fusain. Il se déplaçait à travers la pièce, s'arrêtant à divers endroits, s'appuyant au mur pour exécuter ses croquis. Quant au Lord, il mangeait tranquillement tout en prêtant l'oreille, les yeux rivés au jeune violoniste.

Quand le dernier accord fut posé, Harry attendit un instant sans changer de position, afin de ne pas rompre trop vite le charme, puis il leva son archet et laissa pendre le violon à bout de bras. Il se sentait épuisé. De nouveau, il avait faim. Alors qu'il se trouvait dans le salon de musique, il avait oublié de se rendre en cuisine, et voir maintenant les plats disposés sur la table devant le Lord, à peine entamés, augmentait son supplice.

Lord Voldemort le considérait d'un air songeur.

- Jack, montre-moi tes dessins, veux-tu, dit-il soudain d'un ton autoritaire. Venez voir par ici, Harry !

Le garçon déposa le violon puis avança jusqu'à se trouver tout près du maître des lieux. Ce dernier avait pris le carnet des mains de l'artiste et en faisait lentement tourner les pages. Harry se pencha en avant pour regarder à son tour la bonne dizaine d'esquisses que lui présentait lord Voldemort, et il ne put qu'admirer l'habileté du dessinateur. Non seulement Mulciber avait su représenter fidèlement l'attitude du violoniste, performance en soi déjà impressionnante, mais il était aussi parvenu, en quelques énergiques coups de fusain, à recréer l'impression de mouvement, ordinairement si difficile à obtenir .

-Joli travail, Jack, commenta le maître. Penses-tu qu'il soit possible d'en faire un tableau ?

L'artiste s'était assis et buvait du vin blanc. Il posa son verre et s'essuya la bouche du revers de la main.

-Pourquoi pas ?, grogna-t-il. Mais ces esquisses ne suffiront pas. J'aurai besoin de temps de pose, vous le savez.

-Evidemment. Ne t'inquiète pas pour ça. De toute façon, Harry viendra te trouver prochainement dans ton atelier. Il faut lancer le portrait, ainsi que le saint Sébastien…

Le garçon restait là, les bras ballants, agacé de constater qu'on parlait de lui sans tenir compte de sa présence. Soudain, lord Voldemort se leva et se tint devant lui, le regardant dans les yeux.

-Comment trouvez-vous ces dessins, Harry ?

-Heu…Très réussis…

-Je vous en ai déjà parlé, j'aimerais que Jack fasse votre portrait. Et il y a aussi ce projet de martyr…

-Pour le Saint Sébastien, il faudrait d'abord, avant de l'engager, que je puisse le voir débarrassé de ses vêtements, my Lord…, s'interposa Mulciber d'un ton ironique, entre deux gorgées de vin. Je n'ai que faire d'un martyr en chemise et en redingote. Le mien sera nu et ligoté…

Harry tressaillit et s'apprêta à répondre vertement, mais Lord Voldemort ne lui en laissa pas le temps.

-Oh, ne parle pas ainsi, Jack !, lança-t-il avec un petit gloussement. Tu vas l'effaroucher, il refusera de poser pour toi. Il va falloir que vous appreniez à connaître mon ami, Harry. C'est un homme qui aime provoquer et faire sortir les gens de leurs gonds, mais cela ne prête pas à conséquence.

-N'empêche qu'il doit se préparer à l'idée, grommela Mulciber… Vous n'avez rien à cacher, jeune homme ? Pas de tare physique particulière ?

-Oh, rien de grave ! Répliqua Harry en grimaçant. J'ai juste une bosse dans le dos, les jambes arquées et les genoux cagneux.

Lord Voldemort éclata de rire tandis que Mulciber faisait la moue.

-Bien répondu, Harry, reprit le Lord quand son rire se fut calmé. Tu vois, Jack, tu l'as vexé. Demande à Brown son avis, il t'apprendra que ce garçon est parfaitement bâti. Il fera un modèle idéal, habillé ou dévêtu, hum…

A cet instant, on frappa à la porte, et presque aussitôt, le battant s'ouvrit. Barty Croupton entra précipitamment.

-Maître, une patrouille de police a passé le premier poste de garde et sera là dans quelques minutes !

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Allongé tout habillé sur le lit étroit, Harry était incapable de trouver le sommeil. La petite pièce était plongée dans l'obscurité. Le garçon ne savait depuis combien d'heures il était confiné ici. Dès l'annonce lancée par Croupton, lord Voldemort s'était empressé de monter avec lui à l'étage et lui avait ouvert l'accès à la pièce secrète, avant de l'y enfermer et de repartir hâtivement. Depuis, Harry n'avait vu personne, ni entendu aucun bruit. Il avait l'impression d'être au fond d'un tombeau.

La faim lui tordait l'estomac. Sur la table, Dobby avait déposé plus tôt dans l'après midi un verre et une cruche d'eau potable. Mais rien à manger, hélas.

Dans un sursaut de volonté, le garçon avait fouillé ses affaires et avait trouvé son papier à musique. A la lumière vacillante de la lampe à huile, il avait commencé à retravailler le quatuor qu'il avait ébauché dans la voiture lors de son voyage avec Croupton. Sans grand résultat, car la faim et l'angoisse liée à sa situation l'empêchaient de se concentrer.

Et peu à peu, il avait senti le découragement le gagner. Il avait abandonné son travail, avait soufflé la flamme et s'était étendu sur la couchette, tirant la couverture sur lui. En effet l'air, bien qu'immobile, était froid et humide.

Il mesurait à quel point il était pieds et poings liés devant lord Voldemort. L'homme tenait sa vie entre ses mains. Finalement, son sort ne valait guère mieux que celui de Neville, le jeune esclave.

Car si la police le recherchait, c'était certainement pour l'interroger au sujet de la disparition de Parkinson, que le corps eût ou non été retrouvé dans le lac. Non seulement l'interroger, mais aussi et surtout, l'emmener pour l'emprisonner, en tant que suspect numéro un… Certes, le Lord semblait vouloir le protéger et le cacher. Mais si les choses tournaient mal, l'homme pouvait aussi bien changer son fusil d'épaule et choisir de le livrer à ses poursuivants.

Sans qu'il sût pourquoi, l'idée de dépendre ainsi du bon vouloir de cet homme déplaisait profondément à Harry.

Lui qui était venu ici dans l'espoir de prendre un nouveau départ dans sa carrière musicale, il se retrouvait terré dans un réduit guère plus grand que le placard à balais dans lequel son oncle et sa tante l'avaient logé autrefois… Il n'était plus libre de ses mouvements. En réalité, il était bel et bien prisonnier.

Harry en était là de ses pensées quand un bruit vint troubler le silence pesant qui l'entourait. La porte de la chambre secrète s'ouvrait doucement, et un léger courant d'air vint caresser son visage. Il frissonna et s'assit sur son lit, le cœur battant.

Quelqu'un entrait, un chandelier à la main.

Cela ne pouvait être que lord Voldemort.

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Voilà, n'oubliez pas que vous trouverez la suite de cette histoire dans la section réservée aux fics classées « M ». Et soyez patients, je ne sais pas quand elle paraîtra. En attendant, le mieux pour me stimuler serait de me mettre un petit mot en allant cliquer sur le bouton bleu, en bas à gauche…

Satine : Merci, merci pour ton petit mot sympa, ça fait plaisir et ça donne envie de continuer !!

Kike : Hello ! Un grand merci pour cette chouette review, encourageante et constructive. Tu te poses des questions sur les sentiments de Voldemort, et sur ceux de Harry qui ne semblent pas vraiment devoir devenir réciproques ? Eh bien, comme tu le suggères toi-même, je ne sais pas si on peut parler de « sentiments ». En ce qui concerne Voldemort, il y a certainement une forte attirance qui est plus de l'ordre du caprice. Côté Harry, il n'y a pour l'instant que de la curiosité, peut-être un début de fascination, mais aussi de la méfiance. Nous verrons comment tout cela va évoluer…A bientôt j'espère !

Batou : Bonjour ! J'ai été très touchée par tes encouragements. Il est vrai que cette fiction est centrée sur la musique, qui remplace en quelque sorte la magie. Je suis heureuse de voir que des personnes qui n'y connaissent pas grand chose à priori en musique s'intéressent quand même à l'intrigue. Tu penses avoir une idée de comment tout cela va se terminer…? Figure-toi que moi-même, je n'ai pas encore de certitude sur la fin que je veux donner à cette histoire. Eh oui, c'est moi qui décide, ici, hé hé hé (rire sadique…)! Mais ceci dit, je serais très intéressée de savoir quelle fin toi, tu imagines à cette fic. Voilà, en tout cas, j'espère que tu continueras à aimer et que tu ne seras pas déçu !

Blanche : Coucou ! J'étais super contente de trouver à nouveau une review de toi ! Et bravo à toi pour avoir repéré la référence à « L'auberge de la Jamaïque », ce roman fait bien sûr partie de mes sources d'inspiration (décidément, je n'invente absolument rien, dans cette fic !!) Eh oui, Harry est dans une sale posture, Voldemort va effectivement devoir le protéger s'il veut le garder…Mais « protéger » est-il le mot juste, en l'occurrence ? A tout bientôt j'espère !

Kyara : Salut toi ! Merci beaucoup pour tes reviews, toujours aussi agréables à lire. Tu aimes bien Luna ? Moi aussi, je l'adore. Tu t'inquiètes de savoir si Voldemort va protéger Harry ? Eh bien, tu le sauras en lisant ce chapitre. Evidemment, il y aura un prix à payer, hum…Quant à Drago, il va réapparaître, mais chaque chose en son temps…Voilà, plein de ziboux et à bientôt !

Non, surtout, ne partez pas avant d'avoir laissé une petite review !!