Chapitre 10
Rochefort
Aramis vint si intensément que Rochefort du mettre une main sur sa bouche, étouffant un peu son cri de jouissance. Il observa avec fascination son expression d'extase, ses magnifiques yeux bleus grands ouverts, ses narines dilatées, des mèches de ses cheveux blonds lui collant au front. Qu'elle était belle! Il vint lui aussi, une deuxième fois, son sperme éclaboussant le côté de la jeune femme. Mais de sa propre jouissance, il n'en garderait qu'un vague souvenir tellement le spectacle d'Aramis le submergea.
Tranquillement, il retira sa main de la bouche de la jeune femme. Elle le fixait du regard, tentant de reprendre contenance. Son souffle chaud sur son visage, Rochefort eut envie de l'embrasser, mais se retint. Il lui envoya un sourire satisfait et alla mordiller la peau entre son épaule et son cou. Elle sursauta un peu, laissant échapper une petite plainte. La main qui reposait sur son sexe continuait à la mater, entrant deux, puis trois doigts dans cet orifice délicieusement mouillé. Alors qu'il continuait de la toucher, ses dents effleurant sensuellement sa peau, il sentit à quel point elle s'était détendue. Il la regarda furtivement du coin de l'œil et fut surpris de voir qu'elle reposait paisiblement, les yeux fermés. Il prit le temps de la contempler. Sa peau était très pâle, ses lèvres rosées fines et délicates. De longs cils blonds recouvraient ses yeux et son petit nez droit retroussait un peu. Comment avoir pu croire que se visage si délicat soit celui d'un homme? Ses cheveux faisaient l'envie de bien des femmes et ses mains élégantes semblaient trompeusement fragiles.
Rochefort se réprimanda pour ses pensées. Lui qui se vantait de n'avoir aucun sentiment pour le sexe faible, voilà qu'il s'enflammait pour cet imposteur. Il ne pouvait toutefois se mentir à lui-même, les réactions du mousquetaire étaient… spectaculaires. Son orgueil de mâle se sentait glorifier par sa réussite. Elle avait bien tenté de lui résister mais, il l'avait amadoué. Le comte n'avait pas souvent besoin de séduire ses partenaires, les femmes lui tombant facilement dans les bras. Même sa réputation d'homme dur et sans cœur semblait fasciner certaines d'entres elles. D'avoir su provoquer de telles réactions chez la prétentieuse et pincée petite Aramis lui gonflait l'estime. Il ne l'avait même pas baisée, à proprement dit. Sa langue et ses doigts avaient suffis à la soumettre. Humm… et sa peau si douce.
« Combien d'amants avez-vous eu, Aramis? »
Elle ouvrit les yeux et affronta son regard. Ils étaient toujours étendus sur le lit, visage contre visage, elle sur le dos, lui à moitié couché sur elle. Il vit ses yeux s'éclaircir et comprit, ébahi, qu'elle avait été sur le point de s'endormir dans ses bras.
« Je n'ai jamais eu d'amant. »
Sa voix était lasse. Il se rappela soudain que les derniers jours n'avaient pas du être de tout repos pour elle. Il continua ses caresses pour l'amadouer un peu. Ses beaux yeux se refermèrent un peu, comme pour apprécier son touché.
« Combien d'hommes vous ont eue, avant moi? Six? Sept? J'espère pour vous qu'Athos n'était pas le premier. D'après les dires de mes espions, il n'a pas été tendre avec vous. Je n'aurais jamais imaginé cela de la part de M. Gentlemen lui-même… »
« Il… je ne souhaite pas parler de cela, monsieur. Puis-je retourner à ma chambre maintenant? »
Maintenant pleinement réveillée, elle s'était raidie à la mention d'Athos et Rochefort comprit qu'il venait de commettre sa première erreur. Tant pis, il était tard de toute manière et il avait déjà gagné beaucoup plus que ce qu'il avait espéré, ce soir. Il se leva et rajusta son pantalon. Bizarrement, il ne voulait pas se montrer nu devant elle.
« Il est tard, Aramis. Vous pouvez aller dormir. Nous avons une longue journée demain. »
La jeune femme se leva, tendue comme une barre, et ramassa ses vêtements. C'est à ce moment qu'elle aperçu la semence du Comte sur sa cuisse droite. Figée, elle regardait cette substance collée à sa peau, ne semblant pas trop quoi faire. Elle leva un doigt pour y toucher, mais se ravisa à la dernière minute. Elle semblait perplexe et Rochefort comprit qu'elle n'avait jamais vu de sperme avant. Un sourire au coin des lèvres, il prit pitié d'elle et alla tremper un linge dans la bassine d'eau. Il lui lava la cuisse sans échanger un mot, mais intérieurement, il se dit que la prochaine fois, elle accueillerait sa semence à l'intérieur de son corps et non en surface. Quoi que, éjaculer sur ses magnifiques seins… Maintenant propre, elle s'habilla à la hâte. Il en profita pour l'observer. Elle était menue mais athlétique, ses muscles fins luisant à la lueur des bougies. Finissant d'attacher son pourpoint, elle sortit sans dire un mot.
Rochefort soupira d'aisance. Il avait espéré une bonne baise, mais ce qui c'était passé ce soir était au delà de ses attentes. Le mousquetaire Aramis l'énervait au plus haut point, mais la femme qu'il avait découverte en dessous était une créature envoutante! Satisfait, il se coucha et s'endormit rapidement.
Lorsqu'il la vit apparaitre dans la salle à manger de l'auberge, le lendemain matin, elle avait remis son masque d'homme. Il admira ses efforts pour sembler imperturbable. Le Baron, en admiration devant le svelte mousquetaire, l'interpella et l'invita à se joindre à eux pour déjeuner. C'est avec amusement que Rochefort lui fit une place à ses côtés. Aux yeux du monde entier, son sourire et ses mots de remerciements furent des plus convenables, mais la connaissant mieux, il pu surprendre dans son regard un brin d'irritation.
La journée était chaude et ensoleillée et la route aussi peu périlleuse que la journée précédente. Plusieurs auberges étaient disponibles et le cortège pu s'arrêter à chaque repas et profiter d'agréables moments. Le seul bémol de cette portion du voyage était la grande distance qui les séparait de leur prochaine halte. Le Baron avait insisté pour aller dormir chez l'un des ses amis, mais la demeure de celui-ci était assez loin dans les terres. Ils galopèrent donc une bonne partie de la nuit, traversant dans le noir une forêt à l'allure sinistre. Aux aguets, Rochefort et Aramis trottaient côte à côte, l'inconfort de la jeune femme face à son partenaire complètement remplacé par un état de vigilance extrême. Ils arrivèrent pourtant sans encombre au manoir et c'est avec soulagement qu'ils purent s'installer dans les petites chambres qui leur était allouées.
Rochefort attendit un moment avant d'aller cogner à la porte de la jeune femme. Il avait même failli y renoncer tant la fatigue d'une longue journée de route l'avait un peu assommé. Il n'avait pourtant eu qu'à penser aux formes féminines du mousquetaire cachées sous sa casaque pour avoir une érection. Elle lui ouvrit au troisième coup.
« Vous n'êtes pas sérieux? Je suis épuisée! » Son ton cassant ne fit qu'aiguiser son désir.
« Dois-je vous ordonner d'ouvrir? Je croyais avoir été clair, hier. »
Avec un regard mauvais, elle entrebâilla assez la porte pour le laisser entrer. Lorsqu'elle se retourna vers lui après avoir verrouillé, il fut heureux de constater qu'elle ne portait qu'une large chemise. La seule petite bougie qui éclairait la minuscule pièce laissait légèrement entrevoir ses courbes en silhouettes.
« Je vous aurais bien fait monter à ma chambre, mais elle est située bien trop prêt du couloir principal. Je me souviens trop bien de votre cri de jouissance d'hier. Si peu de retenue! La vôtre est dans un coin beaucoup plus discret. En plus, ce ne serait pas judicieux de me faire remarquer sortant de la chambre à coucher d'un autre homme, tard dans la nuit. »
« Vous songez à votre réputation, monsieur? Être accusé de sodomie n'est pas plaisant, effectivement. Pour moi, mon physique excuse à lui seul ces insinuations, mais j'imagine que pour un homme qui se vautre dans sa masculinité, ce serait tout un affront. »
« Certainement. Maintenant, je sais que la journée à été longue et que l'heure est tardive, mais je ne pouvais résister à une petite visite. Je ne voudrais pas que vous oubliez notre entente. La petite séance d'hier n'était qu'un début. »
« Je n'ai malheureusement rien oublié, Rochefort. »
« Vous sembliez pourtant aimer cela, hier. » Il s'était approché d'elle et lui faisait maintenant face.
« …Vous êtes ignoble. »
« Et vous êtes à moi, Aramis. Nous serons bref, ce soir. Par contre, c'est vous qui ferez le plus gros du travail. Allez sur le lit et enlevez cette chemise. »
