Auteur : Ero Usagi-san
Beta : Loli des Jimiilolita, ensemble ils forment le fils caché de Chuck Norris et d'un hérisson, c'est fort et c'est piquant, virile mais meugnoon à souhait ! Allez vous-y frotter, ils apprécient qu'on les astique !
Rating : T pour le moment, je verrai si je me lance dans le dangereux exercice du lemon plus tard
Pairing : Byakuya/Ichigo
Disclaimer : Tout est à Tite mais j'essaye de négocier… On dit que l'espoir fait vivre ! (gros soupir)
Titre : L'effet miroir
Message de l'auteur : Et bien, ce chapitre aussi est une petite dédicace à Lilith-Evangeline, qui malgré ses études accaparantes, trouve le moyen d'écrire pour notre plus grand plaisir, mais aussi de reviewer et… de me faire de la pub ! Alors bon courage miss et que la force soit avec toi pour tes concours !
Sinon, merci milles fois à tous les gens qui m'ont laissé une p'tite review – si vous saviez comme c'est plaisant et comme ça remonte le moral ! Plein de nouvelles têtes sont apparues ! Alors merci à tous et à toutes de votre suivi.
Ah si, j'ai enfin résolu le pourquoi je perdais tant de lecteurs entre mon premier chap et le deuxième… M. Lapin mode "eurêka ! avec les oreilles dressées – juste les oreilles, hein, rien d'autre !" !
Eh bien, tout simplement, parce que pour accéder au nouveau chapitre, il faut passer par le premier à moins de l'avoir en favori… D'où, un trafic hyper important sur le chap 1 et redistribué ensuite sur les autres ! Ouais, des années d'études pour en arriver là : on peut applaudir M. Lapin (mode "tu sors… et FERME la porte !") !
Note de l'auteur : On garde le même système qu'avant puisque ça à l'aire de fonctionner, donc :
Byakuya = Byakuya dans le corps d'Ichigo = "Ichigo"
Ichigo = Ichigo dans le corps de Byakuya = "Byakuya"
Les pensées et les voix des hollow sont en italique.
NB : les parenthèses sont réservées à l'unique commentaire du lapin dans son texte.
Enjoy !
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Chapitre 10 : Entr'-eux-deux ?
Byakuya, devant l'horreur de la situation, ne fit pas montre d'une grande mansuétude. Il agrippa par le col le shinigami remplaçant et le traina jusqu'à son lit – tant pis pour "son" corps ! Ichigo épuisé à l'extrême ne réagit pas. Le capitaine fulminait : lui faire ça, à lui ! Et encore une grande première ! La situation était une fois de plus grotesque : le capitaine devait préparer "son" corps et le coucher ! De plus, Ichigo s'étant absenté au pays des songes, passer "son" yukata de nuit fut un véritable enfer… Le capitaine après avoir délivré "ses" cheveux s'en fut dans ses quartiers, soudainement accablé à son tour par une grande fatigue – sûrement en lien direct avec la vision qu'il avait eu de "lui"… Jamais il ne s'abaisserait à avoir si peu de retenue, il s'en faisait le serment.
Après avoir refermé le shoji qui le coupait définitivement de l'épouvantable tableau que lui offrait le roux, Byakuya soupira. Finalement ce fut avec un certain empressement que le capitaine alla se coucher. En se glissant dans son lit, il fut accueilli par la meilleure compagnie du monde. Toujours là toi… Le noble se lova autour et ses pensées se mirent à dériver progressivement. [1]
Soudainement une lumière se fit dans son esprit : il tenait sa vengeance ! Ne restait plus qu'à contacter la douzième division et de passer la commande pour que la soirée de commémoration à laquelle devait assister le shinigami remplaçant au sein des nobles soit un véritable enfer. Sur ces diaboliques rêveries, le capitaine se laissa emporter par le sommeil.
Le lendemain matin, Byakuya alla réveiller Ichigo de nouveau aux aurores. Ce dernier un peu mieux disposé que la veille, se leva – soit, de mauvaises grâces ! – mais plutôt promptement.
Alors que le roux faisait sa toilette, il capta son reflet dans le miroir. Une soudaine envie le prit : jusqu'à présent, les seules expressions qu'il avait pu rencontrer sur ce visage étaient l'impassibilité, qui caractérisait les traits du noble et le mélange de surprise et de colère que celui-ci avait légèrement laissé filtrer lors de leur affrontement au Sokyoku.
Il était tant pour lui de remédier à cette lacune. Ichigo commença donc avec application par froncer les sourcils – le reflet suivit mais le résultat ne fut pas si éloigné de ce qu'il connaissait déjà ; il tordit sa bouche en une moue boudeuse – pas si différent que le dédain habituellement affiché ; la mimique à la James Bond, de profil les doigts en pistolet le long de la tempe, fut une plus grande réussite et se conclut par un bel éclat de rire ; après avoir ramené des mèches croisées sous son nez et froncé la bouche pour faire tenir la moustache postiche improvisée, l'ensemble provoqua un grand moment d'hilarité chez Ichigo ; il enchaîna immédiatement gonflant les joues en louchant, le reflet était aux antipodes de renvoyer la très haute classe habituelle du noble et entraîna Ichigo dans un fou rire de belle ampleur. Il serait vraiment humain, alors ? Pas comme ses réveils !
Tout à coup, une idée toute simple le frappa : il n'avait encore jamais vu Byakuya sourire. Alors que le shinigami remplaçant se penchait sur le miroir en prenant appui des deux mains sur le lavabo – il le sentait ça allait être grand, Byakuya, qui n'entendait plus l'agréable bruit de l'eau qui coule mais plutôt d'irritants rires sans retenue, décida de faire irruption dans la salle d'eau sans préavis initial : le pitoyable spectacle d'un "Kuchiki" torse nu se fixant, le nez collé au miroir, alors que les coins de ses lèvres commençaient à se relever, provoqua une chute instantanée de la température de la pièce, par l'intermédiaire d'un regard glacial cette fois-ci bien made in Kuchiki. Ichigo pris en flagrant délit ne sut quoi dire.
« - Tu t'amuses bien à ce que je vois, lança le capitaine d'une voix polaire.
- Heu, non… Héhé… Heu, j'avais fini, tu veux la place ? enchaîna rapidement le roux, avant de déguerpir promptement en refermant bien les shoji, pour se protéger de la colère du noble. »
Byakuya était atterré, que devrait-il encore supporter à cause cette situation. Alors qu'à son tour, il s'approchait du lavabo, le reflet renvoyé par le miroir le surmontant lui retourna une image inconnue : un "Ichigo" plus qu'hivernal. Cela ne collait pas avec les images que le roux avait laissées de lui dans sa mémoire : "Kurosaki" était une colère volcanique, brûlante…
De plus, qu'y avait-il de plaisant à faire des grimaces à un miroir ? Une sensation nostalgique le prit, des souvenirs flous et très lointains remontèrent à la surface de sa mémoire : des rires et des jeux solitaires, le soleil de l'été et la fraîcheur des salles d'eau… Ce fut donc très posément que le noble capitaine de la sixième division du Gotei 13, encore sous le charme de ces pensées, s'autorisa à se tirer la langue…
Le reflet devint mutin alors que "ses" yeux se mirent à briller de malice et qu'un sourire tout simple remplaça sa pitrerie. "Ichigo" s'épanouissait sous ces traits le jeune homme était trop jeune pour devoir porter tant d'afflictions ou le souci constant de la protection de ceux qu'il aimait. Ce sourire avait un quelque chose de doux mais comme s'il devait s'adresser à une seule personne au monde. Byakuya soupira et reprit ses ablutions. Vraiment, ce gamin avait une mauvaise influence sur sa vie…
Le capitaine finit par sortir et inspecta le roux : ce dernier, pour éviter les remontrances suite à son petit jeu, avait essayé de se vêtir plus que convenablement pour une fois. Byakuya apparemment satisfait s'attela à la tâche de le coiffer. Comme à son habitude, les gestes étaient précis et doux, fruit d'une longue routine. Ichigo ne broncha pas et se laissa faire. Après tout ce n'était pas déplaisant, juste incongru.
Fin prêt, le capitaine d'un geste du doigt commanda l'ordre de sortir pour aller prendre leur petit-déjeuner. Comme la veille, la salle austère les attendait et c'est silencieusement qu'ils se sustentèrent. Puis ils se mirent en route pour rejoindre la capitainerie. L'heure plus que matinale favorisait le mutisme dans lequel chacun d'eux se cloitrait.
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Arrivés au bureau, Byakuya s'attela à rédiger les ordres de missions que devaient effectués ses hommes. Il prit un certain temps à préparer les consignes pour son lieutenant : ainsi celui-ci n'aurait pas d'excuses pour venir les déranger et encore moins de moyens pour les espionner.
Après avoir tout mis en place, il sortit une circulaire spéciale tandis qu'un air légèrement sadique flotta un instant sur son visage. Il n'avait pas oublié son idée nocturne et la mettait de suite en action. Alors qu'il remplissait la demande au bureau de développement et de recherches technologiques, le noble se décida à prendre la parole :
« - Tu n'as pas oublié que ce soir tu dois assister à une cérémonie commémoratives des maisons nobles ?
- Hein, c'est déjà ce soir ? s'écria le roux, jusqu'alors absorbé dans la contemplation des murs puisque n'ayant rien d'autre à faire.
- En effet, je vais donc t'expliquer ton rôle – en soi très limité. Tu devrais donc pouvoir t'en sortir, si tu obéis correctement. »
S'ensuivit un long laïus sur un ton monocorde, Ichigo dut répéter un certain nombre de fois certaines phrases de courtoisie ou les postures à prendre sous le regard implacable du noble. L'exercice dura suffisamment longtemps pour permettre à la capitainerie de prendre vie. Ichigo fut donc surpris par les paroles que le capitaine lui adressa alors - et qui tranchaient tant des remarques intransigeantes précédentes :
« - Finalement il se peut que tu aies quelques qualités dans l'apprentissage.
- Hé, je suis classé vingt troisième dans mon lycée, ajouta le roux faussement outré et un peu fier – après tout un compliment de Kuchiki, même voilé, restait un compliment !
- Ce qui signifie qu'il y a vingt deux personnes plus brillantes et meilleures que toi avant, rétorqua le capitaine.
- Plus brillantes ou meilleures ça dépend dans quoi… ronchonna le shinigami remplaçant. Même si Ishida est classé premier, on peut pas dire qu'il puisse me vaincre dans un combat de hollow. »
Ichigo se souvint du stupide duel que le quincy lui avait lancé et qui avait failli tourner court à la catastrophe. Cet idiot avait mis la ville en danger. À ce souvenir le roux sentit la colère monter en lui. Puis, il se souvint du pourquoi de la haine d'Uryu envers les shinigami : ils avaient laissé mourir son grand-père – en plus d'avoir détruit les siens. Et ça, il pouvait ô combien le comprendre : voir mourir quelqu'un que l'on aime sans pouvoir faire quoique ce soit, était si… Il n'y avait pas de mot.
Enfin, après tout Ishida lui avait quand même sauvé la mise ce coup-là ! D'avoir éveillé complètement ses pouvoirs, sans savoir les contrôler, avait conduit Ichigo dans une situation où son trop plein de reiatsu allait le détruire : le quincy avait alors évacué sans relâche la pression spirituelle du roux et ce, malgré la fatigue et la souffrance de ses mains en sang.
« - Le quincy premier de votre promotion… cela ne m'étonne guère, ajouta Byakuya d'une voix songeuse ramenant le roux à leur conversation. Après tout Ishida avait vaincu Kurotsuchi.
- Ouais enfin il faut se dire qu'il se fait quand même talonner de près par Inoue, modula Ichigo.
- … Un haussement de sourcil du noble manifesta son étonnement.
- Ben oui, elle a la troisième place ! Même Chad a une bonne place, faut pas croire ! compléta le roux, fier de ses amis. »
- … Cette fois, ce furent les deux sourcils du capitaine qui manifestèrent sa surprise.
- Il est onzième.
- … Byakuya réfléchit quelques secondes. Si je comprends bien tu es le plus idiot de votre groupe.
- Hé mais ! le roux fut scié par la remarque du brun. Peut-être le plus crétin, mais c'est ce même crétin qui t'a vaincu. Alors si tu veux que je te le démontre encore, on peut aller se faire un petit duel, fulmina Ichigo.
- En effet, il est plus que l'heure de reprendre notre entrainement, éluda Byakuya que la pointe du roux avait plus piqué qu'il ne le laissait paraître. »
Sur ce, ils se levèrent et se mirent en route. En traversant le couloir, ils croisèrent à une intersection Renji qui arrivait précipitamment – à la bourre comme à son habitude.
« - Désolé Taicho mais j'ai… commença ce dernier avant de suspendre ses mots face à l'indifférence du duo qui continua sa route sans se détourner.
- Les consignes t'attendent sur mon bureau. De plus tu as une demande urgente à porter au département de recherches scientifiques de la douzième, lança Byakuya après s'être engouffré dans l'embranchement. »
Je rêve ou quoi ? On dirait que c'est Ichigo qui m'a donné des ordres… Pourtant les mots et le ton était bien celui de son capitaine. Abarai avançait le regard perdu sur le sol accaparé par ses pensées. Oh je devrais peut-être faire pédale douce sur les soirées saké avec Iba et Ikkaku moi ! Je suis pas sûr d'avoir dessoulé d'hier. Le lieutenant entra dans le bureau de son capitaine récupérer ses directives et s'occuper de la circulaire spéciale. Qu'est-ce que le Kuchiki pouvait bien tramer avec la douzième. D'ordinaire, toute personne sensée évitait tout forme de contact que ce soit avec la division de Kurotsuchi. Et qui va devoir y aller ? C'est bibi ! Faut juste espérer pouvoir en revenir vivant…
Pendant ce temps, Ichigo et Byakuya avaient atteint le terrain d'entraînement nord. En découvrant l'état déplorable dans lequel ils l'avaient laissé la veille, le capitaine sentit que le prix à payer pour les absurdités produites par Kisuke serait terriblement élevé. Il ne serait pas mal de penser à envoyer les factures de réparations à Urahara.
Au même moment sur terre, un certain homme à bob et geta éternua.
« - Vous avez de nouveau pris froid patron ? interrogea Tessaï
- Non non non ne t'inquiète pas ! le blond affichait un air terrorisé.
- Une infusion d'une racine miraculeuse que j'ai trouvée il y a cinq ans pourrait y remédier sans… Mais patron pourquoi êtes-vous parti ? Revenez, je vais vous en préparer une tasse. »
Au terrain nord de la sixième division, les deux shinigami se faisaient face en silence, zanpakuto tirés. Tout d'un coup ils attaquèrent, les coups pleuvaient et l'échange était fluide. Ils semblaient avoir relativement bien intégré les caractéristiques de leur nouvelle arme. Le combat dura alternant des moments de charges intenses où chacun semblait déterminé à prendre l'avantage et d'autres plus calmes, où les frappes tenaient presque du jeu.
Une bonne partie de la matinée s'écoula ainsi. Finalement les mots étaient vraiment de trop pour ces deux-là. Les quelques gestes que le capitaine adressaient parfois au jeune humain pour corriger une posture ou donner une indication étaient bien reçus et leur commande parfaitement exécutée. Byakuya se plut à travailler avec un tel élève. Le jeune shinigami remplaçant était réellement doué pourvu qu'on lui donne un zanpakuto à manier. Ichigo avait une capacité à apprendre absolument incroyable. Le capitaine se décida à élever un peu plus le niveau, tranquillisé quant aux capacités du roux – un vrai shinigami dans l'âme…
De son côté, Ichigo appréciait l'échange. Oh, bien évidemment Kuchiki restait Kuchiki – quoique dans la situation, cette phrase était un peu absurde ! – il ne fallait pas s'attendre à de grandes démonstrations de sa part ; pourtant, il sentait que le capitaine semblait prendre un certain plaisir… Se pouvait-il que le capitaine se plaise à lui enseigner des techniques shinigami ? Pouvait-il trouver plaisant de l'instruire en le combattant ? Pouvait-il prendre du plaisir en sa compagnie ? Woh, c'est de Byakuya qu'on parle là ! Donc non, ça devait être autre chose… Oui c'est ça, il devait être satisfait de pouvoir prendre sa revanche, en lui montrant combien le grand et fier capitaine Kuchiki était terriblement supérieur à lui. Ça ne pouvait être que ça.
Le soleil au zénith leur indiqua qu'il était temps de prendre une pause ainsi que leur déjeuner. Pas qu'ils ne se sentaient ni l'un ni l'autre particulièrement épuisés – bien que l'effort fourni fusse grand, mais le combat était plaisant. Finalement, ils rompirent l'échange et sur un signe du capitaine, s'installèrent côte à côte pour manger leur bento.
« - Tu ressembles au capitaine Hitsugaya, entreprit Byakuya au bout de quelques bouchées.
- J'aurais plutôt dit que c'était toi qui lui ressemblait, retourna Ichigo goguenard.
- En quoi, puis-je savoir ? interrogea le noble.
- Aussi glacial et pointilleux ! lâcha le roux.
- … Le noble se rembrunit.
- Et pour toi, en quoi tu trouves que Toshiro et moi on se ressemble ?
- On considère que c'est un génie au vu de ses capacités d'apprentissage…Les tiennes étant encore plus impressionnantes… laissa tomber le capitaine d'une voix traînante. Mais je te rassure les tiennes se limitent seulement au domaine du simple combat.
- … »
Ichigo s'abîma dans la contemplation du sol poussiéreux.
Un moment passa avant que le roux ne reprenne, toujours dans la même position :
« - Je crois vraiment qu'on y arrivera pas…
- … Le capitaine tourna vers le shinigami remplaçant un œil interloqué.
- Moi à ne pas mettre les pieds dans le plat et toi à être sympa sans être cinglant… déclara sans rire Ichigo tout en relevant les yeux. T'as raison on arrive pas à choisir.
- Il ne nous reste plus qu'à nous y faire tant que dura cette situation, soupira le noble
A ce moment, une voix célèbre les coupa :
« - Taisho ! beugla Renji toujours aussi délicat.
- Abarai Renji, je vous entends très bien, répondit le capitaine. Que me veux-tu encore ?
- C'était pour vous dire que j'ai bien apporté votre demande spéciale à la douzième, s'époumona le rouge sans tenir compte du commentaire.
- Et cela t'a nécessité toute la matinée ? interrogea Byakuya agacé par les manières de son lieutenant.
- C'est toujours compliqué avec le département de recherches, vous savez, rétorqua confus Renji.
- Il est vrai que confier une circulaire est une activité très complexe, railla le noble – surtout quand on passe par la onzième chercher un remontant à l'aller comme au retour… N'as-tu pas suffisamment de tâches à accomplir pour venir perdre encore du temps ici ?
- … Non, Taicho, répondit humblement le lieutenant passablement gêné.
- Alors retournes-y avant qu'une envie me prenne de te confier la suite des archivages.
- Bonne journée taicho, retourna Renji en déguerpissant au plus vite. C'était lui où il avait encore cru reconnaître la voix d'Ichigo ? Finalement, la petite pause saké avec Madarame et Yumichika lui avait été salvatrice face à la division scientifique, mais il devait en supporter les conséquences maintenant… Faut vraiment que j'arrête moi, je commence à entendre des voix bizarres !
Cela sonna la fin du déjeuner pour les deux shinigami, qui se levèrent et comme la veille, s'attelèrent, pour l'après-midi, à essayer de maîtriser leur shikai. De son côté, Byakuya opta pour une technique moins destructrice que le jour précédent : il fit une marque au sol et se retira à une bonne longueur, le but étant d'arriver à lancer un Getsuga Tensho suffisant jusqu'à la trace sans la dépasser.
C'est ainsi qu'il se mit dos au roux et s'exerça comme il put. Byakuya était déconcerté par le manque de contrôle de la puissance de l'attaque. Pour la direction, rien à dire mais pour la force c'était autre chose : quoiqu'il fasse ou tente de faire, il n'arrivait à rien. Le capitaine ne parvenait pas à doser l'attaque. Il ne soulevait que légèrement la poussière au sol ; et si le coup parvenait à la marque s'était pour y mourir dans un effleurement. En un mot, rien qui ne puisse atteindre, ne serait-ce qu'un soupçon, un ennemi. De plus, l'énergie que puisait cette technique dans son reiatsu au moment de sa libération, créait un affaiblissement indéniable pendant une petite seconde. Byakuya se demanda qu'elle pouvait être la réelle puissance d'Ichigo pour ne pas être troublé par cet effet.
Il continuait malgré tout à s'entraîner sans relâche, répétant inlassablement le même geste, abattant coup sur coup le zanpakuto, ne modifiait à chaque fois que la quantité de reiatsu à laisser dévorer par Zangetsu. Cela lui rappelait l'époque où il s'entraînait, seul au soleil dans une des cours du manoir, coupé de tous, au maniement du sabre. Il se souvenait qu'au même âge – enfin corporel, il passait des heures et des heures à répéter le même mouvement afin de le maîtriser parfaitement. Une discipline stricte et un travail technique d'une extrême précision : voilà comment il était parvenu à son niveau.
« - AAH PUTAAAAAIIIIIIIIIIIIIN ! »
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Le cri tonitruant d'Ichigo mit fin à ses rêveries. Il avait dû se faire entendre par la moitié du Seireitei. Byakuya se tourna alors en direction de la clameur et fut saisi d'effroi par la vision qui s'étalait devant lui : un "Byakuya" en sang, les vêtements déchiquetés, les cheveux éparpillés, une expression de souffrance et de colère sur le visage, à genoux dans la poussière. Se voir ainsi le choqua. Le capitaine était saisi, pétrifié sur place : jamais il n'avait été dans une situation de ce genre. Oui, il avait déjà été blessé et même grièvement mais pas au point de se retrouver dans un état aussi lamentable. Sauf que ce n'était pas lui là, mais Ichigo. Le capitaine sortit de sa léthargie et se précipita d'un shunpo auprès du jeune homme.
« - Ichigo, que s'est-il passé ? Comment cela a-t-il pu se produire ? »
Le regard inquiet du capitaine sembla réveiller le roux. Alors que sa vue voilée par le sang le laissait difficilement voir de qui se passait devant lui, le roux capta tout de même une lueur étrange dans les yeux qui lui faisaient face. "Ses" yeux étaient remplis d'une inquiétude d'autant plus forte que "ses" sourcils étaient fortement froncés. Les fronçait-il par peur pour les autres, devant leurs souffrances et son incapacité à les protéger ? Était-ce par angoisse et non par colère comme tout le monde aimait à le croire ? Mais la douleur présente eut tôt fait de mettre fin à l'effet miroir.
Le capitaine allongea le shinigami remplaçant dans un coin protégé et commença à examiner les blessures : son kido ne serait pas suffisant pour le soigner. En un éclair, Byakuya sorti du terrain et tomba nez à nez avec Renji, que le cri avait ameuté. Le lieutenant agrippa par le col "Ichigo" et lui hurla au visage :
« - Qu'est-ce que t'as fait à mon taicho ?
- Laisse-moi passer. »
Renji hors de lui le plaqua contre le mur d'enceinte.
« - Je t'ai demandé de me dire ce que tu as fait à mon capitaine, gronda le lieutenant la voix sourde de colère.
- Laisse-moi et va chercher Unohana-taicho rapidement, rétorqua le capitaine qui fulminait doublement. »
Le noble n'avait vraiment pas le temps pour ça. Ce n'était vraiment le moment propice à ce que Renji fasse du zèle.
Alors le lieutenant, maintenant toujours le "roux", commença à se diriger vers l'entrée du terrain traînant le noble avec violence. Comprenant le danger, Byakuya se libéra avec violence de la main de son lieutenant et à son tour, il l'empoigna au point de presque l'étrangler et avant de lui souffler au visage :
« - Et moi, je t'ai dit d'aller chercher Unohana Retsu. »
Renji ne reconnut pas le regard d'"Ichigo" mais comprit qu'il n'était pas de taille à rivaliser avec lui à cet instant. Il lui lança à son tour un regard plein de défi, de haine et de colère avant de disparaître dans un shunpo. Byakuya retourna auprès d'Ichigo et essaya de lui donner les premiers soins. Alors que le roux essayait de se relever comme pour cacher sa honte, il explosa sans prévenir :
« - Ah putain ! Je me suis mangé Senbonzakura en pleine tronche ! Je me souvenais pas que ça faisait aussi mal !
- Si tu trouves le moyen de hurler, c'est que tu ne vas pas si mal en fait. Donc essaye déjà de m'expliquer.
- J'étais parvenu à libérer ton zanpakuto à la con, mais j'arrivais pas à le faire décoller cet enfoiré. Ça m'énervait et puis je pensais à toi qui le contrôlais si facilement. D'un seul coup, il m'a attaqué.
- Hum, je vois. Tu étais en colère, ajouta le noble.
- Ouais et pas qu'un peu ! Deux heures que j'essayais de le faire réagir, haleta le roux.
- Tu m'en voulais et tu désirais me tuer pour ça, déclara le noble placidement.
- Ouais, je crois… sur le coup… je voulais vraiment… enfin… avoua Ichigo en détournant les yeux.
- Me tuer. Et bien tu as réussi, conclut le capitaine.
- Hein ? Comment ça ? interrogea le roux incrédule.
- Tu voulais tuer "Byakuya" ? Tu avais mon image en tête ? Eh bien, Senbonzakura t'a obéi. Sauf que "Byakuya" c'est toi, en ce moment. Donc…
- …
- …
- Ça va j'ai pigé. »
À ce moment, Unohana apparut devant eux. La douce capitaine s'approcha du "noble" et constata l'état dans lequel il gisait. "Ichigo" s'écarta pour lui laisser le champ libre. Immédiatement, elle se mit à l'ouvrage : à genoux, elle commença par faire le bilan des blessures puis usa de son kido. Au bout d'un moment alors que le roux présentait un peu meilleure mine, elle commença par l'interroger doucement :
« - Kuchiki-taicho, vous faites décidément preuve de beaucoup d'imprudence ces derniers temps. Il ne me semblait pas avoir l'habitude de vous voir aussi souvent pour des raisons autres qu'administratives. Que vous est-il arrivé ? »
Ichigo sentit un regard polaire s'abattre sur lui et décida de ne rien répondre de crainte que le noble ne l'achève sur place. La capitaine de la quatrième division sentit l'échange muet.
« - N'ayez crainte, vous pouvez compter sur le secret médical. Est-ce le jeune ryoka qui vous a mis dans cet état ? »
Nouveau regard glacial de la part de Kuchiki. Nouveau mutisme du roux.
« - Voyons, je ne peux vous soigner convenablement si je n'ignore pas les raisons de votre souffrance. N'est-ce pas Kuchiki-sama, ajouta Unohana accompagnant le tout de son sourire si terrifiant. »
Retour du regard banquise, d'un côté. Fermeture complète des yeux, agrandissement du sourire, ton plus appuyé de la part de Retsu en retour :
« - Alors comment vous êtes-vous blessé, Kuchiki-sama ? »
Regard antarctique par jour de blizzard. Sourire maléfique digne d'un sabbat. Regard température zéro absolu. Sourire diabolique des enfers en liesse…
« - Oui, toutes mes excuses, déglutit le roux. Je me suis coupé.
- Ça je m'en étais rendu compte Taicho. Ce qui me paraît étrange, c'est que cela ressemble aux blessures que laisse votre zanpakuto… commença la capitaine en ouvrant un peu les yeux. »
Unohana avait bien compris qu'elle ne pourrait rien soutirer de plus au "noble"… du moins pour le moment. Quelque chose d'étrange avait lieu ici et surtout entre ces deux-là. Trop d'événements insolites : la disparition du capitaine sur terre, sa chute en arrivant, l'état du terrain d'entraînement autour d'elle et maintenant son zanpakuto qui l'attaquait… Elle reprit alors qu'elle finissait ses soins :
« - Les plaies étaient nombreuses mais peu profondes, les saignements pouvaient être impressionnants mais rien de bien grave en fin de compte. De plus vous êtes particulièrement résistant Taicho. »
Repliant ses effets, Unohana s'apprêta à partir :
« - Vous feriez bien d'aller vous reposer pour le moment. Kurosaki-kun pourriez-vous veiller sur le capitaine je vous prie, demanda-t-elle en se tournant vers le noble.
- Oui. Répondit sobrement un "Ichigo" qui semblait perdu dans ses pensées – depuis quand mon shikai ne provoquait rien de grave ?…
- Bien, dans ce cas, je passerai demain voir comment va Kuchiki-taicho. Ne vous reprochez rien, un accident est si vite arrivé pendant les entraînements : voyez les soldats de la onzième division… »
Le noble tiqua à la comparaison et Retsu sut qu'elle avait vu juste.
« - De plus si je puis me permettre, il faudrait veiller à ménager le lieutenant Abarai : il est plus sensible qu'il ne veut bien le montrer. Mais je sais que je peux compter sur vous… Taicho… »
Byakuya acquiesça toujours dans ses pensées sans relever le dernier mot d'Unohana. Cette dernière, satisfaite de son test, se dit qu'il était grand temps pour elle d'aller boire un thé avec le Soutaicho…
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Unohana partie, Byakuya se tourna vers Ichigo, l'air dépenaillé qu'il présentait ne fit que conforter le noble dans sa décision :
« - En effet, je pense que l'entraînement est fini pour aujourd'hui. Nous allons retourner au bureau, tu pourras te reposer. De toute façon, la séance aurait dû être écourtée dans tous les cas puisque tu étais sensé aller à la réunion des clans nobles. »
Ichigo ne répondit rien et se contenta de suivre le noble à travers un étrange dédale de passages et de couloirs désert. Le capitaine pour éviter qu'on ne "le" voie dans cet état avait pris un chemin détourné. Ils parvinrent au bureau sans trop éveiller de soupçon. Sur le bureau du capitaine attendait déjà une pile replète de dossiers à traiter. Mais contre toute attente, le capitaine ne s'attela pas directement à la tâche. Il se dirigea vers un placard et en sorti… un futon !
Il l'installa et invita le roux à s'y reposer.
« - Heu Byakuya, tu as l'habitude de dormir dans ton bureau ? demanda le roux.
- Lors de certaines gardes ou de périodes particulièrement actives cela peut m'arriver, répondit le noble de retour à ses papiers.
- … Désolé pour tout ça… commença Ichigo.
- N'en parlons plus, répondit le capitaine le nez dans sa paperasse. De toute façon cela devait arriver vu ton caractère…
- Comment ça ?
- Tu es impulsif et tu te jettes sur l'ennemi sans réfléchir. Ta colère et ta haine troublent ton cœur. Ta lame s'émousse ; et cette fois-ci, elle s'est retournée contre toi car tu n'as pas su la guider correctement.
- … »
Ichigo pâlit soudainement et devint terriblement pensif, comme s'il venait de se faire happer dans un autre monde. …
« - Lui aussi m'a dit la même chose… »
Il se souvenait de sa rencontre avec Grand Fisher à la commémoration de la mort de sa mère. De son combat désespéré contre le hollow. De ses paroles. Des doutes et de sa rage… De sa mère qui l'avait encore sauvée… [2]
« - Qui t'a déjà averti ? Urahara ? Yoruichi ? interrogea le capitaine, sans levé les yeux de sa tâche.
- Non… un hollow…
- Un hollow t'a fait la morale ? Voilà le comble de l'ironie. Il devait être généreux pour…
- Le hollow qui a tué ma mère, le coupa le roux troublé tant par la colère que par la honte.
- … »
Le shinigami remplaçant revoyait toute la scène et combien il avait été pathétique, combien il était faible à cette époque – était-il vraiment devenu plus fort maintenant ? Suffisamment fort pour protéger ceux auxquels il tenait ? Il sentait encore la pluie s'abattre et les paroles résonner, le rire du hollow alors qu'il utilisait le corps de sa mère… Il avait osé, oui, osé souiller la mémoire de Masaki. Il avait joué avec son image, avec son sacrifice, avec son amour… Et lui n'était qu'un gamin égoïste, même son père par son absence de reproches le confortait dans cette idée. Lui dire de vivre alors que sa mère avait cessé d'exister, sacrifiant sa précieuse vie pour lui, lui qui n'avait même pas pu…
« - Et je n'ai pas… je n'ai même pas… même pas pu… la venger… Ichigo semblait vraiment secoué, des sanglots coincés dans sa gorge ; il se cacha derrière son bras.
- Ta mère a été tuée par un hollow que tu as rencontré ? souffla la voix du capitaine soudainement proche de son oreille. »
Le jeune homme acquiesça de la tête, en proie à ses tourments intérieurs. Byakuya s'installa près de lui. Il ne savait pas pourquoi il faisait ça mais de sentir le roux - d'habitude si combatif - autant mis à mal le dérangeait. Le capitaine sentait que quelque chose était en train de se rompre dans cet enfant. Doucement, le noble lui demanda :
« - Comment peux-tu être sûr que cet hollow soit celui qui ait tué ta mère ? Leurs perfides paroles sont des mensonges dont le but est de nous troubler afin de nous amoindrir…
- Si, c'était lui, je l'ai reconnu et puis il l'a utilisée contre moi… Grand Fisher celui qui manipule des appâts et qui préfère tuer des femmes… »
Byakuya comprit, il comprit toute l'histoire : plus de cinquante ans que ce hollow se jouait du Gotei 13 avec les pires ruses qui soient. Et il avait dû utiliser l'image de la mère d'Ichigo.
« - Et elle me suppliait de ne pas la tuer… Alors que je l'avais déjà tuée… Parce que je voyais les fantômes, j'ai voulu sauvé l'enfant qui se noyait… Je ne savais pas… Je ne faisais pas la différence à l'époque entre les vivants et les esprits… Si je n'y étais pas allé, alors maman n'aurait pas eu à mourir… »
A travers les paroles décousues, Byakuya découvrait la vérité et entrevoyait la tragédie.
« - Et là, alors qu'on venait voir maman… Le seul jour de l'année, pour son anniversaire… Rukia avait raison, je n'ai pas voulu la croire, elle qui voyait des hollow de partout… Ichigo tourna le dos au noble, les mots tremblants ayant du mal à sortir. Il a fallu qu'il vienne… Alors que c'est la seule fois où on peut manger avec elle, où cet idiot de père fume pour elle… Il a fallu qu'il vienne… »
Le noble percevait toute la détresse du jeune homme. Doucement, comme si cela était parfaitement interdit, Byakuya tendit sa main vers le roux et la posa sur son épaule, à peine un effleurement. Ichigo se tendit un instant au contact, puis s'y abandonna. Le noble laissa sa main reposer de tout son poids.
« - Je ne sais pas pourquoi… Mais alors qu'il allait me porter le coup de grâce, la dernière volonté de ma mère s'est matérialisée… Elle souriait et me remerciait… Me remercier alors que je l'ai conduite à la mort… Et je n'ai pas réussi à avoir cet hollow… Il a disparu après que je l'ai blessé… Elle me remerciait et moi… Je n'ai même pas pu la venger… Etre digne de son honneur… Et par ma faute, j'ai entraîné Rukia à sa perte… Ichigo se retourna le visage complètement défait et regarda le noble en face. Ce jour-là, j'ai demandé à Rukia de me laisser ses pouvoirs encore un peu pour que je puisse devenir fort et venger ma mère… »
Le visage tourmenté face à lui n'était plus le sien : le capitaine voyait en cet instant le jeune shinigami roux avec toute sa souffrance. Kuchiki comprit à ce moment beaucoup de choses : pourquoi Rukia s'était attachée à cet humain, pourquoi il l'avait sauvée, ce qu'il cherchait… Tellement proche de Kaien…
« - Il m'a aussi dit que tous les shinigami avaient une personne qu'ils ne pouvaient affronter… Je ne sais pas si je pourrais tuer ma mère…
- Ce n'est pas vrai, répondit le noble. J'étais prêt à tuer Rukia, l'image vivante d'Hisana et ma sœur… Cela n'a rien à voir avec les sentiments. De plus ce n'est pas Masaki. Dans un combat, tu dois savoir où est ton cœur et le garder ferme.
- Tu aurais vraiment tué Rukia ? osa Ichigo encore pensif.
- … »
Le noble ne pouvait lui avouer qu'il avait espéré un miracle jusqu'au bout ; et ce miracle était arrivé sous la forme d'un impertinent jeune homme aux cheveux roux. Non, jamais il ne pourrait lui avouer - ni se l'avouer complètement d'ailleurs - ou le remercier comme il se devait ; au moins il pourrait lui apprendre à être plus fort.
« - Tu m'as évité de m'y confronter, conclut-il. »
Sur ce, sans qu'il n'y réfléchisse plus que ça, il passa sa main dans "ses" cheveux :
« - Tu devrais dormir un peu. »
Byakuya resta de longues minutes ainsi, bizarrement Ichigo semblait plus détendu. Le sommeil vint le saisir alors. Le capitaine lui-même abîmé dans ses pensées ne se rendit pas compte du temps qui passait. Ce n'est que quand il perçut la respiration lente et régulière du roux que le noble décida de se remettre au travail.
Au fur et à mesure que la pile de dossiers diminuait et que le temps passait, Byakuya estompait la vision tragique et la confession douloureuse d'Ichigo. Il essayait de noyer dans le travail les réflexions qu'il avait à propos du roux. Pourtant une pensée revenait sans cesse : Ichigo enfant avait vu mourir sa mère et maintenant il cherchait à la venger… Masaki s'était donc sacrifiée pour sauver son fils. Il comprenait maintenant la rage et les paroles que lui avait adressées Ichigo le premier soir dans sa chambre. Il comprenait le lien qui l'unissait à Rukia.
Il ne pouvait en vouloir à sa sœur. Il est des serments que l'on ne peut défaire – il ne le savait que trop bien. Voilà pourquoi ce ryoka les avait attaqués ; pourquoi Ichigo avait risqué autant et voulu sauver la vie de la shinigami. Il avait cru à une époque que les sentiments qui les liaient tous les deux étaient d'un autre genre, plus doux et plus normaux. En fait, c'était un serment tacite : devenir plus fort, protéger les plus faibles et ainsi se faire absoudre d'avoir tué l'être le plus cher à leurs yeux. Un instant Byakuya aurait préféré que leur lien soit de cette autre nature, de celle qui lit un homme et une femme… Car maintenant il le savait, il ne pourrait jamais s'interposer entre eux et ne le devrait pas.
Trois coups à la porte le ramenèrent à la réalité. Le capitaine invita son visiteur à entrer. Devant lui, se tenait Nemu : elle était venue lui apporter sa commande. La fukutaicho de la douzième ne parut pas surprise par l'étrange tableau : pourtant un "Byakuya" endormi dans un coin de "son" bureau et un "Ichigo" travaillant d'arrache pied à la distribution des corvées de la sixième division n'était pas chose courante. En même temps par sa nature soumise et avec ce qu'elle voyait auprès de Kurotsuchi, il était normal que plus rien ne puisse la surprendre.
"Ichigo" lui fit signe de s'approcher et Nemu en conclut qu'elle devrait aviser avec le roux puisque le capitaine était indisposé et le lieutenant absent. Elle expliqua donc rapidement les caractéristique de l'appareil, les réglages à faire selon l'usage désiré – elle laissa d'ailleurs une notice illustrée made in Mayuri particulièrement effrayante – puis déposa l'objet sur le bureau, salua et repartit aussi discrètement qu'à son habitude.
Vu comme cela, la commande de Byakuya ressemblait à un innocent petit bracelet. Le capitaine regarda longuement l'objet avant de le saisir et de le ranger dans son kimono. Finalement Ichigo n'irait sûrement plus à la réunion, il pouvait l'épargner pour une fois après tout, le roux avait déjà eu suffisamment d'émotions pour aujourd'hui.
De nouveau l'on frappa à la porte. Cette fois ce fut Renji qui parut, les bras chargés de paperasses. Il se rembrunit immédiatement en voyant "Ichigo" à son bureau et pâlit en découvrant son "capitaine" endormi au sol.
« - Ne qu'inquiète pas, il dort juste. »
Les articulations des phalanges du lieutenant blanchirent alors que ces mains se crispaient autour des papiers.
« - Je ne sais pas ce que tu trames mais fais en sorte que rien n'arrive à mon taicho, tu m'entends. »
Il déposa les documents sur le bureau du capitaine et s'apprêta à partir. Sur le pas de la porte, il s'arrêta, une main posée sur le chambranle et sans se retourner, Renji s'adressa alors lui :
« - Ichigo, tu as beau être… un ami, je ne te pardonnerais pas si Kuchiki-taicho était… enfin si Rukia pleure à cause de toi, tu verras ma colère… En plus, ce n'est pas à toi de le vaincre et tu le sais. »
Renji claqua la porte et partit en direction de la onzième : un petit combat lui ferait le plus grand bien.
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Le claquement réveilla Ichigo en sursaut. Il tourna vers Byakuya un regard amorphe puis soudain il s'étira, bailla et déclara tout de go :
« - Yosh ! J'ai bien dormi, je me sens d'attaque là ! »
Le capitaine n'en revenait pas : un peu de repos et ses blessures allaient déjà infiniment mieux, sans parler de son moral !
« - Bon, au fait c'était quoi que je devais déjà dire pour le troisième salut ?
- Tu veux aller à la cérémonie ? interrogea le noble, incrédule.
- Ouaip ! Et puis ça compte pour ton honneur ce genre de truc, non ? rétorqua le roux, qui souhaitait surtout échapper le plus possible à la présence du capitaine suite à la scène qui venait de lui offrir ; il dissimula donc sa honte derrière un grand sourire.
- Dans ce cas, il est plus que l'heure pour aller se préparer, souffla le brun en se levant et s'emparant des documents que lui avait laissés Renji. »
Ils partirent pour le manoir et se retirèrent dans les appartements du chef de clan en toute discrétion. Ichigo prit rapidement une douche salvatrice qui lui remit les idées en place : pourquoi le capitaine arrivait-il à le faire parler de ce qu'il y avait de plus intime en lui ?... Lorsqu'il eut finit, il découvrit que ces vêtements avaient disparus – enfin sauf un. C'est donc en fundoshi qu'il se présenta devant Byakuya. Celui-là laissa un long regard parcourir tout "son" corps, Ichigo ne savait pas comment réagir face à ses yeux qui le détaillaient sans aucune pudeur. Quand il eut terminé son inspection, le capitaine déclara :
« - La plupart des coupures sont partiellement remises, de toutes façon elles ne se verront pas avec ta tenue ; mais pour les entailles au visage, c'est un autre problème : il faut que je réfléchisse à quoi faire… »
Ah c'était donc pour ça que le capitaine l'avait regardé ainsi… Oh, mais je m'attendais à quoi d'autre là ? Soudain Byakuya s'approcha puis lui refit quelques bandages et commença à le vêtir.
« - Je suppose que tu n'as jamais passé une tenue d'apparat de ce genre, lui demanda-t-il doucement alors qu'il déposait les couches successives de vêtements délicatement.
- Non en effet, souffla Ichigo plutôt troublé par les doigts fins qui lui courraient sur tout le corps, nouant par ici, lissant par là, glissant contre sa peau en de légers effleurements. »
Il détourna le regard alors que le rouge lui montait aux joues. Byakuya s'en rendit compte mais ne sut que faire : il ne voyait vraiment pas en quoi pour une fois il attaquait la pudeur du roux. Ce n'était pas – malheureusement ! – la première fois qu'il l'habillait…
Quand il eut fini, le capitaine fit assoir le plus jeune pour pouvoir le coiffer. Les doigts doux reprirent alors leur jeu, peignant la chevelure soyeuse et plaçant de nouveaux Kenseikan – les autres n'ayant pas résisté à Senbonzakura. Finalement Ichigo s'était fait à ces attentions, Byakuya était toujours très doux à ces moments-là – après tout il est normal qu'il tienne à son corps. Pourtant le souffle chaud du capitaine le faisait frémir plus qu'il n'aurait dû (NdA : et nous donc ! Aahh…).
Quand tout fut fini, Byakuya partit chercher quelque chose dans la pièce attenante et Ichigo en profita pour se dégourdir un peu : le vêtement était très lourd, limitant ses mouvements et sa respiration. Passant devant un miroir, il ne put s'empêcher d'être soufflé par la beauté et le classe qui émanait du "noble" ainsi paré.
Oh non, ce n'était plus le froid et réfléchi capitaine de la sixième division du Gotei 13 mais bien le puissant vingt-huitième héritier du clan Kuchiki. Jamais il ne se serait attendu à considérer Byakuya comme ça, après tout, les titres et tout le reste lui passaient bien au-dessus ; pour Ichigo seules les actions comptaient et c'étaient à elles qu'il se fiait pour connaître la valeur d'un être. Et justement, il ne savait plus sur quel pied danser avec Byakuya…
Soudain ce dernier fit irruption devant lui, affichant une mine des plus énervées tout en tenant à la main un chiffon tout déchiré.
« - Kurosaki Ichigo, ce matin quand tu t'es habillé, quelle écharpe as-tu mise ?
- Ben, la même que d'hab'… Enfin celle dans la boîte sur… Ah ouais, je me suis peut-être un peu planté, dit-il levant les yeux au ciel. Mais ça veut dire que toi non plus, tu n'avais pas remarqué donc je l'ai pas tellement abîmée que ça sur Terre, tu vois ?
- Sur Terre non, mais au Seireitei, tu as fini par l'achever, articula d'une voix polaire le noble en tendant ce qui fut feu le Ginpakukazahana no usuginu, trésor des Kuchiki. »
La suite se passa très vite : Byakuya dont le reiatsu était monté en flèche empoigna par le bras le roux et le traîna à côté, lui passa l'écharpe achetée aux frais d'Urahara – dire que le noble avait escompté cacher dans les plis moelleux du Ginpakukazaharu "son" visage égratigné. Soudain, une lueur se fit dans son esprit le capitaine plongea la main dans le revers de son uniforme et en sortit un bracelet, qu'il passa rapidement au poignet du shinigami remplaçant. L'objet se referma sur un cliquetis sec résonnant comme une sentence pour son crime.
Ichigo, n'osant plus rien dire, se laissait faire il ne broncha donc pas quand le capitaine lui passa au bras l'infernale machine – dont il ignorait tout – de la douzième. Oh mais il aurait tout le loisir de cette soirée pour en comprendre le fonctionnement. Oui, c'était immanquable, puisque même le noble devait lutter pour ne pas somnoler lors de ce genre de représentation… Ichigo piquerait forcément du nez et le bracelet ne manquerait pas de le rappeler à l'ordre. Dans son infini machiavélisme, Kurotsuchi avait mis au point un instrument pour maintenir soi-disant les gardes éveillés : mais au lieu d'inhiber directement la fatigue ou le sommeil, il avait choisi la méthode douloureuse… Chaque fois que le porteur dodelinait, une puissante décharge électrique était émise…
[1] Mais qui est donc cette compagnie, voyons ? Mais si vous savez, je vous en ai parlé au chapitre précédent ! Le truc c'est que la lumière ne sera faite qu'au chapitre 20, niark !
[2] La version papier et la version animée divergent quant à cette scène. Et bien que je ne sois pas convaincue par celle de l'anime, il y a disons une idée qui me plaît dans le fait d'étayer sur les réactions d'Ichigo à se retrouver face à un double de sa mère. Je trouve la version papier extrêmement spartiate – en gros, y'a rien ! – et donc un petit mix des deux seraient l'idéal. Rejeter l'idée d'une résurgence de l'âme de Masaki et plutôt miser sur la réminiscence des souvenirs de bonté, de force et de sacrifice qu'elle lui a légués pour justifier la victoire – relative soit – d'Ichigo. En gros en la revoyant, il se souvient d'elle et de ses valeurs, ce qui le sauve, aurait été idéal !
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Voilà, désolé pour le retard, normalement je publie le lundi mais là c'est vraiment un très gros chapitre. Bon, j'espère que ça vous a plu.
Je constate que j'en suis déjà au chapitre 10, donc cette fic risque plutôt de monter à vingt chapitres que les quinze initialement prévus. J'espère que ça ira quand même !
Bon, je vais encore me reviewer pour répondre aux com' dont les auteurs n'ont pas de compte sur FFnet (ça devrait tomber dans la soirée parce que là, ça fait quasiment deux jours que j'ai pas mangé donc il serait bien que je m'en occupe ! Oui je sais tout le monde s'en fout ! -_- !).
Je vous dis à la semaine prochaine pour la conversation avec Rukia, l'enfer du protocole et une nouvelle gaffe d'Ichigo.
Comme d'hab', vous pouvez toujours nourrir M. Lapin par vos reviews (regardez il peut passer plus de temps sans manger de la vraie nourriture comme ça !)
Bye bye à tous !
M. Lapin mode "je me nourris exclusivement de carottes, de noisettes et de glands !"
