Bonsoir à tous !
Si vous ne l'avez pas encore compris, cette fic a l'intention de mettre en scène une relation entre Jaime et Myra mais vous savez bien que notre cher Jaime est fou amoureux de son adorable soeur et qu'il ne serait donc pas forcément très crédible de lui faire laisser tomber une vie d'amour avec Cersei juste parce que l'auteur en a décidé ainsi (et je reprends les termes de l'auteur en question !).
Avertissement : l'auteur a tenu à vous avertir qu'une scène particulièrement délicate a lieu dans ce chapitre (vous comprendrez en le lisant à quoi je fais référence) et qu'elle espère qu'elle a tout de même bien cerné les personnages. Pour ma part, je pense que ce développement est tout à fait crédible.
Pour ceux qui attendaient avec impatience que Jaime et Myra se croisent un peu... (c'était mon cas !) Les choses sérieuses commencent enfin ^^
Bonne lecture !
Chapitre Neuf
Le tournoi – Partie II
Ned
« Vous n'avez pas apporté mon petit cadeau. »
« Le devais-je ? Vous n'êtes plus dans la course. »
« Non, mais j'aurai apprécié le geste. »
« Ne me dites pas que vous faites la tête ? »
Il ignora la suite de la conversation entre sa fille et Renly Baratheon. Il s'attendait à ce que d'un jour à l'autre, le garçon vienne lui demander sa main. C'était si étrange pour lui, cette vision de rajeunie de Robert et Lyanna. Mais c'était différent, il ne fallait pas y penser. Ce serait un mauvais présage. Pourtant, tout semblait si… destiné.
Sansa ne cessait de leur jeter des regards rêveurs. Pour autant qu'il sache, le Prince ne lui avait toujours pas adressé la parole. Elle avait sûrement besoin de penser à autre chose.
À sa droite, Littlefinger lui chuchota quelque chose. Il n'aimait pas beaucoup ça. Il avait déjà impliqué une de ses filles dans leurs affaires.
Au-dessus d'eux, à la gauche du parfait duo que formaient Renly et Myra, tous deux habillés de nuances bleutées, Robert était étrangement silencieux. Peut-être avait-il menti en lui disant que personne ne souhaitait le frapper. Jaime Lannister l'aurait fait et Robert s'en serait pris à lui avec toute la férocité qu'on lui connaissait. L'un de deux aurait forcément fini sérieusement blessé.
Même s'il en faudrait beaucoup pour faire tomber Robert de son cheval.
La blague était de mauvais goût et pourtant il pouvait entendre le rire de son ami.
Les bouffons qui se roulaient dans la terre pour distraire la foule décampèrent enfin et les joutes reprirent. Trois combats devaient encore avoir lieu ce jour-là et le premier devait opposer Ser Jaime Lannister à Sander Clegane. La présentation de ce dernier n'éveilla pas beaucoup d'acclamations alors que le premier remporta l'approbation de la foule, ainsi que quelques paroles de Robert.
« 100 pièces d'or sur le Régicide, » déclara Littlefinger à sa droite.
« Je prends le pari ! » Répliqua Renly. « Le Limier a l'air affamé. »
Le jeune Baratheon devait en savoir quelque chose.
« Et qu'en pense ma dame ? » Demanda Littlefinger.
Ned jeta un regard à sa fille qui levait déjà les yeux au ciel. « Elle pense que ce sport cruel devrait prendre fin au plus vite. »
Il hocha la tête. Il était heureux de voir que sa fille n'avait pas changé. Bien qu'au vu de ce qui s'était passé l'autre soir, il aurait aimé qu'il en soit autrement. Ned savait que c'était trop lui demander. Myra ne pouvait aller contre sa nature, mais tenir tête au Roi devant toute la cour était… dangereux, complètement fou même. Cela pouvait même passer pour de la trahison si les faits étaient présentés sous le bon angle. Mais quand ils en avaient parlé, elle n'avait pas montré de regrets et ses yeux brillaient de détermination, comme si elle le défiait de lui dire qu'elle avait mal agi. Il avait cédé dans un soupir et l'avait avertie d'être plus prudente, mais il savait qu'elle n'en ferait rien.
Les deux cavaliers se croisèrent et Sandor Clegane manqua d'être désarçonné. Des acclamations s'élevèrent de la foule. Robert redevint silencieux. Sansa était entièrement captivée tandis que Myra sursautait à chaque instant.
Ils repartirent à l'assaut, mais cette fois c'était Jaime Lannister qui était en difficulté. Il tomba de sa monture la tête la première et roula au sol sur plusieurs mètres. Robert éclata d'un rire tonitruant alors que les spectateurs retenaient leur souffle.
« Est-ce qu'il va bien ? » S'inquiéta Myra.
« Bien sûr qu'il va bien, » la rassura Renly. « Un Lannister n'oserait pas mourir à un simple tournoi. Maintenant, Lord Baelish, qu'en est-il de mon or ? »
Le jeune Baratheon avait raison. Jaime se releva, indemne, mais il semblait avoir des difficultés avec son heaume. Il était abîmé et au bout de quelques instants tout le monde comprit qu'il lui était impossible de le retirer.
Des rires s'élevèrent de toute part, celui de Robert le plus fort de tous. Il avait lâché sa coupe de vin et sa couronne menaçait de tomber de sa tête. Même Myra, d'habitude toujours calme, se mordait les joues en regardant le Lannister tituber sans repères dans la boue.
« Nous ne devrions pas nous moquer, » protesta Myra, mais déjà un rire léger lui échappait.
« Aha ! » Cria Renly d'un air triomphant. « Je le savais. Personne ne peut être aussi gentil avec un Lannister. »
Non, personne.
Après la dernière joute, une fois terminée la terrible affaire entre Ser Gregor Clegane et Ser Loras Tyrell, Ned partit seul avec sa fille en direction du champ de tir à l'arc. Sansa était escortée par Jory, ignorante des problèmes qui occupaient leurs esprits.
« Dit moi, il n'y a rien d'autre dont tu voudrais me parler ? »
Il l'observa attentivement tandis qu'ils s'éloignaient des autres lords. Elle semblait à la fois confuse et perplexe, ses doigts jouant avec une mèche de ses cheveux noirs. Avait-elle encore d'autres choses à lui avouer ? Cette pensée l'inquiéta.
« C'est au sujet d'hier soir ? »
« En partie, oui, » reconnut-il en l'éloignant du chemin. Trop d'oreilles indiscrètes les entouraient. « Ser Jaime… Que représente-t-il pour toi ? »
La réaction de sa fille était… inattendue.
Elle se mit à rire soudainement.
Un rire discret et court, on y percevait presque de l'exaspération. Sa fille lui parut si différente à cet instant. En l'espace de quelques mois elle avait énormément grandi, les intrigues politiques de Westeros l'ayant fortement affectée.
Il aurait souhaité que Robert ne soit jamais venu dans le Nord.
« Veuillez m'excuser, Père, » dit-elle en retrouvant sa respiration. Elle baissa les yeux vers le sol, le regard absent. « Ser Jaime ne représente rien pour moi, enfin pas dans le sens qui vous inquiète. Je ne suis pas Sansa qui se languit d'un chevalier étincelant d'or. »
Elle cessa de rire. Son visage s'adoucit et se fit plus distant.
« Je suppose que je lui suis redevable, » admit-elle. « Il a répondu à une question que je lui ai posée… sur le Roi Fou. »
Ned se raidit et une grande peine se réveilla au fond de lui.
« Et qu'a-t-il répondu ? »
Le coin de sa bouche s'étira discrètement. « Avec bien plus de gentillesse que vous l'en croyez capable. »
Ned soupira. La gentillesse de Jaime Lannister ne suivait sûrement pas les mêmes principes que les siennes, mais il n'allait pas traiter sa fille de menteuse. Tout de même, l'idée qu'une telle conversation ait eu lieu le mettait mal à l'aise.
« Il n'aurait pas dû t'en parler. »
« Ser Jaime n'est pas celui qui a ouvert le sujet. Lui reprocherez-vous aussi ma curiosité ? »
Sa fille habituellement si obéissante était encore de cette humeur, pas particulièrement en colère, mais extrêmement sur la défensive, et c'est à ce moment-là que ressortait son entêtement nordien. Mais ce n'était jamais à son sujet. C'était toujours pour défendre quelqu'un. Catelyn avait bien plus d'expérience dans ce domaine. À plusieurs reprises, de plus en plus quand elle grandissait, il avait entendu de nombreux éclats de voix entre sa femme et sa fille se disputant au sujet de Jon.
Il se demandait comment elle aurait géré tout ça. Renly. Jaime. Robert. Myra serait sans doute déjà en route pour Winterfell à l'heure qu'il est.
« Non, j'imagine que je ne le peux pas, » dit enfin Ned. « Mais je t'en prie Myra, essaie de rester loin de tout ça. Je ne veux pas que tu sois plus impliquée encore. »
Elle sourit doucement et lui prit le bras pour le ramener sur la route. « Je ne pense pas vraiment avoir le choix, Père. Vous ne pourrez éternellement me protéger. »
Non, il ne le pourrait pas.
Myra
Elle n'aurait jamais cru pouvoir s'ennuyer pendant un banquet. Il y en avait si rarement à Winterfell qu'elle était toujours ravie lors de ces évènements. Elle aidait sa mère autant que possible pour s'assurer que tout était parfait. Des rires résonneraient dans le château tout au long de la nuit, et on y trouvait une chaleur plus réconfortante que n'importe quel feu.
Mais ici, dans le Sud, les banquets étaient faits courants. En une semaine, elle en avait vu plus qu'en un an à Winterfell et malgré la chaleur du climat de Port-Réal, leurs célébrations étaient bien plus glacées.
Elle remarqua que personne ne faisait réellement la fête à moins d'être complètement ivre. Tout le monde se critiquait en cachette et passait des accords officieux. Personne ne semblait profiter réellement de la compagnie de chacun. Ce n'était qu'un jeu pour eux.
Dormaient-ils pour de vrai ou avaient-ils aussi trouvé un moyen d'utiliser ça comme stratégie ?
Myra observait en silence, grignotant ce qu'on lui apportait. Elle avait perdu le compte des plats. À sa droite, Renly discutait toujours avec Ser Loras. Ils avaient tenté de l'inclure dans leur conversation, mais Myra sentait bien que sa présence n'était pas particulièrement souhaitée. Elle se souvint des paroles de Littlefinger au tournoi et la réaction de Renly quand Ser Loras avait frôlé la mort. Elle commençait à se demander si, après tout, elle était réellement le genre de compagnie qui intéressait le Seigneur d'Accalmie.
Cela rendait sa situation plus compliquée.
Bien sûr, rien n'était encore officiel. Renly n'avait toujours pas approché son père et elle pouvait encore changer d'avis, mais elle avait très peu de raison pour faire cela. L'inattention d'un mari était préférable à voir ses moindres gestes épiés, par soupçon ou jalousie. Renly ne serait pas du genre à la frapper ou à la jeter dehors dans le froid, mais il ne l'aimerait pas et il ne serait pas réellement à elle.
Pour la première depuis son arrivée, elle pensa à Domeric et à la vie qu'elle n'aurait jamais.
Fatiguée de l'hospitalité du Sud, elle s'excusa pour se retirer. Renly avait proposé de la raccompagner, mais Syrena était avec elle, elle le laissa donc à sa conversation.
Elles marchèrent tranquillement à travers le Donjon Rouge. Myra n'avait pas particulièrement envie de rentrer à la Tour de la Main, ni où que ce soit d'ailleurs. Elle était trop agitée. Toutes ces révélations l'avaient complètement… épuisée.
« Est-ce que tout va bien, ma dame ? »
« Je… non, pas vraiment. »
Elles se tenaient sur un balcon et Myra s'approcha du bord pour observer l'éclat angoissant de la lune sur Port-Réal. Elle entendait les célébrations du peuple dans la ville. Les cris, la musique et les rires, des foyers bien plus authentiques que tout ce qu'elle avait vu derrière ces murs de pierre.
Et au-delà de tout ça, la mer. Elle n'aurait jamais à la quitter avec Renly, mais à quel point l'aimait-elle vraiment ? Elle n'était jamais allée sur la plage et n'avait jamais touché les eaux de cette chose qui la captivait si souvent.
Peut-être que Port Réal lui en révélait plus sur elle-même aussi.
Myra soupira, elle était si fatiguée. Le vin y était peut-être pour quelque chose, mais Winterfell lui manquait plus que jamais.
« Syrena, » commença-t-elle en ramassant une pierre. « Je pense que tu m'espionnes pour le compte de la Reine. »
À côté d'elle, la fille de Dorne pâlit. « Ma dame… Jamais je ne… »
Elle rit. « Ce n'est pas grave si c'est le cas. Tu ne peux pas vraiment lui dire non. Et puis, il n'y a pas grand-chose à dire. Je ne cours pas après une couronne. Je ne veux même pas de Renly. Je suis simplement là… Je joue le jeu. Et je crains de ne pas être très douée. »
Et je sais bien trop de choses. Elle aurait préféré ne rien savoir. Dans les deux cas, elle ne pouvait pas aider son père. Au moins, l'ignorance lui permettrait de dormir en paix.
Une paix relative disons. Les nuits étaient toujours trop chaudes pour elle.
« Je te suis tout de même reconnaissante, » continua-t-elle en remarquant l'embarras de sa servante. « Tu m'as beaucoup aidé et nos conversations ont illuminé mes journées. J'aimerais croire que ma compagnie t'est au moins tolérable. Autrement, je te félicite pour tes talents d'actrice. »
Elle entendit Syrena expirer profondément et se tourna vers la jeune femme, bien plus calme à présent.
« Votre compagnie était bien plus agréable que ce que j'aurai pu espérer, ma dame, » elle se mordit les lèvres pendant ce moment de vérité. « Je suis désolée que nous devions nous connaître dans ces circonstances. »
« Pas moi, » dit Myra en se redressant. « Continue de faire ton travail. Peut-être te donnerais-je quelques histoires à lui raconter une fois de temps en temps. Je suppose que c'est le moins que je puisse faire. »
Bien qu'elles rirent toutes les deux, Myra savait qu'elle n'en ferait rien. Elle valait mieux que ça. Tout ce qu'elle espérait, c'était de continuer à vivre normalement et peut-être que la Reine se lasserait d'elle.
Mais si Robert ne la laissait pas, la Reine ne relâcherait pas son attention.
C'était sûrement là que Renly entrait en jeu.
« Qu'allez-vous faire maintenant, ma dame ? »
Elle pensa à la dague en acier valyrien sur le bureau de son père, et au bois brisé rangé dans son coffre. Elle pensa à Sansa et Arya qui arpentaient la Tour de la Main et à Robb seul à Winterfell avec un Rickon en pleurs et un Bran brisé. Elle pensa aux Lannisters, aux Stark et aux Baratheons et à sa place dans tout ça. Pouvait-elle changer quoi que ce soit ? Cela valait-il même la peine d'essayer ?
Alors qu'elle s'apprêtait à répondre, un mugissement tonitruant résonna dans le couloir. Alarmées mais poussées par la curiosité, les deux femmes retournèrent à l'intérieur.
Titubant le long du couloir, Robert Baratheon et un membre de sa garde royale avançaient dans leur direction. Ça ne pouvait être Ser Barristan ou Ser Arys, qui l'auraient sûrement aidé à marcher, et certainement pas Ser Jaime. Quant au Roi, il était bien trop silencieux pour quelqu'un qui venait de rugir si fort dans le palais.
De là où elle était, Myra pouvait sentir l'odeur de vin émaner de lui. Elle n'avait pas remarqué qu'il avait autant bu au banquet. D'ailleurs, elle ne se rappelait pas de grand-chose, la preuve soit que son esprit était fort préoccupé, soit que le Roi avait été bien plus maussade qu'à son habitude ce soir-là.
« Ma dame, nous ferions mieux de partir, » chuchota Syrena alors qu'il approchait, plus inquiétant que jamais à cette heure de la nuit. Il s'arrêta en face d'elles, vacillant et muet. Elle voyait ses yeux bleu clair peiner à rester concentrer. Derrière lui, Ser Mandon Moore regardait droit devant lui d'un air résolu.
« Votre Majesté, » commença Myra en inclinant la tête. Syrena fit de même avec une révérence. Comme il ne répondait pas, elle ajouta, « Puis-je vous aider ? »
« C'est toi, » murmura-t-il, sa voix douce et respectueuse. « Lyanna. »
Rien n'était plus oppressant que cet instant où l'on réalise que tout est sur le point de mal tourner. Subitement, elle se sentit seule au monde, loin du présent. Elle aurait souhaité être n'importe où ailleurs, mais très loin.
Elle se força à sourire. « Non, Majesté. Je suis Myra. La fille de Ned. »
Il cligna des yeux et se mit à bredouiller quelque chose. Elle entendit son nom et celui de son père. Le Roi semblait répéter ce qu'elle venait de dire, tentant de percer le voile d'ivresse qui obscurcissait son esprit. Mais il semblait comme prisonnier.
Une main attrapa la sienne. Syrena ne dit rien, mais ses yeux indiquaient le couloir opposé.
Pour une fois, Myra se fichait bien de faire ses révérences. Robert aurait sûrement oublié sa disparition le lendemain matin.
Mais à peine avaient-elles fait un pas que Robert se réveilla.
« Stop ! » Hurla t-il. Bien qu'elle tremblait, elle ne s'arrêta pas, espérant atteindre le coin du corridor. « Je suis ton Roi ! »
Elle marqua un arrêt, pas par honneur ou respect, mais elle avait compris qu'il la rattraperait ou enverrait Ser Mandon à sa place. L'homme au regard vide ne semblait avoir aucun problème à faire tout ce que lui ordonnait son Roi, et il n'allait certainement pas les défendre. Elle se demandait comment l'âme d'un homme pouvait être si infime.
« Syrena, pars, » chuchota-t-elle en attrapant le poignet de sa servante. Elle la tira vers l'avant. « Trouve Renly ou Ser Barristan et amène les ici. »
La jeune Dornienne parut réellement effrayée. « Ma dame… »
« Pars ! »
Elle lui aurait bien demandé d'aller chercher son père, mais elle ne voulait pas le mêler à tout ça. Ils étaient amis et elle avait peur que la situation ne dégénère.
Myra leva la tête. Robert était plus saoul qu'à son habitude, mais il était toujours là. Il ne lui ferait pas de mal. Il ne ferait pas de mal à Lyanna non plus. Peu importe ce qui occupait l'esprit du Roi, elle pouvait le ramener à la raison. Il le fallait.
« Votre Majesté, » dit-elle en se tournant vers lui.
Et le voilà encore ce regard, cette admiration dans ses yeux bleus, l'émotion qu'elle avait déjà surpris à Winterfell. C'était un homme qui voyait les morts, sauf qu'à cet instant, il les croyait réellement revenus à la vie.
« Cela ne se peut, » murmura-t-il en s'approchant d'elle. « Tu ne peux pas être là. »
« Je ne suis pas elle, Majesté. Je ne suis pas… »
Il tendit la main vers elle avec une délicatesse insoupçonnée et écarta une mèche de son visage pour la repousser tendrement derrière son oreille. Elle se rendit compte de la taille de sa main, avec qu'elle facilité il pourrait l'écraser si l'envie l'en prenait.
Et l'homme qu'elle avait honoré d'un Ser ne ferait rien pour l'aider.
C'est ce qui la retint de lever sa propre main pour le contrer, l'idée que sa colère puisse revenir. C'était un homme très émotif, imprévisible dans les extrêmes, et si imprégné par la boisson elle ignorait ce qui entrainerait le courroux du grand cerf.
Sa main lui toucha la joue, caressant d'un doigt sa peau juste sous son œil. La chaleur de ses paumes la fit frissonner. Elle lâcha une respiration tremblante.
Robert eut un rire timide. « Vous tremblez comme une feuille. Je pensais que vous autres du Nord vous ne pouviez attraper froid ici. »
« On le peut… parfois, » se força t'elle à répondre. Son corps lui criait de fuir, mais sa main la maintenait en place, alors même qu'il n'y mettait aucune force. Il ne pouvait pas la blesser, pensa-t-elle, mais elle avait vu la marque que la Reine avait un jour tenté de camoufler. Un homme capable de faire ça à une femme pouvait le faire à une autre.
Il s'approcha, son visage très proche du sien. Son haleine empestait le vin et la viande morte, sa barbe en portant d'ailleurs encore quelques traces. La couronne touchait presque ses cheveux. Son ventre touchait le sien, mais il ne semblait pas s'en être rendu compte.
« Vous hantez mes jours, je vous vois quand je me réveille, quand je dors, quand je baise. » Il la dévorait du regard, totalement perdu. Il n'y avait pas de désir dans ses yeux, seulement une grande tristesse. Malgré tout, elle était heureuse que sa robe recouvre plus son corps que les précédentes.
« Tu ne me quittes jamais, femme, et je ne suis pas sûr de souhaiter le contraire. »
Il y avait tant d'émotions sur son visage que Robert lui-même ne semblait pas savoir laquelle choisir. Il avait l'air d'une bête sauvage, perdu et confus dans un monde qu'il ne comprenait pas.
Myra osa poser sa main contre la sienne, l'écartant de son visage. « Votre Majesté, je ne suis pas Lyanna. Lyanna est partie. »
Tremblante, elle se demanda si sa voix était réellement convaincante.
Robert accepta de baisser sa main et regarda autour de lui en réfléchissant. Myra saisit sa chance pour reculer d'un pas. Elle jeta un regard à Ser Mandon qui se tenait non loin du Roi, mais vit qu'il leur tournait le dos.
Robert se mit à hurler : « Ce qu'il t'a fait… Ce qu'ils t'ont tous fait ! » Elle ne se sentait pas suffisamment loin de lui. « Et je n'ai pas pu l'empêcher. Par tous les Dieux, je n'ai pas pu sauver la femme que j'aimais. Ned ne m'a plus jamais regardé de la même manière, mais comment le pouvait-il ? Ce salaud refuse même de me dire ce qu'il t'a fait ! Qu'est-ce qu'il t'a fait ?! »
Il s'élança vers elle et lui saisit les bras pour l'empêcher de partir. Il la poussa contre le mur, sans violence, mais suffisamment fort pour lui couper le souffle. Myra ne put s'empêcher de détourner son visage et de fermer les yeux, sentant la panique monter en elle. Il était plus puissant qu'elle, peu importe les forces qu'elle emploierait, elle ne pourrait échapper à sa prise, mais son corps refusait encore une telle notion. Elle était figée de peur, à peine capable de se tenir debout et encore moins de se débattre.
Par tous les Dieux, elle ne voulait pas être là. Elle voulait rentrer chez elle. Elle voulait ses frères. Où étaient Robb ? Jon ? Theon ?
Sa réaction attira son attention et Robert relâcha son étreinte.
« Je suis désolée. Je suis désolée. » Sa main était à nouveau sur sa joue, la caressant de ses grands doigts. Elle sentit une texture humide. Est-ce qu'elle pleurait ? Non, mais il pleurait, lui, et approcha son front contre le sien. Sa couronne était si froide et si lourde qu'elle la retenait prisonnière. « J'aurai dû te sauver, Lyanna. J'aurai dû de sauver et le tuer. Toutes les nuits, je le tue ! »
Robert frappa le mur. Myra sursauta et sentit ses dernières forces la quitter. Libérée de son étreinte, elle serra ses bras contre sa poitrine, tentant de reculer encore plus dans la pierre qui refusait de céder.
« Majesté… Je ne suis pas elle… S'il vous plaît… S'il vous plaît, laissez-moi partir. »
Qu'il la laisse rentrer chez elle. Rentrer à Winterfell. Pour retrouver Robb. Bran. Rickon.
Il recula, son regard assombri. « Tu veux me quitter ? »
Pendant un instant, le temps s'arrêta. Comme avant Myra vit une colère terrible illuminer ses yeux. Quelque chose de grave approchait, et aucune parole ne pourrait calmer la bête qu'elle avait libérée.
« N'étais-je pas suffisant pour toi, Lyanna ? Était-il réellement meilleur que moi ? »
Il. Rhaegar Targaryen. Il croyait que Lyanna l'avait quitté pour Rhaegar.
Et il croyait qu'elle était Lyanna.
Myra n'en pouvait plus. Elle tenta de s'échapper en passant sous son bras pour s'éloigner du mur, mais pour un homme de sa taille et dans son état, le Roi était étonnamment rapide. Ses deux mains la saisirent à nouveau et la rejetèrent contre le mur, bien plus fort qu'avant. Sa tête cogna contre la pierre et le couloir tourna autour d'elle.
« Tu veux courir le retrouver ? C'est ce que tu veux ? »
« Qu... Non… S'il vous plaît… »
Il la plaqua contre le mur à nouveau, ses poings serrant ses bras violemment. Était-il conscient de sa force ? De la rage avec laquelle il la malmenait ? Sa tête lui faisant mal et sa vision était flou. Elle se mit à pleurer.
« Vous me faites mal…. Robert, je vous en prie ! »
« C'est ce que tu veux ? Retrouver Rhaegar pour qu'il te baise comme il l'entend ? Pour qu'il fasse de toi sa putain ?! »
Sa main frappa le mur dangereusement proche de son visage. « C'est ce que tu veux !? »
« Non ! Non, non, s'il vous plaît. »
Pourquoi ne pouvait-elle pas rentrer chez elle. Pourquoi ne la laissait-il pas partir ?
Où était Robb ?
Sa main encercla son menton, forçant son visage vers lui. Son regard furieux ne la quittait pas et elle retint sa respiration. Elle le vit s'approcher encore et attrapa son poignet de sa main libre, bien qu'elle savait son geste inutile.
« Je suis parti en guerre pour toi. » Sa voix était grave, un grognement presque. « Rhaegar Targaryen ne t'aura pas. »
« Rhaegar Targaryen ne peut plus avoir personne, » une voix calme s'éleva de derrière le Roi.
Myra jeta un regard à sa gauche et perçut un éclat de vert. Jaime Lannister se tenait là, dans son armure d'or et de blanc, mais Ser Mandon aussi et ce dernier n'avait toujours pas dit mot. Alors Myra ferma les yeux à nouveau, incapable de les regarder. Était-ce là la noble Garde Royale à laquelle son petit frère souhaitait tant appartenir.
Mais malgré ses peurs, Jaime reprit la parole. « Votre marteau de guerre s'en est assuré, vous vous souvenez, Robert ? »
« Surveille tes paroles, Régicide. Tu m'appartiens toujours. »
« Bien sûr, Majesté, mais elle ne vous appartient pas. »
Myra osa enfin rouvrir les yeux. Jaime la scrutait elle, pas Robert. Son regard était encourageant, l'incitant à ne pas détourner les yeux. Elle prit une grande inspiration et hocha la tête de manière imperceptible. Doucement, elle relâcha le poignet de Robert.
Elle ignorait par quel miracle, mais les paroles de Jaime avaient réussi à atteindre le Roi. Il desserra son étreinte, sa main quittant son visage. Au bout d'une éternité, il s'éloigna d'elle, son visage étrangement indifférent.
Dès qu'il fut suffisamment reculé, Jaime hocha la tête discrètement.
Myra s'éloigna immédiatement pour se réfugier derrière lui. Il se plaça devant elle, s'assurant que personne ne la suive. Robert était immobile, les yeux rivés sur l'endroit qu'elle venait de quitter avant de les tourner vers Jaime. Ils s'observèrent un long moment. Puis Robert lança son énorme poing et frappa son Garde Royal dans la mâchoire.
Elle cria.
Jaime tomba, son armure ricochant contre le sol dans un bruit retentissant. Myra le vit secouer la tête, ses cheveux blonds tombant devant son visage. Ses mouvements étaient lents, mais il se releva, grand et droit devant son Roi. Il ne lui avait jamais paru plus chevalier qu'à cet instant.
« Ce sera tout, Sire ? »
Robert ne disait rien mais semblait terriblement tenté de le frapper à nouveau. Au lieu de ça, il recula et s'éloigna dans le couloir.
Ser Mandon fit mine de partir. « Vous auriez dû rester en dehors de ça. »
« Et moi qui vous croyais muet, » cracha Jaime. « Mais non, vous êtes juste un connard. »
Il ne répondit rien et se contenta de foudroyer son camarade du regard avant de suivre son Roi.
Une fois partis, Myra tomba à genoux. En pleurs, elle serra ses jambes contre son corps. Elle avait beau frotter le tissu de sa robe, rien n'y faisait, elle tremblait toujours. Pourquoi avait-elle si froid ?
Elle aurait pu être chez elle, un endroit bien plus froid, avec sa mère et Robb. Oh Robb, que lui dirait-elle ? Il le saurait, oui, il le saurait, un regard suffirait. Père aussi. Et que ferait-il ?
Et le Roi. Est-ce qu'il oublierait tout ? Et s'il s'en souvenait ? Et s'il s'en moquait ? Ses mains étaient toujours là, elle les sentait la tenir, lui faire mal. Est-ce qu'il recommencerait ? Qui était cet homme au-delà du flirt et des festivités ?
Mon Dieu, c'était trop… beaucoup trop.
Elle perçut un mouvement du coin de l'œil et tressaillit. Elle se pencha en arrière et leva une main en défense.
Debout devant elle, son manteau blanc à la main, Jaime fronça les sourcils. Sa lèvre saignait et il semblait en colère, mais pas contre elle. C'était presque rassurant.
« Je ne vous ferai aucun mal. »
Sa voix était douce et harmonieuse, si différente de d'habitude.
Lentement, elle se détendit et baissa son bras. Il tendit sa main gantée vers elle, lui rappelant tant ce moment à Winterfell, où le Roi lui avait lui aussi tendu la main. Elle hésita, levant la tête vers ses yeux verts, mais ses inquiétudes furent balayées par la patience qu'elle y entraperçu.
Elle prit sa main, lui permettant de la relever. Il l'enveloppa de son manteau. Il était bien plus lourd que ce qu'elle aurait cru, et bien plus chaud aussi. Le froid la quittait enfin tandis qu'elle se laissait escorter par Jaime, sa main lui touchant légèrement le dos au cas où elle tomberait à nouveau.
Ne te fie pas aux Lannister, lui avait dit son père et pourtant à ce moment précis elle avait le sentiment que son seul ami était un Lannister.
Ils parcoururent les corridors silencieux un long moment, Myra ne réalisant pas la lenteur de ses pas. Mais Jaime ne se plaint pas. Il la guidait de la main dans la bonne direction. Elle entendait résonner au loin le bruit de son armure. Ce son était si doux à ses oreilles, si rassurant.
En tournant dans un autre couloir, Myra reconnut l'entrée de la Tour de la Main et s'arrêta. Sa famille était là. Elle pouvait courir les rejoindre. Elle pourrait pleurer. Ils la prendraient dans leurs bras et lui diraient que tout irait bien.
Et puis ils lui poseraient des questions. Ils seraient en colère, son père et Jory, et tous les autres.
Que feraient-ils ?
« Non, non, je ne peux pas, » murmura-t-elle, respirant avec difficulté. « Mon père… Il ne doit pas me voir… Pas maintenant. »
Pas comme ça.
Elle leva les yeux vers Jaime d'un air implorant, imaginant déjà sa colère en comprenant qu'il n'était pas encore débarrassé d'elle, mais son regard était pensif et serein. Il hocha la tête et l'escorta jusqu'à un balcon à l'abris des regards, abrité sous des vignes. La ville était devenue calme et silencieuse ce qui ne fit qu'intensifier son sentiment de solitude.
Elle voulait voir Robb.
Serrant le manteau contre elle, Myra avança vers la balustrade. Jaime la suivit, sa main non loin de son bras. Elle se rendit compte qu'il craignait qu'elle ne saute. Cette idée l'effraya mais elle était touchée qu'il fasse attention à elle.
« Vous pouvez vous cacher ici jusqu'à ce que… Vous retrouviez vos esprits. Personne ne viendra vous chercher là. »
Allait-il la laisser ?
L'idée de rester seule la terrorisait. Peut-être que quelqu'un la trouverait. Peut-être que quelque part Robert arpentait toujours les couloirs, perdu dans un monde envahi de Targaryens et de Lyanna. Qui lui viendrait en aide alors ?
« Pouvez-vous rester avec moi ? » Souffla-t-elle en le regardant.
Un air étrange traversa son visage.
« Si vous le souhaitez. »
Et il resta.
Alors ? Quand je vous disais que les choses devenaient plus sérieuses...
Merci beaucoup Manifestement-Malefoy pour ton commentaire ! Je pense même que c'est grâce à toi que j'ai posté ce chapitre ce soir et non pas dans deux jours comme je l'avais prévu à la base ;)
Oui je suis d'accord, au départ de cette histoire les interactions entre Jaime et Myra ne sont pas nombreuses et plutôt compliquées car si elle réussit parfois à surprendre Jaime, ce dernier est tout de même quelqu'un de très secret et arrogant au premier abord, il ne serait donc pas très crédible de les voir tout de suite devenir les meilleurs amis du monde ! Évidemment, plus l'histoire avancera et plus ils seront amenés à se voir.
Quant aux différents point de vue, c'est une des choses que j'apprécie le plus dans cette fic, elle respecte l'écriture de George R. R. Martin, et donne des textes très subjectifs. Personnellement, les chapitres de Sansa me font plutôt rire tant elle peut être naïve au début ^^
Quant à ce que j'ai pensé de la saison 8... Je vais plutôt t'envoyer un mp si tu le veux bien, sinon j'ai peur que cette réponse de commentaire ne devienne plus longue que ce chapitre ;).
On se retrouve donc au prochain chapitre pour découvrir comment Ned va réagir en apprenant cette affaire...
