Julie : en effet, Gwen est injuste... Snap out of it... oui, mais pour cela, elle va avoir besoin d'aide.

Emelyne35 : très juste, le capitaine abandonne le navire, et Camelot est laissée sans personne pour tenir le gouvernail... à l'exception de Solel, qui a déjà bien du mal à diriger sa propre vie. L'humour, j'aime tellement ça... même si on se rapproche de la fin, je ne peux pas m'empêcher de vous offrir ces petits moments drôles qui pour moi ont fait, depuis le début, le charme de la série...

Ma : en effet, Gauvain se joint à la prochaine expédition ;)

Legend : ça me fait plaisir de t'avoir fait rire !

Gwen n'est pas juste avec Arthur, vous l'avez tous dit, mais le fait est qu'elle va très mal, et Morgane commence à comprendre que la ramener va être beaucoup plus compliqué qu'elle n'aurait cru... Mais Morgane est déterminée, cette fois... J'espère que vous apprécierez ce chapitre et les perspectives qu'il laisse entrevoir :)

CHAPITRE 9

-Tu n'aurais pas dû être aussi dure avec Arthur, murmura Morgane, lorsque Gwen eut refermé la porte après avoir chassé son mari.

-Je ne t'ai pas demandé ton avis, dit la jeune femme, furieuse, en se retournant vers elle.

Morgane la regarda en silence, effrayée par ce qu'elle voyait. Son amie avait maigri, elle n'avait plus que la peau sur les os. Ses yeux ne reflétaient plus ni bonté, ni candeur, juste une peine intense, à laquelle venait à présent s'ajouter une colère noire. Elle était méconnaissable, elle ne se ressemblait plus. Et malgré toutes les nuits que la grande prêtresse avait passées à son chevet, elle n'était toujours pas parvenue à l'arracher au silence qui pesait sur elle, l'enveloppant comme un suaire.

Même pour Morgane, qui était passée par les ténèbres et connaissait leur noirceur, rester auprès de Gwen était une épreuve, tant ce qui émanait d'elle était sombre et pesant.

-Arthur t'aime, Gwen.

-Vraiment ? Dans ce cas, pourquoi me fuit-il ? Je suis sûre qu'avant midi, il sera reparti, vers d'autres lieux, vers d'autres aventures. Loin de moi, quoi qu'il en soit, dit la Reine avec fureur.

Au moins, elle n'était plus plongée dans l'indifférence.

Mais Morgane n'était pas plus optimiste pour autant.

-Ce n'est pas toi qu'il fuit, répondit-elle, essayant de lui faire entendre raison. Ce n'est pas toi, mais cette peine qui t'écrase. Ce n'est pas l'absence d'héritier qui vous séparera, mais cette douleur qui grandit dans ton cœur, si tu ne trouves pas la force de la vaincre. Il faut que tu réagisses, Gwen. Tu es en train de disparaître dans ce deuil qui te dévore.

Gwen détourna la tête et regarda le mur, obstinément.

Elle irradiait de colère.
-Pourquoi as-tu choisi ce moment-là pour revenir ? demanda-t-elle, à voix basse. Pendant des années, j'ai attendu en vain que tu me rendes visite. Mais tu n'as jamais fait le moindre pas vers moi. Pourquoi t'acharnes-tu à rester avec moi, pendant des heures, chaque jour ? Pourquoi maintenant, alors que je n'ai plus envie de voir personne ?

Morgane baissa les yeux sur ses mains.

Lorsqu'elle prit la parole, ce fut dans un murmure lointain et teinté de tristesse.

-J'avais cette amie, Gwen. C'était la fille du forgeron. Elle était douce et bonne et généreuse. Et bien qu'elle ne soit née ni plus noble, ni plus fortunée, ni plus gracieuse qu'une autre, tout le monde l'aimait, parce qu'elle avait une qualité qui la rendait encore plus précieuse que toutes celles-ci réunies. Elle savait prendre soin de ceux qu'elle aimait... Mon amie Gwen était pour moi, jour et nuit. Elle avait ma confiance, et j'avais la sienne. Elle était la seule à savoir combien j'étais terrifiée par mes rêves. Elle était la seule à me serrer dans ses bras pour me rassurer quand rien ne pouvait me réconforter. Et puis, un jour... elle est tombée amoureuse de mon frère; et je l'ai vue, en rêve, hériter d'une couronne. Ma couronne, croyais-je, dévorée par mon ambition. A compter de ce jour, bien qu'elle ne m'ait jamais rien fait, j'ai tout mis en œuvre pour la détruire. J'ai tenté de l'accuser de sorcellerie à tort, afin qu'elle périsse sur le bûcher. Puis, voyant que ça n'aboutissait à rien, j'ai été jusqu'à ramener des morts son amour de jeunesse pour qu'il aille la séduire, l'ensorceler, et la faire tomber en disgrâce, à la veille de son mariage.

Guenièvre ne répondit rien, mais ses lèvres étaient réduites à une mince ligne dans son visage alors qu'elle dardait sur Morgane son regard sombre.

-Ainsi la mémoire de Lancelot, le chevalier au coeur pur, a-t-elle été souillée, et le nom de mon amie Gwen, sali par une faute qui n'était pas la sienne, mais la mienne. Plus tard, j'ai repris mes esprits, j'ai compris tout le mal que j'avais fait à celle que j'aurais du aimer comme une soeur, dit doucement Morgane. Mais alors, il était déjà trop tard, car le mal était fait. Comment aurais-je pu revenir ? J'avais honte.

La grande prêtresse regarda tristement par la fenêtre, et dit :

-J'ai toujours honte. Et la raison pour laquelle je suis ici aujourd'hui, avec toi... la raison pour laquelle je te demande de ne pas tout détruire...c'est pour t'éviter de ressentir la même chose, parce que c'est ce qui t'arrivera, si tu laisses l'amertume et la colère te submerger, et détruire cette bonté qui vit en toi... Si tu vas jusque là, tout comme moi, malgré tous tes efforts, tu ne pourras plus jamais revenir en arrière, ni restaurer complètement la confiance qui aura été détruite entre toi, et ceux que tu aimes. Je ne veux pas que cela se produise.

-Morgane, dit Gwen, en venant s'asseoir près d'elle.

La Reine posa une main sur celle de la Prêtresse.

Leurs regards se croisèrent.

-Je me moque de ce que tu as pu faire autrefois, dit Gwen, en secouant la tête.

-Mais moi, non, répondit Morgane, avec un sourire triste. Ne me dis pas que tout est pardonné. Il me faudrait plus d'une vie pour pouvoir racheter toutes mes fautes et me pardonner enfin à moi-même. Mais ce n'est pas pour ça que je suis là aujourd'hui. Je suis là pour toi. Parce que tu es mon amie, et que j'aimerais t'éviter de faire les mêmes erreurs que moi.

Gwen hocha lentement la tête.

Elle comprenait.

Mais... elle prit une profonde inspiration en passant aux aveux à son tour.

-Je ne peux pas vaincre ma peine. Ce n'est pas comme si je n'avais pas essayé. De toutes mes forces, je voudrais pouvoir avancer. Mais Galaad est chevillé à mon esprit, accroché à ma chair. Je ne peux plus penser à rien d'autre qu'à lui. L'appétit m'a quittée, le sommeil me fuit. A chaque fois que je me rappelle son absence, j'ai envie de crier, de frapper et de mordre. Tu as raison, Morgane. J'ai été odieuse avec Arthur, alors qu'il ne le méritait pas. Mais la vérité, c'est que si je reste ici, je sais que je vais tout détruire... Tôt ou tard, même si c'est ce que je veux le moins. Je finirai par faire du mal à tous ceux qui me sont chers. Je le ferai à cause de ce vide qui crie en moi et qui me submerge.

-Si tu restes ici..., répéta Morgane, inquiète. Mais où voudrais-tu aller d'autre ? Camelot est ton foyer, Arthur est ton mari. Tu ne peux pas partir.

-Arthur mérite d'avoir des enfants, répondit Gwen en la regardant calmement, et ce n'est pas avec moi qu'il les aura.

Morgane soutint ses yeux brûlants sans faiblir.

-Avec ou sans enfants, Gwen, tu es la Reine, et tu es une bonne Reine. Le peuple d'Albion a besoin e toi, et Arthur ne voudrait d'aucune autre femme que toi à ses côtés pour gouverner Camelot. Il t'a confié son cœur le jour où il t'a choisie, et il t'appartient à jamais. Les Pendragon sont ainsi, ils ne reprennent pas ce qu'ils donnent par amour... Si tu le quittes maintenant, tu feras de lui un homme brisé. La peine et l'amertume le changeront en mal. Il ne se remariera jamais. Il n'aura pas d'autres enfants. Il deviendra comme Uther. Il finira par commettre les mêmes erreurs que lui. Tu n'as pas le droit de laisser une telle chose advenir.

-Ce sera encore pire pour lui si je reste. Je vais me retirer de Camelot. Je le dois. Si tu es d'accord, je viendrai finir mes jours au Sanctuaire, à tes côtés.

Morgane secoua la tête.

Quelque chose dans la douleur de Gwen la dépassait. Elle se rendait compte, à présent, qu'elle ne pouvait pas l'aider à elle seule. Elle avait besoin de soutien, de conseils. Bien qu'elle soit la dernière des Grandes Prêtresses de l'Ancienne Religion, elle n'en maîtrisait pas encore tous les avait assemblé tout son savoir par elle-même, et il était donc limité.

Mais il existait parmi les adeptes des sages éclairés qui pouvaient lui apporter leurs lumières.
Morgane avait entendu parler d'une druidesse du nom d'Aliora, une femme du clan de l'Ours dont l'âge était vénérable, et le savoir infini. Elle connaissait, prétendait-on, les secrets de l'Eau et de la Lune.

-Je te demande de m'accorder un peu de temps d'abord, dit-elle à Gwen. Il y a quelqu'un que je dois rencontrer, quelqu'un qui pourra peut-être nous aider.

Gwen regarda Morgane avec douleur.

-La personne dont tu parles aura-t-elle le pouvoir de faire en sorte que les portes d'Avalon s'ouvrent pour me permettre de retrouver mon fils ? Parce que, si ce n'est cela, quand bien même pourrait-elle inverser le cours du temps et faire sortir les rivières de leur cours, commander au soleil se lever à l'ouest et ordonner à la lune de rester toujours pleine, elle serait impuissante à m'aider à recoller les morceaux de mon coeur. Car seuls les yeux de Galaad pourront me ramener à la vie, seule la voix de Galaad pourra guérir mon âme fracturée, seul le rire de Galaad pourra me donner envie de sourire à nouveau, seul l'amour de Galaad pourra me ramener à la vie...

Morgane regarda les larmes qui coulaient sur les joues de Gwen, et elle sut que sa décision était prise. Elle irait consulter Aliora, et, quoiqu'il en coûte, elle découvrirait comment aider son amie.

(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)

Morgane avait quitté Gwen au petit matin et elle se trouvait maintenant en plein cœur de la forêt d'Acétir à la recherche du clan de l'Ours.

Le soleil perçait sous les hautes frondaisons des arbres gigantesques, et le vent agitait les rubans qui étaient accrochés dans les branches pour marquer le début du territoire des druides.

Morgane chanta son nom et ses motifs pour s'annoncer à leur peuple.

Je suis la Grande Prêtresse de l'Ile des Bénis,

Je suis la sœur du Clan de l'Ours

Je viens en paix auprès de mes frères,

Je viens chercher les paroles de sagesse de l'Eau et de la Lune en leur mère Aliora.

La brise se leva tout autour d'elle, et elle entendit une voix lui répondre :

Bienvenue à toi, Morgane Pendragon.

Notre mère Aliora est prête à te recevoir.

Elle s'engagea d'un pas prudent dans les lieux sacrés, et ne fut pas longue à atteindre le campement druidique, qui était installé au bord d'un ruisseau cristallin. Une vingtaine de tentes multicolores étaient installées en cercle, reliées les unes aux autres par de longues lignes où étaient accrochés par dizaines des drapeaux à prières. Entre elles allaient et venaient, avec la sérénité qui caractérisait leur peuple, des hommes et des femmes aux visages paisibles. Leurs enfants jouaient en riant tout autour de l'eau. Le soleil qui tombait sur la scène lui donnait un aspect lumineux et hors du temps.

Alors que Morgane s'avançait, beaucoup de druides lui sourirent, en hochant respectueusement la tête à son attention. Lorsqu'elle eut atteint la première tente, une jeune femme vêtue d'une robe simple, aux cheveux tressés de rubans de laine, se porta à sa rencontre et lui dit d'un ton énigmatique:

-Suivez-moi. Aliora vous attend.

Morgane lui emboîta le pas et elles se dirigèrent vers une grande tente bleue, qui se trouvait un peu à l'écart des autres. La jeune druidesse en écarta les pans pour l'inviter à entrer. A l'intérieur était assise une vieille femme, au visage ridé, aux yeux pâles, presque aveugles. Elle était vêtue de peaux de cerf et ses longs cheveux blancs, soigneusement coiffés, était arrangés autour d'elle comme un manteau immaculé.

-Sagesse de l'Eau et de la Lune, la salua Morgane, en s'inclinant.

-Grande Prêtresse du Sanctuaire, lui répondit l'Ancienne sur le même ton.

-Je suis venue chercher ta parole et tes conseils.
-Et tu les recevras, Morgane Pendragon. Assieds-toi, je t'en prie.

Morgane prit place, en tailleur, face à la vénérable aïeule.

-Que puis-je faire pour toi ? lui demanda Aliora.
-Je recherche de l'aide, non pour moi-même, mais pour une personne qui m'est chère et qui est en peine.
-Qui est cette femme, et pourquoi est-elle en peine ?
-Elle est ma sœur, l'épouse de mon frère bien-aimé, répondit Morgane. Quatre années durant, après leur mariage, son ventre est resté vide, avant que de leur union ne soit enfin conçu le fruit de leur amour. L'enfant, nommé Galaad, n'a été porté que trois mois avant d'être arraché à la chair aimante de sa mère par le fer d'un assassin. Depuis lors, le chagrin s'est emparé du cœur de ma soeur. Ce n'est pas là le chagrin d'un deuil ordinaire, mais une noirceur qui la plonge dans le silence et qui l'éloigne des siens. Malgré tous mes efforts, je n'ai pas pu l'aider à surmonter sa peine, et je crains que si elle se prolonge, ma sœur ne finisse par être perdue, pour toujours.

-Rares sont les enfants dont le deuil est à ce point difficile lorsqu'ils sont retirés à leur mère avant leur naissance, dit Aliora, d'une voix lente. Mais il arrive parfois que la Source choisisse un être dès sa conception pour le combler de la grâce de la magie, et que celle-ci s'invite alors dans le ventre maternel pour le combler de son pouvoir merveilleux. L'enfant ainsi élu se trouve doté d'un nom, et d'un destin, bien avant de se retrouver au sein de sa mère. Et le lien, entre sa mère, et lui, devient beaucoup plus puissant qu'au cours d'une grossesse ordinaire, car au travers de la magie, ces deux êtres, partageant la même chair, se connaissent l'un l'autre intimement en esprit. Les femmes du Clan de l'Ours se transmettent, de mère en fille, l'histoires des grandes druidesses qui portèrent des enfants magiciens. Shalayak, mère de Nimueh, était visitée en rêve par sa fille et s'entretenait avec elle du futur de l'Ancien Culte. Zaria, mère de Méridar, pouvait lorsqu'elle était enceinte de son fils commander à l'été comme à l'hiver, alors qu'elle n'avait jamais manifesté de pouvoirs magiques auparavant.

L'aïeule tourna son regard sage et lumineux vers Morgane.

-Toute femme a du chagrin lorsqu'elle perd un enfant, Morgane Pendragon. Mais toute femme sait aussi qu'une grossesse est un présent fragile, qui peut autant se terminer dans le deuil que dans la joie. Telle est la magie de l'Eau et de la Lune que les femmes portent dans leurs ventres. Imprégnée par la mort, autant que par la vie, régie toute entière par les forces de l'Equilibre. C'est pourquoi les larmes de leur deuil ne sont pas destinées à durer. Cependant, lorsqu'un enfant est élu par la Source, c'est qu'il est destiné à vivre, et non à mourir. Dans le cas de ta soeur, c'est le fer, qui a tranché le fil de la vie de Galaad. Le fer est l'instrument des hommes; il ne participe pas de l'équilibre de l'Eau et de la Lune. Il n'a rien à voir avec le don de vie et de mort qui appartient aux femmes. L'enfant a été retranché de l'avenir de la magie. C'est un grand préjudice qui a été causé, à sa mère, comme à lui, mais aussi à la Source, et à l'Equilibre.

-Ce que vous dites, c'est que Galaad... aurait dû voir le jour, murmura Morgane.

-Ton neveu était destiné à être un grand Prince, et il aurait un jour fait un grand Roi, dit Aliora. Un roi dont le nom aurait été jusqu'à surpasser celui de son père dans la mémoire des hommes... Quelqu'un a contrecarré les plans de la magie. Galaad le bien nommé n'était pas destiné à mourir. Sa vie était inscrite dans le livre des grands magiciens. Le même livre où figure ton nom, et celui du puissant Emrys. Lorsque ta sœur pleure ce fils, elle ne pleure pas seulement l'enfant qu'elle a perdu, mais l'homme qu'il aurait dû être, et la lumière qu'il aurait apporté au monde. Son chagrin n'est pas un chagrin ordinaire, et c'est pourquoi il la détruit lentement.

-Existe-t-il un moyen de l'aider ? demanda Morgane, le coeur serré.

-Oui, dit Aliora. Mais ce ne sera pas facile, même pour la dernière des grandes Prêtresses de l'Ancien Culte, et si tu choisis de le faire, ce ne sera pas sans sacrifices non plus.

-Nous parlons de ma sœur, dit Morgane. Je suis prête à faire tout ce qui sera nécessaire pour l'aider.

L'ancienne hocha la tête, avec satisfaction.

-Il existe une source, dans les Terres du Nord, par-delà les frontières du royaume d'Annis. Elle jaillit entre les pierres sacrées d'Edel Terek, haut lieu du Culte de l'Eau et de la Lune, où les anciennes prêtresses venaient jadis accoucher les enfants magiciens. Comme l'Ile des Bénis, Edel Terek est l'une des portes qui permettent d'accéder aux Terres Invisibles qui se trouvent au-delà des Grandes Eaux. En ce lieu, les soirs de pleine lune, le voile qui sépare le monde des vivants d'Avalon l'éternelle peut être soulevé... C'est là qu'il te faut emmener ta sœur.

Aliora prit un objet emballé dans une étoffe précieuse, et l'offrit à Morgane.

-Tu prendras la Corne d'Edel avec toi, dit-elle, et lorsque vous serez déscendues dans l'eau sainte, tu la feras sonner pour ouvrir les Portes du Monde des Esprits. Alors, ta sœur pourra voir son enfant. Lui seul a le pouvoir de la libérer de sa tristesse. Lui seul peut lui restituer la part d'elle-même qu'elle a perdue lorsque le fer les a arrachés l'un à l'autre.

-Vous avez parlé d'un sacrifice, reprit Morgane. Mais j'ai renoncé à pratiquer la Magie du Sang et les Arts Noirs.

-N'aie crainte, c'est bien d'un sacrifice à la Magie qu'il s'agit, mais aucunement de cet ordre, lui répondit la druidesse. Le voyage en direction d'Edel Terek est un pèlerinage sacré. Si tu l'entreprends, tu dois faire le vœu de n'utiliser tes pouvoirs d'aucune manière, jusqu'à ce que tu sois entrée dans l'eau de la Source. Attention, cependant, car si tu enfreins ce vœu, de quelque manière que ce soit, au cours de ton périple, lorsque la Corne d'Edel ouvrira les Portes du Monde des Esprits, c'est ta sœur qui sera réclamée comme paiement. Alors, au lieu de la retrouver, tu la perdras toujours...

Morgane frissonna à ces paroles.

-Pas de fer, dit Morgane, en secouant la tête. Donc... pas d'épée. Si nous devons voyager seules, sans magie, ni épée, comment nous défendrons-nous ?

-Les règles du pèlerinage sont les mêmes depuis des siècles, dit Aliora. Et elles ne peuvent être changées... Lorsque vous serez prêtes à partir, toi et ta sœur, vous vous rendrez au lac d'Avalon, et vous scellerez votre vœu en réalisant le rituel suivant. Trois jours durant, vous observerez le jeûne le plus strict puis, vous entrerez dans le lac pour vous y baigner et vous prononcerez votre serment à la Dame qui l'habite sur ces paroles : Je me consacre à vous, Gardienne des Portes d'Avalon, jusqu'à ce que sonne le Cor d'Edel à la Source Sacrée d'Edel Terek. J'observerai le Pèlerinage de l'Eau et de la Lune dans le respect des Anciennes Règles. Je ne porterai pas de fer. Je ne mangerai pas de chair. Et je n'userai pas de magie, jusqu'à ce que sonne le Cor d'Edel à la Source Sacrée d'Edel Terek. Lorsque vous aurez fait votre voeu, la Dame du Lac vous donnera sa bénédiction en faisant apparaître une rune sacrée au-dessus de vos cœurs. Alors vous devrez briser votre jeûne, avec un rayon de miel. Et pendant tout votre voyage, vous respecterez votre serment. Vous voyagerez à pied, sans apporter avec vous ni or, ni bijoux. Et il vous faudra prier chaque jour afin de vous en rapprocher du monde des esprits et d'être prêtes lorsque les Portes d'Avalon s'ouvriront pour vous.

-Et si nous respectons toutes les règles, et si nous arrivons au terme de notre périple ? demanda Morgane.

-Le voile se soulèvera, et ta soeur pourra voir son enfant, promit Aliora.