Chapitre 10

Daniel observait du bord de la pièce comme Jack prenait le commandement. Le pouvoir était une chose subtile, songea-t-il, une aura entourait l'homme – confiance, détermination et une attente que ses ordres seraient suivis sans remise en question. L'uniforme aidait aussi.

Jack distribua ses ordres avec une efficacité aisée, envoyant des hommes et des femmes se précipiter hors de la pièce pour contacter la police, coordonner la défense de la base, surveiller la maison de Sam, essayer de trianguler son téléphone portable et davantage.

Mais comme Daniel observait, il réalisa que Jack travaillait avec une assurance qu'il ne partageait pas entièrement. Ne désirant pas exprimer son désaccord pendant qu'ils étaient en public, Daniel attendit jusqu'à ce que le dernier militaire ait quitté la pièce avant de se diriger vers le bureau où Jack étudiait la carte du Colorado. Il prit un siège et dit, « Où pensez-vous qu'il l'ait emmenée ? »

« N'importe où il y a de la technologie », répondit Jack, son attention ne quittant pas la carte. « Quelque chose pour fabriquer plus de réplicateurs. Accroître leur nombre, créer une puissante base. Quelque part où il sera en sécurité… » Sa voix mourut, mais Daniel n'avait pas besoin qu'il termine la phrase. Il savait que Jack pensait à Sam, et imaginait le pire.

« Pensez-vous que c'est pour cela qu'il est ici ? » demanda-t-il prudemment. « Pour créer une puissante base ? Pour envahir la planète ? »

« C'est un réplicateur. C'est ce qu'ils font ».

« Est-ce le cas ? Il est venu ici pour Sam ».

Jack ne leva toujours pas les yeux. Mais Daniel suspecta que sa vérification résolue des cartes était du bluff, une façon d'éviter de croiser son regard. « Je me fiche de savoir pourquoi il est ici. Il est ici et nous devons l'éliminer ».

Daniel cligna des yeux. « Ah… l'éliminer ? »

« Oh, nous y voici… » La voix sèche de Jack était plus qu'un avertissement.

Mais Daniel refusa d'être intimidé. « Non. Je… Nous allons le tuer ? Juste comme ça ? »

« Juste comme ça quoi ? »

« Eh bien, sans même lui donner un-- »

« Un quoi ? » Jack le regarda enfin, ses lèvres se crispant avec colère comme il se levait. « Vous voulez lui faire un procès d'abord ? Lui engager un avocat ? »

Refusant de relever la pique, Daniel dit juste, « Nous ne savons même pas pourquoi il est ici. Ou pourquoi il a enlevé Sam ».

« Très bien », acquiesça Jack d'une voix sarcastique, « peut-être qu'il l'a emmenée à Disneyland ? C'est un 'réplicateur', Daniel. Pourquoi bon sang 'pensez-vous' qu'il est ici ? »

« D'après Sam et Jonas, Numéro 5 était plus humain que-- »

Le poing de Jack s'abattit violemment sur le bureau, faisant sursauter Daniel. « Vous », gronda-t-il, « n'étiez pas là ».

« J'ai lu leurs rapports », contra calmement Daniel. « Numéro 5 semblait être gentil et empathique. Humain. Peut-être qu'il est juste venu ici pour parler ? Ou pour-- »

« Il a enlevé Carter ».

« Ou pour comprendre pourquoi elle l'avait abandonné comme-- »

« Il a 'enlevé' Carter ».

« Il voulait peut-être juste-- »

« Daniel ! » aboya Jack furieusement. « Il a 'enlevé' Carter. 'Je' l'ai envoyé chier, et maintenant 'il a enlevé' Carter ! »

« Et vous présumez qu'il va lui faire du mal ? »

Jack secoua la tête et se détourna brusquement. « Je n'ai pas de temps pour ceci ».

Daniel l'arrêta d'une main sur son bras. « Alors, prenez-le ! Vous ne pouvez pas tempêter comme un taureau dans un magasin de porcelaine sans aucune idée du 'pourquoi' il est ici ! Ou 'ce' qu'il veut ! »

« Elle l'a trahi », dit Jack, dégageant son bras avec colère. « Il veut lui faire du mal. Nous faire du mal à nous tous ».

Daniel ne dit rien pendant longtemps, réfléchissant à sa réponse. Mais à la fin il devait montrer l'évidence, même si c'était douloureux pour son ami. « Juste parce que c'est ce que vous vouliez faire, Jack, cela ne signifie pas que c'est ce que Numéro 5 veut faire ».

Jack se tourna à demi, son visage de profile – tout en angles et culpabilité. « Pardon ? »

« Elle vous a trahi aussi, n'est-ce pas ? » dit Daniel rapidement. « Et vous vouliez la blesser. Vous 'l'avez' blessée. Vous l'avez ignorée pendant quatre ans, et ne prétendez pas que vous ne saviez pas combien cela lui faisait mal ».

La mâchoire de Jack se crispa, sa bouche se crispa en une ligne fine. « Cela n'a rien à voir avec-- »

« Je pense que si. Tout ce que nous savons de Numéro 5 suggère qu'il est non violent. Mais vous supposez qu'il est ici pour blesser Sam et prendre sa revanche sur la planète ».

Doucement, Jack se retourna. Ses yeux sombres flamboyaient comme les nuages de tempête, meurtris et coléreux. « Il lui faisait complètement confiance », grinça-t-il. « Il lui a permis d'entrer dans sa tête, se rendant complètement vulnérable. En retour elle lui a promis un futur. Une vie ». Sa bouche se tordit en une grimace aigre. « Puis elle l'a poignardé dans le dos. Faites-moi confiance en cela, Daniel, il 'veut' lui faire du mal. Sérieusement ».

Daniel déglutit, la conviction passionnée de Jack minant la sienne. « Jack… »

« Il est seulement 'humain', d'accord ? » ajouta amèrement Jack. « N'est-ce pas l'important ? »

Daniel ne dit rien. Que pouvait-il dire ? C'était la vérité il ne savait pas si Jack avait parlé de lui-même ou de Numéro 5. Peut-être les deux. D'une manière ou d'une autre, son argument l'avait convaincu. La vengeance était, en effet, une émotion très humaine.

ooo

Sam s'assit sur l'herbe humide de rosée à l'extérieur du complexe de Cheyenne. Et, bien qu'il faisait froid, le soleil était chaud, elle était consciente simultanément de sa soif et du froid glacial de la nuit du désert. //S'ils ne me retrouvent pas bientôt,// pensa-t-elle faiblement, //il ne restera rien de moi à retrouver.//

« Vous avez une grande foi en eux », observa Numéro 5 de là où il se tenait, un peu plus loin. « Malgré votre trahison, vous leur faites confiance ».

« C'est un autre aspect d'humanité », lui dit-elle. « Le pardon. Et la loyauté, quoi qu'il en soit ».

« Ha ! » aboya Numéro 5, son rire acide et désabusé. « Loyauté ? » Il se tourna et marcha vers elle et elle fut frappée par le dégoût dans ses yeux. « Vous espérez la loyauté, sans en donner ! »

Secouant la tête avec lassitude, elle soupira. « Ce n'est pas vrai ».

« Non ? Vous estimiez O'Neill au-dessus des autres hommes et vous vous donnez à un autre ! »

« Nous n'avions pas le 'droit' d'être ensemble ! » contra-t-elle. « Vous ne pouvez pas comprendre ».

Il s'accroupit à nouveau, près de son visage. « Je ne peux pas ? Je pense que je comprends peut-être mieux que vous ne le réalisez. Rappelez-vous que Premier était à l'intérieur de la tête d'O'Neill. Et j'ai partagé tout ce que Premier a vu ».

Elle releva son menton, provocante. « Alors, vous savez qu'il a compris ».

Numéro 5 la regarda étrangement, inclinant sa tête comme pour mieux la voir. Tout ce qu'il dit fut, « Je comprends 'ceci'… »

ooo

Ils arrivaient ! Il pouvait entendre le martèlement de leurs pieds. Ils arrivaient et il ne pouvait pas traverser le champ de force. Il ne pouvait pas l'atteindre. Il commença à frapper le panneau de contrôle, le choc de chaque coup ébranlait ses épaules engourdies.

« Mon Colonel, il n'y a plus le temps ! »

Il l'ignora. Il fallait qu'il y en ait ! Il leva les yeux, sur elle et au-delà. Il ne pouvait voir rien d'autre, mais il pouvait encore entendre les sons. Ils étaient si près et elle était seule, sans arme et sans défense. Quelque chose dans sa poitrine se crispa avec désespoir et il tourna son attention survoltée et vaine sur le champ de force, le frappant avec une férocité qui l'aveuglait. Il devait la sortir de là ! Il ne pouvait pas l'abandonner ici. Pas comme cela. Pas de cette façon.

« Mon Colonel… »

« Je sais, je sais ! » Elle avait raison, il devait partir. Au fond de lui il savait qu'elle avait raison, mais cette connaissance était insignifiante comparée à l'absolue nécessité de la sauver. La pensée de la laisser là, de la perdre… Sa peur le rendit désespéré, irrationnel.

« Mon Colonel ! Allez-vous-en… »

Nom de Dieu ! « NON ! »

Soufflant bruyamment, transpirant et en colère, il se retrouva piégé par ses yeux. Et pour la première fois, il comprit la vérité. Il la vit reflétée sur son visage, une vérité que ni l'un ni l'autre ne pouvait admettre. Et maintenant, une vérité que ni l'un ni l'autre ne pouvait nier. Elle ne dit rien, elle n'en avait pas besoin, l'implorant silencieusement de se sauver. Mais il ne pouvait la laisser. Quelque chose résonna entre eux, un aveu joyeux, angoissé, impossible de leurs sentiments qu'ils avaient portés pendant si longtemps.

L'amour.

Il sentit le mot balayer ses lèvres avec une stupéfaction qui défia une vie d'expériences et de déceptions. Après tout – ici, maintenant, enfin – il savait qu'il avait à nouveau trouvé le centre de sa vie. Il l'aimait, et il vit cet amour reflété et renvoyé dans ses grands yeux angoissés.

Tout s'évanouit. Les mensonges, les dénégations et les insécurités furent tous consumés par la certitude que c'était la fin. Tout ce qui restait était la vérité. Il l'aimait. Et soudain il ne se préoccupa pas de l'ombre de la mort qui s'approchait.

Il préférait mourir que de perdre Carter.

ooo

« Oh, mon Dieu ! » aspira Sam dans un souffle en frissonnant, les violentes émotions de Jack la laissant comme vidée. Elle ramena ses genoux contre sa poitrine et y pressa son visage contre le fin coton de son pyjama. Il ressentait 'tellement', si terriblement profondément, si 'complètement'. C'était accablant.

« Il aurait préféré mourir que de vous quitter », dit Numéro 5, sa voix froide tombant comme de la glace brisée dans les ténèbres de son esprit. « Vous le saviez quand vous l'avez quitté ».

Elle ferma étroitement les yeux, désirant sortir ces images de sa tête. Mais elle pouvait 'ressentir' son amour pour elle, brûlant avec une chaleur qui la laissait frissonnante. Et maintenant, quand elle se rappelait le regard douloureux qu'il lui avait jeté alors qu'elle marchait dans l'église, elle comprit pour la première fois la profondeur de la douleur qu'elle avait infligée il aurait préféré mourir que de la perdre.

Il aurait préféré mourir, et pourtant elle s'était éloignée de lui. L'abandonnant. Sa gorge se comprima de culpabilité – Numéro 5 avait raison, elle l'avait trahi. Le temps et la distance avaient dissimulé leur promesse muette par une épaisse réglementation poussiéreuse, elle avait oublié le feu dans ses yeux ce jour-là, quand tout avait été révélé. « Je suis désolée », murmura-t-elle à l'homme dans sa tête, l'homme dont les sentiments résonnaient encore à travers son cœur.

Le rire de Numéro 5 était amer. « Et cela ne se finit pas ici, Samantha. N'est-ce pas ? »

Elle leva la tête, ses yeux las fixant son tourmenteur. « Que voulez-vous dire ? »

« O'Neill n'est pas le seul que vous avez trahi ». Ses sourcils se levèrent légèrement à sa confusion. « Avez-vous oublié votre mari, Samantha ? Avez-vous oublié votre déloyauté envers lui aussi ? »

ooo

Jack émergea de sa nuit sans repos, plein de craintes, de regrets et de culpabilité, dans un matin trop brillant pour ses yeux. Il était tôt et faisait froid, mais les tentes étaient déjà actives et il vit Daniel buvant un café et parlant avec sérieux à quelqu'un que Jack ne voyait pas. Probablement un policier, supposa-t-il. 'L'incident' avait été géré de la surface, étant donné que Carter avait disparu sur Terre et non off-world. Et étant donné qu'ils n'avaient pas le choix sinon de demander à la police de localiser sa voiture qui avait disparu, cela nécessitait une liaison entre eux et l'Air Force, ce qui était plus facile en surface que cela n'aurait pu être vingt étages sous la montagne derrière les postes de sécurité inexplicables.

Traversant d'un pas lourd l'herbe humide de rosée, Jack se pencha sous la bâche qui couvrait leur équipement et se dirigea vers le café. « Des nouvelles ? » demanda-t-il à Daniel, interrompant la conversation de son ami.

« Non », vint la réponse calme. Suivie de, « Umm, Jack… Matt est ici ».

Il se retourna si vite qu'il répandit du café chaud sur sa main, et se maudit en silence comme il regardait par-dessus et vit que l'homme avec qui Daniel parlait était en fait le mari de Sam. Les yeux de Matt étaient rouges et cernés par la lassitude, son visage pâle c'était un visage de dévastation et de perte. « Matt », acquiesça Jack, se débarrassant du café sur sa main avant de l'essuyer sur son uniforme et puis la tendant vers Matt. « Vous tenez le coup ? »

Matt serra sa main fermement, mais il n'y avait pas de vie dans ses yeux bleus. « A peine »

« Nous la 'retrouverons' », lui assura Jack, espérant que sa détermination donne l'impression d'une inquiétude professionnelle et non de désespoir.

« Ils n'ont rien voulu me dire », se plaignit Matt, s'asseyant et serrant ses mains nerveusement. « Tout comme les autres fois ».

Jack échangea un regard prudent avec Daniel, qui fit un petit haussement d'épaules. Que diable faisait-il ici de toute façon, voulut savoir Jack. Mari ou pas, ce n'était pas la place des civils.

« Une fois », continua Matt, « elle est rentrée avec des brûlures sur tout un bras. Elle disait qu'elle avait travaillé dans un labo en Russie, mais… » Il jeta un coup œil à Jack, légèrement accusateur. « Nous savions tous les deux qu'elle mentait. Je veux dire, j'ai deviné. Que ce qu'elle fait est secret. Sécurité nationale. Mais je suis son 'mari' et si elle est en danger-- » Sa voix se cassa et Jack fut déconcerté de voir des larmes couler de ses yeux. Mon Dieu, il n'était pas doué pour s'occuper des hommes qui pleuraient ! Il lança un regard désespéré à Daniel qui, avec un roulement de ses yeux, tendit une main compatissante sur l'épaule de Matt.

« Ca va aller », dit-il. « Nous allons la retrouver. Vous avez besoin de prendre du repos, Matt. Je vais demander à notre docteur de vous examiner. Peut-être prescrire quelque chose pour vous aider à dormir ».

« Je ne veux pas dormir », s'étrangla Matt entre deux larmes.

« Je sais », acquiesça Daniel. « Mais vous en avez vraiment besoin. Allons-y et-- »

« Colonel O'Neill ! » Un jeune lieutenant que Jack ne reconnut pas se glissa sous la bâche, rouge d'excitation. « Monsieur, ils ont trouvé sa voiture ! »

Soulagement et peur se rencontrèrent violemment dans la poitrine de Jack, et seules les années d'expérience lui permirent de garder le contrôle de sa voix. « Où ? »

« Utah, monsieur ».

« Utah ? » Que diable ? « Où ? »

« Juste à la sortie de la route nationale 89, de l'autre côté de Lake Powell ».

Jack se retourna vers la carte étendue sur le bureau tout près, trouvant rapidement la route. Eh bien, cela n'avait absolument aucun sens. « C'est au milieu de nulle part », dit-il, levant ses yeux troublés vers Daniel. Il n'y avait pas de technologie là-bas. Rien qui pouvait intéresser Numéro 5. Cela n'avait pas de sens. Daniel leva les sourcils dans un angle voulant dire clairement 'je vous l'avais dit'. Se renfrognant, Jack allait parler quand Matt y mit son grain de sel.

« Et à propos de Sam ? » demanda-t-il au lieutenant. « Est-elle là-bas ? »

Le garçon fixa Matt, puis se retourna vers Jack, ne sachant visiblement pas s'il devait répondre à ce civil inconnu. « Allez-y », acquiesça Jack bourru.

« Voici le mari du Colonel Carter », expliqua Daniel.

« Je suis désolé », dit le lieutenant à Matt. « Il n'y avait pas de signe du Colonel Carter. » Puis il se retourna vers Jack. « Monsieur, la police a bouclé la zone et ils attendent d'autres instructions ».

« Dites-leur que nous arrivons ». Il congédia le garçon avec un hochement de tête sec, avant de se retourner vers Matt. « Vous restez ici », dit-il, injectant délibérément plus qu'une note de commandement dans sa voix. Il n'avait pas le temps pour argumenter et il n'y avait pas de 'raison' pour que n'importe quel civil s'approche de près de Numéro 5 et de ses potes réplicateurs. « Daniel, avec moi. Nous partons dans cinq minutes ».

« Jack ? » l'appela Matt, avant même qu'il ait quitté la tente. Doucement Jack se retourna. « Ramenez la vivante. Si je la perdais… »

Jack acquiesça doucement. « Je sais », dit-il, comprenant pleinement la douleur de perdre Carter. Et rendu malade par le fait que, étant donné l'opportunité, il savait qu'il aurait pu la détourner de Matt en un battement de cœur.

Quel diable d'homme cela ferait-il de lui ?

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Le terrain défilait sous les battements des pâles de l'hélicoptère, se transformant graduellement en un paysage alien rouge du désert de l'Utah. C'était trop bruyant pour converser, aussi Daniel s'occupait alternativement en regardant le paysage et en étudiant l'homme assis en face de lui.

Jack ruminait. Son visage était aussi dur que le fer comme il fixait le monde qui défilait, comme si par la seule volonté il pouvait les faire bouger plus vite. Mais comme il l'observait, Daniel réalisa qu'une fois qu'ils auraient retrouvé Sam – et il refusait d'envisager toute autre issue – la souffrance de Jack ne serait pas terminée. Il n'y avait pas de doute dans son esprit maintenant que les sentiments de Jack pour Sam n'avaient jamais diminué, malgré les quatre ans qu'ils avaient passés séparément. En fait, il soupçonnait que l'absence avait seulement ajouté un éclat de nostalgie à leur relation. Sam était l'amour qu'il avait perdu, de ce 'qui aurait pu être' qui était non partagé et irrésolu. Et maintenant, ayant redécouvert ses sentiments, Jack devait la renvoyer dans les bras de son mari aimant. Il secoua la tête, retournant son attention vers les roches rouges en dessous.

Cela devait faire mal.

« Colonel O'Neill ? » la voix du pilote parvint à travers l'écouteur que Daniel portait. « Nous approchons des coordonnées, monsieur ».

« Compris », répondit Jack. « Déposez-nous ».

L'estomac de Daniel se retourna comme l'hélicoptère virait et commençait sa descente. Jack lui fit un signe de tête rassurant comme il commençait à aboyer les ordres à travers la radio du copilote. Daniel ne dit rien, fixant le sol qui se rapprochait rapidement et se demandant s'ils n'étaient pas en train d'utiliser un marteau-piqueur pour casser une noisette.

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Elle laissa tourner le moteur, effrayée d'enlever ses mains du volant et la clé de contact. La tentation de tout mettre de côté, d'avoir juste cet unique moment de liberté avec lui, était presque irrésistible. Et elle ne se faisait pas confiance pour être assez forte.

De son côté, elle l'entendit soupirer et dire, « Merci pour la course ».

« Merci pour les photos », dit-elle doucement, désirant dire quelque chose de mieux. « J'ai passé une agréable soirée ».

« Oui », répondit-il, sa voix sèche et brève. « Moi aussi ». Elle lui jeta un coup d'œil, doutant de la vérité de ses mots. Il semblait aussi malheureux qu'elle. « Sérieusement », l'assura-t-il, bien que son regard craignait de rencontrer le sien. « J'ai passé un bon moment. Et je suis content que nous ayons eu une chance de, vous savez, se rattraper ».

Avoir eu une chance ? Elle l'observa attentivement, voyant une résolution sur son visage qui la glaça. « Ca ressemble à un adieu ». Il se détourna, ses sourcils se fronçant alors qu'il s'efforçait de trouver une réponse. Il n'avait pas besoin de le faire. « Vous partez ? »

« Je crois », soupira-t-il, levant les yeux tristement. « C'est probablement une bonne idée ».

« Probablement ». Mais elle cracha presque le mot. Elle en avait marre des bonnes idées et de faire les choses qui devaient être faites. Elle se sentait piégée par le devoir, attachée par l'honneur et elle rêvait de liberté pour être juste elle-même. Pour une fois dans sa vie, ne pouvait-elle pas faire ce qu'elle voulait au lieu de ce qui était attendu ? Mais elle ne pouvait rien dire de tout cela, n'est-ce pas ? Ce n'était pas ce qu'elle était. Ce n'était pas ce qu'ils étaient. Aussi tout ce qu'elle dit fut, « Vous resterez en contact ? »

Il hésita. « Je-- »

« Je ne veux pas que ceci soit un adieu ! » cria-t-elle, son contrôle s'effilochant sur les bords. « Je ne peux-- » Le refoulement la rendait malade, sa vie entière avec Matt ressemblant à une chape de plomb la poussant dans un bourbier terne de conformité et de devoir. Elle détestait cela ! Elle voulait être libre, de vivre et d'aimer comme elle désirait. L'effort de se maintenir à l'intérieur des lignes du devoir qu'elle s'était tracée elle-même lui faisait serrer le volant à s'en blanchir les doigts. Une larme échappa à son contrôle et glissa pathétiquement sur sa joue. Elle l'essuya, en colère contre elle-même et les choix qu'elle avait faits – les choix qu'elle faisait encore.

Mais alors, à travers sa douleur oppressante, elle sentit le contact inattendu de ses bras se glissant autour de ses épaules. Deux mots murmurés quittèrent ses lèvres. « Venez-là ».

Elle eut l'impression de se mouvoir comme si elle avait des entraves, ses membres plombés par son self-contrôle alors qu'elle détachait ses doigts du volant et répondait à son étreinte. Ses bras vinrent autour d'elle et elle enfouit son visage contre son épaule, un répit temporaire à sa vie de dénégation. « Ce n'est pas juste », murmura-t-elle d'une voix entrecoupée. « Ce n'est pas juste ».

« Je sais ». Il caressa ses cheveux, lui rendant la vie à chaque contact. « Je suis désolé ».

Tout ce qu'elle voulait était de l'embrasser, de défaire la laisse qui la retenait en échec. Juste une fois. Sa voix trembla sous l'effort de ne pas agir selon ses désirs. « Pour quoi ? » réussit-elle à murmurer.

« Pour tout ».

Elle rit d'un rire creux et se dégagea, mais il ne voulait pas la laisser partir et laissa traîner ses doigts sur ses bras jusqu'à ce qu'il ne tienne que ses mains. Il semblait aussi angoissé qu'elle, inaccessible et irrésistible. Cela lui prit toute sa force pour ne pas presser ses lèvres contre sa bouche et de jeter en l'air la prudence qui avait guidé sa vie. « Vous ne pouvez vous blâmer pour ceci », soupira-t-elle. La faute était uniquement sienne. Si seulement elle avait eu la force d'attendre. Si seulement elle avait le courage de partir… La culpabilité lui donna envie de vomir, s'élevant à travers son désir contrarié comme une nappe d'huile. « Vous devriez partir », murmura-t-elle, effrayée de ce qu'elle pourrait faire. « Avant… »

Il se détourna, et elle ne manqua pas l'éclair de déception dans ses yeux comme il lâchait ses mains et saisissait la poignée de la portière. « J'écrirai, ou quelque chose comme ça ».

Sam rit amèrement à cette vaine promesse. « Merci ».

Et alors, sans un regard en arrière il ouvrit la portière et sortit de sa voiture. Et de sa vie.

Elle passa une vitesse, accéléra et s'enfonça dans l'obscurité. C'était fini. Il était parti. Et tout ce à quoi elle pouvait penser était Matt, et le poids oppressant des chaînes qui la liaient à lui.

ooo

Les yeux de Sam étaient emplis de larmes alors qu'elle laissait les souvenirs derrière elle, et elle fixa à travers elles Numéro 5 toujours accroupi devant elle. « Vous avez raison », dit-elle doucement. « J'ai tout bousillé. Je ne peux le nier. Est-ce de cela qu'il s'agit ? Mais… » Elle se détourna, au-delà de la montagne rêvée. « Ne le voyez-vous pas ? Je ne suis pas spéciale. Je suis juste humaine. J'ai fait des erreurs. De grandes. Et je dois vivre avec ».

Le visage de Numéro 5 s'adoucit légèrement, montrant une lueur de curiosité et d'innocence qu'elle tirait de lui pour la première fois. « Comment supportez-vous cela ? »

« C'est difficile. Cela fait mal », expliqua-t-elle. « Vous essayez et faites ce qui est le mieux. Parfois vous le faites mal, mais vous pouvez seulement essayer ».

« Quand vous m'avez abandonné », dit Numéro 5, sa colère se manifestant d'elle-même, « vous pensiez que c'était mal. Mais vous l'avez fait quand même ».

« Oui », acquiesça-t-elle, si lasse maintenant que cela était un effort de parler. Combien de temps, dans le monde réel, avait-il passé ? Combien de temps depuis qu'elle avait bu ou mangé quoi que ce soit ? « Je ne voulais pas utiliser votre confiance contre vous. Mais le Colonel O'Neill avait raison – s'il n'avait pas pris cette décision, nous serions tous morts et Premier et les autres seraient-- Ils auraient détruit notre galaxie. Je ne voulais pas vous abandonner. Mais c'était une bonne décision ».

Il se détourna d'elle, fixant l'herbe humide. « Mon sacrifice en valait la peine ».

« Ce n'était pas personnel », dit-elle doucement. « Le Colonel O'Neill se serait sacrifié lui-même – nous tous – pour mener à bien la mission ».

« Il ne vous aurait pas sacrifiée ! »

« Si, il l'aurait fait », contra Sam. « Vous savez qu'il l'aurait fait ».

Les yeux de Numéro 5 furent à nouveau sur elle, la sondant. « Quand vous étiez possédée par l'entité », dit-il pensivement. Et elle acquiesça, priant silencieusement qu'il n'allait pas la ramener à l'horreur de ce souvenir. « Il vous aurait tuée ».

« Il pensait qu'il devait ».

« Et vous lui avez pardonné ? »

Il était assis sur l'herbe à présent, ses yeux coléreux désorientés par les émotions dont elle doutait qu'il eût l'expérience pour les comprendre. Mais elle savait que c'était important. C'était vital. Si elle voulait une chance de s'échapper vivante, il devait comprendre cela. « Ici », dit-elle, prenant ses doigts sans vie dans les siens, « laissez-moi vous montrer ».

ooo

Elle pouvait à nouveau respirer, les mouvements de sa poitrine étaient un soulagement au-delà des mots. Elle pouvait bouger, toucher, ressentir. Elle pouvait ressentir le coton frais du lit sur ses jambes, le léger grattement de la couverture sous ses doigts. Elle pouvait ressentir le souffle d'air sur son visage comme quelqu'un passait devant le lit et la course apaisante de sa respiration dans et hors de ses poumons.

Elle pouvait entendre aussi. Des voix basses parlant plus loin, si basses pour être compréhensibles, mais néanmoins familières. L'une était Janet, et l'autre…

Son esprit se projeta en arrière jusqu'à cet instant où cela était arrivé. Voyant à travers les yeux d'une autre, elle l'observa le zat s'élever, la visant sans trembler. Elle aurait voulu crier, « Je ne suis pas ici ! ne tirez pas ! » Mais sa voix ne lui obéissait pas, ses membres se concentrant sur le pouvoir atroce n'avaient pas été siens. Elle ressentit l'impact du premier tir, la crainte de l'état d'oubli sur ses talons. Il allait la tuer. De toutes les choses, elle n'avait jamais imaginé mourir de ses mains. Il devait y avoir une autre solution. Sûrement qu'il y avait une autre solution !

Et puis elle l'avait vu prendre sa décision, la douleur contrôlée éclatant dans ses yeux lorsque ses doigts appuyèrent la détente pour la seconde fois. « Noooooooooon ! » cria-t-elle silencieusement comme l'énergie du tir traversait l'air vers elle. Elle l'avait vue venir, su qu'elle apportait la mort et-- et puis tout fut sombre, silencieux, une nuit sans connaissance.

Je suis en enfer.

Cela avait était sa première pensée. Il l'avait tuée, et envoyée vers un enfer privé de sens. Et elle l'avait haï. Elle avait crié et ragé et haï.

« Carter ? » Sa voix douce l'atteignit et elle ouvrit les yeux. Elle pouvait ouvrir les yeux. Merci Mon Dieu.

Et il était là. Son meurtrier. Son ami.

« Salut », dit-il doucement, en se glissant plus près du lit. « Comment vous sentez-vous ? »

Elle sourit à ce mot. « Je ressens ».

Il lui retourna le sourire, à peine – une petite expression tendue. Et puis il tira une chaise et s'assit, sur le bord avec les coudes sur les genoux en tapotant les doigts entre eux. « Alors… »

Ce fut un effort de tourner la tête et de le regarder. « Alors… ? »

« Pas un super jour », soupira-t-il, fixant le lit, mais pas elle.

« J'ai eu mieux », admit-elle.

Il hocha la tête. « Je sais que c'est probablement trop tôt pour parler », dit-il, en fixant toujours le lit, « mais je veux que vous sachiez que si vous-- Si vous pensez que travailler avec moi sera difficile, Carter, vous aurez mon soutien pour demander un transfert ».

Après des jours sans ressentir, le choc que causa ces mots dans sa poitrine fut presque accablant. « Vous… » balbutia-t-elle, confuse. « Vous voulez me renvoyer de l'équipe ? »

« Non ! » s'exclama-t-il, puis avec un coup d'œil embarrassé par-dessus de son épaule il baissa la voix. « Non, bien sûr que non. Mais Carter… Je vous ai tuée aujourd'hui ! J'ai tiré sur vous ». Il fronça les sourcils et se détourna, « Ne prétendez pas que cela n'affectera pas les choses entre nous. Des choses comme… comme… la confiance. Par exemple ».

Elle le regarda, ses épaules contractées, la tête inclinée où une fois de plus il fixait son lit au lieu de son visage. Si elle avait eu la force, elle lui aurait touché la main, mais bouger était presque impossible. Parler était assez difficile, mais cela méritait de faire un effort. « J'étais effrayée », admit-elle doucement, pensant qu'il ne la croirait pas si elle essayait de mentir. « Je ne voulais pas mourir. Et j'étais en colère. Je continuais de penser qu'il devait y avoir un autre moyen, un meilleur moyen. Mais je ne pouvais pas parler, je ne pouvais pas parler ». Elle ferma les yeux, refoulant la terreur inscrite dans sa mémoire. « Je vous ai vu lever l'arme et j'ai su ce que vous alliez faire. J'ai su ».

« Carter », sa voix était cassée et misérable. « Si j'avais eu un autre choix. N'importe quel autre choix… »

« Je sais », murmura-t-elle, rouvrant les yeux. Il était toujours assis sur le bord de son siège, ses doigts tapotant contre le côté du lit en rythme avec sa détresse. Invoquant toute sa force elle bougea sa main, juste assez pour effleurer de ses doigts les siens. Ses mains s'apaisèrent. Tout s'apaisa. « C'est okay », murmura-t-elle. « Je comprends. Vous n'aviez pas le choix ».

Silencieusement il referma ses doigts autour des siens sa main était forte et chaude. « Si j'avais pu échanger nos places… »

« Je sais », murmura-t-elle, pressant sa main avec le peu de force qu'elle avait. « Vous avez fait ce que vous deviez faire, monsieur. Je n'aurais pas pu vous pardonner si vous aviez fait moins ».

Ses yeux sombres rencontrèrent les siens, pleins de questions. « Vraiment ? »

« Quand vous avez tiré sur moi, je vous ai haï », murmura-t-elle, adoucissant ses mots par un maigre sourire. « Mais j'ai compris. Si vous n'aviez pas fait cela… Je n'aurais pas pu vous pardonner de mettre en danger la base juste pour moi ».

« Alors, vous me pardonnez ? »

« Vous n'avez pas besoin de mon pardon, monsieur. Vous avez fait ce queooo »

« J'en ai besoin », dit-il brusquement, ses doigts se resserrant autour des siens. « J'en ai vraiment besoin, Carter ».

Elle sourit à nouveau, à présent épuisée et à peine capable de garder ses yeux ouverts. « Alors, je vous pardonne, mon Colonel. Je vous pardonne… » Les mots glissèrent hors de sa bouche comme le sommeil la gagnait, mais même dans le vide relatif du sommeil, elle pouvait encore sentir sa main sur la sienne.

Et sa voix douce se glissa dans ses rêves. « Merci ».

ooo

Elle sortit du rêve vers un matin froid sur la montagne, ses doigts étreignant toujours ceux de Numéro 5. Mais l'épuisement dont elle se souvenait ne diminua pas, et elle sut que quoi qu'il arrivât à son esprit, dehors son corps réel commençait à faiblir.

« Vous le haïssiez », dit calmement Numéro 5. « Et pourtant, vous avez pu lui pardonner ».

Trop lasse et malade pour discuter, Sam hocha juste la tête. « Je le comprenais. Il a fait ce qu'il devait, même si j'ai détesté cela. Il y avait en jeu des choses plus importantes que moi-même ».

Il la regarda, ses yeux autrefois en colère assombris. « Il y avait en jeu des choses plus importantes que moi-même ».

Doucement elle acquiesça. « Oui », dit-elle, « il y avait des choses plus importantes. Et je suis tellement désolée ».

Numéro 5 ne dit rien de plus, son regard se tournant vers l'intérieur. Epuisée, Sam s'affaissa dans l'herbe humide. Elle avait de plus en plus froid, malgré le chaud soleil. De retour dans la caverne sombre et déserte, elle sut que son corps devait être au ralenti – déshydraté et en hypothermie. « Numéro 5 », dit-elle doucement, ses yeux tendant à se fermer, « si vous ne voulez pas me tuer, vous devrez m'aider ».

S'il l'entendit, elle ne le sut pas, parce que l'obscurité était descendue aussi vite qu'un coucher de soleil tropical et étouffa la lumière et la conscience comme si elles étaient une.

ooo