10.

Tout de noir vêtu, en chemise, pantalons et légères bottes aux pieds, Albator se présenta dans la grande salle de la Déesse Dorée.

- Puis-je vous demander combien de temps j'ai dormi ?

- Environ un mois de ton temps. Mais quand arriveras-tu donc à me tutoyer ?

- J'ai essayé, je l'ai répété en tête, et je n'y parviens pas. D'autant plus que je suis revenu quémander votre hospitalité… Un mois, c'est si long ! Chalandra ?

- Je ne l'ai bien évidemment pas laissée sur l'Arcadia à tourner en cage entre Toshiro et Tori-San ! Elle occupe un petit pavillon de mon domaine, servie, mais attendant de tes nouvelles. Jusque-là, et pour un moment encore, je dois la laisser dans l'incertitude.

- Mais pourquoi ? J'ai été au plus mal, j'avoue. J'ai failli commettre le pire envers moi-même, mais je ne pouvais l'abandonner dans un cuirassé vide, même s'il l'aurait ramené chez elle… En fait, je ne sais plus rien. Et de ne plus être capable de quoi que ce soit est peut-être pire que les démons noirs que je redoutais m'habiter…

- Je n'ai pas de réponse à t'apporter. C'est ta vie, ton caractère. Tu as toujours fait merveille dans toutes tes épreuves.

Le grand brun balafré eut un profond soupir.

- Les combats, cela a toujours été ma tasse de thé, bien que j'aie horreur du thé, ou alors à dose homéopathique ! Je ne suis bon que quand il s'agit de foncer et de tout atomiser… Mais gérer des sentiments, surtout privés, je n'en suis pas capable, la preuve vient d'en être faite de la plus tragique manière qui soit…

Albator frémit soudain, presque en colère comme il ne l'avait jamais été en face de Lumiane.

- Lumiane, Déesse… Je suis revenu pour apaiser mon cœur et mon âme bien que je ne le mérite pas… Je ne souhaite plus qu'oublier, même si je répète à nouveau que je ne mérite pas cette absolution… Pourquoi me ramener à ma traîtrise ?

- Suis-moi, Albator, j'ai quelque chose à te montrer.

Après un hoquet, ce fut l'œil écarquillé d'horreur que le grand brun balafré s'effondra littéralement, dos à une colonne, ses jambes ne le portant plus.

- Un Sarcophage, tu as dit ! s'épouvanta-t-il en utilisant pour la toute première fois le tutoiement face à la grande Déesse. Mais Alérian est mort là-dedans !

- Non, il est en état de vie suspendue, rectifia Lumiane. Sa vie effectivement ne tient qu'à un fil ! Tu as le choix de le ramener…

- Il va me trucider…

- Possible, admit la Déesse Dorée. J'ai été le voir durant ton interminable sommeil. Il est en rage comme à l'instant où il t'a découvert embrassant Chalandra à pleine bouche et la caressant sous les vêtements que tu étais sur le point de lui ôter !

- Je ne le sais que trop… Je le ressasse depuis toutes ces semaines. Mais je ne peux rien faire pour le passé… Et Alérian est mon fils, il ne me pardonnera jamais !

- Possible, ou pas, souffla Lumiane. Il a souffert, tu as enduré de terribles épreuves dont la perte de sa mère. Vous avez à parler, c'est la seule chose dont je sois sûre !

Albator eut un regard pour le Sarcophage où son fils semblait reposer tellement paisiblement !

- Il va me tuer sans me laisser le temps de l'ouvrir, marmonna-t-il.

- Ce ne sera pas encore vraiment Alérian. Il s'agira de sa projection astrale. Il t'entendra, vous vous parlerez.

Albator soupira, sans plus un mot.

- Et je vous prie de ne pas vous entretuer ! siffla la Déesse Dorée avec une colère qui lui était très inhabituelle ! Ma planète est pour la paix, la sérénité éternelle, je ne tolèrerai aucun règlement de comptes finissant dans le sang !

Albator avait un moment marché de long en large, les mains sur les hanches.

- Mais mon souhait le plus cher est de m'excuser, de lui faire comprendre que ce sont mes hormones de vieux – contrairement à ceux d'un « ado attardé » comme m'a qualifié Zéro – qui m'ont conduit à embrasser son amie…

- Tu es si heureux depuis que Chalandra a révélé ses profonds sentiments envers toi, remarqua Lumiane.

- Et je ne peux…

- Chalandra, la première concernée, elle t'a choisie, gronda la Déesse Dorée. Ce fut dans les pires conditions, j'en conviens, et la trahison envers Alie ne tolère aucun pardon ! Mais c'est ainsi…

- Alie m'en veut toujours ?

De la tête, Lumiane approuva.

- Et bien plus que je ne le pensais. Je peux le ramener, pour cette entrevue ? Ensuite, quelle que soit la décision, la tienne ou la sienne, ce sera définitif !

- A vos ordres, Déesse !

- En ce cas, parlez-vous enfin, les balafrés !

Et après le grand geste, très théâtral, de la Souveraine de la planète idéale, Alérian et Albator se retrouvèrent face à face pour la plus impitoyable des explications.