On se retrouve déjà pour le 10ème chapitre ! Il a été assez délicat à écrire, alors j'espère qu'il vous plaira malgré les soucis qu'il m'a posé lol
Le 11 est quasiment terminé, et le passage à la ferme va bientôt toucher à sa fin :) :)
Je remercie Maricia1805, Saya600, Tendevils, Juste D et xGothicAngel pour leurs reviews ! C'est vraiment génial d'avoir vos retours, vos impressions tout ça tout ça ! Encore une fois je suis vraiment heureuse que ma petite Lola vous plaise !
Je vous souhaite une bonne lecture =D
Chapitre 10 – Massacre et danse classique
Passé le choc de l'annonce, nous nous rendîmes devant la grange. Shane colla une oreille contre la porte en bois avant de jeter un œil par le trou de la serrure. Crispé, Glenn se tenait à mes côtés.
- Ils sont au moins une vingtaine là dedans, pesta l'ancien flic à l'attention de Rick.
- Qu'est-ce-qu'on fait ? s'enquit Andréa.
- Je sais pas vous, mais moi je ne suis pas rassuré de dormir à proximité de tous ces rôdeurs, déclara T-Dog le visage crispé.
- C'est simple, on ouvre et on les bute.
- Ça fait des jours qu'on dort à quelques mètres, il ne s'est rien passé, remarqua Dale.
- Et tu veux qu'on attende quoi ? Un nouvel accident ? rétorqua Shane.
- Tu veux dire comme avec Otis ? sourcillai-je.
- Ouais, c'est exactement ce que je veux dire. Ce vieux débris est complètement cinglé.
- Ce vieux débris comme tu dis nous a accueilli, il nous a soigné, nourri, sans rien demander en retour, alors essaies de lui témoigner un peu de respect, m'emportai-je.
- Putain Daryl dis à ta meuf de la fermer !
- Déjà essayé, grommela le chasseur en haussant les épaules. Et c'est pas ma meuf.
Pas encore, songeai-je avant de me flageller, ahurie une nouvelle fois de n'avoir aucun contrôle sur mes pensées.
- On se calme, intervint Rick. Essayons de réfléchir calmement à la situation.
- Calmement ? Bébé, comment veux-tu qu'on réfléchisse calmement alors qu'on côtoie ces choses depuis plusieurs jours, que Carl côtoie ces choses.
- Je vais essayer de lui parler, de lui expliquer, reprit le shérif. En attendant on ne fait rien.
- On ne peut pas rester sans rien faire ! s'écria Shane dévoré par la colère.
- J'ai dis, on ne fait rien, répéta Rick avec fermeté.
Les deux hommes se toisèrent du regard, débordants de testostérone. Mais pourquoi dans ce genre de situation fallait-il toujours que les mâles se croient obligé de jouer à qui a la plus grande ? Sérieusement ?
- Trouvez-vous de quoi vous occuper, je vais voir Hershel, ordonna le shérif en s'éloignant.
Je me tournai vers Glenn et posai une main sur son épaule en guise de réconfort.
- Elle te pardonnera, dis-je à voix basse. Tu as fait ce qu'il fallait.
- Ouais, je t'avoue que là je sais plus trop où j'en suis.
- Je suis sûre que Rick va réussir à s'entendre avec Hershel, ils vont trouver un compromis.
- Y a pas de compromis à avoir Lola, lança Shane. Les rôdeurs nous bouffent, on bute les rôdeurs, point barre.
Je levai les yeux au ciel, exaspérée. Décidément, la demie mesure n'était pas son fort.
- Réfléchis deux secondes, il les garde forcément pour une raison. Il n'a pas vécu ce qu'on a vécu, laissons-lui un peu de temps, répliquai-je.
- En attendant, hors de question qu'on laisse cette grange sans surveillance. On monte la garde, à tour de rôle, dit-il d'un ton qui signifiait clairement qu'aucune discussion n'était envisageable.
- T'as qu'à commencer, rétorquai-je en m'éloignant.
Ce type me tapait sur les nerfs. Comment Lori avait fait pour le supporter...et coucher avec lui ? Beurk ! J'étais complètement dépassée. Je rentrai dans ma tente et me changeai. J'enfilai un jean neuf, un t-shirt blanc en mailles et mes éternelles rangers avant de ressortir. J'attrapai le couteau de Daryl et entreprit de déchirer le tissu de mon pantalon.
- Pourquoi tu fais ça ? m'interrogea Carl.
- Parce que ça me rappelle celle que j'étais avant, dis-je en tirant sur les fils de mon jean délavé.
- J'aime bien ton look, déclara finalement le petit garçon avec un aplomb impressionnant pour son âge.
- Euhhh merci, bredouillai-je en haussant les sourcils.
Je n'étais vraiment pas à l'aise avec les gosses. Surtout quand ils avaient la maturité de celui là.
- T'as pas des choses à faire ? m'enquis-je dans l'espoir de me débarrasser de lui.
- Non.
- Super, marmonnai-je avec un sourire crispé.
- Tu veux faire quoi ?
Mais pourquoi il me parlait celui-là ? Pitié que quelqu'un me vienne en aide, songeai-je désespérée.
- Tu faisais quoi avant ? Mon père était shérif, et toi ?
- J'étais danseuse, répondis-je.
- C'est un sport de fille, remarqua-t-il.
- Quelle perspicacité Sherlock, il se trouve que j'en suis une, m'esclaffai-je. Mais tu sais, y a des mecs qui dansent aussi.
- Ah ouais ?
- Ouais, et ils sont super doués. T'as jamais vu Billy Elliot ?
- Non.
- Mon pauvre garçon, laisses-moi te dire que ta culture générale est désastreuse.
- Tu peux m'apprendre ? finit-il par demander après avoir semble-t-il pesé le pour et le contre.
- Euh...t'es sûr que t'as rien de mieux à faire ?
- Non.
- Ok, soupirai-je, alors allons-y.
Nous nous dirigeâmes vers la barrière en bois et je me plaçai en première position.
- Bon, tu regardes et tu fais comme moi. On va commencer par les demis pliés. T'es prêt ? Pieds à plat, on appuie bien les talons et les orteils pour ne faire qu'un avec le sol, tu me suis ?
Le petit garçon s'exécuta, je m'approchai de lui et corrigeai sa position, redressant son buste et sa tête.
- Grandis-toi, et positionnes tes genoux dans l'alignement de tes pieds. Ouvres encore un peu. Ok tu y es !
Après 1 heure, Carl maîtrisait les demis pliés, les grands pliés et les ronds de jambe. L'improbable de la situation me laissait pantoise. Un cours de danse classique en pleine apocalypse, avec pour élève le fils du shérif avait de quoi faire sourire.
- Je ne savais pas que tu étais aussi douée avec les enfants, lança Lori en se joignant à nous.
- Je ne le suis pas, grimaçai-je. Disons simplement qu'on ne savait pas quoi faire ni l'un ni l'autre.
- Merci de t'être occupée de lui.
- Vivement que Sophia revienne pour que tu lui apprennes aussi, s'exclama Carl avec un sourire.
- Chéri, tu veux bien retourner au campement, je voudrais discuter de quelque chose avec Lola.
Le jeune garçon s'éloigna et je me tournai vers Lori, intriguée.
- Qu'est-ce-qui se passe ?
- Je suis désolée pour l'autre soir.
- L'autre soir ? répétai-je.
- Je vous ai interrompu, Daryl et toi.
- Oh, on ne faisait rien de spécial, bredouillai-je. Mais qu'est-ce-que tu faisais toute seule ?
Nerveuse, la grande brune regarda aux alentours pour s'assurer que nous étions seules.
- Il faut que ça reste entre nous, dit-elle à voix basse.
- Oui mais...
- Promets le moi Lola. Hormis Glenn personne d'autre n'est au courant...enfin, peut-être Dale mais je ne suis pas sûre.
- Mais de quoi tu parles ? m'enquis-je inquiète.
- Quand je vous ai croisé, j'avais besoin...d'intimité...pour faire un test de grossesse, lâcha-t-elle après une seconde.
Je la regardai ahurie par cette nouvelle pour le moins troublante.
- Je suis enceinte.
Je montai la garde devant la grange en compagnie de Glenn depuis de longues heures, tandis que le soleil brillait férocement au dessus de nous. Encore sonnée par l'annonce de Lori, je m'interrogeai tout en me rongeant consciencieusement les ongles. J'avais beau retourner le problème dans tous les sens, en l'état actuel des choses, tomber enceinte revenait à signer son arrêt de mort. Nous avions déjà du mal à nous en sortir...alors avec un nourrisson ? Comment allions-nous le nourrir ? Et au delà de ça...et si l'accouchement se passait mal ? Je frissonnai à cette idée.
- Lori t'a parlé ? s'enquit Glenn en me tirant de mes pensées.
- Ouais, grimaçai-je. Elle n'a toujours rien dit à Rick ? demandai-je en m'asseyant sur une caisse en bois.
- Non, je crois qu'elle ne sait plus où elle en est.
- J'avoue qu'avoir un gosse...à l'heure actuelle...
- C'est la merde, soupira-t-il en prenant place à mes côtés.
- Tu veux des enfants ?
- J'en voulais, mais maintenant...et toi ?
- Moi ? Sérieusement, tu me vois avec un môme ? m'esclaffai-je faussement horrifiée. Je sais à peine m'occuper de moi...alors un gosse...au secours.
- Et Daryl ? Il en pense quoi ?
- Pourquoi tu me parles de Daryl ? m'exclamai-je amusée.
- Une intuition, sourit-il.
Je pouffai silencieusement tandis que Rick approchai.
- Des nouvelles ? m'enquis-je en désignant la grange d'un signe de tête.
- Hershel accepte qu'on la surveille. Pour ce qui est d'abattre les rôdeurs, il ne veut rien entendre pour le moment, expliqua le shérif morose. Il est convaincu qu'ils sont juste malades.
- Il pense qu'on peut les soigner ? répliquai-je ahurie.
- C'est un homme pieu, reprit Rick, il est persuadé que tout ceci est temporaire et que tout redeviendra comme avant. Y compris les rôdeurs.
Perplexe, je m'acharnai un instant sur un fil de mon jean.
- Qu'est-ce-qu'on fait pour la grange ? finit par demander Glenn.
- L'hiver approche et je refuse qu'on le passe sur les routes. Nous sommes sur sa propriété, alors pour le moment, on ne fait rien et on suit ses règles.
- Si je comprends bien, tu veux qu'on fasse profil bas, déclarai-je à voix basse. Moi ça ne me pose pas de problème...mais shérif, on va avoir un souci avec Shane.
- Il s'adaptera.
- Tu en es vraiment sûr ? s'enquit le jeune asiatique, sceptique, tout comme moi.
- Je me charge de lui, ne vous inquiétez pas de ça. Allez vous reposer, je prends la relève.
Sur le chemin du retour, je laissai Glenn retrouver Maggie pour tenter d'avoir une discussion avec elle, mais compte tenu du regard noir qu'elle venait de lui lancer, les choses semblaient mal engagées. Je passai devant la maison et croisai Hershel qui vint à ma rencontre avec une trousse de premiers secours. Le patriarche avait l'air préoccupé.
- Vous savez changer un pansement Lola ?
- Oui bien sûr, vous voulez que je m'en charge ? demandai-je en attrapant les compresses et le désinfectant qu'il me tendait.
- C'est pour votre ami Daryl, dit-il. Je dois aller vérifier quelque chose avec Rick.
- Comptez sur moi ! lançai-je tandis qu'il s'éloignait d'un pas pressé.
Je me dirigeai vers la tente de mon ami en fredonnant la chanson Space Oddity. Avec la danse et un bon lit, la musique était ce qui me manquait le plus...en particulier David Bowie. Je passai la tête par la fermeture éclair et découvris le chasseur en train de bricoler son arbalète. Je laissai mon regard vagabonder un instant sur ses bras musclés couverts de sueur avant de secouer la tête. Pourquoi fallait-il qu'il soit aussi sexy ? songeai-je agacée.
- Salut ! dis-je d'un ton enjoué. C'est l'heure de changer ton pansement !
- Tu sais faire ça toi ? grommela-t-il tandis que je m'agenouillai à ses côtés.
- Enlèves ton t-shirt, ordonnai-je. Je te rappelle que ma mère était infirmière. J'ai changé mon premier pansement à l'âge de 14 ans et...quand elle est partie il a bien fallu que quelqu'un prenne la relève, ajoutai-je dans un murmure pendant qu'il se mettait torse nu.
Je replaçai mes cheveux derrière mes oreilles pour me donner un semblant de contenance, et me désinfectai les mains avant de retirer les compresses de son flanc.
- Ça va ? m'enquis-je légèrement nerveuse.
- Ouais, grogna-t-il.
- Tu me dis si je te fais mal, je n'ai pas fait ça depuis que...depuis longtemps.
Je nettoyai sa plaie en déglutissant, troublée de devoir effleurer sa peau nue. Mon cœur, quant à lui, battait sur un rythme qui n'appartenait qu'à lui. Impassible, Daryl ne me lâchait pas des yeux. Je terminai ma tâche en silence et appliquai un pansement propre.
- T'étais sur le point de m'parler d'un truc hier soir. C'était quoi ?
Je retins ma respiration un instant, ne sachant quoi lui répondre. Je ne pouvais pas lui révéler ce que je cachais depuis tant d'années.
- Je ne sais plus, éludai-je en me levant, ça ne devait pas être très important.
- T'as jamais su mentir Casse-Noisette, marmonna-t-il en m'attrapant le poignet.
- Je ne te mens pas, soufflai-je en me dégageant. Je ferai mieux d'aller voir si les autres ont besoin d'aide.
Je sortis de la tente au bord de l'asphyxie. Je me pinçai l'arrête du nez avant de mordiller la peau de mon index.
- Ça va, Lola ? s'enquit Andréa, qui montait la garde sur le toit du camping-car.
- Oui, souris-je, juste...un peu de fatigue.
- Tu devrais aller te reposer, on n'a pas grand chose à faire pour le moment, déclara-t-elle.
- Je crois que je vais suivre ton conseil, grimaçai-je.
Je fus réveillée en fin d'après-mi par des éclats de voix. J'enfilai mes Doc Marteens à la hâte et me précipitai à l'extérieur. J'aperçus devant moi Daryl, Andréa, Carol et Beth qui couraient en direction de l'altercation . Près de la grange, Rick et Hershel tenaient deux rôdeurs au bout d'une perche, face à un Shane qui avait perdu le peu de contrôle qui lui restait. Nous fûmes rapidement rejoints par Dale, Lori, Carl, T-Dog et Maggie, atterrés tout comme moi par la scène.
- Qu'est-ce-que vous foutez ? beuglait l'ancien flic en braquant le fermier avec son arme. Vous allez tous nous faire tuer !
- Calmes-toi, on maîtrise la situation, lança le shérif.
- Tu maîtrises que dalle Rick ! Ça, cria-t-il, en désignant les deux morts vivant, c'est n'importe quoi !
- Nous devons les enfermer en attendant qu'ils soient soignés, répliqua Hershel en se démenant pour faire avancer le cadavre qu'il tirait derrière lui.
- Vous êtes tarés ! Ils sont MORTS ! Vous entendez ? MORTS!
- Vous n'en savez rien ! Et vous êtes sur ma propriété ! Ma propriété, mes règles !
Hors de lui, Shane vrilla complètement et tira plusieurs fois sur le rôdeur que tenait le patriarche.
- Est-ce-qu'un être humain survivrait à ça ?! hurla-t-il.
Hébété, le vieil homme s'écroula sur les genoux tandis que le flic abattait d'une balle dans la tête le mort-vivant qui continuait d'avancer. Il se précipita sur la porte de la grange et explosa le cadenas.
- On arrête les conneries ! On va faire avec MES putains de règles maintenant !
Ce type était possédé. Il était devenu complètement fou. J'assistai à la scène, horrifiée, impuissante, tandis qu'une nuée de cadavres se précipitait déjà sur nous. Shane en descendit un, puis deux, bientôt imité par T-Dog et Andréa. Maggie et Beth se précipitèrent en larmes vers leur père qui semblait en état de choc.
Le nombre de rôdeurs ne cessait de croître, sortant de la grange en un flot continu.
- Maggie ? demanda Glenn avec un regard désolée.
- Vas-y, l'encouragea-t-elle en sanglotant.
Le jeune homme rejoignit le groupe de tireurs pendant que Shane terrassait le mort-vivant que Rick tenait toujours en laisse. J'étais pétrifiée. La détresse d'Hershel me brisait le cœur. Je jetai un regard à Daryl qui venait de repousser un rôdeur d'une flèche dans la tête. Le massacre sembla durer des heures, et finalement, le dernier monstre fut abattu.
- Maman ! hurla Beth en se jetant sur l'un des corps. Maman !
La chose remua brusquement avant d'attraper la jeune fille à la gorge. Shane la dégomma d'un coup de couteau dans le crâne sans un regard pour l'adolescente qui se trouvait à ses pieds, brisée.
Incapable de bouger, j'observais ce spectacle macabre sous le choc. Je ne le savais pas encore, mais le pire était à venir.
Quelques secondes plus tard, de nouveaux grognements nous parvinrent depuis la porte en bois. Implacable, la réalité nous explosa à la figure. Brutalement. Douloureusement. Je m'écroulai sur le sol poussiéreux, en larmes, épouvantée par le cri déchirant poussé par Carol, tandis qu'elle se débattait de l'emprise de Daryl pour aller rejoindre Sophia. J'avais le sentiment d'assister à la scène depuis l'extérieur de mon corps. Mes réserves lacrymales se vidaient à mesure que la petite fille décharnée avançait vers nous en titubant. Rick s'approcha de l'enfant, ferma les yeux un instant et une seconde plus tard, tout était fini. Les hurlements de Carol, les pleurs de Beth, la prostration d'Hershel, je ne distinguais plus rien. En cette fin de journée funeste, l'horreur avait atteint le point de non retour.
Le lendemain matin, nous avions entrepris de déplacer les corps. Comme à Atlanta, nous avions séparé les rôdeurs que nous devions brûler, des autres. Il avait été décidé la veille que Sophia et la mère de Beth auraient des funérailles décentes. Une cérémonie en leur honneur, organisée par Lori et Andréa, était prévue pour le début d'après-midi. Carol restait prostrée dans le camping-car, quant à Daryl, il était introuvable.
Armée d'une pelle, je creusais comme une forcenée. Mes mains pissaient le sang, mais je m'en fichais. Tout était bon pour que je cesse de penser. Pour que je cesse de la voir. Mes paumes déchirées, la peau de mes doigts arrachée, l'hémoglobine qui s'écoulait de ma chair à vif, la sueur qui collait mes cheveux sur mon front. Je n'en avais plus rien à faire. Je ne ressentais plus la moindre douleur. Seuls les battements de mon cœur m'oppressaient douloureusement la poitrine pendant que je creusais. Encore et encore.
- Lola, fais un break, murmura Lori en me tendant une bouteille d'eau.
- Faut que je termine, répliquai-je, anesthésiée.
- Tu vas finir par tomber dans les pommes !
- Je prends la relève, ordonna Dale en me prenant la pelle des mains. Vas te reposer.
J'abdiquai, trop épuisée pour protester.
Je fis un détour par la salle de bain et entrepris de nettoyer mes paumes meurtries. Je faisais peur à voir. Couverte de terre et de sueur, j'avais du sang séché jusque dans les cheveux. Je n'arrivai même plus à pleurer. Nous avions passé des jours à chercher Sophia. Et finalement, depuis tout ce temps, elle était là. A quelques mètres de nous. Je me passai un peu d'eau sur le visage et reportai mon regard sur mon reflet blafard. La vie ne m'avait pas épargnée. Mais ce que nous avions vécu la veille, c'était indescriptible.
Je redescendis lorsque je tombai sur Maggie.
- Fais voir tes mains ! s'enquit-elle avec une pointe d'inquiétude.
- C'est rien.
- Assieds-toi, ordonna-t-elle avant d'aller chercher la trousse de soin de son père.
Le visage crispé, la jeune femme nettoya délicatement mes plaies. Décidément, il ne se passait pas une journée sans que j'ai besoin d'être rafistolée, songeai-je tristement.
- Je suis désolée, dis-je après quelques secondes. Pour ta belle-mère et...pour tout ça.
- Tu n'y peux rien. J'imagine, que tôt ou tard, ça devait arriver.
- Vous ne saviez pas qu'elle était à l'intérieur...Sophia ? demandai-je, la gorge nouée.
- Non...c'est Otis qui se chargeait de les ramener et de les enfermer, expliqua-t-elle à voix basse.
- J'arrive pas à croire qu'elle...que depuis le début, elle était morte, murmurai-je.
La cérémonie se déroula dans un silence de plomb. Carol avait refusé d'y assister, prétextant que ce que nous enterrions n'était plus sa petite fille. Comment pouvait-on la blâmer ? Nous étions de toute façon tous trop affligés, abattus et épuisés pour émettre un quelconque jugement. Et en avions-nous seulement le droit ?
Daryl s'était isolé du reste du groupe. Il avait déménagé ses affaires et sa tente près de l'ancienne cheminée. Je le connaissais suffisamment pour savoir que lorsqu'il était rongé par la détresse, la solitude était son seul réconfort. Je voulais le voir...j'avais besoin de le voir, de lui parler, mais respectai malgré tout son mutisme et son désir d'isolement.
Les heures défilèrent lentement, s'étirant douloureusement, comme pour nous rappeler que plus personne n'était à l'abri désormais. J'aidai Lori et Beth à la cuisine lorsque la jeune fille s'effondra subitement.
- Qu'est-ce-qu'elle a ?! m'écriai-je paniquée en m'agenouillant auprès d'elle.
- Je crois qu'elle est en état de choc. Restes avec elle, je vais chercher Maggie et Hershel ! lança la grande brune en quittant la pièce.
J'attrapai un torchon que j'humidifiai pour le passer avec douceur sur le front couvert de sueur de Beth. L'adolescente me fixait de ses grands yeux bleus totalement dénués d'expression. Ce regard vide me glaça le sang, me rappelant vaguement celui d'Hana, le jour où je l'avais découverte dans ce foutu grenier.
- Nous lâches pas, murmurai-je, nous lâches pas.
Shane, Maggie et Rick arrivèrent quelques minutes plus tard, désemparés.
- Hershel a disparu, annonça le shérif en soulevant Beth dans ses bras. On va l'installer dans sa chambre en attendant.
Je les suivis à l'étage, me sentant totalement impuissante et inutile. Après avoir bordé la jeune fille, nous retournâmes dans le couloir
- Il doit bien être quelque part, soupirai-je. T'as pas une idée Maggie ?
- J'ai trouvé ça ! lança Shane en balançant à Rick une vielle flasque métallique.
- Vous avez fouillé dans les affaires de mon père ? s'exclama la jeune femme, furieuse.
- Du calme princesse, visiblement ton père aussi a ses petits vices !
- Il ne boit plus depuis des années ! Il a arrêté avant ma naissance !
- Maggie, reprit Rick calmement, avec ce qui s'est passé aujourd'hui, il a peut-être eu besoin de...décompresser. Tu n'as vraiment aucune idée ?
- Il y a peut-être...le Hatlin's, finit-elle par dire. C'est un bar en ville, il avait l'habitude d'y aller avant que je vienne au monde.
- Ok, on va commencer par là, déclara le shérif.
Nous redescendîmes expliquer la situation aux autres pendant que Maggie restait auprès de sa sœur. Après de longues minutes de discussion, Rick décida d'aller chercher Hershel.
- Je viens avec toi, annonça Glenn. C'est du suicide d'y aller seul.
Étendue sur mon sac de couchage, je n'aspirais qu'à une chose, me réveiller de ce cauchemar. L'épidémie, les rôdeurs, les morts, l'odeur de pourriture constante, le sang, la peur...je n'en pouvais plus. J'étais à bout. L'espoir était devenu un luxe. En restait-il seulement ? Et que pouvions-nous espérer de toute façon ? Le Docteur Jenner nous avait prévenu. Il n'y avait plus rien.
Le jour finit par décliner tandis que j'assistai au coucher du soleil, le visage tourné vers l'extérieur de ma tente. Dans un subtil mélange de rouge orangé, marié au rose et au bleu, le spectacle était d'une beauté à couper le souffle. Finalement, il restait encore un peu de splendeur dans ce monde si laid.
Je ruminai mes sombres pensées encore quelques minutes et finis par me lever pour rejoindre les autres. Je ne trouvai que Lori qui revenait d'un pas pressé de l'ancienne cheminée où le chasseur avait élu domicile.
- Tout va bien ? demandai-je en constatant son agitation.
- Ils ne sont toujours pas rentrés ! Lola, ils sont partis depuis des heures. J'ai demandé à Daryl s'il voulait bien m'aider à aller les chercher mais...
- Il t'a envoyé bouler, l'interrompis-je, crispée.
- Je vais y aller, déclara-t-elle en attrapant la carte d'Hershel que Rick avait laissé devant leur tente.
- Je suis sûre que tout va bien, tentai-je de la rassurer, attends encore un peu, ils vont finir par rentrer.
- Mon mari est là dehors, à risquer sa vie, encore ! s'exclama-t-elle. Je refuse d'attendre une seconde de plus, ajouta-t-elle en se dirigeant vers l'une des voitures.
- Attends-moi ! lançai-je en me précipitant à sa suite. Je ne te laisse pas y aller toute seule, je viens avec toi.
- Ça ne sert à rien, restes ici avec les autres.
- Hors de question, je viens. Tu veux qu'on les prévienne ? m'enquis-je en cherchant nos compagnons du regard.
- Pas le temps, déclara-t-elle en prenant place derrière le volant.
A suivre...
Voilà pour ce petit chapitre ! J'espère qu'il vous a plu ? N'hésitez pas à me donner vos impressions :)
Je vais essayer d'écrire la suite rapidement, mais j'ai pas mal de boulot cette semaine alors je ne vous promets rien, mais promis je ferai au plus vite =D
