Chapitre 9
Les autres membres de l'équipe Alpha avaient accouru aux cris de Bones. Jim et Scotty s'étaient précipités aux côtés de Léonard qui essayait de déplacer le vulcain sur le lit. Malgré sa récente maladie, Spock était trop lourd pour être soulevé par une seule personne.
Uhura avait pris la décision d'aller chercher la trousse du médecin qu'elle avait aperçu quelques minutes plus tôt sur l'une des tables basses du salon. Lorsqu'elle reparut dans la chambre, Spock était allongé, les yeux toujours clos sur le lit. Jim enlevait ses bottes tandis que Léonard ôtait sa veste. Soudain, alors qu'il avait commencé à ouvrir sa chemise, les yeux du médecin s'écarquillèrent et il hurla l'ordre de sortir.
« Bones ? »
« Dehors ! Sortez tous ! » Répéta le docteur.
Scotty, Pavel et Sulu avaient reculé jusqu'à la porte sans se poser de question, habitué à obéir aux ordres du médecin. Jim, quant à lui, demeurait assis aux côtés de Spock, cherchant à comprendre pourquoi Bones les mettait à la porte. Ses yeux se portèrent alors sur une zone de peau découverte sur le torse de Spock ou plusieurs plaques verdâtres étaient apparues.
« Dehors Jim ! »
« Mais qu'est-ce qu'il a ? » Insista Jim.
« Je vous le dirai dans quelques minutes, après avoir effectué quelques analyses. Maintenant ne restez pas dans mes pattes et sortez ! Uhura, posez ma trousse sur le sol et reculez ! Spock est peut-être contagieux !»
A ses mots, Jim se leva enfin et rejoint les autres dans le couloir. Il ferma la porte de la chambre derrière lui.
Léonard les retrouva dans le salon une demi-heure plus tard, son visage était plus détendu, alors que tous l'interrogeaient du regard.
Léonard soupira et prit place sur le fauteuil, en face de Jim et d'Uhura qui se tenaient assis sur un canapé. Scotty faisait les cent pas derrière tandis que Sulu occupait un second fauteuil, Pavel assit sur un accoudoir.
« Bon », commença le docteur. « J'ai pu déterminer ce qu'il a …et vous n'allez pas le croire…C'est l'équivalent de la varicelle chez les Tellarites ! »
« Mais …mais Spock est Vulcain, pas Tellarite ! » s'exclama Jim.
«A moitié seulement !...Oui je sais c'est incroyable. Moi-même je ne comprends pas comment c'est possible. Les vulcains ont un système immunitaire extraordinaire, sans doute l'un des plus performants, ils sont rarement malades et pourtant, ils sont très sensibles à cette forme de maladie spécifique aux enfants Tellarites, les adultes en particulier ! Les symptômes sont la fièvre, les vomissements et une éruption cutanée caractéristique. Il a suffi d'une simple prise de sang pour confirmer mon diagnostic...hélas il n'en est qu'au début.»
« Et nous ? Je veux dire … pour les humains ? »
« Aucun problème ! Ce virus n'est pas dangereux pour nous…Mais Spock, même à moitié humain, va passer quelques journées difficiles…Il serait préférable qu'il reste ici avec moi, Jim. Il ne sera pas en mesure de reprendre son poste sur l'Entreprise demain. »
« Je vais appeler l'Amiral Nogura et lui demander de reporter notre départ, combien de jours lui faut-il ? » Demanda Jim.
« Quatre jours minimum, au mieux une semaine. Il ne sera pas au top de sa forme mais il pourra au moins se reposer dans sa cabine sans avoir besoin de notre aide. »
Alors que tous se demandaient de quelle aide le vulcain aurait besoin, un gémissement venant du premier étage et le bruit caractéristique de quelqu'un vidant le contenu de son estomac se fit entendre.
« Bien, j'y vais. Lieutenant Uhura, pourriez-vous mixer une partie des légumes que j'avais cuisiné pour lui en faire une soupe ? Vous trouverez tout ce qu'il faut dans la cuisine.»
« Oui, docteur. » Répondit la jeune femme.
« Je vais appeler Nogura tout de suite ! » Annonça Jim qui, connaissant la maison, se rendit directement dans le bureau attenant au salon, là où se trouvait l'ordinateur personnel de Bones.
« Et nous, que pouvons-nous faire ? » demanda Scotty.
« Eh bien, ce serait dommage de ne pas profiter de ce repas tous ensemble. Dressez la table à l'intérieur et commencez sans moi et Jim. On vous rejoint dès que possible. »
Il ne fallut à Jim qu'une demi-heure pour convaincre l'Amiral Nogura de la nécessité de rester cinq jours de plus sur Terre. L'Entreprise avait déjà perdu son médecin-chef, le vaisseau ne pouvait pas partir sans son officier en second.
Jim fit part de la bonne nouvelle à ses amis avant de rejoindre Bones dans la chambre des orchidées, devenue maintenant celle de Spock.
Le lit était vide. La porte de la salle de bain adjacente était entrouverte et les cris de protestations de Bones qui s'en dégageaient ne laissaient plus aucun doute à Jim : Spock était réveillé, en proie à de violentes douleurs à l'estomac, il avait malgré tout la force de repousser l'aide du médecin.
« Tête de mule vulcaine ! Comment voulez-vous vous doucher seul ? Vous ne tenez même pas debout ! Et cessez de vous gratter, ça ne va faire qu'empirer ! »
« Laissez-moi, Docteur…Je vous en prie… »
« Spock, ce n'est pas la première fois que je vous aiderai à vous déshabiller, comme ça n'est pas la première fois que je vous vois pencher votre tête au-dessus d'une cuvette ! »
« Merci de me le rappeler, Docteur. » Répondit sèchement Spock, drapé dans une grande serviette, avant de vomir une nouvelle fois dans les toilettes avec la plus grande dignité possible. »
Malgré la difficile situation dans laquelle se trouvait son ami, Jim ne pouvait s'empêcher de sourire face à cette scène improbable. Dieu que tout cela allait lui manquer quand ses deux amis seraient à des millions d'année-lumière l'un de l'autre… Il allait manifester sa présence lorsque le lieutenant Uhura l'appela depuis le bas de l'escalier. Apparemment, un appel en provenance de Vulcain venait d'arriver dans le bureau du docteur.
Et quelques minutes plus tard, il se retrouva face au visage fatigué et crispé mais souriant d'Amanda la femme de l'Ambassadeur Sarek et mère de Spock.
« Bonjour Capitaine. »
« Lady Amanda. Je vous en prie, appelez-moi Jim. Puis-je vous demander ce qui nous vaut l'honneur de votre appel…Bien que je le devine déjà…L'Amiral Nogura vous a fait part du petit problème de Spock, n'est-ce pas ? »
« Non, Jim…Je n'ai reçu aucun appel de l'Amiral…Mais j'ai chez moi un ambassadeur vulcain grognon cloué au lit, atteint de la varicelle Tellarite, et …je voulais informer Spock de la probabilité qu'il l'ait attrapé au cours de son séjour sur Vulcain. Malheureusement, à votre regard, je devine que j'appelle trop tard ! »
« En effet, Madame. Mais ai-je bien entendu ? L'ambassadeur est grognon ? » Dit Jim en pouffant de rire.
« Hélas, je viens de découvrir qu'un adulte Vulcain devient puérile lorsqu'il est atteint d'une maladie infantile ! Cela défie la logique ! » Riait Amanda. « Mon pauvre époux est cloué au lit par une forte fièvre et alors que je dois le menacer de l'attacher pour l'empêcher de se gratter, comme je le ferai avec un enfant de cinq ans, il vocifère contre l'Ambassadeur Tellarite et ses deux fils. Dans son délire, dû à la fièvre bien sûr, Sarek est persuadé qu'il s'agit d'un attentat, la durée d'incubation étant relativement courte, l'Ambassadeur aurait exprès amené ses enfants avec lui dans le seul but de contaminer l'ensemble de la planète Vulcain ! Spock a visité son père à l'ambassade, le pauvre a dû croiser les enfants de l'Ambassadeur…»
« Pauvre Amanda…Spock n'est pas aussi délirant, il conserve un esprit logique et surtout sa pudeur et sa dignité toute vulcaine ! Il débat en ce moment-même avec Léonard sur la façon de vomir le plus dignement possible devant témoin, penché au-dessus des toilettes ! »
« Mon pauvre bébé… » Dit Amanda en secouant la tête.
« De fait, notre départ est reporté à la fin de la semaine. »
« Je sais que je n'ai aucun souci à me faire pour Spock, mais vous prendrez bien soin de lui, n'est-ce pas ? »
« Je vous le promets Madame. Je dirai également à Spock que vous avez appelé. »
« Merci Capitaine. A bientôt… »
oOOOo
Léonard rejoint enfin Jim et les autres, autour de la table dressée dans la salle à manger... Il fut surpris d'y trouver Tutti, trônant en bout de table, devant une assiette de salade verte ! Lui n'avait pas faim mais il se réjouissait de voir ses amis manger de bon cœur le repas qu'il leur avait préparé. Mais dès qu'ils le virent, les couverts furent reposés.
« Comment va-t-il ? » Demanda Jim.
« Les vomissements et la fièvre l'ont épuisé. Il tenait absolument à prendre une douche pour se sentir mieux, celle-ci a fait baisser la fièvre. Il m'a ensuite laissé le badigeonner d'une lotion pour apaiser ses démangeaisons et j'ai pu l'aider à s'habiller. Merci Pavel d'avoir été lui cherché ses affaires. »
« De rien, Docteur. Par chance, il avait laissé son bagage dans le coffre du véhicule loué par Jim.»
« Et maintenant ? »
« Il s'est endormi… »
o000o
Spock rouvrit les yeux pour s'apercevoir que la nuit était tombée ! Mais que faisait-il encore chez le Dr McCoy ? La température de la chambre avait été modifiée pour lui être agréable, à moins que sa température interne ne soit élevée ? Oui, c'était ça. Il avait de la fièvre…et des plaques sur le corps qui le démangeaient terriblement. Spock tenta de s'asseoir mais une forte douleur à la nuque et au niveau de ses articulations l'en dissuada. Il essaya de contrôler ses réactions mais après quelques minutes de vaine méditation, il se mit à se contorsionner dans tous les sens, le froissement de ses vêtements et des draps le soulageant très faiblement. Au moins, pensa-t-il, les vomissements se sont arrêtés !
Il entendit bientôt des pas dans le couloir. La porte de sa chambre étant entrouverte, il put voir depuis son lit qu'il s'agissait du docteur McCoy.
« Spock ? Vous êtes réveillé ? »
« Affirmatif, Docteur. Puis-je vous demander pourquoi je suis encore ici…et si vous avez encore de cette lotion …je vous serai reconnaissant de me … » Commença le vulcain, gêné.
Quelques minutes plus tard, Spock était allongé sur le ventre, torse nu, tandis que le docteur massait ses muscles endoloris, le soulageant à la fois de ses crampes et des démangeaisons. Léonard sentait le vulcain se détendre peu à peu sous ses mains. Il se félicita intérieurement d'avoir réussi à amadouer le vulcain, habituellement si sensible et réticent au contact. Il s'était également mis à lui parler, pour le mettre à l'aise.
« Jim et les autres se sont téléportés sur l'Entreprise après le diner. J'ai gardé les clefs du véhicule de location, j'irai le rapporter demain…L'entreprise ne repartira que dans 5 jours, d'ici là cette varicelle Tellarite ne sera plus qu'un mauvais souvenir…ah et j'oubliais, votre mère a appelé ! Votre père est dans le même état que vous ! »
« Ah … » Commenta simplement Spock, s'endormant sous les mains expertes du médecin. « Docteur, je suis désolé… J'aurai voulu partager cette journée avec vous et les autres… »
« Et bien Spock, nous avons plus de temps pour nous dire au revoir. J'ai dit à Jim que je vous gardais ici jusqu'au départ de l'Entreprise, vous allez donc devoir me supporter encore un peu … » dit Léonard, son fort accent du Sud marquant son intense émotion. Il repensait aux dernières heures, quand il avait dû dire au revoir à Jim, Scotty, Sulu et Pavel. Le lieutenant Uhura n'avait pu contenir ses larmes et son étreinte lui avait serré le cœur. Le docteur sentit aussitôt Spock se raidir. Il avait oublié que le demi-vulcain était un télépathe de contact. Il avait certainement perçu le flot d'émotions le traverser, Léonard retira soudainement ses mains et s'excusa.
« Vos excuses sont inutiles, Docteur. En fait …c'est moi qui devrait m'excuser…Je suis en partie responsable de votre départ de Starfleet… et je suis pleinement conscient de tout ce que vous avez perdu à cause de moi. »
« Spock ! Arrêtez tout de suite ! Combien de fois faudra-t-il vous le répéter ? Ce n'est pas votre faute ! Ce fut la décision du Haut commandement de Starfleet de me renvoyer, ce fut celle de l'Amiral Jones de porter plainte contre moi, et ce fut ma faute …de réagir comme je l'ai fait. Mais une fois encore, je ne regrette rien ! »
« Docteur, s'il existait un moyen de …de retrouver votre place à bord de l'Entreprise, voudriez-vous y revenir ? »
« Spock…si ce moyen existait, ne croyez-vous pas que nous l'aurions déjà trouvé ? » demanda Léonard, le regard porté au loin, il ne souhaitait pas montrer ses larmes à Spock, bien qu'une seule lampe de chevet éclairait la pièce à cette heure tardive. « Vous êtes fatigué, Spock. Je vais vous laisser dormir…Nous aurons le temps d'en reparler demain. »
Léonard quitta la chambre aux orchidées, laissant Spock dans ses pensées.
« …un moyen de retrouver votre place à bord …ou une autre ? » Murmura-t-il avant de se rendormir.
