Dis belle Sorcière

Rating :PG –13

Couples :HG SS… GW HP….. RW LB….. DM LC

Genre : principalement romance, je dirai…

Merci à : Flo Fol œil, Titus de Mystique, Nightsad, Iseult, Missblackeyes, Syrianne, Rongeusemagique, celia Anges, Mikishine, Neteria, Miss Wendy Malfoy, Lunachoue…

Et en général : A TOUS LES LECTEURS ET LECTRICES !

Gros bisous !

Disclaimer : je ne gagne pas un sou avec cette fiction car les personnages ne m'appartiennent pas, pas plus que l'histoire de laquelle découle cette fiction, le tout étant la propriété de JK Rowling…

Excuse n°1 : pour l'attente. Mais j'ai vraiment du mal, vous savez…

Excuse n°2 ; je poste sans avoir fait passer ce chapitre au bêta readage, je m'excuse d'avance des fautes restantes…


Chapitre neuf : l'Irréparable ronge avec sa dent maudite. - partie II

oOo

Même jour, une heure plus tard, 12 Square Grimmaud, QG de l'Ordre du Phoenix.

Hermione resserre l'élastique de sa queue de cheval. Elle a tendance à dégringoler et la jeune femme n'aimerait pas rectifier sa coiffure pendant son speech d'introduction capital pour l'issue de la guerre.

Elle rectifie donc sa mise avant de pousser la porte de la salle de réunion et est accueillie par deux bises –une sur chaque joue- gracieusement déclinées par les jumeaux Weasley.

« Sa- »

« "Lut, Her-»

« Mione ! »

Ce qui en condensé consiste en une salutation tout à fait acceptable.

« Bonjour, vous deux, répond-elle dans un sourire rasséréné. Vous avez des nouvelles de Ron et Lavande ? »

Les jumeaux se donnent des coups de coude.

« Ils font leur lune de miel sur une petite île de la côte Est… Mais -» commence Fred.

« Il pleut alors Lavande n'est pas fort satisfaite, autrement -», embraye Georges, rendant un coup à son frangin.

« Tout va bien ! Ils roucoulent ! », conclue Fred, donnant un ultime coup de coude plus vigoureux et suffisamment crédible pour que son jumeau se mette en posture de combat devant lui puis sautille en agitant ses poings.

Hermione se laisse mollement tomber à côté de Lola. Celle-ci est occupée à appliquer un onguent à l'odeur nauséabonde sur le bras pâle de son cher et tendre. Draco s'efforce de retenir ses grimaces avec un héroïsme excessif si l'on tient compte de la présence de la pièce d'âmes qui ne savent que trop bien la souffrance résultant de toute blessure de guerre. Néanmoins, il serre les dents alors que ses yeux d'eaux clairs s'embuent.

Hermione, avachie sur sa chaise les omoplates accolées au dossier, le bassin en chute libre vers le sol, les genoux écartés, les pieds en canard, comme une femme enceinte, observe la plaie rosée qui s'étend de la main au pli du coude.

« Sacré nom d'une buse manchote ! », s'exclame-t-elle. « Tu en as d'autres comme celle là, Draco ? »

Il relève son nez fin avec hauteur. Hermione songe encore à cette éducation aristocratique qu'il a reçue avant de se souvenir comme il faisait état, adolescent, de son bras griffé par les ailes de Buck. Alors, il ne se privait pas d'étaler des adjectifs synonymes de « ô, c'est douloureux ! » Désormais, il enferme en lui. Seules les blessures périphériques suintent.

« Oui, il en a d'autres… », soupire sa fiancée, tout en vissant le pot de pommade de sa paume afin de ne pas maculer le contentant de ses doigts gras. « Merlin seul sait si je lui appliquerais uniquement du baume aujourd'hui si Severus Snape n'avait pas été là pour le récupérer jeudi dernier… »

Draco Malfoy appose sa main sur celle de Lola. Lola qui a frissonné au souvenir de ce jour cité.

Le sursaut de Hermione, lui, est passé inaperçu, grâce à l'arrivée d'Anton Sticks et de ses trois acolytes moldus. Ils sont désormais bel et bien intégrés au cercle restreint de l'Ordre du Phoenix. Peut-être ne perdront-ils jamais de leur malaise, de leur mise en garde, cette posture sur la défensive qui consiste à porter le corps sur les talons, en attente de la moindre erreur tactique de ces magiciens dont ils assimilent doucement l'existence, cependant, ils sont là et y restent. Ils apportent leurs onomatopées et questions à des discours qui les percutent et les effraient dans un premier temps avant d'en discourir selon leur propre point de vue. Un point de vue sur lequel Albus se penche, de longues heures, cherchant à comprendre toutes les opportunités qui pourraient être saisies par l'utilisation d'une force non magique.

Pour l'heure, la réunion n'est pas encore commencée, et ils se massent auprès de Crew en saluant de hochements de tête les sorciers qui leur rendent la politesse.

Si la robe du maître de Potions avait produit une forte impression sur eux, leurs propres tenues suscitent la convoitise de Molly Weasley qui souhaiterait marquer l'anniversaire de son époux par un cadeau original, moldu et de surcroît vestimentaire.

« Dites, Mr Di Brocchioni, à quoi servent les plastrons ? Et quand sait-on qu'il vaut mieux porter une cravate qu'un nœud coccinelle ? », demande-t-elle déjà, les mains tordues, le rouge aux joues, ravie de pouvoir se documenter sur le sujet.

L'ancien mafioso tourne un regard perplexe vers elle :

« Vous parlez des noeuds papillons ? Ne cherchez pas, il n'y a guère plus que les vieux chnoques qui en portent ! »

Elle porte une main à sa poitrine, sourit :

« Merveilleux… Merveilleux… »

Hermione adresse un signe de main à Remus Lupin, habillé de frais d'une robe de bonne facture dont la teinte estompe la fatigue de ses traits. Tonks débarque en claquant la porte et, puisqu'elle ne se satisfait pas de sa bouche aux lèvres fines en choisie une charnue qu'elle agrémente d'un petit grain de beauté sensuelle à la commissure de la lèvre supérieure.

Hermione sourit de cette faculté qu'ils ont encore, tous, à faire bonne mine en ces temps difficiles.

« Je reviens du Ministère, annonce la métamorphomage à Charlie Weasley, ton nigaud de Percy de frère m'a fait tout un foin ! Néanmoins, il semble avoir adopté des dispositions qui vont en notre faveur. On peut encore espérer rentrer quelques petites choses dans sa tête de nifleur ! Et j'espère même qu'il se décidera à agir malgré le fait qu'il n'en remue pas une louche depuis des mois ! »

Lorsque Harry entre dans la salle, le visage cireux et les joues émaciées, Hermione compulse ses notes.

« Les chips, ça n'est pas un régime alimentaire sain, le tance-t-elle, sévèrement. Tu es sensé garder des forces pas devenir anorexique, Harry ! »

Harry roule des yeux mais ne répond rien à son amie. Elle joue à la personne soucieuse de sa santé, il ne peut lui en vouloir. Il déporte son regard plus loin :

« T'es bien arrangé, dis-moi, Malfoy ! », siffle-t-il.

Son ennemi de toujours s'essuie les yeux et le toise, un coin de ses lèvres surélevé avec sarcasme.

« Je te laisse la mode 'Zombie', Potter. Je préfère le look viril avec les cicatrices qui serpentent de partout. »

Lola et Hermione se jettent un regard complice quand Harry rétorque avec emphase. Cela aussi, une animosité travaillée et sur-jouée, cela contribue à entretenir un quotidien dans une vision 'normale'. Chacun d'entre eux gravite, frôle la mort, flaire les dangers, en échappe ou en reste victime à un moment ou à un autre, mais toujours, ils reviennent à leurs normes, celles qu'ils se sont bâties avant que tout ne tangue férocement. Comme dans un navire ballotté par les flots, ils s'accrochent au mat. Ils l'ont choisi, solide. Et de leurs ongles, et de leurs dents, et avec rage, désespoir, férocité, ils s'y amarrent, et chacun s'y retrouve et y rétablit son propre équilibre.

Bientôt, Draco et Harry se font face, prêt à hurler.

« Ah oui ? » gronde l'un.

« Oui, parfaitement, Potter… Tu n'as de cesse de (…) »

« De vrais réservoirs à fiel, ces deux là…» commente l'étudiante à son amie.

Ce n'est pas tant qu'ils leur font pitié à se démener l'un contre l'autre mais plutôt que pendant cet instant de pathétique houle, ils oublient leurs soucis respectifs et communs.

Les deux sorcières éclatent de rire. C'est sur ce préambule coutumier que Albus Dumbledore et Minerva Mac Gonagall font leur entrée. Ils escortent le Ministre de la Magie, affichant un air pompeux et piètrement encourageant.

Hermione n'a que le temps de froncer les sourcils sur l'absence de Severus qu'elle et Harry sont priés de bien vouloir exposer leurs idées.

Hermione éparpille ses fiches puis tâte ses cheveux.

L'élastique est fort serré.

Mais Severus est absent.

oOo

Le lendemain, 13 mai, Bureau d'Albus Dumbledore, Poudlard

« Les escaliers en colimaçon menant au bureau du Directeur de Poudlard ont besoin d'un sacré coup de ménage.» Tel est le message qui transite de tableaux en tableaux et dont est cause Severus Snape, appelé dans la tourelle de l'éminent Dumbledore.

« Votre robe a ramassé toutes les poussières, mon cher », se lamente d'une voix fluette une sorcière esseulée près d'un Dolmen Ecossais.

« Vous avez une charmante araignée, sur le nez », rétorque Snape qui n'a pas la moindre réticence à prouver à cette damoiselle qu'il sait lui-même converser en rimes.

Glapissant, la magicienne bondit hors de son tableau pour atterrir sur un radeau en plein océan, entourée de poulpes géants.

Severus passe sa baguette par-dessus son épaule et en fait jaillir un éclair jaune. « Impeccable ! », sourit-il devant la noirceur retrouvée de son vêtement.

Puis il toque avant de pénétrer dans le bureau rond.

Albus s'avance déjà vers lui en lui souriant avec gracieuseté entre sa barbe d'écume… Mais pour ce qui est de Monsieur le Premier Ministre, Severus juge qu'il aurait lui aussi à apprendre à dépasser le stade du rictus. Cela doit bien lui en coûter que son équipe de scribouillard du Ministère, dont Weasley qui s'attelle dès lors à la tâche de prendre note alors qu'ils n'en sont qu'aux salutations de politesse et à l'échange de friandises au citron, n'ait pu trouver d'idées valables pour entraver l'ennemi. Et Severus, lui, en sourit, éblouissant de stupeur Ministre et scribe rouquin.

Hermione a su les convaincre hier du bien-fondé de leur démarche. Il l'avait déjà bien vu à ce sourire en coin qu'elle lui a dédié à son arrivée, très tardive, il est vrai, au QG du square Grimmaurd.

Toutefois, il était improbable qu'elle n'y parvienne pas.

Les dés jetés, la combinaison ne pouvait être que profitable.

Et Fudge a su comprendre l'importance du jeu.

« C'est une idée... euhm.. Intéressante. Qui mérite qu'on… euhm... L'exploite. » Fudge a véritablement du mal à extraire ces quelques mots de la gorge. « Nous étions, je l'avoue en pleine déroute, quant à la conduite à tenir. Il y a toujours ces vendettas incontrôlables dans le pays, nos Aurors s'épuisent à juguler les massacres de mangemorts… Mais, les choses vont changer, n'est-ce pas ? L'exposé d'hier ne laisse aucun doute sur ce qu'il convient de faire. Nous devons tenter le tout pour le tout et je m'engage à fournir tout ce dont vous avez besoin. ».

Percy Weasley tend un mouchoir immaculé de propreté à son supérieur lequel s'en sert pour tapoter son front perlé de sueur.

Se raclant la gorge, il reprend : « De quoi donc avez-vous besoin, Professeur ? »

Severus cherche le regard du Directeur. Celui-ci lui délègue le soin de traiter avec l'autorité ministérielle. Il lui semble que cela est naturel, lui n'a fait que placer sa confiance en son professeur et lui accorder le crédit nécessaire pour chercher et gratter dans la direction qui lui convenait. Et voyez où cela a conduit Severus Snape ! Sur une bonne piste !

Severus Snape prend donc la parole. Ce sera à lui de veiller à ce que rien ne leur échappe.

« De la certitude que vous ne reculerez pas devant l'ampleur de la tâche. »

Cornélius Fudge ramène sa tête en arrière. Dans le geste son menton se dédouble et grelotte légèrement. Il est offusqué. Ne vient-il pas d'affirmer qu'il s'engageait à procurer ce qui était nécessaire ? Sa parole parlait tant des mesures abstraites que de la logistique concrète.

« Il vaut mieux s'en assurer. Pardonnez-moi de préférer deux promesses à une seule »

Albus sourit avec complaisance. Il ne s'étonne pas de la méfiance du quadragénaire.

Percy Weasley acquiesce modestement dans son coin et Fudge dé-pince les lèvres pour réitérer son aval et sa question.

Severus gonfle sa cage thoracique. La Bombabouse va éclater :

« La première étape, me semble-t-il, est d'en référer à votre collègue Moldu. Sans leur assentiment, rien ne pourra être entrepris. »

Sous la plume du rouquin l'encre forme les caractères transcrit de la répartie approbatrice de son supérieur hiérarchique. « Bien. J'y vais de ce pas. »

oOo

Le surlendemain, 15 mai 1999, 13h22, cuisine d'Harry Potter :

« Eh bien. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est efficace le Fudge une fois qu'il est lancé. Snape lui a promis de lui faire avaler une potion mortelle pendant son sommeil s'il se bougeait pas le fion, c'est ça ? Il n'est pas bon ce Hot Dog, Hermy' ou quoi ? »

Ginny pouffe. Elle agite le tube de moutarde et fait une rayure jaune sa saucisse. Hermione, elle, a posé son pain blanc. Le geste intrigue Harry. Lui en est à son deuxième sandwich et n'en refuserait pas un troisième. Il n'ose cependant pas piocher la part de sa meilleure amie.

« Severus n'est pas bon qu'à mitonner des potions qui te tétanisent Harry ! Oh, oui, voilà ! En fait, tu crains qu'il te le fasse à toi ! »

« N'importe quoi ! Il a toujours une face de Sombral, mais bon, faut faire avec ! Et puis, je le respecte de plus en plus ! » dit son ami qui sort une bouteille de Coca-cola du frigidaire.

Il la secoue involontairement et l'ouvre aussitôt. Un cinquième de la bouteille dégouline sur la table en un tas de mousse bulleuse. Hermione lève les yeux au ciel alors que Ginny peste qu'elle en a sur la manche de sa robe, Harry pourrait « faire attention quand même, bon sang ! Et puis qu'est-ce que c'est que ce truc infâme ? »

« Du coca, Gin'. Goûte ça, tu vas adorer ! »

« Tu le respectes de plus en plus ? », s'interloque Hermione.

Elle observe son hot-dog d'un air dépité puis la poubelle en alternance.

« Ouais ! C'est vrai ! Pourquoi tu ne me crois pas ? »

Ginny porte suspicieusement son verre à hauteur des lèvres : « Parce que tu n'es absolument pas convainquant, Harry. Comme cette fois où tu nous as annoncé que tu chercherais à avoir une parole sympa pour Draco qui était au plus mal ! Il l'attend toujours ton amabilité ! Hum, c'est pas mauvais. On a rien chez nous qui pétille comme ça sur la langue, c'est amusant ! »

Harry tique :

« Dis donc, si tu veux retourner passer ton week-end à Poudlard plutôt qu'ici et que je cafte que c'est une poupée ensorcelée qui est resté au dortoir, ça ne me dérange pas. Parce que venir pour m'entasser, ça va ! »

Hermione ne sait plus où se mettre lorsque son amie rétorque avec sa brutalité de caractère un « Tu veux ça ? Okay ! » et qu'elle saisit sa veste dans le but évident de mettre la menace de son petit ami à exécution.

« Désolée, Hermione, et vraiment félicitation pour votre idée à toi et Snape. C'est absolument génial ! »

« Non, mais Ginny, attends… Harry va s'excuser de prendre la mouche pour rien ! », Hermione lance un regard noir à son ami. « N'est-ce pas ? », siffle-t-elle entre ses dents.

Il sait pourtant qu'elle se faisait une joie de voir la sœur cadette de Ron. Elles n'ont pas encore eu l'occasion d'échanger les ragots sur le mariage de ce dernier !

« Harry est un mufle ! » Ginny repose sa veste et dos à Hermione, l'entoure de ses bras pour descendre son visage pâle vers sa joue : « Tu sais ce qu'il m'a dit ? Qu'il me ferait un dîner aux chandelles et qu'on irait voir un flim ! Je repars dans trois heures, j'ai pas vu de flims et on a mangé que des Hamburgers, des frites, des chips, et des… Hot-dogs. Et il me jure ses grands Magiciens qu'il sait faire des tas de bons petits plats ! »

Elle tire la langue à son amoureux lequel n'en mène pas large devant ses récriminations justifiées et la bouderie de l'autre jeune femme.

« Harry est fatigué ! Il a passé quatre jours et trois nuits avant ton arrivée avec les gars de Freedom pour leur montrer les sorts les plus usuels chez les Mangemorts. », se défend le sorcier.

C'était Nymphadora qui avait suggéré cette petite formation. Elle avait trouvé de bonne initiative de leur faire distinguer quelques sorts qui pourraient leur être bénéfiques ou au contraire être létaux s'ils venaient à être pris dans le feu d'une bataille magique. Ce qu'elle ne leur souhait pas. En contre partie, les Aurors avaient appris à manier des armes à feu. On avait confisqué celle de la métamorphomage. « Jugé trop dangereux », lui avait dit Di Brocchionni en lui tendant un Taser à la place. « Cet objet aussi fait des étincelles », avait-il rajouté. Devant l'amusement de Harry, la cousine de Sirius, vexée de ne pouvoir avoir un colt l'avait empoché en grognant : « Les baguettes, ça prend moins de place ! »

Il s'égaie devant ce souvenir et tend la main vers sa copine. Elle la regarde avec dédain : « Allez, puce, me fais pas la tête ! On va regarder un DVD dans le salon, Hermione te l'installe, comme ça vous papotez pendant ce temps là, et je fais des crêpes. Tout le monde est content, nan ? Et après je vous rejoins ! »

Ginny lui saute au cou : « Oh ! Ouais ! » Elle l'embrasse à pleine bouche avant de l'abandonner comme une chaussette pour tirer Hermione à elle et la traîner dans la pièce voisine –délimitée par deux paravents. « Alors les as-tu ramené les flims de filles dont tu me parlais ? Faut absolument que je voie ça ! »

Elle saute sur place.

Hermione donne un coup de coude en passant derrière un Harry malade d'avance. Il aurait dû mettre une condition concernant le déroulement de la séance télé-DVD : choisir un bon film !

oOo

Le lendemain, le 16 mai 1999, 10h00, cachots de Poudlard.

« Law-Smith ! Ramassez les copies de vos camarades ! »

L'élève se hâte d'obéir à son professeur de Potions. Pour une raison ou un autre, il est drôlement plus gentil avec elle ces dernières semaines ! Peut-être car il a remarqué qu'elle ne portait plus de bouclettes ovines sur le crâne : son amie Jane lui a appris comment lancer un merveilleux sort de défrisage. Ses cheveux n'ont jamais été aussi lisses ni brillants. Mêmes aux garçons, ça leur fait de l'effet ! Certes, le professeur, n'est plus un garçon…

A la vérité, elle doute que la soudaine clémence du professeur ne soit due qu'à ses essais de coiffure mais elle ne tentera pas d'en connaître la ou les raisons sous peine que cette interrogation ait l'heur de lui déplaire.

Le tour de classe fini, elle dépose les parchemins sur le bureau où le professeur a passé les deux dernières heures à écrire avec un correspondant anonyme.

Law-Smith se hâte de rassembler ses affaires et de vérifier que sa paillasse est impeccable. Elle songe que le Maître des potions doit avoir une amoureuse secrète ! Severus Snape tient à ce que nul n'interfère dans son courrier, l'élève a en effet noté que les hiboux subissaient tous un sort complexe de filtrage avant de céder leurs missives ! Et encore, le professeur ne s'en tenait pas là. Il agitait une bonne quinzaine de secondes sa baguette au-dessus des enveloppes cachetées avant de pouvoir les ouvrir. Il procédait d'une façon similaire au moment de réexpédier ses propres feuillets ! Quel cérémonial !

L'ancienne victime du Maître des Potions s'est rabattue sur cette idée d'amante secrète comme elle s'étonnait qu'il ne passe pas dans les rangs pour lire les « crétineries lyriques » que les collégiens notaient sur leur feuille d'interrogation. Elle s'est contentée d'une synthèse réglementaire sans enluminures ! C'est beaucoup plus simple, moins stressant, de ne pas faire de Hors Sujet lorsqu'il ne surveille pas dans le dos !

« Au revoir, Monsieur ! », dit-elle en quittant la pièce.

Elle suffoque lorsque l'insupportable personnage la remercie et lui souhaite une bonne journée. Décidément, il se passe une chose louche !

Le fait est que Severus ne correspondait pas avec Hermione, mais avec Percy Weasley –ce qui ne confère pas le même charme à l'activité. Celui-ci le tient au courant des nouveautés administratives et des avals qui leur sont accordés avec une rapidité magique ! Il semble avoir endormi la méfiance du Ministère. Les gens de là-haut lui accordent tout désormais : Severus avait des doutes. Il pensait bien, à la réflexion, que les bureaucrates chercheraient à convaincre Albus et l'Ordre de la méchanceté chronique contenue en son être obscur, mais il n'en est rien. Ils ont occulté ces années d'emploi chez les Mangemorts pour ne garder de lui que l'espion.

Il ne s'en plaint pas. Ou bien il regrette que cela n'ait pas eu lieu plus tôt.

Dans tous les cas, l'opération est sur le balai ! D'ici moins d'une quarante huitaine d'heures, le monde européen sera en branle-bas de combat. Tout du moins, pour ceux qui sont instruits du plan.

Les autres seront engourdis devant la déferlante des événements.

« Professeur,

Mr C. O. F a remis, en mains propres, le virus et l'antidote modifié par vos soins aux équipes médicales Moldues. Le moment venu, nous serons en mesure d'avertir nos médicomages de suivre une formation à leurs techniques barbares de guérison. Une mesure de prévention pourrait ne pas passer inaperçu.

Les fruits pourront être cueillis demain. Espérons qu'ils ne soient pas pourris.

P. W.. »

Oui d'ici moins de quarante huit heures. Comme le dit métaphoriquement le scribe du Ministre, demain, les fruits pourront être cueillis.

Severus espère, de la même façon, que la cueillette sera bonne.

oOo

Le lendemain, le 17 mai 1999, 21h25, un des nombreux couloirs connus et fréquentés de Poudlard.

Severus se dirige à nouveau vers la gargouille gardienne des domaines d'Albus. Il esquisse un léger sourire en devinant la forme d'Hermione sur le deuxième degré. Elle est penchée sur un livre posé à même ses genoux. Elle se redresse dès qu'elle sent son regard sur elle. Le livre claque quand elle le ferme.

« J'ai eu des échos ! », s'excite-t-elle. « Vite ! Dépêche-toi donc, que je t'en parle ! »

Elle lui prend la main, abandonne le mot de passe à la vieille pierre dotée d'audition et le passage se referme derrière eux. Il lui cède sa main. Il n'a pas réalisé qu'elle la tenait.

« Alors, voilà ! Je suis passée au Square Grimault dans la journée après mon examen de Botanique des fougères en forêt de Broceliande et Remus qui était là a pu me fournir quelques détails. »

« Bonjour à toi aussi, Hermione », se contente de répartir l'homme. « Je suis heureux de savoir que ton épreuve s'est bien déroulée. »

La sorcière rougit, consciente que son excitation la rendait impolie. « Oh oui, bonjour. Enfin, nous nous sommes déjà dit bonjour par cheminée ce matin. Ta robe de chambre est jolie d'ailleurs ! »

Severus la dépasse pour grimper deux marches. Il récupère la main retenue.

« Oh, je rigole ! », badine son amie qui le retient à nouveau et remonte à sa hauteur pour l'obliger à l'écouter. « Enfin, pas tout à fait », ajoute-t-elle clignant de l'œil. « Comment sais-tu que mon examen s'est bien passé ? »

« Tu en as parlé comme d'un fait banal, sans t'en vanter »

« Je ne me vante jamais de mes réussites ! »

« Certes mais tu jacasses de tes échecs ! »

« Oh ! Tu me connais trop ! », fait-elle d'un ton boudeur.

Hermione croise les bras. Elle trouve que cela manque de charme, il n'a plus rien à découvrir de son caractère. Il affecte d'en rire. Il place une main dans son dos, l'incitant à continuer à monter tout en discutant avec affabilité. Elle se laisse aller à sourire. Finalement, c'est agréable. Ils sont intimes et complices.

Elle embraye sans préavis :

« L'affaire va être rondement menée. Les Moldus sont d'accord. Le plan est lancé d'ici ce soir. Ou demain au plus tard. De leur côté d'abord, pour ne pas éveiller les soupçons. Nous avons bien fait de leur suggérer cette issue… »

Arrivé devant la porte directoriale, Hermione n'a pas fini de lui relater tout ce qu'elle a appris. Il l'écoute. Il ne l'interrompt pas pour lui faire savoir que ce que Lupin savait venait de lui. Il lui en gâcherait son plaisir. Or, il n'aime pas faire de la peine à Hermione Granger.

Néanmoins, elle se renfrogne : « Je me demande », Hermione se renfrogne, « Je me demande tout de même qui sont les pauvres bougres à qui a été inoculé le virus… », elle relève les yeux, elle a les joues rouges : « On a passé le cap. Je crève de peur encore plus qu'avant et je n'en menais déjà pas large, tu te souviens, je t'en parlais ! Et…. Il n'y a aucun risque mortel pour ces civils mais malgré tout… C'est…. Impressionnant… Et plus que ça… C'est sensé être la fin de tout ce que j'ai connu depuis que j'ai découvert que j'étais une sorcière. Et de bien plus pour vous autres… »

Elle examine la porte de bois brut devant elle.

« On ne devrait pas craindre d'être près du but, n'est-ce pas ? », l'interroge-t-elle, puis dans un petit rire : « Merlin, je suis une vraie trouillarde ! »

Severus lui baise le front :

« On est deux, dans ce cas. »

oOo

Le 20 mai 1999, Chez les Granger, heure du souper

Au Journal Télévisé Moldu, le présentateur dépeint une palette de nouvelles d'un gris désastreux. Incendies par-ci, séisme par-là, émeutes dans tels quartiers, braquages à l'étalage à la pelle et pour finir :

« Mon dieu. Mais qu'est-ce que c'est que ce virus là ? »

Mister Granger en laisse tomber sa cuillère dans le velouté de tomates. Il est déprimé. Des mois que le monde tourne à l'envers et lui sa femme ont suffisamment de jugeote pour savoir que le monde Moldu subit les conséquences de la guerre sorcière. C'était comme cet été brumeux qu'ils avaient vécu. Hermione leur avait expliqué les flâneries des Détraqueurs. Elle les leur avait dépeint comme des sortes d'aspirateurs humanoïdes qui se rassasiaient de tout ce qui était gai. Alors qu'elle le certifie à l'heure actuelle qu'ils sont regroupés et maintenus, sous directive Ministérielle, dans un périmètre réputé infranchissable, il ne peut qu'admettre que si un malheur s'en vient, un autre arrive.

Le pire est que sa fille est mêlée à cette histoire. De prime abord car elle est sorcière, ensuite car elle est brillante et qu'on aime à avoir des cerveaux lumineux qui oeuvrent pour l'un ou l'autre camp. Ensuite car elle est amie au tristement célèbre Harry, amoureuse d'un certain Severus dont elle leur a parlé un soir de déprime –un espion a-t-elle dit, « je vous le ferais rencontrer sitôt que... Enfin, on verra ». Et enfin, car –ils le savent- elle fait partie de cet Ordre du Phoenix. Il espère que ce groupe vaillant ne partira pas en cendres. Que peut-il bien faire lui, et que peut donc bien faire sa femme, pour aider leur petite ?

Cette pensée le ronge. Lui qui n'a eu qu'une enfant pour mieux la chérir, la protéger, la voir s'épanouir.

Le journaliste filme une patiente au visage brouillé se faire piquer dans une quelconque clinique.

Il regarde sa femme. Elle se désespère elle aussi.

Il regarde sa fille. Elle se mord les lèvres. Près de son assiette, deux doigts sont croisés. Inconsciente du regard parental, la jeune femme ferme les yeux. Lorsqu'elle redresse la tête qu'elle avait baissée dans le geste, elle le surprend qui l'observe. Elle baisse les yeux au pli de son coude. Elle voit qu'il a été se faire piquer. Il a même une légère protubérance et quelques rougeurs.

« Tu étais au courant de ça, Hermione ? »

Sa fille déglutit. Elle accepte avec courage le questionnement oral de son père et celui muet de sa mère.

« Oui. »

« Est-ce que - » , commence sa mère.

« Oui », reprend-elle encore, « Oui si vous y tenez vous pouvez aider. Je suis venue ici aussi pour ça ce soir. Demander si… enfin, voilà, nous cherchons des volontaires pour enseigner aux médicomages comment piquer. »

« La maladie sévit aussi là-bas ? »

Hermione humecte ses lèvres : « Oui. » Elle s'interrompt. Elle retient sur sa langue une phrase qui pourrait les soulager, un « ne craignez rien, c'est un virus factice, tout est parfaitement contrôlé. » Mais le mieux est de leur en dire le moins possible. Aussi, elle reprend : « Alors ? Pour demain ? »

« Oui. », disent ces parents d'une même voix.

Hermione leur sourit.

« Merci. »

oOo

Vendredi 23 mai 1999, Chez Carla Snape et Sigrid Recktenwald, début de soirée.

Sigrid s'attable et tend la main vers la petite lampe d'appoint. Elle rabaisse le luminaire qu'elle juge bancal et sourit, satisfaite de ne plus avoir les iris plongés dans une vague de lumière chaude.

« C'est tout de même effarant... », soupire Charla.

Elle tend l'assiette à son invitée. Hermione gonfle ses joues en voyant le scone tiède au chocolat généreusement fourré de crème fouettée. Elle note mentalement de manger léger le lendemain pour compenser l'abus de calories d'aujourd'hui. Même en temps de guerre, synonyme de disette, on mange plus qu'à sa faim chez les Snape. Hermione soupçonne Severus d'acquérir quelques denrées illégales du côté de l'allée des Embrumes. Lorsqu'elle aura un peu de temps pour elle, elle lui en touchera deux mots !

Dans l'immédiat, elle remercie et joue avec sa petite cuillère.

« Cette maladie qu'on croyait révolue », soupire à nouveau Misses Snape.

« Ja ! Che l'ai connue dans mon enfance… », renchérit la gouvernante qui en repose sa tasse d'Earl Grey sans y avoir bu. « Quelle horreur ! Je me soufiendrai touchours de ces paufres malheureux. Ils tombaient comme des hiboux ! Foilà pourquoi nous zommes allées hier, Charla et moi, à St Mangouste, nous faire soigner !»

Les deux vieilles femmes soupirent et contemplent l'avant bras qui a reçu le traitement. A la saignée du coude, elles présentent toutes deux un hématome pâle.

Hermione baisse les yeux piteusement. Elle ne peut s'empêcher d'être à mal-à-l'aise de leur cacher la vérité à elles aussi. Mais comme on dit, dans les films d'espionnage Moldu : « Moins tu en sauras, mon petit, moins tu parleras ! » Alors encore une fois, elle se tait.

A ces plaintes chagrines, Severus, attablé en place d'honneur délaisse la Gazette Du Sorcier dans laquelle il était plongé et repose les feuilles recyclées, pages grandes ouvertes, sur la nappe.

« Ne vous inquiétez pas, Maman, ni vous Sigrid. Vous avez agi prudemment. Ces mesures prophylactiques des plus énergiques qui ont été mises en place donnent des résultats positifs. L'épidémie est d'ores et déjà en voie de régression », commente le seul homme présent au goûter.

Les trois femmes acquiescent. Pour deux d'entre elles avec un nouveau soupir, et pour l'autre avec un sourire. Néanmoins, Hermione qui n'a décidément plus le moindre appétit, l'estomac noué à l'entente de ce communiqué récapitulatif qu'elle connaissait avant même sa parution laisse traîner un œil curieux sur l'article auquel la conversation phare des trois derniers jours réfère.

LE RETOUR DU VIRUS SFR ! AVIS A LA POPULATION !

Aujourd'hui encore, 23 mai, toute l'Angleterre ne parle que du retour de cette épidémie invalidante, ressurgie du néant après des années de tranquillité pour s'ajouter à nos malheurs bien lourds en ces temps de guerre. Le correspondant de la Gazette Du Sorcier a mené une enquête acharnée et est désormais en mesure de vous assurer qu'en suivant les directives suivantes, vous ne craindrez rien !

Vigilance ! Voilà plus de cinquante longues années que notre doux pays n'avait pas à subir les affres de germes pathogènes magiques. Il y a aujourd'hui, 48 ans, que le dernier cas de SFR – pour Spondylarthrite Fongique Répressive- déclaré a été soigné et que nos médicomages nous avaient assurés que le virus à propagation aérienne était définitivement hors d'état de nuire à nous autres sorciers, sa cible de prédilection.

Or, depuis une semaine une nouvelle vague de SFR décime à nouveau la population ! Comment ? Pourquoi ? Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer est-il à l'origine de la résurgence du virus ? Cherche-t-il à nous affaiblir ? Nous n'avons pu le déterminer, mais les faits sont là !

20 mai, à 11h13, très exactement, une femme de 23 ans en parfaite santé jusqu'à présent, se trouve soudainement paralysée des membres supérieurs après avoir constaté un étrange phénomène : des éruptions cutanées (elle songeait à des mycoses) apparaissant et disparaissant par périodes de rémission de 4h00. La demoiselle s'inquiète, consulte. On ne sait pas. On ne voit pas. Elle est Moldue.

Le 2e cas, un honorable éleveur de crapauds de 56 ans, père de deux enfants et grand-père d'une charmante fillette, apparaît près de 3h00 plus tard. Le diagnostic formel est établi à Saint Mungo : SFR !

Dans les 24h00 suivantes, le virus magique SFR, qui a perdu de sa spécificité pour s'attaquer tout autant aux Moldus qu'aux sorciers, défraye les chroniques et suscite l'épouvante. Plus d'une centaine de patients subissent les signes cliniques handicapants de la maladie ! C'est la panique du côté Moldu mais Monsieur le Premier Ministre, Cornelius Oswald Fudge, en a aussitôt référé à nos compatriotes britanniques et leur a assuré son concours inconditionnel.

Nos médicomages de St Mangouste ont mis au point un antidote. Il sera rapidement distribué aux victimes.

Il ne faut cependant pas baisser la garde ! Aucun de nous n'est à l'abri !

Nous vous prions de vous présenter au niveau 2 de St Mangouste – VIRUS ET MICROBES MAGIQUES - pour vous faire « vacciner » au plus vite ! Nos équipes de médicomages ont à disposition une solution qui empêchera toute éventuelle contamination ! Des travaux moldus complémentaires ayant dévoilé la nécessité d'une « injection », au moyen d'une « aiguille » et d'une « seringue » [veuillez-vous référer à notre complément « Mordu 2 Moldu » n°01, 17 noises, en vente auprès de tout distributeur de Journaux –Humains- , le traitement s'effectue par cette méthode Moldue, mais rassurez-vous la « piqûre », bien que douloureuse sur l'instant, est effectuée par du personnel confirmé !

A toute personne pensant reconnaître des signes distinctifs du SFR sur elle-même ou tout autre connaissance du voisinage : Prière de vous rendre à Saint Mungo pour consultation au plus vite !

Nous ne manquerons pas de tenir nos lecteurs informés de la poursuite de la lutte engagée contre le SFR.

Croaroux Geuh.

Elle soupire et remarque à peine que Severus lui ôte son assiette.

« Je vais nettoyer tout cela », annonce-t-il, « restez assise, Sigrid, je vous assure que je connais d'excellents sorts de récurage. C'est nécessaire quand on a des élèves comme les miens ! »

Un coin de la bouche d'Hermione remonte mécaniquement. Severus s'éloigne.

Elle jette un œil par la fenêtre. Il fait nuit. Quelques lanternes ponctuent l'obscurité de taches orange.

La main de Severus se pose sur son épaule. C'est le signal du départ. Elle plie le coude, pose ses doigts sur ceux de son ami puis le délaisse, se lève et enlace gentiment ses deux amies. Severus fait de même. Il demande à sa mère de bien vouloir lui promettre de jeter les sorts de protection sur leur habitat dès qu'elle et Sigrid sont seules. Il craint que son père ne les retrouve et ne cherche à les blesser, mais cela, il ne l'explique pas à sa parente. Il ne veut pas l'effrayer.

Ils prennent congé. Hermione refuse de transplanner. D'ailleurs, un décret ministériel est entré en vigueur, il définit des périmètres réservés à ce mode de transport dans le centre-ville. Fudge a en effet estimé que s'il arrivait qu'on coince des Mangemorts dans le secteur, il serait facile de leur empêcher toute fuite en désactivant les zones de transplannage.

« Et puis j'ai besoin de respirer un peu… », argue la sorcière.

Ils avancent en silence.

C'est lui qui l'interrompt. « Nous activons la carte demain. »

Hermione obtempère. Elle est d'accord. Elle sait ce que cela signifie. Il semblerait que la majorité de la communauté sorcière ait défilé à Ste Mangouste. Elle sait ce que cela implique. Ce soir, les Aurors et les militants actifs se reposent, demain, ils se battront, emprisonneront, tueront peut-être, seront blessés ou pire tués également. Demain est prévu la plus grande rafle de Mangemort du siècle. Et Hermione songe combien il est horrible d'avoir prit part à cette décision, même si sa conscience lui hurle qu'il est temps d'en finir et que chaque prisonnier sera amené à comparaître devant une justice impartiale.

Un papier volette devant, le vent s'est levé. Hermione récupère le feuillet pris dans sa jupe. Il s'agit d'une gravure au fusain d'une seringue. Il est assorti d'une parade d'informations sur la nécessité de laisser pénétrer cet objet Moldu dans la peau. Elle le lit.

Quant à Severus…

Il voit. Ils sont là. Des mangemorts. Qui l'attendent. Devant. De tous côtés. Qui le ferrent peu à peu. Sauf derrière. Il semblerait que soit venue l'heure où Severus est la cible. Depuis combien de temps le lord attend-il cet instant ? Depuis quand ses vassaux se réjouissent-ils d'être de la chasse ?

Il voit les ombres, Severus. Elles dansent, macabres. Une danse inventée depuis la nuit des temps. Qui n'a pas de pas de base. Elle n'emprunte rien au tango, au madison ou à la valse. C'est une danse des ombres. Le long des murs. Sur les pavés. C'est une danse de reflets rapides et mouvants où le décor a bien plus d'importance que pour une autre chorégraphie. Le décor cache mais révèle à qui sait voir. Et assurément, Severus voit. Severus sait.

Il sait mieux que ces hommes. Qui lui tendent une embuscade pitoyable. A un carrefour. Comme des novices. Des novices cependant qui ont appris à la bonne école. Ils sont en nombres suffisants. Severus les a dénombrés : trois derrières. Un devant, deux à gauche, quatre à droite. Oui. Autant que ça. Tout ça, même. Pour lui. Le félon Severus Snape. Celui qui n'a pas pris suffisamment de précautions ce soir. Il n'a pas prêté attention à cet homme derrière le carreau crasseux d'une auberge qui fait angle avec une venelle débouchant dans l'allée des Embrumes. Il n'a pas remarqué que cet homme était un sbire du Lord et qu'il y avait cinq minutes, l'alerte avait été donnée.

Severus est celui qui a trahi. Celui qui trahit encore. Celui qui trahira jusqu'à en crever et s'en libérer les entrailles. Il trahira encore dans la geôle fétide qu'on lui réserve, dans les boyaux du fort d'Azkaban. Passivement.

Severus avance. Doucement. Un peu plus. Mais pas assez cependant pour que son ralentissement ne soit perçu et significatif. Il reste dans la mesure. Severus a encore les moyens. C'est à cet instant, dans quelques secondes, que se décidera sa capacité à trahir, pieds et poings ferrés. Car il pourra trahir distance, par substitution. Grâce à Hermione.

Hermione, elle, ne voit ni n'entend rien venir. Elle est absorbée par la brochure filigranée de rouge vif. A pas mécaniques, les yeux avides, elle progresse et sa hanche droite frotte la cuisse de Severus. Elle se rappelle à lui.

Lui sort sa baguette. Calmement. Comme la continuité d'un mouvement de bras. Hermione ne s'en aperçoit pas. Elle s'est faite aveugle pour qu'il soit chat. Mais il est certain qu'elle sortirait les griffes pour lui au moment de l'assaut. Il faut l'éviter à tout prix.

Le carrefour n'est plus qu'à une cinquantaine de mètres. Le bois de la baguette se réchauffe contre la paume de Severus. Le pouce appuie fortement sur la tige, afin de la caler au mieux.

Le carrefour n'est plus qu'à une quarantaine de mètres. Il n'y a plus échappatoire. Sauf pour la jeune sorcière, la belle sorcière.

Le corridor de survie par lequel Hermione s'évadera avant même de s'être fait emprisonner, Severus le creuse de sa langue. Il parle très faiblement. Nul autre que Hermione ne doit l'entendre. Ces assaillants le croient seuls et ce n'est pas dans l'intérêt de l'espion de l'Ordre de les en dissuader.

« Je ne t'aimerai jamais, petite rêveuse… »

Hermione, cette fois, entend. Hermione en délaisse sa brochure. Qu'elle laisse échapper. La feuille s'envole au vent. Emportant entre ses lignes enluminées de propagande cet espoir que la jeune femme chérissait. Elle reste bouche bée. Peu de temps, il est vrai. Peu de temps, car contre le mur voisin, Severus la plaque. Car contre son corps, Severus ferme la bouche entrouverte. De ses lèvres. De sa bouche. Il l'embrasse. De sa langue, il la comble. Il la fait s'embraser. Pour la sortir de cette inertie trouble. Celle qu'il a lui-même crée volontairement. Il l'embrasse, se damne et la sauve. Dans un même geste, un même souffle. Celui qu'il prend contre la peau de Hermione en mettant fin au baiser tumultueux. Une respiration saveur de rose. Sa langue quitte celle d'Hermione. Ses lèvres se détachent. La bouche tout entière. Le visage. Il effleure sa joue d'une main. Son bras tombe, sa main se glisse dans celle d'Hermione, décore d'une caresse la paume qui s'ouvre comme une fleur éclose. Son regard darde celui de son amie. A la base même de son être, il lui dévoile tout. Que sa phrase n'est qu'un mensonge mais qu'elle ne le réalisera qu'après.

« Après quoi ? » demandent déjà les yeux d'Hermione.

Mais il ne leur accorde aucune réponse.

L'homme abandonne Hermione. Contre le mur. Il la cache aux yeux des autres. D'un sort de Désillusion. II sait qu'elle va courir au plus vite vers la zone de liberté où elle pourra regagner son foyer, disparaître aux yeux des autres. Ces autres vers lesquels, baguettes à la main, résigné, l'ancien mangemort se dirige.

Qu'a-t-il donc d'autre à faire ?

Il est fait, justement. Cerné. Comme un rat. Une vermine.

Dans cette zone interdite au transplanage, il ne cherche pas à fuir. Plutôt à combattre. Les minutes ne s'écoulent pas. Elles filent.

Il se débat, bel et bien.

Les éclairs jaillissent. Multicolores. Qu'est-ce que toutes ces teintes vives, synonymes de mort ? Le noir ne le trompe jamais, lui. Il l'aide même à se camoufler, une demi-minute dans un recoin de la venelle et d'abattre un de ses anciens collaborateurs masqués de noir. Mais de l'ombre, le faisceau vert l'a dénoncé.

Oh que si. Même le noir le trompe. Aucune couleur, aucune teinte, n'est viable en ce bas monde.

Severus serre les dents. Ils sont nombreux. Trop nombreux. Severus se débat, cependant. La rage au ventre. La rage aux tripes que le remord attise. Severus se venge. Puis il crie. En dedans.

C'est un Doloris. Pris de dos. Ça le ronge en dedans. Comme une dent de nouveau-né qui téterai en lui jusqu'à plus faim. Une dent cannibale. Qui le décharne de l'intérieur.

Puis un autre Doloris. De front, moins lâche, mais tout autant douloureux. Puis d'autres, encore et encore, qui s'enchaînent, le font plier les genoux, comme un roseau sous le vent.

Il ne manque plus qu'on le fauche.

Sa baguette lui échappe des mains.

Sa vie lui échappe. Elle est sous contrôle des baguettes qui se pointent sur lui, qui l'encerclent, sous contrôle de ces regards dissimulés par les masques des vecteurs de l'Escadron Ecarlate.

Severus se trouve à genoux quand on le fait sombrer dans l'inconscience sous l'effet d'un énième sortilège. Il est usé de ce combat, brisé, perclus de douleurs, mais satisfait. L'homme sourit.

Hermione est sauve.

A suivre…