Cascade de One-shots
Auteur : Rubis-san, moi quoi ;)
Genre : Drame, Réflexions, Romance, ou plutôt attirance sexuelle enfin bref je me comprends vous comprendrez aussi xD
Crédits : Tout appartient à Eiichiro Oda.
La note de l'auteure : Et voilà, le one-shot numéro 9, avec un pairing un peu incongru je dois bien l'avouer, même limite glauque mais l'idée m'est venue, et ma foi, je l'ai rédigée. Voici donc un OS Sur Hogback et Cindry, assez sombre, assez violent aussi. Il n'y a pas d'amour, tous les sentiments exposés dans cet OS sont durs et noirs. Comme la relation explorée ici s'apparente à de la nécrophilie, même si, Cindry étant un zombie, ce n'est pas vraiment exactement le cas, et qu'il y a un lime, je classe ce one-shot en [+16], vous êtes prévenus. ^^
Réponse aux reviews anonymes : Merci Roblochon de me suivre avec autant d'intérêt, ça me fait vraiment plaisir ! :) Et je suis ravie si l'OS sur Bonney et Marco t'a attendri, sans trop te dégoûter xD Encore merci ;)
Bonne lecture !
Zombie
ou
Le pantin fait femme
Parfois, tard le soir, quand Hogback passait devant la pièce où il gardait entassé tout ce qu'il avait de Cindry, que son regard tombait par hasard sur un bout de papier glacé où miroitait un cheveu doré, il sentait monter en lui un sentiment diffus de jalousie et d'amertume, qu'il n'arrivait jamais tout à fait à ni cerner ni comprendre.
Il devenait agité et nerveux, à fleur de peau. Son humeur se colorait d'obscur, et il sombrait dans une sorte de brume nébuleuse et noire où dansaient effrontément les pensées les plus folles.
Le savant courait alors jusqu'à sa chambre et s'y enfermait, le souffle court, les doigts tremblants. Appuyé contre la porte, il jetait précipitamment ses gants par terre, ôtait ses lunettes avec une frénésie démentielle, essayait vainement de se calmer sans y parvenir. Sa gorge se serrait d'envie et de colère, son cœur pulsait douloureusement contre ses os. Il écoutait les murmures ténébreux qui se plaisaient à caresser langoureusement son oreille, comme un serpent qui enserrait doucement sa proie pour mieux la mordre, frémissait aux voix qui chuchotaient, là, tout près, dans l'ombre.
Et il y cédait.
Il sonnait soudain Cindry, la poussait sur le lit dès qu'elle entrait, lui arrachait ses vêtements, la plaquait contre le matelas tout en lui écartant durement les cuisses. Il lui mordait le sein pour ne pas apercevoir ses blessures et rentrait en elle d'un mouvement vif et sec.
Elle ne réagissait jamais, se laissait manipuler dans un silence qui glaçait Hogback et la chambre, la nappant d'une immobilité morbide que seuls troublaient les grincements du sommier et les ahanements du docteur. Un bruit de mort qui faisait grossir en lui une émotion étrange et visqueuse qui lui agrippait le cœur et la gorge comme pour l'en étouffer. La peur. La peur de l'échec, et surtout du sien.
« Gémis. » ordonnait-il alors d'une voix éraillée, un peu rauque, pour tenter de masquer l'évidence.
La femme ouvrait les lèvres et sifflait une plainte qui venait ricocher insidieusement contre les oreilles du médecin, lui griffer l'épiderme en lui criant une vérité qu'il ne voulait pas entendre et à laquelle pourtant il ne pouvait échapper. Car la vérité était partout. Dans le moindre recoin de cette pièce aux murs suintant le souvenir ; dans le moindre bout figé de ces photos tapissant les cloisons ; jusque dans ce prénom qu'il s'échinait à répéter inlassablement alors qu'il ne signifiait plus rien ; jusque dans cette chair qu'il lacérait désespérément de la sienne, la martelant de ses coups de butoir comme la réalité martelait Hogback de ses empreintes terribles et âpres.
Jusque dans ce corps auquel il manquait une âme.
Le docteur se mordait la lèvre et serrait les poings, enfonçant ses ongles dans les hanches que ses mains agrippaient.
Et il fermait les yeux pour ne plus la voir ; elle, cette femme aux pupilles vides, cette poupée aux doigts graciles, ce cadavre aux cheveux blonds. Il fermait les yeux pour ne plus voir qu'elle ; l'autre. Elle, l'actrice au sourire ravageur, la sculpturale créature dont il aimait la beauté, la sylphide qu'il avait fini par voler à son propre tombeau. Son image éblouissante et superbe dansait alors fugacement sur les paupières du savant, un souvenir au goût amer et lointain se perdait au coin de ses lèvres. Il lui semblait presque oublier qui il était, tandis que, sur le matelas rigide, il étreignait une illusion, se perdait en elle.
Mais il y avait encore et toujours ces doigts froids qui couraient placidement sur sa peau parce qu'il l'avait ordonné, et ces mains pâles plus froides encore. Toujours ce corps insensible sous le sien, qui se laissait prendre, et se tordait sous ses caresses, parce que c'étaient là ses ordres. Toujours cette voix sans émotion et sans timbre qui gémissait à son oreille parce qu'il le lui avait intimé. Toujours et encore cette misérable réplique qu'il avait construite pour remplacer, pour avoir enfin, pour posséder sans en être capable vraiment ce fantasme que Cindry, l'actrice, la vivante, la vraie, était devenue dès qu'il l'avait vue monter sur scène ce soir-là.
Le médecin ouvrait à nouveau les yeux ; son mirage redevenait une marionnette du néant, désarticulée au creux de ses deux longs bras nerveux.
Alors Hogback devenait furieux, Hogback devenait encore plus fou qu'il ne l'était déjà. Furieux de son échec, furieux de son impuissance, furieux de celle du zombie qu'il avait lui-même créé.
Furieux de ne pouvoir faire d'une morte une nouvelle vie.
Fou de s'être laissé attirer comme un papillon par la flamme qui brillait, jadis, dans les prunelles de Cindry ; fou de ne pas avoir réussi à l'obtenir, à l'acheter, malgré tous les cadeaux, tous les mots doux et sourires sirupeux ; fou d'avoir su la splendeur de l'actrice souillée et volée par un autre alors qu'elle lui revenait de droit ; fou de l'avoir vue dans cette robe blanche de mariée, destinée à un autre, alors qu'elle lui appartenait.
Fou de n'être toujours rien qu'un homme au fond.
Mais cela, il ne pouvait l'admettre, il ne voulait l'admettre. Comment, Lui, le génial médecin, le prodige qui se targuait d'avoir défié et vaincu la mort, avouer avoir en réalité échoué ? Impensable.
Alors, ivre de colère contre le destin et lui-même, ses mouvements redoublaient, plus rapides, plus rudes et cassants encore. Son corps gras tressautait de rancœur tout contre celui du zombie, son cœur tambourinait avec rancune contre la poitrine creuse, contre cet autre cœur qui ne battait pas, qui ne battait plus. Hogback s'enfonçait un peu plus dans la noirceur.
« Aime-moi ! » ordonnait-il au cadavre.
Cindry écartait un peu plus les cuisses, resserrait ses bras décharnés autour de lui, et criait plus fort. Mais elle restait vide. Et le néant qu'elle représentait annihilait les dernières brides de conscience de son maître.
« Aime-moi ! » disait-il encore.
Mais la poupée ne comprenait pas, ne pouvait comprendre.
De rage, le médecin s'arrachait de la créature, la jetait brutalement par terre, l'envoyait se fracasser contre le mur.
« Aime-moi, aime-moi, aime-moi ! » hurlait-il.
Il la rouait de coups de pieds et de coups de poings, l'arrosait de sa démence et de sa haine. Faisait fleurir sur la peau froide d'innombrables bleus qui ne la marqueraient pas, naître sur la chair figée une multitude de larmes rouges qui ne couleraient pas.
Il l'insultait de tous les noms, la maudissait, se maudissait aussi peut-être, lui crachait qu'elle n'était qu'une conne, qu'une salope, qu'une esclave indigne. Lui faisait payer sa faiblesse, la sienne comme celle du cadavre. A grandes claques et os brisés Hogback détruisait son ouvrage, son œuvre imparfaite.
Et Cindry, fantôme évanescent d'une vie depuis longtemps révolue, ne bronchait pas, ne parlait pas, ne disait rien. Subissait son maître. Ne ressentait rien, car elle n'était pas humaine et ne le serait jamais, ne demeurerait toujours qu'un simple et présomptueux simulacre d'existence, conçu uniquement dans le but de combler l'égoïsme et l'égo d'un savant arrogant.
Un zombie.
Sa fureur apaisée, la respiration sifflante et les bras ballants, le docteur abandonnait là Cindry et son insuffisance, brisées sur le sol poussiéreux. Après un dernier regard venimeux, la porte claquait sèchement, masquant à nouveau de sombre la chambrée et les secrets.
La créature ne se relevait pas, on ne le lui avait pas ordonné, restait étendue sur ses vêtements épars ; poupée de chiffons déchirés qu'on réparerait plus tard, lambeaux de chairs recousues de partout, marionnette dont on avait coupé les fils cassés.
Parce qu'après tout elle n'était toujours et rien que cela, malgré toute la volonté du monde, jamais plus ; un pantin fait femme.
Merci d'avoir lu ! Alors, vos impressions s'il vous plaît ? :)
